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Les lectures d'Antigone ...
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Ardoise magique

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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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29 janvier 2008

Les clés

  Assise sur un banc public, son sac à main serré sur ses genoux, elle attendait, le regard dans le vide. Il faisait froid. Et l’automne faisait voler les couleurs chaudes de l’hiver à venir, par grandes rafales poussiéreuses, autour d’elle. Elle ne bougeait pas. Une feuille, au rouge chatoyant, un peu plus  mutine que les autres, en profita pour se déposer délicatement sur son manteau brun, juste à l’emplacement du cœur. Elle frissonna.

De l’autre côté de la rue, là-bas, il y avait cette porte en verre qu’elle n’osait franchir. Elle avait rendez-vous, et elle était en retard. Tout à l’heure, juste à la descente du bus, ses jambes s’étaient dérobées sous elle, elles ne la portaient plus. Alors, elle s’était assise sur ce banc, pour se reposer, et pour réfléchir un peu, tenter de reculer cet instant où le carillon de l’entrée de l’agence immobilière scellerait son destin, pour toujours.

Lui revenaient des images d’elle et de lui dévalant les marches de Montmartre, son rire en cascade, leurs doigts enlacés… Lui revenaient des images de bonheur et de déceptions mélangées…

Il ne savait rien de tout cela, ne connaissait pas cet endroit, ni son départ, ni cette petite maison qu’elle s’apprêtait à louer. Il ne savait rien d’elle. C’est pour cela qu’elle le quittait, pour retrouver la liberté de sa solitude, pour éviter de continuer de la partager, avec lui.

Dans un mouvement brusque, elle se décida enfin et se leva. La porte vitrée fit un bruit de carillon lorsqu’elle la poussa, familier, elle était déjà venue. « Bonjour, je suis madame M., je viens chercher mes clés et faire l’état des lieux. Je suis désolée, je suis un peu en retard. »

Le jeune homme qui l’accueilli était celui qui lui avait fait visiter l’endroit il y a quelques jours. A la vue de sa cliente, son visage s’éclaira d’un large sourire, un brin commercial. Elle se demanda si il l’avait aperçu sur son banc tout à l’heure, si il la prenait pour une vieille folle. Son regard ne trahissait rien, ses mains cherchaient fébrilement son dossier. Enfin, avec le même sourire accroché au visage, et un air de victoire adolescent, il lui donna solennellement les clés de la maison.


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31 octobre 2007

Le téléphone pleure...

… et ne sonne jamais pour moi. le_t_l_phone_pleure

Cela fait des mois que je partage cette chambre de neuf mètres carrés avec moi-même. Je ne me supporte plus.

Le soir, lorsque je reviens des cours, et que je ferme la porte, je suis toujours là, au rendez-vous, pour un dîner en tête-à-tête.

Je parviens à repousser de quelques minutes l'échéance de ce moment d'intimité en partant cuisiner dans la salle commune. Là, il faut attendre mon tour, qu'une plaque chauffante se libère pour enfin pouvoir y poser ma casserole d'eau. J'y jetterai ensuite une poignée de pâtes.

J'aime côtoyer les conversations joyeuses des étudiants Erasmus et humer l'odeur épicée de leurs plats exotiques. Je déteste leurs soirées crêpes ou couscous qui m'obligent à monter quatre étages pour utiliser une cuisine isolée.

Lorsque je mange finalement mon plat indigeste, assise sur mon lit, l'appétit s'est depuis longtemps envolé et je reprends le cours de la conversation engagée avec moi-même, ce matin, au petit déjeuner.

Au delà de ma porte, dans le couloir autour duquel se distribuent une dizaine de chambres, se trouve un téléphone. Les appels de l'extérieur y sont transmis jusqu'à 21h30.

Je me dis, en silence, que ce serait bien si ce soir il sonnait, pour moi.

Ce serait bien qu'ILS m'étonnent, qu'ils fassent, pour une fois, cet effort là.

5 janvier 2008

Janvier, le mois des cartes...

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Merci !!!!!!!!!

En janvier, vient également...le mois des galettes, des couronnes et des fèves (qui font des jaloux,...ou pas), des décorations de Noël rangées,...jusqu'à la fin de l'année, et de cette impression étrange, de vide.

Pour nous, plus particulièrement, c'est le mois des réaménagements nécessaires, du classement de la bibliothèque (ouf, enfin, je vais retrouver mes livres !) et des bonnes résolutions...

Allez, 2008 commence en fanfare !!

