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Les lectures d'Antigone ...
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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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8 février 2008

Belle-mère, Claude Pujade-Renaud

Je suis de retour, et je vous rassure, tout le monde va beaucoup mieux !!

livrevoyageur

Alors que Cochon d'allemand a été lu par Gambadou et qu'il poursuit son voyage chez Kloelle, je me suis plongée dans la lecture d'un autre livre voyageur (transmis par Gambadou et prêté par Florinette) :

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L'histoire (extrait de la quatrième de couverture) : "A quarante sept ans, Eudoxie épouse Armand, sexagénaire et veuf, père de Lucien - Trente ans passés, taciturne, sauvage, peut-être à moitié fou. Elle s'installe donc dans le modeste pavillon de Meudon Val-Fleury où habitent les deux hommes... pour se retrouver peu de temps après - la guerre qui survient est fatale à Armand - seule en compagnie de ce nouveau beau fils avec lequel il faut bien tenter de vivre."

Mon avis : J'ai aimé retrouver de nouveau dans ce roman cette écriture de Pujade-Renaud que j'admire, ce talent qu'elle a de rendre les gestes du quotidien primordiaux. J'avais déjà lu d'elle ses nouvelles Vous êtes toute seule ? Cette histoire-ci est très troublante celle d'une femme toute simple, couturière, deux fois veuve, qui se retrouve en cohabitation avec un homme plus jeune qu'elle, son beau-fils, un homme hanté par des fantômes et à l'attitude parfois très étrange. Eudoxie nous raconte sa vie, l'âge qui rend les pas et les mouvements plus lourds, la difficulté de parfois joindre les deux bouts, mais aussi l'amitié, l'importance qu'une tarte aux pommes peut prendre dans une réconciliation, le bonheur et la simplicité d'être. Entre les narrations d'Eudoxie se glissent quelques phrases, celles de Lucien, qui parle de ses fantômes et nous fait souvent craindre le pire... Toute la force du roman tient dans ces phrases là, et dans le trouble qui naît parfois entre ces deux êtres, trouble qui ressemblerait presque à de l'amour, limite incestueux. A découvrir !

Extrait : "Je n'aurais pas dû toucher à cette tarte. Elle était bonne, certes, mais c'était un piège. Cette femme a les yeux bleus, moi aussi, je n'aime pas cette ressemblance. Elle m'a eu, je me suis fait avoir tel un gosse. Comme toi, Nonotte. Depuis qu'elle est arrivée, tu as engraissé."

bouton3 Note de lecture : 4/5

La lecture de Florinette, Gambadou, ...

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2 décembre 2007

Tu seras mon été

Ma belle, de toutes les saisons, de toutes, tu restes ma préférée.tuserasmon_t_

Essaye de te souvenir de ce moment où, petite et frêle, ta tête de boxeur fatiguée posée sur le drap rose, tu fleurissais doucement sous la chaleur de la lampe.

Toi aussi, comme lui, plus tard, ton frère, privée de cette première étreinte.

Cette vitre entre nous, toujours, ce verre, entre moi et vous.

Et maintenant, vos bras qui m’encerclent, ton sourire.

Essaye d’imaginer cette première nuit, cette impossibilité du sommeil, cette peur de fermer les yeux, cette crainte que tu disparaisses.

Tu avais froid, et l’été cuisait les corps au dehors, à longueur de journée.

Le froid. Mes enfants, en plein été, par deux fois, un bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles.

Aujourd’hui, vos cheveux dans le soleil, vos nuques trempées de sueur, et vos pulls jetés négligemment sur le canapé.

Essaye d’entendre cette phrase que je te murmurais, "tu seras mon été".

Sans savoir l’automne, l’hiver et le printemps suivant.

Sans connaître la difficulté d’être mère, le bonheur de te voir grandir, si belle.

Et cet envahissement de ma vie, encore.

30 janvier 2008

Des livres pour dessiner, changer de robe et gagner des concours

Quelques livres ayant retenu l'attention de mon comité de lecture junior (2 ans et demi et six ans) :

(Textes et dessins de Anthony Browne) - Ourson est poursuivi par des chasseurs. Heureusement, son crayon magique fait vivre des objets et des animaux qui l'aideront à se sauver des fusils de ces affreux personnages... Les petits lecteurs remarquent tout d'abord les dessins de petit ourson puis s'aperçoivent en seconde lecture des trésors que réserve cette forêt magique où les plantes sont en forme de bouches, chapeaux et autres inventions burlesques.

(Textes et dessins de Kayako Nishimaki) - "Un morceau de tissu blanc est descendu du ciel gonflé par le vent. J'ai pris ma machine et j'ai cousu. Tac tac tac, le tissu est devenu une robe... Une robe couleur de pluie, une robe couleur de nuit, une robe couleur du temps..." Des dessins extrêmement colorés, une robe magique, la pluie, le vent, des oiseaux, le ciel, des étoiles. Un livre attirant par ses couleurs, léger, qui laisse un peu de soleil au fond des yeux...

