07 septembre 2016

Une bouche sans personne, Gilles Marchand ~ Rentrée littéraire 2016

unebouchesanspersonne

"Il fait beau ce matin. J'aurais presque envie d'aller à la boulangerie pour que l'on me confirme l'information." 

Ils sont quelques habitués de ce café à se retrouver tous les soirs depuis des années pour bavarder, de tout et de rien, des Beatles. L'un des leurs a toujours une écharpe, été comme hiver. Tout doucement, ses compagnons lui posent des questions, veulent savoir qui il est réellement en dehors de ce café, ce qu'il cache. L'homme à l'écharpe est comptable, un solitaire qui préfère dissimuler sa cicatrice, et ses souvenirs douloureux derrière une vie simple et mutique. Mais peu à peu il décide de commencer à se raconter, là devant ces gens bienveillants, devant la belle Lisa. Et peu à peu aussi, alors qu'il évoque son grand-père, des tas d'histoires rocambolesques, son enfance, le cercle des spectateurs s'aggrandit. Tous les soirs, l'homme à l'écharpe se dévoile... 

Quel drôle de petit roman que cette bouche sans personne ! Voici en effet un récit qui commence l'air de rien et qui nous emmène petit à petit vers l'extravagance et la vie dans ce qu'elle a de plus sensible et d'intéressante. J'ai beaucoup aimé que Gilles Marchand y manie aussi bien l'absurde que la poésie ou l'émotion, car cela donne à son roman la dimension d'un ovni et d'un petit bijou littéraire assez délicat. J'ai pensé à En attendant Bojanglesà Boris Vian. En effet, petit à petit, au fil du texte, plus le narrateur s'ouvre vers l'extérieur, vers les autres, moins il peut accéder à son appartement, moins son travail devient rassurant et confortable. L'accumulation entoure le personnage principal. Mais loin d'être un frein à son bonheur, il apparaît très vite qu'au contraire cela peut sauver une vie, des vies, la sienne. Une lecture qui laisse une empreinte, donne à réfléchir et vous tire à la toute fin un sourire mêlé de larmes. Une bonne surprise de cette rentrée !

Editions Aux Forges de Vulcain - 17€ - 25 août 2016

Un diamant brut empreint de douce folie pour Noukette - Ce titre a été retenu pour la sélection de rentrée du challenge des premiers romans...

68premieresfois


03 septembre 2016

L'indolente, Françoise Cloarec ~ Rentrée littéraire 2016

lindolente

 "Les autres, ce n'est pas important, ce qui compte, c'est son corps, c'est son mari, ses chiens."

En 1893, Pierre et Marie se rencontrent. Coup de foudre. Marie est fleuriste. Pierre est peintre. Fasciné par le corps de la jeune femme, il ne cessera alors plus de la peindre, dans toutes les activités quotidiennes, à table, au jardin, dans son bain, souvent nue. Le corps de Marie explose sur les toiles, de lumière et de couleurs. Mais Marie se fait appeler depuis leur rencontre Marthe, elle cache à son compagnon son passé, sa famille, tout ce qui n'est pas eux. Peu importe, Pierre ne cherche pas à percer les secrets de son épouse, ils sont un couple non conformiste, parfois peu sociables, instables et préoccupés surtout par la santé fragile de Marthe. Ils se marieront tardivement. L'indolente conte l'histoire de cet amour, étalé sur les peintures de Pierre Bonnard pour la postérité...

J'ai voulu lire ce livre encore marquée par mon souvenir de cette merveilleuses lecture que fut Séraphine. Mais je dois dire, que malgré tout son intérêt, et tout ce que j'ai appris avec joie sur Pierre Bonnard, je n'ai pas trouvé dans ce roman/essai la poésie que j'espérais y trouver. Françoise Cloarec utilise avec excès un procédé de tension narrative qui m'a beaucoup dérangée, fait de répétitions, voulant nous guider vers l'évènement marquant pour elle, ce procès qui a divisé les héritiers du couple, et ses conclusions qui ont révolutionné le monde de l'art. Et puis, il y a ce mystère Marthe/Marie Bonnard, sporadiquement révélé... Pour autant, et malgré mes bémols, j'ai aimé la sensualité qui se dégage des tableaux de Pierre Bonnard dans ce texte, regarder ce couple vivre de manière si avant-gardiste et libérée, et en apprendre énormément sur le contexte artistique de l'époque. Une lecture en demi teinte donc, mais pour autant prégnante.

