02 novembre 2016

Un foyer, Julie Lamiré

unfoyer

"Le Mali me manque. Aminata me manque. Baba me manque. Mais j'évite d'y penser. Au foyer, ils veulent toujours qu'on en parle, mais moi, ça me fait trop mal au coeur."

Sarah intègre un foyer pour garçons en tant qu'éducatrice. Pour elle, c'est un nouveau métier, et elle a tout à apprendre. Divorcée, mère d'une adolescente, elle éprouve immédiatement beaucoup d'empathie pour tous ces jeunes en situation fragile et ces sans-papiers dont elle apprend très vite les histoires, Rayan, Kevin, Ibrahima. Et puis, il y a les autres éducateurs, autant de personnages hétéroclites, tout d'abord une nuée de visages, d'où se détachent assez vite Fatoumata et Nordine, plus impliqués. Elle ne sait pas encore combien ces jeunes vont devenir aussi attachants pour elles, qu'imprévisibles, combien ce métier est prenant, et aussi combien sa vie va changer...

C'est une immersion totale que nous livre ici avec son récit Julie Lamiré. Et même si c'est Sarah que l'on suit de prime abord dans ses nouvelles fonctions, j'ai surtout été intéressée par le travail de fond que répercute le personnage de Fatoumata, plus impliquée, et plus en phase avec la réalité. Les lettres des jeunes, retranscrites de temps en temps au fil des pages, ancrent ce roman dans une vérité dure et disparate. Voici un roman que l'on a envie de faire lire, pour montrer, donner à comprendre les individualités. C'est un roman très actuel, qui s'inscrit malgré lui dans l'actualité. Il peut être mis dans les mains d'adolescents, ou de jeunes adultes. De plus, je dois vous dire, alors que je verse rarement des larmes en lisant, qu'en fin de lecture j'ai un peu pleuré. Beaucoup d'émotion donc dans ce récit, servie par un réalisme délicat.

Editions du 38 - 17 € - Mai 2016

A commander directement sur le site de la maison d'édition [clic ici] - Du 1er novembre au 5 décembre, Un foyer de Julie Lamiré est en promotion en numérique ! 2,49 euros seulement, sur votre plate-forme préférée.

Le billet de Stephie sur ce livre dont elle est l'éditrice

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20 octobre 2016

Les mains lâchées, Anaïs Llobet ~ Rentrée littéraire 2016

lesmainslachees

 "A la rédaction, on m'a félicitée. D'avoir su être à Tacloban avant Yolanda, d'avoir su flairer le typhon qui se préparait."

Madel est présente lorsque la vague énorme, le typhon meurtrier, prénommé Yolanda, ravage cette côte des Philippines où elle se trouve en compagnie de Jan, l'homme qu'elle aime. Après la violence des flots et l'intensité du chaos, elle se rend compte que Jan a disparu, et elle réalise qu'elle a lâché la main de l'enfant qu'on lui avait confié. Autour d'elle, que des morts. Madel cherche à rejoindre les secours, et de fil en aiguille se laisse reprendre par sa fonction de journaliste, devient l'envoyée spéciale sur place, celle qui doit montrer. Toute la difficulté est de recueillir avec respect la parole des survivants, pour que cela serve, soit réellement utile, et de ne pas sombrer... 

Anaïs LLobet, journaliste à l'AFP Moscou, était correspondante pour plusieurs médias aux Philippines lorsque le typhon Haiyan a ravagé le pays. Les Mains lâchées est son premier roman. Et la force de ce roman tient essentiellement justement dans ce réalisme, à la fois cru et tendre, hors du temps, ces quelques semaines qui ont suivi l'évènement et qui laissent les habitants sidérés et anéantis. Elle n'est pas facile à raconter pourtant cette population tétanisée qui compte ses morts. Anaïs Llobet y parvient avec une grande délicatesse. Elle sait aussi nous présenter des personnages attachants, humains, héroïques ou simplement vivants. Elle donne tour à tour la parole aux anonymes croisés et à Madel, figure iréelle, une étrangère dans ce pays. Un roman édifiant et éprouvant, qui pointe du doigt la réalité du réchauffement climatique.

Editions Plon - 16€ - 18 août 2016

Un des choix de Leiloona pour la sélection de Price Minister 

  68premieresfois

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27 septembre 2016

Petit pays, Gael Faye ~ Rentrée littéraire 2016

petitpays

"J'avais beau espérer, le réel s'obstinait à entraver mes rêves."

