28 décembre 2014

Une si jolie petite fille, Gitta Sereny

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 "Au cours des sept mois d'entretiens et, au total, deux années qu'aura duré l'élaboration de ce livre, pas un seul jour n'a passé sans que je pense aux familles des deux petits garçons, qui auraient aujourd'hui 34 et 33 ans. Pas un seul jour non plus où je me suis demandé si ce livre devait exister : pour ceux qui l'éditeraient, pour ceux qui le liraient, pour Mary elle-même, que j'ai, avec beaucoup de difficulté et de façon extrêmement douloureuse, extraite de sa vie quotidienne, pour les familles de ses victimes et pour la sienne, par-dessus tout pour son enfant qui est maintenant toute sa vie."

En 1968, à Newcastle, deux petits garçons de 3 et 4 ans sont assassinés par deux fillettes, Norma et Mary. Cette dernière, âgée de 11 ans, est reconnue essentiellement coupable lors du procès, et Norma libérée. Mary est jugée comme une adulte, sans que son passé ne soit étudié, les éventuels sévices subis par cette enfant notés. Son attitude passible, son intelligence, la font passer pour un être démoniaque auprès de la cour, et de la presse. La petite fille est emprisonnée à l'issue de son jugement qui a conclu à la perpétuité. Gitta Sereny était présente lors de ce procès et est restée étonnée par la violence des sentiments qui pesaient sur Mary. Quelques années plus tard, en 1974, elle sort un ouvrage essayant d'apporter un éclairage plus large sur l'affaire, en abordant notamment la prime enfance traumatisante de Mary, Meurtrière à 11 ans. Trente ans plus tard, alors que Mary tente de vivre une vie ordinaire, suite à sa sortie de prison, Gitta Sereny la convainc de participer à une série d'entretiens. La vie de Mary Bell défile, des deux drames au récit de sa captivité. Peu à peu, démêlant le vrai du faux, une vérité émerge...

Cet ouvrage a été à la fois dérangeant et absolument passionnant à lire car il tente de répondre à des questions d'actualité sur le jugement des enfants, leur part de responsabilité (un enfant de 11 ans peut-il être jugé comme un adulte ?), mais aussi sur une rédemption possible. La Mary Bell adulte est désespérée par les actes qu'elle a commis, et porte avec une grande douleur sa culpabilité et le traumatisme de son enfance. Gitta Sereny pointe du doigt les défaillances du système de l'époque qui n'a pas su prendre en charge cette petite fille visiblement malade et en souffrance, et qui vivait auprès d'une mère hautement toxique ayant à plusieurs reprises essayé de se débarrasser de la fillette. Une enquête complète et admirablement rédigée qui apporte, et entraîne avec elle de multiples réflexions.

Editions Plein Jour - 23€ - 11 septembre 2014

 

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26 décembre 2014

Pietra Viva, Léonor De Récondo

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 "Comment peuvent cohabiter en moi les certitudes d'être à la fois génial et misérable ?"

Nous sommes en 1505, à Rome, Michelangelo vient d'être chargé d'une commande par le pape Jules II quand il apprend par hasard la mort d'Andrea, un moine qui fascinait le maître par sa beauté parfaite, juvénile et lumineuse. Il part alors à Carrare pour choisir avec les carriers le marbre qui lui sera nécessaire pour sa prochaine oeuvre, et emmène avec lui la bible que lui a confié Andrea. Beaucoup de questions restent en suspend quant aux raisons de son décès. Michelangelo est préoccupé et peu affable avec les habitants du village dans lequel il débarque. Seuls ses hôtes semblent trouver grâce à ses yeux. Mais peu à peu, la douceur qui l'environne, la compétence et le courage des carriers, la folie intrigante de Cavallino amoureux de sa belle jument blanche, l'affection naïve et troublante de Michele, un petit garçon qui vient de perdre sa mère, vont lui ouvrir les portes depuis longtemps fermées de l'émotion...

