30 mai 2009

Fin de l'histoire, François Bégaudeau

findel_histoireFlorence Aubenas est revenue, libérée après cinq mois de captivitée. Elle donne une conférence de presse. Elle est là pour répondre aux attentes des journalistes, avides de détails croustillants, de révélations ; elle est là pour donner des faits en pâture...mais ce n'est pas réellement ce qu'il va se passer. En 45 minutes et 14 secondes de récit, Florence Aubenas va incarner, avec humour, une femme...dans l'Histoire, une femme qui ne souhaite pas rentrer dans la légende...et François Bégaudeau est là, attentif aux sens cachés, aux sous-entendus, à ce qui peut-être compris et incompris, à ce qui est tu.

Mon avis ? J'ai lu ce titre, loin de la polémique qu'il a suscité, loin de l'indécence que l'on peut trouver dans ses lignes... J'ai lu ce titre comme si le temps avait fait son oeuvre, et l'oubli aussi... Et j'ai aimé le lire.
Bien entendu, je me suis demandée en le parcourant, si Florence Aubenas était en accord avec le fait que l'on parle d'elle, aussi intimement. Apparemment, une décharge a été signée... Apparemment, elle n'a pas lu ce roman. Et là n'est sans doute pas l'important, en somme, et autant le comprendre, pour apprécier le fond de cette
fin d'histoire.
François Bégaudeau y est égal à lui-même, à ce qui fait son charme, à ce qui provoque l'agacement aussi. Sur le même ton sur lequel il rédige, dans Muze, sa rubrique "Accroc à mon héroïne" il nous dresse ici le portrait de Florence Aubenas. Il s'appuie sur son discours, et en profite pour parler des femmes, de sa vie, avec des mécanismes d'écriture reconnaissables, par moment un brin macho, mais pour moi assez attrayants. En bref, j'ai aimé ce jeu d'écriture, sorti à mon avis trop tôt après la libération de l'ex-otage...

Un extrait...
"Donc c'que je vous propose, la façon d'faire qui me paraît la plus simple...je suis désolée j'ai la voix cassée, parce que j'ai pas parlé pendant cinq mois, là j'ai repris mon niveau normal, c'est-à-dire pour ceux qui me connaissent parler tout le temps rires donc du coup les cordes vocales se remettent en service Pendant cinq mois c'est pas sa famille qui lui a manqué, pas les Vins divins de son pays, ni ses livres si elle lit, ni ses enfants si elle en a, ni les crèmes hydratantes de sa salle de bains si elle habite quelque part. C'est parler. Là on lui offre une plage de quarante-cinq minutes, quarante-cinq minutes de talk show prononcez à l'américaine, trop beau pour être vrai, elle s'en lèche les babines avec sa langue bien pendue, la vie c'est parler ou alors c'est pas la peine, pour le silence on a toute la mort devant soi Donc c'que je vous propose... si vous n'en n'êtes pas d'accord poussez un hurlement, j'vous fais confiance... c'est de vous faire un récit un peu chronologique des choses"

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 07 078472 1 - 12.50€ - 08/07

Pour en savoir plus, ou peut-être mieux... Un article sur Remue.net - Et un autre sur Rue89 -

 

Posté par LESECRITS à 06:29 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags :


28 mai 2009

Sur Rodin, Rilke

sur_rodin

En 1900, Rainer Maria Rilke épouse Clara Westhoff, sculptrice et ancienne élève de Rodin. Il entreprend en 1902 un essai sur le maître et se rend donc sur Paris avec l'intention de le rencontrer. Rilke a alors 27 ans, et il est rempli de doutes sur son écriture et sur son art. Malgré la barrière de la langue et la froideur de l'artiste, le dialogue s'installe...le regard sur la création, le travail, devient un sujet de conversation fort entre les deux hommes. Rodin engagera plus tard Rilke en tant que secrétaire, et le logera dans sa maison de Meudon. Ils se sépareront brutalement, sur un malentendu, Rodin congédiant Rilke, mais le lien qui unit les deux créateurs restera réel. Ils se réconcilieront finalement quelques années plus tard...

