19 mars 2010

La Femme de l'Allemand, Marie Sizun

lafemmedelallemand"Elle t'entraîne jusqu'à la maison d'une main ferme. Tu es confondue d'amour et d'effroi."

Marion grandit, après guerre, auprès de sa mère Fanny. Cette mère est bien un peu fantasque, un peu folle, lourde du secret d'un amour interdit mais Marion l'aime, absolument, entre inquiétude et bonheur. Cependant, les incidents se multiplient, les actes de folie, de démence, les séjours chez des grands parents froids et distants aussi, et Marion finit par mettre un nom sur la maladie de celle qu'elle admire et redoute à la fois, sa mère est maniaco-dépressive. Alors, comment se construire une vie normale dans cet univers oscillant ? Comment exister, trouver sa voie, sous l'ombre du souvenir d'un père allemand dont on ne dit rien ?

Il est compliqué pour moi de vous parler de ce livre...car je n'ai pas été emballée plus que cela par l'écriture de Marie Sizun dans cet opus, son écriture m'a en fait semblée très simple, trop simple, et pourtant...comment résister à ce paquet d'émotion affolante qui vous tombe sur les genoux à sa lecture ? Impossible. Il y a une voix, indéniable, quelque chose ici qui vous prend les tripes, vous tient par la main sans faiblir, sait retenir votre attention et la garder jusqu'à la fin.
On se dit également qu'elle est bien ténue la distance entre la raison et la déraison... On se dit surtout, et particulièrement après avoir déjà lu Le Père de la petite, que Marie Sizun revit sans cesse dans ses écrits le même trajet d'enfance, qu'elle tente d'exorciser sans doute, et que pour cela on la comprend si bien.

"Un père, tu as toujours su que tu en avais un. Mais un père mort. Fanny t'a dit qu'il était mort.
Mort. Un drôle de mot, dont la musique souffle du vide. Du froid. Un mot dont tu as saisi le sens avant de le connaître.

Elle t'a dit aussi qu'il était allemand, ton père, mais qu'il ne faut pas en parler, ma chérie. Jamais. A personne. C'est un secret."

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - Livre de Poche - Aout 2009 - 6.50€

objectif_palObjectif pal : 50-9

Toutes les autres lectures disponibles sont chez B.O.B.

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22 février 2010

Mon père, Eliette Abécassis

monp_re"Un matin, je me suis éloignée de mon père. C'était la veille du jour de mes vingt ans, le premier anniversaire que je passai sans lui. Le lendemain, mon père me téléphona tôt dans la journée pour me dire combien il était heureux du jour de ma naissance.
- Tu es le premier, dis-je.
Et le soir, tard, à nouveau, mon père appelait.
- Je suis le premier et le dernier.
Mon père était l'alpha et l'omega. Il commençait et finissait ma journée ; pourquoi sa mort n'aurait-elle pas été la fin de ma vie ?"

Hélèna a perdu son père il y a deux ans de cela. Le deuil est difficile à faire, leur relation ayant été plus qu'importante pour elle, primordiale...

La lectrice que je suis s'est alors dite qu'elle allait encore une fois assister à une apologie du père, béate et à sens unique. Mais rien de tout cela... Eliette Abécassis cache finement son jeu dans les premières pages, car avec l'arrivée d'un demi-frère inconnu dans sa vie, Hélèna va peu à peu prendre conscience de la relation toxique et malsaine qui la liait à ce père qu'elle ne connaissait pas ou si mal. En effet, au terme du roman, on apprend qu'elle a été l'enfant non désirée, celle qui a empêché le père de vivre son amour réel, celle a qui il a donné le prénom de la femme qu'il aimait véritablement, la mère de son fils, pour mieux raviver chaque jour sa souffrance à lui sans doute, et l'empêcher de réellement se donner le droit de vivre sa vie, à elle.

Un livre fort, un peu dérangeant, déroutant dans sa construction, comme parcouru d'ellipses inexplicables... Ce n'est pas, et loin de là, ma meilleure lecture de cette auteure mais j'ai aimé la ligne encore une fois hors des sentiers battus de son roman. Une mise en lumière particulière du thème de la relation père/fille.

bouton3 Note de lecture : 3.5/5objectif_pal

Du même auteur ... sur ce blog, vous trouverez ma lecture de La Répudiée... mais j'ai également lu Un heureux évènement et Clandestin que j'avais beaucoup aimé.

