07 août 2016

Ce qui nous sépare, Anne Collongues

cequinoussepare

 "A quoi pensent-ils ? Le regard de Marie glisse sur les visages silencieux du wagon, sur celui très émacié de la femme au fond, plus proche d'elle, celui du garçon au sac de voyage, tourné vers la fenêtre, puis sur l'homme assis sur la même rangée qu'elle."

Ils sont quelques passagers, égrenés dans ce compartiment d'un RER qui les emporte vers une lointaine banlieue des quartiers nord de Paris. Ils ne se parlent pas, mais s'observent du coin de l'oeil et se plongent dans leurs pensées. Il y a Marie, Laure, Cigarette, toutes les trois à un stade différent de féminité, la première toute jeune vient de quitter son bébé qu'elle a confié à une baby-sitter, Laure part rendre visite à son amoureux depuis quelques mois dans le coma, Cigarette va peut-être enfin oser dire non à ses parents et se donner une chance de vivre sa vie. Il y a aussi Liad qui arrive d'Israël, Franck qui n'a pas passé la nuit chez lui, Chérif qui redoute la réaction de son frère et Alain qui a hâte de serrer sa fille dans ses bras. Tous sont liés par un voyage qui signifie beaucoup...

La vie des personnages inventés par Anne Collongues se dévoile peu à peu au fil des gares et des mouvements du train qui les bercent et les emmènent. L'espace d'un wagon invite généralement à la rêverie, et il n'est pas étonnant que ce soit le cas des passagers de ce train. Ils ont tous quelque chose à quitter et quelque chose à atteindre et c'est ce qui les lie. La convention du silence est bien là, par contre, qui les sépare. Dans les trains, on ne se parle effectivement pas, ou très peu, comme dans les salles d'attente d'ailleurs ou dans ces autres lieux où les corps sont proches mais les esprits si éloignés. On peut se demander alors en lisant ce roman si se parler n'aurait pas pu tout changer, si voyager ensemble n'aurait pas du provoquer les rencontres. Le lecteur espère, découvre peu à peu la raison du voyage et tourne les pages, avide de savoir à quelle gare chacun descendra. Ce livre est un recueil de vies faussement banales, un bouquet de fleurs des champs, un trésor de délicatesse. Un premier roman, choral, très maîtrisé.

Editions Actes Sud - 18.50€ - Mars 2016

Un titre lu dans le cadre du challenge Premiers romans...

68premieresfois Belle maîtrise pour Nicole qui s'est régalée - Un premier roman virtuose pour Charlotte - Henri-Charles s'en souviendra - Emouvant pour Joelle - Martine est touchée - Anita n'a pas été vraiment séduite - Eimelle est un peu restée en dehors du wagon - Ecriture déjà maîtrisée et métaphorique à souhait pour Arthémiss - Un beau roman choral pour Albertine - Un bon moment de lecture pour Violaine - C'est beau, c'est bien écrit mais Nathalie a parfois eu du mal à rester dedans - Justesse et bienveillance pour Virginie - Un beau chemin partagé pour Plume Nacrée - Belle lecture pour Olivier !


03 août 2016

Moro-sphinx, Julie Estève

MORO SPHINX

 "Ne pas s'attacher aux choses qui finissent, ne pas se faire berner par les sentiments qui naissent puisqu'ils s'en vont droit sur la mort. La mort qui au bout attend, impatiente de rendre froids les coeurs, les espoirs, les sangs. Il faudrait qu'elle soit godiche, nigaude ou n'avoir rien vécu, être vierge et blanche et n'avoir pas souffert pour plonger la tête là-dedans. Elle sait, l'amour joue à la roulette russe, un flingue, une cartouche et bang !"

Lola est une jeune femme tourmentée. Trentenaire, célibataire, elle est pleine du souvenir de l'homme qu'elle a jadis aimé, pleine de sa mère morte alors qu'elle était si jeune, pleine de son père l'ivrogne que pourtant elle ne voit presque plus. Parfois, elle ressent le besoin de coucher avec des hommes, de s'avilir, pour se remplir encore plus, et s'apaiser. Elle se maquille alors comme une prostituée, pour jouer un rôle, et livre son corps à qui veut, un homme laid de préférence. Et puis, comme un geste de défi, de collectionneuse, de serial killeuse, elle leur coupe un bout d'ongle en souvenir et s'enfuit. Mais un jour l'amour semble frapper à sa porte, en la personne de Dove, un homme beau, bien habillé, un peu bobo, aisé. Comment alors résister aux sentiments ?

