25 janvier 2015

La Saison des mangues, Cécile Huguenin

lasaisondesmangues

 "Qu'importe, se dit-elle, si c'était à refaire elle retournerait dans le temple de Kanchipuram s'asseoir sous le manguier magique à quatre troncs qui exauce les souhaits."

De nos jours, à Paris, une femme tente par les épices de retrouver les saveurs de son pays et de son enfance. La mère d'Anita, d'origine indienne, a été mariée autrefois par son propre père à un Major anglais fortuné et en vue. Mais Radhika vit un calvaire en Angleterre, près de cet homme qui s'avère tyranique et rigide, et ne s'en sort qu'en empoisonnant son mari. Elle fuit avec sa fille en Inde et rencontre dans l'avion François, un jeune homme sympathique et féru de culture indienne, qu'Anita finira par épouser. Mira, à la peau couleur de mangue, est l'enfant de ce couple. Lorsque ces derniers décident de vivre à Paris, inquiets pour la santé défaillante de François, l'enfant peine à trouver sa place. Porteuse de diverses origines, c'est finalement plus tard en Afrique qu'elle se sentira chez elle, un petit albinos qu'elle a adopté, prénommé Yacou, dans ses jupes. Laurent, un jeune garçon d'origine plus bourgeoise, en quête d'identité et d'humanitaire, la découvre ainsi. Entre eux deux naît tout de suite une grande complicité, comme si les deux jeunes gens se connaissaient depuis toujours... 

J'ai passé un excellent moment de lecture avec ce roman d'une belle sensualité qui propose également de beaux portraits de femmes. Le personnage du jeune garçon, Laurent, n'est cependant pas en reste. Il est sans doute effectivement celui qui m'a le plus intrigué et intéressé dans ce texte. La Saison des mangues est un curieux récit, qui semble parfois partir dans tous les sens, faire fi de la chronologie, frôler le surnaturel, le délire psychologique, puis retomber des deux pieds dans un réel rassurant et bienveillant étonnant, comme si tout à coup quelqu'un avait rallumé la lumière. Il est tentant au début de cette lecture de penser que l'auteure va s'enferrer dans un roman purement indien mais la narration sait avec légèreté déjouer les pièges de l'attendu et nous emmener dans un voyage finalement aussi imprévisible que dangereux. A découvrir.

Editions Heloïse d'Ormesson - 17€ - 15 janvier 2015

Un très bel article de Sarah par ici [clic] 

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18 janvier 2015

En cheveux, Emmanuelle Pagano

encheveux"Du châle, elle savait apprécier la valeur, la délicatesse, la souplesse du tricotage, la finesse des mailles, elle connaissait la rareté de la soie marine. Il était trop précieux pour le rabaisser en faire-valoir, en objet de séduction. Il allait avec ses cheveux, aussi blond qu'elle était brune, mais avec les mêmes reflets, et il allait aussi merveilleusement avec sa peau. Il était doux sur sa peau travaillée par le grand air. Les boucles qui s'échappent du galon chatouillaient cette peau au ventre, aux épaules, à la nuque, dans le dos. Elle se mettait nue devant le miroir pour l'admirer sur elle, elle tournait le dos au soleil pour qu'il lève dans le châle des blondeurs chaudes et consolantes, consolantes d'elle ne savait plus quoi. C'était le seul vêtement de valeur, le seul accessoire féminin qu'il lui plaisait de porter, mais toujours en cachette, et dont elle aimait, à même sa peau rêche, le contact reposant, envoloppant, remontant, depuis les fonds marins, du soleil dans ses mailles."

encheveux1

La narratrice a confié le châle de sa tante à un musée. Ce châle est précieux car travaillé en soie de mer, un fil soyeux élaboré par un coquillage bivalve, la grande nacre de Méditérranée. La rareté de l'objet lui a naturellement donné sa place dans les collections du musée des Confluences de Lyon. Alors qu'elle vient l'observer, obligée de le toucher avec des gants à présent qu'il ne lui appartient plus, elle laisse ses souvenirs remonter à la surface, ceux liés à son étonnante et libre tante Nella principalement, à Bice l'autre soeur discrète, mais également à son père, haute figure fasciste que les femmes de la famille craignaient beaucoup. La sensualité du vêtement se mêle à une histoire de fratrie trouble et tendue, exacerbée par d'anciennes affinités, une vision de la femme italienne conservatrice et des caractères forts. 

