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Les lectures d'Antigone ...
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Ardoise magique

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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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28 janvier 2009

Le géant de Zéralda, Tomi Ungerer

Que faire pour qu'un ogre cesse de dévorer les enfants ? Lui préparer des repas délicieux chaque jour, bien sûr ! C'est ce que fait la petite Zéralda du haut de ses six ans...

leg_antdez_raldaVoici l'album de janvier du programme Kilimax, auquel nous sommes abonnés cette année.

J'ai encore une fois questionné ma grande fille sur ses impressions de lecture.

De quoi parle cet album ?
D'un ogre et d'une petite fille qui s'appelle Zéralda. L'ogre voulait manger la petite fille mais il n'a pas réussi car Zéralda sait faire la cuisine.

As-tu aimé ?
L'histoire est difficile à lire mais elle est bien. Ca fait un petit peu peur au début avec le couteau plein de sang. Je croyais que c'était l'histoire d'un ogre mais c'est marqué "géant". Ce qui m'a marqué, ce sont les enfants qui sont cachés et une petite fille dans une boîte.emmalit

Mon avis de grande personne : Ce conte de Tomi Ungerer est digne des plus grands contes traditionnels. Seule sa fin est un peu surprenante et moderne, amusante même. Un ogre qui se transforme en prince charmant, ce n'est pas si courant !! Mes petits lecteurs ont été impressionnés par les images des villageois effrayés et de leurs enfants cachés sous terre. Encore une fois, une bien belle découverte !

"Si j'ai conçu des livres d'enfants, c'était d'une part pour amuser l'enfant que je suis, et d'autre part pour choquer, pour faire sauter à la dynamique les tabous, mettre les normes à l'envers : brigands et ogres convertis, animaux de réputation contestable réhabilités... Ce sont des livres subversifs, néammoins positifs." Tomi Ungerer

Le site de Tomi Ungerer

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6 avril 2009

Dernier bilan...

...de mes lectures pour ELLE. Ta dam !! Mais à qui va donc mon prix ?
Suspens... Pronostiquons...pronostiquons...

Voici ci-dessous les livres qui, pour moi, ont fait toute la différence, en toute subjectivité cela s'entend. (dans l'attente des véritables résultats officiels) :

Catégorie Roman  Catégorie Document    Catégorie Policier

les_d_ferlantes               s_raphine              la_fille_de_carnegie

Il est évident que j'aimerais les voir gagner... Seulement voilà, au cours de l'aventure/marathon que fut ce prix, nous nous sommes toutes rendues compte - je pense - combien nous étions divisées dans nos impressions de lecture, combien nos avis pouvaient être différents, contradictoires, nos emballements parfois solitaires. Alors tout est encore possible, et le mystère des gagnants potentiels reste à ce jour complet.

Et justement, justement, là a été la grande richesse de ces lectures et de ce prix. Nous avons eu la chance d'être plusieures blogueuses à être sélectionnées, et j'ai personnellement beaucoup aimé ces échanges-là, autour de nos lectures communes. Amanda - Anna Blume - Annie - Clochette - Emmyne - Enna, grand merci à vous et heureuse de vous avoir rencontrées virtuellement à cette occasion, en attendant de peut-être vous rencontrer "pour de vrai" en mai, pour les résultats officiels (si je réussis à m'organiser pour m'y rendre, ça a l'air à ce jour plutôt mal parti !!).
[Depuis le 3 avril, existe également un blog spécialement conçu pour nous, mais peut-être est-ce un peu tard, non ?]

Que vous dire de plus sur ce prix ? Vous raconter que le premier paquet que l'on reçoit est une véritable euphorie et que les derniers presque une angoisse. Que pour parler chiffres, j'ai du lire à peu près 29 livres, étalés sur 9 mois, et que ça n'a l'air de rien comme ça mais que lire des livres que l'on n'a pas choisi, n'est pas si évident, que ça n'a rien à voir avec "se faire plaisir", que c'est autre chose, entre souffrance, découverte et enrichissement. Que j'ai appris à regarder où j'en étais en soulevant la tranche des livres (ce que je ne faisais jamais auparavant) et que le milieu dépassé parfois m'encourageait à continuer encore un peu avant d'éteindre la lumière, le soir. Que je les ai trimballé partout, ces bouquins là, et que ce n'était pas toujours très discret, vu leurs épaisseurs. Que je ne pensais pas lire autant de récits de guerre, de luttes et d'histoires de sang, que je ne pensais pas découvrir autant d'univers étrangers à moi jusque là (et là je pense à la littérature policière, que je lis peu d'ordinaire).
Que je suis soulagée d'en avoir terminé, mais que bizarrement je recommencerais bien, là, demain, car je crois y avoir pris goût, malgré tout. Une désintoxication s'impose...comment vais-je survivre à l'absence de gros paquets blancs dans ma boîte aux lettres ?

Dans une vidéo, Jacqueline Gérard, responsable de ce prix, explique qu'une bonne jurée doit être studieuse, régulière, passionnée de lecture, critique... J'ajouterais aussi opiniatre, volontaire et pugnace, le reste étant de la littérature (ah tiens justement !). Bon alors, à qui le tour ? 

22 octobre 2013

Gilgamesh, la quête de l'immortalité ~ traductions de Stephen Mitchell et Aurélien Clause

gilgamesh"Gilgamesh est prodigieux ! Je le considère comme l'une des meilleures choses pouvant arriver à quelqu'un.
Je m'y suis immergé et, à travers ces fragments colossaux, j'ai connu des formes et des mesures qui appartiennent aux plus suprêmes travaux que le Verbe ait jamais produits."
Rainer Maria Rilke

Ce n'est qu'en 1850 que les premiers fragments, de ce qui s'avèrera très vite la première grande oeuvre littéraire de l'humanité, ont été découverts parmi les ruines de Ninive. Les tablettes d'argile cuite sur lesquelles elle a été inscrite en caractères cunéiformes demeurèrent enfouies sous les décombres de cités du Proche-Orient antique pendant deux mille ans. Rainer Maria Rilke fut un des premiers à en reconnaître la véritable valeur littéraire. Le texte n'avait pu être déchiffré et traduit qu'après plusieurs décennies. 