Ce petit livre contient, outre un essai de Rilke sur la création d'après Rodin, quelques lettres envoyées par le poète à sa femme Clara ou à Lou Andréa Salomé. amour_coeur_passion_selon_rodin
J'ai éprouvé beaucoup d'intérêt à parcourir les pages de ce livre qui tient dans une poche... Ayant visité il y a quelques années le musée Rodin, j'ai retrouvé ce regard particulier que l'on ne peut s'empêcher de porter sur les oeuvres du sculpteur, cette fascination, ce trouble, cette force de la beauté des corps. Rilke note plus spécialement la démarche du maître, sa manière de partir des points de contact pour créer un ensemble, la technique qu'il a utilisé pour faire de la statue de Balzac, par exemple, l'oeuvre magistrale qu'elle est. J'ai aimé, également, retrouver la voix du poète, rencontrée ici et ici, reconnaissable par sa douceur, son enthousiasme et sa fragilité manifeste. Il m'a manqué, peut-être, de pouvoir contempler en même temps, au fil de ma lecture, les oeuvres citées...celles que je ne connais pas, mais c'est un livre que j'emporterai sans conteste si je retourne visiter le musée Rodin, juste pour sentir au mieux la présence de Rilke dans ses murs...

Un extrait...
"Il a plusieurs ateliers ; les uns, plus connus, où le trouvent les visites et les lettres, d'autres, perdus, dont personne ne sait rien. Ce sont des cellules, des pièces vides et pauvres, pleines de poussière et de grisaille. Mais leur pauvreté est pareille à cette grande pauvreté de Dieu où, mars venu, les arbres s'éveillent. Il y a en eux quelque chose d'un début de printemps : une discrète promesse et une gravité profonde."

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 87495 033 9 - 5€ - 2009

La fiche du livre sur le site déditeur (www.andreversailleediteur.com) Grand merci à Anne Wuilleret !!

Un docu-fiction a été diffusé sur Arte-Tv, intitulé "Rilke et Rodin"

Cette petit collection, toute récente, contient également des nouvelles d'auteurs tels que Maupassant, Barbey D'Aurevilly, Claudel, Nerval, etc... à suivre, donc !! Leiloona a lu un titre de Kipling !

Posté par LESECRITS à 06:45 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags :

25 mai 2009

Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, Didier Decoin

didier_decoinJ'ai attendu que les billets sur ce livre arrêtent de fleurir un peu partout sur vos blogs pour enfin m'y plonger à mon tour, sans à priori... Je craignais en fait d'être un peu déçue par cette lecture, mais ce ne fut pas le cas.

Que cache donc le titre, énigmatique et fort, de cet ouvrage ?
Dans le roman de Didier Decoin, il est question des dernières heures de la vie d'une femme, Catherine Kitty Genovese, poignardée une nuit froide de mars 1964, en bas de son immeuble, par un fou sanguinaire. Il est question de l'indifférence, ou du mutisme effrayé peut-être, de voisins, trente-huit au total, observant la scène derrière leurs fenêtres, sans bouger, sans lui venir en aide. Il est question de responsabilités, de justice, d'injustice, et de New York.

L'acte de violence décrit par Didier Decoin dans le livre a réellement été perpétré. Il a eu à l'époque un écho retentissant dans la presse, l'opinion se révélant outrée par l'attitude de non-assistance des habitants du quartier. Ce meurtre est ainsi, entre autres, à l'origine de la création de l'appel d'urgence, le 911.

Mon avis ? Je dois dire que j'ai eu quelques difficultés, dès les premières pages, à comprendre le parti pris de l'auteur...raconter un meurtre via le regard d'un voisin, absent au moment des faits. J'ai eu également quelques peines à suivre certains changements de point de vue. Et puis, cette histoire folle d'indifférence et de violence a pris de l'intérêt pour la lectrice que je suis et j'ai terminé ce "roman" - qui aurait plutôt à mon sens la forme d'un reportage romancé - très intriguée et heureuse d'avoir plongé quelques heures dans un univers new-yorkais daté.

Un livre, donc, à parcourir avec une grande curiosité ! Il montre, à l'instar de l'affaire de road hill house , que certains faits divers laissent une empreinte forte dans la conscience collective, dans l'histoire policière et dans nos comportements.   

