09 août 2013

Piochés en bibliothèque

MER 006

Je profite de l'été pour aller vers des lectures qui me tentaient depuis un moment, et je fais ainsi de jolies découvertes... Mais grande paresse oblige, et devant ce qu'il me reste encore à chroniquer, je vous livre aujourd'hui un billet bref et collectif.

Lorsque j'ai ramené ces deux livres chez moi, c'est tout d'abord vers Le bruit des clefs d'Anne Goscinny qu'est allée ma préférence, (sans doute parce que ma fille effectuait au même moment une colo sur le thème de la BD en Belgique ?!). Je connaissais déjà cette collection de chez Nil, surtout depuis la découverte d'un autre titre, L'autre fille d'Annie Ernaux (comment oublier ce livre ?). Pour mémoire, les auteurs sont invités dans cette collection à écrire la lettre qu'ils n'ont jamais écrite. Ici, Anne Goscinny raconte ce moment où elle a appris le décès de son père (le créateur d'Asterix), et comment le bruit d'un seul trousseau de clefs sur un guéridon pouvait tant signifier désormais, après une telle disparition. C'est donc d'une lettre au père qu'il s'agit, pleine d'émotion, de colère et de tendresse... à parcourir avec empathie. [Editions Nil - Sept 2012 - 7.50€]

Blandine Le Callet [La ballade de Lila K] avait parlé avec emphase, lors d'un rendez-vous de La Grande Librairie, de ce projet d'écriture qu'elle menait depuis longtemps autour des inscriptions funéraires, et qui lui avait permis d'arriver finalement à ces Dix rêves de pierre là. Dans ce recueil les épitaphes sont authentiques mais les scènes autour des dernières heures imaginaires. Et même si l'ensemble est plein de charme, et prenant, j'ai eu un sentiment partagé en tournant les dernières pages. Est-ce le procédé qui m'a au final un peu lassé ? Pourtant, j'ai aimé la plupart des destins dressés par l'auteure, souvent romantiques, ancrés dans leur époque, et dont la course folle s'est arrêtée au pied d'une mort soit injuste, violente ou prévisible. A lire avec curiosité. [Editions Stock - Janv 2013 - 18€]

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04 août 2013

Les Heures souterraines, Delphine de Vigan

lesheuressouterraines"Parce qu'elle y a passé des nuits entières, parce qu'elle y est revenue des centaines de fois, elle est capable aujourd'hui de nommer ce qui lui arrive. Elle est capable d'en identifier les différentes étapes, le début et l'aboutissement.
Mais c'est trop tard.
Il veut sa peau."

Mathilde subit ce qu'elle ne pensait jamais subir dans le travail, ce harcèlement sournois qui consiste en une mise à l'écart progressive, pour rien. Elle qui était si heureuse de ce poste qui lui avait peu à peu permis de s'en sortir. Devenue veuve si brutalement et en charge depuis de trois garçons, elle a cherché au début à comprendre où était sa faute, le pourquoi du désamour.
Elle sait seulement aujourd'hui qu'elle n'y arrive plus.
Thibault est médecin et il sait aussi qu'il n'y arrive plus. Il s'enlise depuis longtemps dans une relation sans avenir avec une femme si distante, Lila.
Aujourd'hui, nous sommes le 20 mai, et une voyante a promis à Mathilde une rencontre décisive pour cette journée-là précisément. Thibault, lui, a décidé qu'il était temps qu'il quitte Lila.

