Un jour, je serai grande !

Des textes courts, de la lecture, des mots...en pagaille !

14 mai 2009

Alice Russell

ALICE_RUSSELL Encore une découverte...

...

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19 avril 2009

L'obligation du sentiment

l_obligation_du_sentimentTout est gris et froid. Tout ne ressemble à rien. Tout me rappelle toi.

...Hélène appuya son front moite contre la vitre fraîche du troquet. Celui-là même dans lequel elle s'était réfugiée tout à l'heure, fuyant les bourrasques et la pluie. Le temps du dehors collait parfaitement à sa météo intérieure, grand vent et pleurs en rafales.
Elle s'était commandé un café. Le patron le lui avait apporté sans un mot, sans un sourire. Et pourtant, elle s'était sentie bien, à son aise, instantanément. L'odeur doucereuse et enveloppante du breuvage l'enrobait d'un châle protecteur.
Elle se découvrait toujours un peu chez elle dans ces bistrots vides. Elle se découvrait tellement si peu chez elle partout ailleurs.
Elle n'irait plus là-bas, chez lui. Elle avait enfin compris quel était le remède. Ne plus le voir, ignorer jusqu'à son existence, espérer que l'absence comble peu à peu les vides que cet amour insensé laisserait en elle en disparaissant. Pleurer tout ce qu'il faut pleurer, tant et tant. Et simplement souhaiter qu'avec la dernière marée de chagrin s'éloignent les sentiments.
Elle n'irait plus là-bas. Elle tournait vivement la cuillère dans sa tasse, au rythme du flot de ses pensées, écrasant du tranchant de l'ustensile les grains de sucre qui tardaient à fondre. Un dernier mouvement sec fit déborder le liquide brunâtre dans la soucoupe blanche. Le patron, qui l'observait sans doute, émit un grognement réprobateur. Hélène sourit, et au même instant, un rayon de soleil inattendu perça les nuages. Elle prit cela pour un signe, elle en avait besoin.
Elle n'irait plus chez lui. Hier avait été la fois de trop. Elle ne se reconnaissait pas dans cette fille idiote qui cherchait l'attention d'un homme indifférent. Ils étaient bons amis. Cela ne lui suffisait plus. Elle reprennait à présent le cours de sa vie...

© Les écrits d'Antigone - 2009

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19 février 2009

Et le bébé était cuit à point, Mary Dollinger

et_le_b_b_"Il s'appelle comment ?
- Harmonie.
- C'est une chatte ?
- Mais je te l'ai déjà dit," énervement à peine perceptible, "c'est un chat," soupirs appuyés, "c'est même là tout le problème..."
- Sois plus explicite, maman, s'il te plaît.
- Eh bien, c'est un chat, et la nuit il court.
- Il court où ?
- Après d'autres chats, bien entendu..." hésitation, "mais pas du même sexe," conclut-elle pudiquement. Sa mère, amants à perte de vue, se mit à rougir comme une petite vierge à qui on aurait offert les oeuvres complètes de Sade." (extrait)

Blanche, qui mène une vie plus que morne - aux dires de sa mère - se voit confier la tâche ingrate de s'occuper d'un chat folâtre sous le prétexte qu'elle vit seule et possède un appartement. Tout d'abord peu enthousiaste, elle doit se rendre bientôt à l'évidence, Harmonie a changé sa vie. Elle rencontre Philippe, mène sa carrière tambour-battant et se sent de plus en plus irrésistible dans le regard des autres, jusqu'à ce que finalement tout dérape...et que des mots (maux) lui échappent.

Je ne saurais trop remercier M Dollinger d'avoir insisté pour que je lise ce petit livre savoureux. J'avais eu un avis plus mitigé sur le "Journal désespéré d'un écrivain râté" de son épouse, même si le style de l'auteure m'avait paru par passages plutôt attractif. Mon sentiment en demi-teinte est tout à fait réparé ici. J'ai commencé sa lecture, un peu énervée par mon propre chat, qui aime parfois démontrer ses réprobations par des actes de vandalisme tout à fait inappropriés. Je croyais que l'on allait nous parler dans ce roman/nouvelle de "bébés cuits" (voilà qui était surprenant)...et bien non, on nous raconte ici des histoires de chats, des histoires de sentiments, et cela m'a fait sourire, beaucoup. Je n'ai pas attendu le bus avec ce livre (petite référence au nom de la collection) mais mon café a eu tout à coup un goût bien meilleur et mon chat a senti le vent de la colère s'éloigner de lui avec soulagement... Un joli moment de lecture. Merci M Dollinger !

