14 janvier 2017

Thomas Vinau

Je garde les yeux ouverts. Je me force à garder les yeux ouverts. Craquement. Déchirure. Viande froissée. Grande claque de lumière. Quelque chose dans l'air gifle ma peau. Raye. Me brûle. Quelque chose de blanc me traverse. J'arpente un éclair. Un éclat de foudre. Je ne vois plus rien mais je garde les yeux ouverts. Il faut s'habituer. Apprivoiser l'éclat. La brûlure. Mes yeux sont rouges et ils pleurent. Mes yeux sont deux braises que le dehors souffle. Mes larmes sont des cloux ronds. Des plaies de bijoux glacés.

Extrait de Blanc, Editions Initiales - Novembre 2015 - A télécharger gratuitement ici [clic]

blanc

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06 mars 2016

Certains dimanches de grands vents

Songer
certains dimanches
pleins de poussière
et de lumière
à s'ouvrir le ventre
du sol au plafond
pour aérer à l'intérieur

Extrait de Juste après la pluie - Thomas Vinau - Alma - 2013

http://etc-iste.blogspot.fr/

dimanche

Il y avait des poèmes à cueillir dans ma bibliothèque hier... 

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19 mars 2015

La Part des nuages, Thomas Vinau

lapartdesnuages

 "Le matin il faut faire très vite. Le matin est une maison qui s'effrite. Tout est précis. Réglé. Tendu. Le réveil. La douche. Le petit-déjeuner de Noé. Le café. Passage de relais des informations de la radio aux dessins animés de la télé. Toilette de Noé. Habits de Noé. Manteau, cartable, voiture. Chanson de Noé. Ecole de Noé. Bise rapide et baveuse de Noé. Retour à la radio. Voie rapide. Mouettes dans le rétroviseur. Parking de la bibliothèque. Moteur coupé. La trace sèche et invisible du bisou de Noé. Portières claquées. Collègues. Faux sourire. C'est parti jusqu'au soir. Toute la journée est réglée. Jusqu'au crépuscule qui recommence dans l'autre sens. Faux sourire. Parking. Voiture. Autoroute. Radio. Ecole de Noé. Voix de Noé. Là, les choses se défont. Se libèrent. Se dissolvent dans la langue de l'enfant. Dans le chemin du retour aussi. Petit à petit, le corps se détend. Et on commence à fondre."

Joseph est un père divorcé. Il doit ainsi, de temps en temps, interrompre le tendre tête à tête qu'il tient avec son fils pour rendre ce dernier à sa mère. Un beau jour, alors qu'il vient de confier de nouveau Noé à son ex-femme, Joseph ne rentre pas chez lui, mais grimpe dans le cerisier du jardin où il a construit une cabane. Le temps file, passe dans une nébuleuse soudain sans contours, où la seule réalité qui soit prend la forme d'une tortue, aussi préhistorique que libre, l'animal familier qu'il partage avec son petit garçon. Au dessus, il y a le ciel qui rassure, toujours changeant mais immuable, qui ramène à l'enfance, qui ramène à Noé, qui ramène à tout ce qui est important... Au-delà de la palissade, une jeune-fille joue de la flûte traversière.

Encore une fois, j'ai beaucoup aimé lire Thomas Vinau avec ce titre. J'apprécie depuis longtemps sa manière de raconter des histoires sans y toucher par petits coups de pinceaux poétiques. La part des nuages laisse un sentiment très doux dans la mémoire, et c'est tellement agréable. Cependant, j'aime aussi tout autant la plume plus sarcastique de l'auteur, que l'on retrouve sur son blog [ici]. J'attends donc son prochain opus avec impatience, avide de surprises, avide de retrouver cette plume moderne, fraîche et libre, tellement rassurante sur le chemin que prend une certaine littérature. 

Editions Alma - 16€ - 21 août 2014 - Merci ma bibli !!

Tout plein de charme pour Sylire - Blablablamia a été empoignée et émue - Le coeur de Leiloona a été touché - Un indispensable pour Aifelle - Pour Ptitlapin c'est du bonheur en poche - Cultur'elle recommande chaudement - ... 

