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Les lectures d'Antigone ...
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Ardoise magique

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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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22 novembre 2007

La mère

lam_re  La mère pose son ouvrage sur le guéridon, à ses côtés. Elle est fatiguée, ses traits sont tirés. La nuit, discrètement, est tombée sur la campagne, et la lune recouvre le jardin de sa douce clarté.

La jeune femme soupire et se lève, avec effort. Elle se dirige vers le grand miroir du salon, accroché au dessus de la commode. Elle se dit qu'elle ne sait plus à quoi elle ressemble. Elle détaille chaque parcelle de son visage : sa peau qu'elle trouve terne, ses yeux rougis d'avoir fixé l'aiguille, et ses cheveux fins tirés en chignon. Elle ne sait plus si elle est belle. Elle est mère, et cela envahit sa vie, toute sa vie, jusqu'au repos des enfants.

Elle prend une fleur en papier aux couleurs vives dans le vase blanc, de toute évidence décorée par de petites mains maladroites, et en écarte les bords pour lui donner du volume. Puis elle la coince sur son oreille, et se sourit dans le miroir.

Elle essaye de se souvenir du dernier jour où un homme l'a fait tournoyer au rythme d'une valse, de l'ivresse ressentie, de la légèreté.

Enfin, elle éteint chaque lampe, une à une, et monte se coucher, la fleur toujours accrochée à son oreille, oubliée.

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16 novembre 2007

La voiture verte

Elle me suit depuis un moment, cette voiture verte.                voiture_verte 

Je la vois dans mon rétroviseur, à quelques mètres de moi. Son clignotant s’allume, à chaque fois, juste après le mien. Je tourne à droite. Je jette un coup d’œil dans le miroir, et elle est à nouveau là, derrière moi.

Pourquoi serais-je suivie ?

Le chauffeur semble impassible. Son visage, que je distingue très bien, n’éveille aucun souvenir en moi. L’homme, au volant, semble même presque agacé par ma lenteur.

Clignotant. Et à nouveau, le sien se met en route, du même côté.

Je prends le virage un peu brutalement. Mes pneus font voler quelques cailloux. Je suis passée trop près des bordures. La voiture verte semble accrochée à mon sillage. Elle m’oblige à rouler, trop vite, dans cette campagne que je connais mal. J’ai hâte d’arriver chez mes amis. Je cherche du regard le panneau m’indiquant leur village. Mes mains sont moites et serrent le volant fermement. Je distingue enfin le petit chemin de terre qui me conduira à destination. Clignotant. Un regard dans le rétroviseur. Je respire, persuadée de voir la voiture verte filer sur la route principale.

Horreur ! Elle me suit encore.

Arrivée devant le garage de mes amis, je me résous à klaxonner bruyamment. Ils sortent, presque aussitôt. Jeanne accourt vers moi, étonnée, alors que son mari ouvre les bras au chauffeur de la voiture verte, le sourire aux lèvres.

« Notre invité surprise du week-end ! », me murmure Jeanne, sur un ton, lourd de sous-entendus.

12 novembre 2007

Les voilà !

Les voilà ! Mes petits livres. 

J’ouvre les cartons avec avidité. Le bon de livraison cache, pour le moment, les couvertures criardes. Ca y est. Je les vois. Juste en dessous. Là. Les jaquettes brillent.les_voil_

Je réclame, impatiente :

« Tu peux les rentrer en stock ? »

Je suis déjà loin lorsque j’entends résonner dans le couloir la réponse positive du déballeur officiel.

Je rentre sur la « surface de vente ». Mes talons s’enfoncent dans la moquette avec assurance. Je sais que j’ai le sourire aux lèvres. Je sais que je vais rendre un lecteur heureux, bientôt. J’ai ce pouvoir là, juste à cet instant précis.

Mon client attend toujours à la même place, impassible, les mains dans les poches. Dans cinq minutes, il aura dans ces mêmes mains, le livre attendu, un poche en version anglaise, qui sentira bon le papier neuf et l’encre des rotatives.

« Je vous fais patienter ? J’ai bien reçu votre ouvrage. Je pourrai vous le donner, dès qu’il sera enregistré. »

Il ne sait pas ce grand monsieur, au regard doux, qu’il est peut-être mon dernier client. Ce soir, tout sera fini. Se souviendra-t-il de mon visage, demain ? Reviendra-t-il ici, étonné de ne pas m’y retrouver ? Vous savez ? La petite jeune fille qui était là…qui m’avait trouvé ce titre…

Ce soir, je rassemblerai mes petites affaires, je saluerai les autres vendeurs. Réduction de personnel. Ce soir, l’encre de ma vie se sera tue, je laisserai des rayons orphelins à d’autres mains.