17 janvier 2008

Le bal, Irène Némirovsky

le_bal

Voici une nouvelle lecture, effectuée dans le cadre de l'

Atelier livres en poche

(Maison Gueffier, La Roche sur Yon)

Résumé (quatrième de couverture) : "Récemment passés de la gêne à l'opulence, M. et Mme Kampf décident de donner un bal. Leur fille Antoinette, qui vient d'avoir quatorze ans, rêverait d'y assister. Mais Mme Kampf, peu soucieuse de présenter à ses admirateurs une fille déjà si grande, oppose un refus formel.

Antoinette ne préméditera pas sa vengeance : elle l'accomplira d'un geste, dans un état second...Elle sera terrible."

Avis d'Antigone : Ce court roman est efficace, et terrifiant. Il m'a fait penser à cette nouvelle de Maupassant "La parure", même si l'intrigue ne se déroule ici, dans le récit de Irène Némirovsky, que sur quelques jours. On y retrouve ce même enchaînement implacable et cet abîme dans laquelle les héros se retrouvent piégés suite à un excès d'orgueil. Ce "bal" a la dimension d'un classique, c'est certain, et il me donne envie de poursuivre ma quête dans les autres titres de cet auteur, que je ne connaissais pas encore !

Extrait"Un bal... Mon dieu, mon dieu, ce serait possible qu'il y eût là, à deux pas d'elle, cette chose splendide qu'elle se représentait vaguement comme un mélange confus de folle musique, de parfums enivrants, de toilettes éclatantes...de paroles amoureuses chuchotées dans un boudoir écarté, obscur et frais comme une alcôve...et qu'elle fût couchée ce soir-là, comme tous les soirs, à neuf heures comme un bébé... Peut-être des hommes qui savaient que les Kampf avaient une fille demanderaient-ils où elle était ; et sa mère répondrait avec son petit rire détestable : "Oh, mais elle dort depuis longtemps, voyons..." Et pourtant qu'est-ce que ça pouvait lui faire qu'Antoinette, elle aussi, eût sa part de bonheur sur cette terre ?... Oh ! mon Dieu, danser une fois, une seule fois, avec une jolie robe, comme une vraie jeune fille, serrée dans des bras d'homme... Elle répéta avec une sorte de hardiesse désespérée en fermant les yeux, comme si elle appuyait sur sa poitrine un revolver chargé :

- Seulement un petit quart d'heure, dis, maman ?"

Avis des autres participants à l'"atelier" (réunion d'hier au soir) : Je n'ai malheureusement pu me rendre à cette réunion, mais parions que les participants n'en ont dit que du bien !

11 janvier 2008

Mal de pierres, Milena Agus

Résumé : Au centre de cette histoire, une héroïne, une jeune Sarde étrange "aux longs cheveux noirs et aux yeux immenses". Célibataire à 30 ans, elle est déjà vieille fille lorsqu'un prétendant un peu plus motivé que les autres parvient à obtenir sa main. Un homme d'autant plus méritant que sa nouvelle épouse est atteinte du «mal de pierres»: des calculs rénaux qui lui interdiraient l'expérience de la maternité. Autour d'elle, donc, plusieurs personnages : son mari, épousé par raison, pour le plus grand bonheur de ses parents, soulagés de cette fille fantasque et rêveuse, un peu folle ; son amant, nommé le "Rescapé", idéal masculin rencontré lors d'une cure et jamais oublié ; ce fils inespéré, seule grossesse qu'elle tiendra jusqu'à son terme ; et cette petite-fille, narratrice du roman, la seule qui permettra à l'héroïne de révéler sa vérité par ce récit plein de tendresse.

Avis d'Antigone : Je me suis un peu ennuyée à la lecture de ce roman. J'aurais aimé, sans doute, plus de rebondissements, de fulgurance, et je suis restée sur ma faim... Malgré tout, il y a de très belles choses dans ce livre, des pudeurs, et des impudeurs, des non-dits, et des hypocrisies, des allers et retours entre aujourd'hui et hier, une belle photographie d'un pan de l'Italie que je ne connaissais pas. Alors ? Je vous l'avoue, je suis passée un peu à côté de ce livre là.