Gilgamesh est l'histoire du roi d'Uruk, tyrannique et indomptable, et de sa rencontre avec son double envoyé par les dieux pour le contrer, Enkidu. Tout d'abord rivaux, il s'éprennent très vite d'amitié. Lancés tous deux à la poursuite d'un dangereux monstre, Humbaba, ils découvrent les plaisirs de la fraternité et les abîmes de la mortalité...

Ce récit mythique dont la nouvelle traduction de Stephen Mitchell a eu à coeur de restituer le souffle épique est véritablement prenant et moderne, accessible, et sensuel. La mythologie étant mon petit pêché mignon, j'ai goûté les péripéties d'une histoire qui rappelle sans peine les voyages d'Ulysse ou même quelques scènes de la Bible. Je ne me souvenais pas avoir déjà parcouru ce texte, j'en connaissais seulement vaguement le sujet. Pendant ma lecture, j'ai beaucoup pensé à ce travail créatif et courageux qu'est la traduction, dont la préface explique d'ailleurs très bien les choix, parfois très audacieux. 
Une lecture riche.

Synchronique éditions (merci !) - 19€ - Sept 2013


"[...] Endiku, tu es beau,
Tu es beau comme un dieu. Pourquoi vagabonder
A travers le désert ? Pourquoi donc vivre en bête ?
Laisse-moi te guider jusqu'aux grands murs d'Uruk,
Jusqu'au temple d'Ishtar, jusqu'au roi Gilgamesh
Qui opresse son peuple avec son arrogance
Et foule aux pieds les siens comme un buffle enragé."

Il comprend tous ces mots et acquiese en silence,
Car au fond de son coeur un désir vient de naître,
Un désir qu'il n'avait jamais connu avant -
Trouver un véritable ami."

3 janvier 2009

Ce que je retiendrai de 2008 ?

...des lectures, des titres LES_ANNEES  les_d_ferlantes  pagano

parmi mes quelques coups de coeur dont vous pouvez retrouver la liste complète ici.

bookfemme

Mais me resteront également des émotions, des découvertes essentielles, ma sélection surprise pour le prix ELLE, un clin d'oeil là, et des rencontres "pour de vrai", toutes si évidentes et si heureuses.

Là, j'en oublie très certainement...

Ah oui, bien sûr, de 2008, je retiendrai encore une fois...une heureuse année bloguesque !!

Merci à vous, d'avoir été là.

5 septembre 2008

Le village de l'Allemand, Boualem Sansal

le_village_de_l_allemandUn journal, un récit, deux frères, les frères Schiller...
Plusieurs lieux, qui semblent se multiplier au fil du récit, mais principalement, un village en Algérie, une cité en lisière de Paris, Auschwitz.
De là vient la force de ce roman, sans doute, mélanger ce qui ne se mélange pas d'ordinaire.

Un jeune homme, Malrich, d'origine algérienne, vit dans une cité lugubre de région parisienne. Son frère aîné vient de se suicider dans son pavillon de banlieue et laisse derrière lui un journal. Dans ce journal Malrich apprend l'assassinat de ses parents dans leur petit village algérien mais aussi le passé de leur père, allemand de naissance. Il comprend ainsi le cheminement de Rachel vers la mort. Abasourdi de douleur, celui-ci s'est jeté sur les traces du passé, découvrant tardivement le rôle de son père dans l'extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale.

Ce récit apparement "basé sur une histoire authentique" remue des thèmes primordiaux - la mort, l'hérédité, le remord, la religion, la guerre. Pourtant, certains parallèles m'ont semblés bien audacieux et quelques bavardages moins passionnants que d'autres.
Voici tout de même un livre que j'ai pris plaisir à lire jusqu'au bout et qui donne sur l'histoire une vision nullement manichéenne, différente de celle dont on a l'habitude, ce qui est loin d'être inutile.

Un extrait (début du roman)...
"Cela fait six mois que Rachel est mort. Il avait trente-trois ans. Un jour, il y a deux années de cela, un truc s'est cassé dans sa tête, il s'est mis à courir entre la France, l'Algérie, l'Allemagne, l'Autriche, la Pologne, la Turquie, l'Egypte. Entre deux voyages, il lisait, il ruminait dans son coin, il écrivait, il délirait. Il a perdu la santé. Puis son travail. Puis la raison. Ophélie l'a quitté. Un soir, il s'est suicidé. C'était le 24 avril de cette année 1996, aux alentours de 23 heures."

bouton3 Note de lecture : 2.5/5

Un livre lu dans le cadre du grand prix des lectrices de BOOKPAGES 2009
Catégorie Roman

ISBN 978-2-07-078685-5 - 17€ - 01/2008

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27 janvier 2009

Où en étais-je ? Philippe Beaussant

OUENETAISJEVoilà un roman (récit ?) qui commence tout innocemment... Un écrivain est assis à sa table de travail, devant sa fenêtre. Devant lui, au delà des carreaux vitrés, se tient la place du village. Soudain, une voiture rouge, incongrue, s'y arrête. L'écrivain, tout à sa concentration artistique, cherche un adjectif à attribuer au véhicule : "galbée" puis "belle Américaine galbée" sont des définitions qui lui viennent finalement à l'esprit... Heureux de sa trouvaille, il reste malgré tout circonspect devant cet engin rutilant, perturbateur de concentration qui gêne son regard. Il n'a qu'une envie, qu'on le laisse tranquillement écrire son livre, peuplé de personnages du XVII ème siècle , tout en continuant de s'inspirer des villageois qu'il observe, et c'est ce qu'il fait...
Mais lorsque la création finit par se mélanger au réel, l'écrivain prend peur !


Ce petit roman est un drôle d'objet, une sorte d'OVNI, un écrit produit entre deux temps, qui parle du temps justement, celui de l'écriture, du temps passé et du temps présent, et de la frontière étroite qui lie le réel à l'imaginaire.
J'en ai aimé la lenteur, le fouillis apparent, la chute. J'ai aimé suivre l'écrivain dans son quotidien d'écrivain, entre inspiration, réflexions et pauses romanesques. J'ai aimé aussi sa manière d'appréhender les figures de son village, les diverses perturbations qui viennent rompre le fil de ses pensées, son imaginaire burlesque. Malgré cela, il m'a manqué peut-être un peu de profondeur pour véritablement en apprécier la teneur sur toute sa longueur, car attention certains virages d'écriture peuvent sembler difficiles à négocier. Allez, soyons honnête, cet écrit m'a tout de même suffisamment intriguée pour désirer lire davantage Philippe Beaussant...