(Brigitte Minne/Marjolaine Pottie) - Ce matin, la ferme est en folie, chacun a décidé que son derrière était le plus beau de tous. Pour départager les vantards, les vaches, qui sont sages, décident d'organiser le concours du "plus joli derrière", c'est compter sans ces têtes de linottes qui ne pensent qu'à se chamailler... Forcément, quand on parle de derrière aux tout-petits, ils adorent. Si en plus cela se termine en pagaille générale, c'est gagné ! Un vainqueur sera tout de même élu par mesdames les vaches (un concours est un concours) mais je ne vous dirai pas qui fini cette histoire, une couronne sur la tête (une fin est une fin) !!

11 février 2008

Légèreté

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Elle marche, les bras écartés.

Le soleil au zénith illumine ses cheveux blonds, sa robe blanche, légère.

 

 

 

Elle marche sur le parapet, gris et rugueux, semble glisser, et pourtant, met un pied nu devant l’autre, avec assurance, lentement, comme si le monde lui appartenait, depuis toujours. Derrière elle, la mer scintille, éclatante, chargée de promesses d’eau éclaboussée, de baignade, de rire, remplie d’un été qui s’annonce torride.

 

 

 

Les passants qui longent le remblai la regardent, surpris, figés un moment, évitant le bras tendu qui barre le trottoir étroit et les empêche de suivre la ligne droite de leur promenade nonchalante et sereine, de retour du marché, le cabas rempli de victuailles.

 

 

 

Un homme corpulent, le ventre en avant, la hèle. J’entends sa voix aiguë résonner jusque derrière mon comptoir, tandis que mes doigts cherchent deux morceaux de sucre à disposer en équilibre près des tasses fumantes.

 

 

 

« Il faut descendre ma petite dame, c’est dangereux, vous allez tomber ! »

 

 

 

Elle s’arrête et regarde ses pieds, ne bouge plus, soudain inanimée.

 

 

 

Le gros homme frotte le sommet de son crâne, exempt de cheveux, du plat de la main, semble réfléchir, puis passe son chemin, tout en signifiant d’un geste résigné : « Quelle bêtise…on n’y peut rien. ».

 

 

 

Toujours immobile sous le soleil, je sens le visage impassible de la jeune fille tourné à présent vers moi. Son regard fixe me trouble, au-delà du possible, mais je continue de produire mes gestes du quotidien, je remplis les tasses, les verres, et marmonne quelques mots polis en direction des clients réguliers accoudés près de la porte d’entrée, qui se gaussent de la situation.

 

 

 

« Elle est folle celle-là…Va tomber…Bah…Les jeunes aujourd’hui…Rien dans la tête. »

 

 

 

Je la vois du coin de l’œil, les bras à nouveau écartés, reprendre sa marche et se mettre en position pour esquisser un demi tour. Je crains tout à coup le pied qui dérape et le vide, derrière, la chute sur les rochers. Tendu, je casse le verre que j’essuyais, l’observe. Elle n’a pas glissé. Elle reprend, sans aucun trouble apparent, sa marche lente, sa danse étrange, dans l’autre sens.

Rien ne semble la perturber, ni les chiens qui aboient vers sa main tendue, ni le vent qui souffle et fait voler les mèches de ses cheveux dorés, rien.

 

 

 

« Qui la connaît cette fille ? », lance un de mes habitués.

 

 

 

Mes pensées dérivent alors vers la scène d’hier au soir, vers la dispute, tandis que je ramasse les morceaux de verre brisés, précautionneusement.

Tout avait pourtant bien commencé, l’accueil avait été chaleureux, ses bras autour de mon cou, le dîner préparé, son sourire coloré et rieur au goût de fraise. Elle était belle.

 

 

 

« J’ai quelque chose à t’annoncer. »

 

 

 

Ses doigts sur son ventre, en forme de berceau.

Ma stupeur. Et ce « non » qui sort instantanément de ma bouche, comme un réflexe, comme si j’avais attendu cette question, depuis des années, et que la réponse était au bout de ma langue, prête à sortir à l’occasion. Ses traits déçus, avachis, ses yeux affolés quand je lui réclame l’anéantissement de ce projet insensé. Elle et moi, si différents.

Son « Je te hais ! » hurlé, et cette porte claquée sur sa robe jaune, fleurie, la robe de notre première rencontre.

 

 

 

Et à présent, ce midi, en plein soleil, elle sur ce parapet, qui marche, les pieds et la tête nus. Me narguant.

 

 

 

Que veut-elle ? Sans doute que je la rejoigne, la prenne dans mes bras, la rassure, lui dise ces mots qu’elle souhaite entendre, « oui, nous l’aurons cet enfant. ». Je ne peux pas. J’ai presque le double de son âge, des rides marquées sous les yeux. Elle est si jeune, encore étudiante, si frêle. Que fera-t-elle, plus tard, d’un barman sans avenir, un moins que rien, un homme aux virages ratés, échoué sur cette côte, un jour, pour ne plus en repartir ?

 

 

 

Mon logement n’a qu’une pièce, saturée de livres, de photos de bateaux, de vinyles usagés. Quelle place aurait un nourrisson au milieu de ce bazar ? Elle ne se rend pas compte.

