27 septembre 2013

La Vie domestique = Arlington Park

Cathulu en avait déjà parlé par ici [clic]. La vie domestique, version cinéma français, est une adaptation libre du roman de Rachel Cusk. Il sort mercredi 2 octobre au cinéma. Le film me tente beaucoup, mais j'attire surtout votre attention sur le changement de couverture effectué à cette occasion par les éditions Points, et qui a bien failli m'embrouiller moi-même... car le risque est grand d'acheter le même livre deux fois.

la vie domestique

arlington park

Arlington Park était un coup de coeur de lecture de l'année 2010...

"Etre une femme à Arlington Park signifie beaucoup de petites choses imprécises et enfermantes, et surtout être là pour les autres, son mari, ses enfants, tenir sa maison. Chacun sait ici que l'on ne montera plus bien haut dans l'échelle sociale, qu'on ne tombera pas plus bas non plus. Dans le confort douillet et coquet d'intérieurs briqués, les femmes d'Arlington Park se détruisent peu à peu, de leur présent pesant de solitude, et de leur avenir à jamais entravé. Alors, pour jeter un sort au temps qui passe, elles se coupent les cheveux, jettent leur colère sur les murs de leurs cuisines, essayent des vêtements provocants dans des galeries commerciales ou tout simplement se saoulent en rêvant de changements. Pour Amanda, Juliet, Maisie, Solly et Christine, la vie a comme un goût de déconvenue."

Mon billet d'alors dans son intégralité par ici [clic] 

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07 mai 2013

Contrecoup, Rachel Cusk

contrecoup"Après tout, nous sommes en plein contrecoup, en pleine seconde moisson : la vie qui n'ignore plus ce qui a précédé."

Contrecoup est l'histoire d'un divorce, ce pourrait être celui-même de Rachel Cusk, mais peu importe... Lucide sur elle même avant tout, observant à la loupe ses réactions devant cet évènement ordinaire, notre héroïne fait face et enrichit ses pensées des mythes littéraires, tente de comprendre. D'où le drame est-il donc venu ? De l'égalité voulu dans son couple qui a entraîné un mélange des genres ?
L'état de virginité dans lequel elle se retrouve tout à coup est bien étrange, son appétit disparaît, les moments comateux sont nombreux, rien n'est plus comme avant, ce qui a été n'est plus et ne reviendra pas.
Mais ses deux filles réclament son attention, ne sont pas seulement un miroir d'elle-même en miniature, comme elle se l'imaginait. La prise de conscience est douloureuse. Dans le chaos qu'est devenue sa vie, la jeune-femme tente alors de réagir...

J'ai adoré être de nouveau une lectrice de Rachel Cusk, et de nombreux éléments étaient réunis là pour me plaire : des citations à foison sur le couple et le mariage, de l'ironie, le mythe d'Antigone expliqué intelligemment (pour une fois) page 122, et même une petite fille qui se métamorphose en cerf page 89. Oui mais voilà, il m'a semblé que le tout était parfois un peu bancal, inégal, voire mystérieux, juste assez pour ne pas faire de ce livre un coup de coeur, seulement (et c'est déjà beaucoup) un réel et manifeste plaisir de lecture !

Editions de l'Olivier - 19.50€ - 4 avril 2013

Le billet de Cathulu la tentatrice 

"L'homme qui porte le tablier de chef finit sa cigarette et regagne l'intérieur. Je continue mon chemin en repensant au masque de cerf, son expression doucement farouche ; à ma fille et sa tête alourdie de bois, qu'elle tourne sur ses épaules délicates, le soulagement étrange que j'ai éprouvé de la voir masquée, cette forme animale qu'elle a revêtue, ignorante de la douleur humaine. Sous cette forme, elle pouvait courir plus vite et aussi loin qu'elle voulait pour échapper aux flèches de chasseur. Elle était libre."

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05 mai 2013

En cours de lecture...

