07 janvier 2017

Ce Coeur changeant, Agnès Desarthe

desarthe

Tu as entendu deux fois la même histoire... Agnès Desarthe qui prépare les bagages de sa famille avec difficulté, son mari qui débarque au milieu des pulls et des chaussettes, et qui au lieu de lui apporter son aide lui demande quel livre elle va écrire bientôt... Tu vas être surpris... Et Agnès Desarthe invente alors un prochain livre, qui sera historique, et dans lequel deux femmes s'aimeront... Tu as entendu deux fois la même histoire, puis des anecdotes différentes, tout d'abord à La Roche sur Yon l'an dernier puis là à Fontenay Le Comte, dans cette sublime et étrangement figée dans le temps Salle des mariages... qui donne si bien en photo. Si bien que tu l'as acheté ce livre, dont le thème a effectivement surpris le mari, Ce coeur changeant, pour satisfaire à ton tour ta curiosité. Et tu as aimé ce petit échange avec l'auteure qui a suivi (sous l'oeil sérieux de Marianne), et cette dédicace qui dit... au plaisir de partager la lecture avec vous, et l'écriture aussi... Là, après ta monstrueuse panne de lecture, ce livre te semble donc un enchaînement évident, puisque tu as passé une très bonne journée à Fontenay le Comte et qu'il conte les aventures tumultueuses d'une jeune naïve au début du XXème siècle. Rose débarque à Paris, elle a vingt ans. Elle vient de quitter le Danemark. Mais toi lectrice, avant de suivre ses pas, tu avais déjà assisté en préambule à la rencontre de ses parents et à la description assez impressionnante de sa grand-mère, déformée physiquement par une trop grande absorption de sucre (plus jamais tu ne mangeras de sucre c'est promis). Agnès Desarthe a avoué avoir tenté de tremper son personnage (Rose) dans plusieurs bains (situations) pour voir comment elle réagissait. Et il est peu de dire que Rose ne réagit pas très bien. Elle se laisse ballotter par les évènements et les rencontres, met sa vie en danger, mais elle vit également de merveilleuses aventures humaines, sensuelles et littéraires. Lire Ce coeur changeant est une expérience romanesque qui s'avère au fil des pages de plus en plus intéressante, burlesque et dépaysante. Bien entendu, lors de ta lecture, tu as entendu la voix de l'auteure, raccordé quelques éléments, mais surtout surtout tu as eu envie que l'on continue à te raconter des histoires... Chiche.

Editions de l'Olivier - Août 2015

Festival littéraire La mer est loin - Fontenay le Comte - 24 25 26 27 novembre 2016


15 septembre 2016

Otages intimes, Jeanne Benameur

otagesintimes "Faut-il accepter qu'il n'y ait aucun refuge ?"

Etienne vient d'être libéré, il avait été pris en otage au cours d'un reportage, il est photographe de guerre. Mais le retour dans le village de son enfance, auprès de sa mère, la reconstruction, ne sont pas si simples. Il ressent le besoin de réunir autour de lui ses amis de toujours, Enzo et Jofranka. Et puis il y a la musique, qui fait le lien et le ramène à la vie. Sa mère joue tous les jours, pour lui. Comprendra-t-il enfin pourquoi il n'a de cesse de partir ? Tout comme son père. Une image l'obsède, la dernière, celle qu'il n'a pas pu prendre avant d'être kidnappé, cette femme qui tentait de sauver sa famille, leur voiture pleine, prête à partir. Et puis il y a Emma, qui ne voulait plus l'attendre et l'a quitté juste avant son dernier départ, et sa lettre aujourd'hui qui ne demande plus rien, qui constate seulement la fin.

Perdu, toujours otage malgré sa libération, Etienne tente de se ressourcer afin de pouvoir de nouveau vivre au monde. Ses amis l'aident, et il comprend peu à peu à quel point nous sommes tous otages de quelque chose, en nous, de nos émotions, de notre histoire, de nos manques, de nos empêchements. J'ai beaucoup aimé lire cet opus de Jeanne Benameur, ces mots qui permettent d'être au plus près des émotions intimes de chacun des protagonistes, de ressentir le présent si fort. C'était un moment particulier que la lecture de ce livre, un moment assez intense, de ceux qui remuent des choses en soi. Une très belle lecture !

