13 janvier 2016

La Femme au colt 45, Marie Redonnet

lafemmeaucolt45 "Désormais je ne pourrais plus dire que je ne connais rien de la précarité ni des dangers que court une étrangère en situation irrégulière."

Contrainte de fuir son pays sous le joug d'une dictature, comme tant d'autres femmes, ancienne comédienne reconnue, Lora se retrouve sur une barque à destination de Santarie, avec pour tout bagage son sac à main et son colt 45. Malheureusement, elle sait ce qu'elle quitte mais pas vraiment vers quoi elle se dirige. En Santarie, le danger est à chaque coin de rue, surtout pour une femme seule. Son colt, légué par son père, est une maigre sécurité. Pour autant, même quand son exil devient de plus en plus difficile, avec la perte de ses papiers, la vente de son colt, et la concupiscence des hommes, Lora sait reconnaître les belles rencontres, l'espoir...

J'ai lu ce petit livre d'une traite, assez impressionnée par le style particulier, la distance que l'auteure garde avec son personnage en une sorte de dialogue a posteriori, poétique, et assez impressionnée aussi par les épreuves traversées par elle. J'ai pensé bizarrement à une ancienne lecture, Skoda d'Olivier Sillig, qui contient pour moi la même violence extérieure mêlée de tendresse intérieure. Il y a cette même brieveté du récit, et il y a ces mêmes lieux, impossibles à situer géographiquement, et qui participent de l'universel... un pays sous le joug d'une dictature, une population qui n'a d'autre choix que de prendre un bateau vers l'inconnu, l'arrivée douloureuse et dangereuse, la perspective d'une vie meilleure qui s'amenuise de jour en jour, l'obsession de la survie. Une fable à portée politique.

Editions Le Tripode - 15€ - 7 janvier 2016

Un texte précieux pour Mirontaine Keisha recommande cette découverte intéressante - Puissant et évocateur pour Gwenaelle !


30 juillet 2015

Le Caillou, Sigolène Vinson

lecaillou "Monsieur Bernard voulait tout connement mourir. Il préparait sa mort en la doublant d'une création : une statue du commandeur qui aurait mes traits. Je me dis que c'est à cause de la tête que je me trimballe."

La quatrième de couverture de ce roman résume l'intrigue comme suit : C'est l'histoire d'une femme qui voulait devenir un caillou. Alors, en ouvrant ce titre, on s'attend à un peu d'étrangeté (on sera servi) mais pas vraiment à tout ce panel de tendresse et de poésie que l'on y découvre. 

En fait, Le caillou, c'est au départ l'histoire d'une jeune femme qui se terre dans son appartement parisien, et ne sort que pour descendre ses poubelles et aller travailler dans un bar comme serveuse. Là-bas, elle y a rencontré un client, dont elle est tombée amoureuse. Mais leur amour, après une nuit d'ivresse, restera lettre morte. Le voisin de pallier de la jeune femme est un étrange vieux monsieur, qui traîne dans son sac une serpillière à l'odeur nauséabonde et aime l'art. Suite à un incident, ces deux solitaires deviennent très proches. Monsieur Bernard révèle ses ambitions de sculpteur acharné, il aimerait tant réussir le portrait de sa jeune voisine. Tout naturellement, à la mort du vieil homme, la demoiselle voudra aller à la rencontre de La Corse et du village où il séjournait régulièrement. Une manière de redonner un nouveau sens à sa vie, un élan. 

J'ai beaucoup aimé me perdre dans ce roman tout particulier à la gouaille tonique mais à l'univers assez onirique, et presque fantastique, minéral. Le caillou est un roman avec beaucoup de charme à l'intérieur, et de belles rencontres, avec des gestes doux et de la rudesse tendre. A lire pour sa beauté et sa singularité.

Editions Le Tripode - 17€ - Mai 2015 - Merci ma bibli !!

Un très beau billet enthousiaste chez CharlotteUn roman triste et beau, déstabilisant et viscéralement attachant… pour Noukette - Derrière l'étrangeté, la réflexion est là... pour AifelleUne liberté de ton et une originalité qui font mouche, incontestablement... pour Jérome

Posté par Antigone1 à 22:59 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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