27 novembre 2016

Le dernier amour d'Attila Kiss, Julia Kerninon

ledernier

"Je ne savais rien de l'amour, mais je connaissais son absence [...]"

Nous sommes à Budapest. Attila Kiss a 51 ans et après avoir vécu une vie maritale enfermante au sein d'une famille mafieuse, avoir fait trois filles à sa maîtresse, il vit seul, loin de son ancienne vie. Il est travailleur de nuit dans une usine de poussins et passe ses journées à peindre. Rien ne le disposait donc à rencontrer Théodora, 25 ans, fille d'un célèbre ténor et riche héritière. Et pourtant, tous les deux se rencontrent, s'aiment, d'un amour au début à la fois emprunté et désordonné...

Ce court roman est d'une écriture magnifique. D'ailleurs, j'en ai sciemment ralenti la lecture pour mieux la savourer. Julia Kerninon sait effectivement décrire la rudesse et la beauté des sentiments avec brio. Ses personnages sont imparfaits, maladroits, étonnés, touchants. Ils se font un peu la guerre, sur des questions d'histoire, de vécu, de personnalités. Mais cet amour, quoique impossible, quoique socialement voué à l'échec, gagne. Lire ce petit livre est un petit moment de grâce auquel j'affuble un coup de coeur tendre. J'en garderai de belles images, des décors, et de longues phrases superbes. N'hésitez pas à le dénicher.

Editions Le Rouergue - 13.80€ - Janvier 2016 - Merci ma bibli !!

Une façon intelligente et originale de traiter le sentiment amoureux pour Jostein Une jolie confirmation après la réussite de son premier roman pour motspourmots


24 novembre 2016

En cours de lecture...

heartbis

 "[...] l'amour est une chose sérieuse comme la terre, sérieuse comme nos plaines vides où souffle un vieux chant de guerre, comme nos plaines sous lesquelles sont enterrées plusieurs strates de cadavres, nos marécages, nos steppes, l'amour remonte le cours du temps, il revient aux origines, il réveille les conflits, déterre les haches, il demande de préciser sa loyauté, de déposer une obole sur son seuil avant d'entrer, on ne reste jamais à un seul niveau du temps, aucune unité de lieu, d'espace, l'amour rappelle qu'il y a des frontières et qu'on ne les franchit pas impunément."

Extrait de Le dernier amour d'Attlia Kiss de Julia Kerninon... et comme ce livre est magnifique.

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15 juin 2016

Le Monde entier, François Bugeon

lemondeentier

"La fille mangeait un quignon de pain, finalement."

Lorsque Chevalier rentre ce jour-là de l'usine en Mobylette, il découvre une voiture accidentée au bord de la route. Il fait noir, trois personnes sont à l'intérieur. N'écoutant que son courage, il les sort une à une, deux femmes et un homme, avant que la voiture ne flambe. Dans l'aventure, il se fait très mal à l'épaule et au crâne, mais le célibataire endurci du village a la satisfaction du devoir accompli. Il est seulement un peu chagriné quand on lui raconte qu'il n'y avait qu'une femme sur les lieux de l'accident, et que sa Mobylette, sa veste et ses papiers ont disparu. Chevalier a bonne réputation dans le village, on le sait amoureux secrètement de l'infirmière Claudie, des rituels se sont instaurés entre lui et quelques amis, le voisinage. La découverte d'une jeune fille, noire et mutique, à l'endroit où a été retrouvée finalement sa Mobylette deux jours plus tard, son installation provisoire dans sa maison, vont pour autant fondamentalement changer sa vie... et attirer la curiosité du village.

