16 janvier 2013

Tribulations d'un précaire, Iain Levison

tribulationsdunprecaire"Je ne demande rien de spécial à mon nouveau job, sauf qu'on ne me raconte pas de salades. Je ne veux pas entendre que tous mes rêves vont se réaliser, que je peux devenir millionnaire en six semaines. Je préfèrerais entendre simplement que je vais travailler près d'une machine à café, ou que j'aurai des pauses payées.
"Licence de Lettres ?" dit l'homme en regardant mon CV d'un air perplexe. J'ai fait très fort cette fois, j'ai même imprimé un CV. Curiculum vitae, le terme latin pour "ramassis de bobards", qui monte en épingle trois ou quatre de mes quarante-cinq derniers emplois et ignore les autres."

A la fin de son parcours universitaire, une Licence de Lettres Modernes en poche, Iain Levison a exercé toutes sortes de métiers. Sans plan de carrière (cette drôle de notion irréaliste), il cherche simplement à survivre quotidiennement et à éviter de se retrouver à la rue. Il examine les annonces des journaux, apprend à déchiffrer les arnaques pour chômeurs incrédules en quête de miracles, et passe de nombreuses semaines en Alaska sur des bateaux de pêche. Ce sont ces expériences qu'il nous conte ici...

J'ai adoré ce récit, pioché impulsivement en bibliothèque. J'en ai aimé l'humour détaché, et la manière de Iain Levison de déchiffrer ironiquement le monde du travail. Même si l'action de ses recherches se déroule aux Etats-Unis, j'ai retrouvé dans les lignes de ce livre mes propres expériences de recherche de travail, en France, lors d'une longue période de chômage. Ainsi, lorsqu'il est question de ces annonces bidon d'offres d'emploi qui cachent des appâts pour formations payantes, ou bien ces entretiens que vous passez en ayant envie de fuir et de ne surtout pas être apte pour le poste. Effectivement, alors, si vous n'avez pas coché au préalable la case professorale, être titulaire d'une licence de Lettres Modernes devient très vite plus un défaut qu'un atout.
Dommage, peut-être, que l'épisode Alaska prenne autant de place dans ces Tribulations (créant un petit phénomène de lassitude) car j'étais toute prête à accoler un coup de coeur à cette lecture tonique, engagée et lucide, qui donne envie de rester en éveil et de se battre pour l'essentiel.

Editions Liana Levi - 8.50 € - 2009 - Merci ma bibli !!

Un agréable moment pour Kathel - Un humour désespéré et ironique qui fait mouche pour Keisha Un auteur qu'Aifelle relira certainement !

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31 octobre 2012

Ferme les yeux, Amanda Eyre Ward

fermelesyeux"J'ai le sentiment bizarre d'avoir laissé quelque chose, ou quelqu'un, sur le divan de Jane Stafford. Une petite fille. Une poupée. Une part de moi-même, ou quelque chose d'aussi impalpable."

Lauren a la trentaine, et alors que son frère Alex part en Irak elle est contrainte de regarder enfin dans les yeux le traumatisme de son enfance. Il y a des années, son père a été condamné à la prison pour le meurtre de leur mère. Les enfants dormaient dans une cabane au fond du jardin et leurs parents étaient seuls à la maison. Son frère est pourtant persuadé de l'innocence de ce dernier et est toujours resté en contact avec lui. Lauren lutte sans cesse contre des crises de panique alarmantes et un épais brouillard qui l'empêche d'accéder aux évènements de cette fameuse nuit. De plus, elle apprend soudain la disparition de son frère dans une explosion, sur le lieu où il exerçait ses activités auprès de Médecins sans Frontières. Gerry, son fiancé, la presse de réagir et de reprendre l'enquête d'Alex.

Il est précisé en quatrième de couverture que ce roman a été courronné par le Grand Prix des Lectrices de ELLE USA, et je dois dire que j'en ai beaucoup aimé la lecture. La personnalité de Lauren, qui se bat contre elle-même et pour se souvenir, est très attachante et m'a beaucoup touchée.
Bien que l'énigme soit assez convenue, les pages se tournent avec frénésie et envie, celle de savoir si l'apaisement est au bout de la route pour chacun...
Une lecture délicate et très prenante.

Editions Buchet Chastel - 20 € - Mars 2012 - Merci ma bibli !!

Clara a adoré !!

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20 octobre 2012

Cartons, Pascal Garnier

cartonspascalgarnier"Il lui restait une bonne petite heure avant que les Déménageurs bretons viennent porter le coup de grâce à dix ans d'une vie si parfaite qu'on aurait pu la croire éternelle."

