05 mai 2011

Les reliques, Jeanne Benameur

les_reliques"Soulever le couvercle de bois.
Retrouver.
En mémoire le corps.
Dans le souffle toujours vivant de leurs trois poitrines.
Qu'importe les lambeaux, rien ne ternit sous la terre. Qu'importe le lieu où les os de Mira oublient ce que fut le poids de cette femme sur la terre. Ils ont leur trésor. Non, elle ne repose pas là-bas, au milieu des autres de la terre, sagement alignés dans les allées bordées de graviers. Non. Elle est avec eux. Entière. Vive. Dans l'éclat des paillettes dérobées au cirque.
Le temps n'existe pas.
Le mémoire est comme la souffrance. Intacte."

Que reste-t-il donc d'une femme que l'on a aimée ? Presque rien, sauf le souvenir.
Ils sont trois, ils sont issus du cirque, Hésior le magicien, Zeppo le clown, Nalbatar le soigneur de fauves, ils sont vieux et ils ont aimé Mira, tous les trois. Maintenant qu'elle n'est plus là, l'amante, la trapéziste, ils fabriquent de fausses reliques qu'ils enterrent dans la terre, pour perpétrer ce qu'elle a été, pour l'avenir...

J'ai rencontrée Jeanne Benameur, dernièrement lors d'un apéro littéraire... Je n'ai pas parlé de cette rencontre ici car je n'ai pas pris vraiment de notes sur l'instant, et que les phrases que j'ai retenu de ce moment je les ai logées dans un petit coin de ma tête pour ne pas les oublier mais qu'elles en disent peut-être finalement un peu trop sur moi... Jeanne Bennameur est une personne très intéressante à écouter, concernée, une personne d'opinion qui aime les gens, lance - comme ça en l'air - des phrases pansements inattendues sur les liens humains, sur la vie... J'ai adoré l'écouter. Interviewée par Eric Pessan, le temps est passé très vite.
Il a beaucoup été question, bien entendu, de son dernier roman Les insurrections singulières (2011) mais c'est vers celui-ci, Les reliques, tout juste sorti en poche mais publié chez Denoël en 2005 que s'est porté mon choix.
Comme ce que j'ai déjà lu d'elle, ce texte fait la part belle à l'écriture poétique, à la sensualité brute, au lyrisme contenu. La ponctuation arrête souvent les phrases au bord du trop, juste avant. Il ne faut pas y chercher un sens réaliste, vous y perdrez la raison, mais se laisser porter par la musique des mots, à la limite lire tout haut, et oublier l'ordre du temps.
Jeanne Benameur nous a rappelé avoir commencé sa vie éditoriale par un recueil de poèmes, Naissance de l'oubli (1989) et nous a promis quelque chose dans ce sens pour la rentrée, comme un retour aux sources... A suivre, donc !

bouton3 Babel - 6.50 € - Février 2011

Et une illustration trouvée chez Ptitlapin aujourd'hui - Signée Walter Ottokar - complètement dans l'esprit du texte !

walter_ottokar

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10 avril 2011

Comme prévu...

... j'ai été tout sauf raisonnable !
Car en ce dimanche ensoleillé, nous sommes allés nous promener en famille et faire un petit tour dans un salon du livre à une foulée de voiture de chez moi, et hop hop hop, voilà voilà !