Je tournais autour des romans de Delphine de Vigan - sans m'y atteler - depuis un moment. Et je suis heureuse d'avoir ouvert celui-ci suite au billet de Sylire. Je m'en faisais une idée fausse, et sa découverte a été finalement une belle surprise. J'ai été très touchée par le quotidien de Mathilde, par son courage et son désespoir, sa volonté de s'accrocher. La description du monde de l'entreprise y est juste et malheureusement assez fidèle à certaines réalités. Les incursions, plus brèves, dans l'univers de Thibault qui intervient en tant que médecin à domicile, sont elles aussi très riches, montrent sans détour la misère humaine et la solitude de nos vies modernes.
La vie que Delphine de Vigan brosse ici sans ménagements est réaliste, non misérabiliste, et portée avant tout par l'humain. 
C'est une lecture qui dresse des constats alarmants mais sait également laisser allumer dans les esprits une petite lumière d'espoir, la possibilité d'une rencontre qui pourrait tout changer.
Allez, me voici définitivement conquise par cette auteure que je vais continuer de lire.

Editions du Livre de Poche - 6.60€ - Mars 2011 - Merci ma bibli !!

Saxaoul l'a lu dernièrement et a été touchée - Gambadou a également beaucoup apprécié cette lecture ! - D'autres avis sur Babélio... ;)

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02 août 2013

Le Chinois, Henning Mankell

LECHINOIS"Birgitta Roslin avait trouvé ce qu'elle cherchait dans un coin, tout au fond du restaurant chinois. A la lampe suspendue au-dessus d'une table manquait un ruban rouge."

Dix-neuf personnes ont été assassinées dans le village tranquille de Hesjövallen, qui ne comptait déjà que quelques maisons. Un village entier presque rayé de la carte. Seul un couple et une vieille femme ont été épargnés. Vivi Sundberg est dépêchée sur la scène de cet incompréhensible carnage. Rien n'a été dérobé. Et l'intention de torturer est manifeste. Mais que s'est-il donc passé ?
A quelques lieux de là, la juge Birgitta Roslin est intriguée et touchée par cette affaire. Des vieillards très liés à sa mère font partie des victimes. Profitant d'un congé maladie, elle se rend sur place et mène malgré elle une enquête parallèle qui la mènera à Hong-Kong, en Chine, là d'où d'anciens émigrés ont été enrôlés de force il y a 150 ans pour l'Amérique...

Quel bonheur que de retrouver ainsi la plume d'Henning Mankell et ce dans une nouvelle enquête ! Même si la juge Roslin n'a pas à mon sens l'envergure de l'inspecteur Wallander ( la série culte et indétronable), et que l'intrigue s'enlise parfois dans trop d'histoires de second plan, le plaisir est là et cette lecture indubitablement passionnante.
Je suis à l'aise dans les pages d'un roman d'Henning Mankell, malgré les corps découpés, et le danger qui rôde, rien ne m'y inquiète vraiment. Et puis, l'auteur sait prendre des positions politiques, mouiller sa chemise au travers de ses personnages, regarder l'histoire en face, et voilà qui est fascinant.
Il me tarde d'ouvrir de nouveau un titre de cet auteur...

Editions Points - 8.20€ - Janvier 2013

Un polar haletant pour Dasola - Cathulu l'a lu aussi... et avec aisance également ;) - Un bon cru pour Aifelle !

(Allez, j'essaye... je reviens doucement).

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15 juillet 2013

L'odeur des planches, Samira Sedira

lodeurdesplanches"Le pire ce sont les w.-c. Et même avec des gants ça reste insupportable. Franchir le territoire privé, l'intérieur méprisable. Dans la cuvette l'eau est glacée à travers le latex. Je tends les bras, je frotte, vite, sans m'attarder, je m'empêche de penser à ce que je suis en train de faire, à la tâche indigne, à ce trou où chaque jour se déversent avec une régularité terrifiante excréments et urine chaude. Je ne sais plus pourquoi ni comment j'ai pu en arriver là. Mais il ne faut pas penser, ne jamais laisser vagabonder son esprit. Si tout à coup je me mettais à réfléchir à ce que je suis en train de faire, la lucidité me boufferait le cerveau."