Brice déménage seul, car sa femme Emma ne donne plus de nouvelles depuis des lustres, elle est partie en reportage en Egypte et son hôtel a sauté. Mais Brice ne croit pas à la disparition de la femme qui partageait sa vie, personne n'a retrouvé son corps. Ce déménagement vers une maison à la campagne était son idée à elle. Brice est désemparé avec tous ces cartons à déballer et cette nouvelle maison qu'il ne sait pas vraiment comment prendre. Fort heureusement, dans le petit village dans lequel il s'est installé, tout le monde est plutôt sympathique, on vient à sa rencontre, un chat tout d'abord et puis Blanche, une jeune-femme bien énigmatique qui l'enveloppe rapidement de son attention bienveillante...

Roman inédit et posthume de Pascal Garnier, ce petit opus est un petit régal.
Comme toujours chez l'auteur, le familier rencontre à un moment donné la noirceur mais ici avec talent et grâce. On frôle même par moment le gothique, ce qui est assez amusant.
On compatit facilement aux émois du déménagement, au déni d'une disparition inexpliquée et à tout ce que Brice fait pour retrouver sa sérénité parmi des cartons qu'il n'a plus très vite envie d'ouvrir.
Une lecture de qualité.

Editions Zulma - 17.50€ - Février 2012 - Merci ma bibli !!

Encore une réussite pour Kathel - Un style parfait pour Emmyne -

J'avais adoré Lune captive dans un oeil mort et moins aimé La Théorie du panda 

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10 octobre 2012

Décharges, Virginie Lou-Nony

Décharges"Tenir !
On n'a que ce mot à la bouche depuis deux ans. Ou faire comme si. [...] Tenir en suspension dans une parenthèse, entrer dans les critères de Pôle emploi, se faufiler dans leurs procédures, avancer dents serrées sur le fil de leurs formations. [...] On tient comme les boxeurs, K.-O. debout.
On tient sans avoir l'impression de tenir, on a oublié qu'on tient. D'avoir décroché tous les deux un contrat, d'entrevoir le renouvellement nous paie de tout."

Eva et Manuel sont des exilés de l'intérieur, de ceux qui voyagent au coeur de l'hexagone pour fuir la perte de leur emploi et trouver "autre chose", le CDI étant le St Graal convoité, si hypothétique et si difficile à obtenir.
Eux, après avoir lutté dans le Sud contre le pouvoir d'actionnaires anonymes qui ont fermé leur usine, sont partis dans le Nord pluvieux avec leur trois enfants. Tandis que Manuel s'enferme dans sa passion pour la vidéo, Eva, devenue aide soignante s'attache aux patients abîmés du centre de rééducation dans lequel elle travaille. Elle tombe plus particulièrement sous le charme de Gabriel qui a la beauté des anges mais l'immobilité du tétraplégique qu'il est devenu après son accident.

Voici un roman dont l'écriture, et le thème, m'ont profondément touchée. Virginie Lou-Nony sait trouver des mots sensibles pour exprimer la souffrance, elle sait effleurer l'émotion sans y tomber lourdement. J'ai aimé son langage, de grande qualité, et j'étais toute prête à faire à ce livre une petite place à côté de mes coups de coeur. Mais la fin de Décharges, en pirouette, m'a un peu trop désarçonnée...
Malgré cela, ce récit à la voix élégante est une belle lecture, forte, l'histoire d'un amour impossible, décrit comme une lumière au milieu du chaos.

Editions Actes Sud - 18€ - Février 2012 - Merci ma bibli !!

http://lou-nony.litteratures.fr/

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16 juillet 2012

Karoo, Steve Tesich

karoo"La vérité, me semble-t-il une fois encore, a perdu le pouvoir, du moins le pouvoir qu'elle avait, de décrire la condition humaine. Maintenant, ce sont les mensonges que nous racontons qui, seuls, peuvent révéler qui nous sommes."

Saul Karoo est un cinquantenaire désabusé que même l'alcool ne parvient plus à enivrer. Toujours sur le point de divorcer de son ex-femme Dianah, et le père imparfait de leur fils adoptif Billy, il est un anti-héros idéal, dont la vie est un désastre relatif. Le point d'orgue semble être d'ailleurs son dernier statut de non-assuré médical. Au creux d'une descente aux enfers annoncée se loge Jay Cromwell, un producteur que Saul Karoo déteste, avec lequel il s'est juré de ne plus travailler mais qui sera à l'origine de son plus grand bonheur et de son plus grand malheur. En effet, malgré ses nombreux défauts, Saul Karoo est un écrivaillon de talent, qui n'a pas son pareil pour reprendre un scénario défaillant, alors pourquoi ne pas transformer un chef-d'oeuvre en un insipide succès commercial ?