Ce qui surprend d'emblée dans ce roman est l'atmosphère particulièrement tendue et violente qui y règne, rude. Lola ne s'épargne pas et Julie Estève n'épargne pas non plus son lecteur, ce que son portrait en couverture, plutôt sage, n'annonçait pas vraiment. Suivre une Pretty-Woman trash dans ses déambulations parisiennes est en effet à la fois émouvant et éprouvant. Et l'écriture est là, forte, qui élève au-dessus du malaise, cherche à comprendre, et donne à la quête de Lola presque des airs de noblesse. Cette lecture ne peut pas laisser indifférent, elle attire, bouscule, retient et laisse sur le carreau. A découvrir, assurément ! Ouch !

Editions Stock - 18€ - Avril 2016

Un titre lu dans le cadre du challenge Premiers romans...

68premieresfois

Viscéral pour Virginie - Une écriture, une atmosphère, une découverte... pour Nicole - Un livre qui prend aux tripes pour Joelle - Un roman cru ou la souffrance est palpable pour Anita - Un premier roman décoiffant pour Eimelle - Hors des sentiers battus pour Nathalie - Une autre Nathalie termine ce livre essouflée - "Je me suis sentie "happée" par ce livre, par cette quête désespérée d'un apaisement toujours illusoire" chez Albertine - Laure est restée indifférente - La lecture chahutée de Domi - "Putain de roman !" pour Sabine (M'enfin Sabine !) - Une lecture en demi-teinte pour Véro

 

27 juillet 2016

L'heure bleue, Elsa Vasseur

lheurebleue

 "Zoé fut saisie d'un vertige."

Juste après l'obtention de son baccalauréat, et alors que son été s'annonce vide de projets, Zoé se voit proposer par une amie du Lycée de jouer à la baby-sitter pour son neveu Ben tout en profitant d'un séjour en Grèce en sa compagnie. La jeune-fille a perdu autrefois son petit frère Nino, et est marquée par ce décès qui provoque chez elle régulièrement des troubles alimentaires, elle accepte cependant la proposition de Lise, plus par provocation envers son père qui a remplacé sa mère par une hôtesse d'accueil prénommée Karine que par véritable envie. La famille de Lise, installée pour l'été sur une île grecque privée, Dolos, s'avère à la fois intimidante et étrange. Adam, le père de Ben, peintre, trouble beaucoup la jeune-fille qui ne sait quoi penser par ailleurs de la défection de la mère de l'enfant confié à ses soins, ni des faux-semblants et mensonges de cette famille d'un autre milieu qu'elle...

Je n'aurais certainement pas lu ce premier roman d'une toute jeune fille s'il n'avait voyagé parmi le groupe du challenge des #68premièrefois. C'est une bluette d'été qui se lit très rapidement, il m'a fallu une demi-journée pour l'achever. J'ai aimé y croiser des souvenirs personnels, d'anciens étés à faire moi-même du baby-sitting chez des gens fortunés. La position délicate, entre intimité et rapports professionnels, est ici assez bien décrite même si Zoé ne reste pas un personnage transparent très longtemps, ce qui est généralement plutôt l'apanage des jeunes-filles au pair, denrée interchangeable et éphémère. Les évènements et tensions présentes dans la famille Stein donnent en effet très vite au récit une autre tournure, entre drame et mélodrame. J'ai cependant regretté que ce récit ne se départisse jamais vraiment de ses caractéristiques de roman romantique, son scénario me rappelant étrangement celui de Jane Eyre. J'ai eu par la même le sentiment de revenir à mes lectures adolescentes. Pour autant, les qualités de raconteuse d'Elsa Vasseur sont indéniables et L'heure bleue est rempli de jolis moments suspendus, de peinture, d'été et de couleurs. Un livre à glisser sans hésiter dans son sac de plage pour les amateurs de lectures sentimentales !

Editions Robert Laffont - 18.50€ - Mai 2016

68premieresfois Distrayant mais manquant d'intensité pour Joëlle - Agréable et estival pour Martine, qui est quand même un peu déçue - Un roman léger, pour l'été, au bord de la piscine ou dans une chaise longue au jardin pour Laure des Jardins d'Héléne ! 