"D'après le rapport des flics, ils étaient trente-huit. Trente-huit témoins, hommes et femmes, à assister pendant plus d'une demi-heure au martyre de Kitty Genovese. Bien au chaud derrière leurs fenêtres. Certains entortillés dans une couverture, d'autres qui avaient pris le temps d'enfiler une robe de chambre. Aucun n'a tenté quoi que ce soit pour porter secours à la pauvre fille."

bouton3 Note de lecture : 3.5/5

ISBN 978 2 246 68221 9 - 17.90€ - FEV 2009 - Collection "Ceci n'est pas un fait divers"

Un grand merci à Stéphanie et aux éditions Grasset pour l'envoi !!

Ce qu'en dit Clarabel - Lily a pu rencontrer l'auteur - Alice y était elle aussi - Lou regrette de ne pas y être allée mais a aimé ce livre brillant Ys a eu la même réticence que moi sur la forme - Quant à Anne, elle s'est ennuyée...

Posté par LESECRITS à 06:45 - - Commentaires [19] - Permalien [#]

22 mai 2009

Litost, Domas

litost

"Alors, qu'est-ce que c'est la litost ?
La litost est un état tourmentant né du spectacle de notre propre misère soudainement découverte."
Milan Kundera, "Le livre du rire et de l'oubli"

Tel est "à peu près" l'état d'esprit du personnage de cette histoire...qui déambule dans sa vie, en pleine crise d'identité, en se posant des questions sur l'amour, sur l'existence. Des idées noires laissent la place à de jolis moments poétiques, oniriques ou une sorte de double, d'ombre, vit une vie parallèle, transcendée.

litost_1J'ai aimé les planches de cette BD à l'univers très agréable, la mise en page, le noir et blanc souligné de rose - ou de rouge - l'humour aussi.
Les vignettes semblent traversées de vent, d'air et d'espace, et puis elles reviennent tranquillement à un quotidien identitifiable : Marseille, des terrasses de café, le port, les rues...

Un joli moment donc, parfois un peu naïf, mais qui trace avec justesse sa voie vers certains bonheurs essentiels de la vie.
A découvrir !

Quelques planches à voir ici, et des lectures...

ISBN 978 2 84953 065 8 - 13.9€ - Mai 2008

Posté par LESECRITS à 06:11 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags :

21 mai 2009

Gloire, Daniel Kehlmann

GLOIRE

Ce recueil de nouvelles est présenté comme un "roman en neuf histoires" et il est à peu près cela, effectivement, ce livre, si l'on veut...un roman que l'on aurait découpé en neuf points de vue et morceaux d'un tout. Et pourtant, c'est autre chose... Personnellement, je préfèrerais dire que Gloire est un recueil de nouvelles dans lesquelles nous retrouvons, au fil des pages et comme par surprise, les personnages des nouvelles précédentes. L'auteur s'amuse beaucoup, avec nous, avec les protagonistes de ses histoires, et avec son écriture. Autant vous dire que les ressentis peuvent être variés à la lecture de ce livre... Personnellement, il m'a beaucoup plu.

Les thèmes en sont la célébrité, la création littéraire, la communication, l'anonymat et peut-être également le mensonge et la sincérité. Une critique de notre société aride et acide, sans concessions, qui ferait presque froid dans le dos si elle n'était aussi ironique.

Petit résumé en quatrième de couverture...
"Un homme ordinaire reçoit de nombreux appels destinés à une célébrité et se prend au jeu ; un acteur de cinéma ne reçoit plus d'appels et commence à douter de sa carrière ; un richissime écrivain de livres de sagesse renie tout ce qu'il a professé jusqu'alors ; une femme décide de mourir, et se révolte contre l'écrivain qui l'a inventée ; un écrivain de romans policiers se perd en Asie centrale où son portable ne fonctionne plus ; un cadre supérieur gagne, grâce à son portable, le pouvoir de ne plus se trouver là où on l'imagine ; et l'acteur du début, cherchant enfin l'anonymat, compte se servir de son double..."

