29 octobre 2007

Mes bras vides

couveuse Lorsque je viens te voir, le soir, un peu tard, tout le service semble apaisé. Les lumières se font plus douces. Seuls, les moteurs des couveuses ronronnent tranquillement, à peine dérangés par l'alarme des biberons automatiques.

Lorsque je viens m'asseoir ainsi près de toi, j'aimerais pouvoir laisser les larmes couler sur mes joues, en silence. Mais nous ne sommes pas seuls ! Je garde en moi, coincé dans la gorge, cette boule d'angoisse qui ne me quitte plus.

Je tire sur le fil de ta peluche musicale et laisse les quelques notes mélancoliques s'égrener jusqu'à la fin. Tu ouvres les yeux, tu souris presque.

"Maman te dit bonne nuit. Je dois partir."

Te prendre délicatement dans ton berceau. Te poser contre ma peau nue. Ton petit corps fripé doux et chaud.

Sortir de ces couloirs. Fuir les lumières crues. T'envelopper dans mes bras de maman kangourou. Te kidnapper.

Ma blouse blanche enlevée, je ferme délicatement la porte du service des prématurés. Je ferme les boutons de mon gilet. J'ai un peu froid. Je prends l'ascenseur, le ventre et les bras vides.

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28 octobre 2007

Parler de toi

parler_de_toi

Comment parler de toi ?

Comment parler de l'homme qui marche à mes côtés depuis quelques années ?

Comment parler de ta patience, de tes bras qui rassurent, toujours ? Comment parler de ma peine, les jours où tu m'aimes moins ? Comment parler de ma peur, lorsque je t'attends ? Comment parler de ces montagnes que je voudrais savoir aplanir pour toi ?

A l'instant où je t'ai rencontré, j'ai su. Mais je n'étais pas libre et tu me semblais si inaccessible.

Alors, j'ai préféré continuer ma vie, mettre un mouchoir sur ce sentiment naissant et le cacher, là, bien au fond de mon coeur.

Tu es parti loin, au bout du monde, sans espoir de retour. Le mouchoir s'est mis à saigner.

Lorsque tu es revenu, j'ai déposé mon coeur à tes pieds, tu l'as pris.

Comment parler du bonheur ?

Je laisse les jours heureux s'écouler doucement. Je nous regarde vivre.

Parfois, je te serre un peu fort, contre moi, pour que tu ne t'envoles plus !

                                             

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27 octobre 2007

Tiens ! (petite ritournelle)

tiens

Tiens, je te laisserais bien là,

Comme tu me laisses à chaque fois,

Sur le bord du chemin, sans rien.

Tiens, je te ferais bien faux bond.

Tu regarderas l'heure, étonné,

A peine inquiet de mon retard.

Tu te diras "Ca ne lui ressemble pas".

Oui, tiens, aujourd'hui, c'est décidé,

Je ne viendrai pas,

J'irai ailleurs.

Tu auras rendez-vous avec personne, avec mon souvenir.

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26 octobre 2007

La chambre est vide

Il ne reviendra plus… Les meubles portent encore l'empreinte de ses doigts ; je ne les essuierai plus. Il est parti. Ses bagages étaient là, il y a quelques minutes, dans ce carré de soleil et, maintenant, plus rien, que des poussières qui volent dans la lumière.

la_chambre_est_videIl ne reviendra plus… Je me souviens, hier, ses pieds nus, humides, rosis par le froid, ont fait craquer cette planche du parquet si rugueuse sous mes doigts. Ils y ont laissé une trace sombre, éphémère. A présent, plus rien…que ce carré de lumière qui aggripe le plancher, ces poussières qui volent en tous sens et moi, allongée, la joue posée contre le bois du sol, qui les regarde tomber.

Il me semble que ma vie s'est réfugiée dans cette pièce étroite au plafond trop haut. De tous côtés, les objets me dévisagent avec les yeux des fantômes qui les ont touchés. J'ai un peu froid. Et pourtant, au dehors, l'été cuit des milliers de corps offerts à son souffle brûlant. Mais voilà, une brise de fin d'après-midi s'est infiltrée dans la place, par la fenêtre entrebaîllée. Elle n'a eu qu'à se frayer un passage sous les légers rideaux tirés ; c'était facile.

Oui, j'ai un peu froid… Il ne reviendra plus à présent, tout honteux, sécher de ses lèvres cette eau salée qui glisse sur ma joue meurtrie.

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25 octobre 2007

La fatigue d'être soi

Vivre avec soi-même, quelle aventure !la_fatigue_d__tre_soi

Ma maladie se promène depuis toujours à côté de moi. Je la connais. Elle met du poids dans tous mes gestes et emprisonne mon quotidien.

Je sais qu'elle sera là, jusqu'à la fin, pour moi.

Gentille, elle sait parfois se faire discrète. Le plus souvent, elle se manifeste dans les moments difficiles et m'accompagne, même lorsque je voudrais l'oublier.

Elle reste sans doute ma plus fidèle amie.

Ma maladie s'appelle "fatigue". Je la vois venir de loin. Jamais, je ne peux l'oublier.

Depuis qu'elle a un nom, je peux juste la porter à bout de bras et la brandir à l'occasion.

Ma maladie est invisible. Elle ne m'empêche pas de travailler.

Elle ignore toute spontanéité.

Elle oblige mes pensées à réfléchir chaque mouvement de mon corps, chaque parcours, chaque action de ma vie.

J'aurais juste voulu la connaître plus tôt, alors qu'on me pensait feignante.