Ce soir, je ne serai plus libraire.

11 novembre 2007

Dis moi tout !

dis_moi

Dis moi tes mots. Tout ce que tu veux. Je les prends. Je les mettrais sur mon cœur ; ils n’auront plus peur. 

Dis moi ce qui te fait pleurer la nuit, en silence, la joue contre l’oreiller. Dis moi ce qui te fait rire aux éclats, aussi.

Je veux tout savoir de toi, de tes erreurs, de ton passé, de tes manquements.

Je veux connaître tes doutes, les tristesses qui mettent de l’ombre, parfois, sur ton visage.

Je veux sentir tes frissons courir sous ta peau.

Je veux te recueillir. Boire ton essence, infime.

Je veux te voir vivre.

Et t’aimer, surtout, le mieux possible, pour un jour, réussir à te laisser partir.

4 novembre 2007

Je ne suis pas celle que vous attendiez

Je suis humaine, désobéissante, versatile.je_ne_suis_pas_celle

Oui, parfois, je vis avec passion. J'entraîne avec moi bruits et fracas. Je dérange, je crie, je fais du désordre.

Je sais, je suis fatigante, dérangeante, absolue. Et, de cela, vous me détestez. De cela...et de tant d'autres choses !

Non, je ne suis pas celle que vous attendiez.

Et bien, ce soir, je vous renvoie le compliment.

Vous, non plus, vous n'êtes pas tels que je vous espérais.

Je vous aurais aimé présents, aimants, compréhensifs, attentifs et conciliants.

J'aurais aimé sentir vos bras autour de moi, votre regard au-dessus de mon épaule.

J'aurais aimé que vous m'aimiez...un peu...de temps en temps.

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28 octobre 2007

Parler de toi

parler_de_toi

Comment parler de toi ?

Comment parler de l'homme qui marche à mes côtés depuis quelques années ?

Comment parler de ta patience, de tes bras qui rassurent, toujours ? Comment parler de ma peine, les jours où tu m'aimes moins ? Comment parler de ma peur, lorsque je t'attends ? Comment parler de ces montagnes que je voudrais savoir aplanir pour toi ?

A l'instant où je t'ai rencontré, j'ai su. Mais je n'étais pas libre et tu me semblais si inaccessible.

Alors, j'ai préféré continuer ma vie, mettre un mouchoir sur ce sentiment naissant et le cacher, là, bien au fond de mon coeur.

Tu es parti loin, au bout du monde, sans espoir de retour. Le mouchoir s'est mis à saigner.

Lorsque tu es revenu, j'ai déposé mon coeur à tes pieds, tu l'as pris.

Comment parler du bonheur ?

Je laisse les jours heureux s'écouler doucement. Je nous regarde vivre.

Parfois, je te serre un peu fort, contre moi, pour que tu ne t'envoles plus !

                                             

25 octobre 2007

La fatigue d'être soi

Vivre avec soi-même, quelle aventure !la_fatigue_d__tre_soi

Ma maladie se promène depuis toujours à côté de moi. Je la connais. Elle met du poids dans tous mes gestes et emprisonne mon quotidien.

Je sais qu'elle sera là, jusqu'à la fin, pour moi.

Gentille, elle sait parfois se faire discrète. Le plus souvent, elle se manifeste dans les moments difficiles et m'accompagne, même lorsque je voudrais l'oublier.

Elle reste sans doute ma plus fidèle amie.

Ma maladie s'appelle "fatigue". Je la vois venir de loin. Jamais, je ne peux l'oublier.

Depuis qu'elle a un nom, je peux juste la porter à bout de bras et la brandir à l'occasion.

Ma maladie est invisible. Elle ne m'empêche pas de travailler.

Elle ignore toute spontanéité.

Elle oblige mes pensées à réfléchir chaque mouvement de mon corps, chaque parcours, chaque action de ma vie.

J'aurais juste voulu la connaître plus tôt, alors qu'on me pensait feignante.

Je voudrais juste la dompter, quand c'est elle qui me commande.

J'aimerais juste être moins organisée.

23 octobre 2007

Etre un goéland

J'étais là, face à la mer, assise sur un morceau de rocher inconfortable.                           

   go_land 

Le vent soufflait par rafales, emmêlant mes cheveux, les inprégnant de sel. Bercée par le bruit rassurant des vagues venant mourir sur le sable fin, je réfléchissais à ma vie, à son vide, à son inconsistance, à ses lâchetés.

