25 octobre 2014

Profanes, Jeanne Benameur

profanes "Les mots de l'amour il faudrait se contenter de les dire au-dessus de l'eau qui coule, dans le vent au bord de la mer. Qu'ils soient portés loin. L'amour on ne devrait jamais l'enfermer, ni dans les bouches, ni dans les coeurs. C'est trop vaste."

Octave Lassalle, ancien chirurgien, a décidé de composer une équipe qui veillera sur lui nuits et jours. Il a quatre-vingt-dix ans et pour lui le moment est venu, que l'on s'occupe un peu plus de lui, mais également de mettre de l'ordre dans sa vie et dans sa grande maison. Ils sont quatre, un homme et trois femmes, choisis scrupuleusement, ressentis avec force. Ils ont comme lien commun de ne pas croire en Dieu mais ont en eux cet espace vide qui laisse supposer le doute. C'est ce qui intéresse le vieil homme au plus haut point, cet espace vide, mais aussi ce que ces présences pourraient chambouler en lui et chez lui, les interactions qui vont pouvoir se créer ainsi, pudiquement. Octave est un être curieux et sensible, attentif. Il souffre encore du décès de sa fille unique, Claire, du départ de sa mère, bouleversée qu'il ne se soit pas décidé à sauver leur enfant de ses propres mains. Comment Marc, Hélène, Yolande et Béatrice vont-ils trouver leur place auprès de cet homme ?

C'est un titre d'une grande sensibilité et d'une grande poésie que Jeanne Benameur a écrit là. Tout est dans l'effleurement, l'attention silencieuse à l'autre, dans les méandres de la pensée, la torture vigilante des souvenirs. Il faudrait être de bois pour ne ressentir aucune émotion à lire ce livre. J'ai donc été émue, touchée, troublée et emportée par la beauté des instants créés et des phrases, bien sûr. Il m'aurait cependant fallu un peu moins de bons sentiments et un peu plus d'acidité pour m'en faire un véritable coup de coeur, certainement. Mais je suis difficile, je chipote. Jeanne Benameur m'a permis, avec ses mots qui s'adressent directement à l'âme, de reprendre le chemin soudain perdu de la lecture, et ça ce n'est pas rien. J'ai retrouvé avec plaisir sa plume, sa voix, sa profondeur et ses intentions. Et bien oui, j'ai été prise, j'ai aimé. Ce roman est un très bon titre de l'auteure.

Editions Babel - 7.80€ - Mai 2014 - Merci ma bibli !!

Grand Prix RTL Lire 2013

Un livre d'une intensité rare pour Clara [clic] - Delphine ne savait pas comment en parler tellement il lui a parlé à elle [clic] - Noukette était à la maison [clic] - Beaucoup d'émotions chez Géraldine [clic] - Un livre comme elle les aime pour "un autre endroit pour lire"  [clic] - A lire absolument pour Aifelle [clic] - Un coup de coeur pour Sylire [clic] - ... [Tout Jeanne Benameur sur ce blog]

 

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14 octobre 2014

La Fabrique du monde, Sophie Van der Linden

lafabriquedumonde

"Comment vais-je supporter cela, leurs conversations excitées, leurs petits bonheurs, tout ce qu'elles ont vu, bu et mangé pendant trois jours, tout ce qui va nourrir leurs conversations et leurs pensées pendant des semaines, parce que c'est tout ce qu'elles auront réellement vécu en un an ? Comment vais-je supporter cela sans parler de moi, de ce qui m'arrive ?"

Mei travaille, vit et dort dans l'usine dans laquelle elle a été embauchée en arrivant de son village. Elle est une ouvrière chinoise, banale et anonyme, et coud toute la journée, à toute vitesse, des vêtements qui iront remplir des boutiques européennes. Son quotidien est fait d'une existence sans cesse partagée, où l'intime n'existe pas, et où il est compliqué de rester seule dans son dortoir, au moins quelques minutes, où les repas sont pris parfois debout et ont à chaque fois la même saveur de nouilles pâles. Dans cette promiscuité, seuls ses rêves lui appartiennent, et ils sont profonds, troublent son esprit, la rendent moins vigilante dans son travail. La sanction est immédiate, Mei n'aura pas son salaire du mois, et ainsi aucun argent pour se rendre dans sa famille pour les fêtes. Comment vont donc se passer ces quelques jours dans une usine presque entièrement désertée ?

