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Les lectures d'Antigone ...
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Ardoise magique

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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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30 décembre 2008

Just a kiss

justakissJ'ai pris mon temps et me voici enfin de retour par ici, avec un film, sorti au cinéma en 2004, et réalisé par Ken Loach...

L'histoire ? Casim doit bientôt épouser sa cousine Jasmine. Ses parents, musulmans pratiquants et émigrés pakistanais en ont décidé ainsi, selon la loi de leur communauté. Mais Casim a rencontré Roisin, professeur de musique, jeune femme libre, blanche et catholique... Vivre cet amour au grand jour, l'assumer auprès des siens, ne sera pas si simple, ni sans conséquences.

Le thème du scénario est évident, ce rapport difficile entre amour, pratique religieuse, et mixité. J'en ai aimé l'atmosphère en demi teinte, sensuelle. J'y ai pioché quelques échos personnels car lire un livre ou regarder un film est toujours un peu cela...non ? Et puis, j'aime décidément cette manière de filmer les gens, au plus près, avec douceur, cette lenteur qui donne au spectateur le sentiment d'avoir tout son temps pour faire connaissance avec les personnages. Un film qui devrait plaire aux adeptes des romans indiens, mariage arrangé oblige, mais également aux amoureux d'un certain cinéma anglais...un film que j'ai aimé voir, pour une fois, hors de toute actualité. Merci Ken Loach !

just_a_kiss2

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9 janvier 2009

Comment résister à l'envie...

...de partager avec vous ces deux tableaux...suite à ma lecture de La vie rêvée de Séraphine de Senlis par Françoise Cloarec pour ELLE, avec laquelle je dois vous l'avouer, je me suis régalée (j'en parle début février).
J'aime ce foisonnement de couleurs et de feuilles, et vous ?

Seraphine

  Seraphine_Straus_Weintr_m

"Il est clair que les fleurs servent à Séraphine à peindre ses tableaux et non ses tableaux à reproduire des fleurs."
André MALRAUX, Les voix du silence

18 décembre 2008

Charles Ferdinand Ramuz

ramuzLe jour de notre noce, j'y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n'a jamais vu ;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu'on claque du fouet pour qu'elle aille plus fort.

On lui donnera de l'avoine,
en veux-tu, en voilà ;
on l'étrillera bien qu'elle ait l'air d'un cheval
comme ceux de la ville ;
et trotte ! et tu auras ton voile qui s'envole,

et tu souriras au travers
parce qu'il aura l'air
de faire signe aux arbres,
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira : "On s'en va,
on commence le grand voyage ;
heureusement qu'il n'y a pas
des océans à traverser."
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s'ouvrira,
l'orgue se mettra à jouer ;
tu diras oui, je dirai oui ;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu'on n'aime à dire ces choses
que tout doucement à l'oreille.

Extrait de Le Petit Village

8 décembre 2008

Pieds nus dans le jardin, Cécile Beauvoir

piedsnusdanslejardinDes textes courts, une ambiance...
parfois un extrait sait mieux parler d'un livre qu'un trop long discours... Donc, aujourd'hui, sur ce recueil-ci, juste un extrait...