Le gris du ciel se perdait dans le gris de la mer. Mes doigts aggripaient le rocher. Des goélands volaient un peu bas, frôlant du bout de leurs ailes, l'océan. J'aurais voulu pouvoir voguer, comme eux, jusqu'aux nuages. M'envoler doucement. Partir un peu plus loin pour revenir, légère comme une bulle.

Mais, je n'étais pas un oiseau, ma vie ressemblait bien plus à ces vagues qui se perdaient sur la plage, charriant grains de sable, algues et coquillages.

Alors, je me suis levée et j'ai repris ma promenade sur la route côtière. Le vent cherchait maintenant à s'engouffrer dans mes vêtements. J'ai repensé à l'Ile de St Cado, à notre visite de la veille, à cette petite chapelle si paisible. J'ai revu le visage de ma fille alors qu'elle y déposait une petite bougie rouge. C'était, je crois, la première fois qu'elle rentrait dans un tel lieu.

Je me souviens lui avoir demandé si elle voulait faire un voeu. "De l'amour", a-t-elle dit, et tout son petit visage a frémi. Je lui ai souri et l'ai serré un petit moment contre moi.

Non, je n'étais pas un goéland.

16 octobre 2007

Secret diary

Là où tout commence !

secret_diaryJe saute du car comme un bouchon de champagne. Heureusement, le trajet ne dure que cinq minutes, serrée que je suis contre la porte vitrée, un coin de cartable enfoncé dans le dos.
C’est seule que je pénètre dans mon impasse, laissant derrière moi un groupe de jeunes gens qui disparaissent au coin de la rue.
J’attends un instant avant d'entrer. Je sais que mes parents ne m’ont ni vue ni entendue arriver. Je savoure ce petit moment où je me rejoins. A l’intérieur, il y a du bruit et si peu de place pour s’isoler.
Quand j’entre enfin, la cuisine sent le café. Je pose mon cartable et me déchire un morceau de pain,  que je dévore avec avidité, semant des miettes un peu partout. Ma mère, occupée à repasser un tas de chemises, répond à mon salut.
Dans la chambre que je partage avec ma sœur, je prends le petit cahier rose que l’on m’a offert pour un anniversaire, celui qui ferme avec une petite clé dorée, celui avec un clown triste sur la couverture, et j’écris :
« Aujourd’hui, je t’ai croisé trois fois, et tu m’as souri ! »
Je referme le petit cahier que je cache soigneusement. Tout à l’heure, je le relirai tranquillementavant de me coucher, je regarderai ma sœur endormie, j’aurai peur qu’elle ne se réveille, je regretterai peut-être d’avoir écrit ces mots, mais je saurai au fond de moi que ce n’est qu’un début, que je continuerai…

6 novembre 2011

Les clés du Paradis

Photo numérique ocotbre 2011 246

Une photo qui date de fin septembre, prise au coeur du Mont St Michel, mais vous vous en doutiez un peu... je pense. Aujourd'hui, chez moi, la terre est mouillée, gorgée de pluie, l'herbe est verte et tendre, le vent fait bruisser les feuilles des arbres, celles qui ne sont pas encore devenues jaune d'or ou rouge flamboyant. Cela dit, chaque saison a son charme... J'aime plutôt quand j'entends, en novembre, tintinnabuler au loin les clochettes des rennes du père noël...

Bon dimanche !

29 août 2011

Focal

Quand je suis venue te voir,
la nuit encore focal
je la sentais sourdre derrière les volets fermés
et tu m’as regardé comme si nous étions toujours en pleine lumière
et toujours des inconnus l’un pour l’autre

et que tu ne m’avais pas serré les doigts tout à l’heure
si intensément.

  

© Les écrits d'Antigone - 2011 
Merci Anonyme pour la proposition d'écriture !

 

18 juillet 2011

Le four aux livres

En Lozère, ils font aussi des trucs hyper dangereux avec les livres...
Il s'agit ici d'un panneau rencontré lors d'une promenade, dans une commune nommée Les Vignes (48). Sa fonction est d'indiquer l'entrée d'une minuscule bibliothèque associative... sans doute protégée par les murs d'un ancien four à pain... enfin, je suppose.

four_aux_livres

Dur dur la reprise ce matin, j'étais en complet décalage d'altitude... et comme vous le savez sans doute - pauvres touristes - ce n'était pas une bonne idée que de venir en bord d'Atlantique cette semaine !! Quel temps.