Il est étonnant, et dépaysant, en ouvrant ce roman, d'être immédiatement plongé dans une autre époque. Et j'ai apprécié ce voyage vers un autre monde auquel je ne connaissais presque rien. Bien entendu, j'ai déjà vu des représentations de la Pieta de Michel-Ange et me suis à plusieurs reprises émerveillée du travail prodigieux du sculpteur. Ici, nous rentrons dans son esprit, ses motivations, et regardons la pierre avec ses yeux... Quel don sublime de faire sortir des corps si vivants de blocs de marbre !! Mais Pietra Viva est également un récit très poétique qui nous raconte l'éveil d'un homme à l'expression de ses sentiments et de son affection. Le sculpteur ne cesse d'ailleurs d'être tiraillé entre l'exigence froide et presque clinique de son métier, qui ne permet aucune erreur, et l'imprévu de ce qu'il ressent de plus en plus, le prend parfois à la gorge au détour d'une sensation ou d'une remarque. Un très beau moment de lecture.

Editions Sabine Wespieser - 20€ - Août 2013

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D'autres lectures... Une oeuvre d'art pour Lucie - Le blog du petit carré jaune a été subjugué - Enorme coup de coeur pour Anne de Des mots et des notes - Une pépite pour hélène - Sous les galets a été tenue un peu à distance par la minéralité du livre - Une parenthèse sensible et magique pour Kathel - Disponible en version poche chez Points [clic ici] à partir du 15 janvier !!

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18 décembre 2014

Tour de plume, Caroline Deyns

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 "Monsieur H. tapote sur sa poitrine à la recherche de son stylo-plume. Il est là, fidèle, sous le pull, accroché à la poche de sa chemisette. Ce stylo, c'est sa femme qui lui en a fait cadeau, il y a très longtemps. Comme ça, sans occasion, parce qu'elle n'aime pas les prétextes. Rien que les textes, c'est ce qu'elle lui avait dit en le lui offrant. Elle voulait qu'il écrive avec. En écrivain bien entendu. Parce qu'il en avait la prétention à cette époque-là. Comment pouvait-il en être autrement ?"

La librairie de monsieur H est de celles dans lesquelles on aime fureter, car elle recèle de nombreux trésors, et son propriétaire connaît ses livres et ses références sur le bout des doigts. Quel bonheur pour les clients et avides lecteurs ! Oui, mais ce que monsieur H n'avoue pas c'est son envie de devenir écrivain, qu'il cache en lui comme une plaie ouverte. En effet, il n'a encore jamais écrit de roman, et même le précieux stylo qu'il utilise quotidennement n'a pas eu ce pouvoir magique, depuis son arrivée, de faire naître par sa plume l'écriture. Un jour, Isis franchit les portes de cette librairie, en recherche d'un chemin, et s'empare du stylo. L'objet passera ensuite de mains en mains, racontant à sa manière de bien curieuses histoires...

Lorsque l'on rentre dans Tour de plume, on est loin d'imaginer la ronde auquelle on va assister. Je pensais m'installer tranquillement, et pour de nombreuses pages, avec monsieur H dans sa librairie, mais non. Des personnages plus ou moins esquissés embarquent très vite le stylo du libraire et c'est l'objet que l'on suit ensuite avec calme ou agitation, selon les humeurs de chacun. On découvre ainsi une adolescente éthérée, un homme solitaire, une femme recluse, une petite bourgeoise révoltée et un écrivain blessé. J'ai été déstabilisée par le principe et au départ peu séduite par l'écriture de Caroline Deyns. Puis, l'intrigue s'arrête longuement chez Sybille, lectrice obèse et compulsive, et j'ai à ce moment précis été vraiment embarquée par la fluidité des mots de l'auteure. Lorsqu'elle évoque cette femme, effectivement alors, son talent d'écriture est évident... Avec Emma également, le personnage suivant, la beauté du texte enchante. Il est un peu dommage de retomber en fin de lecture sur ce qui avait moins plu au départ. J'ai un peu regretté l'inégalité de ce texte, qui alterne de très beaux passages avec quelques petites scènes moins réussies. Ce titre est cependant un premier roman. A suivre, donc.

