03 avril 2010

Quand souffle le vent du nord, Daniel Glattauer

QUANDSOUFFLELEVENTDUNORD"Trois jours plus tard
Objet : Leo me manque !

Bonjour Leo, c'est moi. Je sais, vous n'êtes pas là, vous vous reposez loin de vous-même. Comment faites-vous d'ailleurs ? J'aimerais pouvoir faire la même chose. J'ai un besoin urgent de repos loin de moi-même, et je m'épuise. Leo, je dois vous avouer quelque chose. C'est-à-dire : je ne suis pas obligée, bien sûr, ce n'est pas non plus une bonne idée, mais je ne peux pas m'en empêcher. Leo : en ce moment, je ne suis pas du tout heureuse. Et savez-vous pourquoi ? (J'imagine que vous ne voulez pas le savoir, mais vous n'avez aucune chance, désolée.) Je ne suis pas heureuse sans vous. Mon bonheur nécessite des mails de Leo. Les mails de Leo manquent à mon bonheur. Pour mon malheur, ces mails manquent en ce moment beaucoup à mon bonheur."

Par erreur, et suite à une adresse mail mal orthographiée, Emmi envoie un message à Leo, un message qui ne lui est pas adressé mais auquel il répond, par courtoisie. J'aimerais résilier mon abonnement (Emmi). Vous avez la mauvaise adresse. Je suis un particulier (Leo). S'enchaînent alors des réponses, des bonjours, des confidences prudentes, des baisers chastes du soir, des sentiments...jusqu'à souhaiter se rencontrer. Mais comment cette relation idéale, virtuelle, osera-t-elle se confronter au réel ?

Disons le tout net, je n'ai aucune idée de la qualité littéraire ou non de ce roman épistolaire, ou emailistolaire. Ce livre n'est pas là pour ça, enfin il me semble, nous faire entrer en littérature. Et pourtant, il faut bien du talent pour ainsi tenir en haleine un lecteur. Le principe pourrait lasser, se perdre en longueurs, en souffle, en idées. Rien de tout cela. J'ai personnellement dévoré cette échange de mots comme une midinette, me plaçant dans la peau d'Emmi avec une facilité déconcertante. J'ai aimé ces jalousies, ces appels dans le vide, ces gros mots, ces doutes échangés. Emmi m'a parfois agaçée, Leo aussi, et pourtant je n'aurais au cours de ma lecture confié ma place à personne. En bref, une histoire d'amour moderne à côté de laquelle il serait bien dommage de passer...et une bien jolie sortie de printemps.

bouton3Note de lecture : 4/5 - 18 € - Avril 2010

- Cuné est tombée amoureuse de Leo - Cathulu a eu envie de secouer les personnages - Emeraude l'a trouvé très sympa ce roman - Du plaisir et des pleurs pour Celsmoon - Fashion a succombé - Et bien...

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31 mars 2010

L'Echappée, Valentine Goby

l__chapp_e"21 mars, jour du printemps. Soleil éblouissant. Ricochant partout, allongeant de vraies ombres, nettes et noires sur le sol clair. Madeleine marche vers le théâtre, il y a de l'or dans ses cheveux. Elle sent la température de l'air, elle y fait attention. D'habitude ça ne fait rien qu'il fasse chaud ou froid ou tiède, ça n'a pas d'importance, la couleur des feuilles. Aujourd'hui, elles sont vert translucide, presque jaunes, le soleil passe à travers et revèle un réseau de veinules minuscules, dentelle fragile, Madeleine en éprouve un plaisir immédiat. Ce matin, elle est d'accord pour avoir des yeux, une peau, un corps. Joseph Schimmer est de retour."

Madeleine a seize ans. Elle travaille sur Rennes, dans un hôtel, au coeur de l'occupation. Joseph Schimmer est allemand, musicien. Il lui demande un jour, à elle qui ne connaît pas la musique, de devenir sa "tourneuse de pages". Elle accepte, inconsciente, fascinée, séduite, car tout vaut mieux que les sillons de Moermel, la névrose de sa mère, le comportement maniaque de son frère aîné et le silence de son père. De cette union brève, naîtra une enfant blonde aux yeux clairs, Anna, qui entraînera sa mère sous les tondeuses des FFI, et la fera fuir et errer aux quatre coins de France, en recherche de travail et d'oubli...