Un extrait...
"Les gens qui ne savent pas ce que c'est qu'écrire un livre disent "il rêve". Ils ont tort.
En musique, on appelle cela une "pause". C'est un moment extraordinaire, dont on ne mesure pas toujours la richesse. Rien ne se passe. Les instruments se sont tus. La chanteuse aussi. Et dans ce silence, dans ce vide, dans cette absence de son, résonnent les notes du dernier accord, qui sont encore présentes - non pas dans l'air, mais dans notre mémoire, durant cette seconde où les sons qui n'existent plus règnent sur ceux qui n'existent pas encore. Aucun instrument, aucune voix ne les a fait entendre, et déjà ils sont présents, aussi réels et aussi vrais que si nos oreilles avaient pu les percevoir. Leur existence est rendue indispensable, nécessaire. Comme si le souvenir du passé engendrait le futur. Comme si ce qui n'existe plus engendrait ce qui n'existe pas. Le silence, c'est l'un des plus étonnants miracles de la musique.
Je rêve, disiez-vous ?
Pardon. Où en étais-je ?
Mais justement... Si un livre, avec ses caractères, ses majuscules, ses italiques, ses paragraphes, pouvait dessiner ce qu'on pense et lui donner tout simplement une forme comme voulut faire jadis Apollinaire, il faudrait que je laisse ici tout simplement une demi-page blanche : la marque d'un vide."

bouton3 Note de lecture : 3.5/5

Merci Clarabel !

8 septembre 2008

Premier bilan

Même si les toutes premières lectures reçues pour le Prix Elle 2009 n'ont pas été totalement enthousiasmantes, à mon goût, voici un petit bilan et un classement provisoire de mes préférences à ce stade des critiques (pour lire les billets, vous pouvez cliquer sur les couvertures) :

Catégorie Roman   Catégorie Document          Catégorie Policier

despapillonssouslapluie         le_ch_teau_de_verre  heart        jusqu___ce_que_mort_s_ensuive 

A présent, je vous dis donc "à suivre"...

Rendez-vous début octobre, ici pour mes prochaines lectures, et dans ELLE pour le résultat des votes du jury d'octobre, dont je fais partie !! (Chouette !) Un extrait ici.

23 août 2008

F comme...

...Faulkner
et cette rencontre, forcément inoubliable, avec Le bruit et la fureur.

                       

Juste un extrait...
"C'est ici que, ce matin, j'avais vu la rivière pour la dernière fois. Ici, à peu près. J'avais la sensation que l'eau était la-bas, au-delà du crépuscule, et que je la sentais. Quand il fleurissait au printemps et qu'il pleuvait l'odeur était partout en temps ordinaire on le remarquait moins mais dès qu'il pleuvait l'odeur s'infiltrait dans toute la maison soit qu'il plût davantage à la tombée du jour soit qu'il y eût quelque chose dans la lumière même mais à cette heure là l'odeur était toujours plus forte si bien que je pensais étendu dans mon lit ça ne cessera donc pas ça ne cessera donc pas. Le courant d'air de la porte sentait l'eau, un souffle humide, continu. Parfois je me faisais dormir en répétant indéfiniment cette phrase et après que le chèvrefeuille y fut intimement mêlé le tout sympbolisa pour moi la nuit et la nervosité il me semblait être étendu ni endormi ni éveillé les regards plongés dans un long corridor où dans le clair-obscur gris toutes les choses stables devenaient paradoxalement imprécises tout ce que j'avais fait n'était plus que des ombres tout ce que j'avais senti souffert affectait des formes étranges et perverses moqueuses sans rapports inhérentes elles-mêmes à ce refus de significations qu'elles eussent dû affirmer pensant que j'étais n'étais pas qui n'était pas n'était pas qui."

Je possède chez moi une très ancienne version poche datée de 1969 dont je vous épargne ici la couverture voyante.

lettre_f Toujours à la poursuite de mon abécédaire admiratif, je vous pose encore une fois cette question essentielle : et vous, à quel auteur pensez-vous ? Les réponses en dessous, en images et en commentaires. Merci et bon samedi !!!

(un article de Sylire en cliquant sur la dernière photo)
 

...

2 août 2008

Pause vacances

Et oui, voilà, c'est mon tour, enfin !

Le mariage d'une amie, quelques jours en Bretagne, et hop je serai de retour dans une quinzaine, avec plein de lectures, peut-être quelques textes, et de l'énergie à revendre.

En attendant, je vous laisse en musique avec une bien jolie chanteuse.
(si vous souhaitez l'écouter, cliquez sur l'image !! Pas de lecteur exportable pour ce titre ?! Exclusivité oblige. Et non, ce n'est pas "Love song")

Prenez soin de vous et à très bientôt !!

22 novembre 2008

Pourquoi en parler ?...

anniversaire ... pfff ! Allez, ce ne sont que quelques rides de plus, et beaucoup, beaucoup de bougies sur le gâteau, et puis d'ailleurs le gâteau n'est plus assez grand, hein, ou bien ce sont les bougies peut-être qui ne sont plus assez nombreuses ? Alors, on triche, on utilise ces bougies d'enfants qui ont déjà servies - si peu - cela fera l'affaire, les enfants seront contents, un 3 jaune et 6 roses, joli assortiment.
C'est amusant, je rentre dans un âge aux chiffres doux, tout en rondeurs... C'est amusant, me voilà surprise de vieillir...

Un peu plus tard.collage69

Il me connaît si bien...

Merci mon chéri !

15 juin 2008

Introspection... en féminité majeure

t_te_bras

Je voudrais que tout soit différent.

Pourtant, je le sais,
si je devais tout recommencer,
si cela était possible,
je referais tout,
exactement comme je l’ai déjà fait :
les mêmes mots, les mêmes rencontres, les mêmes choix.