Editions Philippe Rey - 8.50€ - 30 octobre 2014

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13 décembre 2014

Vrac du samedi

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Juste quelques mots pour vous parler tout de même de ces deux livres ci-contre, qui me sont tombés des mains. Je fais parfois de mauvaises pioches en répondant favorablement aux sollicitations des éditeurs, c'est le risque. Il faut dire qu'il est parfois tentant lorsque la journée a été morose de dire plutôt oui que non, et puis, même si je réfléchis toujours longuement avant de répondre, il m'arrive de me tromper.

Les Illusions adolescentes est le résultat d'une idée (pas bête) celle de réunir 17 étudiants d'écoles de commerces pour leur lancer un défi, écrire un best seller sous forme de cadavre exquis. L'auteur ADEL DECO cache sous ce nom ces étudiants, et les écoles de commerce concernées. Dommage que le contenu soit dès les premières pages, très convenu, parce que le projet était sympathique, et au final pour une bonne cause... Editions Michel Lafon

Le Point de vue du Panda s'était présenté à moi sous la forme d'un dictionnaire mêlant mots anciens (en passe de disparaître) et mots nouveaux. J'ai été déçue par les définitions lues, leur ton impertinent sans être réellement drôle. J'attendais sans doute autre chose de ce très joli petit livre... édité chez Max Milo et sous la signature de Bertrand Ferrier

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11 décembre 2014

La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon

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 "Ce qu'elle accomplit, ce jour-là, personne ne sera capable de le raconter, ne restent que les limites des mots qu'on connaît pour décrire ce qu'on a jamais imaginé.
Est-ce qu'on peut dire qu'elle prend le temps. Ou qu'elle s'empare de l'air. Ou qu'elle intime au mouvement de se plier à elle."

Dès que Nadia Comaneci apparaît aux JO de Montréal en 1976, et obtient le dix parfait, la fascination est de mise. Lola Lafon s'est penchée sur la vie de cette athlète hors du commun, entraînée en roumanie par un homme aux méthodes drastiques, Bela. Mais il n'est pas aisé de faire la part des choses entre le mythe et la réalité, entre ce que souhaite réécrire la sportive de sa propre histoire et ce qui s'est réellement passé. L'écrivain, et son sujet, sont en effet en constant dialogue, mais parfois l'incompréhension éclate. Nadia Comaneci ne veut pas que l'on présente une Roumanie triste aux rues grises, elle reste ferme sur le fait qu'il y a eu également des moments meilleurs, reste évasive sur ses liens avec le pouvoir en place. La petite fille obéissante et déterminée est devenue aujourd'hui une femme au corps libéré, parfois malhabile, qui ne sait plus quoi faire d'une liberté dont on lui vantait les mérites mais dans laquelle elle se sent finalement prisonnière...

La petite communiste qui ne souriait jamais est le récit chronologique d'un parcours sportif, mais pas seulement. Il s'agit ici aussi de creuser la vérité, de combler les trous d'un récit de vie avec des dialogues fictifs, d'inventer une biographie, à la fois fidèle et étrangère. Et c'est ce qui est hautement intéressant dans le travail de Lola Lafon, ce va et vient intentionnel entre fiction et réalité. La fiction finissant d'ailleurs au final par avoir bien plus de crédibilité que la pseudo vérité qui est présentée. Il est évident que dans tous les pays - et pas seulement dans les états totalitaires-, les athlètes sont des emblèmes utiles, dont on se sert un moment, puis qu'on éjecte sans ménagement quand la performance n'est plus là. Il faut alors que l'image soit impeccable, sans tâche, conforme au message. Nadia Comaneci a été cette emblème, longtemps, d'une roumanie qui voulait se montrer combative et moderne, mordante et fière. Lola Lafon était fascinée par la petite fille, elle semble prendre beaucoup de distance avec la femme avec laquelle elle correspond. En dehors de tout ce qu'il y a de remarquable dans ce roman, c'est sans doute cette distance qui m'a tenue un petit peu à l'écart du sujet tout au long de ma lecture. Je salue tout de même la performance d'écriture, comme elle le mérite, aisni que l'originalité enthousiasmante du projet.