Je suis fascinée, encore et toujours dans ce texte, par la force d'écriture de Valentine Goby. Elle a une langue riche de mots, de virgules, qui virevolte et pédale (début du roman magnifique). Le thème qui court le long de L'Echappée n'est pas nouveau, il rappelle celui de La femme de l'Allemand de Marie Sizun, mais ici l'originalité tient dans cette manière précise qu'à l'auteure de décrire les sentiments flous et remplis d'intuitions de Madeleine. Et puis, j'ai beaucoup aimé cette fin à tiroirs qu'elle nous propose, comme si, dans la vie, plusieurs destins étaient possibles, atteignables, le jeu du hasard ou des choix. Malgré un thème dur, un beau moment de lecture.

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Note de lecture : 4.5/5 - Folio - août 2008 - 6.10€

Biblioth_que_et_LALLu aussi par Florinette qui le décrit comme magnifique et bouleversant - Un roman fort pour Clarabel - Un livre d'une grande beauté pour Lily - Une réussite pour Alice - Un coup de coeur enthousiaste pour La Pyrénéenne !! - Anne a été prise en cours de route mais est restée jusqu'à la fin sous la magie de ce récit ...

Ma lecture de Qui touche à mon corps je le tue (Mon coup de coeur à moi !!)

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28 mars 2010

L'avant-dernière chance, Caroline Vermaille

l_avantderni_rechance"Six jours plus tard, une Renault Scénic bleu métallisé avec toit ouvrant et navigation satelliste, pimpante sous le soleil encore fier de cette fin septembre, abordait le virage de la petite route arborée de Chanteloup. Dans le rétroviseur, Georges regarda la famille de Charles qui leur "faisait au revoir", Thérèse essuyer une larme, et la maison où il avait passé quatre-vingt-trois ans rapetisser avant de disparaître derrière les arbres. Sa poitrine était lourde et sa gorge un peu serrée, mais il ne regrettait rien. Charles, qui conduisait d'une main et agitait toujours l'autre par la fenêtre, semblait quant à lui avoir tout un orchestre joyeux dans le coeur. Cent cinquante-neuf ans à deux, et ils étaient partis pour le Tour de France."

Au tout départ, il y a ce projet de voyage, farfelu. Deux hommes âgés, des voisins, décident de prendre la route. L'un profite de l'absence de sa fille, omniprésente, étouffante de sollicitude. Le second quitte pour une fois sa famille, heureux de suivre la trace de ses héros de toujours. Mais voici que l'inquiétude soudaine de la petite fille de Georges, Adèle, qui n'est pourtant pas venu lui rendre visite depuis des années, risque de tout mettre à terre. Qu'à cela ne tienne, on fera transférer les appels du fixe sur un portable... Mais le tour de passe-passe ne tient pas longtemps et Adèle fait promettre à Georges de lui envoyer un texto rassurant tous les jours. Commence alors à se tisser entre eux un lien de complicité inattendu.

Ce roman se lit avec une délectation toute rafraîchissante. Dans ma période actuelle de panne de lecture, il a su retenir mon attention, me plonger dans son atmosphère douce et m'entraîner jusqu'à la fin de ses pages. Moi qui ne suis pas toujours adepte de bons sentiments en littérature, j'étais peut-être un peu dubitative avant d'ouvrir ces pages...mais foin de réticences, ce livre m'a vraiment plu, et m'a donné des envies de vacances irrésistibles, alors.

bouton3 Note de lecture : 3.5/5 - 978 2 7021 3999 8 - 8.90€ - Mars 2009

Caroline Vermaille a reçu pour ce titre le Prix Nouveau Talent 2009 de la Fondation Bouygues Telecom-Metro. Reconnaissance méritée car ce prix incluait une contrainte d'écriture, relevée ici avec brio et justesse : écrire un récit incluant le langage SMS et les messageries instantanées.