En bref, je n'en ai sans doute pas fini avec Eliette...;o)

Objectif Pal : 8/50

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15 janvier 2010

Les Monologues du Vagin, Eve Ensler

lesmonologuesduvagin" Alors, j'ai décidé de faire parler des femmes, de les faire parler de leur vagin, de faire des interviews de vagin."

Parus aux Etats-Unis en 1998, ces monologues ont déclenché un phénomène sans précédent. Rarement une pièce aura été autant jouée. Rarement le tabou de la sexualité féminine aura été autant mis en lumière. Et ce n'est pas si évident de raconter mes émotions face à ce livre...

Je dois vous l'avouer, j'en attendais tant, et je retardais depuis si longtemps sa lecture que, forcément, je suis un peu déçue...mais peu importe car Les Monologues du vagin, ont avant tout le grand mérite d'exister, ils sont importants, ils vont dans le bon sens, dans le sens du féminin et du respect.
J'ai ressenti un étrange sentiment de détachement à parcourir ces témoignages pourtant forts. J'aurais aimé, je pense, assister à une version théâtrale, me sentir bousculée par le style, une certaine emphase, la douleur, la joie...

Et pourtant, posséder cet ouvrage, le voir vivre dans ma bibliothèque me paraît aujourd'hui un acte féminin essentiel, presque militant, et en cela il me plaît cet ouvrage, il me plaît énormément.

Et puis, il y a ces quelques listes, imaginées par Eve Ensler, que j'ai trouvé très fortes dans leur sobriété, très subtiles...

"Si votre vagin était habillé, que porterait-il ?"

Un béret.
Un blouson de cuir.
Des bas de soie.
Un vison.
Un boa rose.
Un smoking d'homme.
Un jean.
Un truc moulant.
Des émeraudes.
Une robe du soir.
Des sequins.
Que de l'Armani.
Un tutu.
De la lingerie transparente.
Une robe de bal en taffetas.
Un truc lavable en machine.
Un loup.
Un pyjama en velours violet.
De l'angora.
Un noeud papillon rouge.
De l'hermine et des perles.
Un grand chapeau à fleurs.
Un chapeau en léopard.
Un kimono de soie.
Un pantalon de survêtement.
Que de l'Armani."

Une lecture qui entre de plein fouet dans le cadre de mon Objectif Pal et des Coups de coeur de la blogosphère compilés par Théoma. - On parle "un peu" de la pièce par ici - Je rajoute l'avis de Sandrine que je trouve intéressant et que je rejoins -
Denoël - ISBN 978 2 207 25755 5 - 2005

Le site - http://www.lesmonologuesduvagin.com/

Objectif Pal : 7/50       objectif_pal       coeur_vs3

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28 décembre 2009

L'Ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon

l_ombre_du_vent"- Eh bien, il s'agit d'une histoire de livres.
- De livres ?
- De livres maudits, de l'homme qui les a écrits, d'un personnage qui s'est échappé des pages d'un roman pour le brûler, d'une trahison et d'une amitié perdue. Une histoire d'amour, de haine et de rêves qui vivent dans l'ombre du vent.
- Tu parles comme la couverture d'un roman de gare Daniel.
- Ça doit être parce que je travaille dans une librairie et que j'en ai trop vu défiler. Mais cette histoire-là est réelle. Aussi vraie que le pain qu'on nous a servi a au moins trois jours. Et comme toutes les histoires réelles, elle commence et finit dans un cimetière, encore qu'il ne s'agisse pas du genre de cimetière que tu imagines."

Un matin, un père emmène son fils vers un lieu secret, caché au fin fond d'une Barcelone tortueuse, le Cimetière des livres oubliés. Il s'agit d'effectuer une sorte de rituel. L'enfant devra y choisir un ouvrage, en prendre soin tout au long de sa vie, et conserver le silence sur l'endroit étrange dans lequel il l'a trouvé. Daniel Sempere choisit un volume au titre évocateur L'Ombre du vent, d'un certain Julian Carax. Sans le savoir, il vient d'emporter avec lui l'objet qui va décider de son avenir et en bouleverser les contours...