Elle vit dans un rêve, adolescent, qui n’est plus le mien.

 

 

 

Ses cheveux blonds volent dans la lumière. Elle continue sa danse bizarre, sur le parapet, ses doigts tendus, le bleu du ciel en toile de fond, à peine tâché par quelques nuages égarés. Elle est belle. Elle m’attend. Je sais ce que je dois à notre rencontre, au soleil qu’elle a mis dans ma vie. Je dois lui parler.

 

 

 

Dans quelques minutes mon collègue sera là. Je pourrai quitter ce comptoir, traverser la rue et m’élancer vers elle, poser ses pieds nus sur le remblai, en sécurité,  et trouver les mots justes qui apaiseront sa colère. Je regarde l’horloge au fond de la salle égrener ses secondes. Il ne va plus tarder.

 

 

 

Paul se tient enfin devant moi, des lunettes de soleil juchées sur le haut du crâne.

 

 

 

« Dis, c’est pas ta copine, là-bas ? »

 

 

 

Je voudrais bien effacer de mon poing le sourire goguenard qui fleuri sur son visage mais je me retiens et lui file un coup de coude dans les côtes, léger, qui le fait s’esclaffer de plus belle.

 

 

 

« Je me disais aussi. »

 

 

 

Je lève les yeux pour vérifier une dernière fois la présence de la robe blanche qui danse et des bras tendus avant de contourner le comptoir et de franchir le seuil du café.

Le parapet est nu, vide d’elle, et le ciel d’un bleu sans tâche.

 

 

 

Seuls quelques badauds s’attroupent, dans un cri, et se penchent en silence, par-dessus le parapet gris, consternés.

 

 

 

29 février 2008

L'heure des mamans

Cela avait commencé avec la venue de l’enfant.

Sans le vouloir, elle avait endossé le costume qu’on lui tendait, ce rôle, cette assignation à monter sur les marches d’un podium imaginaire, auréolé d'une gloire éternelle.
Elle était mère, elle se devait d’en être fière.

Depuis cet instant où la vie s’était expulsée de son corps, en un cri strident et gargouillant, toutes ses pores, chaque parcelle de son esprit ne se devait de se consacrer qu’à cette seule tâche, sublime, le bien-être de cet enfant, le sien.

Elle aimait enfouir son visage dans les cheveux dorés de sa fille, lui apprendre le monde. Mais elle avait accroché à la porte d’entrée de son appartement le costume rose ramené de la maternité, bien trop grand, qui pendait nonchalamment. Elle n’avait rien vu venir, elle était restée elle-même, elle ne connaissait pas encore « L’heure des mamans ».

Il fallait les voir, ces mères, les unes à côté des autres, sous le préau des maternelles, attendant leur progéniture, à l’heure du goûter. Chacune scrutant l’autre, cherchant la faille, pour se rassurer sans doute, pour asseoir un peu plus leur propre légitimité.
Des conversations entamées. Des reconnaissances qui s’installaient. Sans elle.

Elle les entendait avec frayeur énumérer des gloires maternelles qu’elle se sentait incapable d’assumer, des anniversaires organisés, des activités bien réglées. « Ah, je cours ! Je cours ! ».

Elle, elle ne courait pas. Elle écrivait, elle lisait. Elle se penchait sur les dessins de son aînée.

De temps à autre, elle se disait qu’il ferait bon n’être qu’un père à la sortie de l’école. Elle les enviait parfois. On leur concédait tant de choses, tant d’erreurs irréparables, le droit d’être en retard, d’oublier les blousons, de ne pas connaître par cœur les évènements de la journée. On leur concédait le droit d’être eux, tout simplement.

Cela avait commencé avec la venue de l’enfant, cela prendrait fin, sans doute, un beau jour, plus tard, avec leur départ du domicile familial. En attendant, elle tentait de gagner cette lutte quotidienne, pour ne pas se perdre, chaque jour davantage.
Elle redoutait pour cela « L’heure des mamans » et songeait à l’occasion, avec humour, quoique  sérieusement, à se laisser pousser bientôt une virile moustache.

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27 février 2008

Bus

Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin, j’ai mis celles qui brillent, qui me donnent un air chic et sophistiqué, mais qui me font mal aux pieds. Il faut dire que je ne m’attendais pas à devoir marcher si longtemps, de si bonne heure, et par ce froid, pour aller travailler.

J’ai raté mon bus, tout à l’heure ! Je l’ai vu s’immobiliser quelques secondes à mon arrêt et s’élancer presque aussitôt, sous mon nez, sans égards pour la passagère habituelle que je suis. Je suis certaine que le chauffeur pouvait me voir, le bras levé, en pleine course, dans son rétroviseur géant.

J’aurais du courir de nouveau, traverser le petit square, pour atteindre l’arrêt suivant, de l’autre côté. Je sais que c’est possible, je l’ai déjà fait, si le bus est retenu assez longtemps au feu rouge, près du carrefour. J’aurais du, mais je n’ai pas pu. J’ai été prise d’une profonde lassitude, inexplicable.