Editions Stock - 20€ - 31 août 2016

bonnard

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31 août 2016

J'ai tué papa, Mélanie richoz ~ Rentrée littéraire 2016

jaituepapa"Je tue papa tous les lundis au petit déjeuner"

Antoine est un enfant autiste. Ses parents ont l'habitude de gérer ses crises, d'aller le chercher en catastrophe à l'école, de ses questions bizarres et pourtant si naturelles. Antoine est passionné par les dinosaures, cherche à comprendre malgré son handicap le monde qui l'entoure, fait des fiches pour tout ce qu'il est utile de se rappeler, notamment le second degré, les métaphores, les règles d'usage et de politesse pour vivre en société. Malheureusement, et malgré ses progrès, ses nouveaux amis, Antoine est perturbé. Sa mère semble triste, et son père est allongé sans bouger dans cet hôpital où il lui rend régulièrement visite. Il faudra du temps à l'enfant pour qu'il comprenne pourquoi son père est ainsi muet, et du temps pour s'enhardir à le toucher...

Ce roman de Mélanie Richoz est un très beau texte, écrit de manière poétique et pudique. Le lecteur vit l'autisme d'Antoine de l'intérieur, intégrant ainsi une bulle ouateuse assez proche de l'image de couverture. On comprend alors très bien combien la communication est difficile entre ceux qui naviguent hors de cette bulle et celui qui y vit tout désorienté par leurs agissements, à l'intérieur. Le lecteur vit aussi l'autisme d'Antoine de l'extérieur, via le regard aimant de ses deux parents. Ce texte a été édité en 2015 en Suisse. Il a reçu un très bel accueil. Je suis peut-être restée personnellement un peu en dehors, mise à distance par le ton enfantin et la brièveté du texte, mais voici un roman indubitablement touchant et à découvrir !!

Mélanie Richoz est ergothérapeuthe en pédiatrie. Elle est spécialisée dans la prise en charge d'enfants autistes. J'ai tué papa est son troisième roman.

Editions Slaktine et Cie - 12€ - 25 août 2016

Un petit roman d'une beauté enfantine lu à hauteur d'adulte pour Sabine qui l'a lu sous sa version Suisse ! 

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27 août 2016

A la fin le silence, Laurence Tardieu ~ Rentrée littéraire 2016

alafinlesilence

"il m'a fallu tant de temps pour apprendre à vivre avec mon corps combien va-t-il m'en falloir pour apprendre à vivre avec un corps poreux"

Alors que la narratrice s'apprête à se séparer de sa maison d'enfance et à écrire sur elle des pages qui lui permettront d'en commencer le deuil, l'attentat du 7 janvier 2015 est perpétré contre Charlie Hebdo. Comme tout le monde, elle ressent une immense sidération, de la peur, du chagrin, mais surtout l'impression que le monde a pris possession de son corps devenu poreux. Que faire d'autre qu'écrire sur ça, sur la succession des attentats, cette impression que cela ne cessera dorénavant jamais, que le quotidien a soudain changé de visage ? Et puis elle est enceinte, de son troisième enfant, et l'intérieur et l'extérieur se répondent pour chercher un sens au chaos.