Voici un petit roman sans grands effets que j'ai beaucoup aimé. J'ai hésité à l'ajouter à ma liste des coups de coeur mais il s'en est fallu de peu, sans doute un peu trop de langueur ressentie avant le bouquet final. Cependant, Le monde entier est un très bon roman, délicatement écrit, qui aime ses personnages, une véritable bonne surprise de ce printemps. J'ai apprécié sa galerie de personnages, le fait que chacun sache avouer ses failles autour d'une bottes de haricots à équeuter, dans le silence d'une chambre d'hôpital, ou l'habitacle d'une voiture la nuit, que personne ne soit parfait dans cette histoire, mais un peu lâche, un peu fautif, un peu à côté. En fin d'ouvrage, le coeur est bouleversé, et l'esprit comprend qu'il faut sans cesse se méfier des apparences. Où avions nous donc la tête ? Un livre dont je conseille vivement la lecture, à tous les amoureux des taiseux, des âmes solitaires et des secondes chances.

Editions Le Rouergue - 17.80€ - Mars 2016

Un roman lu dans le cadre du challenge des premiers romans...

68premieresfois

Un roman plein de finesse et de tendresse pour Adèle - Lumineux pour Merlieux Lenchanteur - Un coup de coeur pour Enell Liraconteuse - Un régal pour Geneviève ! - Un livre bon qui fait du bien pour Christiane - Un très bon roman qui pourrait devenir le chouchou des 68 premières fois pour Nathalie !! [son billet ici]

03 avril 2016

La Chaise numéro 14, Fabienne Juhel

lachaisenumero14

 "Parce qu'il y avait un monde dans la chevelure de Maria Salaün. Lui, il pouvait voir ça. L'automne, les brasiers, les feux sur les talus, les paniers remplis de cèpes, les pommes mûres, les marrons dans la braise, les soleils couchants, les déchirures dans le ciel, au crépuscule, promesses de beau temps."

Nous sommes à la fin de la seconde guerre mondiale. Partout en France, des femmes sont brutalement tondues, principalement pour avoir eu des relations, pendant le conflit, avec l'ennemi. C'est ce qui arrive à Maria Salaün à Saint-Brieuc, devant l'auberge de son père, elle est tondue sur les ordres de son ami d'enfance, Antoine, pour avoir aimé Frantz, un officier allemand. Elle n'oppose aucune résistance à cette humiliation publique, au contraire elle se présente fièrement, drapée de la robe blanche de fiançailles de sa mère, et son apparition, sa chevelure flamboyante, sa dignité, impressionnent les badauds qui assistent à la scène. Elle se laisse tondre, assise sur sa chaise de bistrot, numérotée 14. Mais même si la honte est là, Maria a décidé qu'elle ne restera pas collée à elle, qu'elle va changer de camp, six noms sont sur sa liste. Armée de sa chaise, de son crane nu, de sa robe blanche, la jeune femme entame sa douce et ferme vengeance.

Il existe de nombreux récits sur ces scènes assez intolérables d'humiliations qui ont suivi la libération. J'avais lu sur le même thème le terrible L'échappée de Valentine Goby, par exemple. Dans ce roman de Fabienne Juhel, la perspective est assez différente et surprenante, et pourtant le sujet reste tout aussi difficile. Ce qui surprend ici est la force de caractère du personnage de Maria, sa quête, sa détermination, et les images superbes et évocatrices dont l'auteure pare son histoire. On referme ce livre étonnée d'y avoir trouvé ce que l'on n'y cherchait pas, beaucoup de force, de douceur, de l'amour qui se distribue gratuitement et de la lumière. Une très belle lecture, en lice pour le Prix Cezam.

Editions Le Rouergue - 21€ - Mars 2015 - Merci ma bibli !!!

Les oubliés de la lande avaient été un coup de coeur en 2012 ! Et j'avais papoté avec l'auteure en 2009 (ouh ça date) [clic]

D'autres lectures de La chaise numéro 14... Un enchantement pour les sens pour Alex - Encore une belle lecture forte de l'auteure pour Clara ! - "En commençant "La chaise numéro 14", je me doutais que Fabienne Juhel traiterait le sujet avec tact et intelligence. Je ne me trompais pas." chez SylireUn roman original, qui comme souvent chez Fabienne Juhel, flirte avec les codes du conte pour GwenaelleC'est une belle histoire, émouvante qui fait toucher du doigt ce qu'ont pu vivre de nombreuses femmes à cette époque pour Sandrine !

