28 février 2016

Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine De Vigan

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 "Incapable de m'affranchir tout à fait du réel, je produis une fiction involontaire, je cherche l'angle qui me permettra de m'approcher encore, plus près, toujours plus près, je cherche un espace qui ne serait ni la vérité ni la fable, mais les deux à la fois.
Je perçois chaque jour qui passe combien il m'est difficile d'écrire ma mère, de la cerner par les mots, combien sa voix me manque."

Delphine De Vigan tente de retrouver sa mère, via des entretiens qu'elle provoque avec les soeurs et connaissances de Lucile, via les documents qu'elle récolte, via le récit qu'elle entreprend dans son livre. Sa mère était une jolie petite fille, dont l'image a été utilisée autrefois pour des photos publicitaires, un des membres d'une fratrie nombreuse, bruyante et joyeuse. Et puis, les drames se sont enchaînés dans la famille Poirier, avec la mort des frères, ne réduisant pas l'effervescence et le tapage, mais posant sur le tout, sur tous, une couche de tristesse indélébile.

Comment expliquer la vague de suicides dans cette famille ? Comment expliquer la perte de repères, la chute, la maladie mentale que l'on soigne à coups de médicaments ? Comment faire le portrait le plus juste d'une femme fragile qui fut sa mère ? Delphine De Vigan réussit brillamment à explorer la vie de Lucile tout en parlant de ses doutes, de ce que cette écriture remue en elle et dans sa famille. J'ai été bouleversée par ce récit. Je ne m'y attendais pas. Et j'ai aimé également voir le livre en train de s'écrire, les hésitations, les ajouts et les renoncements de l'écrivain, les choix littéraires qui lui permettront de rester fidèle à son projet. Beaucoup de thèmes sont abordés dans ce livre foisonnant et fort qui brosse également quelques époques, différentes par leurs moeurs et leurs exigences. Rien ne s'oppose à la nuit croit avec puissance au pouvoir de la résilience, mais il est avant tout un hommage vibrant, et une très belle déclaration d'amour, sincère, prudente et bienveillante. Un coup de coeur évident et extrêment émouvant.

Lu sur ma liseuse mais disponible en format poche aux Editions du Livre de Poche - 7.60€ - janvier 2013

Prix Renaudot des lycéens 2011 - Prix roman France Télévisions 2011 - Grand prix des lectrices de Elle 2012

Lu également Les Heures souterraines

Ce livre a été très présent sur la blogosphère mais c'est Saxaoul qui a été la dernière tentatrice en relisant ce titre en version audio. [clic ici]


27 janvier 2016

Eileen, Ottessa Moshfegh

eileen "Ça aurait pu être bien pire, évidemment."

Alors qu'elle est à présent une vieille femme et que son environnement est bien différent de celui qu'elle côtoyait jeune fille, Eileen se remémore les circonstances qui ont précédé son départ de X-ville et changé sa vie...
Agée à cette époque de 24 ans, elle passe habituellement ses soirées avec son père alcoolique, ancien flic, et travaille le jour en tant qu'agent d'accueil dans une prison pour adolescents. Un quotidien glauque, un travail qu'elle effectue un masque de mort plaqué sur son visage, un corps qu'elle rejette et qu'elle couvre des vêtements de sa mère morte. Tout concourre à ce qu'Eileen déteste son existence, soumise et sans issue, et rêve en secret du grand départ. L'arrivée de Rebecca au sein du personnel de la prison, Rebecca si belle et si troublante, à la fois proche et distante, va bouleverser la jeune femme avide d'affection. Mais la nouvelle venue se révèle dangereuse, manipulatrice, et va entraîner Eileen dans une bien étrange fascination pour un des détenus, Lee, accusé d'avoir égorgé son père.

