18 octobre 2015

L'île du Point Némo, Jean-Marie Blas de Roblès

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 "Toute phrase écrite est un présage. Si les évènements sont des répliques, des recompositions plus ou moins fidèles d'histoires déjà rêvées par d'autres, de quel livre oublié, de quel papyrus, de quelle tablette d'argile nos propres vies sont-elles le calque grimaçant ?"

Epopée burlesque et fantaisiste, l'île du Point Némo emmène ses lecteurs dans une étourdissante machinerie de l'imaginaire mettant en scène des personnages dignes de Jules Verne. Un fabuleux diamant ayant été volé à Lady MacRae, nous partons en effet avec Holmes, Canterel et Grimod à la poursuite de l'Enjambeur No, tout d'abord à bord du transsibérien, puis par divers moyens de transports délirants. Par ailleurs, une fabrique de cigares, dans laquelle s'entretenait une tradition de lecture à haute voix, est en faillite, et reprise par Monsieur Wang, fabricant de liseuses électroniques.

J'écris ce billet alors que je viens tout juste de terminer ma lecture de ce titre. Il faut vous avouer que je l'ai tout d'abord lâchement abandonné page 79. Quelques copinautes m'ayant encouragée à le reprendre et à dépasser la page 100, je l'ai repris, décidée à le terminer cette fois-ci. Ce livre est tout de même assez spécial, très foisonnant, dispersé, disparate, parfois cru et parfois poétique, particulier. Il contient de belles pages sur les mérites de la lecture à haute voix, et j'ai aimé ces pages là, ainsi que les multiples références à cet univers de Jules Verne dans lequel a baigné mon enfance. Combien de fois n'ai-je pas lu effectivement Le Tour du monde en 80 jours ou bien Cinq semaines en ballon (qui reste sans doute mon préféré) ? J'ai aimé aussi l'imagination un peu folle qui règne dans ce titre et le croisement d'éléments incongrus qui s'éclairent peu à peu au fil de la lecture. J'ai moins aimé être souvent perdue, avoir cette impression que le fouillis était un acte d'écriture à part entière et les scènes érotiques assez gratuites. Un voyage, en somme, assez étonnant.

Editions Zulma - 22.50€ - Août 2014 - Merci ma bilbli !!

Estelle a trouvé ce roman étrange et dissèque scrupuleusement sa lecture L'avis de Keisha, à la fois critique et enthousiaste - Un roman d'aventures foisonnant et passionnant pour Hélène - Un vrai roman d'aventures pour Yv - Roman foisonnant, érudit, à l'imagination débridée, chant d'amour à la littérature et à la lecture pour Papillon


15 octobre 2015

Le Cas Eduard Einstein, Laurent Seksik

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 "Est-ce que l'on a toujours ce que l'on mérite ? Personnellement, je n'ai rien fait de mal qui puisse me justifier. Je ne suis pas comme toi. Toi, tu as un destin. Personne n'empruntera ta voie. Tandis que moi, j'ai l'impression qu'ils sont plusieurs."

D'Albert Einstein, on connaît bien souvent cette formule E=mc2 et puis cette photo, la langue sortie, impertinente. L'histoire intime du savant, et de sa famille, est assez méconnue du grand public. Dans Le cas Eduard Einstein, on apprend donc qu'il avait deux fils d'un premier mariage, et que le cadet a été diagnostiqué schizophrène. A l'époque, Albert Einstein vit déjà avec sa deuxième épouse Elsa, plus conforme aux souhaits de sa famille, il est resté à Berlin, tandis que Mileva est revenue en Suisse. Montée du nazisme oblige, Albert Einstein finit par quitter le vieux continent pour l'Amérique, non sans dire un dernier adieu à son ex-épouse, et à son fils, Eduard (la photographie en couverture du poche), ils ne se reverront plus.

