27 septembre 2016

Petit pays, Gael Faye ~ Rentrée littéraire 2016

petitpays

"J'avais beau espérer, le réel s'obstinait à entraver mes rêves."

Nous sommes au Burundi, au début des années 90, Gaby vit avec sa petite soeur Ana, et ses parents, dans un quartier préservé réservé aux expatriés. Le père de Gaby est français, sa mère est rwandaise. Les journées passent doucement, tout est paisible et doux. Gaby passe son temps libre avec une bande de copains, tous habitants de la même impasse. Mais peu à peu, le quotidien change. Les parents de Gaby se séparent, la famille rwandaise de sa mère commence à craindre pour sa vie, et le vent de démocratie qui a engendré les dernières élections au Burundi s'avère être un feu de paille.

Gaël Faye explore dans ce premier roman un monde disparu, fait de moments simples, avant que l'Histoire ramène chacun à son identité ethnique, détruise et sépare. La violence (et quelle violence !) s'insinue dans un univers d'enfant espiègle et innocent, et c'est cette intrusion qui serre le coeur du lecteur, alternativement balancé entre le sourire et les larmes. Mais la tragédie est là, et elle ne laisse pas le choix. Il faudra bien protéger sa vie, fuir en France, se rendre compte que le passé ne reviendra plus. J'ai beaucoup aimé le ton léger de ce livre, qui n'empêche jamais de comprendre ce qui se passe en arrière plan via les conversations des adultes, et la multitude de personnages qui l'habite. Je décerne une mention spéciale à la bibliothèque de Madame Economopoulos et aux instants de tendresse disséminés ici et là... Une lecture de rentrée indubitablement marquante.

Éditions Grasset - 18€ - 24 août 2016

Ce roman a reçu le Prix Fnac 2016 - Lu dans le cadre du challenge Premiers romans... et du challenge 1% rentrée littéraire...

68premieresfois            

 

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03 septembre 2016

L'indolente, Françoise Cloarec ~ Rentrée littéraire 2016

lindolente

 "Les autres, ce n'est pas important, ce qui compte, c'est son corps, c'est son mari, ses chiens."

En 1893, Pierre et Marie se rencontrent. Coup de foudre. Marie est fleuriste. Pierre est peintre. Fasciné par le corps de la jeune femme, il ne cessera alors plus de la peindre, dans toutes les activités quotidiennes, à table, au jardin, dans son bain, souvent nue. Le corps de Marie explose sur les toiles, de lumière et de couleurs. Mais Marie se fait appeler depuis leur rencontre Marthe, elle cache à son compagnon son passé, sa famille, tout ce qui n'est pas eux. Peu importe, Pierre ne cherche pas à percer les secrets de son épouse, ils sont un couple non conformiste, parfois peu sociables, instables et préoccupés surtout par la santé fragile de Marthe. Ils se marieront tardivement. L'indolente conte l'histoire de cet amour, étalé sur les peintures de Pierre Bonnard pour la postérité...

J'ai voulu lire ce livre encore marquée par mon souvenir de cette merveilleuses lecture que fut Séraphine. Mais je dois dire, que malgré tout son intérêt, et tout ce que j'ai appris avec joie sur Pierre Bonnard, je n'ai pas trouvé dans ce roman/essai la poésie que j'espérais y trouver. Françoise Cloarec utilise avec excès un procédé de tension narrative qui m'a beaucoup dérangée, fait de répétitions, voulant nous guider vers l'évènement marquant pour elle, ce procès qui a divisé les héritiers du couple, et ses conclusions qui ont révolutionné le monde de l'art. Et puis, il y a ce mystère Marthe/Marie Bonnard, sporadiquement révélé... Pour autant, et malgré mes bémols, j'ai aimé la sensualité qui se dégage des tableaux de Pierre Bonnard dans ce texte, regarder ce couple vivre de manière si avant-gardiste et libérée, et en apprendre énormément sur le contexte artistique de l'époque. Une lecture en demi teinte donc, mais pour autant prégnante.

Editions Stock - 20€ - 31 août 2016

bonnard

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17 août 2016

New York esquisses nocturnes, Molly Prentiss ~ Rentrée littéraire 2016

esquisses nocturnes

"Un jour, ces toiles deviendraient quelque chose. De ça, ils étaient certains."

