05 novembre 2009
Une fois deux, Iris Hanika
"De toute manière, c'était un tissu de mensonges, dès le début un tissu de mensonges. Simplement parce qu'il avait l'air débile, que par-dessus le marché il louchait, uniquement pour ça j'ai osé m'imaginer qu'il était celui, celui que j'aimerais comme aucun autre et lui moi de même. Mais c'était un tissu de mensonges, un mauvais rêve, cruel et mauvais de la part de ce rêve, de me laisser supposer, envisager que - il y en aurait un, un pour moi toute seule et pour personne d'autre."
Deux personnes se rencontrent, que tout semble opposer, Senta et Thomas. Tous deux ont la quarantaine, l'une tient une galerie et le second est ingénieur système. Coup de foudre dans un café. Evidence. Fusion totale.
Puis, parce que la vie n'est pas si simple, les doutes, la confusion des sentiments, l'éloignement, les quiproquos entrent dans la danse. Jusqu'à briser ce qui avait pourtant si bien commencé ?
"Le chapitre merdique sur l'amour, elle le considérait clos ; elle pensait en avoir fini une bonne fois pour toutes avec ça. On peut bien être heureuse sans homme, ou au moins sans un homme en particulier ! En outre, il y a suffisamment d'autres choses avec lesquelles s'occuper.
On peut aller au ciné, par exemple, ou lire un livre.
On pourrait finir sa maîtrise et avoir son diplôme.
On pourrait aussi aller chez le coiffeur ou apprendre le polonais.
On peut tout faire !
Telle était sa pensée, et elle ne pleura que le samedi chez Alina, mais alors à torrents, quoique sans sangloter."
Racontée brièvement cette histoire d'amour peut sembler banale, déjà vue, monotone. Mais il n'en est rien. En fait, ce livre est tout bonnement jubilatoire.
L'auteure, d'une langue alerte, jamais en repos, nous propulse dans les émois d'une relation amoureuse naissante, inattendue, et nous promène en nous ménageant des petits temps de pause, des digressions, des à-côtés flamboyants, et quelques pleurnicheries désopilantes.
Bien entendu, tout n'est pas parfait. Je lui ai trouvé parfois quelques longueurs à ce récit (explications informatiques obscures sur le métier de Thomas par exemple) et je me suis perdue dans les rues d'un Berlin moderne que je ne connais pas. Cependant, il serait dommage de dénigrer ce petit joyau d'écriture et de passer ainsi en lisière d'un roman foisonnant à la verve légère et tonitruante, espiègle, irrésistible, pleine de surprise. A vous de voir, enfin...de lire ! ;o)
Voilà un voyage bien agréable dans les méandres de l'amour !
Une fois deux a figuré sur la sélection finale du Buchpreis 2008, prestigieux prix littéraire allemand.
ISBN 978 2 922868 95 1 - 24€ - AOUT 2009
...et comme toujours, le hasard a bien fait les choses. Merci Babélio !
Cuné l'a lu aussi, et nous dit "c'est une histoire d'amour, mais jamais aucune n'a été écrite comme ça."
C'est vrai.
31 octobre 2009
Les Vies privées de Pippa Lee, Rebecca Miller
"Croyait-elle vraiment ce qu'elle disait, que le mariage était une question de volonté ? Oui, réalisa-t-elle avec tristesse, elle le croyait. Après tout ce que Herb et elle avaient traversé ensemble, après tout ce qu'ils avaient perdu pour être l'un avec l'autre (jusqu'à leur âme, peut-être), le mariage se retrouvait être une question de volonté. Cela lui donna envie de déchiqueter le présent insipide, de faire revenir en elle le passé intense, de le dévorer comme un ours fait une razzia dans les provisions d'un campeur. Elle avait envie de sortir en courant du restaurant, d'aller retrouver Herb pour l'embrasser à pleine bouche (elle imaginait son air surpris, abasourdi, lorsqu'elle se jetterait sur lui), d'éclater en larmes, de hurler même - de lâcher enfin prise. Au lieu de cela, elle attendit son sandwich au homard le sourire aux lèvres, en se demandant si elle n'était pas au bord d'une dépression très tranquille."
