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Les lectures d'Antigone ...
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Ardoise magique

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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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9 avril 2008

L'enchanteur et l'illustrissime gâteau café-café d'Irina Sasson, Joëlle Tiano

joelletianoIrina, 101 ans,  somnole, tandis que sa petite fille est à son chevet... Lui reviennent en mémoire des instants de sa vie, passés dans la colonie européenne de Batenda... Lui reviennent en mémoire tous ces moments où elle fabriquait cette recette de gâteau au café qu'elle aimait tant cuisiner, sa spécialité.

De nombreux blogs ont déjà parlé de ce livre et je ne saurais mieux le faire qu'eux...
Etrangement, j'ai eu du mal à adhérer complètement à ce récit au féminin. Je me demande si mon incapacité de cuisinière y est pour quelque chose ! Sans doute, oui.
Par ailleurs, et pourtant, ce récit raconte une bien belle histoire, celle d'une jeune fille tombant amoureuse de l'homme imparfait qu'elle a été obligée d'épouser ; celle d'une femme qui connaîtra la passion dans le secret, et renonce ; celle d'une mère, à la fois tendre et entière.
Malgré ce sentiment, un peu flou, d'avoir râté une rencontre avec ce livre, j'ai eu à sa lecture une terrible envie de goûter le fameux gâteau au café décrit, la vision de biscuits trempés en étant le point d'orgue, car voilà, il faut bien l'avouer quand même, j'adore le café et les gâteaux aux biscuits !!!

Un extrait : "C'est sa cousine Lise, qui, le jour du mariage civil d'Irina, dans l'écrin de la broche - un épi de blé en or - qu'elle lui offrait, avait glissé à l'intérieur d'une petite enveloppe la recette qu'elle ne donnait à personne. Irina avait d'abord cru qu'il s'agissait de souhaits de bonheur et s'était réservé le plaisir de les lire à plus tard, lorsque avec Adriano, voguant vers Batenda, sur le paquebot qui la conduisait de l'autre côté de l'océan, elle aurait de longues heures de loisir. Le soir de la fête donnée à l'occasion du passage de l'équateur, au moment d'accrocher la broche à la robe noire que, jeune mariée, elle avait dorénavant le droit de porter, elle avait eu envie de lire les mots de Lise.

Pour un gâteau de huit convives, comptez trois paquets de biscuits Thé Brun...

Tu avais couru à la cabine d'Adriano, la lettre à la main.

Adriano ! Adriano ! C'est ma cousine, c'est Lise ! Elle me donne sa recette !"

bouton3  Note de lecture : 3/5

Ce titre est en lice pour le prix2008 !

Les avis de Sylire, de Lily, d'Anne, de Lucy, de Bellesahi, de Karine ...

Juste une petite chose, en plus, et sans importance. Je ne savais pas du tout que la collection "Les mues" était à l'initiative de Luc Besson !!

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8 avril 2008

Motivation

C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Il faut croire que la paresse épuise, je ne vois que ça.

Lucie  me jette des coups d’oeil vaguement compatissants le matin, au petit-déjeuner, mais je sais qu’elle ne supportera pas longtemps mes joues sombres et ce jogging usé que je traîne partout depuis quelques temps.

« Tu fais quoi aujourd’hui ? », me lance-t-elle, le nez dans son bol de café. J’ai toujours aimé contempler la mobilité de ses sourcils et leur jeu expressif. Ils expriment en ce moment une inquiétude sourde, mêlée peut-être d’une pincée d’espoir.

« Rien ». Mauvaise réponse. Je remarque l’affaissement brutal desdits sourcils et le plissement profond des rides du front. Elle repose doucement son bol et glisse ses doigts dans ses cheveux.

« J’aurais aimé que tu ailles me chercher un dossier à cette adresse ! ». Elle me tend un petit bout de papier. « Je dois filer ».

L’air de la rue sur mon visage, l’odeur des gaz d’échappement, la foule, tout me prend à la gorge dès que je sors de notre immeuble. J’en veux à Lucie de m’obliger ainsi à affronter l’extérieur. Je sais que je m’enferme petit à petit. Je saisi aussi la colère qui l’habite. Cette histoire de dossier...

Le métro est clairsemé, les rames se remplissent doucement au rythme des sirènes. Je ne connaissais pas, auparavant, ces heures creuses, tranquilles, où l’effervescence des pointes d’affluence n’existe pas. La présence d’hommes de mon âge me rassure étrangement.

Une lourde porte à pousser et je pénètre dans une cour pavée. Une rangée de boîtes aux lettres m’accueille silencieusement. La note de Lucie à la main, je parviens à récupérer l’objet de ma quête auprès d’une hôtesse d’accueil au sourire dolent. Une mention inscrite en gras me saute immédiatement au visage : «Développement personnel - Stage formation - Ou comment faire preuve de courage dans ses projets. »

Lucie, et son humour discret.

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Ce texte est issu de la consigne 66 du site Paroles Plurielles. Il fallait s'inspirer de la photo ci-dessous et de l'incipit suivant : "C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué.".

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quai_m_tro

12 avril 2008

Le fils de l'épicier

le_fils_de_l_epicier_0Suite à l'infarctus de son père, Antoine quitte la ville où il habite, afin d'aider sa mère dans l'épicerie familiale. Habitué aux petits boulots sans lendemains, il se retrouve sans plaisir au volant d'une vieille camionnette à sillonner villages et hameaux isolés. Petit à petit pourtant, aidé de son amie Claire, Antoine se prend au jeu du commerce et de la douceur...

Mon avis...
Voici un film doux et tranquille, comme les habitants des hameaux que sillonne Antoine. Il a réveillé chez moi quelques souvenirs enfantins : des coups de klaxons dans ma rue, des pièces accrochées au volet, le goût craquant des baguettes fraîches... Pourtant ici, il s'agit plutôt de légumes (frais ou en boîtes), d'oeufs, de pâté, et de menus services...
J'ai aimé l'impression d'espoir que transporte ce "fils d'épicier" dans sa camionette, l'espoir d'un monde fait de compassion, de tendresse et  d'humour. Un bien joli moment !!