calvados6

Côté enfants, petit dernier a craqué sur un des titres des éditions Gulf Stream (ce stand est devenu un rituel annuel), cette fois-ci ce sont Les bêtes qui pincent, qui pissent, qui percent à la campagne qui ont eu sa préférence. Mes deux zouzous ont d'ailleurs été pris en photo par la personne du stand, ils se retrouveront peut-être un de ces jours sur leur blog (bon ça, c'était avant que mon fils soit affublé pour l'après-midi d'un maquillage bleu-robot, pfff).
Ma grande fille s'est arrêtée elle devant la couverture d'un roman jeunesse illustrée par Cécile Vallée (Les toiles d'Az), Le voyage du chat par Yves Pinguilly. L'histoire lui a plu. Et moi, l'accueil très chaleureux de cette petite maison d'édition Volpilière m'a emballée. Merci à eux !
M Antigone a aimé rencontrer Alix de Saint André qui vient d'obtenir le Prix Ouest 2011 pour En avant, route ! Il a embarqué en même temps Archives des Anges. Deux autres poches en poche, le voici bien pourvu question évasion et voyages.
Pour ma part, et après avoir dit bonjour bien entendu à Maud Lethielleux (quel plaisir que de la revoir ! ...et puis je n'avais toujours pas lu Tout près le bout du monde), j'ai eu envie d'essayer un titre d'une auteure que je ne connais pas encore Déjà l'automne d'Astrid Eliard (j'avais repéré ses livres lors d'un premier tour, quel étonnement de la voir enfin débarquer si jeunette et si sympathique !). Fanny Brucker était là aussi, avec ses trois romans devant elle et son beau sourire. Comme j'aime ce titre J'aimerais tant te retrouver, c'est vers celui-ci que se sont tournées mes envies de lecture ! Dire que je l'avais râtée deux ans auparavant, ouf !

Allez, ma PAL ne me dit pas merci mais tout le monde est bien content !

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29 novembre 2010

Brigitte Giraud - en lecture - avec Fabio Viscogliosi

Une autre manière de connaître Brigitte Giraud, de la lire...

"Ca commence comme ça. Les yeux du garçon dans ceux de la fille. Quelque chose est arrivé."

Voici ce que j'ai écouté il y a quelques jours, la nouvelle Baby-foot (dont vous pouvez entendre un extrait ci-dessous) accompagné de musique, musique créée en écho au texte, texte écrit dans le but d'être accompagné de musique. Il s'agit ici d'une performance autour de l'écriture, et d'affinité musicale.

J'ai aimé le récit de Brigitte Giraud qui trouve décidément toujours des mots justes et simples, évidents, pour parler du présent, j'ai été moins sensible au mélange voix et musique. J'ai très envie de découvrir le livre de Fabio Viscolgliosi (Je suis pour tout ce qui aide à traverser la nuit, Stock 2010) dont Brigitte Giraud nous avait touché deux mots en atelier de lecture.

A l'occasion de ces deux rendez-vous j'ai pû constater à quel point l'auteure a une personnalité attachante, souriante et accessible. J'espère beaucoup la sortie d'un nouveau roman pour bientôt.

Baby-foot conte un amour d'été à hauteur d'adolescence, chaleur, regards, et passage de l'enfance à cet autre chose que l'on ne perçoit pas encore, mais qui chavire le corps et le coeur, ce quelque chose que l'on peut appeler aussi grandir.

Extrait du recueil Avec les garçons, J'ai lu, 2010. La version grand-format éditée chez Alphabet contient le CD de cette lecture.

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23 novembre 2010

Pause, blabla et compagnie

enfantpauseHier, j'ai eu 38 ans. Bizarrement, l'âge qui avance me rapproche de l'enfance, de ce qui m'a toujours été essentiel, il a ce pouvoir que je ne soupçonnais pas de lisser les aspérités, de ranger les priorités comme des livres dans des rayons de bibliothèque.
Demain soir et jeudi soir, je vais écouter lire Brigitte Giraud, et l'entendre parler de Pluie (Kirsty Gunn)... je savoure ma chance à l'avance.
Je mets donc ce blog en sommeil, pour deux/trois jours, mais ne vous méprenez pas, pendant ce temps je ne dors pas, je profite !!

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20 novembre 2010

Les Belles étrangères

belles_trang_resPour la première année, ma ville et son lieu de littérature ont reçu cette manifestation conçue et réalisée par le Centre National du Livre (CNL). Le pays invité en 2010, et plus particulièrement cette semaine dans les Pays de la Loire, est la Colombie.