Et à présent, je marche. Et je sais que je vais être en retard, que je vais devoir m’expliquer auprès du chef de service, que mes orteils vont saigner, un peu, que j’aurais chaud, et puis froid, et qu’il me tardera ce soir de quitter ces vêtements à présent souillés de sueur.

En laissant filer ce bus tout à l’heure, c’est un peu ma vie que j’ai laissé filer, j’en ai conscience, alors que mon souffle s’évapore dans l’air glacé, une vie qui regarde sa montre et qui ne goûte à rien, une vie qui pense, s’organise, ne perd pas une minute, s’épuise et devient laide.

Ce matin, je prends des chemins de traverse, je frôle des corps et des visages que je ne vois jamais habituellement, des vieillards avec leurs paniers en osier, des commerçants sortant leurs présentoirs sur le trottoir, des enfants avec leurs cartables trop chargés.

Ce matin, j’ai brusquement tout mon temps.

Alors que je pousse avec force la lourde porte vitrée qui donne sur les bureaux du deuxième étage, me viennent des envies de changements, de paresse, des envies d’ailleurs, et je sais qu’il ne faudrait pas grand-chose à cette minute, un mot, une opportunité, pour que je laisse filer ma vie, son bus, et toutes ses contrariétés.

4 février 2008

Ligne 1

Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde !

Moi qui espérais tant finir ce petit livre, commencé hier au soir, si poétique et bien écrit. Pour l’instant, il déforme la poche droite de mon manteau, je sens son poids intime et alléchant contre ma cuisse. Il me faudra attendre. Cette foule promet un compartiment plein à craquer, et un voyage désagréable, le nez collé sur les portes coulissantes. Aucun moyen de lire, c’est certain, juste une demi-heure pour penser, moi qui ne voulais penser à rien, justement, ce matin.

Une sonnerie stridente annonce la venue d’une nouvelle rame, la foule se presse dans un mouvement unique et s’engouffre en silence dans le wagon qui lui fait face. Les visages impassibles se frôlent et s’ignorent tandis que je laisse mon regard s’attarder sur les néons qui filent à tout allure derrière les vitres sales. Il est huit heures, et je sais que je vais le retrouver tout à l’heure, lui.

Depuis que je vis ici, dans Paris, il m’a fallu apprendre à éviter les regards, à marcher vite, à me fondre dans la foule et à vivre seule, du moins au début. Puis j’ai rencontré Paul, nous nous sommes plu et tout est allé très vite. Nous avons loué un petit appartement confortable. Nos livres et nos babioles se sont serrés les uns contre les autres, une certaine idée du bonheur, quotidien.

Et voilà que je pense, à cet autre, au plaisir que j’ai d’aller travailler, depuis qu’il est là, à son sourire amical, à tout ce que je sais de lui, à tout ce qu’il ignore, à l’absurdité de tout cela, de ma vie.

La rame du métro, en partie désertée, s’arrête au terminus. Je suis arrivée. La foule pressée s’éparpille aux quatre coins du parvis de la Défense. J’aperçois, au loin, l’immeuble où je travaille. Dans quelques minutes, lorsque je franchirai le seuil du bureau que nous partageons, il m’embrassera, sur les deux joues. Sa femme et ses enfants me souriront gentiment dans leur cadre photo.

Et je retiendrai ce mouvement, interdit, de mes mains vers les siennes.

10 janvier 2008

Pataf a des ennuis, Anne Herbauts

Un coup de coeur de ma grande fille (6 ans)

Pataf a toujours des idées formidables qui tournent sans cesse autour de lui, plein d'idées pour s'amuser tout seul, quand on a rien d'autre à faire... Mais Pataf est si maladroit !

Pataf est un éléphant bien sympathique. Oui, mais Pataf est un éléphant qui s'ennuie. Alors, comme tous les enfants, il cherche à s'occuper, et trouve des jeux loufoques et dangereux. Bien sûr, il se fait mal, et à chaque fois le pauvre, car en plus, Pataf est un éléphant malchanceux ! Reste un dernier jeu : compter les sparadraps !

(Ne pas rater l'image choc où Pataf se râpe les doigts, en voulant râper du fromage ! - "Tu as vu Maman, il se râpe même les doigts !" ... Vous avez remarqué, dans les livres pour enfants, il y a toujours une image comme ça sur laquelle les enfants s'arrêtent, et ne cessent de revenir. )

Un livre en forme de jeu de l'oie, où il y a des chemins à suivre, des objets à compter... Lorsque ce sont les autres qui se font mal, il n'y a pas à dire, les enfants adorent !

20 janvier 2008

Pensées iconoclastes

Absorber le silence.

Décider de ne pas sauter dans ce train,

qui file, à toute allure,

vers un idéal commun, un ailleurs auquel

je ne suis plus sûre de croire.

Fuir.

Préférer les chemins doux, et tortueux de l’enfance,

Au fracas des machines.

Faire tinter dans les rayons de ma bicyclette, les cailloux des souvenirs.

Ne garder que les meilleurs,

Trier les moins bons.

Et puis.

S’asperger d’affection.

En acheter des tubes entiers, à la superette du coin.

Se dire que rien ne vaut un torse,

serré contre soi.