Après avoir assisté à un éloge unanime de ce roman dans le dernier numéro de La Grande librairie, je n'ai pu faire autrement que de l'emprunter lors d'un passage en bibliothèque. Autant l'annoncer immédiatement, je suis loin de crier au miracle littéraire même si ce titre est d'une remarquable qualité. J'ai sans doute été trop marquée dans ma lecture par cette insistance de l'auteur à nous faire comprendre combien le personnage principal est répugnant. J'ai pensé à Humbert Humbert dans Lolita (Nabokov)  ou au anti-héros de La Nausée (Sartre), et même à certaines figures des romans de Paul Auster. Cette littérature du désenchantement a un charme certain que je ne suis pas certaine d'avoir toujours goûté ici. Pourtant, quelques scènes sont très marquantes et visuelles, d'une grande force. En quatrième de couverture, on nous parle aussi d'"humour corrosif", de cynisme, et des "névroses particulières" de Saul, et je suis d'accord avec tout cela. Et puis, le tout est porté par des mythes antiques qui me touchent tels qu'Oedipe ou Ulysse, ah là là, oui mais voilà, quelques longueurs ont eu raison de moi et l'atmosphère est ici bien pesante.
Une lecture qui au final me laisse aussi enthousiaste que partagée. Maintenant, c'est à vous de juger !

Editions Monsieur Toussaint Louverture - 22€ - Février 2012

Lily était très tentante en Février - In cold Blog souligne le fait que l'on s'attache malgré ses défauts au personnage, et nous mène vers d'autres liens...

Le moment de télévision dont je vous parle ci-dessus ! 

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08 mai 2012

Stoner, John Williams

stoner"Cet amour de la littérature, de la langue, du verbe, tous ces grands mystères de l'esprit et du coeur qui jaillissaient soudain au détour d'une page, ces combinaisons mystérieuses et toujours surprenantes de lettres et de mots enchâssés là, dans la plus froide et la plus noire des encres, et pourtant si vivants, cette passion dont il s'était toujours défendu comme si elle était illicite et dangereuse, il commença à l'afficher, prudemment d'abord, ensuite avec un peu plus d'audace et enfin... fièrement."

William Stoner est né pauvre, dans une modeste ferme du Missouri, à la fin du XIXème siècle. Il suit alors ses études avec application mais ne doute pas que son destin soit de continuer à aider plus tard ses parents à tirer de cette terre ingrate de maigres fruits. Contre toutes attentes, et suivant ainsi les conseils du conseiller rural du village, ces derniers l'incitent à s'inscrire à l'université afin d'obtenir un diplôme en agronomie. Mais c'est vers la littérature que Stoner se dirigera finalement, et d'amitié en soutiens, se retrouvera finalement professeur dans cette université qui lui semblera très vite être son havre, son refuge, le centre de tout. Car Stoner ne trouvera par ailleurs guère de plaisir dans son mariage avec Edith, une jeune femme éthérée, hystérique et fragile, ni avec sa fille Grace, que sa mère n'aura de cesse de malmener...

Il faut dire avant tout - et puis vite oublier - que ce roman est paru pour la première fois en 1965 puis traduit dernièrement par Anna Gavalda. Car, en premier lieu, il est évident que ce roman est très moderne et, en deuxième lieu, bien éloigné de l'univers habituel de la traductrice, quoique magnifiquement traduit (dans la limite de ce que je suis capable de juger, bien entendu). On pense aussi à l'univers de David Lodge en lisant les premiers chapitres, mais John Williams évite heureusement toute caricature alors on fait fie de toutes références et on apprécie.
J'ai beaucoup aimé ce roman, suivre William Stoner de son enfance à sa mort. Voici un personnage très en retrait, anti-héros par excellence, qui observe le monde avec recul, les deux guerres qui ont embrasé le siècle dernier, et se plonge avec fougue et enthousiasme dans la littérature et l'enseignement. Il connaîtra aussi quelques désillusions, rancoeurs et outrages, mais également l'amour avec un grand A. Un personnage complet qui m'a rappelé quelques vieux professeurs rencontrés autrefois à la Fac.
Une lecture en forme de bain de jouvence donc, mais aussi un hymne à la littérature qui ne m'a pas laissée indifférente, un coup de coeur ! (et oui encore !)

 heart  Editions Le Dilettante - 25€ - 27 Août 2011 - Merci ma Bibli !!!