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07 septembre 2015

La Maladroite, Alexandre Seurat... Rentrée littéraire 2015

lamaladroite

 "Entre eux et moi, il y aura toujours elle. J'aimerais pouvoir dire que je l'aimais comme une soeur - mais elle n'en était pas une pour moi, puisqu'elle n'était rien, puisqu'on ne la voyait pas, qu'on n'avait pas le droit de jouer avec elle, qu'elle passait des journées entières dans sa chambre, et si elle pleurait c'était pire, parce qu'elle était punie, et elle était punie si elle se levait la nuit pour manger quand ils l'avaient privée de dîner, ou si elle faisait pipi au lit, parce qu'on ne lui permettait pas de se lever pour aller aux toilettes."

La Maladroite est tiré d'un fait divers réel, le décès suite à maltraitance de Marina Sabatier à l'âge de huit ans. Dans cette affaire, les parents ont été jugés, mais ce sont également les institutions qui ont été mises en cause, car elles ont à plusieurs reprises été contactées sans que rien n'aboutisse, soit par la grand-mère, l'institutrice ou la directrice d'une école. Marina Sabatier porte ici le nom de Diana, mais l'histoire reste la même, terriblement tragique. Une petite fille est maltraitée, mais elle se tait et garde le sourire pour protéger ses parents, qui eux trouvent toujours des explications et déménagent régulièrement. Chacun, dans le récit d'Alexandre Seurat, parle de Diana, du rôle qu'ils ont joué dans cette vie là, une vie de petite fille, de ce qu'ils ont tenté de faire, de leur tristesse, et de leurs regrets.

J'ai eu du mal, je vous l'avoue, à me décider enfin à écrire ce billet. En fait, je ne suis pas très enthousiaste au sujet de ce livre. Comment l'être ? Partagée entre dégoût et tristesse. Et puis, je trouve que le style de l'auteur, l'enchaînement des témoignages, ne permet jamais de croire à la fiction, ou de se préserver derrière le rempart de la narration. La gêne est là, l'impossibilité du recul, le malaise d'assister à l'inévitable, comme une tragédie (parce qu'évidemment on connaît la fin de l'histoire), la colère. Et pourtant, je suis contente de l'avoir lu, d'avoir regardé vivre un peu cette petite Diane/Marina, d'avoir fait sa connaissance, appris son histoire intime, su qu'elle était regardée, malgré tout aimée, d'avoir compris que certaines personnes n'étaient pas dupes des faux-semblants, avaient réellement voulu la protéger. Notre système ne permet pas toujours de sauver ces enfants, empêtré qu'il est à protéger les parents, les règles, à ne pas vouloir intervenir mal à propos (et il a raison, quel parent ne serait pas anéanti d'être accusé à tort ?). Cependant, le fameux "bien de l'enfant" est trop souvent une grande supercherie. A se demander si parfois, il ne faut tout simplement pas hésiter à s'occuper des affaires des autres, quand même.

Editions Le Rouergue - 13.80€ - Août 2015

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Une lecture clinique mais qui résonne longtemps après avoir fermé le livre pour Alex - Un roman dont on ne ressort pas indemne pour Stephie - On ressort de ce roman abasourdi, nauséeux, et profondément secoué, dit Noukette - Un coup de poing et une tragédie moderne pour Leiloona - "Tout est dans l'ambiguïté et dans la difficulté  que ressentent les différents témoins à poser des mots justes sur une situation qui se dérobe." pour Cathulu qui l'a lu la gorge serrée.

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 4/6.

Posté par Antigone1 à 07:05 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
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