Je suis Laurence Tardieu depuis longtemps. Ses mots ont toujours été une source d'interrogation, d'inspiration et d'émotion particulière. J'ai eu la chance de la rencontrer, de l'écouter, et de lui parler. Elle est une personne sensible, lumineuse, impressionnante de douceur naturelle, que l'on a envie de cotoyer plus longuement. J'aime suivre son parcours, être le témoin de son histoire, j'ai aimé la découvrir là dans un moment de tension inhabituel. J'ai été prise par son récit pour ça, pour son regard personnel sur ces évènements dont nous avons tous le souvenir aigu, et pour son désir d'en décortiquer les faits, et l'impact. Il n'est pas toujours facile de trouver le ton juste lorsque l'on a été touché, mais seulement en tant que spectateur impuissant. Le sentiment d'imposture, d'indécence, affleure à chaque mot, et pourtant la douleur est là, réelle, elle est entrée avec la sidération et ne lâchera pas prise si facilement. Mais j'ai surtout été emportée plus loin, comme à chaque fois, par la magie de certaines pages, très belles, qui parlent d'elle et de cette sensibilité particulière que je partage avec elle, celle là même qui nous donne le sentiment d'avancer dans la vie la peau à nue. Combien sommes-nous donc à vivre ainsi ? Ce livre est le récit à la fois intime et universel d'une quête de sérénité, mais également un précieux hymne à la vie.

Editions du Seuil - 16€ - 18 août 2016

laviedevantsoi

La très belle lecture de Leiloona

Un livre acheté chez La Vie devant soi, la très belle librairie indépendante et Nantaise de Charlotte Desmousseaux 76 rue Maréchal Joffre à Nantes. http://www.librairie-laviedevantsoi.fr/ Allez lui rendre une petite visite si vous passez par là.

22 août 2016

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, Thierry Beinstingel ~ Rentrée littéraire 2016

vieprolongeedarthurrimbaud "L'orgueil que Nicolas éprouve est tonique, intact. Pour la première fois depuis longtemps, il est en accord avec Arthur."

Et si, en Novembre 1891, ce n'était pas la dépouille d'Arthur Rimbaud que sa soeur Isabelle avait ramenée à Charleville, mais celle d'un inconnu, un voisin de chambre de cet hôpital de Marseille où son frère est hospitalisé ? Et si il y avait eu confusion ? Si Arthur Rimbaud avait finalement survécu, amputé d'une jambe, malgré la douleur, le cancer, les délires, l'agonie ? C'est le parti pris de Thierry Beinstingel dans ce livre, prolonger la vie d'Arthur Rimbaud au-delà de cette mort prématurée à l'âge de 37 ans. Il imagine alors un homme, plus proche de celui qui a vécu en Afrique, que de celui qui fuguait loin de sa mère et a un temps eu une aventure tumultueuse avec Paul Verlaine. Thierry Beinstingel imagine un Arthur Rimbaud, rebaptisé Nicolas, avide d'oublier son passé de poète, d'entreprendre, de fonder une famille, témoin muet et parfois agacé des efforts du monde littéraire, de sa soeur, de porter ses écrits de jeunesse et son oeuvre à la postérité.

Je suis partagée sur cette lecture de rentrée dont j'attendais beaucoup. J'avais été très enthousiasmée par ma lecture de Retour aux mots sauvages et de Ils désertent, par l'inventivité et la force d'écriture de Thierry Beinstingel. L'écriture est dans ce roman-ci bien différente, elle n'est pas là pour se distinguer, pour cela il y a la poésie de Rimbaud, mais pour servir le récit. Petite déception donc. J'ai pour autant accepté assez facilement le subterfuge de l'auteur, ce faux avenir d'un jeune Rimbaud survivant, qui semble vrai, et en ai profité pour apprendre beaucoup sur ce poète que je connaissais finalement assez peu. En cela, ce livre est intéressant. Le personnage d'Isabelle, la seule à connaître le secret de la résurrection de son frère, est touchant, ainsi que les membres de cette nouvelle famille que le poète se crée, loin du tumulte de Paris, et du monde des lettres, insensible au culte qu'on commence à lui vouer. On voyage dans ce livre dans un début de XXème siècle foisonnant, changeant, qui voit se monter la Tour Eiffel, et débarquer la première guerre mondiale. Thierry Beinstingel mélange réalité et fiction avec brio, se joue de son lecteur, qui est tenté constamment de vérifier ses dires... mais c'est une lecture qui reste malgré tout pour moi teintée de déception. 