D'autres lectures aussi enthousiastes... Laure et Théoma (même extrait cité d'ailleurs)
Je l'avais noté en tout premier chez Cuné !!

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11 avril 2012

Nos vies romancées, Arnaud Cathrine

nosviesromancees"De l'enfant que j'étais, on a pu dire qu'il était "compliqué". Je pense plutôt qu'il est très "compliqué" de devenir soi-même quand la sacro-sainte norme nous souhaiterait tous identiques ; ça, je l'ai su très tôt. Le métier de vivre, ce n'est sans doute pas autre chose que ça : accepter sa liberté et, si tant est qu'elle ne nuise à personne, l'imposer sauvagement, obstinément, en serrant les dents tout d'abord, puis un grand sourire aux lèvres in fine. Cela prend sans doute toute une vie."

Livres de chevet, ou livres indispensables, il est de bon ton aujourd'hui, en tant qu'auteur, d'afficher ses goûts en matière de littérature et en somme finalement d'exposer sa bibliothèque idéale.
J'ai conservé un souvenir très fort d'une rencontre en 2007 où Geneviève Brisac et Arnaud Cathrine conversaient ensemble de leur admiration pour Virginia Woolf. Cet exercice d'admiration a été sans doute un des prémices de ce livre-ci, et je savais d'avance que le choix d'Arnaud Cathrine allait me toucher. J'avais déjà beaucoup aimé l'écouter.

De sa découverte de Carson McCullers à sa tendresse pour la femme qu'était Jean Rhys, en passant par le personnage de Françoise Sagan ou Les fragments d'un discours amoureux de Barthes, c'est avec sensibilité et intelligence qu'Arnaud Cathrine nous présente ici ses choix littéraires. Il y mêle désir de liberté, retour sur lui-même, féminisme et exigence littéraire. Et le tout est véritablement passionnant.
Loin de me donner envie pourtant de découvrir ses auteurs fétiches, il m'a surtout incité à continuer de le lire lui, tant j'ai aimé à cette occasion retrouver son écriture. Je connaissais déjà La disparition de Richard Taylor ou Les vies de Luka, me reste encore bien d'autres titres à piocher dans sa production... A suivre, donc.

Editions Stock - 18.80€ - Septembre 2011 - Merci ma bibli !!

Laure aime aussi beaucoup Arnaud Cathrine mais est un peu restée à l'écart

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25 mars 2012

Romance nerveuse, Camille Laurens

romancenerveuse"[...] je n'écris pas des livres pour savoir ce qu'il y a dedans, je les écris parce que je suis dedans, je m'y mets toute entière comme on vous met en terre, dans chaque livre je porte l'amour au tombeau, je le fais avec des mots vivants, mais je le fais, je n'y vais pas de langue morte mais j'y vais, j'écris, je cherche une langue vivante pour des choses mortes, j'écris, je consigne des objets perdus - je raconte ce qui m'a mise dedans, persiste et signe."

Je vous avais raconté précédemment [dans ce post] une rencontre avec cette auteure, Camille Laurens, que j'admire depuis ma lecture de Dans ces bras-là, rencontre qui m'avait beaucoup plu. Dernièrement, c'est son roman, tout juste sorti en poche, qui a croisé mon chemin.
Et bien, Romance nerveuse est loin d'être seulement le récit de cette rupture avec son éditeur de toujours, POL, dont tout le monde a été témoin, et qui n'est qu'un pretexte, un démarrage d'intrigue.
(Et c'est pourtant ainsi que les médias nous l'ont présenté à sa sortie, ce livre, quel dommage, suivant ainsi le fil de la polémique entretenue plus tôt, mais bon...)
Il s'agit ici de raconter ce qui en découle, cette descente aux enfers constatée, cette pente soudain glissante et inexorable vers le n'importe quoi, et la relation amoureuse qui naît de ce moment-là, saugrenue, sauvage, avec un homme, différent, borderline, étranger, amoureux et infidèle, rassurant et impitoyable, Luc le paparazzi.
Il est difficile en tant que lecteur d'adhérer à cette romance, dont on attend la fin, le point de rupture, la cassure. Il est difficile d'en comprendre la déchéance. Et pourtant, cette attente est attachante, comme ce qui lie de manière incompréhensible les personnages, addictive. Les phrases/citations sont présentes à chaque chapitre. J'avais d'ailleurs constamment envie de plier les coins de pages de mon exemplaire emprunté, je me suis heureusement empêchée.
Pourtant, je n'ai pas toujours aimé assister avant à la tension entre Marie Darrieussecq et Camille Laurens, ni approuvé vraiment les arguments de cette dernière, sa colère personnelle. Cependant, et contre toutes attentes, lire ce roman a été pour moi une sacrée claque littéraire.
Camille Laurens ne craint pas les salissures de l'écriture, de la vie, et à la lire là je me dis qu'elle est également une bien grande auteure ! Attention, âmes sensibles s'abstenir.