hommefoyer"J'étais donc homme Et femme [...]. Je devais rester à l'écart, loin de la cuisine, garder une certaine distance avec les enfants, non seulement pour définir la féminité de mon mari mais aussi pour apaiser mes valeurs masculines. La forme la plus classique du sexisme est le besoin féminin d'avoir le contrôle des enfants. Je percevais dans le narcissisme et le sentimentalisme de la maternité une menace à l'objectivité qu'en tant qu'écrivain je plaçais au-dessus de tout. Mais ce n'était pas le contrôle des enfants qui me manquait. C'était quelque chose de plus subtil - le prestige qui est la récompense décernée à la mère pour avoir porté sa progéniture. Et ce prestige revenait à mon mari. Je le lui avais donné et il l'avait pris - quoi qu'il arrive, c'était ce qu'il gagnait dans notre arrangement. Les tâches domestiques que j'accomplissais étaient, en un sens, au service de ce prestige car elles englobaient le subalterne, l'insignifiant, le franchement ennuyeux, comme si je m'activais en coulisses pour que le spectacle se déroule sans heurts. Je n'étais pas masculine après tout - car les hommes ne versent pas dans la corvée ingrate. Et je n'étais pas non plus féminine : je me sentais laide, car tout ce qui me revenait - le linge sale, les impôts - n'était pas particulièrement joli. En fait, il n'existait pas de jolie chose capable de me renvoyer mon image."

In Contrecoup de Rachel Cusk qui donne, entre autres, un point de vue original sur l'égalité dans le couple

Quel plaisir que de retrouver cette auteure !

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06 avril 2011

Les variations Bradshaw, Rachel Cusk

lesvariationsbradshaw"Voilà le sermon, la leçon à retenir : les faits survivent aux émotions, et le savoir est plus puissant que l'amour. Le nombre de choses à apprendre est infini, mais l'amour n'est qu'un espace à capacité limitée."

Tonie a accepté une promotion à l'Université qui l'oblige à faire des heures supplémentaires. Thomas en a donc profité pour prendre une année sabbatique, son but prendre enfin le temps d'étudier le piano. Chez les Bradshaw, les rôles sont désormais inversés mais même si monsieur en profite pour se rapprocher de sa fille de huit ans Alexa, la maison n'est pas très soignée et des tasses sales traînent partout, donnant rapidement à leur demeure l'allure d'un bateau à la dérive...
Tonie voulait explorer sa part de masculinité, sortir de l'atmosphère ouatée de la maternité, Thomas souhaitait sans doute arrêter quelque chose lié à la course du temps et à l'influence de sa propre famille.
Chacun suivra donc dans ce récit sa partition, jouant sur une route chaotique des notes personnelles finalement riches de révélations.

De même que dans Arlington Park (coup de coeur de lecture en 2010 !), Rachel Cusk excelle ici à disséquer les failles du quotidien et du milieu domestique. Ces petites vérités bien que souvent cyniques sont des régals de lecture. J'ai préféré cependant ma lecture précédente (Arlington Park donc), la forme brève des chapitres me semblant plus percutante. Pourtant, tout est ici assez justement saisi. Mon intérêt et mes sourires ont été particulièrement concentré vers le couple secondaire du roman, Howard et Claudie, terribles dans leur manière de fonctionner et pourtant humains à l'excès avec leurs défauts et leur affection débordante parfois mal dirigée.

"Ils en conviennent le chien était trop pour eux. Sur ce point, oui, ils ont dépassé les bornes. Claudia remarque qu'avec tout le travail que cela représente d'élever un chien, ils auraient mieux fait d'avoir un autre enfant."

bouton3 Editions Points - 7€ - 14 Février 2011 (Emprunté en Bibliothèque)

Voici le troisième roman que je lis de l'auteure, Bienvenue à Egypt Farm ayant été une déception.

Cathulu a été la tentatrice 

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28 décembre 2010

Objectif Pal de Décembre ... Arlington Park, Rachel Cusk

arlington_park"Tous les hommes sont des assassins, pensa Juliet. Tous. Ils assassinent des femmes. Ils prennent une femme et, petit à petit, ils l'assassinent."

Etre une femme à Arlington Park signifie beaucoup de petites choses imprécises et enfermantes, et surtout être là pour les autres, son mari, ses enfants, tenir sa maison. Chacun sait ici que l'on ne montera plus bien haut dans l'échelle sociale, qu'on ne tombera pas plus bas non plus. Dans le confort douillet et coquet d'intérieurs briqués, les femmes d'Arlington Park se détruisent peu à peu de leur présent pesant de solitude, et de leur avenir à jamais entravé. Alors, pour jeter un sort au temps qui passe, elles se coupent les cheveux, jettent leur colère sur les murs de leurs cuisines, essayent des vêtements provocants dans des galeries commerciales ou tout simplement se saoulent en rêvant de changements. Pour Amanda, Juliet, Maisie, Solly et Christine, la vie a comme un goût de déconvenue.