Editions Actes Sud - 21€ - Janvier 2014 - Merci ma bibli !!

La vidéo du premier dix parfait à voir [par ici] - Ecouté en audiolib par Sylire [clic] - Un livre fascinant pour Aifelle [clic] - Un grand et beau coup de coeur pour Cathulu [clic] - Un coup de coeur pour Clara aussi ! [clic] ... et l'intéressante fiche du livre sur le site Actes Sud [clic], ce titre a été beaucoup lu, il a reçu de nombreux prix !

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03 décembre 2014

Autour du monde, Laurent Mauvignier

autour du monde

 "Ils ne bougent plus. C'est comme une danse. Au début, un bruit comme les vieux télégraphes dans les films en noir et blanc. Et puis un bruit plus fort, un bruit de castagnettes. Ils voudraient rire, mais ils ne peuvent pas. D'autres bruits de castagnettes, de verre qui vibre. Quelque chose les retient de rire, quelque chose les tient tous les deux. L'un deux laisse échapper de sa bouche quelque chose comme un oh étonné et presque timide, incrédule. L'autre ne répond rien, s'il le faisait sa voix ne serait peut-être pas audible parce que les vitres elles-mêmes commencent à vibrer puis à trembler trop fort, puis les murs à l'unisson aussi tremblent et laissent monter cette vibration qui bientôt saisit toute la maison et la fait craquer et se tordre. A l'intérieur, tous les objets semblent soudain avouer qu'ils sont vivants, qu'ils ont toujours été vivants. Et ils geignent, chuintent, crient, hurlent et se contorsionnent, se déforment, tirent, poussent, cassent et cette fois la vie semble surgir de l'intérieur des objets, mais c'est une vie malade, qui grince, éructe, grogne et à l'intérieur des vivants une autre vie s'anime - la vibration parcourt les corps et fait sonner les os comme une caisse de résonnance dans les membres, des bruits qui remontent le long des corps, quelque chose de trépidant dans les murs, dans les objets, quelque chose comme des pulsations instables se répandant, se diffractant, explosant partout à l'intérieur des choses et des corps."

(Je suis tombée amoureuse de ce passage, rien de moins...)

En mars 2011, un tsunami terrible déferle sur le Japon. Le monde regarde, médusé devant son poste de télévision, l'énorme vague, les maisons, les véhicules et les corps emportés, puis la menace nucléaire. Deux amants étaient alors réfugiés dans une cabane, la violence du phénomène les séparera. Et puis, Laurent Mauvignier nous emmène ailleurs, comme si si il zappait avec nous le monde, la lumière est soudain braquée sur d'autres tranches de vies, kaléïdoscope étrange de notre humanité inquiète et en quête d'affection. Des heureux gagnants d'un jeu concours se retrouvent ainsi artificiellement regroupés sur un paquebot, deux femmes débarquent à Tel Aviv, des amants s'égratignent à Moscou, une jeune femme devient la maîtresse de son beau-père, certains rêvent de faire naître l'espoir dans la perspective du gain facile...

Je suis littéralement tombée en extase devant l'écriture sublime et précise de Laurent Mauvignier, qui fait visiblement fi de toutes modes mais recherche dans ses phrases la justesse qui saura laisser apparaître l'image, le sentiment présent, l'atmosphère imaginée. Autour du monde nous embarque dans un voyage à la fois étourdissant et terrifiant, qui montre à quel point les destins privés dépassent les phénomènes collectifs, tout en s'y imbriquant étroitement, et qui montre aussi combien nous sommes tous sur le même bateau, la terre. Un roman magistral, forcément un coup de coeur !

Editions de Minuit - 19.50 € - Septembre 2014 - Merci ma bibli !!