"C'est comme ça

Colère, ma vieille amie. Te revoilà, ce matin. Dans le froid et le soleil. Je ne t'attendais pas. Il a suffi d'un coup de téléphone. Il a suffi d'une voix. Colère, ma vieille amie. Je te croyais partie, pour de bon. C'est comme ça, parfois, on croit que c'en est fini. Ça ne l'est pas. Ça revient, moins fort, mais ça revient. Ce matin il fait beau. Après toute cette pluie, tout ce froid enfin il fait soleil. Je ne m'y attendais pas. Un ciel sans nuage. C'est comme ça, parfois, on croit que c'est fini. Ça revient. Et c'est encore plus fort. Ce soleil sur ma peau, sous la véranda du café au jardin. Je ne m'y attendais pas. La vie, quoi. La colère, puis le soleil. Après l'hiver, le printemps. C'est un tableau, il est dans ma chambre. C'est un cadeau que l'on m'a fait. Je ne m'y attendais pas ; c'est comme ça, la vie, les cadeaux, quand on croit que tout est fini. Quand on croit qu'il n'y aura plus rien, jamais. C'est comme ça. C'est la vie, on dit. On dit beaucoup de choses quand on ne sait pas. On dit, c'est toi, te revoilà, toi derrière la porte, ton sourire, ta contrebasse. Je ne m'y attendais pas. Tu sais, ce matin, j'ai reçu un coup fil de qui tu sais et ça m'a mise en colère. Et pourtant je croyais que c'était fini. Que ça ne ferait plus mal, maintenant. Et maintenant, c'est toi qui sonnes à ma porte, ta barbe ta contrebasse, et ton sourire. Un jour sans un nuage au ciel. Un jour de froid. Je ne m'y attendais pas. Je croyais que c'était fini, nous deux. Pour de bon. Pourtant, j'en ai écrit des pages. Pour que tu t'éloignes. Pour que tout soit fini, pour de bon. Je suis partie dans le froid dans le silence pour écrire. Point final. Et te voilà qui sonne à ma porte ta barbe ta contrebasse, et ton sourire. Tu dis c'est comme ça, la vie. Hier demain aujourd'hui. Qu'importe. Tu n'es plus le toi d'avant et je ne suis plus le moi d'avant. Tu n'as jamais été autant toi et je n'ai jamais été autant moi. C'est comme ça. C'est la vie, tu dis. Toujours quand on ne s'y attend pas. Quand on n'attend plus. C'est comme ça, c'est la vie. Et c'est simple, tu dis. C'est simple. Vois, les gens dansent dans le parc et les crocus seront bientôt en fleurs. Bientôt toi et moi dans la cuisine d'une maison. Un jardin. Des fleurs. Vois comme c'est simple, la vie, au fond. C'est comme ça. Toujours quand on ne s'y attend pas."

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 86853 494 1 - 15€ - 09/07

28 octobre 2008

N'envoyez plus de lettres...

lettre_feuilleN'envoyez plus de lettres, seulement des feuilles
d'arbres, que le soleil détache ou le vent cueille
ou l'automne abat et dépose entre vos mains.
Je ne les recevrai jamais le lendemain,
mais j'ai depuis toujours l'habitude d'attendre
et mon coeur, de veiller, n'en sera pas moins tendre.
Vous ne pourrez, c'est vrai, rien écrire dessus,
cependant je lirai comme si j'avais su
les paroles que vous formulez dans votre âme
tant vos rêves ont pour moi l'éclat de la flamme.
Choisissez les couleurs suivant le ton des jours :
que la feuille soit fraîche si le ciel est lourd,
et d'un vert bien profond si l'azur est trop pâle.
Qu'elle soit de chêne et blonde comme le hâle
au front d'un bel enfant, quand s'achève l'été,
et lorsque vient Novembre, afin de refléter
ce qu'il ensevelit et ce qu'il remémore
veuillez me cueillir une feuille au sycomore.
(mais qu'elle soit de hêtre, d'aulne ou d'olivier,
que m'importe après tout pourvu que vous viviez !)

Et si, dans le futur, un jour Dieu vous propose
par hasard le bonheur, pour me dire la chose
envoyez moi simplement une feuille de rose.

Alliette Audra (1897-1962)

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9 octobre 2008

Au dessous, c'est l'enfer *

audessousElle devrait la raconter, l'histoire.
Ce serait plus facile, elle pourrait l'oublier, ensuite. Ce qui est dit ne revient plus. Elle le sait. Pour les souvenirs, elle a la mémoire courte, pas pour les secrets.

Elle commencerait par décrire les difficultés du moment, celles qui l'avaient amenée à faillir. La mauvaise humeur, invitée dans son couple, la dureté des jours, sa dureté à lui. Et puis cette précarité de tout qui détruit la douceur petit à petit.

