16 octobre 2016

Jean-Luc Lagarce

"Raconter le Monde, ma part misérable et infime du Monde, la part qui me revient, l'écrire et la mettre en scène, en construire à peine, une fois encore, l'éclair, la dureté, en dire avec lucidité l'évidence. Montrer sur le théâtre la force exacte qui nous saisit parfois, cela, exactement cela, les hommes et les femmes tels qu'ils sont, la beauté et l'horreur de leurs échanges et la mélancolie aussitôt qui les prend lorsque cette beauté et cette horreur se perdent, s'enfuient et cherchent à se détruire elles-mêmes, effrayées de leurs propres démons.
Dire aux autres, s'avancer dans la lumière et redire aux autres, une fois encore, la grâce suspendue de la rencontre, l'arrêt entre deux êtres, l'instant exact de l'amour, la douceur infinie de l'apaisement, tenter de dire à voix basse la pureté parfaite de la Mort à l'oeuvre, le refus de la peur, et le hurlement pourtant, soudain, de la haine, le cri, notre panique et notre détresse d'enfant, et se cacher la tête entre les mains, et la lassitude du corps après le désir, la fatigue après la souffrance et l'épuisement après la terreur."

Extrait de De luxe et de l'impuissance, Jean-Luc Lagarce - In Juste La fin du Monde - 7.50€ - Les Solitaires Intempestifs

lagarce

Ci-dessus, le CD, et le texte de la pièce à l'origine du film de Xavier Dolan, par Jean-Luc Lagarce, mort du sida en 1995 avant que sa pièce connaisse le succès. La lire et constater cet intéressant travail de réécriture cinématographique.

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15 octobre 2016

Molécules, François Bégaudeau ~ Rentrée littéraire 2016

molecules

"Ça l'embête qu'ils deviennent ennemis, ce serait indigne de leur belle histoire. Elle a raison, on ne peut pas en vouloir à quelqu'un de ne pas aimer. L'amour n'est pas une créance. Elle ne lui doit rien."

Jeanne Deligny est morte, tailladée sur un des paliers de son immeuble. Il faut retrouver son agresseur, comprendre qui a pu vouloir la mort de cette femme sans histoires qui laisse derrière elle un mari pharmacien et une toute jeune fille. Elle travaillait dans un centre pour handicapés, pensait adopter Didier, malgré ce que Charles en pensait. Il a dit les fous ne sont pas tes enfants. Mais maintenant, tout a changé, depuis le meurtre de Jeanne, et la sidération, il est prêt. Sa fille Léna récupère un frère. Et l'on retrouve le meurtrier de Jeanne, un ancien amoureux transi, Gilles, qui avoue sans sourciller avoir voulu supprimer enfin la cause de tous ses malheurs...

Je lis régulièrement François Bégaudeau depuis que je l'avais écouté en rencontre il y a fort fort longtemps... et je reste souvent assez curieuse de ce qu'il écrit, même si le résultat est parfois désarçonnant, entre sentiment d'agacement et coup de coeur. J'avais par exemple adoré son Au début [clic], aimé Entre les murs, mais moins Fin de l'histoire [clic] ou La blessure, la vraie [clic]. Bref, François Bégaudeau ne me laisse pas indifférente, j'ai donc voulu lire encore en cette rentrée son nouvel opus. Et cette fois-ci, il m'a surprise encore, à s'essayer ainsi à un style qui frôle l'enquête policière et le thriller psychologique. Et en réalité, j'ai aimé ce que j'ai lu cette fois-ci, l'écriture inventive et vivante, et cette ambiance, un peu glauque (mais pas trop), une peu tendue (mais pas trop) et un peu sarcastique. Un texte à découvrir, avec beaucoup de second degré en soi.

Editions Verticales - 19.50€ - 18 août 2016

 

12 octobre 2016

I miss you

[Juste la fin du monde... encore] Et pendant ce temps ma PAL de rentrée (et l'autre aussi) végète un peu... Bon mercredi !

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10 octobre 2016

Je viens de m'échapper du ciel, Mattiussi ... d'après Carlos Salem

jeviensdemechapperduciel "On reste comme ça, au bord de l'amour ou du désastre, sans se décider à agir et se perdre enfin."