Pippa et Herb ont décidé de quitter New York et leur vie mondaine pour s'installer dans une luxueuse banlieue "pour vieux". Herb, octogénaire mais éditeur toujours en éveil, est devenu âgé dans le regard de sa femme, qui a une trentaine d'années de moins que lui. Cette installation dans une vie différente, rangée, proche de la mort, perturbe Pippa au plus haut point. Pourtant, elle s'efforce d'être ce qu'elle a toujours semblé être, une épouse et une mère parfaite. Pourquoi a-t-elle donc tant de mal à franchir cette nouvelle étape ? Pourquoi a-t-elle soudain ce sentiment trouble que son passé la rattrappe et l'aspire ? N'est-ce pas simplement pour mieux se retrouver ?
Depuis ma lecture de Lune captive dans un oeil mort, je me doutais que toute installation dans une résidence pour retraités aisés avait des conséquences inattendues. Ici, la surprise ne vient pas seulement du présent, ni des doutes et des phases de somnambulisme de Pippa, ni non plus de l'écriture de l'auteure. Non, l'inattendu vient de l'émotion qui nous submerge, à nos dépends, lorsque le passé de l'héroïne est dévoilé, lorsque Pippa déroule pour nous dans une tranquille simplicité le désordre de sa vie antérieure.
Voici un roman au charme curieux qui laisse en mémoire des traces discrètes mais fermes, comme des petits cailloux, ou des galets ronds, disposés à intervalles réguliers sur le chemin de notre pensée. Il y est question des maux de l'amérique moderne, de la place de la femme dans cette société sclérosée, mais également de libre arbitre, de quête d'identité et de rébellion. Tout pour me plaire, n'est-ce pas ? Il m'a peut-être manqué d'être transportée par l'écriture pour m'en faire un véritable coup de coeur !! Mais, allez, si peu.
"Trish me regarda et eut un geste, un haussement d'épaules qui signifiait : "C'est comme ça, qu'est-ce que tu veux." Je lui lançai un sourire encourageant, l'air étonné.
"Tu vois, nous sommes deux moutons noirs, toi et moi", dit-elle avec un sourire, avant de laisser échapper un petit gloussement rauque et gras. C'était la chose la plus gentille, la plus rassurante que personne ne m'avait jamais dite. Je sentis que j'avais une place quelque part."
ISBN 978 2 02 097880 4 - 21.50€ - octobre 2009
Un grand merci à Cathulu pour ce prêt savoureux ! Sa lecture - Un livre qui a emmené Cuné au bout de la nuit -
A noter qu'une version filmée sort le 11 novembre au cinéma...
16 octobre 2009
Mauvaise fille, Justine Lévy (Rentrée littéraire 2009)
"Elle croit que je suis sa mère. Ca me fait peur, cette confiance qu'elle met en moi. C'est pas normal, je me dis. Elle le croit vraiment, que je suis sa mère. Elle ne sait pas que je suis cinglée, mauvaise, une catastrophe ambulante, un bloc de culpabilité, une punition."
Louise est la fille d'une mère
pas vraiment attentionnée, voire même dangereuse, négligente. Combien de fois Louise s'est-elle retrouvée, dans son enfance, sans rien à manger, sans personne pour la conduire à l'école ? Combien de fois l'enfant qu'elle était alors a-t-elle retrouvé cette femme, censée être responsable d'elle, dans des états lamentables, saoule ou victime d'abus de toutes sortes ?
Et aujourd'hui, Alice, qui était si belle autrefois, la mère de Louise donc, est malade, victime d'une récidive de cancer, sur le point de mourir, et Louise est enceinte, Louise est sur le point de devenir mère, à son tour... Comment cela est-il possible ? Comment le lui dire ? Comment ne pas se sentir une mauvaise fille, d'ainsi oser porter la vie, d'ainsi oser la poursuivre, de proposer sans vergogne une vie pour une autre ?
Il est de notoriété publique que Justine Lévy pratique l'autofiction. Mais ce n'est pas ce que je recherchais dans ce livre, le voyeurisme, autant lire la presse people. Je voulais simplement découvrir une écriture dont j'avais entendu dire du bien, voilà tout. Et puis il y avait ce titre, qui me faisait de l'oeil, auquel j'avais envie de répondre.
Alors ? J'ai aimé, beaucoup, le ton, et la cadence d'écriture de cette toute jeune auteure qui ne se met pas en valeur, ne met pas de voiles sur sa nature profonde, se met à nue. J'ai aimé les questions qu'elle se pose, ses crises d'hystérie et sa manière d'être pudique, pour des broutilles, tout à coup. J'ai aimé son désarroi de porter la vie, et sa solitude, l'évidence d'être mère qu'elle ressent simplement, juste après l'accouchement.