Elle se souviendrait de Harry et de Sally, de ce film de midinette, du jour où elle y a pensé, du jour où elle s'est demandé qui était son meilleur ami, à elle, s'il existait une autre issue possible, dans sa vie. Du jour où le visage de l'autre s'est soudain interposé entre elle et tous les actes du quotidien.

Elle clamerait qu'elle ne s'est rendue compte de rien, que tout s'est insinué en elle, contre son gré, entre ses mots méprisants à lui, et le regard affectueux de l'autre. Elle mentirait, un peu.
Elle avouerait timidement qu'elle aimerait que tout reprenne sa place initiale, que les amis restent les amis, et les amants, les amants. Elle mentirait, encore.
Elle accrocherait sur vous des yeux perdus, en quête de réponses.

Elle ajouterait alors que maintenant tout va bien, que la paix est revenue entre lui et elle. Elle afficherait une sérénité fragile, vous assurerait qu'elle finira bien par l'oublier, l'autre, qu'il n'y a pas de raisons.

Pendant ce temps là, le plissement de ses phalanges, sur sa jupe, nieraient nerveusement, à rebours, tous ses propos un par un.

Elle se tairait, soudain.

* Titre emprunté au dernier roman de Claire Castillon.

9 septembre 2008

La marche du cavalier, Geneviève Brisac

lamarcheducavalier

"A partir d'une remarque de Vladimir Nabokov ("J'ai des préjugés contre toutes les femmes écrivains. Elles appartiennent à une autre catégorie", Ndlr) Geneviève Brisac interroge les formes que revêt l'écriture des femmes, les figures de leur style, et en décrypte le sens caché. De Karen Blixen à Virginia Woolf en passant par Jean Rhys, elle explore onze manières d'écrire - c'est-à-dire onze manières de penser et de sentir le monde." (extrait de la quatrième de couverture)

Il a été amusant pour moi de commencer ce livre, et je comprends Geneviève Brisac, sa colère: "J'écris ce livre sous le coup de la colère ou sous le coup du chagrin.". J'ai moi-même essayé, autrefois, sans doute mal conseillée, de bâtir un mémoire de maîtrise sur les écrits américains de Vladimir Nabokov. Après avoir lu tous ses livres, parcouru plusieures de ses interviews, j'ai fini par détester le personnage, malgré la qualité évidente de certains de ses romans, un auteur imbu de lui-même et macho à souhait. J'ai renoncé à mon mémoire, pour d'autres raisons, mais celle-ci ne fut pas la moindre, je n'avais plus d'attrait pour mon sujet...

Pour revenir à La marche du Cavalier, Geneviève Brisac semble s'inspirer ici du pamphlet célèbre de Virginia Woolf, Une chambre à soi (ce qui n'est guère étonnant), et nous parle de l'écriture au féminin, de ses auteurs fétiches (Jane Austen, Grace Paley, Flannery O'Connor, Rosetta Loy, Ludmila Oulistkaïa, Karen Blixen, Alice Munro, Sylvia Townsend Warner, Jean Rhys, Christa Wolf, etc), de la difficulté d'être femme et écrivain, et de ces phrases que la littérature porte depuis toujours en elle, ces phrases si masculines, des thèmes peu abordés en littérature, de l'enfant qui prend tant de place aux quotidien et si peu de place dans les pages de nos livres, etc...

Mais qu'est-ce donc que cette "marche du cavalier" ?
"L'oeuvre de Grace Paley est un commentaire constant de la phrase de Virginia Woolf : "Il faut inventer une phrase nouvelle, naturelle, et qui convienne aux manières d'être et de penser des femmes."
Une phrase assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience - comme disait Baudelaire -, qui prenne la forme naturelle de la pensée sans l'écraser ni la déformer. Un jour, il y a bien longtemps, on a renoncé aux corsets, aux jupes à paniers, aux chapeaux hauts de forme, aux cannes à pommeau doré, aux ombrelles, et aux cochets.
Marguerite Duras ou Nathalie Sarraute, par exemple, ont réfléchi à cela, et illustré cette phrase respirée autrement, cette oralité construite, cette nervosité sophistiquée, la "marche du cavalier", l'humour invisible qui donne envie de dire à leurs lectrices :"J'aurais pu écrire cela, c'est exactement les mots qui me manquaient."