11 juin 2014

Résultat du tirage au sort Mont Blanc/Pas son genre

Vous aviez jusqu'au 9 juin au plus tard pour tenter de gagner les deux poches de chez J'ai Lu suivants [ici]. Voici le résultat du tirage au sort effectué hier soir par deux mains enthousiastes, en images !

Mes images45b

Anna la bretonne et Anne... félicitations !! Je vous contacte par mail pour collecter vos adresses postales ! 

28 janvier 2014

Londres par hasard, Eva Rice

londresparhasard "La seule personne à laquelle je n'avais pas pensé une seule seconde, c'était Tara Jupp. Maintenant, j'étais Cherry Merrywell. Il fallait que j'apporte la preuve qu'elle était digne de tout ce tintouin."

Tara adore chanter. Ses proches disent même qu'elle a un don pour ça et la poussent activement à en faire "quelque chose". Mais dans son enfance, ce que la jeune-fille aimait surtout c'était monter en cachette sur les chevaux du château proche du presbytère où son père officiait. Avec sa soeur Lucy, elles s'étaient d'ailleurs prises d'amitié pour la fille de la châtelaine, Mathilda. Mais même les amitiés les plus fortes survivent difficilement à la jalousie amoureuse. Alors, lorsqu'après des années de silence, Mathilda revient en Cornouailles pour son mariage, Lucy qui a épousé le prétendant convoité reste sur ses gardes. Cependant, le bouleversement s'avère tout autre. Le futur mari, un producteur, remarque la voix de Tara et propose aux deux jeunes soeurs de partir pour Londres afin, pour l'une, d'enregistrer un disque et, pour l'autre, de s'adonner à loisir à sa passion des vieilles pierres... l'occasion aussi de se perdre dans divers imbroglios amoureux, toujours très glamours.

Eva Rice nous fait la surprise de convoquer dans ce roman quelques personnages de son roman précédent L'amour comme par hasard [ma lecture ici - clic]... Enchaîner ainsi ces deux lectures m'a semblé une opportunité à ne pas manquer, et une occasion rare. J'ai eu malgré tout un peu de mal à passer d'un livre à l'autre, comme le sentiment de descendre une marche, en matière de qualité d'écriture et de densité narrative. Pour autant, lire Eva Rice reste assez addictif. Et même si je me suis enlisée malgré moi dans quelques longueurs, je n'ai jamais perdu d'intérêt pour cette histoire qui met sur le devant de la scène le Londres des Swinging sixties. A tenter, pour celles qui auraient déjà succombé au premier tome !

Editions Baker Street - 22€ - Octobre 2013

D'autres lectures chez Babelio [clic]

23 décembre 2013

La Vérité sur Marie, Jean-Philippe Toussaint

 

laveritesurmarie

"on peut évaluer à une heure vingt, une heure trente du matin au plus tard, l'heure à laquelle Marie et moi faisions l'amour au même moment dans Paris cette nuit-là"

Ce sont trois drames, trois évènements forts, dont Jean-Philippe Toussaint va narrer les moindres secondes, et qui vont dresser dans ce roman le portrait en creux d'une femme inconnue prénommée Marie.
Il y a cet amant qui succombe d'une crise cardiaque en pleine canicule, ce cheval qui doit prendre l'avion à Tokyo et qui s'enfuit sur le tarmac, semant le désordre autour de lui. Et puis ce feu, qui brûle des corps, et qui rapproche le narrateur d'une Marie tellement lointaine, futile, inaccessible, et pourtant si tendrement aimée.

Je ne savais trop à quoi m'attendre en ouvrant ce roman, attirée par le titre, et ce qu'il pouvait y avoir d'actuel à entendre parler de Marie en cette veille de Noël. Mais point d'enfant Jésus ici, ni de crèche, Marie est loin d'être une sainte, elle est même un brin agacante. Seulement voilà, le narrateur est fou d'elle et Jean-Philippe Toussaint a une telle puissance d'écriture, évocatrice, visuelle, presque cinématographique, que ce n'est pas de Marie dont le lecteur a soudain envie de tomber amoureux mais des écrits du romancier.
Un auteur que je vais continuer de lire, c'est certain.

Editions de Minuit - Double Minuit - 7€ - Septembre 2013

Prix Décembre 2009, La Vérité sur Marie est le troisième volet de l'ensemble romanesque Marie Madeleine Marguerite de Montalte, qui retrace quatre saisons de la vie de Marie, créatrice de haute couture et compagne du narrateur : Faire l'amour, hiver (2002) ; Fuir, été (2005, prix Médicis) ; La Vérité sur Marie, printemps-été (2009) ; Nue, automne-hiver (2013).