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Je participe toujours au challenge 1% rentrée littéraire de Hérisson... qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire [clic ici pour plus de détails] - et je suis en partance cahin caha vers le 2% - n°11/12

Les tentatrices... Clara - Cuné - Cathulu

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24 novembre 2014

Deux, Stanislas Wails

deux stanislas wails

 "Simon est désemparé par la brusquerie avec laquelle tout s'arrête, mais c'est exactement comme de sortir d'un rêve : les premières secondes, en équilibre, entre deux sortes de réalités, sont emplies de douceur. La douleur vient après."

Clorinde, jeune étudiante en cinéma, décide un beau jour de suivre dans la rue ces deux hommes qui lui plaisent, par goût du jeu et de l'aventure, et dont elle surprend charmée la conversation. Le hasard décide finalement pour elle et, des deux hommes, il choisit Simon, scénariste. Son attention se focalisera alors sur lui. Elle décide de le séduire et y parvient. Commence alors entre eux deux une relation dans laquelle la légèreté est de mise, l'effleurement. Il s'agit de ne pas réveiller la réalité, la lourdeur ou le sérieux, de disparaître au bon moment, avant la lassitude, l'habitude, l'ennui. Mais l'entrée de Clorinde dans l'univers de Simon, sa participation à son prochain tournage, mettra soudain toute la douceur de leurs échanges en coulisses. Promue stagiaire, Clorinde apprend à se taire, à observer, à attendre, à faire dix choses en même temps, change, grandit.

Le ton des premières pages de ce petit roman m'a soufflé, par sa modernité, sa fraîcheur, et l'énergie de son style. Je suis restée scotchée par les nombreuses petites trouvailles d'écriture de l'auteur (un régal), et le sourire m'est à de nombreuses reprises venu aux lèvres pendant cette lecture. Stanislas Wails écrit bien, qu'on se le dise, et il me tarde de le lire de nouveau. J'ai cependant un gros bémol sur l'intrigue, peut-être un peu trop attendue, et sur ce souffle qui se perd en milieu d'ouvrage, sur le virage qui est pris et qui amène Clorinde à se métamorphoser en super stagiaire efficace. J'aurais aimé continuer je pense sur le même fil tendu dans les premières pages et regarder se tisser jusqu'à la fin la toile des amours poétiques et cruelles de Clorinde et Simon. Je salue cependant la superbe couverture, ai beaucoup pensé en parcourant les pages de ce livre au très bon film Lost in Translation (le passage dans l'hôtel sans doute), et note le premier roman de l'auteur, La Maison Matchaiev, sorti en 2011. Un titre qui m'a remis définitivement sur les rails perdus de la lecture, et une délicieuse petite découverte malgré mes bémols... 

Editions Au Diable Vauvert - 17€ - 1er octobre 2014

Un avis trouvé sur Sans connivences assez vif et pertinent à lire [ici]

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19 novembre 2014

Les Nuits rouges du Théâtre d'épouvante, Alexandre Kha

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 "Comme si la vie n'était pas assez horrible. Le monde suffit à nous glacer d'effroi."

Complètement inscrit dans l'univers étrange, poétique et décalé, d'Alexandre Kha, Les Nuits rouges du théâtre d'épouvante nous raconte l'histoire d'une troupe de comédiens d'un théâtre confidentiel où la terreur est au programme et les spectateurs satisfaits des spectateurs convenablement terrorisés. Rempli de multiples références du genre (Le Portrait de Dorian Gray par exemple), de figures emblématiques de l'épouvante (épouvantail, loup-garou, zombies, jeunes femmes pâles), cet album déroule ses pages comme une sorte de roman-feuilleton à la Edgar Alan Poe. 

J'apprécie beaucoup l'originalité du travail d'Alexandre Kha, dont je suivais autrefois le blog, et dont j'ai beaucoup aimé découvrir les premiers petits albums [Clic ici]. J'ai sans doute été moins séduite par le sujet de celui-ci, par son format BD plus traditionnel, mais l'auteur sait toujours autant nous laisser de guingois, désarçonnés, nous balader entre confort et inconfort, et insuffler à ses personnages une poésie profonde. Pour les adeptes.