Editions Fayard - 20.90€ - 17 août 2016

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18 août 2016

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue ~ Rentrée littéraire 2016

voici venir les rêveurs

"Quels étaient ses choix ? Que faire pour rester ? Rien, sauf implorer la clémence du juge, lui avait dit Boubacar."

Jende et Neni sont prêts à pas mal de sacrifices pour pouvoir rester en Amérique. Venus du Cameroun avec un visa pour trois mois, leur rêve est d'obtenir la Green Card et d'offrir à leur fils Liomi un avenir. Jende trouve finalement un travail de chauffeur chez les Edwards, tandis que Neni entreprend des études avec brio et ténacité, son objectif étant de devenir pharmacienne. Les Edwards, les employeurs de Jende, s'avèrent généreux et agréables. Une complicité particulière, mêlée de pudeur et de respect, nait peu à peu entre ces personnes que tout oppose. Jende et Neni gardent leurs distances mais s'attachent au fil du temps aux fils du couple Edwards et entrevoient peu à peu l'avenir sous un jour heureux. Le rêve américain ne serait donc pas un mythe ? New York offre à Jende et Neni ses plus beaux atours. Et puis la crise des subprimes arrive, et Monsieur Edwards, employé chez Lehman Brothers, est touché de plein fouet. Tout s'écroule. C'est la sidération. Mais les prémices étaient déjà là, dans les conversations entendues, dans la fragilité de Madame Edwards, dans les envies de fuite de leur fils Vince et la tendresse désespérée de Mighty. Comment rêver encore d'Amérique alors que le service de l'immigration profite de ce moment tendu pour toquer à la porte de Jende et Neni ?

Ce premier roman, traduit de l'anglais (Cameroun), est une des bonnes suprises de cette rentrée littéraire. L'éditeur l'inscrit dans la lignée d'Americanah de Chimamanda Ngozie Addichie (que je n'ai pas encore lu mais qui a connu un grand succès). C'est un roman qui se lit avec facilité et enthousiasme, le lecteur se sentant galvanisé par la détermination de ce couple qui oeuvre pour son avenir et est persuadé de trouver à New York un destin meilleur que celui qui l'attendait au pays. J'ai aimé qu'Imbolo Mbue sache à la fois accorder une certaine réalité au rêve américain, elle qui a suivi le même chemin que ses personnages et a pu faire ses études aux Etats-Unis, et en montrer avec lucidité les travers et limites. On s'attache aux personnages, à leur tendresse, à leurs défauts, à leurs erreurs. J'ai particulièrement eu de l'empathie pour Neni et sa volonté farouche de ne pas baisser les bras quoiqu'il arrive. Une lecture pleine de richesse !

Editions Belfond - 22€ - 18 août 2016

Un grand merci à Belfond et à Babelio pour l'envoi de ce titre !

tous les livres sur Babelio.com

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15 août 2016

Rentrée littéraire 2016

Dès le 17 août, vous pourrez retrouver les titres de ma rentrée littéraire en cliquant sur l'image ci-dessous.

rentreelitteraire2016

(Ce post est punaisé pour quelques semaines en tête des messages, retrouvez juste en dessous les billets publiés au fil de l'eau)

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07 août 2016

Ce qui nous sépare, Anne Collongues

cequinoussepare

 "A quoi pensent-ils ? Le regard de Marie glisse sur les visages silencieux du wagon, sur celui très émacié de la femme au fond, plus proche d'elle, celui du garçon au sac de voyage, tourné vers la fenêtre, puis sur l'homme assis sur la même rangée qu'elle."