Une lecture difficile à noter, hors cadre, que je recommande chaudement aux écrivains en herbe, au féminin, en parallèle avec Une chambre à soi !

3 octobre 2008

La graine et le mulet

lagraineetlemuletSlimane vit une situation précaire. Licencié du chantier où il travaillait depuis 35 ans et séparé de sa femme, il vivote dans une chambre meublée. La responsable de l'hôtel, sa compagne depuis quelques années, ne semble pas pouvoir combler sa solitude. Encouragé par sa belle-fille, et aidé par ses enfants, il finira par s'attacher à un rêve, créer son restaurant flottant, proposant pour plat principal un couscous au poisson (le mulet). Mais les démarches administratives ne s'avèrent pas si simples...

Que dire de ce film ? Qu'il mérite ses césars, oui. Que les acteurs sont excellents, oui. Qu'il est original et assez proche d'un documentaire, à la façon de l'émission strip-tease, oui. Que vous allez stresser, et que vous n'avez jamais attendu avec autant de ferveur des graines de couscous, oui. Que la fin nous laisse un peu sur notre faim (au propre, comme au figuré, pour une fois), mais que finalement c'est bien, oui. Alors ? Alors, il ne vous reste plus qu'à le voir, puisque il est enfin sorti en DVD !! Je vous prédis un moment intime, original, un peu stressant (si si), et émouvant...


La graine et le mulet d'Abdellatif Kechiche

12 septembre 2008

Reviens...Reviens-moi

reviens_moiAu milieu des années 30, dans une grande demeure victorienne d'Angleterre, la famille Tallis chasse l'ennui et la canicule comme elle peut. Briony, 13 ans, un peu sauvage, s'essaie avec passion à l'écriture, tandis que sa soeur aînée succombe aux charmes de Robbie, le fils d'une de leurs domestiques. Mais un soir, alors que tous partent à la recherche de deux enfants en fugue, une jeune fille subit un viol dont Briony, désorientée et seule témoin, accusera formellement Robbie, marquant pour toujours le destin du jeune homme et celui de sa soeur...

Ce film, sorti en DVD courant août, et adapté du roman Expiation de Ian McEwan est magnifique !! Il me tardait de le voir. Je ne suis pas déçue. En effet, outre l'aspect mélodramatique du thème (kleenex obligatoires), chaque plan est d'une qualité rare et chaque scène une broderie délicate, aussi belle à l'envers qu'à l'endroit. Je m'explique. Joe Wright (le réalisateur) a eu la belle idée de jouer avec le spectateur, de nous planifier des aller-retours, quelques pièges et des scènes imaginaires. A voir absolument, si ce n'est déjà fait !!

La bande-annonce en VOST...


Ba : Reviens-MoiReviens-Moi

Emjy l'a vu sur grand écran.

18 septembre 2008

A imprimer...

Je me suis rendue compte que je n'avais pas inséré quelques fichiers, présents dans mon ancien blog, dans ce blog-ci. Voici donc, un petit fascicule à imprimer - cadeau du site Un endroit - de quelques textes écrits il y a quelques temps... 047_Coll_Bandoneon_On_vous_ment_C_Antigone_1_ (cliquer sur le titre ci-contre).

BOOKPENCIL

Si ça vous chante !

Pour découvrir les autres bandonéons à télécharger, il s'agit de jeter un oeil par ici.

Bonne journée et bonne lecture !!