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 7570 0111 0 - 5€ - 2008

Le blog de Mary Dollinger

D'autres lectures : Laurence chez Biblioblog, Bellesahi, Cathulu, Bibliodudolmen, Martine, Lou, Aifelle et bien d'autres encore...

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09 octobre 2008

Au dessous, c'est l'enfer *

audessousElle devrait la raconter, l'histoire.
Ce serait plus facile, elle pourrait l'oublier, ensuite. Ce qui est dit ne revient plus. Elle le sait. Pour les souvenirs, elle a la mémoire courte, pas pour les secrets.

Elle commencerait par décrire les difficultés du moment, celles qui l'avaient amenée à faillir. La mauvaise humeur, invitée dans son couple, la dureté des jours, sa dureté à lui. Et puis cette précarité de tout qui détruit la douceur petit à petit.

Elle se souviendrait de Harry et de Sally, de ce film de midinette, du jour où elle y a pensé, du jour où elle s'est demandé qui était son meilleur ami, à elle, s'il existait une autre issue possible, dans sa vie. Du jour où le visage de l'autre s'est soudain interposé entre elle et tous les actes du quotidien.

Elle clamerait qu'elle ne s'est rendue compte de rien, que tout s'est insinué en elle, contre son gré, entre ses mots méprisants à lui, et le regard affectueux de l'autre. Elle mentirait, un peu.
Elle avouerait timidement qu'elle aimerait que tout reprenne sa place initiale, que les amis restent les amis, et les amants, les amants. Elle mentirait, encore.
Elle accrocherait sur vous des yeux perdus, en quête de réponses.

Elle ajouterait alors que maintenant tout va bien, que la paix est revenue entre lui et elle. Elle afficherait une sérénité fragile, vous assurerait qu'elle finira bien par l'oublier, l'autre, qu'il n'y a pas de raisons.

Pendant ce temps là, le plissement de ses phalanges, sur sa jupe, nieraient nerveusement, à rebours, tous ses propos un par un.

Elle se tairait, soudain.

* Titre emprunté au dernier roman de Claire Castillon.

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08 octobre 2008

Le fiancé de la lune, Eric Genetet

lefianc_delaluneArno Reyes a quarante ans, une vie amoureuse en demi-teinte, et un travail qui le conduit aux quatre coins du monde. Il est donc tout disposé à tomber amoureux lorsque son regard tombe sur Giannina "visage pâle, perruque rose, comme Scarlett Johansson dans Lost in Translation". Arno se croit dans un film, séduit par sa belle, chanteuse de Jazz à succès.
Le quotidien, la paternité, la grisaille du réel sauront-ils préserver ses sentiments ?

Séduite par la lecture de Clarabel et par cette jolie couverture, je ne me suis pas méfiée des mots "intrigue guère originale", romantique que je suis !! Alors, en effet, ce petit livre est court, écrit de manière "scintillante", moderne, et peut attendrir, mais quelle déception... Je suis sortie de ma lecture, pas très convaincue par ce que je venais de lire, un brin désappointée, il faut bien le dire... Oh mince, dommage.

Un extrait...
"Quand je me suis réveillée ce jour de décembre, une chanteuse de jazz chantait à la radio. Je ne me sentais pas très bien. Je tremblais de froid. Giannina n'était pas près de moi. J'imaginais que quelque chose d'effroyable était arrivé. Puis, comme chaque matin, j'ai allumé mon portable.

SMS
Je t'attends au jardin du Luxembourg. Je t'aime. G.

J'avais roulé la fenêtre de ma 403 ouverte pour sentir l'air frais, pour expulser la fumée de ma cigarette.
Dans Paris.
C'était un moment de perfection."

bouton3 Note de lecture : 2/5

ISBN : 978 2 35087 087 8 - 15€ - Août 2008

Merci Clarabel pour ce prêt !! La lecture de Cathulu.

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23 avril 2008

Djinn

angel

Il faut absolument que je pense à changer de lieu…

Le café-restaurant, dans lequel je me rends, chaque jour, aux environs de midi, devient de plus en plus bruyant, et ELLE ne vient plus.

Peu m’importe alors d’observer tous ces gens, leurs assiettes, leurs tasses fumantes, leurs sacs qui bâillent et leurs sales habitudes, si ELLE ne vient plus.

Bien sûr, il me reste encore des détails à chiper ici et là, des petits bonheurs discrets, des incongruités dont je tapisserai les cloisons de ma solitude ce soir. Bien sûr.

Mais je la voudrais, près de moi, telle que je l’ai aperçue la première fois.