Voici un petit livre qui se lit en une bouchée, mais quelle bouchée !! J'ai été happée presque tout de suite par l'écriture poétique du premier chapitre puis tenue par celle des autres, tout aussi belle, plus proche de la prose. Sophie Van der Linden sait dans ce texte frapper fort, avec une économie de moyens et une simplicité remarquable pour un premier roman. Comme quoi, il ne faut pas toujours en faire des tonnes pour toucher, juste avoir du talent. J'aimais déjà d'emblée le propos, que l'on me parle du ressenti d'une ouvrière de chine, dont je ne peux qu'imaginer les dures journées. Le texte a dépassé mes attentes, s'est enveloppé de sensualité, a pris des allures d'épopée tragique et s'est tranformé en un évident coup de coeur !!

Editions du Livre de Poche - 5.60€ - 27 août 2014 - Merci ma bibli !!

Un roman sensible et terrible pour George [clic] - Concis et touchant pour Sharon [clic] - Géraldine a été profondément touchée [clic] - Un roman qui se lit le souffle court pour Stéphie [clic] !

 

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06 octobre 2014

Esprit d'hiver, Laura Kasischke

espritdhiver

"Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux !
Mais quoi ?
Et Holly pensa alors : Je dois l'écrire avant que cela ne m'échappe."

Nous sommes le matin de Noël et Holly et Eric ne se sont pas réveillés. Il est en effet bien tard lorsqu'ils ouvrent les yeux. Il y a pourtant un déjeuner de fête à préparer et les parents d'Eric attendent sans doute déjà leur fils à l'aéroport, angoissés. Dehors, il neige, pour l'instant pas assez pour empêcher Eric de prendre la route et Holly de penser que ses invités ne viendront pas. Tatiana, leur fille, qu'ils ont adopté en Sibérie presque treize ans plus tôt, dort encore. Holly s'empresse de rattraper son retard tout en pensant à ces poésies qu'elle aurait aimé écrire et aux phrases qui lui viennent aujourd'hui en tête. Mais elle n'a pas le temps de les noter, il y a tant à faire. Dans la matinée, Tatiana se lève et daigne enfin faire acte de présence, semble-t-il de mauvaise humeur. Holly se demande si elle pourra se faire à cette nouvelle jeune-fille, à l'adolescente que tatiana devient...

Esprit d'hiver est aussi glaçant que sa couverture de poche, soyez-en avertis ! Voici effectivement un livre que j'ai refermé un brin effrayée. Pour autant, j'ai bien aimé cette intranquillité là, un malaise que Laura Kasischke sait amener peu à peu par petites touches subtiles. Tatiana et sa mère restent en tête à tête et il est peu de dire que tout part très vite à vau l'eau, la préparation du déjeuner s'avère inutile à mesure que les invités se désistent, Eric est au chevet de sa mère, des verres sont brisés, et une mystérieuse inconnue téléphone sans cesse. Le dialogue qui s'instaure difficilement, entre chaque incident, entre Holly et sa fille adolescente m'a beaucoup intéressé, ainsi que le dialogue intérieur d'Holly qui cherche à rester lucide sur ses sentiments et ses motivations. A la fin, il est évident que la terreur a envahit le domicile d'Holly et Eric, et que les évidences étaient là, si peu cachées, dès le départ. Un huis clos terrifiant et passionnant.

Editions du Livre de Poche - 7.10€ - 1er octobre 2014

Une découverte en demi-teinte pour Clarabel qui l'a écouté en audiolib - Un bel exercice de style pour Cathulu - Ca fonctionne, on a peur, mais Cuné n'est quand même pas fan - Un huis clos magnifique et prenant pour Kathel - Un roman dérangeant pour Clara - ... 

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21 septembre 2014

Le Quatrième mur, Sorj Chalandon

lequatriememur

 "Et voilà. Sans la petite Antigone, c'est vrai, ils auraient tous été bien tranquilles."

Le quatrième mur, c'est cette illusion créée par les acteurs sur scène, ce mur invisible, qui permet d'accepter le caractère fictionnel de la pièce et d'oublier la présence des spectateurs. Dans la pièce d'Anouilh, seul le personnage qui représente Le Choeur s'adresse au public, il brise l'illusion, présente les personnages, raconte, anticipe, est en marge, unique messager de la mort.

"Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'Antigone. Antigone, c'est la petite maigre, qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre jeune-fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son Oncle qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout."

Samuel a eu comme projet fou de monter la pièce d'Anouilh à Beyrouth, et de faire de la petite maigre un étendard de paix, juste pour quelques heures. Il croit au pouvoir de ce personnage, qui a déjà fait ses preuves. Il a trouvé son casting, des acteurs prélevés dans chaque camp, parfois ennemis. Mais il est à l'hôpital, très mal, en France, incapable de mener son rêve à terme. Alors, il fait appel à son ami, son presque frère, et l'envoie là-bas en février 1982, juste avant que la guerre et les massacres n'éclatent et bouleversent à jamais le destin de ce père de famille tranquille.

Vous vous doutez sans peine que je me suis sentie à la maison dès la première page de ce roman. Et il est vrai que dans son livre, Sorj Chalandon a fait d'Antigone son fil rouge. Mais attention, il n'y est pas question que de théâtre. Le quatrième mur explore avec brutalité le thème de la guerre et de l'amitié, thèmes chers à l'auteur, et ce sont ces thèmes qui portent véritablement le texte et lui donnent une force à la fois émouvante et terriblement éprouvante. Je n'avais pas été très séduite par Mon traître, mais malgré un style similaire cette fois-ci le charme a pris. Les bombes explosent tout près de notre oreille, nous pleurons de désespoir avec les survivants devant des corps mutilés, la poussière assèche nos pupilles, la vie connue bascule et perd peu à peu de sa substance. Le monde entier semble tourner à la tragédie alors que s'entendre et se parler paraissait hier presque simple, réalisable. Pourtant, en France, la vie continue, docile et pâle. Aurore a peur, attend que le père de Louise revienne et s'installe dans leur quotidien étroit. Qui en serait capable ? Un livre de poche, troublant, qui laisse son lecteur exsangue. A découvrir, indubitablement.

Editions du Livre de Poche - 7.10€ - 20 août 2014

D'autres lectures sur Babélio [clic ici]

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16 juillet 2014

Je Ferai de toi un homme heureux, Anne B. Radge

jeferaidetoiunhommeheureux

 "Le programme de variétés à la radio qui commençait à neuf heures était presque terminé. Elle devait être la seule dans l'escalier à ne pas pouvoir écouter cette émission depuis le début en toute tranquillité, sans avoir un mari dans les pattes. L'animateur Kjell Thue annonça fièrement que c'était un programme où les Beatles n'avaient pas le droit de cité [...]."

Nous sommes dans les années 60, en Norvège, dans un immeuble récent au coeur de Trondheim. Des trois étages du bâtiment, nous visiterons d'abord uniquement l'escalier à la suite de Mme Asen, qui ne peut s'empêcher de le nettoyer à grandes eaux tous les jours, puis chaque appartement un à un. Et il apparaît très vite que l'ère de l'harmonie et du progrès n'a pas franchi tous les seuils du bâtiment, et que la modernité affichée à coup d'électroménagers rutilants n'est que de façade. Les rôles sont bien définis dans les couples et les familles de l'immeuble, à peine protégés par les murs si fins de leurs logements, et il faut faire bonne figure au risque de donner prise aux médisances. Car ça cancane sec à tous les étages, à grand bruit, surtout chez la coiffeuse à domicile. Les particularités sont regardées à la loupe, analysées et jugées selon les critères du moment. Etre comme les magazines féminins le suggèrent est irrésistiblement attirant, bien sûr, bien qu'un peu décadent. Seule la locataire du troisième étage semble pouvoir se permettre d'être dans l'air du temps... il se murmure même qu'elle ferait son ménage entièrement nue.

Voici un petit roman assez vintage que j'ai surtout beaucoup aimé lire pour le flash-back vers mes jeunes années qu'il m'a permis de faire. Les années 70 de mon enfance n'étaient pas si éloignées de ces années 60 là. Vous qui avez comme moi quelques souvenirs de l'omniprésence du formicat, du orange et du marron, et de ces appareils qui sentaient très fort et très vite un peu le brûlé après utilisation, des patrons pour habits de poupée que l'on découpait dans les Modes&Travaux de l'époque aussi... comprendrez aisément ce que je veux dire. Mais, malgré son intérêt madeleine de Proust, ce petit livre est également de ceux que l'on referme avec un soupir qui dit tout bas tout ça pour ça... Car, même si Je ferai de toi un homme heureux est le reflet juste et finement brodé d'une époque, il n'est surtout qu'un peu que cela, son propos voyage effectivement sans but et sa fin est elliptique, ce qui est bien dommage... Une lecture en demi-teinte, donc.