Editions Actes Sud - 18.80€ - Août 2015 - Merci à mes prêteurs !!

Ce titre a été beaucoup lu sur la blogosphère - Sa page sur Babelio [clic ici]

 

 

03 mai 2016

Nous dînerons en français, Albena Dimitrova

nousdineronsenfrancais

"Nous vacillons, tous radars coupés."

Alba est admise à l'hôpital du gouvernement bulgare pour une paralysie de la jambe. Là-bas, elle rencontre Guéo, cinquante cinq ans, alors qu'elle n'est encore qu'une adolescente. La complicité est tout de suite évidente, l'attirance physique également, mais guère facile à vivre au grand jour. Alors, Alba emménage avec le fils de Guéo, un compagnon plus conforme, de son âge. Guéo est un membre important du Polituburo. Il doit rendre un rapport que tout le monde attend. il a une femme, une maîtresse officielle, des enfants un peu partout. Mais l'attirance entre les deux amants est trop forte, peu importe les risques encourus, les dommages collatéraux... ils ne peuvent faire autrement que de la vivre passionnément.

Ce premier roman est un récit, écrit en français, qui possède une langue réellement suave et poétique, mais qui peut sembler étrange. En effet, j'ai buté à plusieurs reprises en début de lecture sur quelques phrases incongrues avant de comprendre que c'était là sans doute l'effet de la langue avec accent évoquée en quatrième de couverture, et puis je me suis faite à l'enchevêtrement des mots, et de la chronologie, pour apprécier la sensualité du texte. Il n'est pas si aisé de rentrer dans ce roman, il faut accepter sans préjugés la différence d'âge des protagonistes, ne coller qu'à l'amour improbable qui les rapproche et va accélérer leur perte. Il faut accepter de ne pas toujours savoir à quelle date nous sommes, quelle époque, se laisser porter par un récit désordonné. Mais, ce qui est certain est qu'en toile de fond le communisme vit ses derniers instants, et Alba, réfugiée à Paris, compare le capitalisme faussement libérateur au communisme empêtré dans les contradictions de ses élites. Quelles leçons en tirera donc l'histoire ? Pour les destins particuliers, la vie se charge de faire le tri. Un livre que j'ai refermé encore pleine de cette ambiance, amoureuse et particulière, et au final assez charmée par ma lecture. 

Editions Galaade - 18€ - Septembre 2015 - Merci ma bibli !!

Un roman bouleversant à l'aura politique pour Choco - Un premier roman d'une force incroyable pour Leiloona 

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14 mars 2016

Après le silence, Didier Castino

apreslesilence "Il n'y a plus de règles, plus aucun ordre. Plus personne ne travaille, on se masse autour de l'accident, les ouvriers, les bureaux, les patrons, il y a du sang, il y a la mort."

Louis Catella se raconte à son fils, l'usine, le syndicat, la brutalité du quotidien, le combat, les vacances en famille, ce qui le lie à Rose, aux autres, à lui-même, à ses enfants. La vie est rude, mais sincère. Et puis le 16 juillet 1974, il y a l'accident, et l'arrêt violent d'une vie d'ouvrier qui laisse tout le monde sidéré, et met en lumière l'insécurité qui règne dans ces entreprises là à cette époque là. Le décès de Louis fera exemple, son souvenir sera érigé en légende, Rose restera inconsolable. Alors le plus jeune de ses fils, celui qui a décidé de raconter son père, de le faire parler en inventant sans doute beaucoup, continue le dialogue, s'interroge sur l'héritage qu'il a conservé de ce passé, sur son deuil impossible et sur ses trahisons.

Je n'ai pas continué mon cycle de lectures par un livre très joyeux. Cependant, j'ai beaucoup aimé avec celui-ci rentrer dans l'histoire d'une famille, ouvrière et communiste, militante. Ce roman donne réellement le sentiment d'être convié dans une intimité, comme si nous étions assis nous aussi dans la cuisine des personnages. Nous parcourons sous la plume inventive de Didier Castino plusieurs décennies. Il y a des pages très fortes qui font chavirer le coeur, et d'autres qui interrogent sur l'engagement politique, la croyance, l'utilité des combats. J'ai aimé l'écriture de l'auteur, même si il utilise à foison un tu assez troublant qui ne permet pas toujours de situer le narrateur réel de l'histoire, brouillant sans doute intentionnellement le lecteur, mais troublant aussi un peu la lecture. C'est un livre qui se lit lentement, très riche, à la fois émouvant et détaché, humble et orgueilleux. Un bien intéressant premier roman.