... et c'est exactement là que je l'ai lu, sur une chaise longue, dans mon jardin.

26 juin 2016

A l'orée du verger, Tracy Chevalier

aloreeduverger

 "Je vais vous raconter ce que j'ai fait, poursuivait Sadie, s'adressant au groupe de femmes. Il nous restait simplement quelques pommes de table, et je les ai toutes mises dans une tarte !"

Au début du XIX ème siècle, aux Etats-Unis, les Goodenough se sont arrêtés sur cette terre boueuse de l'Ohio parce qu'il leur semblait impossible d'aller plus loin. Ils y ont construit leur maison, leur potager, ont été obligés de se battre contre les arbres, la fièvre des marais, ont perdu des enfants, planté des pommiers. Pour que leur installation soit entérinée dans les faits, leur verger doit compter au moins cinquante pieds. James met beaucoup d'énergie, et de doigté, dans la culture de ses pommiers. Sadie, elle, a sombré dans l'alcoolisme, ne se résignant pas à leur vie, à la perte de ses enfants, à ce qu'elle est devenue. Les aînés, Robert et Martha, portent un regard froid et résigné sur leurs parents. La famille a de temps en temps, la visite de John Chapman, qui leur vend des plants et circule en canoë. Le drame qui survient un jour était prévisible. Il séparera les frères et soeurs. Robert prendra la route de l'Ouest, et exercera beaucoup de métiers avant de lui aussi être pris par la passion des arbres...

Ce roman a été dès ses premières pages une pause dépaysante parmi mes lectures précédentes. Cela vient de son ton, un peu désuet sans doute, de son écriture relativement classique, et puis aussi de son atmosphère particulière, à la fois rude et apaisante, qui raconte la vie difficile et le courage des pionniers. Au début du récit de Tracy Chevalier, il est beaucoup question de pommes et de pommiers, et de tout ce qu'il faut faire pour les greffer, les entretenir et les faire fructifier. La guerre entre les époux Goodenough est à la fois violente et fascinante. Puis, dans la seconde partie du texte, qui semble au départ constituer de manière assez désarçonnante un nouveau récit, il est surtout question de botanique, et de tout ce qui a existé réellement comme commerce de graines et de plants partant des Etats-Unis vers l'Angleterre. Nous suivons alors plus particulièrement un Robert taiseux et circonspect. Tout cela m'a rappelé des lectures adolescentes et romanesques très appréciées, et m'a passionné, malgré le déséquilibre évident du texte et un parti pris narratif un peu déroutant (lettres insérées et ellipse de dix-huit ans en plein milieu du roman). Une lecture, de mon point de vue, captivante.

Editions Quai Voltaire - 22.50€ - Mai 2016

Un roman profond, implacable, délicat, et quand même parfois aussi, un peu déstabilisant pour le blog blablablamia - Clara est passée à côté - Gwenaelle a aussi l'impression d'être restée en dehors - Keisha a beaucoup appris mais a trouvé ça parfois un peu longuet et a été gênée par la première partie et le conflit entre les époux Goodenough - Le billet très complet de Papillon qui n'a pas été tellement emballée...

POMMES

(pommier de mon jardin)

15 juin 2016

Le Monde entier, François Bugeon

lemondeentier

"La fille mangeait un quignon de pain, finalement."

Lorsque Chevalier rentre ce jour-là de l'usine en Mobylette, il découvre une voiture accidentée au bord de la route. Il fait noir, trois personnes sont à l'intérieur. N'écoutant que son courage, il les sort une à une, deux femmes et un homme, avant que la voiture ne flambe. Dans l'aventure, il se fait très mal à l'épaule et au crâne, mais le célibataire endurci du village a la satisfaction du devoir accompli. Il est seulement un peu chagriné quand on lui raconte qu'il n'y avait qu'une femme sur les lieux de l'accident, et que sa Mobylette, sa veste et ses papiers ont disparu. Chevalier a bonne réputation dans le village, on le sait amoureux secrètement de l'infirmière Claudie, des rituels se sont instaurés entre lui et quelques amis, le voisinage. La découverte d'une jeune fille, noire et mutique, à l'endroit où a été retrouvée finalement sa Mobylette deux jours plus tard, son installation provisoire dans sa maison, vont pour autant fondamentalement changer sa vie... et attirer la curiosité du village.