Ce titre est un premier roman, et je l'ai choisi béatement pour sa couverture (que j'aime bien) et son résumé, avec l'intention de faire la connaissance d'une jeune fille mal dans sa peau. Je ne m'attendais cependant pas à une telle atmosphère, si désenchantée et sale. Il est difficile, en effet, d'avoir de l'empathie pour Eileen et son comportement bizarre, quoique compréhensible. Pour autant, j'ai aimé lire ce livre, sa voix littéraire, rencontrer ces personnages désagréables, qui passent beaucoup de temps à boire, à vomir et à manger des cacahuètes ou des sucreries immondes. Il n'y en a aucun pour rattraper l'autre, et inutile de chercher non plus en eux un quelconque espoir, et c'est assez rassurant, à défaut d'être apaisant. C'est un genre de littérature que je comprends, le désenchantement. La fin s'avère cependant un grand n'importe quoi grotesque, qui a le mérite de donner à ce roman sa véritable nature, celle d'un thriller qui cache bien son jeu. Il aurait été sans doute judicieux, justement, d'orienter le lecteur vers ce genre dès le départ, afin qu'il ne parte pas sur une fausse idée de roman réaliste, alors que nous sommes ici plus proches du Carrie de Stephen King... sans les effets spéciaux, et le seau de sang. Eileen est pour autant moderne, dans l'air du temps... dans la mouvance de séries telles que True Detective, qui montrent une Amérique profonde, perdue, en marge, brisée, à la déchéance toute tracée, et dont les individus ne peuvent s'extraire qu'au prix d'une grande volonté, ou d'une certaine inconscience.

Editions Fayard - 20€ - Janvier 2016 - Merci à NetGalley !

Lu également par Kathel qui émet des bémols similaires et a ressenti un sentiment de gêne façe à cette atmosphère fangeuse [clic] 

 

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15 novembre 2015

Etta et Otto (et Russell et James), Emma Hooper

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"Tu attends et tu travailles, se murmura-t-elle. Tu attends et tu travailles. Son ventre tout retourné, suturé, frappé."

Etta est partie, simplement à pieds, pour effectuer si elle le peut plus de 3000 kilomètres à travers le Canada. Elle a 83 ans. Elle a pris quelques affaires, traversé les champs devant chez elle, puis a continué sa route, rien ne peut l'arrêter. Etta a laissé quelques instructions à Otto pour qu'il ne soit pas perdu, des recettes, quelques modes d'emploi, et surtout l'assurance qu'il ne doit pas s'inquiéter. Cette étrange voyageuse attire sur son passage la curiosité. Un reportage la met en lumière, on parle d'elle dans les journaux, tandis qu'Etta perd peu à peu la notion du réel, entre de plein pied dans un monde nébuleux, imaginaire, discute avec James, file vers la mer. Otto est à la maison, s'occupe comme il le peut, lui écrit des lettres, se souvient de leur jeunesse, quand Etta était son institutrice, et ne tente rien pour dissuader Russell, son meilleur ami, de se lancer à la poursuite de sa femme...

Voici un roman d'une grande douceur, mais également d'une grande beauté, dont j'ai pourtant eu du mal à suivre l'intrigue dans les premières pages. Alors qu'il fallait seulement s'accrocher aux personnages, comprendre ce qui nous ramenait sans cesse au passé, et se laisser porter par les pas d'Etta... Quelle femme ! Il y a beaucoup d'attente dans ce livre, de contemplation, d'amour, de partage et de bienveillance. C'est un récit avec lequel il est tendre de voyager, qui n'exclut pas l'onirisme et laisse la part belle à la créativité. Ce qu'Otto fait pour s'occuper l'esprit pendant l'absence de sa femme est assez prodigieux. Un titre lumineux, apaisant, qui personnellement m'a fait beaucoup de bien.

Editions Les Escales - 21.90€ - 22 octobre 2015 - Merci NetGalley !

Cryssilda recommande chaleureusement - Un roman magnifique, d'une douloureuse douceur pour Cuné - Un roman plein de douceur sur l'amour qui défie le temps pour Marie-Claude !

26 décembre 2014

Pietra Viva, Léonor De Récondo

pietra viva

 "Comment peuvent cohabiter en moi les certitudes d'être à la fois génial et misérable ?"

Nous sommes en 1505, à Rome, Michelangelo vient d'être chargé d'une commande par le pape Jules II quand il apprend par hasard la mort d'Andrea, un moine qui fascinait le maître par sa beauté parfaite, juvénile et lumineuse. Il part alors à Carrare pour choisir avec les carriers le marbre qui lui sera nécessaire pour sa prochaine oeuvre, et emmène avec lui la bible que lui a confié Andrea. Beaucoup de questions restent en suspend quant aux raisons de son décès. Michelangelo est préoccupé et peu affable avec les habitants du village dans lequel il débarque. Seuls ses hôtes semblent trouver grâce à ses yeux. Mais peu à peu, la douceur qui l'environne, la compétence et le courage des carriers, la folie intrigante de Cavallino amoureux de sa belle jument blanche, l'affection naïve et troublante de Michele, un petit garçon qui vient de perdre sa mère, vont lui ouvrir les portes depuis longtemps fermées de l'émotion...