Laurent Seksik instaure dans ce livre un dialogue sourd entre un fils prisonnier de sa maladie mentale, une mère, délaissée par l'amour de sa vie mais fière, et un père qu'une découverte fabuleuse a propulsé au firmament mais qui est rongé par la culpabilité et le découragement. Comment communiquer ? Comment parler de ce qui embarrasse au plus haut point ? Alors, l'Histoire s'en mêle, elle ruine le savant nobélisé, elle sépare les êtres, permet la fuite au loin, arrange les choses à sa manière. Laurent Seksik sait dans ce livre raconter les émotions et le passage du temps, l'infinie solitude, l'accablement et l'impuissance. Et j'ai aimé sa manière fine et subtile de nous en apprendre beaucoup tout en accordant tellement d'importance à la psychologie humaine. Un très beau livre, qui m'a rappelé une autre lecture, L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir de Rosa Montero [clic ici], mais aussi son Les derniers jours de Stefan Zweig dont je n'ai lu que la version BD [clic ici].

Editions J'ai Lu - 7.60€ - Janvier 2015

La lecture de Sébastien qui pose sur ce livre son brillant regard d'écrivain [clic]

07 octobre 2015

Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre - Christian de Metter

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 "Je vais commander un grand monument aux morts. Le nom d'Edouard y figurera avec ceux de tous ses camarades."

Nous sommes en 1919. Albert a pris sous son aile Edouard, fils de bonne famille, défiguré aux combats. Ils tentent de survivre avec peu de moyens, dans un petit appartement qu'ils partagent aussi avec la jeune Louise, nullement effrayée par le visage sans machoire d'Edouard. Les gueules cassées ne sont pas les bienvenues dans un Paris qui veut tourner la page, faire son deuil et parier sur l'avenir. Edouard a été déclaré mort, Albert a fait le nécessaire pour l'aider à disparaître dignement aux yeux de sa famille qui le pleure. Son père décide d'ailleurs de mettre des fonds dans la construction d'un monument aux morts sur lequel le nom de son fils apparaitrait en bonne place. Mais 1919 est également le moment de toutes les arnaques. Et Edouard, qui s'ennuie et se sent inutile, a envie d'en profiter. Il imagine un plan farfelu et audacieux afin de gagner de l'argent très vite, pour s'enfuir ensuite si possible vers d'autres cieux...

Je n'ai pas lu le roman dont cette BD est l'adaptation, le fameux Prix Goncourt 2013, remporté par Pierre Lemaître. J'aime parfois découvrir de cette manière là des romans que je ne lirai sans doute jamais. Les adaptations BD se sont multipliées ces derniers temps. Mon regard a donc été neuf quand j'ai ouvert ce très bel objet livre-ci, mais je ne peux pas non plus vous dire si la retranscription du roman est fidèle ou non à l'original... ce qui est dommage. Cela dit, lire cet album là a été un moment assez passionnant. Les dessins de Christian de Metter sont assez impressionnants et (je dirais) rageusement colorés, ce qui donne à la lecture de l'album une teinte de sourde violence plutôt marquante. L'histoire avance vite, balayant sans doute rapidement les épisodes de la version littéraire. Il y a beaucoup à regarder, des détails à ne pas manquer, et comme une envie en fin de lecture, de tout reprendre au début et de recommencer... Un opus très réussi dans les pages desquelles je vous conseille vivement de vous plonger.

Editions Rue de Sèvres - 22.50€ - Octobre 2015

Lu aussi par Noukette qui a adoré, n'a pas lu le roman, et fourni dans son billet quelques visuels -  Une incontestable réussite pour Jérome qui n'a pas lu non plus le roman original - Magnifique pour Livresse des mots !

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(crédit photo)

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27 septembre 2015

Les enfants de choeur de l'Amérique, Héloïse Guay de Bellissen

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 "Chaque américain a le droit de posséder une arme depuis 1791. Le deuxième amendement c'est notre ADN. Nous avons dû faire face à de grands conflits et il a fallu s'en sortir. Après la guerre de Sécession, les soldats en vie ont gardé leurs armes avec ma bénédiction et elles se sont transmises de génération en génération. Les flingues, c'est notre héritage."