Ils sont quelques passagers, égrenés dans ce compartiment d'un RER qui les emporte vers une lointaine banlieue des quartiers nord de Paris. Ils ne se parlent pas, mais s'observent du coin de l'oeil et se plongent dans leurs pensées. Il y a Marie, Laure, Cigarette, toutes les trois à un stade différent de féminité, la première toute jeune vient de quitter son bébé qu'elle a confié à une baby-sitter, Laure part rendre visite à son amoureux depuis quelques mois dans le coma, Cigarette va peut-être enfin oser dire non à ses parents et se donner une chance de vivre sa vie. Il y a aussi Liad qui arrive d'Israël, Franck qui n'a pas passé la nuit chez lui, Chérif qui redoute la réaction de son frère et Alain qui a hâte de serrer sa fille dans ses bras. Tous sont liés par un voyage qui signifie beaucoup...

La vie des personnages inventés par Anne Collongues se dévoile peu à peu au fil des gares et des mouvements du train qui les bercent et les emmènent. L'espace d'un wagon invite généralement à la rêverie, et il n'est pas étonnant que ce soit le cas des passagers de ce train. Ils ont tous quelque chose à quitter et quelque chose à atteindre et c'est ce qui les lie. La convention du silence est bien là, par contre, qui les sépare. Dans les trains, on ne se parle effectivement pas, ou très peu, comme dans les salles d'attente d'ailleurs ou dans ces autres lieux où les corps sont proches mais les esprits si éloignés. On peut se demander alors en lisant ce roman si se parler n'aurait pas pu tout changer, si voyager ensemble n'aurait pas du provoquer les rencontres. Le lecteur espère, découvre peu à peu la raison du voyage et tourne les pages, avide de savoir à quelle gare chacun descendra. Ce livre est un recueil de vies faussement banales, un bouquet de fleurs des champs, un trésor de délicatesse. Un premier roman, choral, très maîtrisé.

Editions Actes Sud - 18.50€ - Mars 2016

Un titre lu dans le cadre du challenge Premiers romans...

68premieresfois Belle maîtrise pour Nicole qui s'est régalée - Un premier roman virtuose pour Charlotte - Henri-Charles s'en souviendra - Emouvant pour Joelle - Martine est touchée - Anita n'a pas été vraiment séduite - Eimelle est un peu restée en dehors du wagon - Ecriture déjà maîtrisée et métaphorique à souhait pour Arthémiss - Un beau roman choral pour Albertine - Un bon moment de lecture pour Violaine - C'est beau, c'est bien écrit mais Nathalie a parfois eu du mal à rester dedans - Justesse et bienveillance pour Virginie - Un beau chemin partagé pour Plume Nacrée - Belle lecture pour Olivier !

03 août 2016

Moro-sphinx, Julie Estève

MORO SPHINX

 "Ne pas s'attacher aux choses qui finissent, ne pas se faire berner par les sentiments qui naissent puisqu'ils s'en vont droit sur la mort. La mort qui au bout attend, impatiente de rendre froids les coeurs, les espoirs, les sangs. Il faudrait qu'elle soit godiche, nigaude ou n'avoir rien vécu, être vierge et blanche et n'avoir pas souffert pour plonger la tête là-dedans. Elle sait, l'amour joue à la roulette russe, un flingue, une cartouche et bang !"

Lola est une jeune femme tourmentée. Trentenaire, célibataire, elle est pleine du souvenir de l'homme qu'elle a jadis aimé, pleine de sa mère morte alors qu'elle était si jeune, pleine de son père l'ivrogne que pourtant elle ne voit presque plus. Parfois, elle ressent le besoin de coucher avec des hommes, de s'avilir, pour se remplir encore plus, et s'apaiser. Elle se maquille alors comme une prostituée, pour jouer un rôle, et livre son corps à qui veut, un homme laid de préférence. Et puis, comme un geste de défi, de collectionneuse, de serial killeuse, elle leur coupe un bout d'ongle en souvenir et s'enfuit. Mais un jour l'amour semble frapper à sa porte, en la personne de Dove, un homme beau, bien habillé, un peu bobo, aisé. Comment alors résister aux sentiments ?