Extrait : "Cette maison n'est pas restée vide, d'autant que nous venons ici, mon fiancé et moi, je pense toujours qu'elle garde l'énergie de grand-mère et que si nous faisons l'amour dans un lit de la rue Manno, dans cet endroit magique où l'on n'entend que la rumeur du port et le cri des mouettes, nous nous aimerons toujours. Car au fond, en amour, il s'agit peut-être au bout du compte de se fier à la magie, on ne peut pas dire qu'on puisse trouver une règle, quelque chose à suivre, pour que tout se passe bien, par exemple obéir à des commandements.

Et au lieu de faire le ménage, de lire les nouvelles sur la situation en Irak avec ces Américains dont on ne comprend pas s'ils sont une armée de libération ou d'occupation, j'ai écrit, sur le cahier que j'ai toujours sur moi, le récit de grand-mère, du Rescapé, de son père, de sa femme, de sa fille, de grand-père, de mes parents, des voisines de la rue Sulis, de mes grands-tantes paternelles et maternelles, de ma grand-mère Lila, de mesdemoiselles Doloretta et Fanni, de la musique, de Cagliari, de Gênes, de Milan, de Gavoi."

Les avis de  Sylire, d'Anne et de Bellesahi (trois avis que je partage) ;

d'Arlette, de Sylvie, de Clarabel et de Cuné (quatre avis plus élogieux).

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3 janvier 2008

La chenille qui fait des trous, Eric Carle

Voici le coup de coeur de Théo (2 ans...et demi !)

Dans la lumière de la lune, un petit oeuf repose sur une feuille. Un beau dimanche matin, le soleil se lève et POP ! une minuscule chenille sort de l'oeuf. Elle a très faim.

Vous me direz, encore une histoire de chenille qui devient un beau papillon ! Et vous aurez raison.

Oui, mais voilà, cette chenille est bien gourmande et fait de véritables trous dans ce bel album (si si !), la coquine. Elle nous apprend même les jours de la semaine, et à compter jusqu'à 5 ! Vous ne me croyez pas ? Et bien, allez voir !!

21 octobre 2007

Secrétaire

secr_taire

Journée de septembre

 

Dans cette pièce exigüe, je suis secrétaire. Sur mon bureau se côtoient crayons, téléphone , ordinateur, fax et dossiers colorés.

 

Efficace, organisée, je trie, je classe, je copie, je cachette.

 

A dix heures, je remplis la cafetière. Ma tasse en main, je fais le tour des bureaux, j'embrasse, je serre des mains, je souris. Je distribue le courrier.

 

 

Dans cette petite pièce, au deuxième étage, j'ai vue sur rien. Moi et la photocopieuse, nous nous entendons bien.

 

Parfois, quelqu'un entre, me parle, crée un bourrage papier, râle et s'en va.

 

Parfois, aussi, quelqu'un s'attarde un peu.

 

 

Dans ce bureau minuscule, j'ai souvent envie de ne plus être secrétaire.

 

Le soir, en tirant la porte, lumières et tiroirs refermés, je reprends mon envol.

 

 

Car, hors de cette pièce, mesdames et messieurs, je suis papillon.

 

28 décembre 2007

J'attends mon tour

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Assise là,

Sur ce banc froid,

J’attends.

Les bras recroquevillés,

Maigre et pâle,

J’attends.

Que l’on vienne me chercher,

Doucement.

Là,

Prendre mes doigts,

M’entraîner,

Dans cette danse folle,

Que je voudrais

Avec vous

Partager.

Et cette musique,

Scintillante,

Qui vient agacer

Mes sens

Et les pores

De ma peau.

J’attends

Mon tour.

J’attends

Que l’on me choisisse

Sur ce banc

Entre toutes.

31 décembre 2007

Bonne année 2008 !

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2007 fut enrichissante, belle et dense, emplie de livres, d'écritures et de rencontres virtuelles ou réelles. Elle fut également, parfois, déconcertante.

J'espère que 2008 sera synonyme pour moi d'heureuses surprises littéraires, de rencontres de plus en plus réelles avec vous, d'inspirations...et de bonheurs de toutes sortes !

Je vous souhaite à vous toutes et tous, surtout, tout ce que vous souhaitez pour cette nouvelle année qui se profile, une santé éclatante, de la joie, de la bonne humeur, de la lecture aussi, des mots et des livres !!

Bises et bonne année 2008 !!!!!!!!!!!

27 décembre 2007

Au bonheur de lire

Quatrième de couverture : "Rousseau fouillant dans la bibliothèque de sa mère, Emma Bovary soupirant à la lecture de Paul et Virginie, la Petite Tailleuse chinoise et ses compagnons sauvés de l'enfer par Balzac, Nathalie Sarraute dévorant Rocambole, Montag, le pompier prêt à tout pour sauver les livres... Que de héros dont la vie a été bouleversée par la lecture de quelques pages !"