Tout un tas d'infos sur ce livre sur le site de l'auteur [clic ici]

 

15 juillet 2013

L'odeur des planches, Samira Sedira

lodeurdesplanches"Le pire ce sont les w.-c. Et même avec des gants ça reste insupportable. Franchir le territoire privé, l'intérieur méprisable. Dans la cuvette l'eau est glacée à travers le latex. Je tends les bras, je frotte, vite, sans m'attarder, je m'empêche de penser à ce que je suis en train de faire, à la tâche indigne, à ce trou où chaque jour se déversent avec une régularité terrifiante excréments et urine chaude. Je ne sais plus pourquoi ni comment j'ai pu en arriver là. Mais il ne faut pas penser, ne jamais laisser vagabonder son esprit. Si tout à coup je me mettais à réfléchir à ce que je suis en train de faire, la lucidité me boufferait le cerveau."

Elle était comédienne et maintenant elle fait des ménages. Il n'y avait plus que ça pour qu'ils s'en sortent. Elle fait ça pour son compagnon, pour son fils, pour eux, mais y perd peu à peu son âme. Elle voudrait ne pas perdre la mémoire de "l'odeur des planches", pourtant c'est l'image de sa mère qui prend toute la place. Tout en astiquant la saleté des autres, elle convoque les souvenirs, ceux d'une famille d'immigrés algérien débarquant un jour dans le port de Marseille, chargés d'espoir. Comme une revanche sur le passé, la comédienne avait enfin réussi à passer de l'ombre à la lumière, sur la scène. Le présent ouvre de nouveau la porte à la honte, et à l'invisibilité...

Je suis partagée sur cette lecture que j'ai trouvé d'un côté pleine d'émotion et de l'autre légère sur la forme et le fond.
Il est premièrement difficile de ne pas se sentir touchée par cette destruction progressive de soi que la narratrice évoque. L'empathie était pour moi au rendez-vous. Et puis, le style de l'écriture est très bon.
Mais le procédé du parrallèle avec le passé, le fantôme de la mère, la présence évanescente du père, m'a semblé factice. Cela dit, ce récit étant un témoignage, et un premier roman, je pense que l'explication était là, dans la volonté de la démonstration.
Et j'ai pensé également - un peu trop peut-être - à toutes ces femmes dont faire le ménage chez les autres est le métier et le quotidien, et qui le vivent différemment, avec fierté parfois. J'en ai connu. Elles ne méritent pas d'être l'ombre et les comédiennes, elles, la lumière.
Une lecture qui donne à réfléchir cependant sur la condition de ceux qui ressentent leur travail comme un avilissement.

Editions Du Rouergue - 16€ - Mars 2013

A découvrir absolument pour Cathulu la tentatrice ! - Clara était très enthousiaste aussi !! 

 

17 mai 2013

Bataille de chats, Eduardo Mendoza

batailledechats"Il ouvrit le cahier et se disposa à rédiger les notes qui restaient en suspens, mais il ne parvint pas à écrire un mot. La fatigue produite par les évènements des derniers jours s'abattit sur lui, il rangea le stylo, referma le cahier, se déshabilla, éteignit la lumière et se mit au lit en déplaçant doucement le corps qui l'occupait."

Anthony Whitelands est appelé à se rendre en Espagne pour expertiser les tableaux du duc de la Igualada. Il rencontre là-bas sa charmante famille mais également beaucoup de contrariétés et un merveilleux tableau qui semble être de Velàsquez. Nous sommes en 1936 et pour le moment la menace réelle présente dans tous les esprits est le communisme. Le fascisme ne fait pas peur. D'ailleurs, les phalangistes en rébellion dans la région sont tolérés pour cette raison. Cependant, il ne fait pas bon pour un anglais de débarquer ainsi dans un pays au bord de la guerre civile. C'est pour cela que le duc l'a fait venir pourtant, pensant mettre de l'argent de côté pour l'avenir de sa famille. C'est du moins la version officielle...
En effet, beaucoup d'hommes mystérieux se présenteront à l'hôtel d'Anthony, beaucoup d'évènements auront lieu qui malmèneront le pauvre garçon naïf, ballotté comme un fétu de paille, utilisé, manipulé et trahi.