Nous sommes au Burundi, au début des années 90, Gaby vit avec sa petite soeur Ana, et ses parents, dans un quartier préservé réservé aux expatriés. Le père de Gaby est français, sa mère est rwandaise. Les journées passent doucement, tout est paisible et doux. Gaby passe son temps libre avec une bande de copains, tous habitants de la même impasse. Mais peu à peu, le quotidien change. Les parents de Gaby se séparent, la famille rwandaise de sa mère commence à craindre pour sa vie, et le vent de démocratie qui a engendré les dernières élections au Burundi s'avère être un feu de paille.

Gaël Faye explore dans ce premier roman un monde disparu, fait de moments simples, avant que l'Histoire ramène chacun à son identité ethnique, détruise et sépare. La violence (et quelle violence !) s'insinue dans un univers d'enfant espiègle et innocent, et c'est cette intrusion qui serre le coeur du lecteur, alternativement balancé entre le sourire et les larmes. Mais la tragédie est là, et elle ne laisse pas le choix. Il faudra bien protéger sa vie, fuir en France, se rendre compte que le passé ne reviendra plus. J'ai beaucoup aimé le ton léger de ce livre, qui n'empêche jamais de comprendre ce qui se passe en arrière plan via les conversations des adultes, et la multitude de personnages qui l'habite. Je décerne une mention spéciale à la bibliothèque de Madame Economopoulos et aux instants de tendresse disséminés ici et là... Une lecture de rentrée indubitablement marquante.

Éditions Grasset - 18€ - 24 août 2016

Ce roman a reçu le Prix Fnac 2016 - Lu dans le cadre du challenge Premiers romans... et du challenge 1% rentrée littéraire...

68premieresfois            

 

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03 septembre 2016

L'indolente, Françoise Cloarec ~ Rentrée littéraire 2016

lindolente

 "Les autres, ce n'est pas important, ce qui compte, c'est son corps, c'est son mari, ses chiens."

En 1893, Pierre et Marie se rencontrent. Coup de foudre. Marie est fleuriste. Pierre est peintre. Fasciné par le corps de la jeune femme, il ne cessera alors plus de la peindre, dans toutes les activités quotidiennes, à table, au jardin, dans son bain, souvent nue. Le corps de Marie explose sur les toiles, de lumière et de couleurs. Mais Marie se fait appeler depuis leur rencontre Marthe, elle cache à son compagnon son passé, sa famille, tout ce qui n'est pas eux. Peu importe, Pierre ne cherche pas à percer les secrets de son épouse, ils sont un couple non conformiste, parfois peu sociables, instables et préoccupés surtout par la santé fragile de Marthe. Ils se marieront tardivement. L'indolente conte l'histoire de cet amour, étalé sur les peintures de Pierre Bonnard pour la postérité...

J'ai voulu lire ce livre encore marquée par mon souvenir de cette merveilleuses lecture que fut Séraphine. Mais je dois dire, que malgré tout son intérêt, et tout ce que j'ai appris avec joie sur Pierre Bonnard, je n'ai pas trouvé dans ce roman/essai la poésie que j'espérais y trouver. Françoise Cloarec utilise avec excès un procédé de tension narrative qui m'a beaucoup dérangée, fait de répétitions, voulant nous guider vers l'évènement marquant pour elle, ce procès qui a divisé les héritiers du couple, et ses conclusions qui ont révolutionné le monde de l'art. Et puis, il y a ce mystère Marthe/Marie Bonnard, sporadiquement révélé... Pour autant, et malgré mes bémols, j'ai aimé la sensualité qui se dégage des tableaux de Pierre Bonnard dans ce texte, regarder ce couple vivre de manière si avant-gardiste et libérée, et en apprendre énormément sur le contexte artistique de l'époque. Une lecture en demi teinte donc, mais pour autant prégnante.

Editions Stock - 20€ - 31 août 2016

bonnard

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24 août 2016

Police, Hugo Boris ~ Rentrée littéraire 2016

police

 "La voiture avance comme un cauchemar dans le silence retombé, à peine froissé par le battement du clignotant."