L'auteure sera présente lors du salon du livre de Montaigu, en Vendée, qui se déroulera du 9 au 11 avril. La liste des auteurs en dédicace est consultable ici. Pour ceux qui pensent s'y rendre, Flo vous propose une rencontre.

La plupart des lectures sont regroupées sur cette page (http://carolinevermalle.typepad.fr). Ce titre a en effet été beaucoup lu sur la blogosphère.

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25 mars 2010

Paris-Brest, Tanguy Viel

paris_brest"Des choses sur nous.
Et c'était comme une phrase qui ne voulait pas s'effacer, qui naviguait en moi comme une boucle sonore et s'inscrivait partout, sur la nappe, sur les verres, sur la neige carbonique qui blanchissait les vitres, il paraît que tu écris des choses sur nous.
Oh mais ça ne nous dérange pas, a repris ma mère, nous n'avons rien à cacher.
Non. Bien sûr. [...]
Ensuite il y a eu du silence encore et des paroles normales. Il y a eu mon frère qui ne savait pas où se mettre puis des conversations déviées et du silence toujours. Il y a eu la pluie à Brest et le prix des loyers. Il y a eu les cuillères cognées contre la porcelaine. Mais sur la table au-dessus de nous, outre la mer dehors et les vieux meubles qui pliaient sous nos regards, il y avait cette expression devenue presque sale, comme un nuage de pluie qui se serait maintenu : des choses sur nous. Et dans le tourbillon noir des tasses en porcelaine, on aurait dit que chacun, à la surface mouvante de son café, que chacun désormais lisait des choses sur lui."

A Brest, il y a le restaurant Le Cercle Marin, une grand-mère qui tout à coup devient riche en acceptant d'épouser un inconnu, la pluie, un jeune garçon coincé entre une mère toute puissante et un père accusé de détournement, et surtout le fils Kermeur qui rêve de vengeance. De Brest, il faut parfois s'échapper. Pour ce faire, tout est bon, même le vol. Et écrire.
A Brest, ou dans ses environs, et surtout lorsque l'on a construit son nid sur Paris, près du jardin du Luxembourg, il est peut-être imprudent de revenir...

Voici une histoire qui met quelques pages à montrer son vrai visage. Et lorsque le tour est joué, le masque tombé, on poursuit sa lecture une sorte de sourire en coin, au bord des lèvres, jusqu'à l'apothéose finale, cynique. J'en ai aimé l'ambiance, même si elle donne parfois froid dans le dos. Je me suis dit que "tiens, encore une histoire familiale, une autobiographie en mouvement", et puis finalement non, comment savoir ? Peu importe.
Il y a quelque chose de jouissif dans cet écrit, de sombre et de courageux à la fois, d'un peu volé à Agatha Christie, question atmosphère, et qui me donne envie de poursuivre ma quête, de découvrir encore cet auteur. Pari réussi, donc.

bouton3 Note de lecture : 4/5 - 978 2 7073 2063 6 - 14€ - janvier 2009

Biblioth_que_et_LALUn billet qui se questionne sur les conséquences du roman familial, chez Biblioblog - Zarline n'a pas aimé du tout - "Pour en finir avec la famille", chez Télérama - Un roman en lice pour le Grand Prix des Lectrices ELLE 2010 (et un coup de coeur pour Sophielit) -

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19 mars 2010

La Femme de l'Allemand, Marie Sizun

lafemmedelallemand"Elle t'entraîne jusqu'à la maison d'une main ferme. Tu es confondue d'amour et d'effroi."

Marion grandit, après guerre, auprès de sa mère Fanny. Cette mère est bien un peu fantasque, un peu folle, lourde du secret d'un amour interdit mais Marion l'aime, absolument, entre inquiétude et bonheur. Cependant, les incidents se multiplient, les actes de folie, de démence, les séjours chez des grands parents froids et distants aussi, et Marion finit par mettre un nom sur la maladie de celle qu'elle admire et redoute à la fois, sa mère est maniaco-dépressive. Alors, comment se construire une vie normale dans cet univers oscillant ? Comment exister, trouver sa voie, sous l'ombre du souvenir d'un père allemand dont on ne dit rien ?

