09 octobre 2008

Au dessous, c'est l'enfer *

audessousElle devrait la raconter, l'histoire.
Ce serait plus facile, elle pourrait l'oublier, ensuite. Ce qui est dit ne revient plus. Elle le sait. Pour les souvenirs, elle a la mémoire courte, pas pour les secrets.

Elle commencerait par décrire les difficultés du moment, celles qui l'avaient amenée à faillir. La mauvaise humeur, invitée dans son couple, la dureté des jours, sa dureté à lui. Et puis cette précarité de tout qui détruit la douceur petit à petit.

Elle se souviendrait de Harry et de Sally, de ce film de midinette, du jour où elle y a pensé, du jour où elle s'est demandé qui était son meilleur ami, à elle, s'il existait une autre issue possible, dans sa vie. Du jour où le visage de l'autre s'est soudain interposé entre elle et tous les actes du quotidien.

Elle clamerait qu'elle ne s'est rendue compte de rien, que tout s'est insinué en elle, contre son gré, entre ses mots méprisants à lui, et le regard affectueux de l'autre. Elle mentirait, un peu.
Elle avouerait timidement qu'elle aimerait que tout reprenne sa place initiale, que les amis restent les amis, et les amants, les amants. Elle mentirait, encore.
Elle accrocherait sur vous des yeux perdus, en quête de réponses.

Elle ajouterait alors que maintenant tout va bien, que la paix est revenue entre lui et elle. Elle afficherait une sérénité fragile, vous assurerait qu'elle finira bien par l'oublier, l'autre, qu'il n'y a pas de raisons.

Pendant ce temps là, le plissement de ses phalanges, sur sa jupe, nieraient nerveusement, à rebours, tous ses propos un par un.

Elle se tairait, soudain.

* Titre emprunté au dernier roman de Claire Castillon.

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15 septembre 2008

Le trou

letrou"Tu te couches dans le trou
il a ta forme
ta taille
l'odeur de ton oreiller
ton lit froid

Tu montes
et tu descends
tu es sa respiration
son rythme cardiaque
son poumon
si tu l'étouffes
tu t'étouffes

Au fond du trou
Tu peux pourir
ou germer

Il t'appartient
c'est peut-être tout
ce qui t'appartient
aménage le
ton petit trou
tu es chez toi"         

(Un auteur et un blog à découvrir : Thomas Vinau  http://etc-iste.blogspot.com)

ISBN 978 2849 2406770 - 12 € - JANVIER 2008   www.editionsducygne.com

Un nouveau titre en parution : Les chiens errants n'ont pas besoin de capuche

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04 septembre 2008

Instant

instantLe ciel bleu, rare,
Eblouissant.

Etonnante fraîcheur de nos doigts enlacés.

Vent contre mèches de cheveux.
Goût salé de tes lèvres.

Coton, laine, Soie.
Emmaillotement de draps.

Toi près de moi.

Attente du silence.
Attente de ce qui peut se passer après.
Après quoi ?

Tiédeur pure
De ton cou offert,
Concédé.

Infinie présence.

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22 août 2008

Je Tu

rivi_re

Je te l’ai dit pour le parfum de la pluie.

Pour la douceur de l’herbe sur mes orteils.

Pour le vent dans les arbres.

Pour le calme de l’endroit.

Je te l’ai dit pour la paix.

Pour cette eau qui s’arrête,

Se rejoint et s’écoule.

Pour la rivière.

Je t’ai donné mes secrets.

Je t’ai donné plus que tu me demandais.

Je te l’ai dit pour l’enfance.

Pour les colères.

Pour mes doutes.

Tu m’as répondu par ton silence.

Je me mets à nue.

Et toi, tu te tais.

Pourtant, je le sais,

Malgré la fuite de tes regards,

Au fond,

Tu m’écoutes.

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28 juillet 2008

Réciproque ?

r_ciproque

Elle le sait. C’était hier.

La regardera-t-il à nouveau aujourd’hui ?
Avec cette intensité ?

Se doute-t-il à quel point il la fait frémir ?

Ses bras frissonnent encore de la caresse de ses yeux.

Il le sait bien. C’était hier.

Elle a rougi sous son regard.

Depuis quelques mois déjà,

Il constate combien il est facile d’amener du rose à ses joues,

Combien cette fille est impressionnable.

Depuis, il faut bien l’avouer, il en joue.

Elle est décidée, c’est la fin.

Elle est tombée en amour,

Comme on dit.

Il est décidé.

Il va passer à autre chose.

Ce jeu soudain ne l’amuse plus.

Elle quitte son ami,

Elle quitte son quotidien.

Elle rêve d’y croire.

Il quitte sa veste.

Il entre dans leur bureau.

Il l’ignore de son regard.

Du rose sur ses joues pâles,

Entre doute et consternation,

Il devrait se méfier,

Ce pourrait être bientôt de la colère.

Des frissons sur ses bras.

Presque un soupçon d’émotion.

Il doit bien se l’avouer,

Il aimait la troubler.

.

.

.

Un texte écrit pour le Concours d'été de Miriam.
Le thème : la réciprocité.
Les textes peuvent être envoyés jusqu'au 10 août (délai repoussé).