Avis d'Antigone : J'ai ressenti quelques désapointements à parcourir ce petit livre : trop d'extraits déjà connus sans doute, et une impression étrange de passer du coq à l'âne, d'un style à l'autre, sans liens. Et pourtant, ce recueil est bien interessant, car il met en lumière cet étrange phénomène qu'est la naissance du plaisir de lire. Chaque lecteur se retrouvera dans une ligne, une phrase, un sentiment, au détour d'une page. Mon bonheur personnel a tout de même été de retrouver, par exemple, ce souvenir de lecture, ce personnage de Montag, dans cet extrait de Farenheit 451, roman d'anticipation qui se déroule dans un monde où l'on brûle les livres...

Extrait : Daniel Pennac, Comme un roman

"Peu d'objets éveillent, comme le livre, le sentiment d'absolue propriété. Tombés entre nos mains, les livres deviennent nos esclaves - esclaves, oui, car de matière vivante, mais esclaves que nul ne songerait à affranchir, car de feuilles mortes. Comme tels, ils subissent les pires traitements, fruits des plus folles amours ou d'affreuses fureurs. Et que je te corne les pages (oh ! quelle blessure, chaque fois, cette vision de la page cornée ! "mais c'est pour savoir où j'en suiiiiiiiis !") et que je te pose ma tasse de café sur la couverture, ces auréoles, ces reliefs de tartine, ces taches d'huile solaire... et que je te laisse un peu partout l'empreinte de mon pouce, celui qui bourre ma pipe pendant que je lis... et cette Pléiade séchant piteusement sur le radiateur après être tombée dans ton bain ("ton bain, ma chérie, mais mon Swift !")... et ces marges griffonnées de commentaires heureusement illisibles, ces paragraphes nimbés de marqueurs fluorescents... ce bouquin définitivement infirme pour être resté une semaine entière ouvert sur la tranche, cet autre prétendument protégé par une immonde couverture de plastique transparent à reflets pétroléens... ce lit disparaissant sous une banquise de livres éparpillés comme des oiseaux morts... cette pile de Folio abandonnés à la moisissure du grenier... ces malheureux livres d'enfance que plus personne ne lit, exilés dans une maison de campagne où plus personne ne va... et tous ces autres sur les quais, bradés aux revendeurs d'esclaves...

Tout, nous faisons tout subir aux livres. Mais c'est la façon dont les autres les malmènent qui seule nous chagrine..."

La lecture de Bellesahi

29 décembre 2007

Fragile(s)

Résumé : L’histoire du film se déroule dans trois lieux différents. Sara (Sara Martins) se laisse entraîner par Isa, sa colocataire, à Lisbonne pour tromper sa mélancolie. Elle croise Paul (François Berléand), un réalisateur fatigué par son métier et ses échecs. Hélène (Caroline Cellier), la femme de Paul, se retrouve seule pour garder son petit-fils. Suite à un accident, le bébé est emmené à l'hôpital où elle rencontre Vince, un policier venu rendre visite à sa femme dans le coma depuis 7 mois. Nina (Marie Gillain), musicienne dans un groupe de rock, se drogue pour supporter de vivre sans son fils. Elle fait une rencontre improbable avec Yves (Jean-Pierre Darroussin), un pharmacien que la vie n'intéresse plus. Six personnages, vont se croiser, se réunir, s'abandonner, se retrouver alors que rien ne les prédisposait à seulement se parler.

Avis d'Antigone : Le visionnage de ce film m'a fait passer un moment très agréable, même si les critiques que j'ai pu lire à droite à gauche n'ont pas été très favorables à cette histoire de vies qui se croisent et se perdent. J'ai aimé ces personnages, notamment Sara, très bien interprêtée par Sara Martins. François Berléand et Caroline Cellier sont égaux à eux-même et cela reste toujours  un plaisir que de les voir jouer avec talent. Il me reste un petit bémol pour Marie Gillain que j'ai personnellement trouvée peu crédible en junky. Ensuite, il y a cette intrigue, bien ficelée, qui nous amène sur des fausses pistes pour nous lâcher sur une fin que l'on n'attendait pas. Il faut bien dire que j'ai une prédilection pour ce type de films et qu'ici le plaisir reste entier du début à la fin, grâce à des situations parfois cocasses ou graves. A voir !