Voici un roman qui a reçu en Espagne le Prix Planeta 2010 et, ma foi, il a tout d'un grand. Certains le trouveront sans doute ennuyeux, et un peu verbeux, mais il a ce charme suranné des classiques à la Balzac. Nous avons force détails, intrigues, trahisons, courses poursuites, amants cachés dans le placard et descriptions politiques. Anthony Whitelands est le anti-héros parfait, benêt duquel se jouent les autres protagonistes, mais aussi personnage autour duquel s'articule la moindre action, le centre névralgique de tout, le jouet des uns et l'objet de pitié des autres. Pàquita, la fille du duc, pensera même - un court moment - en être tombée amoureuse.
Une lecture rocambolesque.

Editions Points - 8€ - 14 mars 2013

Dans la sélection 2013 du Prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points [clic ici pour en savoir plus et lire le premier chapitre]

(Ce titre d'Eduardo Mendoza sonne mon retour en pointillés parmi vous. Ouf, j'ai récupéré assez vite ma connexion internet ! Je rédige ce billet rapidement ce soir mais étant pas mal occupée encore ma présence sera jusqu'à mercredi je pense plutôt discrète. Merci pour tous vos petits mots d'encouragement !! ;))

23 novembre 2012

Gwenaelle Aubry, Partages

aubrypartages"J'avais besoin de penser à toute force que ça ne me concernait pas, que ça se passait dans un autre espace, un autre temps. [...] Et voilà que cela aussi me devenait présent, du présent insoutenable de répétition. Mon père avait raison : c'était la guerre."

Sarah, jeune juive new yorkaise, est venue vivre en Israël avec sa mère. Elle ne peut matériellement rencontrer Leila, réfugiée dans un camp de cisjordanie. En 2002, c'est la seconde Intifada. Tout sépare ces deux jeunes filles qui s'ignorent et tout les assemble, comme une image renversée. Au centre, au creux du fossé qui les éloigne, il y a l'histoire, la religion et tant de malheur en héritage.
Sarah voudrait vivre sa vie de jeune fille amoureuse tandis que le Jérusalem dans lequel elle prend plaisir à marcher explose sans prévenir. Leila aimerait aimer les siens en toute liberté, libérée de la peur, mais le destin a choisi de lui donner la vie dans un pays mutilé.

Voici un roman qui m'a laissée bien pantoise et m'a éloignée pour quelques temps des blogs. J'ai eu un mal fou au tout début à m'insérer dans son atmosphère particulière, sa voix alternée qui sautait de pages en pages d'un camp dans l'autre. J'ai même confondu parfois les deux narratrices, ne suivant plus ainsi l'intrigue finement ciselée. Puis, vers la soixantième page, j'ai trouvé une belle écriture et j'en ai aimé la puissance évocatrice, universelle. J'ai eu le sentiment de comprendre soudain tout par le biais des mots. Alors, vers la fin, lorsque j'ai moins apprécié ce que j'ai lu, le chemin que prenait l'histoire, sa fatalité archétypale, j'ai pensé... dommage.

Ah là là que dire au final ? Que c'est une lecture très belle malgré mes bémols. Quelques images me resteront d'ailleurs longtemps en mémoire, je le pressens. Je ne ne regrette pas d'être entrée dans ce Partages, pas du tout, j'en suis sortie toute tourneboulée, partagée. Mais bon.
C'est malheureusement un livre en pleine actualité.

Editions Mercure de France - 17.50€ - 30 août 2012

Clara la tentatrice - Val est également partagée 

5 octobre 2012

Que nos vies aient l'air d'un film parfait, Carole Fives

quenosvies"Longtemps, j'ai pensé que les autres étaient heureux, qu'ils n'avaient pas de problèmes. Que tout se déroulait facilement pour tout le monde. Je me croyais seule à être mal, je me sentais différente, maudite. C'était très violent. C'est plus tard que j'ai commencé à ouvrir les yeux et à voir que la vie, pour personne, n'était un conte de fées comme je l'avais cru."

Nous sommes en plein dans les années 80, avec la montée de la gauche, les sous-pulls qui grattent, Lio. La vie est en couleurs mais aussi en noir et blanc, et la femme libérée de Cookie Dingler s'invite dans la cour de récréation. Les couples commencent à divorcer. Ils sont encore peu nombreux. La justice prend facilement le parti de la mère lorsque les enfants demandent à rester avec elle. Dans cette histoire, c'est le petit frère qui en fait les frais face à une mère un peu fragile et une famille soudain décomposée...

Caroles Fives nous immerge dans notre enfance avec talent grâce à des petites touches réalistes disséminées ici et là et qui ont tout pour faire l'effet madeleine de Proust désiré. J'ai pour autant eu du mal à adhérer à l'histoire racontée par l'auteure. Je n'ai cessé d'être ici dans le détachement, un écart sans doute lié au style choisi qui ne m'a pas touché, trop léger pour mon goût. Malgré ce bémol, la culpabilité de la grande soeur, et quelques belles phrases, ont su susciter chez moi des frissons d'émotion.
Une lecture en demi-teinte.