Un extrait...qui m'a interpellée...et questionnée, aussi.
"Lire des livres, ce n'est pas un métier, voilà ce que m'avait dit un jour mon père, et, si grande qu'ait été ma colère en entendant cela, je ne dirai pas autre chose à mes enfants lorsqu'ils auront le même âge : lire des livres, ce n'est pas un métier. J'étudiai donc l'électrotechnique en me spécialisant dans la communication mobile, je me documentai sur les téléphones portables analogiques de l'époque (cela me paraît remonter à une éternité), les codes SID et MIM, et tous les systèmes permettant d'envoyer dans le monde entier une voix humaine en quelques millionièmes de seconde, j'entrai dans la vie active et m'habituai à la paresse des après-midi de bureau où flottait une odeur de café et d'ozone. J'eus d'abord cinq, puis sept, puis neuf personnes sous mon autorité, je constatai avec stupeur que les gens ne peuvent travailler ensemble sans se détester et qu'on ne peut leur donner d'ordre sans être haï par eux, je fis la connaissance d'Hannah que j'aimais plus qu'elle ne m'aimait, je devins chef de service avant d'être muté dans une autre ville ; c'est ce qu'on appelle faire carrière. Je gagnais bien ma vie, j'étais très seul, le soir je lisais des oeuvres latines avec l'aide d'un dictionnaire ou je regardais à la télévision des comédies entrecoupées par les rires d'un public fantôme et j'acceptais l'idée que la vie est ainsi faite et que les occasions de décider par soi-même restent rares."

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 7427 8084 6 - 18€ - FEV 2009

La lecture de Cuné, conquise - Les buveurs d'encre ont aimé - Une interview de l'auteur sur Evene - "Une pure merveille" pour Cathulu ! - L'avis de Miss Orchidée, également enthousiaste...

Posté par LESECRITS à 06:32 - - Commentaires [21] - Permalien [#]


19 mai 2009

L'arbre d'ébène, Fadélà Hebbadj

l_arbre_d__b_neNasser, petit garçon malien de 10 ans, raconte. Il raconte le Mali, le bateau qui les a emmenés un jour vers la France, fausse terre d'asile, la violence, le squat, les marabouts, l'amour imparfait des blancs. Nasser raconte aussi sa découverte de la lecture, des livres, la solitude peuplée de cauchemar, la construction difficile d'un jeune esprit livré à lui-même, abondonné des adultes. Nasser raconte la peur.

J'ai étrangement beaucoup aimé lire ce récit, pourtant très dur, peuplé de visions difficiles et de terreurs d'enfants. Malgré quelques petits détails pratiques qui m'ont semblé parfois invraisemblables, ce roman où retentit la voix d'un jeune garçon est très fort, lumineux, et donne pour une fois la parole à ceux qui arrivent vers nous, remplis d'espoir. Quelques reportages vus sur le sujet me sont revenus en mémoire, et leurs images se sont alors interposées entre le texte et ma lecture... Notamment, ces coups distribués par des passeurs cruels sur des corps fatigués et hébétés, ces "sans papiers" assis dans une église, ou encore de grosses larmes d'enfant glissant sur une joue...
Un texte à découvrir, il me semble, malgré ses imperfections...

Un extrait...
"J'ai pleuré sur le sable. Il m'a caressé le corps toute la nuit. Le sable chaud du Sénégal... Le sable chaud et le bruit des vagues consolaient mes pieds. J'ai pleuré sur le sable mouillé et sur ce matelas moelleux je me suis endormi.
J'avais six ans sur le sable et la pirogue, six ans dans les odeurs qui font pleuvoir des images à déchirer les souvenirs. J'avais six ans sur le sable froid de Marseille où les hommes se sont séparés pour quitter leur village, six ans dans une tunique tâchée de sang que Mama portait sur son dos. J'avais six ans aussi quand j'ai connu Yvonne, après le maudit voyage sur le cayuco."

bouton3 Note de lecture : 3,5/5

ISBN 978 2 283 02352 5 - 14€ - Juin 08

Lu dans le cadre du  prix_biblioblog_2009 et ce grâce à Amanda, qui a eu une lecture moins convaincue que la mienne pourtant, merci pour le prêt !!

La lecture "coup de coeur" de Laurence sur Biblioblog - L'avis de Cuné, enthousiaste...