Alors.

Tenir ses enfants dans ses bras, le plus souvent possible,

à la moindre occasion,

l’air de rien, en profiter.

Et se nourrir de leurs fossettes,

de la blancheur de leurs dents, des sonorités aigues de leurs voix.

Aimer.

Essayer d’être femme, enfin,

comme on enfile un costume, un peu trop petit.

Et tailler secrètement dans les plis,

de fines et larges ouvertures,

invisibles à l’œil nu.

Ainsi accoutrée,

S’exposer en plein vent.

Et se sentir vivante.

16 janvier 2008

Une histoire (pirouette)

cali_rezo

C’est l’histoire d’une fille,

Qui se prenait pour une ampoule,

A incandescence,

Ou une princesse,

Et qui n’était qu’une fille,

Toute simple,

Même pas une lumière.

.

C’est l’histoire d’une fille,

Qui passait sa vie

A tenter de se fondre dans le décor.

Elle était devenue,

Avec le temps,

Experte dans l’art du camouflage,

Façon caméléon.

.

C’est l’histoire d’une fille,

Devenue mère,

Par conviction et par amour,

Un soir de juillet,

Mais elle portait au bout de ses bras,

Constamment,

Des valises d’incertitudes.

.

C’est l’histoire d’une fille…

C’est peut-être la vôtre,

Celle qui gît au fond de votre cœur.

C’est sans doute un peu la mienne, aussi,

Une histoire toute bête,

De féminité et d’attentes,

De désir d’absolu.

.

C’est l’histoire d’une fille,

C’est une histoire perdue.

.

Je ne vous la raconterai pas.

9 janvier 2008

Les grands-mères, Doris Lessing

Résumé : (extrait de la quatrième de couverture) "Sur la terrasse d'un café dominant la baie de Baxter's Teeth, deux familles, qui semblent n'en former qu'une, se prélassent au soleil. Roz et Lil, les grands-mères, restées belles, entourées de Tom et Ian, leurs fils, et de leurs petites-filles, semblent filer le parfait bonheur." Ainsi commence le roman de Doris Lessing, sur une intrigue qui cache sous son apparence futile et légère des relations troubles, des secrets et des mensonges, bien cachés. Mary, la femme de Tom, qui a découvert le pot aux roses, va faire voler en éclats la quiétude du quatuor et ce tableau, faussement idyllique.

Avis d'Antigone : Depuis que le Prix Nobel de Littérature lui a été descerné, je tenais à découvrir un roman de Doris Lessing. Et voilà que l'on m'offre celui-ci ! Quelle chance ! J'ai été très surprise par son ton, très vif et incisif, et par sa liberté de style, que j'ai apprécié. Le thème de ce roman est loin d'être évident, je dirais même sulfureux, je vous laisse le plaisir de le découvir. Et pourtant, il est très agréable à lire et me donne envie d'être curieuse à nouveau, et d'aller lire autre chose d'elle, encore ! 

Extrait : "Ce n'étaient pas encore de vieilles femmes, loin de là. mais elles avaient plus de quarante ans. Les garçons, eux, n'étaient assurément plus des petits garçons, et le temps de leur beauté sauvage était passé. En voyant ces deux beaux jeunes gens vigoureux, sûrs d'eux, qui eût pu alors penser qu'ils aimantaient autrefois les regards parce qu'ils inspiraient autant la timidité que la concupiscence et l'amour ? Quant aux deux femmes, se remémorant un jour que leurs rejetons avaient été pareils à de jeunes dieux, elles farfouillèrent dans de vieilles photos, sans rien retrouver de ce qu'elles savaient avoir existé, tout comme, en regardant de vieux instantanés d'elles, elles n'avaient vu que de jolies petites filles, rien de plus."

La lecture enthousiaste de Stéphanie

3 novembre 2007

La librairie...

librairie  ...des lectures en tous genres.

Je touche du bout des doigts les douces couvertures des livres. Tout est en place. J'aime contempler ces rectangles colorés. J'aime les ordonner. J'aime savoir que chaque titre est à sa place là sur l'étagère et qu'un client curieux va peut-être en choisir un, lire la quatrième de couverture et l'emporter.

Assise sur mon tabouret haut, je pianote sur l'ordinateur installé près de moi. J'effectue les réassortiments nécessaires. J'attends que les portes s'ouvrent, que se déverse sur moi le flot des lecteurs avides et des badauds blasés.

Les lumières s'allument doucement. Trois adolescents s'avancent, intimidés. Ils cherchent un livre, pour l'école, "Les Misérables" en version abrégée. Je prends les trois premiers de la pile et leur tends.

Ils repartent, impressionnés et soulagés, tenant dans leurs mains le poids des mots de Victor Hugo. Leur passage en caisse fait apparaître sur mon écran la fiche du livre vendu : "Les Misérables", trois exemplaires, situation : en réimpression chez l'éditeur.