Bande-annonce :


Fragiles_bande_annonce
envoyé par denis_music

21 décembre 2007

Point presse

Mon regard.

Planté dans le sien.

Ses yeux qui s’affolent.

Notre conversation, anodine.

Gestes du quotidien.

Elle vient, presque tous les jours, parfois seule, parfois accompagnée de ses deux enfants. Elle achète le journal. J’aime faire tinter les pièces de sa monnaie dans sa main tendue, contempler son visage paisible. J’aime la retenir, pour quelques mots, à peine une conversation. Je déteste quand un fâcheux m’empêche de la servir, quand un autre que moi lui rend son sourire.

Elle vient, presque tous les jours, et je me suis habitué à sa présence, à ce quelque chose qui traverse, en filigrane, la texture de nos phrases. Hier, il pleuvait. Elle était là, avec une amie. Elles discutaient dans la file d’attente. Je voyais ses mains s’agiter au rythme de ses lèvres. Le point presse était bondé, les badauds étant venus chercher refuge entre nos murs. Leurs manteaux dégoulinaient sur les couvertures glacées des magazines TV.

Elle vient, presque tous les jours. Hier, j’ai tenu son regard, un peu plus longtemps que d’habitude. Elle a tenu le mien, tout en souriant à son amie. J’ai entendu tous les mots qui sortaient de sa bouche : « Demain, nous partons. Le camion sera plein. Les enfants sont ravis de déménager. » Je lui ai rendu son journal, affreusement froissé, mon numéro de téléphone inscrit en bas de la première page. Elle n’avait rien vu. J’ai regardé son imperméable disparaître au coin de la rue.

pointpresse

14 avril 2008

Un amour d'été

J’ai rencontré Boris il y a aujourd’hui dix ans. espadrilles

Je me souviens très bien de cet été là, du camping foisonnant, de la plage et de cette cuisine improbable, au goût craquant de sable, que nous mijotions en silence, mon amie et moi, sur un réchaud de fortune.

Nous partagions, avec Emeline, pour ces quelques jours de vacances, une tente igloo deux places au confort spartiate. Un rituel journalier s’était vite instauré. Nous prenions notre douche matinale assez tard. Nous laissions l’eau couler longuement sur nos peaux dorées, tout en discutant à travers les parois ajourées des sanitaires désertés. Puis, un petit déjeuner rapide au creux de l’estomac, nous prenions le chemin de sable qui mène à la mer, une simple serviette nouée autour de la taille. Les heures passaient ainsi, lentement, bercées par le rythme régulier des marées.

Les garçons se sont installés près de nous l’après-midi du sixième jour. Très vite, ils nous ont proposé de sortir avec eux, le soir.

Je l’ai trouvé beau, sous la lumière des spots, les lunettes calées sur le haut de sa tête. Il m’a embrassée, longuement, sur le slow lancinant de l’été.

Alors que je regarde le Boris d’aujourd’hui, affalé sur le canapé du salon, alors que je me regarde, moi, avec ce Tee-shirt sale, les cheveux gras, prête à m’élancer aux premiers cris de notre enfant nouveau-né, me vient parfois, furtivement, la pensée de ce qu’il serait advenu de moi, si j’avais détourné la tête à ce moment-là, s’il n’était resté…qu’un amour d’été.

15 décembre 2007

Marché de Noël...

...au Logis de la Chabotterie, en pleine campagne, cet après-midi.

  noel_fiche  collage32

Mon appareil numérique n'a enregistré que ces deux photographies là, à droite !?

Je dois avouer qu'il faisait un peu froid et que l'esprit de Noël n'est pas toujours très présent dans ce type de marchés où se retrouvent quelques artisans locaux, mais cela nous a fait du bien... Et puis, il y avait une crèche et de bien jolis ânes... Nous sommes rentrés avec une bougie, un petit pot de miel et de belles images de campagne ensoleillée plein la tête !