Posté par LESECRITS à 06:33 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :

15 mai 2009

Chârulatâ, Rabindranath Tagore

Chârulatâ est une épouse délaissée. Son époux, Bhupati, consacre tout son temps à la survie du journal qu'il a fondé, mais soucieux tout de même de distraire sa femme il confie à son jeune cousin Amal, étudiant, l'éducation de la jeune femme et les encourage à discuter littérature. Ceux-ci se rapprochent, s'amusent à des jeux affectifs innocents. Leurs rapports prennent très vite un caractère exclusif qui effraie le jeune homme. Ce dernier acceptera en hâte un mariage arrangé qui l'éloignera finalement du pays et le fera émigrer vers l'angleterre...

"charulataTagore a 39 ans quand il écrit Chârulatâ. Plusieurs de ses biographes ont vu dans ce court roman le souvenir des relations que le jeune Rabindranath entretenait avec la femme d'un de ses frères aînés. Elle n'avait que sept ans de plus que son beau-frère dont elle partageait les goûts littéraires. Elle se suicida à l'âge de 25 ans, quelques mois seulement après le mariage du poète." (quatrième de couverture)

Ce petit livre est le deuxième roman inédit de Tagore édité chez Zulma.
Il est plus profond qu'il n'y paraît au préalable. On en commence les premières pages en se demandant où les jeux d'écriture des deux personnages désoeuvrés vont les mener et on en referme les derniers feuillets avec l'impression d'avoir lu un petit bijou littéraire.
J'ai surtout aimé ces passages très forts pendant lesquels Chârulatâ se questionne, ne comprend pas cette peine qui la submerge suite au départ d'Amal. Son désespoir quand elle réalise, un peu tard, les sentiments qu'elle ressentait pour le jeune étudiant est ce qui m'a semblé de mieux rendu par l'auteur. Me sont revenus étrangement en mémoire quelques passages de La chartreuse de parme de Stendhal...sans doute à cause de cette manière un peu excessive qu'à l'héroïne d'exprimer sa souffrance.
Un roman que je vous conseille chaudement, surtout si vous êtes adeptes de drames amoureux - vous serez servis !!

Un extrait...
"Châru était elle-même stupéfaite du caractère insupportable de sa douleur et de son agitation intérieure. Elle craignit une maladie mentale incurable. Elle n'arrêtait pas de se demander pourquoi elle avait tant de peine. (Qu'est-il pour moi, cet Amal, qu'il me faille tant souffrir à cause de lui ? Que m'est-il arrivé ? Que m'est-il arrivé après si longtemps ? Les servantes, les serviteurs, les porteurs, tous circulent dans la rue sans soucis, pourquoi, moi, ai-je subi cette épreuve ? O Seigneur Hari, pourquoi m'avoir exposé à un danger pareil ?) Elle ne cessait de se poser des questions et de s'étonner. Sa douleur n'admettait pas de répit. Le souvenir d'Amal occupait tant de place à l'intérieur comme à l'extérieur qu'elle ne voyait pas où s'enfuir."

bouton3 Note de lecture : 4.5/5

ISBN 978 2 84304 441 0 - 15€ - Février 2009

Satyajit Ray en a fait un film en 1964... L'extrait a un petit côté kitsch assez éloigné du roman, mais très rafraichissant !

Posté par LESECRITS à 06:31 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
Tags :

11 mai 2009

Antigone 256, Jacques Cassabois

antigone_256Ce titre des éditions Hachette Jeunesse est une petite curiosité à laquelle je n'ai pas pu résister...

Il s'agit cette fois-ci encore de la retranscription du mythe d'Antigone, mais ici sous forme de prose.
Jacques Cassabois se place dans la lignée de ses illustres prédecesseurs, vingt cinq siècles après sa création (seule explication que j'ai trouvée au nombre 256 étrangement accolé au prénom, en titre). Il cite notamment et en préambule Jean Anouilh, Bertolt Brecht, Jean Cocteau, Jacques Derrida, Eschyle, Euripide, Robert Garnier, Robert Graves, Goethe, Hegel, Hölderlin, Jung, Kierkegaard, Bernard-Henri Lévy, Conor O'Brien, Charles Maurras, Jean Racine, Karl Reinhart, Sophocle...mais semble oublier Henry Bauchau (?!).

"Deux frères s'affrontent et s'entretuent. L'un a le droit à des obsèques, l'autre est livré aux bêtes sauvages. Ainsi en a décidé leur oncle, le roi Créon. Mais leur soeur, Antigone, refuse cette loi. Elle se dresse, seule, fière, fragile. Antigone ! Fille d'Oedipe ! L'héritière ! La petite."