Voici un petit roman sans grands effets que j'ai beaucoup aimé. J'ai hésité à l'ajouter à ma liste des coups de coeur mais il s'en est fallu de peu, sans doute un peu trop de langueur ressentie avant le bouquet final. Cependant, Le monde entier est un très bon roman, délicatement écrit, qui aime ses personnages, une véritable bonne surprise de ce printemps. J'ai apprécié sa galerie de personnages, le fait que chacun sache avouer ses failles autour d'une bottes de haricots à équeuter, dans le silence d'une chambre d'hôpital, ou l'habitacle d'une voiture la nuit, que personne ne soit parfait dans cette histoire, mais un peu lâche, un peu fautif, un peu à côté. En fin d'ouvrage, le coeur est bouleversé, et l'esprit comprend qu'il faut sans cesse se méfier des apparences. Où avions nous donc la tête ? Un livre dont je conseille vivement la lecture, à tous les amoureux des taiseux, des âmes solitaires et des secondes chances.

Editions Le Rouergue - 17.80€ - Mars 2016

Un roman lu dans le cadre du challenge des premiers romans...

68premieresfois

Un roman plein de finesse et de tendresse pour Adèle - Lumineux pour Merlieux Lenchanteur - Un coup de coeur pour Enell Liraconteuse - Un régal pour Geneviève ! - Un livre bon qui fait du bien pour Christiane - Un très bon roman qui pourrait devenir le chouchou des 68 premières fois pour Nathalie !! [son billet ici]


12 juin 2016

Les Grandes jambes, Sophie Adriansen

lesgrandesjambes

"La courbe du pédiatre est formelle : une fille de douze ans mesure en moyenne 153 centimètres."

Marion a des difficultés pour s'habiller, elle est trop grande, et tous les pantalons qu'elle essaye sont toujours trop courts. Avec sa mère, elles écument régulièrement les boutiques en quête du pantalon miraculeux qui s'arrêterait juste au niveau des chaussures, cachant ses chaussettes. Un jour, Marion rencontre Jim, le pantalon idéal, doté d'un revers qu'elle peut défaire. Mais le répit est de courte durée, sa croissance ne semblant jamais vouloir cesser. Au collège, il est toujours dangereux de se faire remarquer et la grande taille de Marion est évidemment un problème, comme le fait de renverser son plateau à la cantine, incident dont elle rougit encore de honte. Comment, dans ces conditions, plaire à Grégory, le garçon dont elle est secrètement amoureuse ? Un voyage à Amsterdam est organisé pour la classe, afin de visiter notamment un musée dont les oeuvres ont été étudiées en cours d'Arts Plastiques. Marion rêve que Grégory fasse aussi parti du voyage, et c'est ce qui arrive... Il suffirait que Grégory aime le même tableau que Marion et qu'elle trouve également un jean à sa taille au pays des grandes personnes pour que la vie devienne un véritable enchantement.

Voici un petit roman jeunesse que j'ai dévoré et dont je fais un délicieux coup de coeur pour diverses raisons, principalement parce que je l'ai trouvé très intelligent, très bien écrit, juste, et que j'ai beaucoup pensé à ma grande fille en le lisant. En réalité, ma grande fille est elle toute minuscule, et dégoter des vêtements en taille XXS à 15 ans n'est pas non plus chose aisée, je connais très bien donc la déception du shopping. De plus, l'an dernier, en colonie, elle est allée visiter comme l'héroïne de ce roman la maison d'Anne Frank, les canaux d'Amsterdam et la ville. J'ai retrouvé dans les lignes de ce livre les émotions de ma fille, bien retranscrites. Et puis, comme Marion, ma fille est assez douée en Arts Plastiques, c'est une matière qu'elle souhaite prendre en option au Lycée l'an prochain. Vous ne serez donc pas étonnés que Les Grandes jambes se soit retrouvé dans ses mains.

lectrice                        Badge Lecteur professionnel

Editions Slalom - 10.90€ - 9 juin 2016 - Conseillé à partir de 10 ans

 Sophie écrit mais lit aussi, retrouvez là ici [clic]

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01 juin 2016

Branques, Alexandra Fritz

branques

 "Car la norme est obligatoire pour vivre en société"

Ce roman nous plonge dans l'univers particulier d'un service en hôpital psychiatrique, via les voix de Jeanne, Isis, Tête d'Ail et Frisco, des résidents... Jeanne tient un journal, elle est la voix principale de ce récit, elle essaye d'analyser ce qu'elle voit, de porter un regard objectif sur elle et sur les autres, de savoir pourquoi et comment tout cela est arrivé, sa présence dans ces lieux. Elle est prise au piège, chambre 203, jamais deux sans trois. Les autres tentent de gérer leurs émotions, le mieux qu'ils le peuvent, acceptent ou non les rencontres, les échanges. C'est ce qui est confortable soudain, plus de normalité, plus de conventions, plus de jugements... l'impolitesse est possible.