Bien entendu, vous retrouverez dans ce livre la figure du père de Justine, étrange personnage, qui arrive toujours à point nommé, tel un chevalier un peu fantômatique, iréel - un appui trop souvent absent pour cette jeune femme si fragile. Vous retrouverez son compagnon, en futur père attentionné, vaguement inquiet, vaguement réconfortant. Mais là n'est pas le sujet.
Mauvaise fille est avant tout l'hymne d'amour d'une fille à sa mère, une mère imparfaite et déstabilisante, mais une mère tout de même, et un questionnement sur cette faculté que nous avons - en nous - de laisser la vie continuer, perdurer, fleurir, au-delà des disparitions.
"[...] comment je vais faire ? comment je vais lui donner ce que je n'ai pas eu ? est-ce que je sais, même, comment ça aime une mère, comme ça élève, comment ça gronde, comment ça punit, comment ça fait faire des devoirs, comment ça console d'un bobo ? J'ai les livres. Juste les livres."

Note de lecture : 4/5
ISBN 978 2 234 05864 4 - 16.50€ - SEPT2009
Ce roman est en lice pour le 22ème Prix Goncourt des Lycéens parmi 14 titres. - Déjà lu dans cette liste... Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé. - Le blog du Prix
Grand merci aux organisateurs pour l'envoi !
09 octobre 2009
Rentrée littéraire 2009 - Un bilan...et un challenge
Ci-dessous, un récapitulatif des lectures de la rentrée littéraire 2009, chroniquées sur ce blog jusqu'à présent, et qui entrent de plein fouet dans le challenge de Levraoueg (lire au moins 7 livres de la rentrée littéraire, soit 1% des sorties en librairies) ~
au final, un bilan plutôt positif avec des coups de coeur, des bonnes surprises ...mais aussi des déceptions.
La Perrita, Isabelle Condou - Noté 5/5 - ![]()
Une année étrangère, Brigitte Giraud - Noté 5/5 - ![]()
Assez parlé d'amour, Hervé Le Tellier - Noté 4.5/5
Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé - Noté 4.5/5
Le jour de votre Nom, Olivier Sebban - Noté 3/5
Le voyage vers l'enfant, Vonne van der Meer - Noté 1/5 - une grosse déception...
Contretemps, Charles Marie - Non noté - Un abandon de lecture...
Challenge terminé !
Un contretemps... (Rentrée littéraire 2009)
...et malheureusement un abandon de lecture !
Voilà qui ne m'est pas courant, mais c'est ainsi, je jette l'éponge, enfin ma lecture, à la page 50. Je dois en effet me rendre à l'évidence que, malgré une écriture très belle, et cette manière de découper l'histoire en courts chapitres que j'ai trouvée originale et surprenante (dans le bon sens), cette fiction surréaliste me laisse dans un état d'incompréhension totale.
Dommage, car cette proposition de Blog-O-Book était assortie d'une charmante lettre de l'éditeur des Forges de Vulcain, que je remercie au passage pour l'envoi !
L'histoire ? (ou du moins ce que j'en ai saisi) Melvin, le héros du roman, est chargé de retrouver un dénommé Bruno Bar. Ce qui l'entraînera dans les catacombes de Florence, où il se fera tirer dessus et séduire (derrière le bar d'ailleurs, est-ce un jeu de mots ?) par une belle jeune femme, Lorraine, qui ne lui demandera rien de plus que cet instant étrange (étrange car ils s'aiment derrière le comptoir, alors que de l'autre côté le sol est jonché de cadavres ?!). Il est épris par ailleurs, en vain, de Morgane, mariée à Harold, qu'elle ne se résoud pas à quitter, même si elle déclare à notre détective que "Moi aussi, tu sais, c'est ton amour qui me donne une raison de vivre. Sans lui, je me sentirais disparaître." Sans parler de ce bras qui change douloureusement de couleur depuis qu'un poisson a mordu Melvin à la main, dans une église de Florence, tout occupé qu'il était à suivre une femme mystérieusement belle affublée d'un éventail noir, et alors qu'il plongeait la main dans un bénitier à l'eau douteusement trouble...