Bien évidemment, je n'ai rien appris de neuf en parcourant cette nouvelle version d'Antigone, et l'écriture de Jacques Cassabois m'a semblé relativement exempte d'émotions. Cependant, ce texte ne m'a pas pour autant laissée de marbre. Il a un intérêt, celui de bien expliquer les tenants et aboutissants du choix d'Antigone : permettre à Polynice de bénéficier des rites funéraires que son oncle lui refuse. Il met également en perspective la politique de dureté de Créon.
Thèbes est l'enjeu. La ville a été le théâtre de l'inceste d'Oedipe, de sa fuite, de la bataille fratricide des ses fils pour le pouvoir. Pour Créon, Thèbes a besoin d'un maître, à la poigne ferme, sans concessions. La tragédie s'accomplissant, il ne pourra que s'en mordre les doigts...

"Un piège...marmonne-t-il. Je suis tombé dans un piège. Vouloir l'ordre, le bien public, et se laisser entraîner, choix après choix, par fidélité à un projet, à répandre le désordre, jusqu'au chaos dans sa propre famille... Vanité de l'ordre... vanité des projets et des conquêtes... vanité suprême du bien... Gouverner, décider, imposer le respect des lois pour que vogue le navire de la cité... et payer son exigence avec son propre sang... vanité, vanité..."

J'ai été un peu surprise que l'affrontement entre Antigone et son oncle soit reproduit sur une très courte durée, et que ce soit Hémon, fiancé de l'héroïne, qui porte devant lui le drapeau de l'opposition, mais quelques scènes sont assez fortes et l'ensemble plutôt une bonne approche du mythe...

ISBN 978 2 01 201203 5 - 12€ - 08/07

Une lecture chez Ricochet-Jeunes - C'est un livre "non lu" pour Nulle et je comprends son énervement ;o) - Lionel Labosse en fait ici une lecture très érudite...et pointe du doigt quelques erreurs.

Posté par LESECRITS à 06:14 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags :

09 mai 2009

Seize nouvelles

SEIZENOUVELLESCe recueil de "nouvelles", ou plutôt textes courts, a été édité à l'occasion des dix ans du Prix Wepler-Fondation la Poste, chez les éditions Thierry Magnier.
Lié a la création de la librairie des Abbesses à Paris, le "Prix Wepler-Fondation la Poste" vise à offrir à des auteurs contemporains une renaissance et une visibilité que l'instigatrice du projet considère comme figée par les autres prix littéraires.

Ce prix ne vous dit sans doute pas grand chose mais sachez que le dernier a été attribué à Emmanuelle Pagano pour Les mains gamines et qu'il y a du beau monde dans ce petit livre, tous primés un jour : Thierry Beinstingel, François Bon, Eric Chevillard, Florence Delaporte, Louise Desbrusses, Brigitte Giraud, Pavel Hak, Hélèna Marienské, Laurent Mauvignier, Marcel Moreau, Richard Morgiève, Yves pagès, Olivia Rosenthal, Alain Satgé, Vincent de Swarte, Antoine Volodine.

J'ai lu ce petit ouvrage coloré, et joliment illustré, avec curiosité et force a été de constater que les textes édités sont de qualité relativement inégales. Il ne faut pas s'attendre à y trouver "des nouvelles" à proprement parler mais plutôt des réponses à un défi, ou à une commande, celle d'une "recette secrète" à dévoiler. Chacun a donné sa version du thème, comme dans un atelier d'écriture. On peut les imaginer tous réunis autour d'une table... Les résultats sont souvent plutôt amusants. Une mention spéciale pour le texte d'Olivia Rosenthal que je vais reproduire ci-dessous, qui m'a beaucoup plu, et pour celui de Vincent de Swarte, intitulé "je suis mort", très fort en émotions.