Anne B. Radge est surtout connue pour être l'auteure de la trilogie des Neshov (à découvrir encore pour moi) !

Editions 10/18 - 8.10€ - janvier 2014

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14 juin 2014

Nina, Frédéric Lenoir et Simonetta Greggio

nina "Je me souviens parfaitement, moi aussi, de la première fois que je t'ai vu."

La quarantaine venue, la vie semble bien vaine à Adrien. Il y a quelques mois il a perdu sa jument Lolita et depuis la mélancolie ne le lâche plus. C'est un peu comme si un dernier ressort avait été brisé. Il a décidé ce soir d'attenter à ses jours et prépare sérieusement la boisson qui l'emportera loin d'ici et de ses souffrances. Avant de l'avaler, il commence une lettre, destinée à Nina, son amour d'enfance. Ecrire cette lettre repousse d'un jour, puis de quelques autres, son acte insensé. Il se replonge dans les moments bienheureux des premiers émois et dans ceux moins glorieux où il n'a pas osé avouer ses sentiments. Nina n'a jamais répondu à un ancien courrier dans lequel le jeune Adrien avait enfin réussi à ouvrir son coeur. La missive du quadragénaire se transforme en roman et Adrien, recroquevillé aux tréfonds de sa solitude, est loin d'imaginer à quel point elle changera de nombreux destins...

C'est cette jolie couverture et le nom de Simonetta Greggio qui m'avait attiré vers ce petit roman. J'avais lu et aimé Les Mains nues de l'auteure [clic ici]. Avec Nina, l'émotion est présente dès les premières pages et prend intentionnellement le lecteur à la gorge. Captif, il ne peut alors que craindre pour Adrien, être soulagé qu'une jeune Emily prenne les choses en main, et espérer un signe de Nina. L'écriture à deux voix m'a semblé fluide et réussie. J'ai peut-être regretté une certaine raideur et candeur étonnante dans le style qui m'a empêchée d'être totalement émue par cette histoire qui croit à l'amour avec un grand A. Je n'ai pas vraiment adhéré non plus au succès de librairie du roman inattendu d'Adrien. J'ai cependant été séduite par les très belles images d'Italie, couleurs polaroïds, que les auteurs nous concoctent au fil de leur récit (j'ai pensé bizarrement au début du Grand Bleu) et par le caractère rafraichissant de certains personnages. Une lecture dont j'attendais pour autant un peu plus.

Editions du livre de poche - 6.90€ - 10 juin 2014

La lecture de Mirontaine 

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17 avril 2014

Le jeu des ombres, Louise Erdrich

lejeudesombres"Les gens semblaient avoir oublié combien il est affreux d'être regardé ; puis elle commença à s'imaginer qu'en livrant ainsi son image, à force d'être regardée, sans relâche, en quelque sorte elle se tuait de dégoût."

Irene écrit depuis de nombreuses années son journal intime dans des carnets. Elle prend toujours soin d'ailleurs de cacher soigneusement celui en cours. C'est l'agenda rouge. Elle soupçonne depuis peu son mari Gil de le lire en secret. Elle en a finalement la preuve flagrante un beau jour lors d'une conversation anodine, alors qu'il reprend littéralement une de ses phrases. Irene décide donc de manipuler son mari via ses mots. Gil est peintre. Sa femme est son modèle et son sujet principal depuis des années. Le couple est visiblement en crise. Leurs trois enfants silencieux, en retrait, observent... 