14 janvier 2008

Errance

errance

Là où je vais

Là où je suis

Que des pas

Dans le désert

La sueur

De la terre

En poussière

La solitude

Là où j’avance

Aucun bruit

Poussée hors de votre jardin

A tout jamais

Condamnée

Pour des gestes faits

Des amours partagées

Des presque riens

  où je marche

Qui d’autre me suivra

Qui le voudra

Et le doute

Toujours

D’avoir le droit de crier

La rage

Là où je m’allonge

Du sable

Dur

Amer

Mon corps blessé

Anéanti

Se relever

Après ça

Loin de votre jardin

Exister

Orpheline

De votre bénédiction

Avoir la chance

Un jour

De devenir

Moi

Ailleurs

30 novembre 2007

Bonne nuit, doux prince, Pierre Charras

08/2006

Résumé (extrait de la quatrième de couverture) : "Le narrateur de Pierre Charras trace le portrait de son père né en 1911. Avec des mots justes et simples, il ressuscite les cartes postales nostalgiques d'un bonheur familial fragile. Il se lance à l'assaut de son enfance comme on gravit une montagne. Il se fait archéologue émotionnel de l'histoire paternelle, comme si les mots pouvaient pallier l'absence."

Avis d'Antigone : Un fils part à la recherche de celui qui lui a donné la vie, en retrouvant le fil de ses souvenirs... Il réussi à se mettre dans la peau, dans les pensées de ce jeune homme qu'il n'a pas pu connaître, puis il regarde ce père, étranger, silencieux, auquel il n'a pas su parler. Ce roman (récit ?!) est plein de charme. J'aime ce titre, d'une douceur infinie, et ces souvenirs délicatement distillés. Je suis, malgré tout, restée un peu en retrait de cette lecture, comme mue par l'impression étrange de déranger, de devenir indiscrète, par trop de voyeurisme. A vous de voir ! Ce livre reste un joli moment de lecture.

Extrait (fin du livre) :

"Je voudrais que mon récit fût une ballade. Non pour jouer sur les mots car il ne s'est jamais baladé, au cours de ses périples, il n'a jamais flâné ; il remontait une piste mystérieuse qui le consuisait à son point de départ ; il s'imposait ce devoir par tous les temps et quel que soit son degré de fatigue, comme d'autres vont à la première messe du matin. Non, je voudrais que ce qui précède fût une ballade car nous en serions maintenant à l'envoi : Prince..., écrirais-je pour m'adresser à lui. Et ce mot est si juste. Il lui va si bien.

Prince...J'aurais voulu tout décrire de toi. J'aurais voulu faire des jaloux. J'aurais voulu que tout le monde sache la chance que j'ai eue..."

19 novembre 2007

On vous ment

Vous le saviez, non ?masque

On vous ment, depuis le début.

On vous dit que vous serez grand, libre, beau et intelligent, mais plus tard, beaucoup plus tard.

Et ce n’est pas vrai. Rien n’est vrai.

Vous traînez votre vous jusqu’à l’âge adulte, cahin-caha, tant bien que mal. Vous le parez d’instruction, d’expérience, d’un semblant de confiance en soi.

Allez, il vous arrive de vous trouver beau, parfois, dans la lumière blafarde de la salle de bain, le matin ; et intelligent, quand vous accumulez réussites professionnelles, diplômes, quand quelques malandrins félicitent votre ego.

Soyez rassurés, personne ne vous a réellement percé à jour.

Ils ont trop peur, tous, qu’en dévoilant votre secret, ils se retrouvent malencontreusement mis a nus, eux aussi.

On vous ment. On ne devient pas plus libre, ni plus beau, ni plus sage. On s’arrange avec soi-même. On promène son soi dans la vie, en évitant pertes et fracas.

On devient sociable.

17 novembre 2007

De bon matin

Une vie rêvée. 

Le réveil sonne, toujours trop tôt. Il fait froid. Je m’enroule en boule, profondément enfouie sous ma couette, pour que la vie m’oublie, encore une minute…

La sonnerie s’intensifie. Je me lève.

Café. Tartine. Le soleil apparaît timidement derrière les arbres sans feuilles. La cuisine prend des teintes lumineuses.

Mon cahier m’attend sur le bureau en bois, au fond du salon. Je m’installe, ma tasse fumante à nouveau remplie, posée près d’une pile de livres, en attente de lecture.

Quand mon texte sera prêt, je pourrai l’enregistrer et l’imprimer. Pour l’instant, je griffonne, je rature, je rectifie.

J’ai vue sur la côte sauvage. De l’endroit où j’écris, je peux voir des petits triangles blancs glisser doucement dans la baie. La mer est d’un bleu tendre ce matin.

Tout à l’heure, je descendrai sur le port…

La sonnerie stridente du réveil trouble mon rêve. Les enfants m’appellent, de la chambre à côté.

La lumière crue de la cuisine éclaire notre petit déjeuner.

Je ne suis pas écrivain.

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15 novembre 2007

Etre une bonne fille

etre_une_bonne_fille    Je sais faire. 

Eteindre la lumière du garage, coincer la bassine de linge sur ma hanche et puis, descendre le long du mur gauche de la maison, dans le noir, les étoiles pour tout éclairage.

