26 décembre 2010

Plage, Marie Sizun

plagemarie"Il pleut ce matin. Il pleut doucement sur la plage, sur la mer. Il pleut partout. Une pluie impalpable, un brouillard de pluie, une pluie iréelle, qui tombe presque sans bruit, comme un murmure. C'est ce frôlement imperceptible que j'ai entendu d'abord en me réveillant. Sa musique silencieuse envahissait la chambre.
Tu ne m'as pas appelée."

Anne attend l'homme qu'elle aime dans un petit hôtel de Bretagne, elle a pris de l'avance, a devancé leurs vacances communes, les premières. Elle précise à sa logeuse que "son mari doit arriver samedi", mais cet homme n'est pas ce qu'elle prétend. Anne est la maîtresse d'un homme marié. Chaque jour, elle se rend sur la plage, peuplant sa solitude de l'observation du comportement des autres estivants, se plongeant en pensée dans ses souvenirs, et attendant avec impatience la sonnerie de son téléphone portable, sa voix à lui, sa présence.

Comme bien souvent dans les histoires d'attente, ce que l'on trouve en fin de course n'est pas forcément ce que l'on a cherché au tout départ. Il y a beaucoup de tendresse dans la fin de Plage, il y a des rencontres, notamment avec ce personnage de Claire, jeune femme douce récemment divorcée qui épaule Anne de son attention. C'est l'aspect émouvant de cette histoire.
Anne a par ailleurs une relation tendue et vindicative avec sa mère (thème récurrent chez l'auteure), voilà par contre une colère qui m'a ici dérangée dans ma lecture. En fait, j'ai eu du mal à m'attacher au personnage principal en tout début de roman, je trouvais cette jeune-femme solitaire si hautaine dans ses points de vue.
Et puis, et pourtant, malgré ce petit bémol et la constatation évidente (comme vous toutes) que la couverture du livre n'est pas adaptée au contenu (trop de décontraction dans la posture du modèle), cette attente a finalement eu quelque chose de si infiniment attachant que je m'y suis moi aussi laissée prendre.
On aime s'asseoir tous les jours sur le sable aux côtés d'Anne et partager ses observations, c'est certain.
En définitive, une lecture toute en finesse et douceur, parfumée de Bretagne.

bouton3 Editions Arléa - 19€ - Août 2010

J'avais déjà lu du même auteur... La femme de l'Allemand et Le père de la petite ... et j'aime chez Marie Sizun cette manière personnelle qu'elle a de revisiter sans cesse certains épisodes d'enfance. Pour cela, et pour son talent de croqueuse de portraits je vais continuer de la suivre avec intérêt.

Un grand merci à Sylire ! - Et quelques lectures ... Choco - George - Clara - Pascale - Liliba - Cathulu - Sharon - Anne - ...

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19 mars 2010

La Femme de l'Allemand, Marie Sizun

lafemmedelallemand"Elle t'entraîne jusqu'à la maison d'une main ferme. Tu es confondue d'amour et d'effroi."

Marion grandit, après guerre, auprès de sa mère Fanny. Cette mère est bien un peu fantasque, un peu folle, lourde du secret d'un amour interdit mais Marion l'aime, absolument, entre inquiétude et bonheur. Cependant, les incidents se multiplient, les actes de folie, de démence, les séjours chez des grands parents froids et distants aussi, et Marion finit par mettre un nom sur la maladie de celle qu'elle admire et redoute à la fois, sa mère est maniaco-dépressive. Alors, comment se construire une vie normale dans cet univers oscillant ? Comment exister, trouver sa voie, sous l'ombre du souvenir d'un père allemand dont on ne dit rien ?

Il est compliqué pour moi de vous parler de ce livre...car je n'ai pas été emballée plus que cela par l'écriture de Marie Sizun dans cet opus, son écriture m'a en fait semblée très simple, trop simple, et pourtant...comment résister à ce paquet d'émotion affolante qui vous tombe sur les genoux à sa lecture ? Impossible. Il y a une voix, indéniable, quelque chose ici qui vous prend les tripes, vous tient par la main sans faiblir, sait retenir votre attention et la garder jusqu'à la fin.
On se dit également qu'elle est bien ténue la distance entre la raison et la déraison... On se dit surtout, et particulièrement après avoir déjà lu Le Père de la petite, que Marie Sizun revit sans cesse dans ses écrits le même trajet d'enfance, qu'elle tente d'exorciser sans doute, et que pour cela on la comprend si bien.