Et tout serait, à nouveau, comme à présent,
figé, dans un présent inaltérable, imparfait.

Vous ici. Moi là-bas.

30 octobre 2008

I comme...

...John Irving et particulièrement son recueil de nouvelles Les rêves des autres.

LESREVESDESAUTRES

            J'ai choisi cet auteur car il fut une découverte joyeuse dans ma vie de lectrice adolescente. Comme beaucoup d'autres, j'ai plongé avec enthousiasme dans l'univers foisonnant de ses romans, Le monde selon Garp, Une prière pour Owen, etc... J'ai aimé son burlesque et l'imagination débridée dont il faisait preuve.
J'ai une préférence particulière pour ce recueil de nouvelles, plus littéraire peut-être, plus ciselé, plus profond... Je vous le recommande.

Un extrait (début de la nouvelle qui donne son titre au recueil)...
"Fred n'avait pas souvenir d'avoir jamais rêvé la nuit, avant que sa femme le quitte. Et puis il se rappela quelques vagues cauchemars d'enfant, ainsi que certains rêves voluptueux bien spécifiques qu'il avait faits pendant la période, à ses yeux ridiculement courte, allant de la puberté à son mariage avec Gail (il s'était marié jeune). La blessure de ces dix années conjugales sans rêves était encore trop fräîche pour qu'il la sonde profondément, mais il savait en tout cas que de son côté Gail avait rêvé comme une forcenée, toute une série d'aventures, et qu'il s'était réveillé chaque matin intrigué par ce visage mobile et nerveux où il traquait avec un sentiment d'échec la trace de ses secrets nocturnes. Elle ne lui racontait jamais ses rêves ; elle se contentait de lui dire qu'elle en faisait, et qu'elle trouvait bien curieux qu'il n'en fasse pas."

lettre_i

A votre tour, quel auteur vous évoque cette lettre I ? Je parie que vous viennent à l'esprit quelques auteurs asiatiques, non ?
Les réponses ci-dessous en images et en commentaires, comme d'habitude !!! Merci !!

      

  ...

17 mai 2008

Oui, Thomas Bernhard

CRIM0022Que vous dire de cette lecture à part que je ne l'ai pas aimée du tout, qu'elle m'a été pénible, que je me suis même un peu forcée à la terminer (ce qu'il ne faut jamais faire, je sais !).
C'est bien la première fois que je ferme un livre en me demandant si ce que je viens de lire ressemble à quelque chose, si on m'a réellement raconté une histoire.

Oui est un "non-roman", voilà, et je ne sais comment le dire autrement. Quelle déception !

L'histoire...
Le narrateur, qui nous prend à la gorge dès les premières pages, pour un long monologue halluciné, est heureux de rencontrer chez son hôte favori, en fait son agent immobilier, un couple qu'il nomme immédiatement "Les Suisses". Il s'attache particulièrement à l'épouse, nommée par lui "La Persanne", qui accepte de parcourir avec lui les forêts de Mélèzes et qui lui révèle, petit à petit, le pourquoi de leur installation dans cette contrée inhospitalière.

bouton3 Note de lecture :1/5

Quelques petites choses sur cet auteur ici.

Un livre lu dans le cadre de l'Atelier livres en poche  

9 mai 2008

Un petit morceau de fiction...

bookosierT’étreindre plus que tu ne le voudrais - mais seulement en surface – être maligne, éviter le faux-pas qui te rendrait méfiant, réussir à t’embrasser sur les deux joues, bruyamment, esquiver cette main que tu me tends, te rétorquer que nous nous connaissons déjà, depuis tant de temps, que ce serait dommage. Faire semblant.

Apercevoir le sourire réjoui de nos fils sur nos têtes qui se rejoignent, brièvement.

De mon cœur qui bat, de mes doutes, de mes vains espoirs, tu ne sauras rien.

Je me le suis jurée hier au soir. Les choses resteront ainsi, bancales. Tu accompagneras Jules chez moi, ils joueront ensemble. Toi debout sur le seuil de ma maison, tu seras là pour quelques secondes, pour une conversation impersonnelle. Le souvenir de la chaleur de tes joues sur ma peau. Mon regard profitera de ces quelques moments, tendus sur ton départ, pour capter tes yeux, en garder l’empreinte.

Profiter de ta présence, malgré toi, à ton insu. Avoir depuis longtemps maintenant dépassé la honte de cela, de ces émotions que je grappille.

N’être plus qu’attente.

Je referme la porte, doucement, sur ton ombre qui se perd dans le tournant de l’allée. Tu reviendras, tout à l’heure. Je goûte avec délice le plaisir de cette répétition, toi et moi face à face, deux fois dans la même journée.

Pour alibi, une rencontre d’enfants.

Tom et Jules s’amusent bruyamment dans la chambre du fond, leurs rires me parviennent, éclats de peinture colorés qui réchauffent soudain notre maison, bien souvent silencieuse. Ils ont renversé des caisses de jeux, en un sourd grondement profond, écho de tonnerre d’amusements à venir.

Les voitures et Lego ont certainement glissé jusque sous les meubles.

J’imagine facilement le ruissellement des petites pièces, feu d’artifice fracassant, interrompu par des plinthes, couleur terre.

Ce soir, plus tard, j’aiderai Tom à  récupérer les plus récalcitrantes, celles coincées sous la grande armoire aux pieds épais. La joue contre le parquet, le rire au ventre.
Tu seras venu, chez moi, je serai heureuse, soulagée, d’avoir réussi cela, simplement, ta présence.

Depuis le temps que je t’espère.

1 mai 2008

Pauline, Alexandre Dumas

paulineCe récit commence par l'évocation d'une anecdote : Alexandre Dumas effectue un voyage en Suisse et rencontre un ami, Alfred de Nerval, accompagné d'une mystérieuse jeune femme voilée. De fil en aiguille, nous apprenons l'histoire de cette femme, son mariage malheureux avec un homme cachant un secret terrible et cet amour unique, pudique, qui prend racine dans la fuite et s'épanouit dans la confiance.