Je voudrais juste la dompter, quand c'est elle qui me commande.

J'aimerais juste être moins organisée.

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23 octobre 2007

Etre un goéland

J'étais là, face à la mer, assise sur un morceau de rocher inconfortable.                           

   go_land 

Le vent soufflait par rafales, emmêlant mes cheveux, les inprégnant de sel. Bercée par le bruit rassurant des vagues venant mourir sur le sable fin, je réfléchissais à ma vie, à son vide, à son inconsistance, à ses lâchetés.

Le gris du ciel se perdait dans le gris de la mer. Mes doigts aggripaient le rocher. Des goélands volaient un peu bas, frôlant du bout de leurs ailes, l'océan. J'aurais voulu pouvoir voguer, comme eux, jusqu'aux nuages. M'envoler doucement. Partir un peu plus loin pour revenir, légère comme une bulle.

Mais, je n'étais pas un oiseau, ma vie ressemblait bien plus à ces vagues qui se perdaient sur la plage, charriant grains de sable, algues et coquillages.

Alors, je me suis levée et j'ai repris ma promenade sur la route côtière. Le vent cherchait maintenant à s'engouffrer dans mes vêtements. J'ai repensé à l'Ile de St Cado, à notre visite de la veille, à cette petite chapelle si paisible. J'ai revu le visage de ma fille alors qu'elle y déposait une petite bougie rouge. C'était, je crois, la première fois qu'elle rentrait dans un tel lieu.

Je me souviens lui avoir demandé si elle voulait faire un voeu. "De l'amour", a-t-elle dit, et tout son petit visage a frémi. Je lui ai souri et l'ai serré un petit moment contre moi.

Non, je n'étais pas un goéland.

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22 octobre 2007

Un tout petit livre !

Tous les textes de la catégorie "A propos du livre" ont été publiés dans un tout petit livre...

Toutes les infos ici [fiche du livre]

A présent, vous allez trouver sur ce blog mes autres textes. Je vais tenter une sorte de classement, forcément un peu arbitraire, mais à tendance thématique...

Et, bien sûr, j'aimerais qu'ils soient un jour édités, illustrés, qu'ils aient un avenir, ces textes !

Mais bon.

Ils ont déjà, au présent, la grande chance de vous avoir comme lecteurs, et c'est déjà beaucoup.

Alors, merci beaucoup, et bonne lecture !

Antigone

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21 octobre 2007

Secrétaire

secr_taire

Journée de septembre

 

Dans cette pièce exigüe, je suis secrétaire. Sur mon bureau se côtoient crayons, téléphone , ordinateur, fax et dossiers colorés.

 

Efficace, organisée, je trie, je classe, je copie, je cachette.

 

A dix heures, je remplis la cafetière. Ma tasse en main, je fais le tour des bureaux, j'embrasse, je serre des mains, je souris. Je distribue le courrier.

 

 

Dans cette petite pièce, au deuxième étage, j'ai vue sur rien. Moi et la photocopieuse, nous nous entendons bien.

 

Parfois, quelqu'un entre, me parle, crée un bourrage papier, râle et s'en va.

 

Parfois, aussi, quelqu'un s'attarde un peu.

 

 

Dans ce bureau minuscule, j'ai souvent envie de ne plus être secrétaire.

 

Le soir, en tirant la porte, lumières et tiroirs refermés, je reprends mon envol.

 

 

Car, hors de cette pièce, mesdames et messieurs, je suis papillon.

 

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20 octobre 2007

Si je devais...

passage_pommeraye...écrire un roman, je commencerais par fermer les yeux, un moment.

Je sais qu’il apparaîtrait presque aussitôt, mon personnage.

La jeune fille se tiendrait d’abord de dos. Je ne verrais d’elle que ses cheveux châtains, souples et longs, son lourd manteau brun et sa main, nerveuse et blanche tenant une clé. Elle fermerait alors la porte de son appartement, au cinquième étage, dévalerait l’envolée de marches qui mène dans la rue et je verrais enfin son visage, dissimulé sous une frange épaisse. Je déciderais de noter cette expression sur mon carnet à spirales : « ses yeux, grands et changeants, lui mangeaient le visage ».

Il y aurait des ruelles pavées, Nantes, le quartier Bouffay, le vendeur de marionnettes. Il y aurait de la pluie, fine et légère, comme une évidence. Les rues grises s’habilleraient de parapluies colorés. Elle mettrait sa capuche, mon héroïne, se souciant peu de son image. Elle serrerait ses bras autour de son torse, peut-être un peu trop maigre. Elle aurait froid mais elle se sentirait bien.

Elle s’engouffrerait alors dans le passage Pommeraye. Les miroirs lui renverraient son reflet, par mégarde. Elle ouvrirait une autre porte et disparaîtrait, sans prévenir, dans les entrailles de la ville.

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19 octobre 2007

Elle écrit

Elle écrit le matin. Elle écrit le soir.

tasse15Elle écrit, pour conjurer le silence. Elle écrit, pour oublier la pluie.

Elle écrit, pour survivre, pour que chacun de ses mots éloigne la douleur, pour poser sa douce pierre sur le chemin étroit du bonheur.

Elle écrit des mots tendres, pour faire taire les voix assassines, pour panser ses blessures et fermer les portes du malheur.

Elle écrit malgré le temps qui court, sans savoir où elle va.

Elle écrit au présent, pour cadenasser le passé.

Elle écrit pour ses enfants, pour apprendre à les regarder, pour leur enseigner la vie.

Elle écrit pour elle.

Elle écrit pour demain.

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