Ses ailes brillaient dans la lumière du jour.

Et ELLE était si belle,

avec son sourire d’ange, sa grâce juvénile et sa manière bien à elle de darder sur les amoureux maladroits son regard de feu.

Si j’étais resté silencieux, attentif et patient, ELLE serait toujours présente, à mes côtés, flamboyante.

J’ai tout détruit.

Pour LA séduire, j’ai fait le pitre, l’inspiré, semant dans mon sillage des graines de folie.

Je ne savais pas.

ELLE voulait simplement qu’ils s’embrassent.

ELLE avait tant travaillé pour cela.

Et moi, j’ai tout gâché.
Oh, ELLE a bien eu le loisir de me le reprocher, plus tard. Mais, le mal était fait.

Ils se sont disputés. Les chaises ont grincé bruyamment en traînant sur le parquet…

ELLE, elle voulait qu’ils s’aiment.

Devant leur table vide, dévastée, ELLE a fulminé. Ses yeux ont lancé sur moi des éclairs durs, définitifs, et ELLE est partie dans un grand froissement délicat de plumes et de soie, sans un mot pour ma présence misérable.

Il faut absolument que je pense à changer, aussi, je crois.

24226616

Ce texte a été émis sous l'inspiration de la consigne 67 du site Paroles Plurielles. Il fallait s'inspirer de la photo de café ci-dessus, et de l'incipit suivant : "Il faut absolument que je pense à..."

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21 mars 2008

Décision

consigne

Nelly est une gentille fille. La plupart du temps, je prends du plaisir à écouter sa conversation. C’est un peu pour cela, il faut bien l’avouer que je passe prendre un café rapide tous les matins dans son bistrot,  avant de monter quatre à quatre les escaliers qui mènent à mon bureau. J’avoue même avoir un léger béguin pour elle. Nous faisons semblant, tous les deux, de croire encore à cette histoire de cafetière en panne qui s’éternise depuis des mois.

Ce matin, son bonjour me laisse pourtant froid. Je n’ai qu’une hâte, que Nelly me laisse seul face à mon expresso. Rebecca a demandé le divorce hier au soir. Pour être juste, elle ne m’a rien demandé, elle a simplement lâché, au dessert : « Ah au fait, Richard, il faut que je te dise, je divorce ! » Bien entendu, j’ai répliqué, je me sentais tout de même un peu concerné. Elle m’a rétorqué que je n’avais rien à dire, que tout s’arrangerait entre avocats, que l’on n’allait tout de même pas se ridiculiser à simuler une passion que l’on ne ressentait plus depuis longtemps l’un pour l’autre. C’est bête, je pensais qu’elle était heureuse ainsi, dans cette douce indifférence conjugale, qu’elle avait un peu recherchée. Le froufrou de ses activités envahissait ma vie depuis tellement d’années que je m’étais habitué à rester au dehors. Je partais tôt, je rentrais tard, je cumulais les dossiers. Depuis hier, l’exclusion était définitive et me donnait un peu le vertige.

Nelly s’est finalement décidée à placer près de ma tasse une soucoupe bleue, transparente. J’ai l’habitude de déposer mes pièces sur le comptoir. Elle s’est déjà éclipsée et me tourne le dos. Sur le blanc du ticket, un numéro de portable. J’observe cette fine statue coquine qu’elle a déposée sur les étagères, derrière le bar. Je décide que je ferais mieux d’oublier les femmes pour quelques temps. Entamer une aventure avec une serveuse de bar serait stupide, je ne suis pas né de la dernière pluie, c’est comme ça qu’on perd un procès.

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.

Ce texte est ma contribution à la Consigne 65 du site Paroles Plurielles. Il fallait s'inspirer de la photo ci-dessus, et terminer sur cette phrase "c'est comme ça qu'on perd un procès."

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16 février 2008

Bureau 313

Les résultats du concours "Court, fort et bien serré" (organisé par le site "Un endroit") sont tombés pendant la nuit de la St Valentin !! Il fallait s'inspirer du thème ci-dessus, écrire un prologue de 250 caractères et un prologue de 1500 caractères maximum.

Je vous invite à lire le texte du gagnant en cliquant sur le lien suivant : Prix Bon Court 2008 - La Femme du cafetier de Lenoir.

Bon, je n'ai pas gagné mais je vous livre ci-dessous le texte que j'avais moi-même proposé :

Bureau 313

d_tective

Il n’est point de saison pour les amoureux. L’été, le printemps, l’automne, l’hiver, tout fait l’affaire.

Il n’est point de saison pour mourir, non plus.