heartVous êtes déjà nombreux à être rentrés dans ce roman, vous comprendrez donc aisément l'effet qu'il a pu produire sur la lectrice et l'amoureuse des livres que je suis. A peine y avais-je glissé un oeil, une attention, ma lecture, que j'ai été aspirée par une intrigue captivante telle que plus rien d'autre n'avait soudain d'importance à mes yeux... Il fallait que je sache ce qu'il était advenu de Julian et ce qui allait advenir de Daniel, peu importe la qualité de l'écriture, la musique des phrases ou le nombre de pages. M'est revenu en fait, et encore une fois, avec ce récit le plaisir que l'on me raconte des histoires, et ce n'est pas rien.
Intrigues, policiers sanguinaires, belles jeunes filles éthérées, librairies labyrinthiques, mystères, secrets et autres ingrédients efficaces sont largement distillés dans ce roman dans lequel je vous recommande chaudement de plonger - si ce n'est encore déjà fait - à votre tour. Je vous prédis un voyage décoiffant. Une lecture idéale pour ces quelques journées de vacances... Pfiou.

"Je n'avais jamais entendu mentionner ce titre ni son auteur, mais cela n'avait pas d'importance. La décision était prise. Des deux côtés. Je pris le livre avec les plus grandes précautions et le feuilletai, en faisant voleter les pages. Libéré de sa geôle, il laissa échapper un nuage de poussière dorée. Satisfait de mon choix, je rebroussai chemin dans le labyrinthe, le volume sous le bras, le sourire aux lèvres. Peut-être avais-je été ensorcelé par l'atmosphère magique du lieu, mais j'avais la certitude que ce livre m'avait attendu pendant des années, probablement bien avant ma naissance."

bouton3 Note de lecture : 5/5 - Le Livre de poche - 978 2 253 11486 4

Un grand merci à qui me l'a gentiment offert ! J'ai mis du temps à l'ouvrir enfin...objectif_pal

Quelques lectures parmi d'autres ~ Chez Biblioblog - et chez Blog-O-Book -

Objectif Pal : 6/50

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20 décembre 2009

Miel et Vin, Myriam Chirousse

miel_et_vin"La vie peut être un océan noir d'amères désolations, mais il peut aussi y avoir, au milieu des vagues sombres, des terres bénies où serpentent des fleuves de miel et de vin."

Deux enfants grandissent sans se connaître. heart
L'un, né bâtard, considéré par tous comme un enfant "maudit" créant autour de lui mort et désolation, accèdera tout de même à sa filiation et à son nom en devenant Charles de l'Eperay. L'autre, une enfant trouvée dans les bois, recueillie par une famille noble des environs, deviendra une jeune fille connue sous le nom de Judith de Monterlant.
Ces deux êtres se rencontrent lors d'un mariage, s'attirent avec une violence évidente.
Pourtant, Judith en épousera un autre.
Devenus amants, ils seront pris par les tourments de l'histoire et de la révolution française.

Miel et vin, outre d'être une fresque romantique époustouflante, ainsi que vous le donne (je l'espère) à penser mon résumé, a la particularité d'être parcourue d'une langue riche et originale. Et j'ai aimé en être surprise et en être bousculée... Voici un roman dont il est bien difficile d'expliquer la magie et le pouvoir d'attraction. A-t-on jamais aussi bien décrit les profondeurs de la passion, ce mélange de perte de soi et d'insuportable évidence ? Je suis loin d'être une adepte de romans historiques, et pourtant j'ai été ici happée et tenue en haleine jusqu'au terme d'une écriture pleine de modernité et d'inventivité, et quelle galerie de personnages ! Vous trouverez effectivement dans les pages de Miel et Vin des prêtres tyranniques, des mères éplorées ou maternelles, des enfants à la peau douce, des inventeurs géniaux, des femmes un peu sorcières, un libraire fantasque aux murs de livres, des révolutionnaires passionnés et des nobles accrochés à leurs privilèges...

Myriam Chirousse a pris le parti de donner dans son roman la parole à un des enfants de Judith. C'est donc elle qui raconte l'histoire et ces évènements qu'elle n'a pu connaître, sauf de l'intérieur du corps de sa mère, sauf en supposant une vie antérieure, un regard céleste difficile à concevoir...et c'est un des éléments forts de ce roman, qui vous donne une idée du talent de l'auteure... Et c'est toute la substance, et la richesse, de l'extrait que je vous livre ci-dessous... L'histoire d'une naissance. Chapeau Madame !