Elle était comédienne et maintenant elle fait des ménages. Il n'y avait plus que ça pour qu'ils s'en sortent. Elle fait ça pour son compagnon, pour son fils, pour eux, mais y perd peu à peu son âme. Elle voudrait ne pas perdre la mémoire de "l'odeur des planches", pourtant c'est l'image de sa mère qui prend toute la place. Tout en astiquant la saleté des autres, elle convoque les souvenirs, ceux d'une famille d'immigrés algérien débarquant un jour dans le port de Marseille, chargés d'espoir. Comme une revanche sur le passé, la comédienne avait enfin réussi à passer de l'ombre à la lumière, sur la scène. Le présent ouvre de nouveau la porte à la honte, et à l'invisibilité...

Je suis partagée sur cette lecture que j'ai trouvé d'un côté pleine d'émotion et de l'autre légère sur la forme et le fond.
Il est premièrement difficile de ne pas se sentir touchée par cette destruction progressive de soi que la narratrice évoque. L'empathie était pour moi au rendez-vous. Et puis, le style de l'écriture est très bon.
Mais le procédé du parrallèle avec le passé, le fantôme de la mère, la présence évanescente du père, m'a semblé factice. Cela dit, ce récit étant un témoignage, et un premier roman, je pense que l'explication était là, dans la volonté de la démonstration.
Et j'ai pensé également - un peu trop peut-être - à toutes ces femmes dont faire le ménage chez les autres est le métier et le quotidien, et qui le vivent différemment, avec fierté parfois. J'en ai connu. Elles ne méritent pas d'être l'ombre et les comédiennes, elles, la lumière.
Une lecture qui donne à réfléchir cependant sur la condition de ceux qui ressentent leur travail comme un avilissement.

Editions Du Rouergue - 16€ - Mars 2013

A découvrir absolument pour Cathulu la tentatrice ! - Clara était très enthousiaste aussi !! 

 

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11 juillet 2013

Ecoute la pluie, Michèle Lesbre

ecoutelapluie"J'essayais d'imaginer dans quel décor il s'était levé le matin, quel vieux désespoir l'avait soudain rattrapé, quelles images insoutenables, lointaines ou non, quelles transformations du monde rendaient désormais la vie impossible. Peut-être seulement la solitude."

Alors que la narratrice s'apprête à prendre la prochaine rame de métro, puis le train vers Nantes afin de rejoindre son amant, un vieil homme lui adresse un sourire, puis se jette sur la voie, happé par la machine. Cruel moment qui désorganisera toutes les pensées de la jeune femme choquée, et la conduira dans une errance douloureuse où la dernière des choses possibles semble être de rejoindre l'homme qui l'attend.

J'ai eu envie de lire ce roman suite au passage de Michèle Lesbre à La Grande Librairie. Dans cette émission, elle expliquait avoir vécu ce moment là, réellement. Et qu'il avait fallu depuis beaucoup de mots, et beaucoup d'histoires, pour arriver à ce livre-ci.
D'où ma légère déception à lire ce titre, déception dont je vous parlais plus tôt et qui a essentiellement sa source dans l'exploitation de l'incident qui m'a semblé être trop délayé, noyé dans les réflexions de la narratrice sur l'importance, ou non, pour elle de rejoindre son amant. Je m'attendais sans doute à autre chose...

Editions Sabine Wespieser - 14€ - Février 2013 - Merci ma bibli !!

Lucie n'a pas aimé non plus et avait été inspirée par la même émission ;) - Clara n'a pas compris la finalité de ce roman Bouleversant pour Jack !!

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06 juillet 2013

Un mari ordinaire, Christine Cerrada

unmariordinaire"Chaque fois qu'il se retournait vers elle pour lui tendre la main et l'aider, elle voyait ses épaules larges, son corps ramassé et souple, les fils d'argent dans ses cheveux, et elle ne pouvait pas comprendre, non, il lui était impossible de comprendre comment vingt-cinq ans de vie commune pouvaient faire fuir l'amour et l'intimité, alors que quelques semaines donnaient le sentiment d'une union profonde, d'une communauté d'esprit et de vues... que rien d'objectif pourtant ne venait prouver."