Il est compliqué pour moi de vous parler de ce livre...car je n'ai pas été emballée plus que cela par l'écriture de Marie Sizun dans cet opus, son écriture m'a en fait semblée très simple, trop simple, et pourtant...comment résister à ce paquet d'émotion affolante qui vous tombe sur les genoux à sa lecture ? Impossible. Il y a une voix, indéniable, quelque chose ici qui vous prend les tripes, vous tient par la main sans faiblir, sait retenir votre attention et la garder jusqu'à la fin.
On se dit également qu'elle est bien ténue la distance entre la raison et la déraison... On se dit surtout, et particulièrement après avoir déjà lu Le Père de la petite, que Marie Sizun revit sans cesse dans ses écrits le même trajet d'enfance, qu'elle tente d'exorciser sans doute, et que pour cela on la comprend si bien.

"Un père, tu as toujours su que tu en avais un. Mais un père mort. Fanny t'a dit qu'il était mort.
Mort. Un drôle de mot, dont la musique souffle du vide. Du froid. Un mot dont tu as saisi le sens avant de le connaître.

Elle t'a dit aussi qu'il était allemand, ton père, mais qu'il ne faut pas en parler, ma chérie. Jamais. A personne. C'est un secret."

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - Livre de Poche - Aout 2009 - 6.50€

objectif_palObjectif pal : 50-9

Toutes les autres lectures disponibles sont chez B.O.B.

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13 mars 2010

Les carnets blancs, Mathieu Simonet

lescarnetsblancs"La vérité, c'est que je me souvenais de tout ce qu'il y avait dans mes journaux. La vérité, c'est que les phrases que j'avais écrites étaient fastidieuses, mal écrites. La vérité, c'est que jamais je n'aurais eu envie de relire ces journaux, si je n'avais pas eu un projet derrière la tête. La vérité, c'est qu'en les relisant j'allais pouvoir noter des détails, des phrases, que je voulais garder. La vérité, c'est que j'allais faire disparaître mes carnets pour me les réapproprier."

Un écrivain décide, pour une question tout bête de place, de se séparer de ses journaux intimes, une centaine au total. Mais quitter les mots de son enfance, de son évolution, de ses errements, n'est pas chose si simple. Alors, il inscrit cet acte dans un projet plus grandiose, il orchestre pour eux une disparition individuelle et fantasque. Plutôt que de tout simplement les détruire, après les avoir relus, il les confie à des amis, des artistes, les dépose dans des lieux publics, les insère dans des oeuvres d'art, leur fait faire le tour du monde...les intègre dans un roman, ce roman. Le plus fou est que ceci est une histoire vraie.

Inévitablement, lorsque l'on nous parle de journaux intimes, les nôtres, ceux que l'on a nous-même tenus, nous reviennent à l'esprit... On pense aussi à ceux dont on s'est séparé. Inévitablement, on se demande alors quel peut-être l'intérêt littéraire d'une telle démarche pour un auteur, comment créer à partir de la destruction une oeuvre construite ?
Ici, dans ces carnets blancs, la question ne se pose plus très longtemps car l'oeuvre littéraire est bien là, présente. Mathieu Simonet en profite effectivement pour ficeler une autobiographie fragmentée très émouvante et très réussie. Et il nous parle avec tant de tendre distance de sa mère, du voyage de certains de ses carnets, de ses amours tumultueuses... Vous rencontrerez même Paul Auster au détour d'une page, par le biais de coïncidences troublantes.
J'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé la structure de ce récit, construit de morceaux de romans, de journaux, de blog, d'entretiens. Le résultat est fluide et d'une originalité à hauteur de lecteur, sans grands effets, mais d'une justesse jamais démentie.
Merci et bravo Monsieur Simonet !