Pourquoi Richard avait-il choisi ce jour là pour cumuler tous les instants violents de sa vie ?

Pourquoi tant de désordre dans ce café ? Pourquoi la passion, la neige, le froid et puis ce sang, épandu ?

Sa mort restait un mystère, jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à cette lettre que je tiens entre mes doigts. Derrière le papier, le sourire figé de sa propriétaire, glacé.

« Vous comprenez, je ne savais pas qu’elle existait cette dame, et elle m’écrit, deux ans après, et elle me dit qu’elle connaissait mon frère, bien mieux que je ne peux le dire moi, qu’elle était tombée amoureuse de lui dans ce café, qu’ils ont discuté un long moment après s’être reconnus, puis qu’il est mort, comme ça, en sortant chercher des fleurs pour elle, sur le trottoir, bêtement ! »

La femme tire sur une mèche de ses cheveux, nerveusement.

« Cette lettre peut-elle aider à résoudre le meurtre de mon frère monsieur l’inspecteur ? »

Oui, elle le peut, mais je ne le lui dirai pas. J’observe le mouvement de ses ongles contre le bois de mon bureau.

Elle explique des tas de choses effectivement, tout, elle explique pourquoi Richard est sorti de son lieu de planque, pourquoi il s’est précipité, tel un fou, inconsciemment, au dehors, elle explique l’affolement de ses collègues, elle explique sa mort.

Je tente un hochement de tête rassurant, pose sur un dossier le papier épais parcouru d’une écriture fine et élégante, puis bois une gorgée de café, légèrement refroidie, court fort et bien serré comme j’aime...

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11 février 2008

Légèreté

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Elle marche, les bras écartés.

Le soleil au zénith illumine ses cheveux blonds, sa robe blanche, légère.

Elle marche sur le parapet, gris et rugueux, semble glisser, et pourtant, met un pied nu devant l’autre, avec assurance, lentement, comme si le monde lui appartenait, depuis toujours. Derrière elle, la mer scintille, éclatante, chargée de promesses d’eau éclaboussée, de baignade, de rire, remplie d’un été qui s’annonce torride.

Les passants qui longent le remblai la regardent, surpris, figés un moment, évitant le bras tendu qui barre le trottoir étroit et les empêche de suivre la ligne droite de leur promenade nonchalante et sereine, de retour du marché, le cabas rempli de victuailles.

Un homme corpulent, le ventre en avant, la hèle. J’entends sa voix aiguë résonner jusque derrière mon comptoir, tandis que mes doigts cherchent deux morceaux de sucre à disposer en équilibre près des tasses fumantes.

« Il faut descendre ma petite dame, c’est dangereux, vous allez tomber ! »

Elle s’arrête et regarde ses pieds, ne bouge plus, soudain inanimée.

Le gros homme frotte le sommet de son crâne, exempt de cheveux, du plat de la main, semble réfléchir, puis passe son chemin, tout en signifiant d’un geste résigné : « Quelle bêtise…on n’y peut rien. ».

Toujours immobile sous le soleil, je sens le visage impassible de la jeune fille tourné à présent vers moi. Son regard fixe me trouble, au-delà du possible, mais je continue de produire mes gestes du quotidien, je remplis les tasses, les verres, et marmonne quelques mots polis en direction des clients réguliers accoudés près de la porte d’entrée, qui se gaussent de la situation.

« Elle est folle celle-là…Va tomber…Bah…Les jeunes aujourd’hui…Rien dans la tête. »

Je la vois du coin de l’œil, les bras à nouveau écartés, reprendre sa marche et se mettre en position pour esquisser un demi tour. Je crains tout à coup le pied qui dérape et le vide, derrière, la chute sur les rochers. Tendu, je casse le verre que j’essuyais, l’observe. Elle n’a pas glissé. Elle reprend, sans aucun trouble apparent, sa marche lente, sa danse étrange, dans l’autre sens.

Rien ne semble la perturber, ni les chiens qui aboient vers sa main tendue, ni le vent qui souffle et fait voler les mèches de ses cheveux dorés, rien.

« Qui la connaît cette fille ? », lance un de mes habitués.

Mes pensées dérivent alors vers la scène d’hier au soir, vers la dispute, tandis que je ramasse les morceaux de verre brisés, précautionneusement.

Tout avait pourtant bien commencé, l’accueil avait été chaleureux, ses bras autour de mon cou, le dîner préparé, son sourire coloré et rieur au goût de fraise. Elle était belle.

« J’ai quelque chose à t’annoncer. »

Ses doigts sur son ventre, en forme de berceau.