Il est étonnant, et dépaysant, en ouvrant ce roman, d'être immédiatement plongé dans une autre époque. Et j'ai apprécié ce voyage vers un autre monde auquel je ne connaissais presque rien. Bien entendu, j'ai déjà vu des représentations de la Pieta de Michel-Ange et me suis à plusieurs reprises émerveillée du travail prodigieux du sculpteur. Ici, nous rentrons dans son esprit, ses motivations, et regardons la pierre avec ses yeux... Quel don sublime de faire sortir des corps si vivants de blocs de marbre !! Mais Pietra Viva est également un récit très poétique qui nous raconte l'éveil d'un homme à l'expression de ses sentiments et de son affection. Le sculpteur ne cesse d'ailleurs d'être tiraillé entre l'exigence froide et presque clinique de son métier, qui ne permet aucune erreur, et l'imprévu de ce qu'il ressent de plus en plus, le prend parfois à la gorge au détour d'une sensation ou d'une remarque. Un très beau moment de lecture.

Editions Sabine Wespieser - 20€ - Août 2013

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D'autres lectures... Une oeuvre d'art pour Lucie - Le blog du petit carré jaune a été subjugué - Enorme coup de coeur pour Anne de Des mots et des notes - Une pépite pour hélène - Sous les galets a été tenue un peu à distance par la minéralité du livre - Une parenthèse sensible et magique pour Kathel - Disponible en version poche chez Points [clic ici] à partir du 15 janvier !!

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08 septembre 2014

L'Anthogrammate, Nicole Giroud

Couv_Antho_Blog

"Jamais je n'ai été aussi vivante que maintenant."

Marguerite vient de prendre sa retraite. Pendant quarante ans, elle a été cette institutrice, qualifiée de sévère,  dans cette petite école de banlieue, qui en a vu passer des destins gâchés et de rares réussites. Dans sa classe, la rigueur était de mise, le français impeccable, et les histoires du samedi matin la seule plage de liberté. Pour son départ, ses collègues ont mis le paquet, anciens élèves invités, fête grandiose, discours larmoyants, lâcher de ballons et gros cadeau cher et encombrant. Pourtant, Marguerite reste cynique et réservée, angoissée aussi par cette nouvelle vie qui l'attend, faite immanquablement d'une solitude sans fin. Marguerite n'a pas d'amis, et encore moins de famille à contacter. Un accident cardiaque l'emmène soudain à l'hôpital. Dans sa chambre, une vieille femme, qui reçoit beaucoup de visites, l'invite à se confier. Ce sera pour Marguerite les premiers pas vers une vie transformée, peu en importe les moyens, - même si elle doit pour cela faire du stop au bord de la route - loin des souvenirs d'une mère belle, rebelle et cruelle, et forte de sa connaissance du langage des fleurs.

Nicole Giroud a su trouver les mots pour éveiller mon intérêt pour son livre au cours de l'été. Un petit clic sur son blog (http://n.giroud.free.fr) vous laissera aisément supposer que son sourire a fait le reste. Allez, j'allais essayer ce roman au titre limite imprononçable, c'était acté, dès que mes lectures de rentrée seraient bien avancées. Il faut tout d'abord que vous sachiez qu'être anthogrammate signifie connaître et surtout comprendre le langage des fleurs, tous les codes subtils et compliqués de la carte du tendre et de l'amour courtois. Ensuite, il faut que vous sachiez que Nicole Giroud sait raconter des histoires, autant que son personnage, et que celle-ci n'est pas banale, parfois incongrue, et surtout infiniment tendre. J'ai aimé cotoyer Marguerite, la suivre avec son gros sac à la recherche d'inconnus avec lesquels discuter et s'offrir quelques moments d'humanité. J'ai aimé la place que les fleurs prennent dans ce roman et en apprendre beaucoup sur le sujet. Un bien agréable moment de lecture et une aventure à réellement tenter.