Editions Folio - 5.70€ - Octobre 2011 - Merci ma bibli !! heart

Le billet magnifique de Cuné scotchée et convaincue

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19 mars 2012

La page blanche, Boulet et Pénélope Bagieu

LAPAGEBLANCHE"J'ai beau chercher, il n'y a rien. Pas de cause, pas de raison."

Un jeune femme est assise sur un banc. Tout commence là. Elle lève la tête et se demande ce qu'elle fait là, comment elle s'appelle, où elle vit. Tout s'est effacé dans sa tête, plus rien, c'est la page blanche... De pas en pas, enquêtant sur elle-même, Eloïse retrouve son appartement, son travail de vendeuse en librairie, ses amis, les traces de sa famille mais pas qui elle était réellement... Echaffaudant des scénarios plus farfelus les uns que les autres, il faudra bien qu'Eloïse se rende à l'évidence que la vérité est bien plus simple et détestable qu'elle ne le souhaiterait...

Mais que cette BD est bien !! J'ai adoré. Avec intelligence, finesse et humour, les deux créateurs de cet album se sont ligués pour nous dresser un portrait pas très très flatteur des solitudes modernes et de la culture clé en main. J'ai tout aimé, de la noirceur de cette histoire à la fin optimiste et solaire, la réflexion sous-jacente également qui en parcourt les pages. Les dessins de Pénélope Bajieu, remplis de fraîcheur, collent parfaitement au contenu des bulles. Une très bonne surprise, excellente même !! Enthousiasmée, je suis.

heart Editions Delcourt - 22.95€ - 18 janvier 2012 - Merci ma bibli !!!

Vos lectures... Drôle et intelligent pour La Soupière qui vous offre aussi quelques planches - La lecture de George - Celle de Moka - L'irrégulière a adoré aussi !

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20 novembre 2011

Les enfants de la veuve, Paula Fox

lesenfantsdelaveuve"Laura lança un sourire radieux à sa fille, et elles étaient alors si près l'une de l'autre que, derrière les lèvres pleines de sa mère, Clara distingua non seulement ses grandes dents légèrement jaunes, mais la salive qui tremblotait sur sa langue. Cette vision intime du corps maternel la stupéfia à tel point qu'elle en oublia une seconde de qui Laura riait."

Laura et Desmond ont décidé de réunir leur proches avant leur départ pour l'Afrique. C'est une tradition, avant chaque départ, ils les réunissent. Il y a là le tendre frère de Laura et excentrique homosexuel Carlos, Peter l'ami éditeur et Clara, la fille de Laura. Le temps d'une soirée, chaque personnalité se jauge et évite de se dévoiler, parlant de tout et de rien, riant sans raison, cherchant le sujet de conversation qui vexera le moins Laura, comme toujours promue reine de la soirée. Desmond se saoule lentement, Laura pérore, Carlos a hâte de partir, Peter est amer et Clara est pleine de terreur... Plane sur l'assistance réunie l'ombre culpabilisante d'Alma, la mère et grand-mère, la veuve, logée dans une maison de retraite dans laquelle elle devient peu à peu un fantôme. Demain, c'est promis, ils lui rendront visite, demain.

J'ai beaucoup aimé ce roman qui exploite avec talent l'art de la confrontation familiale. En 24 heures et à peine trois lieux, on en apprend énormément sur ce qui lient ces gens réunis ici artificiellement. Rancoeurs et jalousies ont la part belle et c'est tant mieux, car on s'en amuse, on attend l'explosion, l'accident, le mot de trop, la faille qui déchirera tous les faux-semblants.  
Une lecture qui a la dimension d'un classique et dont la qualité évidente m'a bluffée.
Parions que ce n'est pas ma dernière lecture de Paula Fox.

Editions Folio - 6.20€ - Avril 2011 - Merci ma bibli !!

Un billet tentateur chez Enfin Livre