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(Photo Nicole Jaouen)

"Un carnet a été caché à l'Elysée.
Un autre a été transformé en petits bateaux sur une plage.
Un troisième a été plongé dans la Seine par un policier.
Un quatrième a été introduit dans le Caddie d'une ménagère.
Un cinquième a été jeté en prison."

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - 16.50€ - Février 2010

Pour en savoir plus : http://mathieusimonet.com/sommaire.html, ou sur le blog de l'auteur : http://matthieux.blog.lemonde.fr/

Ci-dessous, vous trouverez le reportage que Arte lui a consacré...

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11 mars 2010

Une parfaite journée parfaite, Martin Page

uneparfaitejourn_eparfaite"Ma collection ne comprend que peu de papillons.
J'ai toujours mon filet et ma pince à épiler dans un tiroir de mon bureau. Quand je vois un sentiment nouveau sur l'épaule d'un collègue, je le saisis et le mets dans une petite boîte au milieu d'un lit de coton. Dans mon appartement , une pièce entière est dédiée à ma collection de sentiments. Accrochés avec des épingles, les insectes reposent dans une vitrine, alignés par espèce, une étiquette indique leur nom. de petites lumières mettent en valeur leurs couleurs ou leur fadeur, les font paraître comme des diamants dans une bijouterie."

J'ai eu comme une petite erreur de casting avec ce roman de Martin Page dont je voulais absolument découvrir la plume. Son humour particulier m'a vraiment semblé trop décalé, moi qui aime pourtant l'utilisation de l'absurde en littérature. Malgré cela, j'ai conservé tout au long du livre une sympathie sans faille pour l'auteur, ai eu envie de souligner beaucoup de passages critiques ou sensés et ai tout à fait compris que je n'avais rien saisi de la subtilité des situations... Voilà qui est bien paradoxal.

En vous dévoilant une partie de l'histoire, vous comprendrez mieux mes impressions de lecture... Un homme, au fil des pages d'une parfaite journée parfaite, passe ses journées à se suicider, sans y arriver, ou plutôt il renaît ou revit à chaque fois ensuite. Puis un requin a élu domicile à l'intérieur de son corps, alors forcément ce n'est pas la grande forme, mais ça c'est une autre histoire. Il faut dire que lorsque l'on se déguise pour aller travailler et que l'on choisit de prendre ses vacances dans un ascenseur, la vie a un sérieux goût de déraison.

Je laisse la parole à Martin Page car qui mieux que lui peut expliquer au mieux son travail...

"Le héros est inspiré de la figure créée par Colin Higgins dans Harold et Maude (le film, merveilleux, est aujourd'hui plus connu que le roman) : ce personnage qui passe son temps à se suicider. Je crois que le désir quotidien de mourir est un sentiment largement partagé, même si l'on en parle pas."
"Toutes les lectures sont possibles, mais, de mon point de vue, la plus superficielle consiste à faire de ce roman une critique du monde de l'entreprise, du capitalisme et de la société de consommation. La critique est présente, certes, mais l'enjeu de ce roman ne se trouve pas là."

bouton3 Note de lecture : 3/5 - Editions Points - Janvier 2010

J'ai beaucoup pensé à ce livre là (Zéros tués) pendant ma lecture et je pense l'avoir sur ce même thème préféré, peut-être.

Par ailleurs, vous trouverez en suivant ce lien une interview passionnante de l'auteur.

Allez, je reste cependant heureuse de cette découverte hautement "atypique". L'auteur a un blog, vous pouvez le suivre ici : http://www.martin-page.fr/blog/.

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07 mars 2010

L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers ~ Nicole Versailles

L_enfant___l_endroit__l_enfant___l_envers"Ainsi Eugénie il y a le temps où j'ai cassé le grand candélabre avec ses branches familiales, ne lui trouvant aucune lumière jaune, comme on dit d'un rire jaune qu'il est jaune. Je l'ai cassé avec rage, j'ai démembré chacune de ses branches comme un enfant en colère se venge sur l'insecte qu'il a capturé et compte avec une volupté cruelle, chacune des ailes qu'il est en train d'arracher. Ah ! S'ils savaient mes ancêtres que j'ai refusé tout héritage venant de gauche comme de droite, celui du sang, et bien plus encore, celui du coeur."