Trois personnages très différents, et pourtant liés par leur goût pour l'art, arpentent le New York des années 80. Raul Engales, jeune peintre venu d'Argentine, qui vit dans un squat et tente de mener la vie d'artiste dont il rêvait enfant (Sa soeur, Franca, restée en Argentine, hante parfois ses pensées). James Bennet, critique et collectionneur d'art, atteint d'une forme étrange de synesthénie qui lui permet d'écrire des papiers rocambolesques et précis dont le New York Times raffole (Sa femme, Marge, enceinte de quelques semaines, est le pivot du couple, celle qui paye les factures quand son mari investit tout dans des tableaux). Et puis il y a Lucy, une jeune fille enthousiaste et rêveuse, fraichement débarquée de sa campagne, qui croit en tous les signes que le destin lui envoie, et est persuadée qu'elle doit vivre avec des artistes. Elle tombe amoureuse de Raul, à ses risques et périls... 

Ce premier roman de Molly Prentiss est à l'image de sa couverture, coloré et plein de vitalité. La peinture est le véritable personnage principal de ce récit que j'ai apprécié pour son écriture assez originale et sa trame narrative qui m'a tour à tour enchantée et surprise. J'ai aimé plonger ainsi dans un New York que je ne connaissais pas vraiment, celui des débuts de Jean-Michel Basquiat, que l'on croise d'ailleurs dans ce livre. D'un côté, on assiste à la vie des squats, à l'effervescence d'une création en marge. D'un autre côté, navigue autour de ces artistes en devenir tout un monde de galéristes, de collectionneurs, d'investisseurs et de critiques, tout un monde d'argent. La qualité d'un artiste se révéle alors lors d'enchères organisées chez Sotheby's. Mais le lecteur est très vite embarqué ailleurs, dans la vie intime de chacun, souffrant avec chaque protagoniste de ses défaites, espérant avec lui que tout s'arrange, que les cartes au final ne se soient pas trompées, et que l'affection reste. Un roman éblouissant, et un Coup de coeur hautement intéressant de cette rentrée !

Editions Calman Levy - 21.50€ - 17 août 2016

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24 mai 2016

Bellevue, Claire Berest

bellevue

"C'est donc cela, la trentaine. Une fêlure sans éclair, un empoisonnement discret, un meurtre sans préméditation."

C'est le jour de son anniversaire, Alma a trente ans, et elle a rendez-vous avec un auteur à succès au café de Flore. Elle ne sait pas vraiment pourquoi tout est trouble comme cela en elle aujourd'hui, elle a fait il y a quelques jours une crise de panique à la maison et ce matin cela l'a contrariée que Paul ne descence pas la poubelle, encore une fois. Avant de sortir, elle détruit précautionneusement l'ordinateur de l'homme avec lequel elle partage sa vie, qui lui semble tout à coup un parfait inconnu, puis se rend à son rendez-vous. Sensualité, sexualité, alcool, auto-mutilation, Alma rentre dans un tunnel dont elle se réveillera quarante huit heures plus tard dans une chambre du service psychiatrique de Bellevue. 

D'emblée, je dois dire que j'aime beaucoup l'écriture de Claire Berest, je ne l'avais encore jamais lue. J'avais été très séduite par sa prestation d'une grande intelligence lors d'une émission de La Grande Librairie il y a peu de temps, ce qui m'avait donné envie de découvrir son livre sans tarder. Pour autant, et même si je reconnais à ce récit, plein de sidération et de folie, halluciné, de grandes qualités, j'ai été un peu déçue... Je crois que je n'ai pas cru à la sincérité du personnage, à son mal être de trentenaire, et puis le parisianisme, la chambre au Lutétia, le café de Flore, la crudité de certaines scènes, m'ont tenue éloignée plus qu'autre chose de la poésie du texte. J'espère cependant lire Claire Berest de nouveau bientôt parce que malgré tout j'ai tourné les pages de ce livre avec une avidité mêlée de malaise qui m'indique assez que seul le thème de ce roman m'a réellement déplu.

Editions Stock - 17.50€ - Janvier 2016

Badge Lecteur professionnel "Bizarre, dérangeant, cruel, addictif" pour Une comète !

30 avril 2016

Les Vrais durs, TC Boyle

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"Il était donc chez elle, sans se rappeler comment il y était arrivé, la succession d'évènements, la voiture qu'on gare, les portières qu'on ouvre et qu'on referme, les bottes remisées sur la véranda, la clé dans la serrure : tout oublié."