Branques est un premier roman assez étonnant qui se picore sans précipitation. D'ailleurs, j'ai mis du temps à le lire... Il recèle de très beaux moments d'écriture, de fabuleux moments que l'on aurait envie de noter et de garder pour soi pour plus tard. Le journal de Jeanne est un délice. En effet, se pose très vite la question avec elle de qui est fou ? Malgré cela, ce n'est pas un écrit très facile à appréhender. Il y a du flou dans Branques, du désordonné, qui peut aussi désarçonner. Nous passons d'un personnage à un autre, d'un instant émotionnel à un autre, sans trop comprendre, ou savoir, quel fil narratif suivre réellement. J'ai apprécié l'écriture mais je me suis un peu perdue dans ce petit livre écarlate. A demi conquise et persuadée, donc.

Editions Grasset - 17€ - Mars 2016

Lu dans le cadre du challenge Premiers romans... 

68premieresfois

 Un véritable plaidoyer à vivre follement pour Sabine enthousiaste - Une écriture et une construction littéraires intéressantes pour Cécile - "Parfois le lecteur se sent perdu, égaré dans la logorrhée d'un patient et au moment où il va lâcher prise, une phrase d'une beauté et d'une sensibilité à pleurer le rattrape par le colbac." pour Albertine - "Mais ces trois là, entraînant dans leurs déraison, sont follement lucides"... Anita - Une lecture peu commune et un bon premier roman pour Nathalie - "Choc frontal pour ce premier roman court, intense, serré, parfois trop..." pour Catherine - Nadine s'est ennuyée - Virginie n'a pas du tout accroché - Décousu mais très fort pour Joelle - Geneviève n'est pas prête d'oublier Branques - Un livre pas fait pour Anne ! 

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28 mai 2016

Albédo, Sébastien Fritsch

albedo

 Une fois n'est pas coutume, je vous parle de la sortie d'un livre avant sa sortie. Il faut dire que Sébastien Fritsch est devenu depuis notre rencontre à Bordeaux en 2008 (fichtre ça date !) un ami sur la blogosphère, un ami écrivain, qui a créé sa propre maison d'édition pour publier et distribuer ses livres... Je suis très admirative de sa démarche, de sa pugnacité et de son talent pour raconter des histoires. 

Dans Albédo, son nouvel opus qui sort le 11 juin, il excelle encore à distiller une ambiance tendue et pleine de suspens. Ici, il est question surtout d'amitié. Mock a disparu, après avoir laissé Nil tout seul à Ti-Gwern dans cette grande maison qui a abritée autrefois leur jeunesse, et des fêtes inoubliables. Lorsqu'ils étaient encore des jeunes gens insouciants, Nil était alors amoureux de Maud, la soeur de Mock. Mais la présence du groupe à Ti-Gwern était tout juste tolérée par le propriétaire des lieux, Richard, qui un matin les a tous chassés. Depuis, Nil a épousé Belem, a eu des enfants, a divorcé, et chacun a fait sa vie de son côté. Ils étaient venus tous les deux, Mock et lui, après des années sans se voir, épandre les cendres de Richard sur la plage. Nil rentre chez lui, désappointé et un peu agacé par le départ inexplicable de son ami pendant la nuit. Mais quand Maud vient chercher Nil pour retrouver son frère, inquiète d'une absence qui se prolonge étrangement, Nil laisse tout tomber pour rechercher Mock à ses côtés.

Albédo se révèle au fil des pages un véritable page turner, qui n'oublie pas de semer ici et là de belles plages de tendresse. Merci Sébastien !

Editions Fin mars début avril - 18€ - 11 juin 2016 (précommande possible)

Toutes les infos sur le blog de l'auteur ici [clic] Mes autres lectures de Sébastien Fritsch sur ce blog !