Editions Le passage - 14€ - 23 août 2012

Un coup de coeur pour Clara ! - Et pour Cathulu ! -  A lire pour Lucie !

challenge2012

 

 

 

Challenge 1% rentrée littéraire 2012 : 6/7
(clic sur le logo pour plus de détails)

 

14 septembre 2012

Millefeuille, Leslie Kaplan

millefeuille"Je me perds, se répétait Millefeuille, et je ne vais pas faire un jeu de mots stupide, il s'esclaffa, je me perds, je suis père, je suis perdu, il le redit plusieurs fois, je me perds, je suis père, je suis perdu, en riant de plus en plus fort.
En même temps, c'était étrange, il était ragaillardi, et après s'être bagarré avec Richard II, l'histoire, la traduction et le commentaire, il se fit une grande liste d'achats pour le Monoprix et le marché, tout en se félicitant. Toujours bien terminer la journée avec un projet."

Jean-Pierre Millefeuille est un professeur à la retraite, toujours actif, collaborant à des articles de revue et recevant régulièrement dans son appartement près de Montmartre. Cependant, malgré ses bonnes intentions, il apparaît par trop lunatique pour les amis et connaissances qu'il côtoie quotidiennement, car ce vieil homme qui a perdu sa femme il y a une dizaine d'années suit bien souvent le fil de ses envies ou de ses pensées, oubliant des rendez-vous importants ou que l'on compte simplement sur lui. Sa bonne éducation et son sourire attirent les confidences mais Jean-Pierre Millefeuille sent que la vie lui échappe, l'âge venant, alors il cherche à se protéger, maladroitement... derrière les oeuvres de Shakespeare ou la sécurité factice du Monoprix du coin.

Je ne sais pas si vous serez vous aussi séduit(e)s par le personnage de Jean-Pierre Millefeuille mais moi j'ai été très attachée par ce petit livre au charme certain. Il n'y a pas vraiment d'histoire dans ce récit, d'intrigue à proprement parler. Un changement de narrateur dans les premières pages a même tout pour déconcerter. Non, c'est autre chose, comme une occasion de connaître quelqu'un, de près, de faire un tour dans le subconscient d'un être que l'âge commence à étreindre et qui cherche à conserver le contact avec lui-même, tout en s'inquiétant pour les autres, beaucoup et un peu en vain. Nous avançons en fait et surtout de rencontres en rencontres. Et j'ai finalement quitté Jean-Pierre Millefeuille avec regret au terme de ces pages.

Une lecture intime et shakespearienne.

Editions Pol - 16 € - Août 2012

Un grand coup de coeur pour un autre titre Les Amants de Marie qui a l'époque avait voyagé !

challenge2012

 

 

 

 Challenge 1% rentrée littéraire 2012 : 3/7
(clic sur le logo pour plus de détails)

 

7 avril 2012

Plage non surveillée, Isabelle Kreidi

plagenonsurveillée"La vie est une plage non surveillée : on s'y baigne à ses risques et périls [...]."

Alan a le profil idéal sur internet, raffiné, d'âge mûr mais séduisant. Visiblement à l'aise financièrement il inspire confiance. Sa maison, près des rives du lac d'Hossegor accueille donc de temps en temps des jeunes femmes en quête d'amour et d'avenir. Cependant, les prétendantes sont nombreuses et Alan ne semble se décider pour aucune d'entre elles. Louise, la femme de ménage, assiste même à un drôle de défilé de "fiancées". Alors qu'il s'est absenté pour quelques jours, la supercherie est soudain dévoilée, les amoureuses d'Alan se rencontrent. Certaines venaient chez lui depuis très longtemps, mais seulement conviées selon le bon vouloir du maître, persuadées d'être l'élue, en fait corvéables à merci. La solidarité féminine s'organise...

J'ai rencontré l'auteure de ce roman lors du petit salon du livre de mon coin de France... Isabelle Kreidi était l'écrivain inconnue que j'avais décidé de découvrir cette année. Le contact a été très agréable, et souriant. Et ma lecture a été à la hauteur de cet échange.
Plage non surveillée est une oeuvre résolument féminine, qui se lit avec plaisir et rapidement. L'écriture en est maîtrisée et j'en ai aimé l'intrigue originale. C'est un petit roman, sans grande prétention littéraire, parfois caricatural, mais qui contient pourtant de belles pensées et de belles phrases. Il aurait tout à fait sa place dans une collection de Chick litt, tant il égratigne les hommes (le personnage d'Alan étant assez méprisable et incolore) et laisse la part belle aux femmes (toutes sont plutôt belles et intelligentes, quoique naïves).
J'ai passé un joli moment avec ce titre, une petite pause bienvenue de légèreté.