Retrouver l'écriture d'Emmanuelle Pagano est toujours pour moi un moment assez précieux. J'ai aimé être de nouveau plongée ici dans une narration qui, partant de l'objet et de la matière, sait aller vers l'imaginaire. Telle est d'ailleurs la volonté de cette collection qui convie des écrivains à traiter comme objet narratif un des éléments du véritable cabinet de curiosités que constitue le fond du musée des Confluences de Lyon. De plus, ayant eu le plaisir de l'entendre jeudi dernier lire quelques extraits de son prochain titre Ligne et Fils en lecture publique dans ma ville, j'ai pu faire le rapprochement entre ce récit et l'intérêt plus large de l'écrivain pour le tissage du fil. Elle nous a parlé de sa manière d'écrire, de ses recherches préliminaires, mais également de son plaisir de partir d'éléments concrets, presque terre à terre, le mot prose et prosaïque étant proches et complètement imbriqués dans son travail. C'est certainement ce qui me plaît beaucoup et me parle infiniment encore dans ce récit. J'ai hâte à présent de découvrir son prochain titre qui paraîtra début février chez POL.

Editions Invenit - Récits d'objets - 10€ - 14 novembre 2014

Les lectures de... Blablamia - Clara - Mirontaine - Pour en savoir plus sur cette collection [clic ici]

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16 janvier 2015

Conception, Chase Novak

conception

 "Le lendemain matin, les jumeaux sont libérés de leur chambre par leur mère, qui semble pleine d'entrain pour attaquer la journée. Elle porte un blue-jean neuf, ce qui pourrait signifier qu'elle est vraiment allée dans un magasin. Malgré son sourire, Adam remarque une nouvelle trace de coup sur le côté de son visage. Alice et lui savent que leur père la frappe parfois. Mais il savent aussi que parfois, c'est elle qui le frappe. Et parfois, ils font semblant de se battre par jeu et il se passe des choses...
Secret de famille."

Alex et Leslie Twisden ont tout pour être heureux, l'amour, un bon travail, une maison bien située dans Manhattan, et beaucoup d'argent. Mais avoir un enfant manque à leur vie, Alex voudrait un héritier. Après de nombreux échecs, le couple décide de s'envoler vers la Slovénie pour la solution de la dernière chance. Ils rencontrent là-bas un étrange docteur Kiss qui leur administre un traitement brutal. Quelques jours plus tard Leslie est enfin enceinte. Mais sa grossesse est entachée de nombreux soucis esthétiques, sa pilosité augmente en effet de manière hallucinante. Heureusement, des jumeaux naissent finalement, Alice et Adam, aussi intelligents que beaux, et obéissants.

Ce qui m'a fortement attirée vers ce titre est l'allusion faite en quatrième de couverture par The New York Times à Rosemary's baby, un roman glaçant qui m'avait impressionnée plus jeune. Conception n'a pas vraiment la même qualité littéraire, loin s'en faut, mais fonctionne très bien dans son genre. J'ai bien accroché aux premières pages puis ai été très vite surprise par le tour un peu rocambolesque des évènements. Finalement prise par l'intrigue, j'ai ensuite été tenue jusqu'à la fin, le souffle coupé. Il est intéressant en fait de découvrir dans les premiers instants les sentiments contradictoires de Leslie face à la maternité et la volonté féroce d'Alex de poursuivre sa lignée. Constater ensuite que le passage en Slovénie (haut lieu de l'irrationnel ?) était une erreur est facile. Pour autant, le lecteur s'habitue à l'étrangeté d'Alex et de Leslie devenus parents, à leurs moeurs soudain animales, sauvages, et même dangereusement cannibales. Adam et Alice sont des enfants touchants et sensibles, projetés à leur corps défendant dans un monde qui les dépasse, certains de leurs vérités, condamnés à fuir leur parents, accrochés aux mains du seul homme qui accepte de les protéger, leur professeur. Ce roman est une lecture divertissante qui tient parfaitement en haleine et intrigue, mais également dérange car Conception a le talent de frôler au plus près le réel sans jamais tomber dans le grotesque.