"Alors quelque chose m'arrive comme une noyade, comme un engloutissement dans des sables mouvants. Toutes les images du monde qui flottaient devant moi s'estompent l'une après l'autre et je tombe dans un trou sans mémoire. J'essaie de retenir quelques éclats de ce que je peux voir - je suis sur un cheval, je suis grande et je suis brune, je fume des cigares fins dans un salon aux fauteuils capitonnés, un jeune homme déclame de la poésie, on m'appelle comtesse et je distingue un port blanc, des eaux turquoise qui lèchent les roches rouges d'une île ensoleillée, je sens l'odeur des pins et la chaleur, je vois ma vie, des éclats de ma vie, de ce que sera ma vie... peut-être... ou peut-être pas... Je ne sais plus. J'ai mal et j'ai peur. Peut-être que tout n'était qu'un mirage et que je n'ai jamais pu voir ni le présent, ni le passé, ni le futur, ni rien. L'autre monde m'aspire et rien n'y est écrit nulle part. La lumière m'ébl..."

bouton3 Note de lecture : 5/5 (Coup de coeur oblige !)

ISBN 978 2 283 02367 9 - 24.50€ - JUIN 2009

J'en profite pour réduire ma PAL d'un exemplaire (50-5) - Je participe en même temps au challenge des coups de coeur de la blogosphère compilés par Théoma - Ce titre est un coup au coeur de Clarabel et je l'ai lu un peu aussi pour cette raison (donc merci !!) - Keisha l'a lu également et s'est retrouvée dans une ambiance nostalgique, sensuelle et bucolique - 500 pages avalées le temps de dire ouf chez Biblioblog - Une lecture détente pour Kathel qui émet quelques réserves judicieuses - ... n'hésitez pas à me confier vos liens !

Le blog de Myriam Chirousse

Objectif Pal : 5/50 objectif_pal   coeur_vs3

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13 novembre 2009

Chocolat, Joanne Harris

chocolatlivre"Je vends des rêves, de menues consolations, d'exquises tentations inoffensives pour qu'une multitude de saints dégringolent de leur piédestal et viennent se fracasser au milieu des noisettes et des nougatines.
Est-ce si terrible ?"

Vianne, et sa fille Anouk, arrivent en plein milieu du carnaval, à Lansquenet, "petit point à peine discernable sur la voie rapide reliant Toulouse à Bordeaux". Elles assistent, séduites, à une explosion de couleurs pour ce village d'ordinaire si paisible.
Portées par le vent du mouvement, attirées par l'endroit, elles décident finalement de rester, de s'installer, et de monter dans ce lieu en apparence peu propice une "chocolaterie".
L'ancienne boulangerie, juste en face de l'église, est donc investie par leurs deux volontés et devient à la veille du carême un haut lieu de tentations, mais aussi la cristalisation des émotions des villageois. Tout cela n'est pas du goût de Reynaud, le prêtre, ni des habitants bien pensants qui mènent la communauté. Heureusement, Vianne a le don de cerner les âmes, et serait même un peu sorcière...aux dires de certains.

Ce roman de Joanne Harris est sans grande prétention mais il a son petit charme, et son envoûtement propre. Autant le dire, je me suis fait plaisir, et j'ai retrouvé avec cette lecture le goût que l'on me raconte des histoires, que l'on m'entraîne au gré des pages vers un ailleurs dépaysant, ce qui n'est pas rien.
Mais attention, la couverture du poche qui reprend l'affiche du film est trompeuse. "Chocolat" n'est pas véritablement une histoire d'amour. En effet, malgré les quelques amitiés réconfortantes qui investissent sa boutique, Anouk est bien seule à mener sa barque contre une religion rigoriste aux fondations bien précaires. Elle est seule également quand elle affronte ses souvenirs, l'ombre de cette mère avec laquelle elle a toujours fui.
Au final, outre que de me donner des envies irrésistibles de chocolat (et ça tombe bien non ?) par le biais de descriptions olfactives et occulaires ditirembiques, ce livre a réussi à brasser en moi quelques émotions personnelles fortes et à raviver un plaisir de lecture parfois fragile.
Une bonne raison, donc, pour continuer de fouiller dans ma PAL !

bouton3 Note de lecture : 3.5/5     objectif_pal

ISBN  2 290 32320 3 - J'ai lu - 2001

Un très beau billet à lire chez Sylvie

Défi Objectif Pal : 4/50

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17 octobre 2009

Portrait de LAL...

Mes_images9

...soit à ce jour 633 Livres A Lire notés.
Vous avez dit "n'importe quoi" ? Non ?
Ben moi, je me le dis, de temps en temps.
Cela dit, je raye, je grifouille, j'avance...;o) enfin, je crois (?!).