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03 mars 2008

Réveil

Des draps blancs.
Froissés.
Tout à l’heure.
Ce baiser.
Avec violence.
Sur sa bouche.
Déposé.

femmesongeuse

Elle s’assied, sur le lit défait, les jambes croisées.

Du bout des doigts, elle caresse ses lèvres, cette bouche, qu’il a pressé encore une fois, avant de s’en aller.

Elle sourit. Le souvenir de ses mains dans ses cheveux, sur la peau de son cou, sur tout son corps.

Le souvenir, comme une brûlure.

Elle s’allonge, la tête dans l’oreiller. Au plafond, de longues fentes de plâtre craquelées la contemplent.

Elle sourit, et des larmes coulent sur ses joues, rigoles jumelles qui finissent dans le fouillis de ses cheveux roux.

Mais pourquoi pleure-t-elle ?

D’un geste, elle essuie ses tempes. Elle remonte le drap, s’y emmêle, le regard soudain vide, perdu.

La fenêtre est ouverte. Les rideaux roses flottent doucement dans l’air léger, donnant à cette chambre silencieuse une clarté irréelle, éphémère.

Il est parti. C’est ainsi.

Il ne reviendra plus.

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24 janvier 2008

Regrets

Je t’aime…

…et voilà que tu m’oublies, peu à peu.

Ton regard m’évite.

Tes gestes n’étreignent plus ma présence.

Je suis absent à tes envies.

Je t’aime…

…et voilà que la vie, justement,

Banale, inconvenante, solitaire,

Avec sa suffisance et ses airs ordinaires,

Reprend ses droits.

Je t’aime…

…et cela n’a plus d’importance,

Pas plus que ce baiser sur ta joue,

Pas plus que tout ce que je pourrais faire,

Pour te plaire.

Je t’aime…

…et cette confidence

Bien enfouie, au fond de tes poches,

Ligotée,

Y restera bien au chaud,

Pour l’hiver,

A défaut de goûter ma lumière.

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22 janvier 2008

Matin d'hiver

h

Une touche de mélancolie. Un zeste de pudeur. Et un peu de folie, pour ne rien oublier.

Ton bras au dessus de ma tête, endormi. Ton bras au dessus de mes rêves. Ton bras, lourd et orphelin de ton corps, perdu, assoupi.

Je m’enroule dans mes draps. Le froid de l’hiver vient me chercher et m’enveloppe, je suis dans un autre monde, glacé, magnifique et transparent.

Des enfants irréels glissent sur le lac gelé, imaginaire, de mes pensées. J’entends tinter, au loin, les clochettes des calèches qui filent dans le parc.

La journée sera belle.

Me reviennent en mémoire ces réveils enfantins, ces tâches de lumière sur le mur, qui n’en finissaient pas de se rejoindre et de jaunir. Ma sœur dans son lit. La masse de ses cheveux bruns étalée sur l’oreiller.

Me reviennent en mémoire des matins de paresse, de douceur et d’oubli…enchevêtrés.

Une touche de mélancolie.

Un zeste de peur.

Et de temps en temps, parmi, quelques regrets aussi.

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08 janvier 2008

Amour

Soudain, elle ne sait plus où elle en est.

Soudain, celui qu’elle ne voyait pas, qui était près d’elle,

Depuis tout ce temps, si doux, si beau.

Soudain, elle le voit, enfin.

Et elle l’aime.

Mais rien n’est possible.

Ni les épanchements, ni les doutes.

Que le chaos, à la place d’un cœur qui saigne,

Pour rien.

.........................................

Parfois,

Elle cherche, dans les yeux de l’autre,

Au hasard d’un mouvement,

L’amour en retour.

N’y voit que du bleu.

Alors, doucement,

Elle étreint

Le bouton de rose de ce feu,

L’insère en elle,

Espérant le cacher.

Mais tout au fond de son corps,

L’amour explose.

La fleur rouge s’épanouit.

Les épines, dures, rayent ses organes,

S’accrochent aux artères.

S'incrustent.

.......................................

Alors,

Elle se cache,

Sous des draps et des couvertures.

Pleure.

Tente d’étouffer,

De faner,

Cet amour naissant

D’une beauté

Insolente,

... Inutile.

En vain.

(Deuxième mouture de ce texte, déjà posté sur mon ancien blog. Je le triture dans tous les sens et n'arrive pas à me satisfaire du résultat. Je n'arrive pas à le supprimer, non plus. Peut-être, une prochaine fois, en trouverez-vous une troisième mouture...)

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25 novembre 2007

Naissance

Elle est née d’une femme, comme tout un chacune.

Lancée dans l’existence, comme un chaton perdu, par inadvertance, ou par miracle, elle a survécu. 

Au détour de sa vie, tu l’as prise contre le corps, tous ses muscles tendus.

Elle était maigre, pour ne pas peser, douce, calme, apeurée.

Elle est née, de toi, réellement, un soir d’Août, à ton insu. Epuisée par ses douleurs de femme, doucement, tendrement, tu as lavé sa peau. Sa membrane s’est ouverte, déchirée.

Elle est née, pour la seconde fois, d’un homme.

Tu lui as donné ton nom, pour habiller sa naissance.

Tu lui as donné ton avenir, pour la maintenir debout.

Tu as aimé son corps ; tu as aimé son âme.

Elle est devenue fleur.

Elle est devenue femme.

naissance

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