21 juillet 2008

Je suis en bois, Giulia Carcasi

je_suis_en_bois"Un gouffre d'incompréhension sépare Giulia de Mia, sa fille de dix-huit ans. Chacune triche, joue un rôle, et tait l'essentiel.
La lecture du journal intime de Mia replonge sa mère dans le passé. Elle lui confie alors par lettres ce qu'elle ne lui avait jamais dit. Dans les secrets des générations passées, c'est sa propre histoire que découvre la jeune fille." (quatrième de couverture)

...ainsi est présentée l'intrigue de Je suis en bois, et l'histoire commence effectivement abruptement, par une transgression d'intimité (une mère lit le journal de sa fille pour mieux la comprendre). Pourtant, je n'ai pas senti, à la lecture du roman, les barrières des genres (lettres, journal intime). Les paragraphes s'écoulent, chaque récit se déroule en monologue faisant presque par mégarde écho à l'autre.
A la fin du récit seulement, on se rend compte que les deux voix tenaient une conversation, que Giulia parlait à Mia, et inversement, qu'elles se racontaient leur génération dans une Italie changée.

Que vous dire ? Simplement, que ce livre est beau, qu'il parle avec beaucoup de grâce et de pudeur de la relation mère-fille. Qu'il est par instants même, presque parfait sur le fil de l'émotion. Puis, par endroits, ici et là, peut-être un peu maladroit (l'auteure n'avait que vingt trois ans quand son récit a été publié). Je suis restée bluffée par la capacité de cette jeune écrivain à exprimer les émotions d'une femme vieillissante, avec autant de justesse...

Un livre qui vous donnera des frissons de tendresse, et dont le récit suit le fil d'un été. N'est-ce pas le mélange idéal pour glisser ce joli roman dans vos bagages ?

Un extrait (le tout début du livre)...
"Cette histoire commence un dimanche et ne pouvait commencer aucun autre jour.
Pour toi, le dimanche est un résidu de la semaine, pour moi c'est une tzigane qui fouille les emballages et les vieux chiffons, qui cherche des trucs encore bons dans ce qui a été jeté.
Je crois que les meilleures propositions se font le dimanche.
Je crois que la guerre finit le dimanche.
Je crois qu'Ulysse est rentré un dimanche, après la danse des vagues, il est rentré à la maison comme toi du rentres, après la danse des vagues, tous les dimanches.
Pour Pénélope le bruit du retour était le contact du bois rugueux sur les rochers du port. Et l'odeur du retour était celle du sel.
Pour une mère le bruit du retour est trois tours de clé, la clenche, la porte qui s'ouvre et se referme. Et l'odeur du retour n'est pas celle du sel, non, c'est un parfum masculin que tu t'es mis dans les cheveux, un parfum que tu changes chaque semaine."

ISBN 978-2-35087-076-2 - 19€ - Avril 2008

bouton3 Note de lecture : 4.5/5

La lecture de Cathulu et de Cuné (conquises)

4 septembre 2008

Instant

instantLe ciel bleu, rare,
Eblouissant.

Etonnante fraîcheur de nos doigts enlacés.

Vent contre mèches de cheveux.
Goût salé de tes lèvres.

Coton, laine, Soie.
Emmaillotement de draps.

Toi près de moi.

Attente du silence.
Attente de ce qui peut se passer après.
Après quoi ?

Tiédeur pure
De ton cou offert,
Concédé.

Infinie présence.

22 août 2008

Je Tu

rivi_re

Je te l’ai dit pour le parfum de la pluie.

Pour la douceur de l’herbe sur mes orteils.

Pour le vent dans les arbres.

Pour le calme de l’endroit.

Je te l’ai dit pour la paix.

Pour cette eau qui s’arrête,

Se rejoint et s’écoule.

Pour la rivière.

Je t’ai donné mes secrets.

Je t’ai donné plus que tu me demandais.

Je te l’ai dit pour l’enfance.

Pour les colères.

Pour mes doutes.

Tu m’as répondu par ton silence.

Je me mets à nue.

Et toi, tu te tais.

Pourtant, je le sais,

Malgré la fuite de tes regards,

Au fond,

Tu m’écoutes.