Virginie et son équipe ont ordre de reconduire à la frontière un migrant, afin qu'il retourne dans son pays d'origine, le Tadjikstan. Ils prennent donc la direction de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle tous les quatre, elle, le migrant, et Erik et Aristide, ses collègues. L'interpellation a eu lieu un peu plus tôt dans l'après-midi, à la suite d'un incendie dans un centre de rétention. Ce n'est pas la procédure habituelle, ils sont des flics en tenue peu habitués à ce genre de mission. Le trajet en voiture réveille tout d'abord les doutes de Virginie qui compulse sans autorisation le dossier du Tadjik. Elle se rend compte très vite qu'il risquera sa vie dès son arrivée chez lui. Elle est déjà elle-même chamboulée par l'acte qu'elle va accomplir demain, avorter de l'enfant qu'elle attend depuis peu de sa relation adultère avec Aristide. Mais comment renverser le cours de la journée ? Permettre la fuite ? Convaincre ses collègues masculins ? Prendre le risque d'enfreindre les ordres ? Un contre la montre tendu et bouleversant se met alors en place.

Quelle excellente surprise que de tomber sur une telle écriture inventive et un petit livre qui suscite des émotions de toutes sortes ! Police tient à la fois du roman policier et du roman intimiste, il est très très bien fait, et il m'a personnellement bouleversée. Il faut dire qu'Hugo Boris n'en est pas à son premier opus, il a déjà remporté quelques prix ou a été dans leurs sélections finales pour ses précédents romans. Pour moi, c'est une très belle découverte. Je vous engage à lire ce titre qui ouvre quelques portes, et surtout celles de l'empathie, et qui vous surprendra. Je l'ai aimé dès ses premières lignes, et du début à la fin. Un coup de coeur inattendu de cette rentrée !

Editions Grasset - 17.50€ - 24 août 2016

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22 août 2016

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, Thierry Beinstingel ~ Rentrée littéraire 2016

vieprolongeedarthurrimbaud "L'orgueil que Nicolas éprouve est tonique, intact. Pour la première fois depuis longtemps, il est en accord avec Arthur."

Et si, en Novembre 1891, ce n'était pas la dépouille d'Arthur Rimbaud que sa soeur Isabelle avait ramenée à Charleville, mais celle d'un inconnu, un voisin de chambre de cet hôpital de Marseille où son frère est hospitalisé ? Et si il y avait eu confusion ? Si Arthur Rimbaud avait finalement survécu, amputé d'une jambe, malgré la douleur, le cancer, les délires, l'agonie ? C'est le parti pris de Thierry Beinstingel dans ce livre, prolonger la vie d'Arthur Rimbaud au-delà de cette mort prématurée à l'âge de 37 ans. Il imagine alors un homme, plus proche de celui qui a vécu en Afrique, que de celui qui fuguait loin de sa mère et a un temps eu une aventure tumultueuse avec Paul Verlaine. Thierry Beinstingel imagine un Arthur Rimbaud, rebaptisé Nicolas, avide d'oublier son passé de poète, d'entreprendre, de fonder une famille, témoin muet et parfois agacé des efforts du monde littéraire, de sa soeur, de porter ses écrits de jeunesse et son oeuvre à la postérité.

Je suis partagée sur cette lecture de rentrée dont j'attendais beaucoup. J'avais été très enthousiasmée par ma lecture de Retour aux mots sauvages et de Ils désertent, par l'inventivité et la force d'écriture de Thierry Beinstingel. L'écriture est dans ce roman-ci bien différente, elle n'est pas là pour se distinguer, pour cela il y a la poésie de Rimbaud, mais pour servir le récit. Petite déception donc. J'ai pour autant accepté assez facilement le subterfuge de l'auteur, ce faux avenir d'un jeune Rimbaud survivant, qui semble vrai, et en ai profité pour apprendre beaucoup sur ce poète que je connaissais finalement assez peu. En cela, ce livre est intéressant. Le personnage d'Isabelle, la seule à connaître le secret de la résurrection de son frère, est touchant, ainsi que les membres de cette nouvelle famille que le poète se crée, loin du tumulte de Paris, et du monde des lettres, insensible au culte qu'on commence à lui vouer. On voyage dans ce livre dans un début de XXème siècle foisonnant, changeant, qui voit se monter la Tour Eiffel, et débarquer la première guerre mondiale. Thierry Beinstingel mélange réalité et fiction avec brio, se joue de son lecteur, qui est tenté constamment de vérifier ses dires... mais c'est une lecture qui reste malgré tout pour moi teintée de déception. 