Claire a décidé de ne plus subir son tyrannique de mari et de s'enfuir discrètement à Campan accompagnée de leur chèvre Pretty. L'épopée pourrait sembler vouée à l'échec car la grange qu'elles louent n'est pas conçue pour accueillir un tel animal et les premiers pas de l'étrange couple sont plutôt hésitants. Mais à côté d'eux logent des voisins très amicaux Martin et Martine, prêts à les aider à la moindre occasion. Et puis, Claire fait très vite la connaissance de Fantin, dont la présence est un baume rassurant à chaque rencontre. Alors, malgré la désapprobation manifeste de son père, et la crainte que son fils Paul la tienne à distance, Claire tient bon et cueille petit à petit les fruits de sa décision...

Je laisse de côté pour un moment mes petites envies de rentrée littéraire pour un roman qui est sans conteste un livre de vacances, à glisser dans sa valise. Deuxième titre, de plus, de ma petite collection commencée avec Demain j'arrête de livres avec animaux en couverture !! ;)

Ma lecture s'est un peu bloquée vers la page 70, sans doute provoquée par un petit ralentissement de l'action. Mais tout s'est arrangé très vite ensuite et j'ai dégusté avec plaisir la légèreté de cette fugue féminine, qui devient très vite un hymne à l'amitié. Il est en effet assez facile de prendre le personnage de Claire en sympathie et la folie de sa fuite apparaît très vite comme la plus sage des impulsions.
En outre, ayant passé quelques jours dans la région il y a quelques années, il était amusant de se souvenir de ce village envahi tout l'été par de drôles de poupées à taille humaine.
La seule personne vivante étant ci-dessous ma fille, si mimi avec son petit air frondeur, si petite encore...

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Une lecture pyrénéenne.

Merci aux éditions Michalon ! - 17€ - Mai 2013

De la veine des romans "qui font du bien" pour Cathulu ! 

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30 juin 2013

Demain j'arrête, Gilles Legardinier

demainjarrete"Portez-vous bien. Aimez. Risquez. Ne renoncez jamais. Affectueusement.
Julie
PS : Ne laissez pas les chats vous convaincre que les bonnets péruviens vous vont bien."

Je commence avec ce titre une petite collection sur ce blog (très courte) avec animaux en couverture... ;)

Julie travaille dans une banque mais n'a pas la vocation - si vocation elle est sensée avoir. Vendre à tout prix aux clients des produits onéreux, quitte à les arnaquer un peu, n'est vraiment pas sa tasse de thé. Elle a pris ce job à cause de son ancien petit ami, mais comme celui-ci n'est plus dans les parages la question du "qu'est ce que je fais là" se fait donc de plus en plus pressante. De plus, dans son immeuble, son nouveau voisin, au nom rigolo de Ricardo Patatras l'intrigue beaucoup. Il semble impossible de le croiser, dans les premiers temps, comme si l'homme n'existait pas. Et puis, les rencontres s'enchaînent, l'attachement est là, douloureux puisque visiblement pas complètement partagé.
Julie est prête à toutes les extravagances pour plaire à Ric et leur donner une chance...

Je vous avais prévenu dans un post précédent que Demain j'arrête était un petit livre léger, mais il se déguste en fait bien agréablement. Je n'ai pas boudé mon plaisir du tout, assez étonnée de me trouver avec Julie dans les premières pages quelques points communs, une certaine propension à se faire des films de tout et de rien par exemple. Heureusement pour moi et pour l'histoire, elle est un personnage bien plus déluré. L'amour et l'amitié sont mis au centre de ce récit qui fonctionne comme un mille-feuille, une couche de doutes, une couche d'enthousiasme, etc...
L'écriture est fluide et fraîche. Les rebondissements en cascade font de ce roman un véritable page turner. Vous aurez certainement d'un bout à l'autre le sourire aux lèvres et peut-être en toute fin une petite larme à l'oeil. Que demander d'autre parfois à un livre ?
Une lecture spéciale valise !