Mark Chapman assassine John Lennon en 1980. John Hinckley tire lui quelques mois plus tard sur Ronald Reagan. Hasard ou coïncidence, ils ont tous les deux eu la même enfance et le même goût pour le héros de l'Attrape coeur de JD Salinger. Hasard ou coïncidence, ils ont un peu le même physique, passent inaperçu et ont une obsession commune pour un personnage public, John Lennon pour l'un, Jodie Foster pour l'autre. Tuer pour impressionner, pour entrer dans l'histoire, parce que l'imaginaire a pris depuis longtemps le pas sur le réel. Tuer sans méchanceté, seulement pour le geste, mués par une lubie, une obsession, une rage. L'Amérique donne des armes à ses enfants et les laisse jouer avec.

Voici un roman étonnant qui m'a beaucoup impressionnée tout au long de ma lecture. Premièrement, le style de l'oeuvre est d'une vitalité si américaine que j'ai été surprise de m'apercevoir que l'auteure était en fait de nationalité française. Mais cela est plutôt un atout, et rend la lecture très vivante. Deuxièment, je suis allée visualiser les pages wikipedia des deux meurtriers mis en avant dans ce livre, et j'ai été surprise d'y retrouver tous les détails qui me paraissaient invraisemblables dans le roman. Car oui, Jodie Foster a bien été harcelée par John Hinckley qui a tenté d'assassiner le président Reagan pour l'impressionner. Et oui, Mark Chapman a bien brandit L'Attrape coeur, juste après avoir tiré sur John Lennon. Etre ensuite plongée comme cela dans les motivations des deux jeunes gens, tellement dérisoires, est assez confondant, et l'on reste presque estomaquée que l'Amérique ne produise pas plus de meurtriers. Petit bémol, il est peut-être un peu dommage que la vitalité du style d'Héloïse Guay de Bellissen se perde aussi parfois dans l'onirisme, surtout lorsqu'elle évoque le personnage de L'Attrape coeur, livre que je n'ai pas lu, parce qu'elle m'a à ce moment là un peu perdue... Une auteure que j'ai pour autant bien envie de continuer à suivre car j'ai été sans conteste par ailleurs conquise par son écriture.

Editions Anne Carrière - 17.50 € - Août 2015

La page du livre sur Babelio 

23 septembre 2015

La terrible crue cruelle, Grégoire Kocjan et Julie Ricossé ~Tome 7

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"Gloire à lui ! Nous sommes sauvés ! Vive Barbichette !"

L'histoire contenue dans ce septième tome de la collection des "Mystérieux mystères insolubles" se déroule avant toutes les autres [clic ici] et [clic ici] et nous explique donc les prémices de la folle aventure des trois héros qui barbotent en couverture. Si vous vous souvenez bien, il s'agit avec ces bandes dessinées de faire découvrir le patrimoine français, et notamment les bords de la loire, aux plus jeunes, et ce d'une manière ludique et originale. Le procédé est le suivant : mêler une histoire, rocambolesque de préférence, imaginée par Grégoire Kocjan, et les dessins de Julie Ricossé, à des images d'archives. Une belle initiative de région qui dépoussière grandement les ouvrages sur le patrimoine. Elle permet une première approche, titille la curiosité, et donne envie d'aller plus loin, notamment sur ces lieux souvent méconnus des plus petits.
Avec ce septième tome, la collection touche à sa fin. J'ai encore une fois apprécié l'humour de l'ensemble, beaucoup appris, été intéressée. Bref, l'objectif est atteint.