J'en suis restée là. ;o)
ISBN 9782953025910 - 15€ - AOUT2009
Toutes les autres lectures sont en lien sur le site de Blog-O-Book. A noter, la lecture de Levraoueg, pleine d'enthousiasme, qui fait par ailleurs voyager son exemplaire.
Ce titre clôt étrangement ma participation au challenge 1% rentrée littéraire inauguré par Levraoueg.
Défi 1% littéraire 2009 : 7/7
25 septembre 2009
Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé (Rentrée littéraire 2009)
"[...] N'oublie jamais ta colère. Et si la colère s'effaçait en faveur d'un sentiment plus confus et plus paralysant comme la culpabilité alors il fallait la réactiver, et quel meilleur moyen que de se planter devant le miroir de la chambre, soulever son maillot et compter les traces laissées par le si grand amour mal exprimé de Violette Bustamente. Dans ces moments-là Vera Candida se collait au miroir pour sentir la fraîcheur d'hiver sur sa peau puis elle soufflait pour créer de la buée et dessiner sur la surface si lisse des formes rondes, des spirales et des volutes. Elle remontait ses cheveux et touchait la balafre blanche et soyeuse qu'elle avait sous l'oreille puis elle remettait sa chevelure en place.
Ces cicatrices là, mon sucre, sont des étendards, disait grand-mère Rose. Au fond c'est un avantage toutes ces coutures bien visibles. Quand le mal qui t'est fait est seulement à l'intérieur (mais sache, ma princesse, qu'il peut être aussi taraudant et violent que des coups de poing), alors ne pas perdre de vue ta colère et ta juste rage demande un bien plus gros effort."
Ce que je sais de Vera Candida est l'histoire d'une lignée de femmes.
En tout premier, il y a Rose, la grand-mère, ancienne prostituée, devenue experte en poissons volants, puis maîtresse de Jéronimo (inquiétant personnage oscillant entre l'iguane, le jetsetteur et le caïd) . Ensuite, il y a Violette, la fille de Rose, un peu spéciale, pas finie et bonne à rien, juste à courir les garçons et à donner naissance à une enfant, la troisième femme de ce roman, la seule à espérer enfin briser le destin qui semble planer sur leurs destinées à toutes, elle se nomme Vera Candida. En effet, cette dernière a l'impulsion juste de fuir l'île de Vatapuna, à quatorze ans, enceinte, lourde d'un secret inavouable. Elle atteint Lahomeria, livrée à elle-même puis recueillie dans un foyer alors qu'elle accouche de la quatrième fille du récit, Monica.
L'amour, comme bien souvent, sonnera le carillon de l'espoir, en la personne d'un journaliste obstiné et combattif, doux, Itxaga, amoureux fou de Vera Candida...
Encore une fois (ayant j'ai déjà lu Et mon coeur transparent et Toutes choses scintillant), me voici sous le charme de la manière bien personnelle de Véronique Ovaldé de mener un récit ! Nous sommes ici dans une amérique du sud imaginaire où le réalisme frôle sans cesse le légendaire et le féérique, et tout cela est terriblement bien fait, et maîtrisé, et passionnant.
Difficile pour moi de ne pas aimer non plus la délicatesse avec laquelle elle parle des femmes, de leurs corps, de leurs impulsions, de leurs doutes et de leurs choix, parfois maladroits, souvent tragiques. Ces personnages là me semblent toujours si familiers. Ils me donnent des envies de protection et de justice, d'abandon aux sentiments vrais.
J'ai donc aimé cette lecture, vraiment. Et pourtant, je n'arrive pas à comprendre pourquoi il m'est impossible cette troisième fois encore, d'assigner un "petit coeur" à mon billet.
Il s'agit là simplement, sans doute, d'écriture et de distance, de ce fossé qui se creuse entre nous, étrangement, au fil des pages. Rien de grave, juste un sentiment d'éloignement qui me laisse moi, admirative, mais un peu sur le côté, tenue à l'écart, distanciée.
Voilà un effet bien mystérieux... ;o)
ISBN 978 2 87929 679 1 - 19€ - AOUT2009
Elles l'ont lu aussi : Amanda - Cuné - Jules - Albertine ...qui d'autre ?
Ce roman est en lice pour le 22ème Prix Goncourt des Lycéens parmi 14 titres.