Editions Fayard - 20.90€ - 17 août 2016

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17 août 2016

New York esquisses nocturnes, Molly Prentiss ~ Rentrée littéraire 2016

esquisses nocturnes

"Un jour, ces toiles deviendraient quelque chose. De ça, ils étaient certains."

Trois personnages très différents, et pourtant liés par leur goût pour l'art, arpentent le New York des années 80. Raul Engales, jeune peintre venu d'Argentine, qui vit dans un squat et tente de mener la vie d'artiste dont il rêvait enfant (Sa soeur, Franca, restée en Argentine, hante parfois ses pensées). James Bennet, critique et collectionneur d'art, atteint d'une forme étrange de synesthénie qui lui permet d'écrire des papiers rocambolesques et précis dont le New York Times raffole (Sa femme, Marge, enceinte de quelques semaines, est le pivot du couple, celle qui paye les factures quand son mari investit tout dans des tableaux). Et puis il y a Lucy, une jeune fille enthousiaste et rêveuse, fraichement débarquée de sa campagne, qui croit en tous les signes que le destin lui envoie, et est persuadée qu'elle doit vivre avec des artistes. Elle tombe amoureuse de Raul, à ses risques et périls... 

Ce premier roman de Molly Prentiss est à l'image de sa couverture, coloré et plein de vitalité. La peinture est le véritable personnage principal de ce récit que j'ai apprécié pour son écriture assez originale et sa trame narrative qui m'a tour à tour enchantée et surprise. J'ai aimé plonger ainsi dans un New York que je ne connaissais pas vraiment, celui des débuts de Jean-Michel Basquiat, que l'on croise d'ailleurs dans ce livre. D'un côté, on assiste à la vie des squats, à l'effervescence d'une création en marge. D'un autre côté, navigue autour de ces artistes en devenir tout un monde de galéristes, de collectionneurs, d'investisseurs et de critiques, tout un monde d'argent. La qualité d'un artiste se révéle alors lors d'enchères organisées chez Sotheby's. Mais le lecteur est très vite embarqué ailleurs, dans la vie intime de chacun, souffrant avec chaque protagoniste de ses défaites, espérant avec lui que tout s'arrange, que les cartes au final ne se soient pas trompées, et que l'affection reste. Un roman éblouissant, et un Coup de coeur hautement intéressant de cette rentrée !

Editions Calman Levy - 21.50€ - 17 août 2016

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24 mai 2016

Bellevue, Claire Berest

bellevue

"C'est donc cela, la trentaine. Une fêlure sans éclair, un empoisonnement discret, un meurtre sans préméditation."

C'est le jour de son anniversaire, Alma a trente ans, et elle a rendez-vous avec un auteur à succès au café de Flore. Elle ne sait pas vraiment pourquoi tout est trouble comme cela en elle aujourd'hui, elle a fait il y a quelques jours une crise de panique à la maison et ce matin cela l'a contrariée que Paul ne descence pas la poubelle, encore une fois. Avant de sortir, elle détruit précautionneusement l'ordinateur de l'homme avec lequel elle partage sa vie, qui lui semble tout à coup un parfait inconnu, puis se rend à son rendez-vous. Sensualité, sexualité, alcool, auto-mutilation, Alma rentre dans un tunnel dont elle se réveillera quarante huit heures plus tard dans une chambre du service psychiatrique de Bellevue. 

D'emblée, je dois dire que j'aime beaucoup l'écriture de Claire Berest, je ne l'avais encore jamais lue. J'avais été très séduite par sa prestation d'une grande intelligence lors d'une émission de La Grande Librairie il y a peu de temps, ce qui m'avait donné envie de découvrir son livre sans tarder. Pour autant, et même si je reconnais à ce récit, plein de sidération et de folie, halluciné, de grandes qualités, j'ai été un peu déçue... Je crois que je n'ai pas cru à la sincérité du personnage, à son mal être de trentenaire, et puis le parisianisme, la chambre au Lutétia, le café de Flore, la crudité de certaines scènes, m'ont tenue éloignée plus qu'autre chose de la poésie du texte. J'espère cependant lire Claire Berest de nouveau bientôt parce que malgré tout j'ai tourné les pages de ce livre avec une avidité mêlée de malaise qui m'indique assez que seul le thème de ce roman m'a réellement déplu.

Editions Stock - 17.50€ - Janvier 2016

Badge Lecteur professionnel "Bizarre, dérangeant, cruel, addictif" pour Une comète !