Vous pouvez vous procurer ce titre en cliquant [ici] - 16.49€ en broché et 4.99€ en version Kindle

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07 septembre 2014

La Langue des oiseaux, Claude Hunzinger - Rentrée littéraire 2014

LALANGUEDESOISEAUX

 "J'ai imprimé l'annonce tant elle semblait s'adresser à moi. Chaque samedi soir, il m'en arrivait une nouvelle. Cela en faisait déjà trois. Je me souviens de ma stupeur : il y avait quelqu'un, au loin, dans le Grand Vrac du consumérisme. Vivant."

Lorsque notre narratrice entre en contact avec Kat-Epadô sur internet, via son compte e-bay, elle est seule depuis quelques temps, dans une baraque isolée, au milieu d'une forêt. Elle a quitté Thomas, la ville, pris ses distances avec la sortie de son premier livre, et emporté avec elle des traductions à faire. Bien décidée par ailleurs à étudier la langue des oiseaux, elle s'est donnée une année pour vivre loin de tout. Elle ne s'attendait pas en cherchant un blouson d'occasion sur son écran, à tomber sur cette japonaise, maladroite et fascinante, dont les commentaires poétiques captivent la romancière. Un échange de mails s'installe, un danger semble rôder... Quand la réalité va-t-elle rejoindre le fragile refuge de ZsaZsa ?

J'ai commencé ce titre très enthousiaste, séduite par l'écriture de Claude Hunzinger, l'ambiance de retraite du personnage, et envoutée par un roman qui semblait avoir été écrit sous l'influence de la poésie d'Emily Dickinson. Le personnage de ZsaZsa est attachant, et on s'imagine très bien faire le même choix qu'elle, se retrancher quelques temps au calme, loin de tout, pour réfléchir et décider de son avenir. Cependant, très vite, la relation que la narratrice entretient avec sa jeune correspondante semble étrange, incompréhensible, moins captivante que dans les premières pages, et mon intérêt s'est distillé. Je suis cependant heureuse d'avoir rencontré par le biais de ce livre une auteure que je n'avais pas encore lue, car j'ai trouvé à ce roman malgré mes bémols un charme certain.

Editions Grasset - 18€ - 27 août 2014

challengerl2014

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire de Hérisson... qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire [clic ici pour plus de détails] - n° 5/6

La lecture d'Aifelle [clic]

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03 septembre 2014

Un jeune homme prometteur, Gautier Battistella - Rentrée littéraire 2014

unjeunehommeprometteur"Elle m'a expliqué que pour faire naître un livre, on n'avait pas besoin d'être deux, que ce n'était pas comme dans la vie, où il faut que l'homme marie la femme pour avoir des gosses."

Notre narrateur a débarqué un beau jour chez Mémé dans son petit village des Pyrénées, orphelin adopté, avec son frère Jeff, par cette vieille femme au regard tendre et apaisant. La vie est tranquille, seulement troublée par la chasse aux limaces. Bien sûr, les deux garçons sont tentés par les bêtises et c'est le petit dernier, le plus sage, le plus prometteur, qui est sommé de se repentir pour la fratrie. Il est confié à la voisine, celle que les enfants prennent pour une sorcière, et qui lui apprend le goût de la lecture et de l'écriture. Plus tard, le jeune garçon tombera amoureux de Marie, la fille du docteur, mais la déception réveillera en lui la jalousie, la colère et le besoin de s'emparer de Paris. Conscient des démons qui l'habitent, loin de tous, le jeune homme trouvera-t-il dans la capitale l'apaisement, une notoriété littéraire souhaitée, ou une plus grande rage ?