La bande-annonce :


Le fils de l'épicier : Bande Annonce
envoyé par cineFA

Le site du film : http://www.lefilsdelepicier-lefilm.com/

3 avril 2008

Le soir du chien, Marie-Hélène Lafon

le_soir_du_chienLaurent, la trentaine, vit avec Marlène, plus jeune, dans un petit village du Cantal. Ils se sont installés en hauteur, dans une maison isolée et y connaissent de grands moments de bonheur, doux et paisibles. La vie de la jeune femme semble seulement rythmée par ses visites régulières au bibliobus, qui stationne régulièrement sur la place. Un soir, leur chien se fait renverser par une voiture et Marlène rencontre le vétérinaire...

Ce roman à plusieurs voix est prenant. Marie-Hélène Lafon a une manière bien particulière d'utiliser les points de vue, fragments de narration, monologues, lettres et morceaux de journaux intimes, et c'est sans doute ce qui donne à ce texte une richesse certaine. Parmi les nombreux protagonistes hétéroclites de ce drame, le couple Marlène et Laurent est attachant et le lecteur regrette amèrement cette rencontre, ce fameux "soir du chien", qui brisera tout, qui éclatera cette harmonie délicieuse que l'on devine. Alors, voici de beaux personnages, une belle histoire, un style agréable, et un livre que l'on ne regrette vraiment pas d'avoir lu !!

Un extrait : "Mon frère souriait de me voir partir, aux heures les plus chaudes du jour, à pied, en vélo, ou en voiture, selon la distance mise entre elle et moi par nos déplacements. Elle était mon centre de gravité, mon nombril blanc. Richard ne m'a rien demandé quand je l'ai laissé rentrer seul à la fin de l'été. Ma mère, au téléphone, m'a dit : "Pas plus de quinze jours ; tu as du travail ici. Les gens n'attendront pas toujours ; ils iront voir ailleurs." Je suis revenu en novembre, avec elle, pour notre premier hiver. Ma mère savait qu'elle ne pouvait rien contre ça. Elle la trouvait trop jeune, et c'était tout ; elle avait un peu peur, mais elle avait trop aimé son homme pour se battre contre ce qui me tenait, moi, à plein bras, dans un vertige décuplé par le confinement de l'hiver, ma grande saison."

bouton3 Note de lecture : 4/5 (presque un coup de coeur, malgré tout !)

Ce livre, qui appartient à Anne, circule en tant que livrevoyageur.
L'avis de Bellesahi et celui de Gambadou.

19 mars 2008

Alors que vient de sortir...

Rendez_vous_a_Brick_Lane

...Rendez-vous à Brick Lane, un film de Sarah Gravon (film que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir mais qui est inscrit sur mes tablettes), se présente pour moi l'occasion de parler du magnifique roman dont il est inspiré, Sept mers et Treize rivières de Monica Ali, dont je vous recommande particulièrement la lecture, et que j'ai lu lors de sa publication en france en 2004 (Le titre original en était d'ailleurs Brick Lane, tout simplement. Je préfère personnellement le titre français, plus mystérieux.)

sept_mersL'histoire : "En 1967, dans un village de l'est du Pakistan, une femme croit donner le jour à une enfant mort-née. Mais Nazneen survit et devient "celle qui a été livrée à son Destin". Un destin qui l'attend à Londres, auprès de l'époux choisi par son père : Chanu, la quarantaine bedonnante, ennuyeuse et pontifiante, des rêves en pagaille, sans les moyens de ses ambitions.
Isolée dans ce pays dont elle ne parle pas la langue, Nazneen n'a d'autre choix que se soumettre. Dans la cité de Brick Lane où règnent racisme ordinaire, fondamentalisme rampant et trafics en tous genres, elle découvrira pourtant la solidarité, la débrouillardise et l'amitié.
Tiraillée entre traditions ancestrales et espoirs insensés, Nazneen va peu à peu prendre le contrôle de sa vie, jusqu'à franchir le pire des interdits... Et comprendre que s'octroyer le droit au bonheur a un prix."
(extrait de la quatrième de couverture)

J'ai beaucoup aimé l'ambiance de ce roman, le huis clos de cet appartement londonien dans lequel Nazneen peu à peu s'émancipe, le choc des cultures, la lenteur et la torpeur des tâches quotidiennes, cette porte de sortie que lui procure enfin le travail, une porte de sortie vers l'amour et le monde extérieur. Un récit à la fois grave et léger, féminin...
[Ce livre est également disponible en format poche, chez 10/18.]

Me reste à voir la version filmée. Si vous l'avez vu, votre avis m'intéresse !

La bande-annonce...


Rendez-vous à Brick Lane

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15 mars 2008

Pause lecture...

...pour quelques jours,

Pensee_poetique_Affiches

histoire de respecter quelques délais,
de savourer ces romans voyageurs qui arrivent de partout
et de prendre du temps, tout simplement !

Non je ne vais pas au Salon...
...je reste dans mon salon,
mais il y a plein de livres aussi.

A très bientôt !!

(Je ne suis pas loin... Je reste disponible sur ma messagerie pour la gestion des livres voyageurs et autres petites conversations privées...)

31 janvier 2008

Livre voyageur

livrevoyageur                              belle_m_re

Alors que je reçois aujourd'hui "Belle-mère" (merci Gambadou ! merci Florinette !), je me permets de vous rappeler que les deux livres ci-dessous sont toujours à votre disposition en livre voyageur !!

cochon_d_allemand    heart    un_si_cle_de_Novembre

(cliquer sur les couvertures pour plus de détails)

Liste des lecteurs -

Pour "Cochon d'allemand" : Gambadou, Kloelle, Elfe, Loutarwen,

Pour "Un siècle de Novembre" : Ptitlapin, Kloelle, Rennette

N'hésitez pas à vous inscrire !!   