5 octobre 2007

Rendez-vous

rendez_vous

J'ai rendez-vous, avec un homme, haut comme deux pommes. Je marche, lentement, dans le couloir qui mène à sa porte. Tout à l'heure, je me suis maquillée, pour être belle, pour lui.
J'ai rendez-vous, avec toi. Je sonne. Bouton numéro un !
" Oui ?"
Je suis désarçonnée, c'est la première fois que je viens.
"Bonjour ! Je suis la maman de Théo !
- Entrez Madame !"
J'ai rendez-vous, avec un homme, avec mon fils.
Hier encore, je te disais bonjour en caressant mon ventre d'un geste devenu familier. Aujourd'hui, pour te voir, je dois prendre deux escaliers, un ascenseur, décliner à un interphone ma si récente fonction de mère et aller te chercher au bout d'une allée, boîte parmi d'autres boîtes.
Je te cherche. Je suis perdue. On m'indique ta place.
Tu as l'air bien, reposé. Ton petit corps est étalé délicatement au milieu d'une couche fermement enroulée. S'il n'y avait ce creux sur ton torse, qui se forme en rythme et parfois s'emballe ! S'il n'y avait tous ces fils !
Je m'assois dans un fauteuil à côté de toi, fatiguée, mal à l'aise dans la blouse que l'on doit porter pour entrer ici.
Des courbes de couleurs sur l'écran au-dessus de ton igloo semblent mesurer des données que je ne comprends pas.
Ce matin, on t'a donné 48 heures !
Respire !

12 décembre 2007

Mademoiselle parapluie

Mademoiselle Parapluie habite une ville où tous les jours sont gris. Elle vend des fleurs, place du brouillard. Mais dans sa robe de chiffon, elle a le cafard, elle broie du noir. Ses joues sont pâles, ses fleurs se fanent et les passants n'en veulent plus. Par un jour de tempête, le monde se renverse... Et Mademoiselle Parapluie est emportée par le vent à l'autre bout du monde, où l'attend un charmeur d'oiseaux... Quelques mots doux et une valse à trois temps, la demoiselle reprend couleur et sourire. Rêve d'ailleurs, rêve de toujours...

Une bien belle histoire écrite avec des mots fins, délicats. Des pages superbes, aux dessins poétiques, comme des collages, emplis de vent et d'amour. Mes deux enfants ont aimé ces belles pages et ont été happé par la magie du récit. Un très bel album, très esthétique !

Au premier temps de la valse, elle a souri. Au deuxième temps, elle a frémi...

12 décembre 2007

Sur six fragments de Novalis (extrait), Bernard Delvaille

_toile VI - La poésie est le réel absolu. Ceci est le noyau de ma philosophie. D'autant plus poétique, d'autant plus vrai. NOVALIS

Ce caillou au bord de la mer, ce brin d'herbe que tu mords, autant de poèmes. Et ton corps est une ode livrée aux vents marins. Seul, le poème est réel : c'est-à-dire que j'ai créé en le nommant. Tu dis un mot et tu engendres le monde. Une étoile existe que si tu la murmures à mon oreille. Plus tu rêves, et plus la réalité apparaît.

(Tout Objet aimé est le Centre d'un Paradis, éd. Millas-Martin, 1958)

2 décembre 2007

Angel

Résumé : Nous sommes en Angleterre, en 1905. Angel Deverell, jeune écrivain prodige connaît une ascension fulgurante. Elle réalise alors tous ses désirs d'enfant : succès, gloire et amour. Elle apprendra finalement, malgré elle, que la vie n'est pas un rêve...

Avis d'Antigone : Que ce film est étrange, décalé et kitsh ! Et pourtant, malgré quelques longueurs, ce fut un réel plaisir que de le visionner. Il est à prendre absolument au second degré, il a indubitablement des faux airs d'Autant en emporte le vent, et vous laissera quelques impressions de déjà-vu, souvenirs de grandes sagas passées en boucle lors d'anciennes vacances de Noël, depuis longtemps oubliées. A voir, comme une curiosité ! Mais ne vous y trompez pas, voici du grand n'importe-quoi agrémenté d'une bonne dose d'humour.

La bande annonce :


Angel (de Francois Ozon) bande-annonce
envoyé par CommeDesAnges

6 décembre 2007

Pluie

Deux amants courent sous la pluie battante, enlacés.

On s’attend à ce qu’ils s’embrassent, sous un porche voisin, bien abrités, comme dans ces vieux films romantiques, à l’image lente et épurée.

Deux fragiles silhouettes courent sur les pavés luisants.

Ils pourraient tomber. La femme s’accroche au bras de l’homme. Ses talons hauts glissent. Ils s’arrêtent un instant. Elle se penche, tout le corps plié, et enlève ses chaussures, qu’elle tient à présent par la bride croisée.

Et la pluie, toujours, qui ne cesse de se déverser sur eux, sur nous, et sur la ville, sombre et embuée.

Deux imperméables foncés, serrés l’un contre l’autre, courent dans les ruelles obscures, bien mal éclairées.