Editions Liana Levi - 18€ - Août 2015 - Merci ma bibli !!

Un billet, beaucoup plus long et complet que le mien, chez Le bruit des livres [clic] 

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05 mars 2016

[Kokoro], Delphine Roux

kokoro

 "On a reconstruit le théâtre.
Les gens, semble-t-il, n'ont plus peur des fantômes."

Koichi tente de survivre depuis des années au décès de ses parents, il n'avait alors que douze ans. Des deux enfants du couple, il semble être celui qui a traversé ce deuil le plus difficilement. Sa soeur aînée Seki, peu présente, le houspille à l'occasion et l'encourage régulièrement à se bouger davantage. Koichi travaille en bibliothèque, mène une vie étroite dans laquelle il y a simplement un peu de place pour les visites à sa grand-mère et des douceurs culinaires. La vie suit son cours régulier, Seiki est loin, inatteignable dans son quotidien parfait, avec son mari et ses filles, ses responsabilités dans la ville, tandis que Koichi végète. Cependant, un jour Koichi apprend que sa soeur ne va pas bien, il sait alors qu'il est temps de se réveiller...

Ce livre est empreint d'une douceur mélancolique, japonaise et subtile, toute en retenue, agréable et touchante. L'écriture fragmentaire de Delphine Roux est idéale ici pour exprimer l'éveil à la vie d'un jeune homme retenu jusque là dans sa chrysalide, et dont les ailes de papillon ne demandent qu'à se développer. J'ai beaucoup aimé lire ce roman, sans en faire pour autant un coup de coeur. Après ma lecture précédente, il m'a sans doute manqué ici de la force, de l'émotion, et d'être transportée davantage par l'écriture de l'auteure pourtant extrêment fine et juste.

Editions Philippe Picquier - 12.50€ - Août 2015

 Un premier roman intimiste au ton juste pour Laure - Une belle découverte pour Clara - Une petite merveille pour MicMelo - Une magnifique découverte pour Jérome - Un premier roman émouvant, fragile et délicat comme les ailes d’un papillon pour Noukette - Une très belle rencontre pour Leiloona - Juste exquis pour Sabine - Il y a des papillons aussi pour Isabelle dans cette lecture...


08 décembre 2015

Les Gens dans l'enveloppe, Isabelle Monnin... avec Alex Beaupain

lesgensdanslenveloppe

"Depuis près de trois ans, je vis avec eux. Ils furent d'abord mes amis imaginaires, figures projetés, canaux de pensées dérivées, messagers clandestins. Puis des personnes un peu surprises à qui j'expliquais mon idée. Ils sont maintenant des êtres qui m'ont confié le récit de leur vie - et je n'aurai jamais assez de mercis pour exprimer ma gratitude.

Je les ai inventés, chantés, rencontrés et pourtant.
Je n'ai évidemment aucune idée de qui sont les Gens de l'enveloppe.
Je les connais comme on peut connaître quelqu'un.
Un peu, si peu, presque pas."

En 2012, Isabelle Monnin achète un paquet de photographies à un brocanteur. Elles n'ont rien d'extraordinaire ces photographies, ne sont même pas très bien prises, mais elles racontent en creux une vie qui fait écho à l'auteure. L'idée lui vient alors petit à petit, en même temps qu'elle trouve des prénoms à ses personnages, d'écrire un roman d'après ces photographies. Le livre qui en résultera prend forme, tout d'abord écrire cette histoire, d'une petite fille qui s'appelle Laurence, de ses grands parents, d'un père délaissé par sa femme. Et puis, ensuite, elle partira à la recherche de cette famille, pour savoir, pour connaître les véritables prénoms, et ce qu'elle découvre enfin dépasse ses espérances...