19 mai 2016

L'enjoliveur, Robert Goolrick

lenjoliveur

 "C'est alors que la voiture avait bougé."

L'enjoliveur est un tout petit livre, minuscule même, dirais-je... dont on n'a guère envie de dévoiler l'intrigue de peur de trop en dire. Personnellement, il m'a suffit de savoir que l'auteur en était Robert Goolrick, celui qui avait écrit La chute des princes, que j'avais beaucoup aimé lors de la rentrée littéraire 2014, pour avoir envie de l'ouvrir sitôt reçu. Robert Goolrick est également l'auteur de Arrive un vagabond, que je n'ai pas lu, mais qui est un roman connu pour avoir eu Le Grand Prix des lectrices de ELLE en 2013.

A l'intérieur, vous trouverez des enjoliveurs, des garçons (très jeunes) qui font des expériences dangereuses, une Buick 1943, une maison coupée en deux, une grand-mère qui fume, la présence de Tom Barrett et les deux yeux de Betty Boop. Et ah j'oubliais... de bien jolis dessins de Jean-François Martin.

L'enjoliveur est une grosse nouvelle dont on a fait un livre. Mon petit doigt m'a dit que Robert Goolrick l'aurait écrit spécialement pour ses lecteurs français. Même si j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette nouvelle, et que l'objet livre est très soigné, il ne m'aurait pas déplu de lire un roman plus long. Je lirai de nouveau l'auteur avec enthousiasme. En attendant, il me reste à découvrir son Arrive un vagabond.

Editions Anne Carrière - 12€ - 19 mai 2016

 

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18 mai 2016

Les Gens heureux n'ont pas d'histoire, Eloïse Lièvre

lesgensheureuxnontpasdhistoire

 "Rousse, cela voulait dire rebelle, singulière, irréductible, libre, sauvage. Antigone, rencontrée et incarnée un peu plus tard en classe de quatrième, l'était sans aucun doute. 
Même si la couleur de mes cheveux avait foncé, je l'étais, rousse, du moins à l'intérieur. Je n'ai jamais cessé de l'être."

J'ai su dès les premières pages de ce livre qu'il allait être un délicieux coup de coeur. En effet, il contient tout ce que j'aime, tout ce qui me fait vibrer en littérature, la recherche de soi, l'introspection et le regard acéré sur le monde qui nous entoure, la sensibilité. Eloïse Lièvre a choisi de nous raconter une histoire, la sienne, via quarante photographies, une pour chaque année qui passe, et quarante petits textes.  J'ai pensé au projet d'Isabelle Monnin dans Les gens dans l'enveloppe, et je n'ai pas été surprise de la retrouver en référence dans les remerciements en fin d'ouvrage. Comment vous dire...? Chaque phrase de ce livre a été un petit cadeau que j'ai reçu personnellement. De plus, la naissance d'Eloïse Lièvre est si proche de la mienne chronologiquement que nos histoires parfois se confondent, ou semblent se confondre, la mode vestimentaire, l'air du temps. Alors, j'ai eu le sentiment de suivre une histoire parallèle à la mienne, d'en comprendre le contexte. La sincérité qui se dégage de ce texte est si forte qu'elle emporte là où on ne pensait pas aller. J'ai été très touchée de suivre la vie d'Eloïse Lièvre, ses premières amitiés, ses premiers amours, mais aussi tout ce qui peut se cacher derrière ces poses, ces sourires de façade que l'on accorde parfois distraitement à l'objectif, la vie particulière, ordinaire - mais pas tant que cela - d'une enfant, qui devient une jeune fille, puis une femme. Cette jeune femme est éprise de littérature, elle laisse parfois sa plume s'envoler, divaguer, presque nous perdre, mais toujours la vie réelle revient, et la mythologie personnelle reprend pied dans le quotidien, tente d'y trouver sa place. Eloïse Lièvre est de celles qui cherchent un sens à leur vie, ce que je respecte profondément.
Les gens heureux n'ont pas d'histoire, certes, mais seulement quand il n'y a personne pour la raconter. Une lecture, bouleversante et intime, sincère, à ne pas laisser de côté.

Editions JC Lattès - 18€ - Avril 2016

Pour Sabine c'est "fort. Véritablement. Et sans éclat ni fadeur." et je partage son coup de coeur ! 

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