Ceci est une histoire de femmes. Mais avant tout l'histoire, vraie ou reconstituée pour telle, d'une petite fille devenue grande, héritière d'une lignée. Une tentative de réappropriation de souvenirs. Un exercice de style autobiographique dans ce qu'il a de compliqué, de forcément subjectif, et de terriblement émouvant pour celle qui le rédige et pour ceux qui le lisent.

Nicole Versailles est partie d'une ancienne photographie, celle de sa grand-mère, morte bien avant sa naissance. Cette grand-mère s'appelle Eugénie et c'est à elle qu'elle s'adresse, à elle qu'elle n'a pas connue mais dont elle se sent si proche. Elle lui raconte Suzanne, puis Elle, sa petite-fille, leurs vies, leurs douleurs, leurs bonheurs, leurs dissensions... Elle tricote son ouvrage, l'enfant qu'elle était, la femme qu'elle est devenue, une maille à l'endroit, une maille à l'envers.

Voilà un écrit qui m'a réconcilié avec l'acte de lire, en douceur, et de cela je remercie particulièrement l'auteure.
L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers, entendons-nous bien, n'est pas à lire comme un roman, plus comme une trace de vie (du nom de la collection dans lequel il s'insère), et pourtant j'ai été emportée dans cette histoire comme si les protagonistes étaient des personnages de fiction.
De plus, et étonnamment, ce qui m'a paru au départ être une maladresse d'écriture, ces "je recommence" maintes fois répétés, ces arrêts dans la narration, je les ai pris très rapidement au cours de ma lecture pour ce qu'ils étaient, des hoquets d'émotion, et ils ont fini par particulièrement me toucher. Car jamais Nicole Versailles ne tombe dans le pathos facile, ni dans l'emphase émotive ou grandiloquente. Je connaissais déjà son écriture, via son blog qu'elle tient sous le pseudonyme de Coumarine, mais je dois vous avouer que j'ai été à un moment donné particulièrement surprise de la force de sa plume, de ce fil fragile qu'elle tient la main haute sans faiblir jusqu'au bout de son récit.
Bravo à elle, donc ! Ce livre est particulièrement réussi, et mérite toute votre attention.
Ensuite, je pourrais vous dire que j'y ai retrouvé des traces de ma propre histoire, à quelques détails près...et que cette connexion a été pour moi troublante, bien évidemment, mais qu'elle m'a conforté dans mes choix de vie aussi. Sommes-nous donc si nombreuses à porter ces valises trop lourdes de culpabilités et de devoirs ?
J'ai une grande admiration, donc, pour la capacité de Nicole Versailles a avoir transformé ainsi son regard rebelle en histoire d'amour, car ce récit est "pourtant une histoire d'amour"...

"Quand toutes les compagnes de classe se réjouissaient à la perspective du jour de congé tant attendu, elle n'osait dire à personne qu'elle préférait de loin les jours d'école. Car personne évidemment n'aurait compris et on l'aurait prise pour une folle...

Je ressens encore à l'intérieur de moi le dépit que j'éprouvais à la fin de la semaine ou quand on nous annonçait un congé inattendu. Cris de joie autour de moi, silence pétrifié et glacial en moi... j'allais devoir m'armer de courage pour passer l'épreuve jusqu'au lundi.

En t'écrivant cela Eugénie, je me demande bien sûr si je n'amplifie pas ces ressentis de peur, d'angoisse de me sentir complètement prisonnière, de sensations d'oppression... si en les écrivant, cela ne m'entraîne pas sur des chemins d'amplification "littéraire".

Non, c'est le contraire qui se passe : je mesure mes mots pour qu'ils ne débordent pas."

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 2 930452 09 9 -15€- AVRIL 2008

La lecture de Kloelle - Celle de Tania -

Le blog de l'auteure : http://coumarine.canalblog.com/

Ce livre est préfacé par Armel Job, l'auteur du fameux Tu ne jugeras point plébiscité par la blogosphère littéraire.