J'ai tout d'abord cru, dès les premières pages, qu'on nous parlait ici de Gérard de Nerval, mais le personnage de ce roman est bien entendu fictif, et se prénomme Alfred (je suis heureuse d'avoir pour cela choisi la version annotée très intéressante). Une fois dirigée dans la bonne direction, ma lecture a été très plaisante, heureuse finalement, de retrouver, le temps d'un roman, ce style un peu désuet souvent lu auparavant.
Nous connaissons dès les premiers paragraphes l'épilogue de l'histoire : Pauline est morte et Alfred de Nerval souffre encore de la perte de cet amour.
Les différents récits (Alexandre, Alfred de Nerval, Pauline) ménagent tout de même un suspens évident car plusieurs énigmes irrésolues trouvent leur éclaircissement au fur et à mesure des chapitres.
Plusieurs thèmes et situations de Pauline rappellent inmanquablements quelques traits du futur chef-d'oeuvre de l'auteur : Le comte de Monte-Cristo, un de mes romans préférés. On pâlit beaucoup, on s'échange des billets, on parle d'honneur, de vengeance, de secrets, d'amour et de crimes.
Je qualifierai ce roman, considéré comme un roman gothique (mystères, meurtres et châteaux en ruines oblige), et première véritable oeuvre romanesque de l'auteur, de petit régal délicieux et je vous invite à le  découvrir à votre tour !!

Extrait : "Tous deux avions le coeur si plein de nos pensées, que nous demeurâmes ainsi sans nous adresser la parole. J'avais laissé retomber ma tête sur ma poitrine, et je songeais avec étonnement à cette suite d'aventures étranges qui venaient de commencer pour moi, et dont la chaîne allait probablement s'étendre dans l'avenir. Je brûlais de savoir par quelle suite d'évènements la comtesse de Beuzeval, jeune, riche, aimée en apparence de son mari, en était arrivée à attendre, dans un des caveaux d'une abbaye en ruine, la mort à laquelle je l'avais arrachée. Dans quel but et pour quel résultat son mari avait-il fait courir le bruit de sa mort et exposé sur le lit mortuaire une étrangère à sa place ?"

bouton3    Note de lecture : 3/5 (parce que ce n'est tout de même pas Le Comte de Monte-Christo)

Un texte lu dans le cadre du  blogoclub

Les autres avis : Sylire, Lisa (vous y trouverez des liens vers les autres avis de lecture du blogoclub), Karine, Gambadou, Cathe, Jumy, Arlette, Florinette, ...

10 mai 2008

Deux vies plus une

deux_vies_plus_une_imagesfilmEmmanuelle Devos incarne dans "Deux vies plus une" une femme encore jeune, institutrice, mariée et mère d'une grande fille adolescente. Elle étouffe entre les siens et sa mère, très possessive, qui l'appelle sans cesse au téléphone. Et puis, il y a les déjeuners familiaux, les obligations, son métier qui ne la passionne plus, ce sentiment de ne jamais pouvoir être tranquille, seule, même un moment, pour pouvoir écrire ou rêver. Elle note depuis toujours des petites choses insignifiantes, des histoires, dans des carnets ; elle décide un beau jour de s'acheter un  ordinateur, et de les mettre au propre. Sa rencontre avec un jeune éditeur et une auteure qu'elle admire l'encourage à changer de vie...

Voici un DVD, choisi bien au hasard, sans doute un peu pour Emmanuelle Devos, dont j'apprécie souvent la présence... Et bien, je n'ai pas été déçue car voici un film qui parle de nous, enfin de moi, en bref je crois que vous allez vous y retrouver également... Il s'agit donc de l'histoire d'une jeune femme, enfermée dans une vie d'habitude, qui décide un beau jour de penser un peu plus à elle-même, et qui passe tout à coup beaucoup de temps sur son ordinateur à tapoter, devant un mari (Darmon étonnament excellent) bien éberlué par sa transformation et sa soudaine confiance en elle !! Beaucoup de scènes sont très drôles et tendres, presque cultes (j'adore particulièrement la scène de la découverte de l'objet ordinateur - comment ça marche ce truc là ? On appuie sur un bouton et rien ne se passe. ) !!! Un film à voir ! Vous allez aimer ! Une véritable belle surprise.

cinéma image_imagesphoto.jpg Pour voir une bande-annonce, cliquez ici.

5 janvier 2008

La rêveuse d'Ostende, Eric-Emmanuel Schmitt

Résumé : Ce volume contient cinq histoires : La rêveuse d'Ostende, Crime parfait, La guérison, Les mauvaises lectures et la femme au bouquet. Dans La rêveuse d'Ostende, un homme se réfugie dans une ville du Nord pour se remettre d'une rupture sentimentale et se laisse happer par le récit de vie de sa logeuse où se mêlent érotisme, pouvoir et amour passionné. Dans Crime parfait, une femme tue son mari sur un malentendu. Dans La guérison, une infirmière se découvre belle dans les mots d'un malade et se révèle enfin à elle-même. Dans Les mauvaises lectures, un homme qui ne lisait pas de romans se laisse engloutir par un roman policier à l'occasion de vacances, entorse à sa règle qui lui sera fatale ! Dans La femme au bouquet, le narrateur remarque une femme sur la quai d'une gare, elle y attend depuis quinze ans quelqu'un, mais qui ?

Avis d'Antigone : J'ai découvert Eric-Emmanuel Schmitt avec son film, Odette Toulemonde, film que j'ai beaucoup apprécié. Voici donc le premier livre que je lis de cet auteur et je suis un peu mitigée. En effet, je dois dire que ces histoires là m'ont bien embarquée, et que je me suis laissée piéger avec plaisir dans les fausses pistes aménagées. Par contre, il y a ce style qui ne me nourrit pas, et cette impression de "pas assez" que je ne saurais expliquer. Pourtant, ces mots simples sont plutôt efficaces...le décor, les personnages sont là, bien vivants. Alors, je ne sais pas, voilà une lecture que je qualifierais de récréative ! A essayer bien sûr !

Extrait (Les Mauvaises lectures): "-Ne bouge plus, je vais prendre un livre ! s'exclama Sylvie.