Défi 1% littéraire 2009 : 6/7
16 septembre 2009
Assez parlé d'amour, Hervé Le Tellier (Rentrée littéraire 2009)
"Que celle - ou celui - qui ne veut pas - ou plus - entendre parler d'amour repose ce livre."
Anna et Louise sont deux femmes mariées, apparemment heureuses, qui ne se connaissent pas, mais qui vont vivre, à quarante ans et en simultané, la naissance d'un nouvel amour, tout neuf. Un amour bouleversant et régénérant. Leurs destins vont se croiser sans jamais se toucher, les sentiments envers leurs amants se développer en douceur, sans drame, comme une évidence.
La première rencontre Yves, écrivain. La seconde, Thomas, psychanalyste.
Près d'elles, les maris savent mais ne disent rien ; les enfants voient et acceptent, à peine inquiets.
Anna et Louise n'ont plus qu'à sonder en elles leurs désirs profonds pour guider leurs pas vers un avenir indécis mais amoureux.
Voilà une histoire, découpée en très courts chapitres, dans laquelle j'ai eu du mal à m'immerger totalement dans sa toute première moitié. Sans doute une indisponibilité d'esprit passagère, car le charme du récit a finalement réussi à me séduire. En effet, la banalité de l'adultère dépassé, nous plongeons dans une douceur de sentiments assez délectable, une description de l'état amoureux assez précise et jubilatoire.
J'ai refermé ce livre, complètement enthousiasmée par ma lecture !
Par ailleurs, Hervé Le Tellier, l'auteur, est membre de l'Oulipo. J'ai donc cherché naturellement dans son roman une clé à comprendre, un code. Yves, l'écrivain de l'histoire, semble en donner un indice page 189 : « Yves veut écrire un roman à six personnages. Il associera chacun d’entre eux aux numéros des dominos, le zéro valant pour un personnage secondaire, jamais le même. Le roman reproduira le déroulement d’une partie de dominos abkhazes… », et l’on se prend à penser que l’on est sans doute en train de le lire ce fameux roman, pour lequel Anna suggère qu’Yves mette « amour » dans le titre ...
Mais ne rien savoir d'un éventuel stratagème préexistant, ne rien deviner de l’attribution des rôles, ne gêne en rien cette lecture, qui restera certainement pour moi un bien joli souvenir.
« Mentalement, Louise a d’abord rempli des listes, aligné des colonnes. Elle a construit un quadrillage aussi rationnel que les blocks d’une ville américaine. Une colonne Pour quitter Romain. Une colonne Contre. « Je t’aime encore », dans la colonne Pour. Ou plutôt, elle aime encore l’avoir aimé, c’est comme l’arrière-goût sucré d’un café. « Je ne t’aime plus », dans la colonne Contre. Ou plutôt, elle ne l’aime plus comme il faudrait qu’elle l’aime pour continuer à l’aimer. »
ISBN 978 2 7096 3342 0 - 17€ - AOUT 2009
« Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! "
Merci à Ulike et au site
Hervé Le Tellier sera présent en mai 2010 au Grand R (La Roche sur Yon) pour un stage d'écriture
La lecture de Cathulu - Et celle de Cuné...toutes les deux sont enchantées !!
Défi 1% littéraire 2009 : 5/7
07 septembre 2009
Le voyage vers l'enfant, Vonne van der Meer (Rentrée littéraire 2009)
Quelle déception que cette lecture !
Je vous explique...
Présenté comme le troisième tome d'une trilogie, la suite en fait de La maison des dunes (Les invités de l'Ile) et du bateau du soir, Le voyage vers l'enfant n'a pourtant rien de commun avec la douceur des précédents, rien de commun non plus avec Duinroos, la plage et cette femme de ménage attentive que l'on aimait retrouver telle une figure emblématique d'un lieu de vacances que l'on aurait voulu connaître "pour de vrai".
Seul lien visible, nous retrouvons dans cet opus un des personnages, semblable à ceux déjà rencontrés auparavant, Julia, jeune femme en mal d'enfants, prête à partir au Pérou pour aller y chercher un fils ou une fille, prête à faire confiance à n'importe quel avocat rencontré dans un café à la sortie d'une réunion d'information sur l'adoption.
Le revirement de situation qui scinde à un moment précis le roman en deux parties, très étonnant, m'a paru à moi un brin sordide, et bien peu crédible.