25 février 2008

Quelqu'un (Armand Lanoux)

quelqu_unDe l'autre côté du miroir
Quelqu'un nous épie
Quelqu'un compte nos fils d'argent
un à un.
Quelqu'un regarde se serrer
l'épervier des rides
Quelqu'un nous garde
Quelqu'un nous emporte
Quelqu'un ouvre et ferme des portes
à l'envers.
Quelqu'un nous oublie
Quelqu'un vend de l'espoir
Quelqu'un au visage vert
ou gris
de l'autre côté du miroir
sur le tain de la nuit.
Quelqu'un quelqu'un quelqu'un mais qui ?

La Tulipe orageuse, 1959

13 février 2008

La femme en bleu lisant une lettre, Jan Vermeer

La_femme_en_bleu_lisant_une_lettre_Jan_Vermeer

Je l'imagine enceinte cette femme en bleu (elle a un bien gros ventre, non ?) parcourant la lettre qu'une de ses soeurs lui a envoyé, une soeur plus jeune. Une inquiétude tend son front. Sans doute devra-t-elle la gronder un peu la prochaine fois, de faire tant de fautes, d'être si exaltée, de ne pas songer plus sérieusement à son avenir ? Elle lit cette lettre, malgré tout avec avidité, se rappelle ses jeunes années...ne prend même pas la peine de s'asseoir sur cette chaise dont le coussin bleu attend sa fatigue.

Je l'imagine très bien, quelques minutes plus tard, enfin assise, le menton dans le creux de sa main, la lettre dans l'autre, rêveuse...observant le ciel clair par-delà la fenêtre qui lui fait face.

16 février 2008

Bureau 313

Les résultats du concours "Court, fort et bien serré" (organisé par le site "Un endroit") sont tombés pendant la nuit de la St Valentin !! Il fallait s'inspirer du thème ci-dessus, écrire un prologue de 250 caractères et un prologue de 1500 caractères maximum.

Je vous invite à lire le texte du gagnant en cliquant sur le lien suivant : Prix Bon Court 2008 - La Femme du cafetier de Lenoir.

Bon, je n'ai pas gagné mais je vous livre ci-dessous le texte que j'avais moi-même proposé :

Bureau 313

d_tective

Il n’est point de saison pour les amoureux. L’été, le printemps, l’automne, l’hiver, tout fait l’affaire.

Il n’est point de saison pour mourir, non plus.

Pourquoi Richard avait-il choisi ce jour là pour cumuler tous les instants violents de sa vie ?

Pourquoi tant de désordre dans ce café ? Pourquoi la passion, la neige, le froid et puis ce sang, épandu ?

Sa mort restait un mystère, jusqu’à aujourd’hui, jusqu’à cette lettre que je tiens entre mes doigts. Derrière le papier, le sourire figé de sa propriétaire, glacé.

« Vous comprenez, je ne savais pas qu’elle existait cette dame, et elle m’écrit, deux ans après, et elle me dit qu’elle connaissait mon frère, bien mieux que je ne peux le dire moi, qu’elle était tombée amoureuse de lui dans ce café, qu’ils ont discuté un long moment après s’être reconnus, puis qu’il est mort, comme ça, en sortant chercher des fleurs pour elle, sur le trottoir, bêtement ! »

La femme tire sur une mèche de ses cheveux, nerveusement.

« Cette lettre peut-elle aider à résoudre le meurtre de mon frère monsieur l’inspecteur ? »

Oui, elle le peut, mais je ne le lui dirai pas. J’observe le mouvement de ses ongles contre le bois de mon bureau.

Elle explique des tas de choses effectivement, tout, elle explique pourquoi Richard est sorti de son lieu de planque, pourquoi il s’est précipité, tel un fou, inconsciemment, au dehors, elle explique l’affolement de ses collègues, elle explique sa mort.

Je tente un hochement de tête rassurant, pose sur un dossier le papier épais parcouru d’une écriture fine et élégante, puis bois une gorgée de café, légèrement refroidie, court fort et bien serré comme j’aime...

14 février 2008

Le meilleur moment des amours, Sully Prudhomme

peinture

Le meilleur moment des amours

N’est pas quand on a dit : « Je t’aime. »

Il est dans le silence même

A demi rompu tous les jours ;

Il est dans les intelligences

Promptes et furtives des cœurs ;

Il est dans les feintes rigueurs

Et les secrètes indulgences ;

Il est dans le frisson du bras

Où se pose la main qui tremble,

Dans la page qu’on tourne ensemble

Et que pourtant on ne lit pas.

Heure unique où la bouche close

Par sa pudeur seule en dit tant ;

Où le cœur s’ouvre en éclatant

Tout bas, comme un bouton de rose ;

Où le parfum seul des cheveux

Paraît une faveur conquise !

Heure de la tendresse exquise

Où les respects sont des aveux.

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Bonne St Valentin à tous !! Que cette journée vous soit douce et amoureuse !

12 janvier 2008

Le plus beau jour

le_plus_beau_jour S'il pouvait faire un temps à mettre un chien dehors

Si je pouvais avoir un coeur à fendre pierre

Si l'amour devenait plus lâche que la mort

Si nous étions des morts pour parler de la vie

Si nous étions heureux pour ne plus rien nous dire

Si nous étions vivants pour pouvoir nous aimer

Si le monde n'était pas fait pour le refaire

Si tu n'existais pas pour pouvoir t'inventer.

JEAN MALRIEU (1915-1977) Préface à l'Amour "Les Cahiers du Sud", 1953

28 mars 2008

Impact

impactJe lui ai dit de se taire. Il ne m’a pas écoutée. Il continuait de suivre le rythme de ses phrases, le souffle de son agressivité, sa parole balbutiante, emplie de reproches.

Il avait encore trop bu, son haleine empestait. Les mouvements de ses mains avaient perdu leur grâce sobre. Son regard était loin, perdu pour moi, au moins pour le reste de la journée.

Les cadavres des bouteilles vides, privées de leur substance, gisaient par terre, sur le carrelage froid de la cuisine. Elle attendaient là, prêtes à être recyclées.

Malgré le désordre manifeste de notre vie, les choses continuaient de vivre la leur, sagement. Les bouteilles partaient au recyclage, les papiers étaient rangés, les factures payées.