Par ailleurs, ma PAL (Pile A Lire) se porte bien, merci, elle n'a -en fait - maigris que de 3 livres. Une autre, secrète, officieuse, honteuse, une que je ne vous dévoilerai pas, a vu le jour sur une autre étagère...plus loin. Bien entendu, c'est par cette dernière que j'ai envie de commencer, pas par l'autre, déjà vieille, déjà moins tentante, attractive..forcément. Allez, gardons le cap, des pépites m'attendent, j'en suis certaine !!
Et vous, vous en êtes où de votre Objectif Pal ?
(Pour les petits curieux, un récapitulatif des blogs participants est en ligne [ici]. )

Bon samedi !!

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01 octobre 2009

Ecoute s'il neige, Cathie Barreau

_coutes_ilneige"Ses yeux n'étaient pas clos. Ils étaient d'un bleu très pâle, éteint comme une pierre, une aigue-marine abandonnée. Ses paupières restaient immobiles et son sourire s'attachait à sa bouche, ses pommettes, son front. Le contact de ses mains fut si sensible que le souvenir ne me quitta pas. Quand ils me souhaitèrent le bonsoir et que je me décidai à entrer dans le jardin de nos hôtes, j'étais dans un rêve dont je ne distinguai pas la cause exacte : était-ce ma solitude soudain rompue ou la rencontre avec mes voisins, avec elle si belle, au regard absent ?"

heart Voici un coup au coeur qui m'a prise par surprise. Comme quoi, fureter dans sa PAL a parfois du bon...mais ce titre n'est pas si vieux, loin sans faut.

L'histoire ? Paul emménage dans une maison, au coeur d'un hameau, à présent seul, suite à un divorce dont il se remet doucement. Il cherche le calme et la tranquillité ; il espère se retrouver face à lui-même. Mais un matin, une femme apparaît à la fenêtre, chez ses voisins, nue, le buste offert au soleil, apparemment impudique.  Cette femme s'appelle Blanche et elle ne voit pas. Par le toucher et les sensations, un dialogue se noue entre ces deux âmes, tissant au fil des rencontres une relation amoureuse peu ordinaire.

Il est assez rare de lire un roman en ayant déjà entendu et vu l'auteure. Cathie Barreau a en effet dirigé pendant de nombreuses années le lieu de littérature dans lequel je me rends souvent, dans ma ville. Dans les premières pages de ma lecture, c'est donc une voix féminine que j'ai entendu, brouillant un peu les pistes, et puis la transposition s'est faite, le souvenir de sa dédicace, de ce qu'elle m'a dit, s'être mis ici aisément dans la peau d'un homme. Et l'émotion est venue, ensuite, de manière inattendue, dans ce rapport tactile peut-être entre deux êtres, dans tout ce que j'ai ressenti de connivence avec les personnages, dans ce rapport aussi avec la nature et les autres, dans cette facilité de lecture qui pour une fois et pour ce roman est un compliment.

bouton3 Note de lecture : 5/5 (le maximum, forcément, pour cause de frissons !)

ISBN 978 2 916010 37 3 - 15€ - AVRIL 2009

Les autres titres lus ... Trois jardins (2006) - Journal secret de Natalia Gontcharova (2006) - Visites aux vivants (2007), avec une préférence nette pour les deux derniers (mes billets ont disparu avec mon ancien blog).

objectif_palUn extrait différent sur remue.net - Une très jolie critique sur le blog des habitants de St Nazaire - et un élan d'admiration chez Poézibao -

Défi Objectif Pal : 3/50

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02 septembre 2009

Perla, Frédéric Brun

perla"Après la mort de ma mère, j'ai perdu la plupart de mes repères. Etrangement, au même moment, je me sens attiré par le roman d'apprentissage allemand, le Bildungsroman et tous ces héros qui portent des noms d'un autre temps : Wilhem Meister, Henri d'Ofterdingen, Andreas Hartknopf... Il y a deux Allemagne. Celle des camps et des barbelés contraste avec celle des plaines embrumées, des couchers de soleil orangés, des poètes idéalistes, Novalis, Hölderlin, qui ont attrapé l'âme du monde (Weltseele). Pourquoi suis-je si fasciné par ce pays écartelé entre le lied et la voix sèche, le raffinement et la barbarie ? Je m'étonne de vouloir trouver en lui ma littérature préférée et les traces d'un passé qui ont brisé Perla."