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15 février 2014

Juste après la pluie, Thomas Vinau

 

justeapreslapluie

  "Le poème est ce pain qui se coupe à la main lorsque l'on a très faim. Je vous donne mon gâteau de miettes." "Ma poésie n'est pas grand chose. Elle est militante du minuscule, insignifiante, et je l'écris au quotidien, à la mine de rien." "Je défends une poésie sans chichis, sans lyrisme excessif, une poésie du présent. Je ne tords pas la langue, je l'élague.  Je ne chante pas le monde, je le chuchote. Je veux qu'elle dise cet au-delà de nous, qu'elle écope cet essentiel, ce qu'il nous reste après la tempête et les mensonges, mais sans grands gestes. Je travaille beaucoup sa simplicité. Elle doit sentir l'odeur de chaque matin."

Je suis très en phase avec l'idée que Thomas Vinau se fait de la poésie. J'aime, moi aussi, qu'elle nous parle du quotidien et - comme il le fait si bien - de la pluie, du ciel, des matins la mine brouillée au réveil, des oiseaux qui s'envolent, de ce qui nous échappe, des rêves, de cet infinie attente et de ce qui reste d'essentiel le soir et la solitude venus, comme des petits cailloux sur le chemin de la vie...

Dans ce recueil (un petit pavé), vous retrouverez la voix qui traverse son blog (http://etc-iste.blogspot.fr), pour moi toujours un peu en contre-jour, mêlant insolence et tendresse, impertinence et détermination. J'ai passé un excellent moment en compagnie de ce livre.

La forêt déchirée

Tous ces obstacles
ces bâtons dans les roues
ces caillasses dans les jambes
et le noeud dans ton ventre
qui est comme une famille
tous ces obstacles
dans lesquels tu navigues
dans lesquels tu habites
n'aie pas peur
ma douceur
la forêt déchirée
de ton coeur
s'ouvre sur un sourire
puisque nous sommes 
le propre paysage
de notre amour

Editions Alma Editeur - 17€ - 30 janvier 2014

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13 février 2014

En cours de lecture... (extrait)

lectricefemme

Deux orages ne se regardent jamais dans les yeux
(à Miles Davis et John Coltrane)

Imagine un éléphant
qui marche tranquillement sur la lune
imagine le silence qui s'étend de tout son long
dans le ventre sifflant d'une braise
imagine la nuit
qui passe une main dans tes cheveux
des glaçons qui font l'amour
imagine une ville
qui chuchote à ton oreille
ses secrets sombres
imagine un taureau
à toute berzingue dans le désert
le nuage de poussière jaune
dans son dos
l'écho de son galop
dessiné dans le ciel
imagine
l'instant d'après

In Juste après la pluie de Thomas Vinau, Editions Alma éditeur, 30 janvier 2014 - Ce n'est pas un roman, c'est de la poésie qui se picore, mais comme je m'en doutais c'est bien... (billet à suivre)

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21 août 2012

Ici ça va, Thomas Vinau

icicava"Difficile de savoir exactement à quel moment les choses commencent à renaître. Peu importe, l'essentiel étant qu'elles renaissent. D'une façon ou d'une autre. Dans la boue. La nouvelle lumière du soleil. Les protéines. Les cendres. Les larmes."

Ema et le narrateur s'installent dans une maison bringuebalante qu'ils tentent de retaper. On apprend petit à petit qu'elle appartenait au père du jeune-homme et qu'un drame s'y est déroulé, faisant fuir sa mère et ses deux enfants au loin.
Pour l'instant, aucun des membres du couple ne travaillent, enfin si ils travaillent, à se reconstruire, se retrouver, retrouver les souvenirs d'un passé d'avant les sept ans du garçon devenu grand.
Ema apprend la langue des signes, soigne un petit rongeur, s'épanouit sous les yeux de son compagnon. La vie est douce, sereine, authentique, présente enfin, et elle transpire par toutes les pores de leur peau qui change et s'aguérit.

Ce petit roman de Thomas Vinau est beau, dans sa douce et naïve simplicité apparente. Il explore des thèmes qui me sont chers comme la lenteur, la vie d'une rivière, le regard que l'on porte sur l'autre, la renaissance, la reconstruction.
J'y ai croisé cette lumière particulière qui éclaire parfois les romans que l'on aime.

Une lecture de rentrée, délicate et poétique, qui mérite son joli coup de coeur !

Editions Alma - 14€ - 16 Août 2012 - Coup de coeur !!

Anne l'avait lu la première et m'a incitée à l'ouvrir

challenge2012

 

 

 

Challenge 1% rentrée littéraire 2012 : 1/7
(clic sur le logo pour plus de détails)

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18 août 2012

Une sortie poche...

noscheveux...à ne pas râter.