Les escarpins brillent, par intermittence, au bout du bras de la jeune femme, en rythme,  balancés.

Un néon clignote dans la nuit, éclairant les façades des immeubles accolés.

Le couple ralentit, il semble épuisé. Derrière une lucarne vitrée, une femme entre deux âges leur tend deux tickets carrés, jetant un regard méprisant sur leurs deux visages ravagés.

Ils sont en retard. La séance est commencée.

pluie

1 décembre 2007

Une étoile - un enfant - un cadeau

actu2bis (Cliquer ici pour plus d'informations)

Aujourd'hui est le premier jour de l'avent, les enfants ont ouvert la première petite case de leur calendrier. Ils savent que le numéro 24, là tout en bas, cache la perspective de nombreux cadeaux sous le sapin décoré, le 25 au matin.

Aujourd'hui, je voulais relayer cette initiative de Fnac Eveil et Jeux, en association avec "Un regard, un enfant". Voici donc :

Du 1er Novembre au 15 décembre 2007 : chaque enfant qui le souhaite, crée son étoile de Noël (en papier, en carton, ou autre...) et la décore à son goût...Il la remet à Fnac éveil et Jeux : soit en magasin, soit par courrier à Fnac Eveil et Jeux "Opération : Mon étoile est ton cadeau"/2 rue Alfred de Vigny/78112 Fourqueux). Il s'agit de noter au dos de la réalisation, les coordonnées de l'enfant donneur d'étoile.

Pour chaque don d'étoile, Fnac Eveil et Jeux en association avec SolidarCité s'engage à faire le don d'un cadeau aux enfants défavorisés, au bénéfice de l'association "Un regard, un enfant". Le nombre total d'étoiles reçues sera officiellement annoncé sur le site fnaceveiletjeux.com le 15 décembre ! Le nombre équivalent de cadeaux sera remis très vite aux associations partenaires afin d'en assurer la distribution complète avant le 24 décembre !

Une belle idée, non ? Allez...du papier, quelques crayons, une enveloppe, un timbre, et hop ! C'est fait.

3 décembre 2007

Parfum d'ailleurs

Je suis reine d’un royaume, merveilleux de beauté,

mon palais est de papier.

asie

Derrière les murs éphémères de ma fragile maison,

déambulent les ombres de suivantes affairées, graciles et muettes.

Dans un coin de ma mémoire, chante une musique d’enfance,

de rires partagés, de clochettes agitées, de claquements de semelles.

C’est une boite de Pandore que j’aime à ouvrir, à l’occasion, dans le secret de mon âme.

Nul ne peut s’en douter.

Je suis reine d’un royaume, que je ne connais pas.

Entourée de soieries, de parfums précieux, comblée de lourde féminité,

j’aime quand mon époux, le roi, me conte ses exploits, ses épopées du dehors.

Hier au soir, j’ai dérobé, sur son manteau, accroché,

le délicat feuillage d’une brindille pâle,

et l’ai enfoui, précipitamment, parmi mes écharpes soyeuses.

Un jour, sans aucun doute, glisseront ensemble

les multiples panneaux de cette prison dorée.

Le vent du matin, surpris de cette opportunité, s’engouffrera,

les prendra à revers, les soulèvera d’un simple souffle d’air,

pour les faire s’envoler, gracieusement,

tels des pétales légers,

de fleurs de cerisiers.

29 novembre 2007

Le magasin de musique

Quinze jours que je passe devant cette vitrine, tous les midi.musique

            Elle est toujours là, à l’intérieur, assise sur son tabouret haut, à grignoter un sandwich, le regard dans le vide. Elle vend des instruments de musique, des petits, des gros, des à vent, à cordes, à percussion.

            Je suppose que, d’ordinaire, elle accueille le client avec un grand sourire sérieux, qu’elle époussette consciencieusement avec un chiffon doux le lourd piano rutilant, ou qu’elle classe les partitions sur le présentoir du fond. Je suppose…je n’en sais rien. A l’heure du déjeuner, le petit panneau de l’entrée retourné, le magasin sombre dans l’obscurité, il est fermé. C’est alors que je passe, et que je la vois, dans son intimité secrète, dans sa fausse invisibilité.

            Quinze jours que je passe devant cette vitrine…mais demain je rentrerai, je franchirai ce seuil. J’ai pris mon après-midi. Je me suis renseigné. J’ai entendu sa voix fine au bout du fil. Je n’ai pas le choix, si je veux la voir, et la revoir encore ! Le Bonheur n’a pas de prix. J’ai vendu ma voiture, j’ai réservé le grand piano noir. Depuis, je me déplace à pieds.