heart

Autant j'avais été désenchantée de ma lecture précédente de l'auteure,  Bienvenue à Egypt Farm, autant les femmes d'Arlington Park m'ont enchantées. Et quelle écriture ! Précise, nette, porteuse de réflexions diverses et de vérités si bien observées. Nous sommes dans l'univers fermé d'une banlieue résidentielle d'Angleterre, en présence d'un petit groupe de Desperate Housewives désabusées, toutes jeunes-mères de famille, toutes impregnées de ce même sentiment d'avoir à un moment donné râté ce chemin si fragile vers elles-mêmes.
Arlington Park battu par la pluie, en péripéphérie des écoles et des squares, c'est l'après conte de fées, c'est Cendrillon chanté par Téléphone, ou presque. C'est de la rage impuissante et féministe qui tente de s'exprimer et se garde au fond de soi. J'ai tout aimé malgré le peu d'espoir qui émerge des pages car on peut y trouver chacune un peu de nous et se sentir sortie d'affaire aussi, selon le miroir que l'on choisit de tendre face à soi. Chaque portrait de femme tisse une personnalité différente, humaine et contradictoire.
Voilà qui me donne très envie de continuer à lire cette auteure, car ces destins croisés sont réellement menés de main de maître. A suivre, donc...

bouton3 Coup de coeur ! - 7€ - Editions Points - Août 2008      
Objectif Pal 5/12
objectif_pal_le_retour

Sylvie l'a lu il y a peu et m'avait donné envie de sortir ce livre de ma PAL... c'est fait.

Les billets de décembre des autres blogueuses sont disponibles en lien par ici ...

Vous pouvez retrouver tous mes coups de coeur de 2010 en un seul clic ici.

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08 mai 2010

Bienvenue à Egypt Farm, Rachel Cusk

bienvenue_egyptfarm"Quoi qu'il en soit ça m'a fait réfléchir, tu sais, sur Egypt, ce que ça représentait au final. Je veux dire, papa en a toujours parlé comme d'une vraie ferme, comme de quelque chose qui devait être entretenu et travaillé. Dès qu'on a pu marcher, quasiment, il a fallu qu'on donne un coup de main, avec les moutons et les foins et les clôtures, et on l'entendait en parler jour et nuit, et aujourd'hui je commence à me demander si ce n'était pas un peu une arnaque. Tu sais, s'il ne s'en servait pas pour nous contrôler. Je veux dire, si ça n'est pas une ferme, alors qu'est-ce que c'est ? C'est juste une belle maison, c'est tout. Une belle maison."

D'Egypt Farm, Michael conserve une image idéale, proche de sa définition personnelle de l'"âge d'or".
Invité à l'adolescence par la soeur de son camarade d'études à venir y assister à une fête d'anniversaire, il est fasciné par la liberté d'esprit de cette famille loufoque et bohème qui semble passer outre les dissensions et les contraintes.
Devenu adulte, et père d'un petit garçon de trois ans, il décide un beau jour de reprendre contact avec Adam, son ami, et de repartir vers Egypt Farm... Chez lui, sa femme s'est éloignée de lui et il est resté troublé par la chute accidentelle du balcon de leur maison, qui aurait pu lui coûter la vie.
Mais, se confronter aux illusions de sa jeunesse est toujours un pari aventureux et Michael découvrira que derrière un souvenir enchanteur se terre parfois une noirceur insoupçonnée.

Egypt farm est le roman du désenchantement par excellence. On part d'une scène première, idéale, pour tomber jusqu'au mot final dans le réalisme net et sans fioritures le plus vif. Il est de ce récit comme des tragédies grecques, on nous propose d'emblée une sorte de fin annoncée que l'on espère pourtant pouvoir éviter en tant que lecteur.
J'ai eu une lecture laborieuse et morcelée de ce titre, ce qui ne m'a pas permis de l'apprécier à sa juste valeur. Cependant, la qualité d'écriture de Rachel Cusk est indéniable et je n'ai pas échappé à l'envoûtement de l'univers qu'elle nous propose, ni à sa manière de brosser ses personnages avec grâce et talent. J'ai aimé particulièrement sa façon de parler des tout petits enfants, qui peuplent ce récit de manière discrète en arrière-plan, de décrire leurs gestes, leurs positions, leur présence.
Je possède Arlington Park dans ma PAL, je l'espère seulement un peu plus optimiste...

bouton3 Note de lecture : 3.5/5 - Février 2010 - 7€ - Editions Points

Elles l'avaient lu en grand format sous le titre Egypt Farm...
Clarabel souligne avec justesse un sentiment de contradicition ressenti suite à cette lecture - Une déception pour Cathulu - Papillon est heureuse de l'avoir juste emprunté...

Posté par LESECRITS à 10:30 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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