30 avril 2016

Les Vrais durs, TC Boyle

lesvraisdurs

"Il était donc chez elle, sans se rappeler comment il y était arrivé, la succession d'évènements, la voiture qu'on gare, les portières qu'on ouvre et qu'on referme, les bottes remisées sur la véranda, la clé dans la serrure : tout oublié."

Sten et Carolee sont en croisière. Lors d'une excursion sur la terre ferme, leur groupe est pris à parti par des truands qui cherchent à voler leurs bijoux et leurs papiers. Sten, ancien Marine, sauve la situation en attrapant un des protagonistes du gang fermement et l'étrangle malgré lui. Après quelques heures désagréables, il est finalement considéré comme un héros et rentre en Californie poursuivre sa retraite paisible et aisée. Seulement, il y a Adam, le fils de Sten, embarqué un beau jour par Sara dans sa voiture, un peu désaxé, souffrant d'une psychose paranoïaque et Sara elle même, adepte du libre arbitre, et contre ce gouvernement avec lequel elle n'a, selon elle, pas passé de contrat. Cette rencontre est le début d'un drôle de voyage à bord d'une folie qui ne laissera personne tranquille...

Je suis très partagée sur ma lecture de ce roman assez particulier. Il est en effet assez rare que je sois à ce point moralement dérangée par des personnages. Mais il faut reconnaître à TC Boyle ce talent là, de rendre le désagréable et le dérangeant hautement captivants. J'ai donc été tenue par l'intrigue, attachée malgré moi à Sara, voulant savoir à quel point tout pouvait basculer, ou rester sur le fil, les individus s'empêtrer eux-mêmes dans des impasses et la violence. Le regard de l'auteur sur ses contemporains, sur la nature (très présente), sur des notions comme le bien et le mal, sont très cyniques et justes. On ressort de ce livre assez bouleversée et déstabilisée. Je ne suis pas certaine d'avoir cependant su voir au-delà de la réalité crue pour apprécier cette lecture à sa juste valeur, le sentiment désagréable restant gravé en moi pour ce roman-là qui est pour autant, et sans conteste, véritablement brillant.

Editions Grasset - 22€ - Mars 2016

Badge Lecteur professionnelClara : "C’est incisif, percutant, creusé et ça secoue !" Un humour décapant pour Anne !

 

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15 avril 2016

Moi et François Mitterrand, Hervé Le Tellier

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 "Ne doutez pas, cher Monsieur, que vos remarques recevront toute l'attention qu'elles méritent et qu'elles seront prises en considération par nos services dans les délais les plus brefs."

Le 10 septembre 1983, le narrateur de cette histoire (Hervé Le Tellier lui-même... d'après l'auteur), envoie une carte postale d'Arcachon à François Mitterrand le félicitant pour son élection, mais lui indiquant également qu'il passe d'agréables vacances, et que justement hier il a parlé de lui à table tout en dégustant des huîtres, excellentes d'ailleurs, bien qu'un peu laiteuses. Quelques mois plus tard, une réponse lui parvient, signée officiellement du Président de la République, lui précisant avoir bien reçu son courrier, et lui assurant qu'il sera examiné avec attention. Hervé Le Tellier s'empresse d'écrire de nouveau au Président, afin de lui souhaiter de joyeuses fêtes de fin d'année, missive qui recevra quelques mois plus tard une réponse du Président. Hervé Le Tellier est alors encouragé à continuer une correspondance qui se poursuivra, même après le décès de François Mitterrand, et avec ses successeurs.

Mouarf. Je ne veux rien vous dévoiler de plus de l'intrigue de cette histoire qui se déguste au fur et à mesure et avec délectation. Ici se joue un humour qui se base essentiellement sur le principe de répétition. Sincèrement, j'ai lu ce court livre assez hilare. Je ne m'attendais pas à trouver ce que j'y ai trouvé, j'ignorais tout de son contenu. Je savais seulement, sachant que l'auteur était membre de l'Oulipo, qu'il y aurait sans doute du jeu, et il y en a. Mais il y a aussi sous tout cela, sous cette correspondance qui ne s'arrête pas après la mort du premier président, sous le décalage évident que vous découvrirez à la lecture, une critique sous jacente des institutions... et un petit quelque chose, de glaçant et d'implacable, qui fait aussi un peu froid dans le dos. Une lecture assez jouissive.

Editions JC Lattès - 10€ - Mars 2016

Badge Lecteur professionnel Lu également de l'auteur Assez parlé d'amour [clic] 

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