A cette occasion, j'ai donc pu assister jeudi soir à une lecture publique d'extraits d'oeuvres colombiennes, et ce par les auteurs eux-mêmes : Antonio Caballero pour un Mal sans remède (Belfond 2009) et Jorge Franco pour La fille aux ciseaux (Métailié 2001).

Je m'intéresse, depuis mes études, au sentiment d'exil en littérature. Rien de tout cela dans les oeuvres présentées ici mais Antonio Caballero a du fuir sa terre dans les années 80, et la violence toujours liée à ce pays offre pour les auteurs colombiens les mêmes sentiments continuels de tiraillement entre attachement, désir de fuite et perte de repères. C'est une littérature qui ne laisse pas indifférent. Influencée à l'origine par l'occident, elle est forte aujourd'hui de son engagement et de son histoire. C'est une littérature vivante.

Voici une courte présentation des livres partiellement lus...

un_mal_sans_rem_deUn Mal sans remède est un roman de près de 588 pages dont l'action se déroule dans les années 70, à Bogota. La violence n'est ici qu'une toile de fond invisible. L'auteur a surtout voulu raconter dans ce livre l'histoire d'un homme qui tente d'écrire de la poésie et se compare à Arthur Rimbaud. On suit le mouvement de sa pensée, son réveil embrumé, ses réflexions en début de roman sur ses produits de douche, la construction de son poème en devenir. Le propos est drôle, use du principe de répétition, se fait presque chantant.
J'ai beaucoup aimé ce que j'ai entendu et je craquerai peut-être un jour pour ce pavé construit sur douze années.

la_fille_aux_ciseauxLa Fille aux ciseaux met en scène un autre milieu et une autre époque, les années 80/90. L'auteur voulait absolument situer l'action de ce roman à Medellin, lieu où la présence des narco-traficants est manifeste. La ville est un personnage, de la même manière que le sont ces jeunes qui se frottent les uns aux autres, riches ou marginaux. En début de roman, une jeune fille, Rosario, est emmenée à l'Hôpital atteinte d'une balle. Deux garçons sont amoureux d'elle. Nous apprendrons plus tard ce qui les liaient. Nous sommes ici dans le pathos et le dramatique, la noirceur. La langue se fait vibrante et réaliste.

Le site des Belles étrangères : http://www.belles-etrangeres.culture.fr/

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25 septembre 2010

Vous n'étiez pas là ...

albanlefranc... J'ai assisté, mardi soir dernier, à une lecture partielle de ce texte d'Alban Lefranc. Une lecture partagée entre l'auteur et Rodolphe Burger, musicien, qui accompagnait ce moment de musique et de voix.
Cette soirée a sonné le début d'une nouvelle saison littéraire dans ma ville, auquelle je compte bien assister le plus possible et dont je vous parlerai très certainement de temps en temps.

Vous n’étiez pas là est en quelque sorte une biographie, une tentative de dresser le portrait de Nico (1938-1988), cover-girl, égérie entre autres des films de Warhol, liée au Velvet Underground, femme fatale et junkie, célèbre dans les années 60/70.

« On s’est bien foutu de votre gueule toutes ces années, de vos grands yeux ahuris, de votre indéracinable accent teuton, un peu moins les derniers temps où votre main s’armait promptement d’un tesson paraît-il, Queen of the bad girls enfin, parvenue au but. »

Présentation de l'éditeur : "Apostrophant son héroïne sur un ton tendre et grinçant, Alban Lefranc s’approprie les tendances à l’affabulation de Nico, tord ici et là le bâton des faits et finit par la mentir vraie. Partant de ce rapport décalé, elliptique et dissonant, il l’exhume des ruines du IIIe Reich, la confronte à l’absence d’un père, autopsie les zones d’ombre de son ascension fulgurante, remet en perspective ses frères de chaos, ôtant un à un les masques d’une intériorité mouvante pour réinventer quelques-unes de ses vies possibles."