Je laisse la parole à Bruno, grand connaisseur de BD, et ami, qui m'a donné son avis sur ce tome... Je précise qu'il découvrait la série avec.
"Alors tout d'abord, avant même de l'ouvrir, c'est le format atypique de l'album qui m'a surpris. Il est tout en hauteur, c'est assez rare pour être souligné. Certes il ne s'agit là que de la forme, ça n'a pas de réelle importance (en tout cas ici), mais c'est rigolo. 
Le titre ensuite : LA TERRIBLE CRUE CRUELLE. Ça en jette, j'aime bien les allitérations.
Ensuite, je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'une BD de commande, commande fait par la région centre Val-de-Loire. Et là, tout à coup, j'ai été pris d'inquiétude... Habituellement, les BD de commandes réalisées par / pour des institutions, ben... c'est pas terrible... On obtient en général des choses au scénario indigent, avec un découpage de dilettante et un graphisme plutôt laid. 
Heureuse surprise, ce n'est pas le cas ici. Le trait est peu détaillé et non encré, mais reste agréable à lire, à défaut d'être joli. L'histoire est rigolote, il y a des rebondissements rocambolesques. Un peu trop rocambolesques d'ailleurs, on finit par se demander si les auteurs n'ont pas consommé des produits illicites. Mais tout se justifie dans un retournement de situation final que je tairais. Assez bien amené d'ailleurs, ce retournement de situation.
Petit bémol quand même, le scénario est parfois un peu rapide. On est jeté au milieu de l'histoire sans trop en comprendre les tenants et les aboutissants. La fin de l'histoire justifie cette rapidité, mais ça déroute un peu au début.
L'argument est simple (simpliste ?) : La Loire coule à l'envers car un tourbillon en aspire l'eau. Bon, clairement, le public visé est jeune, ce qui est d'ailleurs confirmé par le personnage principal, qui sait bien qu'il est dans une BD. On est carrément dans le néo-modernisme. Je le cite : " - Du calme, princesse ! Je vous rappelle que cette BD est plutôt destinée aux 8-12 ans." Comme ça on sait où on est...

Tout l'album est un prétexte pour se balader sur les berges de la Loire. Les bas de page de l'album sont d'ailleurs agrémentées de photos légendées et commentées, le but étant pédagogique. Et ça marche ! J'ai appris des choses que j'ignorais sur l'histoire et la géographie du Val de Loire, et j'ai surtout appris que si le bouchon de liège est probablement apparu en même temps que la bouteille, au 17ème siècle, le tire-bouchon n'est quant à lui apparu qu'au 18ème siècle. Quelle horreur, pendant 1 siècle on a mis le vin dans des bouteilles sans pouvoir les ouvrir ! 

Bon, au final, ça a été une lecture plutôt agréable. Pas inoubliable, loin de là, mais agréable. Ça me donnerait envie de jeter un œil au reste de la série, par curiosité. Ah, quand même, le prix du bouquin est élevé : 15 euros, c'est cher pour une BD qu'on lit somme toute assez rapidement, et à laquelle on ne reviendra pas... Pour ce prix je m'attendrais à quelque chose de plus dense..."

Merci Bruno ;)

 
Edition de l'atelier du poisson soluble ! - Collection les mystérieux mystères insolubles - 15€ - Septembre 2015
Pour en savoir plus... http://lesmysterieuxmysteresinsolubles.livreaucentre.fr 


20 septembre 2015

Pas pleurer, Lydie Salvayre

paspleurer

 "Montse a le sentiment de découvrir à quinze ans la vie qu'on lui avait cachée. Et elle s'y jette. Et elle s'y ébroue. Et c'est une joie pure. Ce qui l'amène à déclarer, soixante-quinze ans plus tard, avec une emphase toute ibérique, que si la guerre des armes a été perdue par les siens, l'autre (guerre) reste à jamais invaincue, escuchame !"

Nous sommes en 1936, en Espagne, c'est l'été. Montse a quinze ans. Sa mère vient de la présenter à Don Jaime Burgos qui souhaite engager une nouvelle bonne. Le notable trouve que la jeune fille a l'air bien modeste, mais ce compliment blesse Montse dans son orgueil, la rend folle. Heureusement, la révolution vient à son secours, elle n'aura pas besoin de faire la bonne. Elle quitte quelques jours plus tard la maison familiale avec son frère José, emportée par le vent communiste qui flotte dans ses paroles et dans celles des jeunes gens qui l'entourent. Ailleurs en Espagne, le catholique Georges Bernanos tremble devant les exactions de son propre camp. Des deux côtés, les esprits s'exaltent, s'enferment et tuent. Montse, elle, découvre l'amour physique avec un français de passage, poète et inconnu, et puis elle se découvre enceinte... 