Maurice maîtrisa son irritation car il voulait réussir ses vacances ; cependant, en pensée, il fusilla la malheureuse. Se procurer un livre dans un supermarché ! Avait-il, une seule fois en sa vie, acquis un livre, un seul, dans un supermarché ? Un livre, c'était un objet sacré, précieux, dont on découvrait d'abord l'existence au sein d'une liste bibliographique, sur lequel on se renseignait, puis, le cas échéant, qu'on convoitait, dont on écrivait les références sur un papier, qu'on allait chercher ou commander chez un libraire digne de ce nom. En aucun cas, un livre ne se cueillait au milieu des saucisses, des légumes et des lessives.

- Triste époque, murmura-t-il entre ses lèvres."

Le site de l'auteur

Lire l'excellent billet de Laurence sur Biblioblog, et celui de Nicolas, qui m'a donné envie de lire ce livre !!

23 avril 2008

Djinn

angel

Il faut absolument que je pense à changer de lieu…

Le café-restaurant, dans lequel je me rends, chaque jour, aux environs de midi, devient de plus en plus bruyant, et ELLE ne vient plus.

Peu m’importe alors d’observer tous ces gens, leurs assiettes, leurs tasses fumantes, leurs sacs qui bâillent et leurs sales habitudes, si ELLE ne vient plus.

Bien sûr, il me reste encore des détails à chiper ici et là, des petits bonheurs discrets, des incongruités dont je tapisserai les cloisons de ma solitude ce soir. Bien sûr.

Mais je la voudrais, près de moi, telle que je l’ai aperçue la première fois.

Ses ailes brillaient dans la lumière du jour.

Et ELLE était si belle,

avec son sourire d’ange, sa grâce juvénile et sa manière bien à elle de darder sur les amoureux maladroits son regard de feu.

Si j’étais resté silencieux, attentif et patient, ELLE serait toujours présente, à mes côtés, flamboyante.

J’ai tout détruit.

Pour LA séduire, j’ai fait le pitre, l’inspiré, semant dans mon sillage des graines de folie.

Je ne savais pas.

ELLE voulait simplement qu’ils s’embrassent.

ELLE avait tant travaillé pour cela.

Et moi, j’ai tout gâché.
Oh, ELLE a bien eu le loisir de me le reprocher, plus tard. Mais, le mal était fait.

Ils se sont disputés. Les chaises ont grincé bruyamment en traînant sur le parquet…

ELLE, elle voulait qu’ils s’aiment.

Devant leur table vide, dévastée, ELLE a fulminé. Ses yeux ont lancé sur moi des éclairs durs, définitifs, et ELLE est partie dans un grand froissement délicat de plumes et de soie, sans un mot pour ma présence misérable.

Il faut absolument que je pense à changer, aussi, je crois.

24226616

Ce texte a été émis sous l'inspiration de la consigne 67 du site Paroles Plurielles. Il fallait s'inspirer de la photo de café ci-dessus, et de l'incipit suivant : "Il faut absolument que je pense à..."

17 avril 2008

Carton, Serge Joncour

carton

Libraire est un métier à risques. A bien faire, la tétanie s'installe et, du jour au lendemain, l'être de chair se transforme en PLV, en tête de gondole. Sous la pression marketing, la silhouette cannelée devient un auteur qui cartonne. (extrait de la quatrième de couverture)

" - C'est l'histoire d'un libraire dans un hypermarché.
  - Et le carton qu'est-ce qui fout là-dedans ?
  - Et ben, y vend des livres." (Résumé, en préface)

Je me suis braquée dès les premières pages de ce livre...le fait d'avoir été libraire moi-même explique sans doute les quelques détails sur lesquels j'ai un peu tiqué, le bonheur du libraire en hypermarché par exemple, sa léthargie entre autres... Et puis, je n'ai pas compris l'intérêt dramatique de cette transformation d'un être humain en carton, même d'un point de vue métaphorique, même en y cherchant du second degré, même en voulant y trouver de l'absurde bien placé... Dommage ! J'ai bien compris pourtant qu'il s'agissait d'une critique du système "best seller" et j'avais envie de l'aimer ce livre, alors je me suis efforcée de le lire, jusqu'au bout, et puis non, toujours rien, je suis restée jusqu'à la fin sur ma faim.

Heureusement, quelques extraits, franchement intéressants, ont attirés mon attention. Je vous les livre ci-dessous, ils sont très réalistes, loin de l'image "idéale" que l'on peut avoir parfois du métier de libraire, métier dont j'ai malgré cela encore souvent la nostalgie, il faut bien l'avouer :

"Libraire de livres, ça a l'air tout simple comme rayon, d'apparence bien moins sollicitant que le fruits-et-légumes ou que la boucherie, mais c'est sans compter que de nos jours le livre est un produit frais, et qu'on doit lui assurer des rotations assez proches de celles du beurre ou du jambon... En dépit de l'apparence, l'activité de coin-librairiste est complexe, car, en plus d'un certain goût de l'agencement, il faut avoir les nerfs du dos solides, et même des muscles pour manier ces aller et retour de cartons, sachant que le propos général est de faire en sorte qu'il y ait moins de cartons qui repartent qu'il y en a eu d'arrivés."
(et oui être libraire, c'est cela aussi : manutention, gestion des stocks et maitrise de l'art de l'emballage, pour les retours)

"Comme tous les mardi, c'est donc dès huit heures qu'il était là, impeccablement mis, cravaté comme un cadre, glorieux et frais comme un après-rasé. Ah ! quel plaisir que d'entendre un homme parler avec autant d'entrain de ses produits, me certifiant chaque fois que ce coup-ci ce serait le carton garanti, des cartons pour assurer le carton. Le carton, c'était pour lui l'unité de mesure, la valeur-étalon en deçà de laquelle un livre n'était jamais qu'un exemplaire. Une fois qu'il m'avait fait son petit topo, mêlé de chiffrages et de choses et d'autres, sa première manie était de me refuser le café que je lui proposais, trop occupé qu'il était par ses listes, sa deuxième priorité étant de trouver bien vite une prise de téléphone afin d'y raccorder son ordinateur, module à partir duquel tout se décidait en temps réel et non abstrait. Une fois installé, il ne me demandait qu'une chose : l'écouter, et surtout ne plus bouger."
(le "bonheur" des commandes avec les représentants, une vision assez réaliste, surtout en ce qui concerne les gros diffuseurs: il y a les nombreux titres commandés à l'unité, "en office", et les autres ceux qui vont se vendre, qui ont le droit à leur pile, à leur mise en avant, à leur ventes, programmées (?))