Ce roman est un drôle d'objet et je crois que c'est sa particularité qui en fait naturellement un joli coup de coeur pour moi aujourd'hui, ainsi que ce qu'il m'a fait tout à l'intérieur, de très doux ! En effet, j'ai adoré le petit roman d'Isabelle Monnin qui introduit son livre, mais surtout je pense son enquête, l'émotion et la sincérité véritables qui se dégagent de ses démarches, et puis le CD, voulu par Alex Beaupain, comme un cadeau inattendu, pas du tout anodin, très fort, délicat et précieux, et pourtant glissé comme par inadvertance dans la quatrième de couverture. Avec Les Gens dans l'enveloppe on part à la rencontre d'une famille, et on pense à la sienne, on a envie de regarder nos vieilles photographies, de s'interroger sur l'imagination qu'elles pourraient ouvrir et faire éclore. Avec Les Gens dans l'enveloppe, on aime les gens aussi, tous les gens, les rencontres, et ça fait du bien.

Editions JC Lattès - 22€ - Septembre 2015

Un vrai bonheur pour Saxaoul Un coup de foudre pour Moka - Le billet de George qui parle du manque et du fil tendu entre elle et les romans d'Isabelle Monnin - Sur le blog de blablablamia ces mots sur l'éphémère des choses a été reçu en plein coeur - Un livre piqueté de marque-pages chez Cathulu - Un très joli roman qui résonne aussi chez Leiloona - ... 

28 octobre 2015

Philosophie amoureuse d'une carpe empaillée, Marie-Hélène Ferrari

philosophieamoureuse

 "Quand il est gavé, il se répand, c'est logique, c'est la vérité de l'assiette. Verre après verre, plat après plat. Roméo a mangé les rêves de Juliette.
Ce matin, elle a changé de couleur de cheveux, mais lui qui ne connaît que le tic-tac de son horloge biologique n'a pas songé à lever son nez vers la main qui le sert. Alors la tête... Trop loin de l'assiette, trop loin de ses préoccupations. Max n'est pas content. Elle n'est pas à l'heure."

Adolphe rencontre Faustine lors d'un cours d'Anglais pour adultes, discussion, bavardage dans un café... il se surprend à lui avouer qu'il a depuis peu renoncé à sa part animale. Faustine, qui mène auprès de Max une vie invisible, est charmée par cet homme différent, postier de son état, qui vient régulièrement la chercher à son travail pour des pique-niques improvisés. Peu importe qu'il discute chez lui philosophie avec une carpe empaillée, peu importe sa lenteur, peu importe qu'il n'ose la toucher, Faustine se met à rêver à une vie différente, loin des "Folles journées" où elle travaille et des personnes âgées qui y séjournent, loin de Max son mari, avachi sur le canapé et devant la télévision. Clafoutis, sa collègue, regarde avec envie cette relation qui transforme peu à peu son amie, et se met à rêver elle aussi au grand amour. Mais qui a dit qu'il fallait se fier aux beaux parleurs ?

J'appose sur cette lecture un coup de coeur enthousiaste, toute heureuse de cette découverte !! Je ne suis pourtant pas une grande adepte des bons sentiments ni des histoires contant les aventures d'un groupuscule d'amis. Mais parfois les coups de coeur surgissent de l'étonnement bienheureux. Et comment résister au charme de l'écriture de Marie-Hélène Ferrari, qui en est à son 26ème livre ? Comment résister à cet humour constant, à cette absence bienvenue de mièvrerie, à son regard bienveillant sur ses personnages ? Car la galerie en est assez caustique. Il n'est pas possible de ne pas se régaler en lisant cette philosophie amoureuse d'une carpe empaillée, de ne pas aimer ensuite son prochain très fort, de ne pas être tout heureux d'avoir en tant que lecteur contribué à l'existence de cette histoire amusante et chaleureuse ! Un titre à côté duquel il ne faut pas passer et qui mérite réellement un franc succès !