Impossible de chercher un sens, de résumer cet album qui ouvre les frontières du réel, de l'imaginaire et mélange à son gré la chronologie. Il y a des visages qui apparaissent à des moments clés, un masque de Titi ridicule, un braquage de banque, des femmes belles et inaccessibles (ou blessées), des bars à l'atmosphère enfumée. Et il y a Poe, sorte de loser charismatique qui prend des décisions en comptant le nombre d'allumettes qui s'échappent de sa poche, qui pense à Lola, qui parle aux fantômes.
Laureline Mattiussi mêle ici polar et onirisme et on la suit, avec son trait épais, son dessin en noir et blanc parfait. Et c'est très beau, plein de désir et de folie, assez magique, plein d'humour noir aussi. J'ai beaucoup aimé.

Voici ce que l'auteure en dit sur son blog [clic ici]... Après avoir rencontré Carlos Salem au festival du Goéland Masqué il y a trois ans, et décidé en chœur de mélanger nos mondes dans un livre commun, j'adapte actuellement plusieurs de ses nouvelles. Le livre qui en découle s’appellera "Je viens de m'échapper du Ciel". Il fricote avec les bas-fonds, le roman noir, les soûlards désemparés et leurs fantômes fessus. Il rêve d'amour tendre avec beaucoup d'alcool fort. 

Editions Casterman - 18.95€ - 24 août 2016 - Merci ma bibli !!!

jeviens1           jeviens2

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09 octobre 2016

Mise au point du dimanche

miseaupoint

Crédit photo - teezily [clic ici]

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08 octobre 2016

L'Objectif Pal est de retour !!

objectif pal

Et oui ! ;) Mais avec lui quelques changements...

1) Tout d'abord, je pars dans cette aventure avec Anne de Des mots et des notes que je remercie pour sa proposition et surtout de continuer chez elle le challenge, pour elle-même, depuis que je l'ai délaissé, faute de temps. Je suis ravie de cette collaboration.
2) L'Objectif Pal n'aura lieu cette fois-ci que sur un mois, nous avons choisi Novembre, après le flot de la rentrée et avant l'effervescence des fêtes.
3) L'inscription au challenge, validé par le premier lien déposé pour l'Objectif, vous permettra de jouer pour un petit colis surprise, une sorte de Trophée de Lecteur de PAL

Allez, c'est parti ! Je prends officiellement avec ce billet les inscriptions pour l'Objectif Pal de Novembre 2016. Vous pouvez également déposer votre inscription chez Anne sous son billet [clic ici]. Nous essaierons que chaque blog reflète autant que possible l'avancée du challenge. Un groupe dédié a été créé sur Facebook [clic ici]. Dans la mesure du possible, merci de déposer vos liens dans le document Facebook. Si vous n'êtes pas sur FB et ne voulez pas l'être, déposez vos liens soit chez moi soit chez Anne, et nous nous chargerons de les inscrire sur le document. Les mises à jour seront faites en fonction de nos emplois du temps respectifs.

Notre proposition pour ce challenge - qui a déjà fait ses preuves - est de prélever un titre de sa PAL ("Pile A Lire" pour les petits nouveaux). Il s'agit donc, pour que le challenge puisse garder tout son sens, de ne pas prendre des titres acquis après janvier 2016, empruntés en bibliothèque, les nouvelles acquisitions. Merci de respecter ce principe.

affichehergeok

Nous mettrons en place prochainement un autre billet sur lequel vous pourrez poster, en commentaire le titre et le nom de l'auteur de votre lecture de Pal de Novembre, ainsi que le lien vers votre billet, à tout moment et à votre convenance. J'aimerais également beaucoup que vous rajoutiez à tout ceci un petit commentaire tel que "coup de coeur", "déception", "bonne surprise", etc... à vous de voir, merci !! Le billet sera réédité fin Novembre avec vos liens et en une sorte de petit bilan. Quelques jours plus tard nous effectuerons le tirage au sort dont je vous parlais plus haut.