J'ai lu également, du même auteure, Tout d'un blog, écrit dans lequel Coumarine revient sur son expérience de blogueuse.

Sinon, mon exemplaire est tout disposé à voyager. Si cela vous intéresse, merci de me le signaler en me laissant vos coordonnées par le biais du lien "Contactez l'auteur" en haut à droite de cette page.

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23 février 2010

Breakfast After Noon, Andi Watson

breakfastRob et Louise viennent d'être licenciés de l'usine de faïencerie dans laquelle ils travaillaient tous les deux, et ce juste quelques semaines avant la date prévue de leur mariage. Autant Louise décide de multiplier les démarches afin de remettre le pied à l'étrier, autant Rob s'enfonce, persuadé de n'être capable que d'assembler de la porcelaine...
Voilà qui va l'éloigner de ses amis, de sa famille et surtout de celle qu'il aime.

9782203372351_1

J'ai beaucoup apprécié dans cette BD la peinture réaliste de la situation, tellement d'actualité malheureusement, les silences, la difficulté de Rob de passer "à autre chose", compréhensible. Même si mon résumé donne une idée manichéenne des évènements, qui donnerait à Louise le beau ou le mauvais rôle, selon les avis, les personnages ne sont pas du tout grossièrement brossés ici. Dans cette histoire, il est permis de cesser de comprendre mais également de se tromper, voilà qui est drôlement optimiste et réconfortant...

breakfast_afternoonJe poursuis ma découverte de la collection Casterman Ecritures commencée ici...et j'aime bien. J'y découvre des univers intéressants, plus déliés qu'en littérature pure (le dessin permet de libérer la parole, sans doute) et pourtant proches du roman par leur structure.

A suivre...

Casterman 2002 -

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22 février 2010

Mon père, Eliette Abécassis

monp_re"Un matin, je me suis éloignée de mon père. C'était la veille du jour de mes vingt ans, le premier anniversaire que je passai sans lui. Le lendemain, mon père me téléphona tôt dans la journée pour me dire combien il était heureux du jour de ma naissance.
- Tu es le premier, dis-je.
Et le soir, tard, à nouveau, mon père appelait.
- Je suis le premier et le dernier.
Mon père était l'alpha et l'omega. Il commençait et finissait ma journée ; pourquoi sa mort n'aurait-elle pas été la fin de ma vie ?"

Hélèna a perdu son père il y a deux ans de cela. Le deuil est difficile à faire, leur relation ayant été plus qu'importante pour elle, primordiale...

La lectrice que je suis s'est alors dite qu'elle allait encore une fois assister à une apologie du père, béate et à sens unique. Mais rien de tout cela... Eliette Abécassis cache finement son jeu dans les premières pages, car avec l'arrivée d'un demi-frère inconnu dans sa vie, Hélèna va peu à peu prendre conscience de la relation toxique et malsaine qui la liait à ce père qu'elle ne connaissait pas ou si mal. En effet, au terme du roman, on apprend qu'elle a été l'enfant non désirée, celle qui a empêché le père de vivre son amour réel, celle a qui il a donné le prénom de la femme qu'il aimait véritablement, la mère de son fils, pour mieux raviver chaque jour sa souffrance à lui sans doute, et l'empêcher de réellement se donner le droit de vivre sa vie, à elle.

Un livre fort, un peu dérangeant, déroutant dans sa construction, comme parcouru d'ellipses inexplicables... Ce n'est pas, et loin de là, ma meilleure lecture de cette auteure mais j'ai aimé la ligne encore une fois hors des sentiers battus de son roman. Une mise en lumière particulière du thème de la relation père/fille.

bouton3 Note de lecture : 3.5/5objectif_pal

Du même auteur ... sur ce blog, vous trouverez ma lecture de La Répudiée... mais j'ai également lu Un heureux évènement et Clandestin que j'avais beaucoup aimé.

En bref, je n'en ai sans doute pas fini avec Eliette...;o)

Objectif Pal : 8/50

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