25 juillet 2008

Je rêve, Paul Eluard

je_r_ve

Mon amour pour avoir figuré mes désirs
Mis tes lèvres au ciel de tes mots comme un astre
Tes baisers dans la nuit vivante
Et le sillage de tes bras autour de moi
Comme une flamme en signe de conquête
Mes rêves sont au monde
Clairs et perpétuels.

Et quand tu n'es pas là
Je rêve que je dors je rêve que je rêve.

12 juillet 2008

PAL

"booktransatLes livres empilés à mon chevet semblent se lire eux-mêmes à haute voix pendant mon sommeil. Avant d'éteindre, j'en feuillette un, je lis deux paragraphes, je le dépose et j'en prends un autre. Au bout de quelques jours, j'ai l'impression de les connaître tous."

Extrait de Journal d'un lecteur, Alberto Manguel

29 mars 2008

Ceux qui restent

ceux_qui_restent_Affiche_1_Bertrand et Lorraine se croisent dans un couloir d'hôpital, se retrouvent à la cafétaria près du marchand de journaux, sympathisent, s'entraident. Ils sont "ceux qui restent", ceux qui ne sont pas malades. Bertrand vient tous les jours depuis cinq ans voir sa femme, atteinte d'un cancer du sein, Lorraine, elle, est nouvelle dans ce lieu dans lequel elle ne se sent pas à l'aise, trop pétillante peut-être, trop légère, son ami est hospitalisé pour un cancer du colon. Ils prennent l'habitude de s'attendre - Lorraine accompagne Bertrand en voiture jusqu'à son RER - ils prennent l'habitude d'être ensemble, entre culpabilité et attirance...

Mon avis...
D'une manière sobre et émouvante, sans en faire de trop, ce film nous parle de ceux qui restent, de ceux qui arpentent les couloirs, viennent à heure fixe, connaissent par coeur les mécanismes de ce microcosme qu'est un hôpital, de ceux qui restent en dehors, continuent de vivre, parce qu'il le faut bien. Nous ne pénétrons jamais dans les chambres, nous ne voyons pas les malades, leur présence est symbolisée par une porte numérotée, derrière laquelle on ne fait que deviner une présence. J'ai beaucoup aimé ce film, doux, triste et gai malgré tout, d'une écriture presque littéraire. A voir !

La bande-annonce :

ceux qui restent bande annonce

Une très belle critique ici et un très beau site à visiter par la même occasion !!

16 mai 2008

Valéry Larbaud

mainsCueille ce triste jour d"hiver sur la mer grise,
Et laisse-moi cacher mes yeux dans tes mains fraîches ;
J'ai besoin de douceur et de paix, ô ma soeur.
Sois mon jeune héros, ma Pallas protectrice,
Sois mon certain refuge et ma petite ville ;
Ce soir, mi Sicorro, je suis une humble femme
Qui ne sait plus quêtre inquiète et être aimée.

...extrait du poème Carpe Diem.

3 mai 2008

Des gourmandises sur l'étagère, Françoise Moreau

desgourmandisessur_l__tag_re

Un jeudi de pluie, Marie-Gabrielle et sa fille, Berthe, sont ensemble dans la cuisine. Elles préparent des moules, "le beurre grésille avec l'oignon, le thym et le laurier dans la marmitte chauffée à vif. Marie-Gabrielle y jette les moules. Les coques résistent, gémissent, s'ouvrent dans un spasme. Leur chair jaune est nue. Et le cri de la moule sous la brûlure déchire les tympans de Berthe. Elle se bouche les oreilles à deux mains. Elle hurle pour ne plus entendre. Un cri assourdissant, impuissant. Une crise nerveuse impossible à calmer." Berthe, alors, refuse de s'alimenter, devient maigre, aussi maigre que ses parents deviennent gros et gourmets...

heart J'ai été prise par surprise par ce court roman - presque une nouvelle - qui parle du plaisir et du refus de manger. Car en effet, malgré un style que j'ai trouvé trop riche à mon goût au tout début - garni d'adjectifs - je me suis laissée prendre par l'affection maladroite de ce couple, incapables d'enrayer la maigreur de leur fille et son dégoût, impuissants aussi devant son départ. La constance de leur amour fera des miracles, et je vous dirais que tout cela est beau, vraiment beau, et que ce serait dommage de ne pas goûter à ces mots là... vraiment dommage !