Ouah. Ce roman est étonnant. Et autant vous le dire d'emblée, je l'ai adoré. Il n'a rien de paisible ou de champêtre, comme pourrait le suggérer mon résumé. Attention ! Il est bien plus que cela, dérangeant, cruel,  faussement simple, et pour moi d'une grande habileté littéraire. J'en ai aimé les fulgurances de phrases, aiguisées comme des couperets. J'ai aimé que l'auteur sache piocher dans la modernité juste ce qu'il faut de références, notamment dans le milieu littéraire parisien, sans perdre le fil de son récit. J'ai aimé être désorientée, rencontrer des personnages troublants, que la narration prenne parfois le temps de faire des pauses, pour nous plaquer quelques pages plus loin violemment contre le mur. Il y a beaucoup d'audace et de force dans ce roman, et une grande maîtrise sous des apparences modestes. On sent que l'auteur s'amuse avec son lecteur. Même si j'ai deviné assez vite quelques ressorts, j'ai aimé aussi que l'on cherche à me promener et que l'on m'achève efficacement sur les dernières pages. Un coup de coeur surprenant, qui a le goût merveilleux de l'inattendu ! Merci Monsieur Batistella, c'était bien.

Editions Grasset - 20€ - 27 août 2014

 

challengerl2014

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire de Hérisson... qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire [clic ici pour plus de détails] - n° 4/6

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20 juillet 2014

#LireProust 1 ~ Du côté de chez Swann

"De tous les modes de production de l'amour, de tous les agents de dissémination du mal sacré, il est bien l'un des plus efficaces, ce grand souffle d'agitation qui parfois passe sur nous. Alors l'être avec qui nous nous plaisons à ce moment-là, le sort en est jeté, c'est lui que nous aimerons. Il n'est même pas besoin qu'il nous plût jusque-là plus ou même autant que d'autres. Ce qu'il fallait, c'est que notre goût pour lui devint exclusif. Et cette condition-là est réalisée quand - à ce moment où il nous fait défaut - à la recherche des plaisirs que son agrément nous donnait, s'est brusquement substitué en nous un besoin anxieux qui a pour objet cet être même, un besoin absurde que les lois de ce monde rendent impossible à satisfaire et difficile à guérir - le besoin insensé et douloureux de le posséder."

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Partant à la recherche de ses souvenirs, le narrateur évoque dans ce premier tome Combray, son enfance, sa famille et les amis de ses parents, contant notamment les mésaventures amoureuses de Charles Swann, amant malheureux d'Odette.

Lire (ou re-lire) Proust, c'est entrer avant tout dans une langue riche, dans des phrases complexes et un fil de pensée savamment tissé qui nous laisse au terme des paragraphes ébahi. La grande parenthèse bien connue (et que l'on trouve d'ailleurs facilement éditée à part), très narrative, celle qui traite plus particulièrement des amours de Swann avec Odette n'est pas la partie la plus compliquée à lire, ni celle qui m'a le plus intéressée, elle traite avec brio cependant des affres de la passion amoureuse. Non, ce que j'ai préféré, ce sont surtout les débuts de ce récit, lorsque nous assistons aux éclats de réminiscence du narrateur, là j'ai véritablement été admirative et séduite par les trouvailles littéraires de l'auteur, subjuguée. Ma fascination mis à part, j'ai quand même été tenue par l'histoire que l'on me racontait, par les liens qui semblent unir ou désunir les protagonistes dans ce premier volet, étonnée que Swann finisse par épouser cette affreuse Odette, malgré ses éclairs de lucidité, et que notre narrateur tombe sous le charme de leur fille dans un jardin parisien, reproduisant le schéma qui a tant fait souffrir Charles. Les mondanités tiennent une grande place dans l'univers des personnages de Marcel Proust, des mondes se côtoient et s'évitent, les réputations se satisfont de ce qui est connu et peuvent s'effondrer suite à une réplique maladroite, voilà qui est cruel et assez captivant.

Séduite par cette lecture, j'ai décidé de continuer ma quête. J'ai téléchargé la suite de La Recherche sur ma liseuse... un peu étonnée que le second tome s'intitule également Du côté de chez Swann (n'en n'aurais-je lu que la moitié ?). A suivre...

Lu sur ma liseuse - téléchargé gratuitement [ici]

 

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15 juillet 2014

Jacquelyn Mitchard... en version e-book

Cet été, j'ai emporté ma liseuse en vacances... et seulement un poche en version papier (je prends des risques). Mis à part un petit soucis de rechargement (mon adaptateur s'étant avéré incompatible), vite résolu, j'ai apprécié la légèreté du support (encore une fois), et même si lire ainsi reste différent (j'ai l'impression que les textes s'imprègnent moins dans ma mémoire), l'habitude se prend, indubitablement.