Editions Pocket - 7.60 € - Avril 2013

Sylire a trouvé qu'il n'était pas pour elle - Pour l'irrégulière c'est une petite sucrerie au coeur de l'été - Et il me semble que je l'avais vu et noté chez Ptitlapin, mais où est son billet ?

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25 juin 2013

L'armoire des robes oubliées, Riikka Pulkkinen

 

"L'amour commence avec préméditation. Nous sommes imprudents ; nous ne faisons pas attention aux signes que nous aurions pu voir des semaines et des mois avant que ne se produise quoi que ce soit."

larmoiredesrobesoubliees"Tout commence par le fait que l'homme a franchi la porte pour sortir. Tout commence par le fait que l'enfant a demandé si nous nous reverrions et que je lui ai répondu que nous nous verrions le lendemain, même si je savais que c'était un mensonge. Tout commence par le fait que je suis restée couchée dans l'entrée pendant onze jours."

Enfant et petits enfants entourent Elsa, cette grand-mère qui vient d'apprendre qu'elle est atteinte d'un cancer qui lui laisse à peine le temps de profiter encore un peu de sa maison, de son mari et des bonheurs de la vie. Mais Anna, une de ses petites filles, va découvrir en tirant une vieille robe de l'oubli d'une armoire que le mariage heureux de ses grands-parents cachaient une autre histoire, et derrière cette histoire l'ombre d'une jeune fille, Eeva. Cette dernière avait été engagée pour garder la jeune Eleonoora tandis que sa mère, psychologue, voyageait pour son travail et que son père, peintre reconnu et moderne, oeuvrait dans son atelier...

L'armoire des robes oubliées nous raconte l'histoire d'un adultère qui pourrait nous sembler banal mais il n'en est rien. Aucune banalité dans ce texte, seulement une extrême douceur et beaucoup de grâce. La cruauté qui s'écoule par ailleurs des pages tient au fait que les enfants sont au centre des tensions et des peines, les victimes inconscientes des jeux des plus grands.
Riikka Pulkkinen n'oublie pas par ailleurs de nous brosser aussi l'histoire avec un grand H, les évènements de 68 notamment via Helsinki, et de nous décrire avec intelligence et finesse toute la palette des émotions des sentiments qui s'éveillent dans le coeur d'une jeune fille.
J'ai été très touchée par ce livre, et plus particulièrement par le personnage d'Eeva d'une sincérité et d'une innocence si dangereuse. Il me restera en mémoire certainement très longtemps.

Editions du Livre de Poche - 7.60€ - 5 juin 2013

Stephie a pris beaucoup de plaisir à cette lecture - Clara a été complètement sous le charme -  Et c'est le billet de Jack qui m'avait tenté !

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23 juin 2013

Libéré de soi, Jean-Louis Monestès

liberedesoiLes éditions Armand Colin ont lancé le 22 mai une nouvelle collection intitulée « Expériences de soi ». Une collection de développement personnel dont la spécificité est de s’appuyer sur des expériences scientifiques. Elle propose des clés, des balises pour aider chacun à faire ses propres choix sur sa façon d’être et d’agir au quotidien : la beauté, l’authenticité, la perfection, la conception de soi… À contre-courant de la course à la performance dans tous les domaines. Le slogan de la collection: «moins mais mieux».
Intriguée par l'accroche, et suite à la proposition de l'éditeur que je remercie, j'ai décidé d'essayer un des quatre premiers titres sortis, Libéré de soi. Je lis très peu ce genre de littérature mais les quelques ouvrages que j'ai pu ouvrir dans ma vie, et dont j'ai parfois parlé ici, ont toujours marqué de leur petite pierre bénéfique mon parcours... (Vous trouverez par exemple en cliquant sur les titres mes billets sur Pardonner, tyrannie ou libération, ou bien Mes petites machines à vivre de Maryse Vaillant).
Et puis, n'avez-vous jamais eu envie vous de mettre votre soi de côté pour quelques jours ? Moi si.