Je n’ai pas peur du buisson qui bruisse, des cailloux importuns ou du chat du voisin, qui s’échappe en me frôlant. Je ferme les yeux. Mes pas sont assurés. Je sais faire. J’ai l’habitude.

La clé tourne difficilement dans la serrure. Il faut l’enfoncer, un peu, mais pas trop. Je tâtonne pour trouver l’interrupteur. La cave s’éclaire brusquement. Il est tard. J’accroche chaque pièce de linge au fil, pendu près du plafond bas.

Vendredi soir. Il est vingt-deux heures. Je suis arrivée tout à l’heure. Dîner. Lessive. Je suis chez mes parents, et je ne me sens plus chez moi. Je voudrais être ailleurs, dans mon petit appartement de neuf mètres carrés, même seule, même désespérée.

Je ne viens pas pour le linge, je ne viens pas pour les voir, je ne sais plus pourquoi je viens.

Etre une bonne fille, je sais faire. Je ne sais faire que cela. Quitte à garder ce goût, dans ma bouche, tout le week-end.

La bassine vide, posée à côté de moi, je contemple le jardin silencieux. Le bruit de la télévision me parvient, atténué par les volets fermés.

Il faut rentrer.

13 novembre 2007

Le chemin

Cécile savait que ses pas la mèneraient encore ici, sur ce chemin.chemin 

Elle ne pouvait s’en empêcher. Ses promenades la conduisaient toujours là, aux endroits où elle avait été avec lui, aux lieux où sa peau avait touché la sienne, même un instant, même par mégarde.

Il l’avait pourtant malmenée, bien souvent. Elle aurait préféré être ailleurs qu’avec lui, parfois. Il lui faisait même honte, de temps en temps.

Mais elle ne savait pas qu’il lui manquerait si longtemps, si intensément, malgré tous les bonheurs accumulés sur les étagères de sa vie, depuis.

Elle ne savait pas que l’on ne s’arrache pas le cœur, impunément, sans souffrir, que l’on pense guérir, mais que c’est un leurre. Elle ne savait pas que le destin poursuit sa route, sans faillir.

Hier, en consultant le journal, elle a vu son nom, a lui, en lettres fines, dans un coin de page.

Maintenant, elle sait où il travaille, ce qu’il est devenu, quelle ville il habite. Maintenant, elle ne peut plus se dire qu’elle ne sait pas.

Elle se tient à présent sur leur chemin, les pieds dans l’herbe folle, le vent dans les cheveux, la tête dans ses souvenirs, mais le cœur perdu.

9 novembre 2007

C'est quand le bonheur ?

C'est maintenant, et pour toujours...du moins...je l'espère.

L’escalier était raide, étroit et sombre. Je tenais à la main le morceau de papier sur lequel était inscrit l’adresse. J’étais en avance, comme à mon habitude, et l’appréhension me tenait la gorge. Appartement 17. Voilà, je le tenais.

Quelques coups frappés et la porte s’ouvrit  sur le visage inquiet d’une vieille femme.

- Oui ?

- Bonjour, je viens…pour l’annonce.

- Oh, oui. Entrez !

J’entrais dans un salon lourdement décoré. Un chaton gris sautillait près des rideaux. La vieille femme le chassa d’un sifflement et leva la main, irritée.

« Une mauvaise idée ce chat », maugréa-t-elle.

Elle s’assit sur un fauteuil et sembla attendre que je sois installée à mon tour pour parler enfin.

« Je vais vous dire pour quelles raisons j’ai besoin de quelqu’un. Voyez-vous, je suis en train de divorcer, à mon âge. Il faut que je dresse la liste des objets que nous possédions ensemble, mon mari et moi-même. Ils ne sont pas ici. Je vais donc vous les décrire, et vous prendrez des notes, mon petit. »

C’est alors que je remarquais les cartons disséminés dans la pièce, les babioles disposées de manière  incongrue et la délicate beauté de cette femme âgée.

Elle me tendit une feuille blanche, un crayon et leva les yeux au ciel, concentrée.

Démarra alors un des plus étrange monologue qu’il me fut donné d’entendre, ponctué par des cris stridents adressés, de temps à autre, au chaton gris, grand amateur de rideaux.

chaton

7 novembre 2007

Je veux des bisous !

S'il te plait.

bisous

Je veux des bisous, partout.

Dans le cou.

Je veux des câlins, des bras qui m'entourent, une épaule chaude et accueillante.

La tienne fera l'affaire.

Je voudrais que l'on m'aime, tout le temps.

Je veux du bonheur, de la douceur, des couvertures chaudes, du feu dans la cheminée.

Mais, ce soir, tu lis. Ma boite mail est désespérémment vide et mes mots ne ressemblent à rien.

Si j'allais te retrouver, éteindre l'ordinateur, me jeter à tes côtés sur le canapé ?

Si j'allais me coucher, me blottir dans nos draps ?

Et si nous allions ronfler en coeur, blottis l'un contre l'autre ?

6 novembre 2007

Les mots

les_motsAlphabets

J’aime les mots doux, ceux qui font du bien, ceux qui enveloppent et qui bercent.

J’aime leur musique, leur vie.