"Le ressort de la tension du flux, c'est d'avoir tellement bien identifié les attentes, que le produit se pose là, face au manque, sans même plus le besoin de le préconiser. Du point de vue de la morale, rien n'est pire qu'un produit qui ne se vent pas, rien n'est plus déprimant, et malgré ses prétentions, de ce point de vue le livre n'est guère mieux loti que le biscuit.
En terme d'organisation, mes linéaires ne faisaient jamais que reprendre le vieux principe de l'universelle rotation du monde, un mouvement confondant d'intransigeance et d'obstination, certains diront de manque de souplesse, mais un principe largement éprouvé à ce jour. Dans des sphères aussi rotatisées que les nôtres, tout article ne devrait guère avoir le temps de s'attirer la poussière, et si l'on pose comme principe qu'il est bon que tout produit soit propre et immaculé d'apparence, plutôt que de les épousseter, de les entretenir dans un aspect de fraîcheur, le plus simple était bien qu'ils partent vite avant qu'on les vire.
Pour ma part, ça me rassurait de savoir mes produits propres, d'autant que ce serait trop bête qu'un acheteur se ravise au dernier moment à cause d'une trace de quoi que ce soit sur une couverture ou sur la page de garde. De toute façon, le livre supporte mal la souillure, à moins bien sûr qu'elle procède du parti pris. Le genre littéraire est suffisamment vulnérable pour ne pas avoir à souffrir de trace de quoi que ce soit."

(Ah le stress des badauds à sandwichs ! Ah le stress de la pile "sans retour possible" qui ne descend pas, et nous fait se réveiller la nuit en sueur - mais je m'égare !)

bouton3 Note de lecture : 2/5 (je suis vraiment passée à côté !)

Ce roman est un livrevoyageur gentiment prêté par Goelen.
La lecture, beaucoup plus enthousiaste que la mienne, de Gambadou, et celle, toute en nuances, de Katell.

Le site Myspace de l'auteur et son interview chez AuteurTV

21 mars 2008

Décision

consigne

Nelly est une gentille fille. La plupart du temps, je prends du plaisir à écouter sa conversation. C’est un peu pour cela, il faut bien l’avouer que je passe prendre un café rapide tous les matins dans son bistrot,  avant de monter quatre à quatre les escaliers qui mènent à mon bureau. J’avoue même avoir un léger béguin pour elle. Nous faisons semblant, tous les deux, de croire encore à cette histoire de cafetière en panne qui s’éternise depuis des mois.

Ce matin, son bonjour me laisse pourtant froid. Je n’ai qu’une hâte, que Nelly me laisse seul face à mon expresso. Rebecca a demandé le divorce hier au soir. Pour être juste, elle ne m’a rien demandé, elle a simplement lâché, au dessert : « Ah au fait, Richard, il faut que je te dise, je divorce ! » Bien entendu, j’ai répliqué, je me sentais tout de même un peu concerné. Elle m’a rétorqué que je n’avais rien à dire, que tout s’arrangerait entre avocats, que l’on n’allait tout de même pas se ridiculiser à simuler une passion que l’on ne ressentait plus depuis longtemps l’un pour l’autre. C’est bête, je pensais qu’elle était heureuse ainsi, dans cette douce indifférence conjugale, qu’elle avait un peu recherchée. Le froufrou de ses activités envahissait ma vie depuis tellement d’années que je m’étais habitué à rester au dehors. Je partais tôt, je rentrais tard, je cumulais les dossiers. Depuis hier, l’exclusion était définitive et me donnait un peu le vertige.

Nelly s’est finalement décidée à placer près de ma tasse une soucoupe bleue, transparente. J’ai l’habitude de déposer mes pièces sur le comptoir. Elle s’est déjà éclipsée et me tourne le dos. Sur le blanc du ticket, un numéro de portable. J’observe cette fine statue coquine qu’elle a déposée sur les étagères, derrière le bar. Je décide que je ferais mieux d’oublier les femmes pour quelques temps. Entamer une aventure avec une serveuse de bar serait stupide, je ne suis pas né de la dernière pluie, c’est comme ça qu’on perd un procès.

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Ce texte est ma contribution à la Consigne 65 du site Paroles Plurielles. Il fallait s'inspirer de la photo ci-dessus, et terminer sur cette phrase "c'est comme ça qu'on perd un procès."

24 février 2008

Journal désespéré d'un écrivain raté, Mary Dollinger

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L'histoire : Mary est heureuse, elle a enfin trouvé un éditeur, et elle est prête à tout pour se faire publier, même à signer un contrat participatif... S'intercalent avec son récit, des entretiens imaginaires entre éditeurs pressés et auteurs familiers venant d'un autre siècle.

"Difficile, la condition d'écrivain classique. De nos jours, ni Balzac, ni Stendhal, ni George Sand ne trouveraient forcément grâce aux yeux des éditeurs. Pas plus que tout autre écrivain contemporain..." (extrait de la quatrième de couverture)

Mon avis : Il faut tout d'abord souligner le charme évident de cette petite collection nommée "en attendant le bus" ("Parce que, même si le prochain bus apparaît à l'horizon, il est essentiel et agréable à la fois de pouvoir lire des récits à l'écriture irréprochable."), conçue dans l'esprit des "romans qui se tiennent dans le creux de la main" de Yasunari Kawabata. J'ai apprécié les passages où l'auteur (?) nous dépeint ses démélés avec des éditeurs de seconde zone peu scrupuleux. Par contre, j'ai eu plus de mal avec ces entretiens imaginaires entre auteurs classiques et éditeurs contemporains, auxquels je n'ai pas réussi à adhérer. Peut-être ai-je du mal à désacraliser Flaubert, Hugo, Maupassant, Musset, Proust et les autres ? C'est possible. A lire, donc, en attendant son bus...