"L'idée de partir était comme un petit feu de bois placé au centre de son cerveau. Au bout de quelques temps, il comprit que les flammes ne s'éteindraient pas d'elles-mêmes." 

Ce roman s'articule en deux parties. Il y a tout d'abord "le dehors du dedans", où le récit d'un voyage conduisant Walther du nord au sud quittant tout pour vagabonder et aider un oiseau à migrer. Il a laissé, là-bas, la femme qu'il aime, Sally.
Dans la seconde partie, "le dedans du dehors", nous retrouvons un homme, devenu "je" et père, dans la contemplation de ce qui fait le sel des jours et du quotidien... Les deux parties du livre sont liées éditorialement, j'ai préféré moi les dissocier dans mon esprit tant leurs univers sont différents ; ils ont de plus chacun leur intérêt particulier...

Présenté comme un roman, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux est en fait une continuité de petits textes, au charme poétique sûr, des photographies d'instants.

Editions 10/18 - 6.10€ - 16 août 2012

 

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28 août 2011

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Thomas Vinau... rentrée littéraire 2011

noscheveuxblanchirontavecnosyeux"Et on s'est retrouvés là, tous les deux, dans le silence du petit jour. A regarder par la fenêtre cette lumière qui n'est pas vraiment la lumière sous les ricanements de la pluie. J'ai essayé de voir comme toi. Avec des yeux pointus. Comme un nourisson ou une bête. Et quand j'ai cru toucher du doigt ce qui faisait briller tes billes noires, tu t'étais endormie dans mes bras."

Ce roman s'articule en deux parties. Il y a tout d'abord "le dehors du dedans", où le récit d'un voyage conduisant Walther du nord au sud quittant tout pour vagabonder et aider un oiseau à migrer. Il a laissé, là-bas, la femme qu'il aime, Sally. Dans la seconde partie, "le dedans du dehors", nous retrouvons un homme, devenu "je" et père, dans la contemplation de ce qui fait le sel des jours et du quotidien... Les deux parties du livre sont liées éditorialement, j'ai préféré moi les dissocier dans mon esprit tant leurs univers sont différents ; ils ont de plus chacun leur intérêt particulier...
Présenté comme un roman, Nos cheveux blanchiront avec nos yeux est en fait une continuité de petits textes, au charme poétique sûr, des photographies d'instants.

Autant vous le dire... je connais l'écriture de Thomas Vinau depuis assez longtemps. En effet, lorsque je suis moi-même venue à l'écrit sur internet, existait alors un site dénommé Fulgures, sur lequel il était présent, et où il était aussi particulièrement plaisant et convivial de poster des textes. Ce site a fermé depuis. Puis, le blog de Thomas Vinau a été un des rares que j'ai continué de suivre, silencieusement... (http://etc-iste.blogspot.com/) J'aime énormément les petits textes, minuscules, qui parsèment ses billets. Ils sont comme des pépites de moments volés à l'intimité. Mes préférés sont ceux qui débordent de tendresse contenue. Ils aident à vivre et à aimer, je trouve.
Ce livre-ci est dans la même veine, très agréable, il est à découvrir avec délicatesse.challenge_1_
Une bienheureuse lecture de rentrée.

bouton3 Alma éditeur - 12.80€ - 18 août 2011 - Premier roman

Martin Page le conseille vivement -       

Un passage sur France Inter Un article sur Le Monde        

J'avais lu Le trou en 2008 

Une lecture pour le Challenge 1% rentrée littéraire
Mené cette année par Hérisson 4/7

"L'idée de partir était comme un petit feu de bois placé au centre de son cerveau. Au bout de quelques temps, il comprit que les flammes ne s'éteindraient pas d'elles-mêmes." 

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15 septembre 2008

Le trou

letrou"Tu te couches dans le trou
il a ta forme
ta taille
l'odeur de ton oreiller
ton lit froid

Tu montes
et tu descends
tu es sa respiration
son rythme cardiaque
son poumon
si tu l'étouffes
tu t'étouffes

Au fond du trou
Tu peux pourir
ou germer

Il t'appartient
c'est peut-être tout
ce qui t'appartient
aménage le
ton petit trou
tu es chez toi"         

(Un auteur et un blog à découvrir : Thomas Vinau  http://etc-iste.blogspot.com)

ISBN 978 2849 2406770 - 12 € - JANVIER 2008   www.editionsducygne.com

Un nouveau titre en parution : Les chiens errants n'ont pas besoin de capuche

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