Ce qui surprend d'emblée dans ce roman est l'atmosphère particulièrement tendue et violente qui y règne, rude. Lola ne s'épargne pas et Julie Estève n'épargne pas non plus son lecteur, ce que son portrait en couverture, plutôt sage, n'annonçait pas vraiment. Suivre une Pretty-Woman trash dans ses déambulations parisiennes est en effet à la fois émouvant et éprouvant. Et l'écriture est là, forte, qui élève au-dessus du malaise, cherche à comprendre, et donne à la quête de Lola presque des airs de noblesse. Cette lecture ne peut pas laisser indifférent, elle attire, bouscule, retient et laisse sur le carreau. A découvrir, assurément ! Ouch !

Editions Stock - 18€ - Avril 2016

Un titre lu dans le cadre du challenge Premiers romans...

68premieresfois

Viscéral pour Virginie - Une écriture, une atmosphère, une découverte... pour Nicole - Un livre qui prend aux tripes pour Joelle - Un roman cru ou la souffrance est palpable pour Anita - Un premier roman décoiffant pour Eimelle - Hors des sentiers battus pour Nathalie - Une autre Nathalie termine ce livre essouflée - "Je me suis sentie "happée" par ce livre, par cette quête désespérée d'un apaisement toujours illusoire" chez Albertine - Laure est restée indifférente - La lecture chahutée de Domi - "Putain de roman !" pour Sabine (M'enfin Sabine !) - Une lecture en demi-teinte pour Véro

 

27 juillet 2016

L'heure bleue, Elsa Vasseur

lheurebleue

 "Zoé fut saisie d'un vertige."

Juste après l'obtention de son baccalauréat, et alors que son été s'annonce vide de projets, Zoé se voit proposer par une amie du Lycée de jouer à la baby-sitter pour son neveu Ben tout en profitant d'un séjour en Grèce en sa compagnie. La jeune-fille a perdu autrefois son petit frère Nino, et est marquée par ce décès qui provoque chez elle régulièrement des troubles alimentaires, elle accepte cependant la proposition de Lise, plus par provocation envers son père qui a remplacé sa mère par une hôtesse d'accueil prénommée Karine que par véritable envie. La famille de Lise, installée pour l'été sur une île grecque privée, Dolos, s'avère à la fois intimidante et étrange. Adam, le père de Ben, peintre, trouble beaucoup la jeune-fille qui ne sait quoi penser par ailleurs de la défection de la mère de l'enfant confié à ses soins, ni des faux-semblants et mensonges de cette famille d'un autre milieu qu'elle...

Je n'aurais certainement pas lu ce premier roman d'une toute jeune fille s'il n'avait voyagé parmi le groupe du challenge des #68premièrefois. C'est une bluette d'été qui se lit très rapidement, il m'a fallu une demi-journée pour l'achever. J'ai aimé y croiser des souvenirs personnels, d'anciens étés à faire moi-même du baby-sitting chez des gens fortunés. La position délicate, entre intimité et rapports professionnels, est ici assez bien décrite même si Zoé ne reste pas un personnage transparent très longtemps, ce qui est généralement plutôt l'apanage des jeunes-filles au pair, denrée interchangeable et éphémère. Les évènements et tensions présentes dans la famille Stein donnent en effet très vite au récit une autre tournure, entre drame et mélodrame. J'ai cependant regretté que ce récit ne se départisse jamais vraiment de ses caractéristiques de roman romantique, son scénario me rappelant étrangement celui de Jane Eyre. J'ai eu par la même le sentiment de revenir à mes lectures adolescentes. Pour autant, les qualités de raconteuse d'Elsa Vasseur sont indéniables et L'heure bleue est rempli de jolis moments suspendus, de peinture, d'été et de couleurs. Un livre à glisser sans hésiter dans son sac de plage pour les amateurs de lectures sentimentales !

Editions Robert Laffont - 18.50€ - Mai 2016

68premieresfois Distrayant mais manquant d'intensité pour Joëlle - Agréable et estival pour Martine, qui est quand même un peu déçue - Un roman léger, pour l'été, au bord de la piscine ou dans une chaise longue au jardin pour Laure des Jardins d'Héléne ! 

... et c'est exactement là que je l'ai lu, sur une chaise longue, dans mon jardin.