Isabelle Kreidi est également l'auteure de Page blanche (publié en 2011).

Editions Jets d'encre - 17€ - Novembre 2010

2 novembre 2014

Je t'ai perdu si vite

chaussureneige

A peine avant d'avoir commencé

Tu étais blanc comme neige
J'étais déjà tellement abîmée
Tu as su tout de suite
Que c'était fini terminé
A peine avant d'avoir commencé
J'étais si vite perdue
Tu étais à peine né

Je t'ai perdu si vite
Que l'hiver a caché tes dernières traces
Et que même ton ombre a disparu
Sous les premiers flocons

© Les écrits d'Antigone - 2014

24 septembre 2014

T'apprivoiser

pied

Créer des liens. Cette chose trop oubliée. Si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Ce sera le jeu. Bien sûr je te ferai mal. Bien sûr tu me feras mal. Bien sûr nous aurons mal. Mais ça, c’est la condition de l’existence. Si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. De loin, je reconnaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres.

Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Mais toi tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Il brillera comme un soleil.

Il faudra cependant être très patient. Tout d'abord, tu t'assoiras un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près, puis tout à côté.

Se faire présent, c'est prendre le risque de l'absence. Alors, sans doute, je pleurerai.
Mais peu importe le chagrin. J'y gagne. 
A cause du bruit de tes pas qui m'appelleront bientôt, comme une musique.
A cause de la vie, moins monotone. 
A cause de la couleur du blé.

© Les écrits d'Antigone - 2014

Très librement et largement inspiré par Le petit prince de St Exupéry
Mais attention ici les phrases sont mélangées, infidèles. Une petite envie de poser ces mots là, ces mots qui me touchent depuis longtemps, et de me les approprier. Ne vous offusquez pas du sacrilège. ;)

Vous pouvez retrouver le véritable texte, l'original [juste ici]

Et en ce moment, il y a également à lire chez kathel [ce billet là] pour continuer à cultiver son jardin, et à suivre son petit bonhomme de chemin de blog... en toute sérénité. Et puis, je trouve que tout cela est cohérent avec mon petit texte du jour, rédigé il y a quelques temps pourtant.

10 septembre 2014

En cours de lecture...

LEARN TO LOVE

"Si je te raconte ça, c'est parce que le plus grand péché, c'est d'aimer quelqu'un et de ne pas lui dire. Si on se tait, cette personne ne sait pas, en marchant dans la rue ou en entrant dans une pièce remplie d'inconnus, elle ne sait pas qu'elle est aimée. Tu es aimée, et ça ne pourra jamais t'être retiré. Ce n'est pas grand chose. C'est tout ce que j'ai. Peut-être que ça suffit."

Extrait de La Chute des princes de Robert Goolrick ... un roman bien plus intéressant que je ne le pensais (mon billet bientôt)

2 juin 2014

En cours de lecture...

amitie

 "Dans une certaine mesure, je crois qu'il était flagrant que Jack et moi nous aimions. De quelle étoffe cet amour était fait, cela restait à définir. Peut-être était-ce le genre d'amour qu'éprouvent deux Hongrois qui se rencontrent à Hawaii. Ou deux chirurgiens qui viennent de réussir une greffe du coeur. Ou Roméo et Juliette. Ou peut-être ça n'avait aucune importance. Certainement, même. Ca n'avait pas de nom, probablement pas de but non plus. C'était un sentiment flou et ni lui ni moi n'y ferions jamais allusion. Je ne m'en souciais pas plus que ça, pour être honnête, mais il y avait quelque chose chez Jack qui justifiait chaque minute passée en sa compagnie. Rien ne le mettait jamais en difficulté : il prenait toutes les complexités que vous lui soumettiez et les réduisait à néant. Il montrait l'idiote en vous sans jamais vous traiter d'idiote. Avec lui, il était inutile de combler les silences et, à la fin d'une conversation, vous n'aviez pas l'impression que vous auriez mieux fait de ne pas dire telle ou telle chose."

Extrait de La Ballade d'Hester Day par Mercedes Helnwein chez La Belle Colère

Il est évident que je suis séduite. 

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Les lectures d'Antigone ...
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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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