cafe-fred-hedin

Immédiatement, il y a cette sensation de banquette brûlante sous mes cuisses. Ton regard bleu qui me transperce. Le reflet du ciel sur le verre de tes lunettes foncées. Je refrène le petit cri de surprise qui me monte à la gorge. Je suis assise à côté de toi, dans ta voiture, et tu voudrais que je ne sois pas là. Je te dérange. Tu es venu me chercher parce que je te l'ai demandé. Tu ne sais pas dire non. Tu m'as donc répondu oui, mais dans ta voix au bout du fil une cascade de réticence l'accompagnait. Il fait chaud. Ton front brille. Ta chemise colle à ton torse et la transpiration zèbre tes côtes. J'ai mis une robe légère qui vole sur mes jambes. Tu as relevé le toit ouvrant. Tu ne démarres pas tout de suite. Tu attends que je t'explique, ce que nous faisons là, tes roues à demi sur le trottoir, devant ce lycée où je travaille. Je sens ton impatience, ton agacement, et j'esquisse un sourire parce que tu ne sais pas combien tu es beau, là dans la lumière, blond, brillant et fragile. Je t'emmène dans ce café où il fera presque frais, loin du bruit et de la circulation. Je les emmène tous là. Ce n'est pas un piège, c'est une habitude, une superstition. Mes histoires d'amour ne peuvent éclore que sur le bois dur d'une chaise de bistrot, naître dans les bulles d'une limonade fraîche, sous le regard bienveillant de Virginie. Je lui demanderai son avis ensuite, sur nous, sur toi. Pour l'instant, je ne suis pas là-bas, je fais des gestes, je monte des échafaudages d'explications. J'espère que rien ne s'écroule, que mon plan pour te voler du temps te séduise, je réclame ton aide. Juste un moment, s'il te plaît. Tu regardes mes mains mouliner l'air, tu te détends un peu. Allons-y. Je regarde tes doigts attraper le volant, passer la première. Tes gestes pour te faufiler dans la circulation et m'emmener avec toi sont précis. Ils me rassurent. Ils augurent bon. Dans ma poitrine, mon coeur saute. Il va exploser avant le prochain feu rouge. Je m'aggripe fermement à ta portière. Tout fonctionne comme prévu. C'était donc possible ? Tu n'es pourtant pas si facile à kidnapper, mon amour.

Ceci est ta participation à l'atelier d'écriture de Leiloona, sur une photo de Fred Hedin...