Editions Clémentine - 17€ - Septembre 2015

La page chez l'éditeur !! [clic ici]

27 septembre 2015

Les enfants de choeur de l'Amérique, Héloïse Guay de Bellissen

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 "Chaque américain a le droit de posséder une arme depuis 1791. Le deuxième amendement c'est notre ADN. Nous avons dû faire face à de grands conflits et il a fallu s'en sortir. Après la guerre de Sécession, les soldats en vie ont gardé leurs armes avec ma bénédiction et elles se sont transmises de génération en génération. Les flingues, c'est notre héritage."

Mark Chapman assassine John Lennon en 1980. John Hinckley tire lui quelques mois plus tard sur Ronald Reagan. Hasard ou coïncidence, ils ont tous les deux eu la même enfance et le même goût pour le héros de l'Attrape coeur de JD Salinger. Hasard ou coïncidence, ils ont un peu le même physique, passent inaperçu et ont une obsession commune pour un personnage public, John Lennon pour l'un, Jodie Foster pour l'autre. Tuer pour impressionner, pour entrer dans l'histoire, parce que l'imaginaire a pris depuis longtemps le pas sur le réel. Tuer sans méchanceté, seulement pour le geste, mués par une lubie, une obsession, une rage. L'Amérique donne des armes à ses enfants et les laisse jouer avec.

Voici un roman étonnant qui m'a beaucoup impressionnée tout au long de ma lecture. Premièrement, le style de l'oeuvre est d'une vitalité si américaine que j'ai été surprise de m'apercevoir que l'auteure était en fait de nationalité française. Mais cela est plutôt un atout, et rend la lecture très vivante. Deuxièment, je suis allée visualiser les pages wikipedia des deux meurtriers mis en avant dans ce livre, et j'ai été surprise d'y retrouver tous les détails qui me paraissaient invraisemblables dans le roman. Car oui, Jodie Foster a bien été harcelée par John Hinckley qui a tenté d'assassiner le président Reagan pour l'impressionner. Et oui, Mark Chapman a bien brandit L'Attrape coeur, juste après avoir tiré sur John Lennon. Etre ensuite plongée comme cela dans les motivations des deux jeunes gens, tellement dérisoires, est assez confondant, et l'on reste presque estomaquée que l'Amérique ne produise pas plus de meurtriers. Petit bémol, il est peut-être un peu dommage que la vitalité du style d'Héloïse Guay de Bellissen se perde aussi parfois dans l'onirisme, surtout lorsqu'elle évoque le personnage de L'Attrape coeur, livre que je n'ai pas lu, parce qu'elle m'a à ce moment là un peu perdue... Une auteure que j'ai pour autant bien envie de continuer à suivre car j'ai été sans conteste par ailleurs conquise par son écriture.

Editions Anne Carrière - 17.50 € - Août 2015

La page du livre sur Babelio 

10 septembre 2015

Macadam, Jean-Paul Didierlaurent... Rentrée littéraire 2015

macadam "Depuis ce matin, les anges crient dans ma tête. C'est à cause du sparadrap."

L'auteur du Liseur de 6h27 a connu un grand succès avec ce drôle de petit roman, dont je vous parlais ici [clic]. Une version poche de son titre est d'ailleurs sortie chez Folio. La rentrée littéraire est une occasion pour son éditeur grand format, Le Diable Vauvert, de sortir ce recueil de nouvelles qui regroupe l'univers court de Jean-Paul Didierlaurent, et pour lequel il a reçu depuis 1997 de nombreuses distinctions, lauréat à plusieurs reprises du Prix Hemingway par exemple. 

L'univers de l'écrivain se dévoile ici plus sombre, comme souvent dans les nouvelles. Au détour de l'une d'entre elles pour autant, Sanctuaire, qui donne voix à une dame pipi, on comprend ce qui lui a inspiré plus tard son roman, démarche d'extrapolation d'ailleurs intéressante. Et puis, l'écriture est là, libre et sans fioritures, assez remarquable. Jean-Paul Didierlaurent maîtrise sans conteste l'art de la nouvelle, et de sa chute. La galerie de personnages est diverse et colorée, étonnante, nous permettant de rentrer dans l'intimité d'un confessionnal, d'un orchestre de corrida, d'une maison de retraite, et ce d'une manière originale. J'ai aimé me laisser surprendre, croiser une Game Boy, un fa dièse, des pneus qui chuintent, et découvrir une plume au prisme large. Espérons que l'auteur continue d'écrire, d'inventer, et qu'il ne perde pas le regard perçant, ironique et ludique, qu'il porte sur ses concitoyens.