Le challenge peut tout à fait être ouvert aux non-blogueurs, et lecteurs de nos blogs, si ils le souhaitent. Dans ces cas là, merci de bien vouloir être un peu plus prolixe en commentaire en ce qui concerne votre avis sur le livre concerné (2-3 lignes), pour que votre participation au tirage au sort puisse être validée !!

L'exposition Hergé au Grand Palais du 28 septembre 2016 au 15 janvier 2017 m'a inspiré ce retour. Bon Objectif !!

Participants : Eimelle - Tiphanie - Aifelle - Kathel - Maryline - Sylire - Estellecalim - Jostein - Gambadou - Arieste - Lady Double H - Florence - Mimipinson - Chantal -  Mrs Pepys - Enna - CK - Anna - Dominette - Virginie - ...

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05 octobre 2016

Home is where it hurts

[Grosse émotion que cette chanson en début du dernier Xavier Dolan] D'ailleurs, j'ai bien l'intention d'en acquérir la Bande Originale ainsi que le texte (pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce). Et tandis que je me passe en boucle les chansons phares du film depuis la semaine dernière, je lis molécules de François Bégaudeau. Et puis et puis, j'ai décidé de participer au comité de lectures BD de ma bibliothèque (en plus des romans), parce que lire des BD me manque... et que je suis sûre d'avoir ainsi plein de beaux albums à vous présenter ici. De toutes les façons, Octobre sera encore un mois à surprises (enfin plutôt Novembre), bref... préparez-vous !

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04 octobre 2016

Un roman anglais, Stéphanie Hochet

unromananglais

"On est toujours reconnaissant envers les gens qui ne s'effarouchent pas devant la part de soi qui sombre."

Nous sommes en 1917, la guerre fait rage en Europe. Des jeunes gens ne cessent de tomber dans les Flandres. Réfugiés dans le Sussex, loin des dangers de Londres, Anna et sa famille tentent de continuer à vivre normalement. Edward est horloger, et Anna souhaite reprendre ses travaux de traduction. La présence du tout jeune Jack l'empêche de se concentrer. Le couple cherche donc une garde d'enfant et Anna est spécialement séduite par la proposition écrite d'une certaine George. Anna s'enflamme à l'idée de connaître une femme portant ce prénom qui ouvre son imagination, sans se douter qu'il s'agit en réalité d'un jeune homme. George s'occupe admirablement de l'enfant, qui l'adore en retour, apaise à la fois Anna et dérange Edward... Comment ce dernier va-t-il supporter plus longtemps que sa petite famille soit ainsi transformée par la présence d'un tiers aussi séduisant ?

Ce roman à l'atmosphère très anglaise et désuète, feutrée, cache bien son jeu. En effet, peu à peu, dans ce récit, les non-dits et faux-semblants s'effritent devant la personnalité lumineuse et tranquille de George et les personnages qui gravitent autour prennent de l'épaisseur et du relief. C'est Anna qui observe et étudie les signes, les détails. Elle est peu à peu consciente que son regard change, qu'elle peut se considérer à l'aune des changements plus profonds qui bouleversent la société anglaise de l'époque, et notamment le rôle des femmes. Elle laisse ses tourments s'exprimer. Un très juste et fin petit roman qui sait aussi émouvoir, serrer le coeur et donne brutalement des envies de liberté et de sincérité. 

Editions Rivages - 17€ - mai 2015 - merci ma bibli !!!

J'ai repris cette année ma participation au comité de lecture de ma bibliothèque... Mes lectures seront toutes regroupées sous ce tag là [participe présent].