Un petit extrait : "C'est là que la fille sur la couverture de Tendance lui décroche le coeur. Une créature de fil de fer. Une forme évanescente à peine épaissie de tissu léger et gris. Les longues jambes nues repliées sous le menton. Cheveux en broussaille. Teint cadavre, blanc vampire. Bouche peinte en noir comme les ongles. Comme les yeux élargis, agrandis de cernes mauves. La mode en habit de parade sur la couverture de Tendance... Dix numéros sur le présentoir du marchand de journaux : Berthe Berthe Berthe Berthe Berthe Berthe Berthe Berthe Berthe Berthe."

Merci Anne pour cette bien jolie découverte !

La lecture de Bel Gazou, de Florinette, de Gawou, d'Anne, de Goelen, ...

bouton3 Note de lecture : 5/5 (parce que j'y pense encore !!)

19 mars 2008

Pierre Lapointe, La forêt des Mal-aimés

Anne vient de me faire découvrir...


Pierre Lapointe l'endomètre rebelle

...et j'aime énormément.

Il y a un peu de Yann Tiersen en lui - mais version Canada - du désuet, de l'entraînant, du moderne, de jolis moments de piano, de la poésie...

Je me joins à son enthousiasme, pour cet artiste canadien que je ne connaissais pas !!

Merci beaucoup Anne pour cette attention !!! Tu es vraiment bien tombée., et je ne suis pas la seule à apprécier !!

6 mars 2008

Jean-Loup Trassard

Tout à l'heure j'ai assisté à la lecture de quelques extraits des oeuvres de Jean-Loup Trassard...par l'auteur lui même, à la Maison Gueffier (La Roche sur Yon).
J'aime particulièrement ses photographies que je ne connaissais pas auparavant. Ici, il s'agit de la mise en scène d'objets ayant autrefois appartenus à sa mère...

      trassard

Ecrivain et photographe de l'agriculture, Trassard publie depuis 1961 chez Gallimard des textes courts, des récits, et aux éditions Le temps qu'il fait, des photographies et des textes.

              trassard2         trassard3

Pour voir le site sur lequel j'ai puisé ces quelques très belles photographies, pour lire le très beau texte qui les accompagne, et afin d'en voir éventuellement d'autres cliquez ici.

Sa fiche auteur sur le site des Editions du Temps qu'il fait.

Exposition de photographies du 5 au 29 mars à la Maison Gueffier (La Roche sur Yon).

Bonne soirée à tous !!

22 janvier 2008

Matin d'hiver

h

Une touche de mélancolie. Un zeste de pudeur. Et un peu de folie, pour ne rien oublier.

Ton bras au dessus de ma tête, endormi. Ton bras au dessus de mes rêves. Ton bras, lourd et orphelin de ton corps, perdu, assoupi.

Je m’enroule dans mes draps. Le froid de l’hiver vient me chercher et m’enveloppe, je suis dans un autre monde, glacé, magnifique et transparent.

Des enfants irréels glissent sur le lac gelé, imaginaire, de mes pensées. J’entends tinter, au loin, les clochettes des calèches qui filent dans le parc.

La journée sera belle.

Me reviennent en mémoire ces réveils enfantins, ces tâches de lumière sur le mur, qui n’en finissaient pas de se rejoindre et de jaunir. Ma sœur dans son lit. La masse de ses cheveux bruns étalée sur l’oreiller.

Me reviennent en mémoire des matins de paresse, de douceur et d’oubli…enchevêtrés.

Une touche de mélancolie.

Un zeste de peur.

Et de temps en temps, parmi, quelques regrets aussi.

28 juillet 2008

Réciproque ?

r_ciproque

Elle le sait. C’était hier.