            Elle m’a promis, que pour le montant payé, elle m’assurerait des accordements réguliers, à mon domicile. Demain, le piano me sera livré, elle touchera de son regard les objets de mon quotidien.

        J’oserai la courtiser.

27 novembre 2007

Adieu

Je navigue, entre toi et le ciel, par delà les nuages, au dessus des possibles.

Mon ami, je m’en vais, sans espoir de retour.

A l’aube du plus jamais, j’embrasse ton âme de mes lèvres écarlates et je serre ta vie contre mon corps froid.

Avant que de partir, je dépose ça et là, des cadeaux de bonheur, des surprises parfumées de moi, que tu découvriras, les jours vides de couleurs.

Entends-tu le bruissement de mes ailes, lorsque le soir tombe, et que tu restes assis, rêveur, sur la terrasse de notre pavillon ?

Ils m’ont fait cet honneur charmant, de me doter de grâce.

Mon ami, je m’en vais…

Ecoute ! Elle sonne à ta porte.

Va ! Elle t’attend.

Ne la fais pas languir,

Celle qui saura, à présent

Bien mieux que je ne peux,

Te recueillir.

adieu

26 novembre 2007

Au café

Je l'attends, dans ce café.aucaf_

Derrière les fenêtres embuées, je vois défiler les ombres des passants affairés, par grappes. Les aiguilles de l’horloge, au dessus du comptoir, avancent doucement dans le brouhaha ambiant. Il sera bientôt quinze heures. Elle ne va plus tarder.

Je l’attends. Je m’installe un peu plus confortablement sur ma banquette en moleskine marron, de celles qui craquent sous le poids lorsque l’on s’assoit. Je m’inquiète.

La voilà ! Elle passe les portes battantes avec son sourire triste, celui que je rêve d’embrasser. Elle vient vers moi et se glisse rapidement sur la banquette d’en face, sa place habituelle.

Le visage levé, elle essaye d’attirer l’attention du serveur, il ne la remarque pas. Son regard me traverse alors. Elle retire son écharpe. Je lui souris. Elle esquisse un haussement d’épaule, je la sens s’apaiser.

Le serveur approche enfin. Elle lui commande un café, serré.

Et c’est pour ce moment là que je l’aime, pour cet instant où, sa tasse fumante à ses côtés, elle se sentira assez confiante pour sortir un livre épais de sa besace usée, pour craquer sa tranche, sans vergogne, et se plonger dans sa lecture.

Pour elle, je n’existe pas.

Le soir venu, pourtant, dans l’obscurité de sa chambre, elle me murmure des suppliques, presque sans y croire.

Je l’aime, sans espoir, mais je suis, et je resterai, pour toujours, son ange gardien.

23 novembre 2007

Peur

J’ai dormi. Trop longtemps. Je le sais. La lumière du jour passe par l’interstice des volets. Ce n’est pas normal. Ce silence.

Pourquoi mon mari n’est-il pas venu me réveiller ? Pourquoi ma fille n’est-elle pas apparue encore pour sauter sur mon lit en criant « Maman ! C’est l’heure ! » ? Il est vrai que le dimanche, habituellement, ils me laissent dormir un peu plus, ces deux lève-tôt. Puis, ils viennent me trouver, en riant.

Ce silence.

Je me penche. Je cherche le réveil. Dix heures du matin. J’attrape un gilet, je descends. Ils ne sont nulle part. Leur manteaux et chaussures ont disparus.

Et là, soudain, au milieu du salon, brutalement, la peur me prend, toute entière. Je me dis qu’il est parti, avec elle, qu’ils ne reviendront plus. Je cherche dans la maison des signes de cette fuite. J’ai de l’eau au bord des yeux.

Ma tasse est sortie sur la table du petit déjeuner, seule. Aucune trace. Tout est en ordre, trop en ordre.

Un dessin posé sur mon ordinateur m’arrache le cœur. Je fonds en larmes.

Tout à coup, des coups frappés à la porte me font sursauter. J’ouvre, hésitante.

Ma fille se tient devant moi, un énorme bouquet de fleurs dans les bras, souriante. Mon mari, derrière elle, regarde mes yeux gonflés, étonné.

« Bonne fête maman ! »

Je suis stupide. J’avais oublié.

peur

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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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