23 juillet 2015

En cas de forte chaleur, Maggie O'Farrell

encasdefortechaleur

  "Ecoute, ça fait onze heures qu'il est parti et je ne sais pas ce que je dois faire..."

Nous sommes à Londres, en 1976. La canicule est là, et les restrictions d'eau aussi. Dans une maison d'un quartier tranquille, un couple de retraités vaque à ses occupations. Gretta est dans la cuisine tandis que Robert sort. Comme à son habitude, il a sans doute besoin de prendre un peu l'air. Etrangement, il ne revient pas, et sa femme s'inquiète, appelle ses enfants, ne trouve pas d'explications à cette absence incongrue qui ne ressemble pas à l'homme qu'elle aime et connaît. Michael Francis et Monica, les deux aînés, ont leur propres problèmes à régler, sans parler de la petite dernière, Aoife, qui vit à New York. Mais tous les trois viennent rejoindre leur mère sans se poser de questions. Le clan Riordan est reformé. Se retrouver ainsi dans l'intimité d'un foyer va rendre plus présente l'enfance passée, faire ressurgir les non-dits, et entraîner la petite tribu jusqu'en Irlande, là où toutes les énigmes peuvent finalement se résoudre...

Quel bonheur de plonger de nouveau dans un Maggie O'Farrell !! Surtout en plein été. C'est comme déguster une glace à la pistache après treize ans d'abstinence et se rendre compte à la première cuillère combien on aime ça et combien ça nous avait manqué. Mais je m'égare un peu... Car lire un Maggie O'Farrell, c'est surtout ici flirter avec l'Irlande, avec des secrets de famille, des détails du quotidien, un épuisement des sentiments, de la tendresse malhabile, rencontrer ce qui est caché derrière les apparences, voir les aspirations brutes. J'ai aimé encore une fois la délicatesse de style de l'auteure, sa douce manière de secouer ses personnages afin qu'ils découvrent enfin la vérité enfouie en eux. Une lecture confortable et prenante, dans laquelle j'ai adoré me lover. A quand le prochain ?

Editions 10/18 - 8.40€ - Juin 2015

Sylire émet un petit bémol mais a aimé cette lecture Un bon moment de lecture pour ClaraUn gros coup de coeur pour Cathulu ! - Un peu d'ennui chez Audouchoc.

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05 mars 2012

L'étrange disparition d'Esme Lennox, Maggie O'Farrell

l'étrangedisparition"Le début se situe peut-être plus tôt, avant le bal, avant que les deux jeunes filles aient revêtu leurs nouveaux atours, avant qu'on ait allumé les bougies et parsemé du sable sur le parquet, bien avant l'année dont elles fêtent la fin. Qui sait ? Quoi qu'il en soit, les choses se terminent devant une fenêtre grillagée dont les carrées font deux ongles de pouce de côté, très exactement."

Nous sommes à Edimbourg, de nos jours, et Iris navigue entre le magasin de vêtements anciens qu'elle gère, un amant marié et un presque frère, Alex, dont elle se sent un peu trop proche. Un jour, le téléphone sonne, et elle apprend coup sur coup l'existence d'une grand tante inconnue et le fardeau qui lui est assigné de s'occuper désormais de son sort. L'asile où la vieille femme était recluse depuis soixante ans va en effet fermer ses portes...

Dans ce roman de Maggie O'Farrell, il est beaucoup question de mémoire et de démence, la grand-mère d'Iris, Kitty, est d'ailleurs atteinte de la maladie d'Alzheimer. Mais j'y ai trouvé également une critique très fine et acerbe des bons usages qui brimaient la société de l'époque pendant laquelle Esme était enfant, et de leurs déviences. Le personnage moderne et libre d'Iris est horrifiée de constater ce que pouvaient être les critères d'internement un siècle plus tôt (adultère, frivolité, fugues...) et à quel point les femmes en étaient victimes.
Voici un livre essentiellement féminin donc, poétique et cruel, dont j'ai véritablement apprécié l'acidité, même si il ne restera pas mon préféré de l'auteure. J'avais eu un plus grand coup de coeur pour Cette main qui a pris la mienne (2011) ou Quand tu es partie.
Je l'ai pour autant lu avec une grande avidité, pressée de savoir pourquoi Esme avait été internée et quel secret dissimulait depuis tout ce temps sa soeur Kitty, enfermée depuis quelques années elle dans une maladie implacable.