Je lui ai dit de se taire, une seconde fois, pour entendre dans ma voix cette force que je ne connaissais pas, nouvelle, qui me grisait et me troublait.

Je me tenais en retrait, appuyée légèrement contre le chambranle de la porte vitrée, le regard rivé sur les bocaux transparents, posés négligemment sur le rebord de la fenêtre. « Il faudra que je les lave », me dis-je, laissant ma pensée divaguer, s’extraire de la scène un moment, rêver d’une maison propre, belle, où j’aurais le temps de donner aux objets leur place, et à ses habitants une vie sur laquelle se reposer.

Je lui ai dit de se taire, une dernière fois, pour essayer encore, sans succès.

Il ne m’entendait plus.

Alors, j’ai laissé mon esprit libre d’imaginer ce qu’il souhaitait.

J’ai senti mes doigts agripper un bocal, mes yeux admirer la lumière se reflétant sur le verre, l’habillant d’une parure de fête, brillante et aveuglante.

Je me suis regardée, dans mon rêve, lancer cet objet contre le carrelage, à côté de l’évier, attendre le fracas de l’impact et le ruissellement des morceaux sur le sol.

Puis, comme une délivrance, son étonnement et son silence.

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(Paroles Plurielles)

4 janvier 2008

Chat suffit !

chatsuffit

Mon chat m’énerve…

Ce soir, il a décidé, pour des raisons que j’ignore, de faire de moi sa proie. Je n’y couperai pas.

Mon chat est un acrobate. Il s’étire avec grâce, agrippe mon jean de ses griffes, et hésite à enfoncer, sans ménagements, ses petits clous dans ma cuisse. Je le vois bien tenter d’attirer, par tous les moyens, mon attention défaillante. Mais, je résiste. Si il le pouvait, si je le laissais faire, il poserait son derrière proéminent et velu sur le cahier que je griffonne, là, juste devant son nez. Tout est bon, dans sa petite tête de félin têtu, pour obtenir un câlin, même les positions les plus inconfortables.

Je suis assise sur le canapé, les jambes repliées. Je tente de me lover dans mon inspiration, sans grand succès. Du plat de la main, je repousse, loin de moi, le corps chaud et ronronnant de cet animal-sparadra, à la tendresse débordante, qui m’envahit petit à petit. Il roule lourdement sur le côté, avec affectation.

Mon chat est un comédien. Le voilà qui me boude, à présent, les oreilles aux aguets. Il guette de ma part, une faute d’inattention, qui lui permettrait de, subrepticement, se glisser sous mon bras, pour quelques minutes, avant que je ne le chasse de nouveau. Ce chat est un fin limier, il connaît son heure, celle des enfants et du mari endormis.

Sortant finalement de sa bouderie, aussi vaine que feinte, il lève enfin la tête et jette un œil sur les lignes raturées qui remplissent ma page, et parlent de lui, à son insu. Il pointe son fin museau en avant, semble vaguement contrarié et dégage, à mon grand étonnement, une sourde, mais évidente, désapprobation.

Mon chat m’énerve...

Pour un peu, il me ferait croire… qu’il a appris à lire.

7 décembre 2007

Plaire

Je cherche à leur plaire.plaire

Voilà.

Et puis c’est tout.

Espoir déçu.

Ils ne me regardent pas.

Leurs yeux me traversent.

Pourquoi ?

Je cherche à leur plaire.

Je prends mon étendard.

Je le secoue énergiquement.

Il s’envole gentiment dans les airs.

Hep ! Hep ! Hep !

Rien.

Espoir déçu.

Je cherche à leur plaire.

Voilà.

Et puis rien du tout.

Du vide.

Du rien.

Du pas du tout.

Est-ce que je passe ma vie à ça ?

Je cherche à leur plaire.

Ils ne me regardent pas.

Quoi ?

Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ?

Mon vêtement ne leur sied pas ?

Non.

Alors ?

Non, je ne sais pas.

Ils ne me regardent pas.

Je cherche à leur plaire.

Ma vie ne leur plait pas.

Tant pis.

Rien à faire.

Et puis.

Voilà.

Je cherche à leur plaire.

Espoir déçu.

16 décembre 2007

Ensemble, c'est tout

 

Résumé : Camille vit sous les toits dans une chambre de bonne mal chauffée, elle fait des ménages. Un jour, elle invite chez elle un de ses voisins rencontré dans le hall d'entrée, Philibert, qui partage lui-même son grand appartement avec un colocataire bougon, Franck. Ils sympathisent vite, et c'est tout naturellement que Philibert s'inquiète lorsqu'il n'aperçoit plus la jeune fille pendant plusieurs jours. Il la découvre malade et morte de froid dans son lit, seule. Il décide alors de l'héberger et de prendre soin d'elle...

Avis d'Antigone : Je connaissais déjà le livre d'Anna Gavalda mais je n'avais pas encore vu le film tiré de cette histoire. Le roman m'avait un peu déçue car j'avais préféré la manière sans concessions de l'auteur d'écrire ses nouvelles... La fin, très happy end, m'avait désorientée, à l'époque, c'est ainsi. Ce film là est, ma foi, plutôt réussi. Nous retrouvons avec plaisir l'ambiance de ce grand appartement communautaire, et le personnage lumineux de Philibert, est très bien interprêté. Guillaume Canet est un Franck tout à fait plausible et Audrey Tautou ne joue pas si mal. Les petites coupes et transgressions à l'histoire, faites ça et là, servent plutôt bien l'intrigue et tout cela nous fait passer un très bon moment. Allez...à voir !

Bande-annonce :

L'avis enthousiaste de Bel Gazou !

5 décembre 2007

Secrets de famille, Louisa May Alcott

Secrets de famille

Résumé : Louisa May Alcott nous introduit ici dans une famille déchirée par des secrets inavouables. La narratrice, Kate Snow, est une nouvelle venue chez les Carruth, engagée comme garde malade, au service de leur fille, Elinor, atteinte d'une maladie mentale, elle sera prise rapidement dans un imbroglio de tromperies et de manigances. Son intelligence fera triompher la vérité, mais à quel prix !