Lydie Salvayre a déposé dans ce livre la mémoire de sa mère, le souvenir de cet été intense qui changea sa vie. Et j'ai aimé que s'entrecroisent le présent, le langage tronqué de la vieille femme, celui imaginé de Georges Bernanos, et puis l'Histoire. L'écriture de Lydie Salvayre est originale, et cela aussi est véritablement un plus. Je ne m'explique donc pas pourquoi je me suis quelque peu ennuyée dans ce livre, pourtant intéressant par bien des points. Peut-être que le récit de Montse aurait suffit à mon bonheur ? D'ailleurs, la manière de l'auteure de reprendre doucement les erreurs de français de sa mère est véritablement touchante et croustillante. Mais ai-je réellement apprécié cette caution littéraire et érudite, parfois malvenue, qu'est ici le personnage de Bernanos ? Comme si le reste ne suffisait pas. Avais-je réellement envie de comprendre les franquistes ? Pour autant, Lydie Salvayre a eu raison de balayer ainsi tous les points de vue au sein de cette guerre d'Espagne complexe. Il est à noter que la conclusion du livre qui relate l'exode, la retirada, de toutes ces familles fuyant les violences m'a bien sûr replongée encore une fois dans l'actualité. 

Editions Points - 7.30€ - Août 2015

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Impression d'ensemble très positive pour Aifelle - Alex a été gênée par la différence entre les deux voix du livre - Gambadou a ressenti le même retrait que moi

Il y a presque dix ans, Points lançait la rentrée littéraire parallèle, celle des poches ! Ils nous permettent de revenir cette année sur la Rentrée Littéraire précédente et sur les livres qui ont marqué l'année 2014 en sortant 7 titres le 20 août. [Toutes les infos ici] 

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15 septembre 2015

Le Chevalier d'Eon T2, Agnès Maupré

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 Je suis une grande adepte de ce que Agnès Maupré fait, et ce depuis ma découverte de son Milady de Winter [clic ici], pour lequel j'avais eu un gros coup de coeur. J'ai enchaîné naturellement à l'époque avec le tome 2, toujours en noir et blanc [clic ici].

Pour son Chevalier d'Eon, Agnès Maupré s'est emparée de la couleur [voir le tome 1 ici] mais reste toujours fidèle à ces ambiances de cour qu'elle affectionne, libertines et pleines d'intrigues. Décidément, j'aime son ton, son oeil moderne sur l'histoire, je me sens toujours bien dans les pages de ses albums, espiègles, fortes et pleines d'assurance.

Dans ce tome 2, encore très réussi, Charles a un peu vieilli et a laissé de côté ses robes et bustiers. Il a intégré la cour du roi d'Angleterre, s'est rapproché de Sophie, l'épouse du roi. Resté l'espion préféré du roi Louis XV, ministre, il mène grand train. Cependant, sa position est mise en péril par la jalousie du roi d'Angleterre qui voit d'un mauvais oeil cet homme passer son temps libre dans l'intimité de sa femme. Pour protéger son espion, le roi de France affirme qu'il est une femme et nomme un autre sur son poste, le reléguant ainsi à une place de secrétaire dangereuse et peu enviable. Le Chevalier d'Eon devra redoubler d'intelligence pour éviter de tomber en disgrâce.

Editions Ankama - 15.90€ - Mai 2015 - Merci ma bibli !!

Le blog d'Agnès Maupré

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10 septembre 2015

Macadam, Jean-Paul Didierlaurent... Rentrée littéraire 2015

macadam "Depuis ce matin, les anges crient dans ma tête. C'est à cause du sparadrap."

L'auteur du Liseur de 6h27 a connu un grand succès avec ce drôle de petit roman, dont je vous parlais ici [clic]. Une version poche de son titre est d'ailleurs sortie chez Folio. La rentrée littéraire est une occasion pour son éditeur grand format, Le Diable Vauvert, de sortir ce recueil de nouvelles qui regroupe l'univers court de Jean-Paul Didierlaurent, et pour lequel il a reçu depuis 1997 de nombreuses distinctions, lauréat à plusieurs reprises du Prix Hemingway par exemple. 