J'ai réussi à piocher dans cette écoute quelques phrases intéressantes, une atmosphère. J'ai aimé comment Alban Lefranc pointait de la plume la capacité toute impertinente de Nico de faire de sa vie, à chaque instant, une aventure différente, un no man's land maîtrisé.
Cette lecture publique est pour moi une première approche à approfondir...

Vous n’étiez pas là, Alban Lefranc, éditions Verticales 2009.

Un article complet sur Remue.net

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30 mars 2009

J'ai donc fait salon...

...samedi dernier, en compagnie d'Anne, dans mon coin de Vendée.

J'y suis allée sans grandes idées préconçues, avec seulement, et c'est déjà beaucoup, la prévision du plaisir de la compagnie de notre insatiable lectrice, et puis l'attente de parler aussi avec une spécialiste d'Antigone (chacun ses obsessions ;o)), Aliette Armel, qui y dédicaçait ses derniers livres, des romans cette fois-ci... Et bien entendu, Maud était là.

Les auteurs avec lesquels nous avons discuté [mais où était donc rendue notre timidité, elle s'était belle et bien envolée] ont tous été charmants, causants et disponibles. Merci à eux !

Un petit diaporama des auteurs que nous avons croisé avec plaisir :

Aliette Armel Maud Lethielleux

Annie Lemoine Fabienne Juhel

... Richard Andrieux mais aussi Sophie Avon et Benoït Broyart (auteur jeunesse).

Et j'en ai profité pour remplir ma PAL, qui n'en avait vraiment pas besoin. (Quelques regrets après coup, ne pas avoir succombé, comme Anne, aux "bois dormants" de Fabienne Juhel, très agréable à écouter parler de ses livres, et être passée à côté de Fanny Brucker "J'aimerais tant te retrouver", livre que j'avais pourtant noté...!!)

salondulivre En somme, une journée très agréable !!

Edit de 20h30 : le billet d'Anne, en écho...;o)

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24 mars 2009

Albane Gellé

albane_gell__photo_ouest_franceJe suis de retour par ici aujourd'hui pour vous parler du moment de lecture déroulé avec Albane Gellé jeudi dernier dans ma ville...

J'ai peu de choses à en dire mais beaucoup à en penser. Que dire donc, sinon qu'elle est poète et que dans ses poèmes - ou textes courts - il y a du rythme, un rythme pas si simple, bourré d'ellipses, de surprises et de quotidien. Que dire, sinon que lors de sa lecture des extraits de son dernier texte Bougé(e) (paru aux éditions du Seuil, collection Déplacements, en février 2009), j'ai entendu des fragments de ce que j'aurais aimé écrire aussi bien, sur la difficulté de mêler l'écriture à la vie par exemple, et que cela m'a étrangement réconfortée.

Que vous dire, à part vous citer des extraits des livres achetés à l'occasion, édités chez Inventaire-Invention , et vous en laisser goûter les images, tout simplement ...

gelle_quelques

"Les mouvements d'ascenseur depuis vingt ans que ça dure, les coeurs à l'intérieur, est-ce qu'ils s'écoutent battre, au lieu de quel sale temps vraiment alors."

"Pour sa femme il dit maman, sans faire exprès, c'est depuis les enfants, tandis qu'au mur la jeune mariée est restée dans un cadre d'une vingtaine de centimètres."

"Elle crie contre sa mère, le chien et le facteur, n'appelle pas au secours, ne part pas en voyage, de toutes ses forces, un soir écrase sa cigarette sur l'interrupteur de l'escalier."