Sten et Carolee sont en croisière. Lors d'une excursion sur la terre ferme, leur groupe est pris à parti par des truands qui cherchent à voler leurs bijoux et leurs papiers. Sten, ancien Marine, sauve la situation en attrapant un des protagonistes du gang fermement et l'étrangle malgré lui. Après quelques heures désagréables, il est finalement considéré comme un héros et rentre en Californie poursuivre sa retraite paisible et aisée. Seulement, il y a Adam, le fils de Sten, embarqué un beau jour par Sara dans sa voiture, un peu désaxé, souffrant d'une psychose paranoïaque et Sara elle même, adepte du libre arbitre, et contre ce gouvernement avec lequel elle n'a, selon elle, pas passé de contrat. Cette rencontre est le début d'un drôle de voyage à bord d'une folie qui ne laissera personne tranquille...

Je suis très partagée sur ma lecture de ce roman assez particulier. Il est en effet assez rare que je sois à ce point moralement dérangée par des personnages. Mais il faut reconnaître à TC Boyle ce talent là, de rendre le désagréable et le dérangeant hautement captivants. J'ai donc été tenue par l'intrigue, attachée malgré moi à Sara, voulant savoir à quel point tout pouvait basculer, ou rester sur le fil, les individus s'empêtrer eux-mêmes dans des impasses et la violence. Le regard de l'auteur sur ses contemporains, sur la nature (très présente), sur des notions comme le bien et le mal, sont très cyniques et justes. On ressort de ce livre assez bouleversée et déstabilisée. Je ne suis pas certaine d'avoir cependant su voir au-delà de la réalité crue pour apprécier cette lecture à sa juste valeur, le sentiment désagréable restant gravé en moi pour ce roman-là qui est pour autant, et sans conteste, véritablement brillant.

Editions Grasset - 22€ - Mars 2016

Badge Lecteur professionnelClara : "C’est incisif, percutant, creusé et ça secoue !" Un humour décapant pour Anne !

 

Posté par Antigone1 à 18:33 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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15 novembre 2015

Etta et Otto (et Russell et James), Emma Hooper

ettaotto

"Tu attends et tu travailles, se murmura-t-elle. Tu attends et tu travailles. Son ventre tout retourné, suturé, frappé."

Etta est partie, simplement à pieds, pour effectuer si elle le peut plus de 3000 kilomètres à travers le Canada. Elle a 83 ans. Elle a pris quelques affaires, traversé les champs devant chez elle, puis a continué sa route, rien ne peut l'arrêter. Etta a laissé quelques instructions à Otto pour qu'il ne soit pas perdu, des recettes, quelques modes d'emploi, et surtout l'assurance qu'il ne doit pas s'inquiéter. Cette étrange voyageuse attire sur son passage la curiosité. Un reportage la met en lumière, on parle d'elle dans les journaux, tandis qu'Etta perd peu à peu la notion du réel, entre de plein pied dans un monde nébuleux, imaginaire, discute avec James, file vers la mer. Otto est à la maison, s'occupe comme il le peut, lui écrit des lettres, se souvient de leur jeunesse, quand Etta était son institutrice, et ne tente rien pour dissuader Russell, son meilleur ami, de se lancer à la poursuite de sa femme...

Voici un roman d'une grande douceur, mais également d'une grande beauté, dont j'ai pourtant eu du mal à suivre l'intrigue dans les premières pages. Alors qu'il fallait seulement s'accrocher aux personnages, comprendre ce qui nous ramenait sans cesse au passé, et se laisser porter par les pas d'Etta... Quelle femme ! Il y a beaucoup d'attente dans ce livre, de contemplation, d'amour, de partage et de bienveillance. C'est un récit avec lequel il est tendre de voyager, qui n'exclut pas l'onirisme et laisse la part belle à la créativité. Ce qu'Otto fait pour s'occuper l'esprit pendant l'absence de sa femme est assez prodigieux. Un titre lumineux, apaisant, qui personnellement m'a fait beaucoup de bien.

Editions Les Escales - 21.90€ - 22 octobre 2015 - Merci NetGalley !

Cryssilda recommande chaleureusement - Un roman magnifique, d'une douloureuse douceur pour Cuné - Un roman plein de douceur sur l'amour qui défie le temps pour Marie-Claude !