J’aime savoir que,  parfois venus de loin, ils existent ici et donnent un verbe à un sens jusqu’alors orphelin.

J’aime avoir ces mots contre moi, peau contre peau.

Je déteste les mots brandis comme une arme, durs, violents.

Ils servent parfois des idéologies avilissantes, enfermantes. Ils servent parfois la douleur.

Alors, ils deviennent ennemis.

J’aime vos mots à vous, bien que virtuels, si amicaux.

Lorsque mon serveur m’annonce votre message, ils illuminent mes heures esseulées et font sourire les touches de mon clavier.

2 novembre 2007

Evidemment, tu l'aimes encore

"Ca crève les yeux, tu sais.

Ca crève les yeux ! » chantonne ce groupe sur les ondes.

evidemment

Et toi ? Comment ai-je réussi à t'oublier ?

En déchirant tes lettres, une à une, en déposant chaque morceau dans la poubelle, chaque jour.

En ne recopiant plus ton numéro de téléphone sur mon nouvel agenda.

En jetant ta photo, afin de ne plus voir ton regard fouiller mon cœur.

En oubliant un soir, enfin, de penser à toi chaque seconde.

En laissant ce sentiment là, un peu à côté de moi, se détacher doucement.

En acceptant que la vie s'interpose, de plus en plus, entre toi et moi, de la vie sans toi.

En oubliant la douleur. En oubliant de t'aimer.

En laissant mon cœur battre à nouveau, sous un autre regard.

1 novembre 2007

Une vie (sans Maupassant)

Leslie est courageuse, un vrai petit soldat.

Chaque matin, elle se lève tôt pour aller travailler. Elle prend le train. Elle affronte le froid, le vent, la pluie, à longueur de journée, sur son morceau de trottoir. Elle distribue des prospectus.

"Venez ! Venez ! Un produit cosmétique vous sera donné gratuitement pour chaque visite!"une_vie

Les passantes curieuses montent au premier étage où sa patronne tente de les retenir dans son institut de beauté.

Elle déteste ce travail, cette femme qui l'emploie. Elle peut rester des heures, sans penser, le sourire accroché au visage.

Leslie est courageuse.

Ce matin, elle a rempli son sac à dos de vêtements, pris de l'argent dans le tiroir de la commode, écris un mot à Paul.

Ce soir, le chèque du mois en poche, elle ira prendre l'avion, celui qui s'envole vers le pays qui a cuivré sa peau.

26 octobre 2007

La chambre est vide

Il ne reviendra plus… Les meubles portent encore l'empreinte de ses doigts ; je ne les essuierai plus. Il est parti. Ses bagages étaient là, il y a quelques minutes, dans ce carré de soleil et, maintenant, plus rien, que des poussières qui volent dans la lumière.

la_chambre_est_videIl ne reviendra plus… Je me souviens, hier, ses pieds nus, humides, rosis par le froid, ont fait craquer cette planche du parquet si rugueuse sous mes doigts. Ils y ont laissé une trace sombre, éphémère. A présent, plus rien…que ce carré de lumière qui aggripe le plancher, ces poussières qui volent en tous sens et moi, allongée, la joue posée contre le bois du sol, qui les regarde tomber.

Il me semble que ma vie s'est réfugiée dans cette pièce étroite au plafond trop haut. De tous côtés, les objets me dévisagent avec les yeux des fantômes qui les ont touchés. J'ai un peu froid. Et pourtant, au dehors, l'été cuit des milliers de corps offerts à son souffle brûlant. Mais voilà, une brise de fin d'après-midi s'est infiltrée dans la place, par la fenêtre entrebaîllée. Elle n'a eu qu'à se frayer un passage sous les légers rideaux tirés ; c'était facile.

Oui, j'ai un peu froid… Il ne reviendra plus à présent, tout honteux, sécher de ses lèvres cette eau salée qui glisse sur ma joue meurtrie.

17 octobre 2007

A bicyclette

Zip !
J'appuie sur la pédale.
Zip ! Zip ! Re-zip !
Ca y est , je suis partie.

bicyclette

Ma bicyclette file sur l'asphalte, l'air plaque mes vêtements contre ma peau, le soleil joue avec les feuilles des arbres. Tout est calme.
Je m'éloigne de la maison. Je prends le chemin qui coule vers la rivière. De petits cailloux volent dans mes rayons, dans un bruit de carillon. Je passe la passerelle étroite et je suis de l'autre côté, du côté des possibles.
J'accélère. Des vaches répondent mollement à mon salut joyeux. Je connais les itinéraires. Je sais qu'il faut éviter le chien noir du village après le virage, passer derrière la maison aux volets bleus, rouler sur les poutres en béton au-delà du ruisseau et suivre le chemin de terre, jusqu'au carrefour.

Je ne suis jamais allée plus loin. Je n'ai jamais pu. Je me suis toujours arrêtée là, pour crier de rage, en silence, regarder le jour tomber doucement sur la campagne, et rêver.

Au retour, je fais parfois une halte près de la rivière, sur le guet. Je regarde l'eau glisser, emporter vers la mer ses alluvions, mes doutes et mes espoirs.

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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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