Un jour, je serai grande !

Des textes courts, de la lecture, des mots...en pagaille !

29 octobre 2009

Zéro tués, Régis de Sà Moreira

z_ro_tu_s"- Zéro tués.
- Hein ?
- Ah...excuse-moi, c'est Andres... Depuis qu'il a découvert que OK voulait dire "Zero killed", il ne peut plus s'empêcher !
- OK, zero killed... Ah ouais... Il a trouvé ça comment ?
- Une émission... A la télé, je crois.
- Andres regarde la télé ?"

Une corde, un homme pendu, nu. La scène est dressée, macabre, mais néanmoins absurde, presque drôle.
Une femme observe ce corps immobile, celui de l'homme qu'elle aime. Elle est recroquevillée dans un coin de la pièce où tout s'est déroulé. Elle songe à la manière dont une personne, irresponsable, a pu vendre sans scrupules cet ustensile de mort tout neuf à son amant, cette corde. Elle se fait livrer une pizza, elle nourrit le chat prénommé Shakespeare, elle attend.

Clara observe Joseph, ne comprend pas.

Puis, petit retour en arrière vers une ancienne dispute, une rupture douloureuse, de longues conversations téléphoniques nocturnes entre eux et le frère de Joseph, Andres, ainsi que Françoise, sa femme, à l'époque enceinte du huit mois... Pause sur le souvenir de leur dernière séparation.

"Bien plus tard, lorsqu'elle avait décidé de le quitter, elle s'était rappelée cette histoire de cornichons et avait eu l'impression de se quitter elle-même.
Ca n'avait pas été qu'une impression. Elle s'était quittée elle-même. Une fois de plus, elle avait échoué dans sa tentative d'exister dans deux endroits en même temps, mais cette fois-là, elle était restée avec lui au lieu de partir avec elle.
Pendant une longue période elle avait goûté et connu la joie d'être séparée d'elle, de vivre loin d'elle. Elle avait épuisé presque tous les verbes du permier groupe, et elle avait fini par se manquer.
Elle avait alors regardé un peu partout si elle y était et, ne se voyant nulle part, elle était rentrée."

Il s'agit de ne rien tenter, de ne surtout pas mettre ses idées dans le bon ordre lorsque l'on ouvre ce "roman" de Régis de Sà Moreira. Nous sommes dans la caricature décalée et le féérique désabusé. Voilà tout. Dans l'absurde. Au théâtre. Et le plaisir de lecture naît, encore une fois, de ce contraste étrange entre le réel, entre ce que l'on comprend de l'errance des personnages, de leurs motivations, et cette fable sous-jacente qui jalonne et transporte le récit. Et si Joseph, - dit cet homme qui ressemble à Dieu -, était d'une espèce à part, de celles qui ont compris l'évidence ? Que parfois l'amour ne suffit pas.

J'avais aimé, beaucoup, du même auteur Le libraire (2004), un peu moins son Mari et femme (sorti en 2008), plus conventionnel. J'ai retrouvé ici la même voix qui m'avait déjà plu au préalable,  avec peut-être de la dureté en plus, ou de la poésie en moins. Mais la philosophie reste la même. Rien de ce que l'on fait n'est absurde, seul compte le sens, et il nous appartient.

A tenter, vraiment, pour ceux qui aiment également le genre...et à prendre au second degré, cela s'entend.

bouton3  Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 253 12238 8 - 5.50€ - Le livre de Poche
(Au Diable Vauvert - 2002)

Le mot de l'éditeur... "C'est une fable merveilleuse où l'on trouve Dieu, aujourd'hui sage et repenti, une famille, des villes, des téléphones, de l'alcool, des cigarettes, le Paradis, des humains d'une tendresse rédemptrice, de la musique hawaïenne, des cordes pour se pendre... et peut-être une leçon de bonheur."

Posté par LESECRITS à 07:09 - Lectures - 2009 - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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20 septembre 2008

Mari et femme, Régis De Sà Moreira

mari_et_femme"L'appartement se calme, ta femme fait semblant d'être dans son corps, tu fais semblant d'être dans le tien.
Ses longs cheveux et ta grosse barbe ne vous facilitent pas la tâche mais vous vous mettez exceptionnellement d'accord pour nier la réalité, oublier cette journée, décider que les choses vont revenir dans l'ordre après une bonne nuit de sommeil.

Vous vous déplacez dans l'appartement en évitant les reflets, vous vous laissez passer poliment, vous prétendez que tout va bien, qu'il n'y a aucun problème, ce qui vous change un peu de votre quotidien.

Ta femme allonge ton corps sur votre lit en compagnie du futur best-seller, tu assois le sien dans le salon pour contempler votre bibliothèque vide.

Ton chat sort de sous le canapé, te regarde de ses yeux verts à travers ceux de ta femme, s'approche de toi et s'enroule petit à petit à ses pieds.

Vous hésitez un peu au moment de vous coucher, ta femme te propose délicatement la chambre, tu insistes gentiment pour rester dans le canapé.

Tout ce que vous demandez c'est de vous rendormir et de vous réveiller normalement.
Chacun en soi et pour soi."

Le libraire a été un de mes gros coup de coeur de lecture de ces dernières années. J'avais donc très envie de découvrir ce nouvel opus de Régis De Sà Moreira ! Le moins que l'on puisse dire est que l'auteur a du talent, car tout au long du roman il évite avec maestria le piège du grotesque. Je redoutais en effet une déception que le résumé du scénario tendait à annoncer : un homme se retrouve dans le corps de sa femme et vice-versa, regardons les vivre... Nous conservons toutes et tous le souvenir de mauvais films de série B reprenant cette idée un brin loufoque.  Mais rien de tout cela, pas de loufoqueries ici, ce petit livre, qui est également un bel objet, est encore une fois une petite merveille poétique !! On croit à cette substitution, on est touché... Alors, même si ce n'est pas un énorme "coup de coeur" pour moi, laissez vous tenter, au moins par curiosité !!

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 84626 165 4 - 15 € - août 2008

Lily l'a lu avant tout le monde
Cuné s'est rêvée en homme, quelques instants seulement...
Laure a trouvé qu'il lui manquait "une je-ne-sais-quoi d'ambitieux", je suis d'accord
Pour Amanda : "C’est concis, c’est sec, ça claque et ça fait rire."

Posté par LESECRITS à 06:12 - Lectures - 2008 - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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