Avis d'Antigone : L'auteur des Quatre filles du Dr March nous plonge avec ce roman dans un univers tourmenté. Dans le huis clos d'une demeure familiale les gestes, les soupirs et les secrets sont analysés, retenus ou cachés. Le style d'écriture est sans conteste daté, cela donne un air charmant à cette histoire où les personnages rougissent ou blêmissent sans cesse. J'ai été happée par cette intrigue à la morale ambigüe. A découvrir !

Extrait : "Elle [Mme Carruth] me déposa les clés dans la main et me précéda dans l'escalier. Nous traversâmes des pièces spacieuses dont le goût raffiné me charma et laissait présager de luxueux appartements pour la pauvre demoiselle de compagnie quand elle quitterait son petit coin mesquin, à la modeste pension de famille. Ouvrant une porte qui donnait sur une aile isolée, Mme Carruth me montra un nid douillet en me disant qu'il était mien. Après que nous eûmes longé une galerie et pénétré dans une antichambre, où deux femmes de charge d'âge mûr étaient à leur ouvrage, elle s'arrêta sur le seuil d'une porte qu'elle n'osa franchir et, avec un regard que je ne suis pas près d'oublier, elle dit solennellement :

- Mademoiselle Snow, dans cette maison vous allez voir beaucoup de choses qui vous serreront le coeur, qui éprouveront votre patience et votre compassion. Je n'ai nul besoin de vous demander le silence, qui s'ajoutera à toutes les obligations dont nous vous serons redevables, je compte sur votre loyauté. Puisse la prière d'une mère infortunée valoir à la plus infortunée des filles votre tendre compassion."

Clarabel a lu Louisa May Alcott

16 décembre 2007

OH ! HISSE !, Heinz Janisch et Carola Holland

Coup de théâtre ! Ce soir, ce ne sont pas trois coups qui sont frappés pour que s'ouvre le rideau mais bel et bien douze. Les acteurs ? Cinq polissons prêts à tout pour arriver à leurs fins. Et douze petites phrases, pas une de plus, suffiront à nous raconter cette intrigue policière pleine de suspens. Curieux ? Alors prenez place et... comptez !

Voici une histoire bien rigolote, adaptée aux tout petits, mais avec une esthétique que l'on voit beaucoup plus dans des livres pour enfants de 7 à 10 ans. Mon petit bonhomme de deux ans a bien accroché sur cet album où le chat, le chien et les souris se donnent pour une fois la main, enfin la patte... En plus, ces chenapans font une énorme bêtise, quoi de plus jubilatoire !

14 décembre 2007

De la lecture...

    ...par Jean Cocteau.

"Je ne sais ni lire ni écrire. Et quand la feuille du recensement me le demande, j'ai envie de répondre que non.

Qui sait écrire ? C'est se battre avec l'encre pour tâcher de se faire entendre.

Ou bien l'on soigne trop sa besogne ou bien on ne la soigne pas assez. Rarement on trouve l'entre-deux qui boîte avec grâce. Lire est une autre affaire. Je lis. Je crois lire. Chaque fois que je relis, je m'aperçois que je n'ai pas lu. C'est l'ennui d'une lettre. On y trouve ce qu'on y cherche. On s'en contente. On la range. Si on la retrouve, à la relire on en lit une autre que l'on avait pas lue.

Les livres nous jouent le même tour. S'ils ne correspondent pas à notre humeur présente nous ne les trouvons pas bons. S'ils nous dérangent nous en faisons la critique et cette critique s'y superpose, nous êmpêche de les lire loyalement.

Ce que le lecteur veut, c'est se lire. En lisant ce qu'il approuve, il pense qu'il pourrait l'avoir écrit. Il peut même en vouloir au livre de prendre sa place, de dire ce qu'il n'a pas su dire, et que selon lui il dirait mieux.

Plus un livre nous importe, plus mal nous le lisons. Notre substance s'y glisse et le pense à notre usage. C'est pourquoi si je veux lire et me convaincre que je sais lire, je lis des livres où ma substance ne pénètre pas."

Extrait de "La difficulté d'être", Jean Cocteau, Livre de Poche Biblio, 1993

10 mars 2008

Cela n'arrivera jamais, Eric Pessan

pessanTrois hommes, trois histoires... différentes et voisines. Ce sont peut-être les mêmes personnes...ils ont un prénom semblable, "Roman", ils connaissent la même femme, Claire.
Oui, effectivement, ce sont les mêmes personnes... et dans un battement de cils ou de rêve, trois univers parallèles se sont créés, autour d'un même drame, un été où Claire a fermé la porte sur une dispute, à l'étage, dans la maison de la grand-mère de Roman.
Le premier homme a subi le drame et se terre dans sa douleur, le deuxième - marié, trois enfants - l'a évité et se perd dans son présent, le troisième l'a provoqué et se noie dans sa solitude...
Au coeur d'un été qui fête sombrement les dix ans du jour où les éclats des destins se sont éparpillés, le premier "
Roman" déroule ses vacances dans sa voiture, près de la maison de sa grand-mère, dans laquelle il n'ose pénétrer de peur de croiser le fantôme de Claire ; le second "Roman" vient passer son été dans cette même maison avec une Claire vivante et les trois enfants qu'ils ont eu depuis dix ans ; le troisième "Roman", enfin, se cache dans son appartement parisien, fuit l'été et ses plaisirs, et tente de fixer avec des mots une réalité qui s'embrouille et s'effiloche.
Ces trois mondes se suivent, et parfois se croisent, déroutant les protagonistes et nous plongeant nous, lecteurs, dans une confusion recherchée.