Editions Tanibis - 20€ - 14 Novembre 2014

Lu dans le cadre de La Voie des Indés sur Libfly. Quelques planches sur le site de l'éditeur [par ici]. Pour d'autres lectures sur ce titre, cliquez sur le logo ci-dessous.

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18 novembre 2014

Respire, Anne-Sophie Brasme

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"Même entourée, j'étais seule. Les autres n'existaient plus si Sarah n'était pas là. Son absence m'achevait, me torturait, m'écrasait. 
Oui, sans Sarah, je n'étais rien."

Charlène vit dans une famille sans grands reliefs. Exaltée, se sentant incomprise, elle rêve à l'adolescence de retrouver cette amitié qui l'avait liée plus jeune à une autre petite fille aux grands yeux. Mais l'arrivée au collège n'est pas très satisfaisante. Charlène traîne sa solitude, son mal-être, et un beau jour décide de se laisser entraîner au bord de l'étouffement par une crise d'asthme. Elle se retrouve alors à l'hôpital. Sarah apparaît. Et c'est cette camarade de classe, jusqu'à présent inaccessible, charismatique, qui lui promet une amitié éternelle, Charlène s'y engouffre avec émerveillement.

Il paraît hallucinant que ce roman d'une grande maîtrise soit sorti de la plume d'une jeune écrivain de 17 ans. Ancré de plein pied dans l'univers adolescent, il décrit en effet très bien le mécanisme subtil du harcèlement, et le jeu cruel qui se joue parfois entre les murs des classes, à l'insu de tous, à l'aide de moues indifférentes, de regards appuyés ou de stratégies douteuses. L'amitié est dans ce roman une aventure dangereuse, blessante, une addiction nocive. J'ai beaucoup aimé la fraîcheur du style d'Anne-Sophie Brasme, l'intention audacieuse de son roman et ses personnages. J'espère la relire de nouveau, et voir le film de Mélanie Laurent aussi, certainement. 

Editions du Livre de Poche - 5.10€ - Octobre 2002

Beaucoup de lectures chez Babelio [clic] - La fiche du livre sur le site du Livre de Poche [clic] 

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09 novembre 2014

Plein hiver, Hélène Gaudy

"La couleur de la glace. C'était l'une des premières choses que l'on apprenait aux enfants de Lisbon. Là où la glace est bleu pâle, l'eau est gelée en profondeur. La glace blanche est une glace de neige, plus fragile, incertaine. Glace grise, risque de dégel. Ne pas y poser un pied."

David Horn avait disparu à l'adolescence de cette petite bourgade située au Nord des Etats-Unis, mal nommée Lisbon, laissant derrière lui une population atterrée et anesthésiée, déjà habituellement transie par le froid, une mère éplorée et des amis sidérés. Soudain, alors que l'on pensait ne plus jamais le revoir, il réapparaît. Ce retour imprévu perturbe la petite communauté qui doute soudain de la sincérité de cet homme taiseux, fils prodigue un brin décevant, qui semble ne pas correspondre vraiment au David dont on avait conservé le prégnant souvenir...

J'ai lu ce très subtil roman d'Hélène Gaudy dans de biens mauvaises conditions, en pleine panne de lecture. Pour autant, en le refermant hier, j'ai su que j'avais lu là un très beau livre, à conseiller, qui sait avec une écriture magnifique et précise décrire les différentes couleurs de la neige, le flux douloureux des émotions cachées, le tumulte de l'adolescence, la rudesse évidente d'une vie dans le Nord, avec ses contraintes et ses limites, mais aussi avec le vertige de ses espaces infinis. Un titre à découvrir, indubitablement, même s'il vaut plus par l'ambiance qu'il décrit que par l'histoire qu'il raconte, soyez en avertis.

Editions Actes Sud - 20€ - Janvier 2014 - Merci ma bibli !!

La lecture de Cachou, mitigée [clic] - Val également mais elle salue l'ambiance [clic] 

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