L'univers de l'écrivain se dévoile ici plus sombre, comme souvent dans les nouvelles. Au détour de l'une d'entre elles pour autant, Sanctuaire, qui donne voix à une dame pipi, on comprend ce qui lui a inspiré plus tard son roman, démarche d'extrapolation d'ailleurs intéressante. Et puis, l'écriture est là, libre et sans fioritures, assez remarquable. Jean-Paul Didierlaurent maîtrise sans conteste l'art de la nouvelle, et de sa chute. La galerie de personnages est diverse et colorée, étonnante, nous permettant de rentrer dans l'intimité d'un confessionnal, d'un orchestre de corrida, d'une maison de retraite, et ce d'une manière originale. J'ai aimé me laisser surprendre, croiser une Game Boy, un fa dièse, des pneus qui chuintent, et découvrir une plume au prisme large. Espérons que l'auteur continue d'écrire, d'inventer, et qu'il ne perde pas le regard perçant, ironique et ludique, qu'il porte sur ses concitoyens.

Editions Au Diable Vauvert - 15€ - 10 septembre 2015

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Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 6/6.

J'ai rempli mon challenge 1% avec succès mais pas de coup de coeur cette année (ce que je déplore), seulement de belles lectures ! Ou alors je suis sans doute devenue difficile ? Je ne tente pas le 2%. L'année dernière le tenter m'avait semblé de trop, et une manière d'étirer exagérément la rentrée littéraire alors que j'étais déjà passée à autre chose. Mes prochaines lectures de rentrée seront donc traitées dorénavant comme les autres, seul le Tag "Rentrée littéraire 2015" sera affublé en bas de billet à ces lectures, pendant encore quelques semaines... vous pourrez ainsi les retrouver en bandeau dans le menu.

09 septembre 2015

Nous serons des héros, Brigitte Giraud... Rentrée littéraire 2015

nouseronsdesheros

 "La première nuit dans la maison fut particulière. J'étais isolé sous le toit, je voyais le ciel par le velux ouvert, la petite chambre était une fournaise. A ce moment là de l'année, il y avait beaucoup d'étoiles, je les observais depuis mon lit, j'avais l'impression que le ciel bougeait, que mon matelas tanguait. Ma tête tournait, se vidait, se remplissait d'images trop vives, celles du Portugal sous le soleil. Je voyais mon père sur un cargo, qui flottait sur l'océan, toujours cette même image. Je me surprenais encore à demander quand il allait rentrer. Puis j'entendis ma mère et Max qui parlaient en bas. J'avais envie de faire un sac et de partir dans la forêt, vivre avec Oceano, j'étais fatigué."

Olivio et sa mère fuient la dictature portugaise, redoutant des représailles. Le père d'Olivio a été arrêté et est mort en prison. Mais le jeune garçon l'ignore, alors que le train l'emmène du Portugal vers La France. Il s'imagine le revoir, il ne sait pas ce qui l'attend dans ce pays inconnu vers lequel il roule, et il sert contre lui son petit chat Oceano. En France, aidés par des compatriotes, ils sont confrontés à une nouvelle langue, doivent refaire leur vie modestement. La mère d'Olivio trouve enfin du travail, rencontre Max, s'installe avec lui dans un pavillon de banlieue. Le quotidien devient morne, souvent tendu et inconfortable pour le jeune Olivio qui se réfugie le plus souvent possible auprès de son ami Ahmed. En effet, Max préfère visiblement son fils Bruno qu'il reçoit en garde alternée. La mère d'Olivio est partagée, passe son énergie à apaiser et composer, à se faire sa place dans cette nouvelle vie. Un jour pourtant, la révolution des oeillets a lieu, et revoir Le Portugal redevient une possibilité.

J'ai retrouvé dans ce roman la voix tranquille et posée de Brigitte Giraud qui sait ici très bien se mettre dans la peau d'un petit garçon confronté à l'exil, au déracinement, puis à l'enracinement. Les petits garçons sont capables de supporter beaucoup de chamboulements du moment que l'amour est là, l'affection. Dans cette histoire, la solidité des adultes n'est pas acquise. Heureusement, Olivio peut compter sur l'attention de son chat et de son meilleur ami Ahmed, mais cela semble tellement peu. Nous sommes des héros ne fait pas dans le tapage et la grandiloquence mais met réellement en lumière l'actualité de cette rentrée par le prisme d'anciennes migrations. C'est certainement un hasard, mais cette coïncidence m'a émue et touchée.