Editions Au Diable Vauvert - 15€ - 10 septembre 2015

logo2015

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 6/6.

J'ai rempli mon challenge 1% avec succès mais pas de coup de coeur cette année (ce que je déplore), seulement de belles lectures ! Ou alors je suis sans doute devenue difficile ? Je ne tente pas le 2%. L'année dernière le tenter m'avait semblé de trop, et une manière d'étirer exagérément la rentrée littéraire alors que j'étais déjà passée à autre chose. Mes prochaines lectures de rentrée seront donc traitées dorénavant comme les autres, seul le Tag "Rentrée littéraire 2015" sera affublé en bas de billet à ces lectures, pendant encore quelques semaines... vous pourrez ainsi les retrouver en bandeau dans le menu.

09 septembre 2015

Nous serons des héros, Brigitte Giraud... Rentrée littéraire 2015

nouseronsdesheros

 "La première nuit dans la maison fut particulière. J'étais isolé sous le toit, je voyais le ciel par le velux ouvert, la petite chambre était une fournaise. A ce moment là de l'année, il y avait beaucoup d'étoiles, je les observais depuis mon lit, j'avais l'impression que le ciel bougeait, que mon matelas tanguait. Ma tête tournait, se vidait, se remplissait d'images trop vives, celles du Portugal sous le soleil. Je voyais mon père sur un cargo, qui flottait sur l'océan, toujours cette même image. Je me surprenais encore à demander quand il allait rentrer. Puis j'entendis ma mère et Max qui parlaient en bas. J'avais envie de faire un sac et de partir dans la forêt, vivre avec Oceano, j'étais fatigué."

Olivio et sa mère fuient la dictature portugaise, redoutant des représailles. Le père d'Olivio a été arrêté et est mort en prison. Mais le jeune garçon l'ignore, alors que le train l'emmène du Portugal vers La France. Il s'imagine le revoir, il ne sait pas ce qui l'attend dans ce pays inconnu vers lequel il roule, et il sert contre lui son petit chat Oceano. En France, aidés par des compatriotes, ils sont confrontés à une nouvelle langue, doivent refaire leur vie modestement. La mère d'Olivio trouve enfin du travail, rencontre Max, s'installe avec lui dans un pavillon de banlieue. Le quotidien devient morne, souvent tendu et inconfortable pour le jeune Olivio qui se réfugie le plus souvent possible auprès de son ami Ahmed. En effet, Max préfère visiblement son fils Bruno qu'il reçoit en garde alternée. La mère d'Olivio est partagée, passe son énergie à apaiser et composer, à se faire sa place dans cette nouvelle vie. Un jour pourtant, la révolution des oeillets a lieu, et revoir Le Portugal redevient une possibilité.

J'ai retrouvé dans ce roman la voix tranquille et posée de Brigitte Giraud qui sait ici très bien se mettre dans la peau d'un petit garçon confronté à l'exil, au déracinement, puis à l'enracinement. Les petits garçons sont capables de supporter beaucoup de chamboulements du moment que l'amour est là, l'affection. Dans cette histoire, la solidité des adultes n'est pas acquise. Heureusement, Olivio peut compter sur l'attention de son chat et de son meilleur ami Ahmed, mais cela semble tellement peu. Nous sommes des héros ne fait pas dans le tapage et la grandiloquence mais met réellement en lumière l'actualité de cette rentrée par le prisme d'anciennes migrations. C'est certainement un hasard, mais cette coïncidence m'a émue et touchée.

Editions Stock - 17.50€ - Août 2015

Un grand merci aux Ediitons Stock chez qui j'ai gagné ce titre qui me tentait en cette rentrée !!

 

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Cathulu a été très émue par le portrait d'une mère "à la fois volontaire et discrète, blessée mais digne, qui se forge discrètement une place dans la société française du début des années 70 et laisse sous le boisseau ses chagrins et sa détresse" - Laure a beaucoup aimé, et aime de toutes façons l'écriture simple mais pourtant si juste de l'auteur

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 5/6.