Le narrateur, fils de Perla, raconte sa mère, alors qu'elle vient de décéder, son passage dans les camps, la dépression qui la tenaillait, le silence qu'elle gardait sur son histoire. Il cherche à la connaître mieux, tout en partant -parallèlement - à la découverte des romantiques allemands, de ce que l'Allemagne a fait de plus beau, de plus délicat, puis de plus monstrueux aussi. Il a besoin de ce périple pour veiller sur la grossesse de la femme qu'il aime, et se préparer ainsi à la venue de son fils, Julien.

Ce livre était dans ma PAL car j'en avais entendu dire le plus grand bien. Il s'agit effectivement d'un très beau portrait de femme, un hymne à la mère, écrit par un fils qui ressent le besoin de tourner une page de son histoire afin de pouvoir "faire son deuil" et accueillir son enfant nouveau-né. Il y a beaucoup d'amour dans ce texte ; quelques images illustrent les propos de l'auteur : des tableaux, photos, couvertures de livres, plans... Une belle suite à ma lecture de Une année étrangère de Brigitte Giraud, je trouve.

"A quelques jours près, elle ne serait jamais partie en Silésie. Elle aurait sûrement vécu autrement, l'esprit allégé, la chair apaisée. Elle aurait rencontré un autre homme et je ne serais pas né."

objectif_palbouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 253 12353 8 - 4.50€ - 02/08

Perla a obtenu la Bourse Goncourt du premier roman 2007

Clarabel a été touchée - Pour Florinette, il est à lire sans hésiter - Pour Anne, c'est un joyaux - Je me rends compte que je suis plus mitigée...

Défi Objectif Pal : 2/50

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19 août 2009

Les encombrants, Marie-Sabine Roger

les_encombrants"Les pires, ce sont ceux qui arrivent de loin. Ils viennent trois fois l'an et se croient tout permis, ils font des réflexions, ils sonnent pour un rien. Il faut venir régler le lit, le fauteuil, le chauffage.
Ils vous toisent d'un air suspicieux, prétentieux. Rien ne va jamais bien.
Ils ont de ces questions... Il mange au moins ? On le fait marcher tous les jours ? Il sort dans le jardin ? Mme Lemasson a envie de leur dire : Si ça vous soucie tant, gardez-le donc chez vous !
Mais pas de risque, non ! Les vieux sont encombrants, ils ont des exigences. Ils prennent trop d'espace et de vie. Et de temps.
Non : on les place en maison, pour qu'ils soient bien soignés, bien à l'aise. Bien loin." (extrait)

J'ai acheté ce petit livre en bouquinerie l'année dernière (sans lire le résumé), attirée par la couverture, le titre et la maison d'édition. Le nom de l'auteure, aussi, me disait vaguement "quelque chose". Il faut dire que La tête en friche, le dernier roman de Marie-Sabine Roger, a reçu un bon accueil et a été sélectionné notamment par "l'été des libraires 2009". Ceci explique sans doute cela. Je n'avais aucune idée du sujet de l'ouvrage...oserais-je dire que je pensais lire un court roman parlant de déménagement ?!
Il s'avère que ce livre est en fait un recueil de nouvelles, ayant comme thème principal, vous l'aurez sans doute compris, les personnes âgées - ces fameux "encombrants". On y parle de solitude et de déchéances, mais aussi de ces petits arrangements et de ces mesquineries qui entourent le troisième âge au quotidien. D'une ironie implacable et d'une cruelle lucidité, elles sont d'une grande qualité.
Il y a cette femme seule que des petits enfants viennent voir en coup de vent si peu souvent, cette garde de nuit qui maltraite les pensionnaires dont elle a la garde, ce vieux monsieur qui perd la tête et se retrouve dans le jardin d'une traductrice désoeuvrée, etc... J'ai beaucoup aimé les parcourir, et je suis certaine à présent de continuer à lire cette auteure de talent. Avouons malgré tout que l'on ressort de ces sept courts textes avec une envie folle de ne pas vieillir (mais contre cela on ne peut pas faire grand chose !) et de ne surtout pas aller s'enfermer en foyer logement... Heureusement, deux textes relèvent l'ensemble d'une touche d'optimisme assez irrésistible, ouf, on en avait bien besoin.

bouton3 Note de lecture : 4/5objectif_pal

ISBN 978 284420 541 4 - 14€ - 03/07

Une lecture à l'ombre du cerisier - et une autre chez Encres vagabondes - Chiffonnette l'a lu aussi - La librairie Mot à mot fait un récapitulatif des ouvrages de l'auteure...

Défi "Objectif Pal" 1/50

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