Je voulais découvrir à mon tour l'écriture de Louise Erdrich, très plébiscitée sur les blogs... j'ai donc sauté sur l'occasion de lire la version poche de Le jeu des ombres qui vient tout juste de sortir.
Et je dois dire que j'ai beaucoup aimé la manière de l'auteure d'asseoir une atmosphère et des personnages. Le duo "Irene et Gil" est très fort, porté par une relation d'une puissance animale peu commune. Les scènes de peinture sont d'une violence fulgurante. Les trois enfants, eux, ressemblent par ailleurs à de petits êtres fantomatiques qui apportent à cette histoire une douceur et un angélisme lumineux. Et qu'il est bon de plonger dans un livre où les sentiments sont si exacerbés, les caractères si imparfaits, vivants ! Irene a toujours un verre à la main, Gil est insupportable, leurs origines indiennes un étendard inutile, les enfants tous trois des parricides en puissance, le tout un drôle de cocktail explosif. Pour autant, je me suis parfois ennuyée dans cette lecture, dans l'attente d'une implosion qui ne venait jamais. J'ai eu le sentiment que l'auteure galvaudait un peu sa matière, pourtant très riche, et gardait son roman en surface, dans une certaine fadeur confortable. 
Ce ne sera donc pas un coup de coeur pour moi mais véritablement une découverte intéressante de l'univers de Louise Erdrich. A suivre...

Edition du Livre de Poche - 6.10€ - Avril 2014

D'autres lectures... Une claque pour Théoma [clic] - Un vrai coup de coeur pour Cathulu [clic] - L'auteure fascine Clara [clic] - Une lecture magistrale pour Aifelle [clic]

NB : quel dommage cette utilisation multiple de la même image pour divers romans !! La couverture de ce poche (celle du grand format) reprend effectivement (ou vice-versa) celle de La Petite chartreuse lu il y a peu [clic ici]... (ça m'agace un peu et amène toujours un peu de confusion je trouve)

 

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20 mars 2014

Une sortie poche... Millefeuille de Leslie Kaplan

millefeuillelk

Prix Wepler-Fondation La Poste 2012.

"Je me perds, se répétait Millefeuille, et je ne vais pas faire un jeu de mots stupide, il s'esclaffa, je me perds, je suis père, je suis perdu, il le redit plusieurs fois, je me perds, je suis père, je suis perdu, en riant de plus en plus fort.
En même temps, c'était étrange, il était ragaillardi, et après s'être bagarré avec Richard II, l'histoire, la traduction et le commentaire, il se fit une grande liste d'achats pour le Monoprix et le marché, tout en se félicitant. Toujours bien terminer la journée avec un projet."

Jean-Pierre Millefeuille est un professeur à la retraite, toujours actif, collaborant à des articles de revue et recevant régulièrement dans son appartement près de Montmartre. Cependant, malgré ses bonnes intentions, il apparaît par trop lunatique pour les amis et connaissances qu'il côtoie quotidiennement, car ce vieil homme qui a perdu sa femme il y a une dizaine d'années suit bien souvent le fil de ses envies ou de ses pensées, oubliant des rendez-vous importants ou que l'on compte simplement sur lui. Sa bonne éducation et son sourire attirent les confidences mais Jean-Pierre Millefeuille sent que la vie lui échappe, l'âge venant, alors il cherche à se protéger, maladroitement... derrière les oeuvres de Shakespeare ou la sécurité factice du Monoprix du coin.

Je ne sais pas si vous serez vous aussi séduit(e)s par le personnage de Jean-Pierre Millefeuille que moi car j'ai été très attachée par ce petit livre au charme certain. Il n'y a pas vraiment d'histoire dans ce récit, d'intrigue à proprement parler. Un changement de narrateur dans les premières pages a même tout pour déconcerter. Non, c'est autre chose, comme une occasion de connaître quelqu'un, de près, de faire un tour dans le subconscient d'un être que l'âge commence à étreindre et qui cherche à conserver le contact avec lui-même, tout en s'inquiétant pour les autres, beaucoup et un peu en vain. Nous avançons en fait, et surtout, de rencontres en rencontres. J'ai quitté Jean-Pierre Millefeuille avec regret au terme de ces pages.
Une lecture intime et shakespearienne.

Folio - 6.80€ - 13 février 2014

[Lu en grand format en 2012]

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18 mars 2014

La nuit tombée, Antoine Choplin

lanuittombee

"Comment dire. Au début, quand tu te promènes dans Pipriat, la seule chose que tu vois, c'est la ville morte. La ville fantôme. Les immeubles vides, les herbes qui poussent dans les fissures du béton. Toutes ces rues abandonnées. Au début, c'est ça qui te prend les tripes. Mais avec le temps, ce qui finit par te sauter en premier à la figure, ce serait plutôt cette sorte de jus qui suinte de partout, comme quelque chose qui palpiterait encore. Quelque chose de bien vivant et c'est ça qui te colle la trouille. Ca, c'est une vraie poisse, un truc qui t'attrape partout. Et d'abord là-dedans.
De son pouce, il tapote plusieurs fois son crâne.
Je sais de quoi je parle."