"Un père, tu as toujours su que tu en avais un. Mais un père mort. Fanny t'a dit qu'il était mort.
Mort. Un drôle de mot, dont la musique souffle du vide. Du froid. Un mot dont tu as saisi le sens avant de le connaître.

Elle t'a dit aussi qu'il était allemand, ton père, mais qu'il ne faut pas en parler, ma chérie. Jamais. A personne. C'est un secret."

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - Livre de Poche - Aout 2009 - 6.50€

objectif_palObjectif pal : 50-9

Toutes les autres lectures disponibles sont chez B.O.B.

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25 janvier 2009

Le père de la petite, Marie Sizun

lep_redelapetite"Ton père va rentrer. Ces mots-là. Vivants désormais. Comme une menace."

France est une fillette de quatre ans qui vit seule, dans un appartement parisien, avec sa mère, Li. Au dehors, il y a l'occupation, la guerre. Nous sommes en 1944. Leur douce complicité suffit amplement à "la petite", qui n'a qu'un intérêt mesuré pour cet homme que l'on nomme dans les conversations son "petit papa" et dont la photographie souriante trône sur le buffet. Elle ne le connaît pas, elle ne l'a jamais vu. Ainsi, lorsque ce père, prisonnier de guerre libéré, revient vivre auprès d'elles, tentant d'imposer son autorité, tout est chamboulé...

Je découvre avec ce court roman, qui se déguste d'un trait, l'écriture de Marie Sizun. Et je dois dire que j'ai été séduite.
Le père de la petite est le récit qu'une petite fille devenue grande mène pas à pas. Elle raconte son histoire, ce moment de son enfance, que l'on soupçonne douloureux. L'utilisation de la troisième personne permet à la narratrice de garder les émotions au creux du roman, de les tenir à distance, et cela rend d'autant plus poignant les lignes d'écritures. Il y a du drame familial, des secrets, des conversations derrière les portes, des disputes dont l'enfant, cachée sous la table du salon, tentera de faire un puzzle bancal.
Ce petit livre met le doigt sur ces secrets de famille qui détruisent, sur la place du père, sur ce moment particulier de notre Histoire qu'est la l'occupation et la libération de Paris, et sur le monde enfantin peuplé de rêves et d'incompréhensions. Une bulle d'émotion, à l'écriture fine et sobre !paris_se_lib_re

Un extrait...
"Tout est différent à présent, la petite le voit bien. Maintenant, c'est lui qui commande. Le père. Une autre vie commence, avec de nouvelles règles du jeu.
Ainsi, il y a des choses très simples qu'il est interdit désormais de faire. Par exemple écrire sur les murs, ou dans les livres. Ou chanter. La première fois que, sans y penser, la petite a entonné un de ses chants guerriers d'autrefois, le père a surgi, criant qu'elle lui cassait la tête, lui intimant l'ordre de se taire. La mère, effrayée, est intervenue à son tour, a pris la petite à part, parlant à mi-voix des migraines du père, de sa maladie, expliquant, priant, avec un drôle de visage. La petite, maintenant, se tait. Elle est étonnée, mais elle se tait.
Elle ne comprend pas ce qui se passe. Ne saisit pas ce qu'on veut qu'elle fasse. Ce que veut son père. Elle comprend seulement qu'elle n'est pas comme il faudrait qu'elle soit. Qu'elle dérange. Qu'elle déplaît. Oui, qu'elle déplaît. Et c'est bien la chose la plus difficile à admettre pour celle que sa mère appelait "sa bien aimée"."

bouton3 Note de lecture : 4/5

Arléa - Mai 2208 - 8€

Cette lecture est un livrevoyageur en provenance de chez Liliba, un grand merci à elle !!

La lecture d'arlette, celle d'Anne, celle d'Annie
Sylire a eu la chance de rencontrer Marie Sizun, et c'est par ici

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