Editions 10/18 - 8.10€ - Novembre 2009 - Merci ma bibli !!

Parmi vos nombreuses lectures, quelques avis... Anne, l'insatiable lectrice -  Aifelle - Cathulu - Elfique -KarineClara.

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10 mai 2011

Cette main qui a pris la mienne, Maggie O'Farrell

cette_main"Ecoutez. Dans cette histoire, les arbres s'agitent, frémissent, se redressent sous les bourrasques qui soufflent de la mer. A voir leurs branches fébriles, les mouvements impatients de leurs cimes, on a l'impression qu'ils savent que quelque chose va se produire."

Ce sont deux vies de femmes que l'on suit dans ce roman aux multiples voix et souffles d'air. Deux femmes que tout oppose.
Lexie, à la fin des années 50, quitte enfin le Devon pour Londres, elle y deviendra journaliste et la compagne du célèbre critique et marchand d'art, Innes kent.
Dans un Londres plus récent, quarante ans plus tard, Elina vient d'accoucher d'un petit garçon. Cet acte a failli lui coûter la vie. Ted, son mari, la soutient, s'inquiète pour elle, et en même temps semble s'enfoncer lui-même dans des visions angoissantes d'un passé qu'il ne reconnaît pas.

Allez, oubliez très vite la couverture inadaptée de ce roman riche et polyphonique, et le titre mielleux qu'on lui a assigné (pourtant conforme à son titre original anglais ?!)... et entrez dans une intimité de maternité toute fraîche, de féminité combative et de force narrative prenante.
Maggie O'Farrell excelle dans la description des petits détails, c'est son vrai point fort, et nous avançons ici avec elle - et avec délectation - d'objet en objet, de pas en pas, dans un récit puissant qui ne cesse de se heurter aux murs destructeurs des non-dits. J'ai aimé ce qu'elle y mettait de bouleversant, de quelquefois simplement tendre (le souffle de la respiration d'un enfant dans un cou de mère) et par instants de vraiment magique. Mais ce roman n'est pas fait que de détails, il est également fait d'histoires, de destins qui se croisent, de hasards qui n'en sont jamais vraiment. Il évoque avec brio le bouleversement que toute naissance crée dans une famille (redistribution de cartes et de rôles obligent).
Une vraie lecture coup de coeur pour cette auteure qui confirme ainsi tout le bien que j'avais déjà pensé d'elle avec Quand tu es parti !
Me voici contrainte et forcée de noter ses autres titres non lus sur une liste déjà longue comme le bras, damned !

heart Editions Belfond - Avril 2011 - 21.50€

Cathulu a été la tentatrice !!

Sinon, je souhaite un bon anniversaire aujourd'hui à ma petite soeur qui est la maman vaillante de trois garçons plein de vie !!

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09 mai 2011

En cours de lecture...

que_nous_devenons"Les femmes que nous devenons une fois que nous avons des enfants [...]

Notre corps se transforme, nous achetons des chaussures plates, nous nous coupons les cheveux. Nous commençons à trimballer dans nos sacs des biscottes grignotées, un petit tracteur, un bout de tissu mâchouillé et adoré, une poupée en plastique. Nous perdons tonus musculaire, sommeil, faculté de raisonnement, perspective. Notre coeur vit hors de notre corps. Les enfants respirent, mangent, rampent et ... regardez ! Ils marchent et se mettent à nous parler. Nous apprenons à avancer centimètre par centimètre, à nous arrêter pour examiner chaque bâton, chaque caillou, chaque boîte de conserve écrasée qui jonche le chemin. Nous nous habituons à ne plus fréquenter les endroits que nous aimions. Nous apprenons peut-être à cuisiner, à repriser, à poser des poches aux genoux des salopettes. Nous nous habituons à vivre avec un amour qui nous submerge, nous étouffe, nous aveugle, nous enchaîne. Nous vivons. Nous considérons notre corps, notre peau distendue, les fils argentés sur nos tempes, nos pieds curieusement plus larges. Nous apprenons à moins nous regarder dans la glace.[...] Nous ne supportons plus les retards des bus, les gens  qui se bagarrent dans les rues, ceux qui fument dans les restaurants, les rapports sexuels passés minuit, l'inconsistance, la paresse, le froid. En croisant des jeunes femmes, nous remarquons leur cigarette, leur maquillage, leur robe moulante, leur sac minuscule, leurs cheveux soyeux, et nous nous détournons, baissons la tête et poussons notre landau en haut de la côte."