Gouri débarque avec sa moto dans un village voisin de la zone sinistrée, près de Pipriat. Il retrouve là pour une soirée autour d'un repas arrosé ses camarades de catastrophe, ceux qui sont restés au plus près du lieu maudit. Il est revenu pour sa fille, qui est malade, récupérer l'ancienne porte de sa chambre. L'accès à l'immeuble qui était leur domicile est interdit, il faudra passer les barrages à la nuit tombée, se cacher, être un étranger, un voleur, dans ce lieu sinistré, encore plein des souvenirs d'une vie figée à jamais...

J'ai beaucoup aimé le style et l'atmosphère de ce petit livre d'Antoine Choplin dont l'action ne se déroule que le temps de quelques heures. J'y ai retrouvé quelques échos de ma lecture d'un Printemps à Tchernobyl [clic ici]. On y retrouve la même fascination mêlée de crainte pour "la zone", l'important se situant dans les blancs du texte, dans ce qui est gardé sous silence. L'économie de mots, d'effets, fait sens et apporte à ce roman beaucoup de force. Une belle découverte.

Editions Points - 5.70€ - Janvier 2014

Pour Aifelle, un des meilleurs romans de la rentrée 2012 ! [clic ici] D'autres avis... Cristie - Hélène - Kathel - Leiloona - Maryline - Noukette - Philisine Cave - Valérie 

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05 mars 2014

Exit le fantôme, Philip Roth

exitlefantome"Oui, et alors ? C'est fou de ma part d'être ici. Fou, d'être à New-York. C'était fou, la raison pour laquelle je suis venu à New York. C'est fou d'être assis là à vous parler. D'être assis là et d'être incapable de vous quitter. Aujourd'hui je ne peux pas vous quitter, hier je ne pouvais pas vous quitter, alors je vous interviewe pour le job de quitter votre mari et de venir vivre une existence posthume avec un homme âgé de soixante et onze ans. Continuons. Poursuivons l'interview. Parlez-moi des hommes."

Zuckerman revient à New York, après près de onze années d'un exil volontaire à la campagne. A l'époque, des lettres de menace contre l'écrivain juif qu'il était l'avait incité à fuir la ville. Aujourd'hui, c'est une intervention bénigne qui l'oblige à remettre les pieds dans des lieux qu'il peine à reconnaître, et où il doit de plus faire face à sa déchéance physique d'homme âgé. Des rencontres vont bouleverser son séjour. Il retrouve l'ancienne muse de son mentor, E.I. Lonoff, malade et usée - loin de la belle jeune-femme dont il avait conservé un souvenir attendri - aux prises avec un jeune auteur indélicat tentant d'écrire la biographie de son ancien amant. Par ailleurs, un jeune couple propose à Zuckerman d'échanger leur appartement contre sa maison pour quelques temps. Après le 11 septembre, et suite à la réélection inattendue de George W. Bush, l'effarement est de rigueur. La jeune-femme, Jamie, pense gagner en sérénité loin de New York. Zuckerman tombe violemment sous son charme et se prend à rêver...

Autant le dire tout de suite, je ne pensais pas prendre un quelconque plaisir à suivre les tribulations d'un homme âgé tel que Zuckerman. L'antipathie ressentie envers le personnage de Philip Roth, gêné par ses problèmes d'incontinence, a été immédiat. Et puis, j'ai aimé de longs passages, intelligents et cultivés, j'ai continué ma lecture, et j'ai été séduite par la rupture de style dont l'écrivain se sert parfois, et qui donne un rythme original au récit. J'ai aimé ensuite qu'il parle de cette "mauvaise" habitude qu'ont les lecteurs d'aujourd'hui d'analyser une oeuvre par le prisme de la biographie. J'ai aimé au final détester Zuckerman.
Lire un auteur de talent est toujours un moment intéressant. Ce fut une lecture intéressante.

Folio - 7.40€ - Mai 2011 - Merci à mon prêteur !

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