Editions Préludes - 14.90€ - 6 janvier 2015

Un très bon billet (plus complet) sur le blog de Blablabla mia 

 

 

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13 janvier 2015

Un parfum d'herbe coupée, Nicolas Delesalle

unparfumdherbecoupeeCe livre est arrivé sans prévenir dans ma boîte aux lettres. Mais en fait, j'avais déjà lu ce texte en version numérique [ici], chez Storylab. Je l'avais lu sur ma liseuse à l'époque et je n'avais sincèrement pas été complètement conquise.

"Le texte est composé de courts moments en forme de souvenirs d'enfance. L'écriture de Nicolas Delesalle est alerte, ironique, un peu gouailleuse, plutôt agréable. J'ai adhéré au style de l'auteur. Il est seulement parfois difficile d'être touché par les souvenirs des autres et ici quelque chose n'a pas fonctionné pour moi malgré la sincérité évidente de l'ensemble."

Nicolas Delesalle est grand reporter à TéléramaUn parfum d'herbe coupée est son premier écrit littéraire. Il a reçu le Prix des lecteurs du livre numérique en 2013.

Malgré mes bémols, je tenais cependant à parler de ce titre et du remarquable travail d'édition de Préludes, la maison d'édition grand format née tout dernièrement des éditions du Livre de Poche, car leurs livres sont vraiment très beaux (je lis un autre de leurs romans en ce moment).

Editions Préludes - 13.60€ - 7 janvier 2015

L'avis de Keisha - Clara - et l'Irrégulière

 

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01 janvier 2015

L'Oeil du prince, Frédérique Deghelt

loeilduprince

 "Je sais bien maintenant que la souffrance, ce n'est pas ça. On ne va pas mal, on est comme éparpillé en soi-même. On ne peut plus se rassembler. Et ce qu'on donne à lire aux autres, n'est-ce pas le résultat de cette disperson effrayante ?"

Chacun à leur tour, à des époques différentes, cinq personnages nous racontent leur histoire. Nous les suivons à un moment clé de leur vie. Alors que Mélodie assiste au festival de Cannes dans les années 80, en 1964 Yann fuit le décès de sa femme et de l'enfant qu'elle portait. Puis, c'est une conversation épistolaire entre deux amants résistants que nous parcourons, la seconde guerre en France les ayant étrangement réunis. Pour revenir à une époque plus récente à Yann rencontrant la femme de Benoît, Anna. C'est cette dernière, la dernière voix du livre qui nous fournira, alors qu'elle porte un regard désabusé sur ses années de vieillesse, les éléments ultimes qui clôtureront l'histoire de tous ces personnages.

Lire cet Oeil du Prince de Frédérique Deghelt n'a pas été chose désagréable, loin s'en faut. L'auteure a une écriture prenante et elle a su avec quelques passages arrêter parfois ma lecture. Il y a facilement des petites remarques à prendre pour soi ici et là. J'ai été cependant déstabilisée dans les premières pages par le ton adolescent et acide de Mélodie, pas emballée à ce moment là par le style, et puis plus accrochée par la suite, surtout par des personnages tels que Yann, Benoît et Anna. Mais il est dommage, il me semble, que l'ensemble soit si éparpillé, manquant de force et d'unité, et que le poids narratif des explications n'arrive véritablement qu'à la fin.  Un arbre généalogique est éventuellement à consulter en début de roman, je l'ai fait mais j'ai oublié d'y revenir. Bref, une lecture en demi-teinte, donc.

De l'auteure j'ai préféré Les Brumes de l'apparence et La vie d'une autre.

J'ai lu - 14€ - Septembre 2014

D'autres lectures... Une petite déception pour Sylire - Canel n'a pas été conquise - Enna n'a pas aimé non plus - Un très bon moment de lecture pour Gambadou - Une belle découverte pour Sandrine - Un très joli roman pour l'Irrégulière ... - Les avis sont très partagés !

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