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J'ai interrompu il y a quelques jours notre conversation. Je me suis mise à douter de toi. Et puis, tu m'as demandé où j'en étais de mon livre. Il n'était pas commencé. Je n'avais pas encore réussi à dépasser le frein de la première page, forcément blanche. Mais je ne t'ai rien dit, j'ai décidé que si je continuais à te parler dorénavant ce serait ailleurs, sur un cahier, celui par exemple que je tiens à l'instant sur mes genoux, déjà bien griffonné. Une manière de faire de toi mon interlocuteur silencieux, mon secret, celui à qui je parle. 
Est-ce que tu crois que cela peut faire un livre ?
Ce n'est pas évident de commencer. Je n'ai pas de but, pas vraiment de personnages, pas d'idées. Juste l'envie d'écrire. Et il est évident que cela ne suffira pas. Pourtant, j'ai de la matière à raconter. La matière à raconter ce n'est pas vraiment ce qui manque. Des choses à dire.
Pour bien faire, il faudrait commencer par l'enfance. Tout le monde commence par là. Le début. Mais du haut de mes quarante ans, elle me semble soudain seulement pleine de lumière l'enfance. Et elle ressemble drôlement aux quelques photographies décolorées que j'ai conservées. La mémoire s'arrange avec elle même, reconnecte les événements avec les souvenirs tangibles, fait le tri, s'adapte à notre point de vue. En fait, de l'enfance, je ne retiens à présent que des broutilles. Cette brosse à cheveux que je passais mon temps à perdre, à chercher, et à retrouver. La moquette drue et marron de la chambre que je partageais avec ma sœur. Le bruit du linge mouillé qui claquait sur le fil. La rivière. La mer comme un rêve lointain. Et puis les promenades à vélo. L'importance des livres, leur odeur, et le temps passé le corps dans l'herbe à observer les nuages. De l'enfance, j'ai le sentiment de n'avoir vécu que l'été, comme si les autres saisons n'existaient pas. Ni cours, ni cour de récréation, ni camarades. Seulement l'été, le ciel et moi.
Crois-tu que cela puisse faire un livre ? Ce bonheur de se retrouver le temps de quelques semaines en tête à tête avec soi-même, les genoux écorchés, mes cheveux châtains dans les yeux, ma solitude ?
Ce n'est pas facile de vivre avec cette certitude que nous pourrions tellement nous entendre, et ta froideur, ta distance, la chaleur sporadique que tu m'octroies, puis tes craintes. J'ai donc interrompu depuis quelques jours notre conversation.
Et puis il y a ce livre que je voudrais écrire.

Une photo (de Leiloona cette fois-ci, nostalgique de son passage en Vendée), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].