Ma stupeur. Et ce « non » qui sort instantanément de ma bouche, comme un réflexe, comme si j’avais attendu cette question, depuis des années, et que la réponse était au bout de ma langue, prête à sortir à l’occasion. Ses traits déçus, avachis, ses yeux affolés quand je lui réclame l’anéantissement de ce projet insensé. Elle et moi, si différents.

Son « Je te hais ! » hurlé, et cette porte claquée sur sa robe jaune, fleurie, la robe de notre première rencontre.

Et à présent, ce midi, en plein soleil, elle sur ce parapet, qui marche, les pieds et la tête nus. Me narguant.

Que veut-elle ? Sans doute que je la rejoigne, la prenne dans mes bras, la rassure, lui dise ces mots qu’elle souhaite entendre, « oui, nous l’aurons cet enfant. ». Je ne peux pas. J’ai presque le double de son âge, des rides marquées sous les yeux. Elle est si jeune, encore étudiante, si frêle. Que fera-t-elle, plus tard, d’un barman sans avenir, un moins que rien, un homme aux virages ratés, échoué sur cette côte, un jour, pour ne plus en repartir ?

Mon logement n’a qu’une pièce, saturée de livres, de photos de bateaux, de vinyles usagés. Quelle place aurait un nourrisson au milieu de ce bazar ? Elle ne se rend pas compte.

Elle vit dans un rêve, adolescent, qui n’est plus le mien.

Ses cheveux blonds volent dans la lumière. Elle continue sa danse bizarre, sur le parapet, ses doigts tendus, le bleu du ciel en toile de fond, à peine tâché par quelques nuages égarés. Elle est belle. Elle m’attend. Je sais ce que je dois à notre rencontre, au soleil qu’elle a mis dans ma vie. Je dois lui parler.

Dans quelques minutes mon collègue sera là. Je pourrai quitter ce comptoir, traverser la rue et m’élancer vers elle, poser ses pieds nus sur le remblai, en sécurité,  et trouver les mots justes qui apaiseront sa colère. Je regarde l’horloge au fond de la salle égrener ses secondes. Il ne va plus tarder.

Paul se tient enfin devant moi, des lunettes de soleil juchées sur le haut du crâne.

« Dis, c’est pas ta copine, là-bas ? »

Je voudrais bien effacer de mon poing le sourire goguenard qui fleuri sur son visage mais je me retiens et lui file un coup de coude dans les côtes, léger, qui le fait s’esclaffer de plus belle.

« Je me disais aussi. »

Je lève les yeux pour vérifier une dernière fois la présence de la robe blanche qui danse et des bras tendus avant de contourner le comptoir et de franchir le seuil du café.

Le parapet est nu, vide d’elle, et le ciel d’un bleu sans tâche.

Seuls quelques badauds s’attroupent, dans un cri, et se penchent en silence, par-dessus le parapet gris, consternés.

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15 décembre 2007

Une lettre intime

Alors qu’un café brûlant fume doucement sur ma table, je vous écris, crayon levé, une lettre impossible, des mots  intimes, inutiles et silencieux…

Je voudrais tant vous parler des gouttes de pluie, tôt le matin, sur mon pare-brise, des essuie-glaces et de leur danse, bruyante et saccadée. Vous dire le plastique familier du volant, sous mes doigts, sa texture et le son de la radio, jumelés. Vous parler, enfin, de l’entrechat de mes pieds, de cette vigilance constante, et du panneau vers l’Océan, que je ne suivrai jamais.

Je voudrais vous dire, aussi, les livres, l’écriture, et cette encre dans mon crayon levé, asséchée, ce sentiment d’imposture qui paralyse mes doigts, et me fait douter. Vous parler d’eux, peut-être, au détour d’une phrase, de mon père, de l’absence, et de ce que je ne suis pas.

Je voudrais écrire ces mots qui parleraient d’un été qui n’en finit plus de ne pas commencer, de ces nuits trop sombres, et de la lumière de câlins d’enfants, comme des réverbères. Vous dire l’amour, celui que l’on donne et que l’on reprend, celui qui ne s’exprime pas. Vous dire les cris aussi, la fureur et la jalousie, la difficulté d’être douce. Comprendre, par votre lecture, ces chemins que je ne prends pas et ceux, inconnus, que je devrais prendre.

Je voudrais vous décrire tendrement, avec des lettres rondes et ourlées, le goût du café, chaud et voluptueux, qui coule dans ma gorge, à cet instant, et le plaisir retrouvé, mêlé de soulagement, de la course de l’encre sur le papier.

lettreintime

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