De prime abord, il ne faut pas se fier à la légèreté du dessin de couverture car le sérieux est de mise dans les pages de cet ouvrage qui étudie avec minutie toutes nos manières modernes d'être avec notre "moi". Il apparaît que nous consacrons une énergie folle à préserver et à donner une image de nous qui corresponde au mieux à ce que nous jugeons être notre "identité", quitte à nous plonger aussi dans la détresse. Et s'il n'y avait pas de vrai "moi" à découvrir ? Et si nous étions bien plus que ce que nous disons de nous-même ? Et si notre "moi" était en constant changement, construit au quotidien, bien plus vivant dans l'action que dans l'introspection ?

Je ne sais pas ce qu'il me restera véritablement de cette lecture. Je sais seulement que je l'ai dévorée et que j'ai corné de nombreuses pages pour éventuellement en relire des passages plus tard... Hum, cela me semble bon signe, non ?

"Ce moi que le langage nous fait prendre pour notre essence peut-être regardé avec distance. Avec bienveillance même, puisqu'il est aussi une partie de nous. S'il renferme un morceau de vérité sur qui nous sommes, prenons en acte. Il serait vain de vouloir se dégager totalement de cette définition de soi de toute façon. Et dangereux de se battre contre elle. Elle fait corps avec notre expérience. Absorbons-en la moelle. Mais rappelons nous aussi que cette vérité est parcellaire, et que ce que nous pouvons dire ou penser à propos à propos de nous ne racontera jamais toute l'histoire. Le moi est une histoire à vivre, pas une histoire à raconter. Alors parfois, regardons ce moi s'éloigner. Il peut même totalement disparaître, pourquoi pas ? C'est alors qu'il se révèle. Quand le tireur devient sa flèche."

Editions Armand Colin - 15€ - 22 mai 2013

[Les autres titres de la collection]

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16 juin 2013

La Singulière tristesse du gâteau au citron, Aimée Bender

lasingulieretristesse"Voir arriver quelqu'un que l'on aime, les jours où tout va mal, est l'un des grands baromètres de la gratitude."

Rose fête ses neuf ans et elle s'apprête à croquer avec enthousiasme dans son gâteau préféré, au citron, préparé par sa mère pour l'occasion. Sa première bouchée a un goût atroce, étonnant et complètement bouleversant, celui du désespoir. Peu à peu, la petite fille va découvrir qu'elle possède un don surprenant et désagréable, celui de connaître les émotions de ceux qui cuisinent ce qu'elle mange, ainsi que les lieux où ces aliments ont été conçus et préparés.
Elle va tenter de fuir ce pouvoir, ou même d'en parler, notamment au meilleur ami de son frère, Georges, qui l'écoute avec patience et tendresse. Cependant, Rose s'apercevra vite qu'il faudra non seulement vivre avec ce don embarrassant, le dissimuler, mais aussi veiller sur son frère qui semble atteint lui d'un mal bien plus puissant.

Comme je vous le disais dans un billet précédent, j'ai été prise à la gorge par les premières pages de ce roman tant l'émotion de cette première bouchée avalée par une petite fille est surprenante et chargée d'affects. L'effet s'est un peu dissipé au cours de ma lecture, avec une impression constante de tourner autour du pot. L'attention du lecteur est en effet dirigée assez rapidement vers le frère de Rose, Joseph, qui semble vivre lui quelque chose de bien plus difficile et de douloureux, mais aucune hypothèse n'étant avancée clairement l'intérêt s'émousse rapidement. Heureusement, le dernier tiers du récit reprend du rythme et de l'énergie et je suis ressortie assez satisfaite de ma lecture, m'interrogeant encore une fois sur ce que l'on sait, ce que l'on voit et ce qui est caché.
Un roman déstabilisant où l'imagination et le fantastique ont la part belle et sensible.

Editions de l'Olivier - 22.50€ - Février 2013

Cathulu a mis ce roman sur son étagère des indispensables - Pour Clara c'est un roman d'une beauté singulière qui l'a touchée et fait vibrer !

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