 

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03 octobre 2016

Mon coeur en hiver ~ atelier d'écriture

neige-vincennes-kot

J'ai mis le doigt sur l'endroit où se situe ma douleur. J'ai mis un doigt sur toi. Aujourd'hui je voudrais essayer. Etre certaine que tu me rejettes. Cette fois-ci. Je voudrais que tu m'accordes cela. La rupture. Celle qui brisera enfin ce qui nous lie. Mettre mon coeur en hiver. Toi comme mort. Et le vide tout autour. J'ai bien tenté. A plusieurs reprises. De me défaire de ce fil, ta présence qui s'enroule et serre mon torse, mes tempes, en vain. Tu restes là. Avec ta constance, ton sourire en coin. Présent malgré moi. Présent partout où je suis. Hier, la neige a recouvert ce parc que tu connais, où parfois je te croise. Et je suis restée saisie, envahie par le blanc, la pureté du silence, cette respiration. L'hiver était là, déjà en octobre, et il me chuchotait qu'il était temps. J'ai mis le doigt sur les touches de mon téléphone. Je compose ton numéro sans hésiter. Par coeur. Et je reçois ta voix incertaine comme un cadeau doux dans le creux de mon oreille. Ton salut comme une écharpe de laine qui retomberait légèrement sur ma gorge. Trouver la force. La violence qu'il faut pour briser le sortilège. Te donner des armes. Mentir si il le faut. Tu as l'air si heureux de me parler. Cette distance affectueuse que tu mets en tout. Cette toute petite boîte dans laquelle tu me tiens. Ces parois rugueuses contre lesquelles je me cogne et me blesse. Tes silences. De mon problème tu es la solution. De ma douleur je ne veux plus. Je te livre mon mensonge, le plus gros. Et il est épais et lourd ton souffle au bout du fil, coupant. J'attends le bruit qui annoncera la fin. J'attends que l'amour que je te porte se brise à mes pieds. Enfin. Et tu déglutis, prononce mon prénom, lentement. Ta parole hésite et cherche. Mon prénom encore, dans ta bouche, dans ce fil de téléphone qui nous relie. Mon mensonge qui s'évapore. Ta manière à toi de rebondir sur mon avant dernière phrase, celle qui ne démêlait rien, qui n'avait pas d'importance. Et puis ce A demain. Tu as trié d'un revers de certitude le déraisonnable et le certain, fais un noeud avec le lien qui nous lie, et serré très fort. Je raccroche, garde l'impression terrible que tu tiens à moi et que j'ai seulement ajouté un tour à ce fil qui serre à présent mes poignets, ensemble.

© Kot - Ma participation à l'atelier d'écriture de Leiloona... une photo quelques mots [clic]

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02 octobre 2016

Je n'ai pas dansé depuis longtemps, Hugo Boris

jenaipasdansedepuislongtemps

"Il sent qu'il y a autre chose, qui lui interdit de se satisfaire des hypothèses que son imagination élabore pour lui."

Nous sommes en URSS, juste avant le chaos et les chamboulements qui ont entraîné la dissolution de l'Union soviétique. Ivan a été retenu parmi de nombreux postulants pour être le premier homme à rester plus de quatre cents jours en orbite autour de la Terre. Il va donc bientôt partir pour la station Mir. Il est cosmonaute, mais surtout médecin, ses taches seront donc différentes des pilotes qu'il accompagne. Père de deux enfants, Ivan est depuis toujours quelqu'un de très sûr de lui, et de ses performances. Pourtant, très vite, alors que les trois hommes cohabitent dans la station, Ivan commence à ressentir des maux liés à l'apesanteur [voir wikipedia ici] qui peuvent menacer son équilibre mental et la réussite de sa mission.

Je ne pensais pas être capable d'apprécier un récit traitant d'un tel sujet, le voyage dans l'espace. Et je ne serais pas allée naturellement vers ce livre si je n'avais pas décidé de faire confiance les yeux fermés à Hugo Boris après ma lecture de Police et du Baiser dans la nuque. Bien m'en a pris, car même si dans ce roman-ci l'écriture est plus classique, voire technique, la trame en est terriblement addictive, et le lecteur se prend très vite de passion pour l'univers restreint de cette station qui subit quelques soubresauts et incidents. Et puis, il y est surtout question de l'âme humaine, des décisions et des choix que l'on prend et qui engagent notre vie, de notre propension à prendre des risques et à accepter notre fragilité comme une force potentielle... Un excellent roman, qui regorge de très belles scènes.

Editons Belfond - 20 € - Janvier 2010 - Merci ma bibli !!

 

Le billet de Sébastien qui souligne la faculté d'Hugo Boris à nous surprendre - La lecture de Sophie Adriansen !

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