Mon avis : Eric Pessan a une belle écriture, fluide et poétique...mais l'univers qui s'installe dans ce roman demande dès le départ une lecture exigeante. Décidée à persévérer, j'ai réussi à tenir la première partie, celle où un Roman perdu se terre dans sa voiture, fêtant seul l'anniversaire de la mort de celle qu'il aimait. Quelques indices laissent présager un mystère à venir... La deuxième partie contant l'été en famille d'un Roman ayant su sauver Claire à temps, et à présent chargé de famille, m'a beaucoup plus enthousiasmée par son réalisme et sa touchante tendresse. Vient ensuite une troisième partie qui remet tout en question et laisse le lecteur abasourdi par ce roman riche et complet. Pour vous résumer ce livre à l'atmosphère étrange, il suffit peut-être de dire que Eric Pessan y exploite tous les possibles d'une vie, et les chemins de traverse où peuvent nous entraîner ce fameux "et si...".

Un extrait : "Qui donc le poursuivrait ? Il sourira de sa panique, il est trop nerveux, il n'aura pas vu ce qu'il aurait cru voir, il le saura, et pour cause, il saura que ce n'est pas possible, il sait pour Claire, il l'a su dès qu'il a forcé la porte de la chambre, dix ans auparavant, il a su que c'était sa faute, qu'il aurait dû se presser. Il roulera. En doublant un monospace, il entr'apercevra le visage de la conductrice, reconnaîtra au premier coup d'oeil sa coupe de cheveux, sa frange un peu négligée. Il lui faudra toute sa volonté pour ne pas se retourner. En dix ans, il rira, en dix ans, elle aura changé de coiffure. Et il pleurera. Il chassera ses larmes du revers de sa main, il n'aura pas de Kleenex, il atteindra l'Italie, il traversera l'Autriche, la Roumanie et la Hongrie, il ira droit au coeur des évènements, comme disent les voix. Les évènements, reprendra-t-il en écho. La jauge de l'essence approchera du rouge. Le voyage sera long."

Pour lire autre chose, sur remue.net, et découvrir son écriture, plus longuement...

bouton3 Note de lecture : 4/5 (parce que j'ai un peu souffert dans ma lecture, avec Roman, au fond de sa prostration...)

6 mars 2008

Festival de romans...un festival de l'expression sur Internet

Je ne participe pas à ce festival mais je soutiens deux blogs.

Festival de Romans
Recommandé par des Influenceurs

plumeTranches 2 Vie (le blog de Plum') des textes présentés comme des tranches de vie à dévorer avec appétit ou à déguster lentement. Allez lire ses courtes nouvelles, toujours empreintes de finesse et de personnalité ! Plum' nous embrouille avec talent et nous réserve bien souvent des surprises...

Pour voter pour elle, cliquer ici, puis "littérature/fictions" puis "Tranches 2 vie".

miriam

A quoi rêvent les filles ? (le blog de Miriam) des poèmes empreints de féminité et de superbes portraits au pastel. Un blog réservé aux filles, mais pas que !!

Pour voter pour elle, cliquer ici, puis "Illustration/graphisme/design" puis "A quoi rêvent les filles ?".

Merci pour elles !
Après vos votes, vous recevrez un e-mail de confirmation à valider.

22 mars 2008

Hairspray

hairsprayLa jeune Tracy danse à longueur de journée et n'a qu'une idée en tête, pouvoir s'exhiber dans la célèbre émission de Corny Collins "The Corny Collins Show", émission qu'elle regarde tous les jours, en compagnie de sa meilleure amie Penny. Elle est malheureusement recalée au seul casting que la directrice de la chaîne organise. Par chance, Link, un des meilleurs danseurs de la programmation la remarque au lycée et lui propose de venir rejoindre son équipe, malgré son physique différent, car Tracy est effectivement plus ronde que les autres danseuses. Elle devient instantanément une star, s'attirant du même coup la jalousie d'Amber, qui régnait jusqu'ici sur le show.
La chance de Tracy tourne lorsqu'elle se retrouve poursuivie par la police pour avoir marché à la tête d'une manifestation pour l'intégration des Noirs. Désormais en cavale, ses chances d'affronter Amber au cours de la finale et de remporter le titre de " Miss Hairspray " semblent bien compromises...

Mon avis : Ce film est une comédie, mais une comédie intelligente... Loin de l'aspect anecdotique d'un John Travolta grimé (et excellent !) et des allusions parodiques à une certaine Britney (Vous retrouverez facilement quelques images travesties de son premier clip dans quelques scènes), cette farce musicale nous entraîne presque malgré nous dans une réflexion sur les différences. Comment ne pas avoir froid dans le dos en plongeant quelques années en arrière, années où les noirs et les blancs dansaient séparés par une corde ? Comment ne pas considérer avec effroi ce puritanisme américain passé, dont le retour semble présent aujourd'hui ? Je suis sortie de ce film avec des émotions paradoxales, une envie de danser et le désir de rester vigilante !! A voir ! Je suis prête à parier que vous serez surpris !

Un extrait (en anglais, sorry ! Les bandes-annonces étaient de très mauvaise qualité). Vous y remarquerez une Michelle Pfeiffer étonnament excellente aussi ! : 

14 mars 2008

Caramel

caramel

A Beyrouth, des femmes travaillent ou se prélassent dans un institut de beauté... Layale est la maîtresse d'un homme marié. Elle espère qu'il va quitter sa femme. Nisrine est musulmane et va bientôt se marier, mais elle n'est plus vierge et s'inquiète de la réaction de son fiancé. Rima est tourmentée par son attirance pour les femmes, et cette cliente en particulier qui revient souvent se faire coiffer. Jamale est obsédée par son âge et son physique ; elle écume les castings. Rose sacrifie sa vie pour s'occuper de sa soeur âgée un peu folle. Au salon, dans une ambiance féminine, amicale et libérée, elles trouvent chaucune l'étincelle et le réconfort qui leur permet d'affronter les caprices de la vie.

Mon avis...
J'attendais beaucoup de ce film, mis à part sa sortie en DVD, sans doute un peu trop. Je l'ai bien aimé, c'est certain, mais je ne peux pas dire qu'il a été le coup de coeur que je pressentais. Cela dit, Caramel nous raconte de très belles histoires de femmes, courageuses et volontaires, de manière très sensuelle et grave. Il y a un petit côté "Vénus beauté Institute" incontestable, une certaine légèreté en moins et de profondeur en plus. Les images sont superbes, les silences émouvants. J'ai été très touchée par l'histoire de cette couturière, Rose, qui sacrifie une histoire d'amour pour une soeur un peu folle et castratrice. A découvrir, bien sûr, pour celles et ceux qui ne l'auraient pas encore vu !