Quelques, Inventaire-Invention, 2004

UNBRUITDEVERREENELLE

"un homme ses mots restent bloqués dans sa bouche ça sort tout d'un seul coup et en désordre ça fait comme des cailloux qui tombent de la grêle quelque chose de dur devant on sait pas toujours comment recevoir on n'aime pas les grimaces en général et cet homme-là il panique pour presque rien c'est une grimace à lui tout seul"

"un homme sa mère lui téléphone tous les jours à midi pile il réinvente ses journées pour elle parce qu'il n'a rien de nouveau vraiment à dire c'est beaucoup pour lui tous les jours à midi ça encombre le reste de son temps alors on lui donne des médicaments"

Un bruit de verre en elle, Inventaire-Invention, 2002

Une biographie/bibliographie sur le site Poéizabo

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16 mars 2009

Stage d'écriture (suiteetfin)

cabane_oiseauxAllez, après une petite pause bien méritée, terminons en avec notre fil conducteur de la semaine précédente, toujours sur le thème des animaux.

Après nous avoir lu un extrait de Le Terrier de Kafka, Olivia Rosenthal nous a demandé de travailler sur cette question Où habitez-vous ?, en se mettant toujours dans la peau d'un animal...j'ai choisi, pour ma part, d'habiter une cabane à oiseaux.

"Cabane à oiseaux perchée sur une colline, mon abri est aussi un refuge, entouré d'autre refuges semblables, colonie d'habitations serrées les unes contre les autres. Je m'y sens bien. Je profite du jardin et des plantes qui l'entourent, du calme et de la lumière. Je sais qu'une fois glissé à l'intérieur, personne ne me voit. Mais moi, je vois tout. Mon abri est beau, coloré, fait de bois et de clous neufs. Il est élégant. C'est ce que j'aime aussi dans mon refuge, qu'on le regarde, qu'on le trouve beau, mais qu'il m'appartienne. J'aime qu'il sache me préserver, préserver ma nichée. De mon abri, parfois je m'envole, certaine d'y revenir, le plus souvent possible, sûre de le retrouver là, à sa place, parmi ses congénères."

© Les écrits d'Antigone - 2009
Un texte écrit dans le cadre d'un stage d'écriture animé par Olivia Rosenthal.

(photographie http://www.espritcabane.com/recup/maison-oiseaux.php)

Merci pour votre patience, votre gentillesse et vos lectures ! Comme vous l'avez sans doute remarqué, mes textes ont été de plus en plus courts...et de moins en moins inspirés, ouf tout cela n'était pas facile, je suis ressortie de cet atelier rincée !!

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13 mars 2009

Stage d'écriture (suite4)

le_vilain_petit_canard_2Aujourd'hui, avant dernier volet du fil déroulé depuis dimanche, relatant mon stage d'écriture en compagnie d'Olivia Rosenthal, sur le thème des animaux et des hommes...

Après avoir lu cette fois-ci un passage de l'Histoire Naturelle de Buffon, il s'agissait pour nous d'établir notre Autoportrait zoologique, en s'inspirant de l'humour et des méthodes d'écriture de ce naturaliste du XVIIIème siècle. Si j'avais été un animal...

Le résultat est à prendre bien entendu au second degré, et c'est toujours en vingt minutes :

"La petite tête ébouriffée de l'animal attire d'abord le regard. On s'étonne de ses plumes grises, de son bec inélégant, de son cou trop long et de son regard noir. Et puis, voici qu'il se met à se dandiner et que la gaucherie de son allure surprend. Comme si les pattes palmées qu'il remuait l'une après l'autre n'étaient pas les siennes, et qu'un peu joueur, il avait enfilé les bottes de son frère aîné.
Nul n'est capable d'imaginer alors, ainsi accoutré d'une telle démarche de guingois, la filiation qui le lie à cet autre animal, d'une élégance souveraine, d'un blanc immaculé, qu'il deviendra sans doute un jour, plus tard, une fois que ses plumes grises se seront envolées, et que glissant enfin sur une eau paisible et claire, il aura révélé une grâce, inimaginable sur la terre ferme."

© Les écrits d'Antigone - 2009
Un texte écrit dans le cadre d'un stage d'écriture animé par Olivia Rosenthal.

Suite et fin lundi prochain !

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