Une lecture qui crée le malaise, et ce sans intérêt véritable et évident. Une écriture moins remarquable. Dommage...vraiment dommage...
Note de lecture : 1/5
ISBN 978 2 35087 126 4 -17€ - AOUT 09
C'est également une déception pour Clarabel (merci pour le prêt !) - Cathulu souligne sa force dérangeante
Défi 1% littéraire 2009 : 4/7
30 août 2009
Une année étrangère, Brigitte Giraud (Rentrée littéraire 2009)
"Il faut que j'aie des antennes, que je sois double en permanence, à l'affût du moindre signe, du moindre indice.
Mais ce qui complique la donne est que la fille au pair n'est pas une fille dans une simple situation de travail. On attend d'elle un service rendu mais aussi une présence particulière, une façon d'être, la construction d'un lien, on attend d'elle qu'elle donne de son temps, de sa patience, de son énergie, comme le ferait une grande soeur éternellement bien disposée. On attend d'elle qu'elle mette en scène la touche d'exotisme qui fait la différence, celle pour quoi on l'a choisie et qui valorise la famille par sa présence "si particulière", par son style français inimitable, qu'elle même ignore évidemment."
Nous sommes dans les années 80, à l'ère de Cure, des cassettes audio, du Mark fort et des mobylettes. Laura a dix-sept ans, et pour fuir une ambiance familiale tendue, la jeune française décide de partir en Allemagne comme jeune-fille au pair. Elle arrive chez les Bergen, un couple et deux enfants, qui semblent vivre sans se soucier du temps qui passe, des tâches à accomplir, ou de lui signifier quel est véritablement son rôle...
Je suis (du verbe suivre) Brigitte Giraud depuis quelques temps déjà, fascinée par mes précédentes lectures (La Chambre des parents, J'apprends ou L'amour est très surestimé). Ce titre là, dont je n'attendais pas grand chose, m'a d'emblée séduite et ce dès les premières pages. Je suis donc heureuse de mon choix en cette rentrée littéraire, et de ma lecture !!
Qui s'est déjà retrouvée dans cette situation là, intégrer un foyer pour s'occuper d'enfants, dormir chez cette famille, y passer tout son temps, saura que l'auteure a su trouver les mots qu'il faut pour décrire au mieux la gêne, l'adaptation nécessaire, l'extrême acuité que cela suppose dans les premiers temps, barrage de la langue existant - ou pas, et la transformation de soi que cela implique aussi, inévitablement.
J'ai beaucoup aimé ici l'écriture, la description de journées longues comme un puits sans fond, ce petit rythme qui se met doucement en place, les rapprochements affectifs qui se nouent et se dénouent. J'ai aimé le personnage de Laura, terriblement attachante avec sa coiffure en pétard, ses découvertes littéraires tendancieuses et sa manière d'être si mûre et si fragile à la fois.
Dans une ambiance qui peut sembler morose, mais qui permet à Laura de comprendre qui elle est, ce roman poursuit une route "en quête de soi" au charme certain. Et j'ai été charmée.
"Mon empressement et mon application n'apportent rien à cette famille hors du commun. J'ai voulu être irréprochable, disponible et parfaite, toujours prête à me charger d'une corvée, à me rendre utile, malgré la sensation que j'avais de m'éloigner de moi. Je préférais nettoyer le four ou promener le chien plutôt que me confronter à ma vacuité. A vrai dire, je ne sais ce que je préfère, me rapprocher de moi avec le risque de me trouver, de supporter le vrai visage de ma solitude, ou m'inventer un double, brave soldat toujours prêt à exécuter les ordres, soumis et vigilant, un être qu'on utilise, qu'on épuise et qu'on oublie."
ISBN 978 2 234 06346 4 - 17€ - Août 09
Clarabel l'a lu aussi - Un autre billet par ici et un blog à découvrir, au passage
Défi 1% littéraire 2009 : 3/7
29 août 2009
Lire 7 livres de la rentrée littéraire, je peux y arriver...
..., enfin je crois, j'ai donc décidé de participer au Challenge 1% littéraire de Levraoueg.
Les titres déjà lus :
Olivier Sebban, Le Jour de votre Nom
A suivre... ;o)
Pour info, Ouest France parlait de ce défi et de quelques unes d'entre nous hier par ici, et ça m'a fait tout drôle...




