Editions Stock - 17.50€ - Août 2015

Un grand merci aux Ediitons Stock chez qui j'ai gagné ce titre qui me tentait en cette rentrée !!

 

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Cathulu a été très émue par le portrait d'une mère "à la fois volontaire et discrète, blessée mais digne, qui se forge discrètement une place dans la société française du début des années 70 et laisse sous le boisseau ses chagrins et sa détresse" - Laure a beaucoup aimé, et aime de toutes façons l'écriture simple mais pourtant si juste de l'auteur

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 5/6.

07 septembre 2015

La Maladroite, Alexandre Seurat... Rentrée littéraire 2015

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 "Entre eux et moi, il y aura toujours elle. J'aimerais pouvoir dire que je l'aimais comme une soeur - mais elle n'en était pas une pour moi, puisqu'elle n'était rien, puisqu'on ne la voyait pas, qu'on n'avait pas le droit de jouer avec elle, qu'elle passait des journées entières dans sa chambre, et si elle pleurait c'était pire, parce qu'elle était punie, et elle était punie si elle se levait la nuit pour manger quand ils l'avaient privée de dîner, ou si elle faisait pipi au lit, parce qu'on ne lui permettait pas de se lever pour aller aux toilettes."

La Maladroite est tiré d'un fait divers réel, le décès suite à maltraitance de Marina Sabatier à l'âge de huit ans. Dans cette affaire, les parents ont été jugés, mais ce sont également les institutions qui ont été mises en cause, car elles ont à plusieurs reprises été contactées sans que rien n'aboutisse, soit par la grand-mère, l'institutrice ou la directrice d'une école. Marina Sabatier porte ici le nom de Diana, mais l'histoire reste la même, terriblement tragique. Une petite fille est maltraitée, mais elle se tait et garde le sourire pour protéger ses parents, qui eux trouvent toujours des explications et déménagent régulièrement. Chacun, dans le récit d'Alexandre Seurat, parle de Diana, du rôle qu'ils ont joué dans cette vie là, une vie de petite fille, de ce qu'ils ont tenté de faire, de leur tristesse, et de leurs regrets.

J'ai eu du mal, je vous l'avoue, à me décider enfin à écrire ce billet. En fait, je ne suis pas très enthousiaste au sujet de ce livre. Comment l'être ? Partagée entre dégoût et tristesse. Et puis, je trouve que le style de l'auteur, l'enchaînement des témoignages, ne permet jamais de croire à la fiction, ou de se préserver derrière le rempart de la narration. La gêne est là, l'impossibilité du recul, le malaise d'assister à l'inévitable, comme une tragédie (parce qu'évidemment on connaît la fin de l'histoire), la colère. Et pourtant, je suis contente de l'avoir lu, d'avoir regardé vivre un peu cette petite Diane/Marina, d'avoir fait sa connaissance, appris son histoire intime, su qu'elle était regardée, malgré tout aimée, d'avoir compris que certaines personnes n'étaient pas dupes des faux-semblants, avaient réellement voulu la protéger. Notre système ne permet pas toujours de sauver ces enfants, empêtré qu'il est à protéger les parents, les règles, à ne pas vouloir intervenir mal à propos (et il a raison, quel parent ne serait pas anéanti d'être accusé à tort ?). Cependant, le fameux "bien de l'enfant" est trop souvent une grande supercherie. A se demander si parfois, il ne faut tout simplement pas hésiter à s'occuper des affaires des autres, quand même.

Editions Le Rouergue - 13.80€ - Août 2015

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Une lecture clinique mais qui résonne longtemps après avoir fermé le livre pour Alex - Un roman dont on ne ressort pas indemne pour Stephie - On ressort de ce roman abasourdi, nauséeux, et profondément secoué, dit Noukette - Un coup de poing et une tragédie moderne pour Leiloona - "Tout est dans l'ambiguïté et dans la difficulté  que ressentent les différents témoins à poser des mots justes sur une situation qui se dérobe." pour Cathulu qui l'a lu la gorge serrée.

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 4/6.

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