"Recette pour ne pas

Pour ne pas, c'est très simple. Il suffit de. On peut s'en tenir là. Il faut se. Mais pas trop toutefois. Sinon, ça prêterait à. On pourrait être qualifié de. Si du moins on. Donc ne pas. Se réjouir. Ne pas. Courir. S'élancer. Ne pas briser. Garder sa place. Son calme. Etre furieux mais dans l'ordre. Ne pas. Faire de vague. Ne pas. Prendre le large. Ne pas. Rugir. Suffoquer. Ne pas attirer les regards. Ne pas bousculer. Ne se fier à personne. Sourire. Ne pas s'énerver. On pourrait être contraint de. Ne pas. rester uniforme. Seul. Très. Lisse. Très. Dur. Très opaque. Impénétrable. Absent. Ne pas s'adonner à. Ne pas désirer. On pourrait vous le. Ne pas. Ne pas s'exposer. Etre constant. D'une constance à toute épreuvve. Et presque sans limite. Presque. Mais toutefois ne pas. Etre poli. Ne pas. Donner prise. Ne pas. Penser. Parler. Eprouver. Ne pas posséder. Trop dangereux. Etre non violent. Ne pas. S'éloigner. Ne pas y croire. Ne pas. S'aventurer. Les autres en profiteraient pour. Ils s'accrocheraient à. Ils auraient raison de. Vous seriez foutu. Ne pas. Ne pas leur donner raison. Faire en sorte que. Ne pas. Etre là. Ne pas. Demander. Ne pas. Dire je voudrais. Dire je souhaiterais. Dire je préfèrerais. Dire je pourrais. Ne pas préférer. Ne pas souhaiter. Ne pas vouloir. Ne pas pouvoir. Ne pas manquer. Ne pas avoir. Ne pas espérer. N'être pour rien. Pour personne. Pas même pour soi. Ne pas."

ISBN 978 2 84420 705 0 - 13€ - 2008

Posté par LESECRITS à 06:26 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags :

07 mai 2009

Laver les ombres, Jeanne Benameur

laver_les_ombresDécidément, me voici en ce moment -et ce depuis Café Viennois - dans des lectures qui mettent en avant des relations mères-filles idéales...mais aussi des moments de communions féminines intenses - à l'instar également du Coeur cousu, lu plus tôt.

Dans ce roman-ci, le personnage principal, Léa, danse.
Perfection des mouvements, maîtrise des muscles...elle jette tout dans une exigence du corps qui l'éloigne du reste, de son enfance, mais aussi de ces histoires d'amour dans lesquelles elle n'arrive jamais à se perdre... En pleine tempête, elle fuit l'homme qui l'aime et part retrouver la femme qui l'a mise au monde. " Sa mère a murmuré [au téléphone] qu'elle avait des choses, importantes, à lui dire". Léa veut savoir, mais elle ne se doute pas du pouvoir des mots...

"Romilda se tait. La vieille dame se lève, sans rien regarder. Elle marche les yeux à terre, va à la cuisinière. Elle a fait du pain. C'est un rituel de bienvenue entre elles deux. Pourtant elle ne savait pas que sa petite viendrait.
Elle ne se doutait pas quand elle pétrissait la pâte que c'est ce soir qu'elle parlerait.
Dire tout ? à son propre enfant ?
Le coeur est déjà empesé. Depuis si longtemps. Comment laisser des mots rassembler la honte ?
Comment une langue peut-elle articuler ce qui pèse ce qui broie ?
Le souffle de la parole peut-il donner forme à la mort ?"

Ce roman de Jeanne Benameur m'a touché. J'ai envié ce qui lie Léa à Romilda, cette compassion qui les jette l'une contre l'autre dans la tempête, cet amour sans jugement, ce pansement mis si aisément sur le passé. Cependant, avoir lu ce livre là après Le coeur cousu, lui a valu une lecture plus mitigée de ma part qu'elle ne l'aurait sans doute été par ailleurs... J'avais envie de plus...plus d'émotions, de sentiments et plus de péripéties !! Deviendrais-je bien exigeante ?
Et pourtant, ce livre là est encore un roman, dense de féminité, à se transmettre sans réfléchir de main en main...féminine.

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 7427 7701 3 - 15€ - AOUT 08

Lu dans le cadre du  prix_biblioblog_2009 - La lecture de Yohan sur le site

Des lectrices en pagaille : Lily, Sylire, Clarabel, Alice, Bellesahi, Leiloona, ...

J'avais lu, du même auteur, Présent ?

Posté par LESECRITS à 06:43 - - Commentaires [27] - Permalien [#]
Tags :