J'en profite donc pour vous parler des deux titres qui ont occupé mon début d'été... sortis tout récemment aux éditions des Deux Terres en format e-book.

aussiprofondebbok

Aussi profond que l'océan... Alors que Beth se rend avec ses enfants à une rencontre d'anciens élèves, Ben son fils de trois ans disparaît dans le hall d'un hôtel bondé. Comment survivre à un tel drame ? Beth se laisse doucement couler tandis que sa famille tente de se reconstruire un présent chaotique, dans l'espoir un jour pouvoir peut-être retrouver le petit garçon.

J'avais vu le film tiré de ce roman déjà ancien (1998), avec Michelle Pfeiffer et Whoopi Goldberg dans les rôles principaux. En lisant ce récit, j'ai revu les images qui m'avaient beaucoup marquées à l'époque. La version littéraire est beaucoup plus fouillée, vous vous en douterez, et les états d'âme d'une mère en dérive qui ne voit pas combien son fils aîné se sent coupable et sombre, très bien traduits. J'ai aimé que personne ne soit parfait dans ce thriller et que rien ne soit une évidence. Un page turner, peut-être un peu daté dans le style, que j'ai pour autant grandement apprécié.

Mai 2014 - 4.99 € - [lien vers la page de l'éditeur]

tantdechosesebook

Tant de choses à vous dire... Laura et son mari sont sortis pour fêter leur quatorzième anniversaire de mariage. Ils sont allés à une représentation du Cirque du Soleil, et la soirée semble en tous points réussie. Pour autant lorsque Laura est soudain prise d'un violent mal de tête, la nuit bascule. A l'hôpital, le verdict tombe, la jeune femme n'a plus que quelques heures à vivre, quelques heures pour dire adieu à ses filles, et régler quelques détails...

Loin d'être un bouillon de pathos, ce court roman est un joli récit sur la conclusion d'une vie. Difficile de savoir ce que nous ferions si nous étions dans la situation que Laura expérimente... Le personnage de Jacquelyn Mitchard choisit d'être fidèle à elle même, prosaïque, organisée, et tendre. J'ai été touchée par ce titre, même si j'aurais aimé que l'ensemble soit moins convenu.

Mai 2014 - 4.99€ - [lien vers la page de l'éditeur]

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05 janvier 2014

La 37ème heure, Jodi Compton

LA 37e HEURE - e-book (2) "Dans l'entrée, le crochet auquel Shiloh suspendait ses clés était vide. Sa veste de tous les jours avait disparu, elle aussi. Il avait joué la carte de la prudence et était parti sans m'attendre.
Sans laisser de mot."

Alors que Sarah Pribek regagne sa maison de Minneapolis, après un séjour chez une amie, elle découvre que son mari, Shiloh, ne l'a pas attendue pour partir au centre de formation du FBI en Virginie où il doit passer quelques semaines. Suite à un appel du centre, elle se rend compte qu'il n'est en fait jamais arrivé, et Sarah, inspecteur à la brigade des personnes disparues, mène tout de suite son enquête. Elle sait d'expérience qu'après trente-six heures d'absence, les chances de retrouver quelqu'un sont quasiment nulles. Elle questionne son entourage proche, ses voisins, les rares amis de son mari et se tourne enfin vers la famille de ce dernier, avec laquelle il n'a pas eu de contact depuis des années...

La 37ème heure répond avec brio aux exigences du genre auquel il appartient. C'est un véritable page turner, qui sait également conduire son lecteur vers de fausses pistes et le laisser piaffer d'impatience quand il le faut à l'aide de quelques flash back intrigants. La sympathie du lecteur pour l'inspecteur Sarah Pribek lui est immédiatement acquise, et ce dès les premières lignes, grâce à une action héroïque. Il n'est ensuite pas difficile de frémir à ses côtés pour Shiloh son mari, et de se demander avec elle, au final, qui elle vient réellement d'épouser.
Un e-book haletant lu avec déléctation sur ma liseuse, une très bonne surprise de lecture, qui pêche peut-être cependant par la taille un peu réduite de ses caractères.

Les Jeux sont faits, la deuxième enquête de l'inspecteur, vient également de sortir en format e-book.

Editions des 2 terres - 6.99 € - Format e-book - Octobre 2013

[toutes les infos sur le site de l'éditeur] - Poussif pour Laure

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