La regardera-t-il à nouveau aujourd’hui ?
Avec cette intensité ?

Se doute-t-il à quel point il la fait frémir ?

Ses bras frissonnent encore de la caresse de ses yeux.

Il le sait bien. C’était hier.

Elle a rougi sous son regard.

Depuis quelques mois déjà,

Il constate combien il est facile d’amener du rose à ses joues,

Combien cette fille est impressionnable.

Depuis, il faut bien l’avouer, il en joue.

Elle est décidée, c’est la fin.

Elle est tombée en amour,

Comme on dit.

Il est décidé.

Il va passer à autre chose.

Ce jeu soudain ne l’amuse plus.

Elle quitte son ami,

Elle quitte son quotidien.

Elle rêve d’y croire.

Il quitte sa veste.

Il entre dans leur bureau.

Il l’ignore de son regard.

Du rose sur ses joues pâles,

Entre doute et consternation,

Il devrait se méfier,

Ce pourrait être bientôt de la colère.

Des frissons sur ses bras.

Presque un soupçon d’émotion.

Il doit bien se l’avouer,

Il aimait la troubler.

.

.

.

Un texte écrit pour le Concours d'été de Miriam.
Le thème : la réciprocité.
Les textes peuvent être envoyés jusqu'au 10 août (délai repoussé).

3 juillet 2008

Yves Simon

SORTIES_DE_NUIT"Aux instants où je vous écris, je ne vis pas.
Je ne parle à personne, je ne caresse aucun corps de femme, je ne marche pas sur un trottoir, je ne regarde aucune image de film. Le temps de cette écriture qui part vers vous est entre parenthèses. Non pas un temps mort mais un temps pris au temps pour que des mots se forment et qu'un langage véhicule avec lui des instants de silence et regorge de rêves. Il faut que s'embaume mon désir, que les images qui asaillent mon esprit trouvent une forme transmissible, qu'une parcelle de ces instants mystérieux, qui me relient à vous, reste arrachée aux événements du quotidien...
Si je n'effectuais pas ce travail à votre égard, rien ne resterait de cet invisible lien qui nous unit encore et me fait voir dans des décors que je ne connais pas et que seule mon imagination invente pour ne pas avoir à vous deviner hors du monde et des vivants...
Vous écrire, c'est envelopper convenablement des paquets de sentiments, mes sentiments, pour les aider à traverser l'espace vers vous et le temps sans vous."

Extrait de Sorties de nuit

30 juin 2008

Au fond du coeur

Au_fond_du_coeurAu fond du coeur, au fond de notre coeur, un beau jour, le beau jour de tes yeux continue. Les champs, l'été, les bois, le fleuve. Fleuve seul animant l'apparence des cimes. Notre amour c'est l'amour de la vie, le mépris de la mort. A même la lumière contredite, souffrante, une flamme perpétuelle. Dans tes yeux, un seul jour, sans croissance ni fin, un jour sur terre, plus clair en pleine terre que les roses mortelles dans les sources de midi.
Au fond de notre coeur, tes yeux dépassent tous les ciels, leur coeur de nuit. Flèches de joie, ils tuent le temps, ils tuent l'espoir et le regret, ils tuent l'absence.
La vie, seulement la vie, la forme humaine autour de tes yeux clairs.

Extrait de Donner à voir, Paul Eluard

17 juin 2008

Un texte à la gomme

gommeOublier tout. Effacer tout.

Reprendre là où je m'étais arrêtée.
Attraper le cahier, le crayon.
Retrouver cette place sur le canapé,
Celle qui détend mon dos,
Celle qui permet les mots.

Je n'écris pas pareil, là.

Je n'écris plus que pour une seule oreille. Moi.

Atteindre la saveur du moment,
En prendre la juste mesure,
L'enrober.

Ne pas chercher à heurter un présent,

Qui tout à coup se défile.

De quoi sera fait demain ?
Je n'en sais fichtre rien.

L'avenir a tout à coup un goût de Barbapapa.

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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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