La bande annonce...

Anne et Anjelica ont vu ce film au cinéma...

12 mars 2008

Taguée...

...par Bel Gazou et Anne !!

tag

Règlement : donner le lien de la personne qui vous tague - préciser le règlement sur votre blog - taguer 6 autres personnes en mettant leur lien en fin de billet - répondre aux dix questions que voici :

1. Le trait principal de mon caractère : je suis plutôt réservée (enfin bien moins qu'autrefois)... mais je bouillonne à l'intérieur,

2. La qualité que je désire chez les hommes : une capacité certaine à faire preuve de tendresse...et de force,

3. La qualité que je préfère chez les femmes : j'aime lorsqu'elles assument sans complexes leurs faiblesses...cela rend les rapports amicaux plus enrichissants,

4. Mon principal défaut : le manque d'assurance...,

5. Ma principale qualité : l'écoute,

6. Mon occupation préférée : câliner mes enfants,

7. Un plat qui me met l'eau à la bouche : tout ce que cuisine mon mari en général (chez moi, c'est presque resto tous les jours) Par ailleurs, le mot "crêperie" réveille en moi un grand appétit,

8. Mes mots favoris : amour, liberté, indulgence,

9. Ce que je déteste par dessus tout : le mépris et l'intolérance,

10. Un rêve : avoir le pouvoir d'alléger les peines et les soucis de ceux que je rencontre,

Je tague donc à mon tour les 6 personnes suivantes (choix difficile), dont j'aimerais beaucoup connaître les réponses, et qui à ma connaissance n'ont pas encore été taguées : Plum', Arlette, Katell, Ptitlapin, Sylire et Caro. Rien d'obligatoire, bien entendu !!

9 mars 2008

Justine

escalierAimer pour de vrai, cela ne m’arrivera jamais, jamais plus.

En tous les cas, pas ici, pas sur cette terre, pas pour moi.

 

 

 

Ai-je déjà su le faire ? Je n’en suis pas certain. Serrer un  corps contre moi, le protéger, vouloir son bien, par-dessus tout. Rien que son bien. Pas le mien. Par-dessus tout.

Je n’en suis pas certain.

 

 

 

La lumière filtre légèrement par l’interstice des volets tirés. Il fait jour. Ils vont bientôt rentrer, monter bruyamment les stores, faire entrer le soleil, donner à tout, à cette chambre, un éclat si cru, si désespérant, l’éclat d’une fin qui me ressemble, morne et esseulée.

 

 

 

Je profite du calme qui précède l’entrée des aides soignantes. Je redoute leur présence conviviale, le sourire qu’il me faudra leur prodiguer, bien malgré moi.

 

 

 

« Vous allez bien Monsieur Thomas ? ».

 

 

 

Je ne leur réponds jamais. Elles le savent. Leur regard évite le mien, glisse sur les taches à accomplir, le plateau du petit-déjeuner à déposer.

 

 

 

Que pourrais-je leur dire ? Que je ne vais pas bien, que je vais même crever, sans doute bientôt. Que voilà, c’est ainsi. Que je me meurs d’une mort programmée. Qui se soucie des états d’âme d’un vieil homme renfrogné ?

 

 

 

Je sens déjà mon corps se détacher de moi, doucement. Je le sens inerte sous les draps, comme sur le départ. Mon corps a fait ses bagages. Il ne m’a rien demandé. Il a décidé, sans préavis, qu’il m’avait suffisamment porté, qu’il pouvait, à présent, se reposer, sans moi.

 

 

 

Mon esprit embrumé cherche au fond de sa mémoire le souvenir d’un amour passé, auquel s’accrocher un instant. Il cherche parmi les éclats des visages qui défilent celui qui a su le retenir assez longtemps pour faire battre son cœur. Il tente un retour vers une vie, ancienne, plus vive, plus réelle.

 

 

 

Je ne sais plus. J’enfonce ma tête dans l’oreiller et me perds dans la contemplation d’un plafond sans couleurs.

 

 

 

Justine ! Ca y est, je me souviens… Justine.

 

 

 

Une bouche rose et des cheveux châtains, déployés, s’agitent tout à coup devant moi. Comment ai-je pu oublier ce sourire, ces fossettes joyeuses et cet aplomb sans bornes ? Oui, c’est vrai, il y eut Justine.

 

 

 

Je la vois, comme si c’était hier, dévaler les escaliers de notre immeuble, sans se soucier du bruit qu’elle faisait, sans se douter que le heurt de ses talons contre les marches en bois résonnait jusque dans les appartements voisins. Je la vois s’ébrouer dans le froid du matin, effrayer le chat du gardien et s’envoler au coin de la rue, son manteau derrière elle, comme une cape.chat

 

 

 

Justine me fascinait. Elle me semblait mystérieuse et irréelle. Elle était pourtant à peine plus âgée que moi. Je passais des heures dans les escaliers à guetter son passage. Bien souvent, dans sa précipitation, elle me gratifiait d’un éclat de rire, amusée que le livre que je lisais pour me donner une contenance s’envolât dans un bruissement de feuilles froissées.

 

 

 

Justine, qui se souciait si peu de mes quatorze ans, et de mon cœur en miettes. Justine qui m’a regardé avec un peu plus d’intérêt lorsque j’en ai eu dix-sept et que ses dix neuf ans alourdissaient ses pas. Justine que j’ai découverte, un matin, en pleurs, dans un recoin du hall d’entrée de notre immeuble.

 

 

 

J’entends au loin les chariots du petit déjeuner heurter les portes coulissantes qui séparent les services. Elles ne vont plus tarder… Je perçois déjà le souffle de leur présence, si vivante, si bruyante.