Extrait de Cette main qui a pris la mienne de Maggie O'Farrell
Je me régale, indubitablement.

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24 avril 2010

Quand tu es parti, Maggie O' Farrell

quand_tu_es_parti"Qu'est-on censé faire de tout l'amour qu'on éprouve pour quelqu'un s'il n'est plus là ? Qu'advient-il de tout cet amour qui reste ? Doit-on le refouler ? L'ignorer ? Ou le donner à quelqu'un d'autre ?
Je n'avais jamais imaginé qu'on puisse penser à quelqu'un tout le temps, qu'on puisse avoir constamment quelqu'un en train de faire des bonds d'acrobate dans vos pensées. Tout le reste était une discrétion mal venue entre moi et ce à quoi je voulais songer."

Alice a été mariée à John. Un amour fou et absolu les liaient, et puis la mort l'a fauché, lui, injustement, dans l'explosion d'un immeuble, à deux pas de son bureau. Depuis, la vie est difficile, la solitude pesante pour la jeune femme. L'envie de continuer à vivre est infime et fragile. Pourtant, il y a sa famille, ses soeurs qu'elle aime et ses parents. Même si avec sa mère les heurts sont fréquents, l'incompréhension totale, elle peut compter sur eux, et sur le souvenir affectueux de sa grand-mère Elspeth.
Bien entendu, tout n'était pas rose dans sa vie avec John, la rupture avec son beau-père, juif intégriste qui ne supportait pas que son fils épouse une goy, avait failli briser son couple à plusieurs reprises.

Sur un coup de tête, quelques temps après le drame, elle décide un beau jour de retrouver ses soeurs, et débarque à l'improviste gare d'Edimbourg. Ce qu'elle voit alors dans le miroir des toilettes, le lecteur ne le saura qu'à la fin de sa lecture, mais cela est tellement fort, opressant, qu'Alice reprend le premier train-retour pour Londres.  Ce coup d'oeil est tellement bouleversant que le fil fragile qui la retenait encore au désir de vivre se brise...et que c'est d'un coma profond, entouré des siens, qu'elle nous raconte son histoire.

heart Ouch, que dire...quelle rencontre avec Maggie O'Farrell ! Je suis sous le charme absolu.
Ce titre est son premier roman. (Elle est peut-être plus connue comme étant l'auteure de L'étrange disparition d'Esmé Lennox, que je n'ai pour ma part pas encore lu.)
Ici, la construction se fait par touches de lumière et le temps n'a plus de chronologie. J'ai aimé que la vie n'y soit pas si simple, qu'elle soit si proche de la vie réelle, si proche de la mienne parfois. On suit Alice de sa naissance à sa vie d'adulte, en passant par son adolescence rebelle en quête d'absolu et de liberté. On suit également la vie d'Ann sa mère, celle de ses soeurs, de son père et de sa grand-mère Elspeth...et on découvre peu à peu des secrets, des clés, des moments remplis de tendresse et d'émotion. On veut savoir ce qu'elle a vu, absolument. On ne pense plus qu'à ça. Mais qu'a-t-elle donc vu dans cette gare d'Edimbourg ?
Voilà, et j'ai versé ma petite larme en tournant la dernière page. Pour de vrai.
Une lecture lumineuse et émouvante.

bouton3 Note de lecture : Coup de coeur ! - 10/18 - mai 2003 - 8.60€Biblioth_que_et_LAL

L'avis de Cuné : "Ca faisait longtemps que je n’avais pas été scotchée à ce point par une intrigue, mais il faut dire que Maggie O’Farrell sait y faire (et c'est un premier roman !)" - L'avis d'Aifelle : "L'histoire va crescendo, nous comprenons petit à petit ce qui a amené Alice sur ce lit d'hôpital, je dois avouer que j'ai lu les dernières phrases en frissonnant .. un excellent moment de lecture." - Avis de coup de coeur pour Angelica !

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