09 février 2008

Si

cadenas

J’ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac, l’ai déposé bien en évidence sur le bureau.

Il faudra bien que je les écrive un jour, ces mots qui ne viennent plus, qui se tassent en moi.

Il faudra bien qu’il surgisse cet apaisement libérateur, ce déluge verbal qui me fait peur.

Je connais le pouvoir de mon écriture, je le redoute aussi.

Les larmes. Les palpitations du cœur. Les cris.

Je regarde un instant par la fenêtre, l’agitation de la rue, la lueur des réverbères, la beauté des pierres. J’ai déposé ce matin sur chaque touche de couleur un salut amical. Elles me le renvoient ce soir. Je serai bien ici.

Je suis arrivée hier au soir, je me suis enfuie, j’ai besoin de silence.

J’ai laissé là-bas pour un temps le trop-plein de mouvance, les paroles inutiles, son corps. J’ai récupéré le mien, j’ai pris de la distance.

J’ai choisi cette ville pour refaire le plein, m’absoudre de moi-même.

Et puis il y a cette clé qu’Anton m’a laissée, mon ami.

« Vas-y m’a-t-il dit,  c’est un peu plus loin, sur ta droite, après l’hôtel, fais moi confiance, tu seras surprise. »

J’y suis allée tout à l’heure, un enchevêtrement de chaînes, deux cadenas, une grille inamicale et au détour d’un mur, un jardin merveilleux de douceur, des herbes folles, des fleurs mauves, un cours d’eau, inattendu.

« Il appartient à mes parents, m’a-t-il précisé ensuite au téléphone, le sourire dans ses syllabes. Tu possèdes la clé des évènements, Anna, en toi. Tu sais très bien de quoi je veux parler, même si l’abord te paraît rude, il est peut-être temps de t’en servir. »

J’ai acheté un stylo à l’épicerie qui jouxte la mairie, en sortant du jardin.

Demain, je dessinerai sur le cahier à la couverture rouge la clé qui mène à mon chemin.

(Un texte émis suite à la consigne 63 du site Paroles Plurielles)

Posté par LESECRITS à 08:54 - - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Si

Un lieu pour soi, où l'on puisse faire revenir les mots enfouis, on en rêve tous. J'avoue que celui-ci est séduisant. Bien sûr, la beauté et le mystère de tes phrases ne sont pas étrangers à cette séduction. On voudrait en savoir plus sur ces deux personnages, avoir la clé pour rejoindre Anna. Ou au moins le numéro d'Anton pour qu'il nous en dise plus.

Posté par Seb, 09 février 2008 à 09:56

Il n'y a qu'ici que j'aime "les ruptures". A l'exception de la rupture intentionnelle - ou pas - d'avec le monde extérieur parfois, pour écrire... ou ne pas.

Bise bien amicale d'une flâneuse

Posté par Flaneuse, 09 février 2008 à 13:03

Qui ne rêverait pas d'un Anton dans sa vie...? Merci Seb.

Les ruptures ne sont pas qu'amoureuses, tu as raison de le souligner Flaneuse. Elles sont de toutes sortes, elles permettent souvent d'avancer.

Posté par antigone, 09 février 2008 à 14:03

Se retirer avec soi-même et s'écrire. Se découvrir, quel mystère toujours, comment réagir devant l'inattendu, l'insoupçonnable, la multiplicité, la diversité. C'est peut-être le "moi" réel qui en tremble, de peur de ne plus être préféré.
Un beau texte qui exprime bien cette descente ...
Bon week !

Posté par guelum, 09 février 2008 à 14:11

Merci Guelum...
Retrouver le chemin qui mène à soi-même.

Posté par antigone, 09 février 2008 à 14:15

avoir du temps, se retirer quelque part, quelques jours, être seul un tout petit peu, en tête à tête avec les mots...c'est bien tentant...Et Anton, quel beau prénom...

Posté par bel gazou, 09 février 2008 à 14:58

Bien tentant Bel Gazou...oui. Ce prénom là m'est venu comme ça, évocateur !!

Posté par antigone, 09 février 2008 à 16:27
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