 

 

 

Je voudrais qu’elles me laissent encore, un instant, penser à ce moment du passé, si lointain, sentir sous ma peau des muscles adolescents, capables à l’époque de soulever ce grand corps affaissé, muscles à peine capables aujourd’hui de traîner le porte goutte-à-goutte jusqu’aux toilettes. Je voudrais pouvoir retenir, ce matin, le souvenir de ce qui ne m’arrivera jamais, jamais plus.

 

 

 

Justine. Je l’avais soulevée jusque dans notre appartement. Elle s’accrochait à mes épaules comme un petit chat perdu, effrayé. Je ne savais pas quoi faire de ce grand corps, pelotonné sur mon lit, visiblement en détresse. Nous étions seuls et l’appartement était silencieux. Mes deux parents travaillaient.

 

 

 

Je me souviens avoir, maladroitement, soulevé les mèches de cheveux qui recouvraient son visage, lui avoir caressé un instant la joue, lui avoir préparé un thé brûlant qu’elle a laissé refroidir, sans l’avoir bu, sur ma table de chevet. Je me souviens de mon trouble de la voir là où je désespérais depuis toujours de la voir, et de mon incapacité à la faire parler. Je me souviens du jour qui baissait, au dehors, et de ses larmes qui n’en finissaient plus de couler.

 

 

 

« Vous allez bien Monsieur Thomas ? »

 

 

 

Martine, l’aide soignante du jour, vient de pénétrer dans ma chambre. Sa collègue, restée dans le couloir, farfouille dans le chariot à la recherche d’une cuillère et d’un couteau pour le plateau suivant. Comme prévu, elle soulève violemment les volets, après avoir déposé près de moi le plateau du petit-déjeuner, au café fumant.

 

 

 

Sans attendre une réponse de ma part à sa question rituelle, elle redresse mon lit, cale l’oreiller derrière mes épaules, vérifie le goutte-à-goutte, tout en sifflotant un air que je ne reconnais pas. La porte se referme enfin sur sa blouse blanche. J’entends ses sandales en plastique se diriger vers la chambre d’à côté. J’ai devant moi, encore, quelques minutes de tranquillité.

 

 

 

Justine s’était tout à coup redressée, avait regardé l’heure sur le réveil qui me tirait du sommeil chaque matin, avait déposé sur mon front un baiser brûlant et s’était enfuie de notre appartement, sans explications. J’étais resté stupide, dans le noir de ma chambre, à regarder un lit vide, sur lequel persistait la trace d’un corps que je n’avais même pas touché.

 

 

 

Mes parents m’avaient rapporté le lendemain, avoir entendu dans les escaliers, des nouvelles de Justine. Il était question d’un départ précipité, étrange, vers la capitale.

 

 

 

« Elle doit être enceinte. », assura ma mère, avec un haussement d’épaules.

 

 

 

Je comprenais la honte d’une situation, délicate à l’époque, je comprenais les larmes de la veille, je ne comprenais pas toutes les implications de ce départ précipité.

 

 

 

Justine a disparu de ma vie, pendant de longs mois, et j’ai fini par l’oublier, peu à peu.

 

 

 

justineUne autre fille, plus douce, moins compliquée, m’a souri au printemps, m’a laissé goûter ses lèvres, s’est accrochée à mes bras. Je ne l’aimais pas réellement, mais je l’ai laissée, petit à petit, mettre sur ma vie ses désirs. Quelques années plus tard, elle est devenue ma femme, je l’ai laissée m’épouser, enrober ma vie d’un cocon, sans battements de cœur, sans dangers.

 

 

 

Lorsque Justine est revenue vivre dans l’appartement de ses parents, un silence pesant a couru dans les escaliers, comme une onde froide. Personne n’a jugé bon d’émettre un commentaire sur ce retour surprenant. Même le chat du gardien ne s’enfuyait plus au passage de ses souliers.

 

 

 

Justine a repris ses études, là où elles les avaient interrompues, comme si aucune rupture n’était venue fêler son existence. Son visage, autrefois rose et bourré de fossettes, était toujours d’une même couleur blême et fade, quel que soit le temps. Lorsque je la croisais, elle ne m’adressait plus aucun regard, comme si, jamais, rien ne s’était passé entre nous, comme si son corps ne s’était jamais lové, en pleurs, sur mon lit d’adolescent.

 

 

 

Je ne ressentais plus pour elle, pour ce qu’elle était devenue, les sentiments qui m’avaient agités auparavant, je ne ressentais plus ce désir, fort, bouleversant, de la protéger, de recueillir son rire, d’embrasser à perdre haleine ses cheveux bouclés. Je ne l’aimais plus.

 

 

 

Martine entre dans ma chambre, à nouveau, elle vient chercher le plateau, à peine entamé.

 

 

 

« Il faut manger, Monsieur Thomas ! », me dit-elle d’une voix que je juge un peu adoucie, au regard de son ton habituel.

 

 

 

Ses yeux rencontrent les miens, un instant. Je sais qu’elle sait, je le vois dans son regard. Elle sait que je sais, elle le lit dans mes mains qui tremblent et esquissent un geste résigné. Il me semble que ses épaules se sont un peu affaissées lorsqu’elle quitte la chambre. J’entends, quelques minutes plus tard, son rire résonner dans la chambre d’à côté. Qui se soucie des états d’âmes des aides soignantes, et de leur combat constant, pour garder le sourire, seul remède contre la morosité ? Qui se soucie de ce qui se passe dans ce lieu, des étincelles de vie mises de côté ?

 

 

 

J’étais sortie de la vie de Justine sans y être jamais entré. Elle était sortie de la mienne, sans le savoir. Je ne me doutais pas, à dix-sept ans, que je n’aimerais plus jamais, et que cela me manquerait, tout à coup, à l’approche de ma mort. Qu’aimer, pour de vrai, était la seule chose que je regretterais soudain, un matin de printemps, au réveil.

 

 

 

Serrer un corps, contre le mien, le protéger, vouloir son bien, par-dessus tout. Rien que son bien. Pas le mien. Par-dessus tout.
Aimer, un point c’est tout.                     

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