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21 août 2015

La Couleur de l'eau, Kerry Hudson... Rentrée littéraire 2015

lacouleurdeleau "S'embrasser. Contact des bouches chaudes et douces, instant où elle ouvrait les yeux et sentait ses cils contre les siens, odeur qui lui donnait envie de lécher sa peau, parfois un quart de seconde quand ses yeux mi-clos étaient si près qu'elle ne voyait que lui, avec l'impression de regarder dans sa tête.
Ses mains, sur sa taille, tenant gentiment son menton, caressant la peau douce et pâle de son cou, un pouce suivant sa clavicule. La chaleur rassurante de son corps quand elle posait la tête sur sa poitrine, quand ses bras forts l'enlaçaient, quand elle sentait la respiration dans ses poumons, et parfois un battement doux et irrégulier de son coeur contre le sien.
Alena avait oublié tout cela. La douleur exquise de se sentir hors de danger, de désirer un autre corps, d'avoir soif d'une odeur, le réconfort de tendre vers tout cela qui lui était donné sans le tranchant de la peur ni la cruauté de l'appropriation."

Alena et Dave n'étaient sans doute pas destinés à se rencontrer. Elle, venue de Russie, pleine de rêves. Lui, élevé et porté par les espoirs d'une mère adorée, puis détruit par ses promesses, un mariage ridicule. Alena a vu ses rêves se briser à ses pieds dès l'aéroport, entraînée de force dans le milieu de la prostitution de Londres, remarquée par un vieil homme, maltraitée, séquestrée, menacée. Dave est vigile dans un magasin. Il prend la jeune fille la main dans le sac lors d'un menu larcin, la laisse partir. Alena voit dans cet homme doux un moyen de s'en sortir, de se mettre à l'abri, de fuir la rue dans laquelle elle vit depuis des mois après son départ providentiel du domicile de son exploiteur. Elle tente donc de s'accrocher à lui. Son plan est tout d'abord d'occuper le plus longtemps possible son canapé, puis la tendresse et l'amour rapprochent peu à peu ces deux êtres perdus.

La couleur de l'eau est un roman assez dense qui mérite que l'on ne se laisse pas désarçonner par ses premières pages. Car en effet, après de multiples allers et retours entre le passé et le présent, qui expliquent l'histoire individuelle des deux amoureux, mais dans lesquels le lecteur se perd un peu, il donne enfin toute sa puissance. Le récit se pose enfin et le charme d'une atmosphère, très londonienne, opère, à la fois douce, libre et terriblement dangereuse. J'ai refermé les pages de ce livre, séduite par sa fin, par les personnages, par tout ce que j'y avais rencontré, de douloureux et de beau. J'avais déjà lu de l'auteure Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer ma maman, et il est évident, au terme de cette seconde lecture, que Kerry Hudson excelle à se mettre dans la peau d'une certaine frange de la population anglaise. Un très bon moment de lecture.

Editions Philippe Rey - 21€ - 20 août 2015

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Commentaires
B
Il faut aimer ce genre de roman, portrait social avec pour fond cette ville bipolaire qu'est Londres, bipolarité qui se ressent dès le départ avec la rencontre dans un grand magasin non nommé mais dont on devine la classe sociale qu'il vise. <br /> <br /> Personnellement, je suis fan ! Je suis tombée amoureuse du personnage de David, taiseux, timide, s'excusant d'exister mais incroyablement tendre et attachant. L'auteur manie avec talent les retrospectives de sa vie et la mise en parallèle de sa vie d'antan avec celle de maintenant. David a un passé qui explique ce qu'il est au cours de l'action, un être blessé mais aimant, seul mais s'intéressant bien plus à l'émancipation de son coeur qu'à son émancipation économique. Le personnage est réussi, absolument pas superficiel. C'est lui qui fait toute la beauté du roman, et son rapport avec Alena bien évidemment mais que j'ai trouvé moins attachante, parce que plus mystérieuse, mais réussie également avec la mise en relief de la barrière de la langue (puisqu'elle est Russe), la confrontation entre les cultures et sa force de vie, car pas épargnée par la cruauté de son quotidien. <br /> <br /> Ce roman fait partie de mes coups de coeur !
A
Jérome : c'est possible. :)
J
je ne crois pas que ce soit mon truc. Si en plus le début est laborieux, je risquerais de ne pas avoir envie de persévérer.
N
Mince, encore une tentation... ;-)
A
Je suis tentée de le noter, mais j'attends avec curiosité le billet de Keisha.
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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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