Extrait : "L'éditeur croule sous les manuscrits. Par terre, sur les chaises, en haut des placards, sur le rebord des fenêtres, et bien entendu, sur le bureau où il a du mal à s'imposer. Il étouffe, sa respiration est saccadée, il voudrait ouvrir la fenêtre mais cela reste littéralement impossible. Il fouille dans son tiroir, trop petit pour accueillir cette invasion culturelle, cherche un tampon, saisit la première enveloppe à sa portée, et imprime rageusement "retour à l'envoyeur". Il expédie une dizaine de la sorte et appelle sa secrétaire pour qu'elle les emporte, qu'elle les dégage qu'il puisse enfin disposer de quelques centimètres carré de liberté et d'un minimum d'oxygène.

Elle ne les prend pas tous. C'est lourd un manuscrit refusé. Lourd de déceptions et de reproches. Lourd de désespoir. Lourd de peines.

Elle regarde distraitement l'adresse de celui qui se trouve en haut de la pile et lit :

Honoré de Balzac,
1, rue Cassini,
75014 Paris.

Et c'est ainsi, chers lecteurs, que, de nos jours, va le monde de l'édition..."

bouton3  Note de lecture : 2/5

livrevoyageur

Ce livre voyageur a été prêté gentiment par Bellesahi ! Il a fait une halte chez moi, il continue son voyage...

26 février 2008

Les bonnes intentions, Agnès Desarthe

bonnesintentions2

L'histoire : Sonia, enceinte de son premier enfant, emménage dans un appartement sur un grand boulevard parisien. Elle et son mari, architecte, ont eu le coup de foudre pour ce lieu. Candide et optimiste, elle est prête à tout pour s'intégrer, même à participer aux réunions du syndic de l'immeuble. La vie est belle, Sonia continue sa vie de traductrice, et de mère. Elle a à présent deux enfants. Sur le même palier, M Dupotier perd coup sur coup son chien, sa femme et son fils. Il vient, plusieurs fois par jour, frapper à sa porte, en quête de nourriture. Comment laisser un vieil homme mourir de faim à deux pas de chez elle ? Pleine de générosité, Sonia essaye de gérer au mieux ce problème et son inquiétude...

Mon avis: Ce livre se lit très rapidement, avec délectation. Cette petite histoire d'immeuble et de conciergerie vous en rappelera peut-être une autre, plus récente, vue du premier étage. Et pourtant, voici un immeuble gardé par un couple ayant tous les attributs des Ténardier. Le pauvre M Dupotier en fait les frais devant le regard désolé de sa voisine, gentille mais un peu dépassée. Les bonnes intentions ont parfois un effet pervers, Sonia s'en rendra compte assez vite. J'ai passé un bon moment avec ce roman et avec l'écriture alerte d'Agnès Desarthe dont je vais lire avec plaisir d'autres titres !

Un extrait : "C'est la cinquième fois aujourd'hui que M Dupotier vient sonner à ma porte. J'ouvre en réprimant une franche envie de meurtre. Pourquoi s'accroche-t-il ? Il ne lui reste rien. Sa seule occupation consiste à guetter mes heures d'entrée et de sortie, à calquer les gargouillis de son estomac sur mon emploi du temps. M Dupotier a faim. Du matin au soir.
-Vous auriez pas un petit quelque chose ?
Je vais chercher un paquet de biscuits entamé et le lui tends en souriant hypocritement.
- Merci, ma petite Dame, fait-il de sa pauvre voix. Je ne sais pas ce que je ferais sans vous.
Vous crèveriez, pensé-je en secouant la tête, l'air de dire "c'est bien normal, voyons, entre voisins".
Il faudrait que je lui donne autre chose que des gâteaux et du chocolat, autre chose que des quignons de pain et les croissants entamés des enfants. C'est de potage qu'il a besoin, de blanc de poulet, de compote et de laitages frais. Mais si je commence à me laisser aller sur cette pente, je glisserai jusqu'en bas. C'est inévitable. Je l'assiérai à ma table, je l'adopterai. Il reprendra du poil de la bête et me tressera des couronnes de sainte.
Je ne l'autorise jamais à entrer."

bouton3  Note de lecture : 4/5

J'avais déjà lu et beaucoup aimé Mangez-moi.

La Lecture de Florinette sur ce titre.
Lily a lu Agnès Desarthe.

Le blog d'Agnès Desarthe.

22 février 2008

Paradis

Voici la version longue du texte proposé suite à la consigne 64 du site Paroles Plurielles.

Il fallait s'inspirer de la photo ci-dessous et de l'incipit suivant : "Il n'en a parlé à personne..." nouveau2

homme

Il n’en a parlé à personne, pas même à son meilleur ami. Il aurait pu, Samuel aurait compris. Il lui aurait gentiment tapé sur l’épaule, et lui aurait dit : « Vas-y fonce ! ». Il connaît Paul depuis si longtemps…

Non, il a préféré tout organiser dans le plus grand secret. Il a pris rendez-vous avec cette agence qui vend morceaux de terrains en friche, pas de porte improbables et studios d’artistes sous les combles. Il s’est acheté, comme on choisi un livre sur un étal, pour sa quatrième de couverture, son petit coin de paradis.

La photo était prometteuse - quoique un peu floue - un étang, une cabane en bois, quelques arbres torturés, et de l’herbe haute, à foison. Il se voyait déjà, en bras de chemise, la sueur au front, une machette à la main, élaguant cette forêt vierge et le soir, à la lumière tombante, une lampe à pétrole posée sur une table de fortune, admirant son ouvrage, le corps douloureux, la tête vide, vivante et reposée.

Dimanche, c’était décidé, il irait prendre possession des lieux. Sa profession ne lui permettait pas de cumuler les démarches, peu importe. De la même manière qu’il jonglait avec les produits financiers de ses clients, heureux de ses audaces, il avait signé le compromis de vente, séduit par cette photo. Il était sûr de lui, il faisait confiance à son flair.

Ce jeudi soir, tout en enfournant un plat préparé dans son four à micro-ondes, il anticipait déjà son plaisir. Ensuite, oui, le lendemain, c’est certain, il en parlerait à Samuel.

Le jour dit, il pris sa voiture, le coffre plein d’outils flambant neufs. Son désappointement fut à la hauteur de ses espérances, immense. La photo avait été prise judicieusement, occultant la décharge à la droite du terrain, et la route, très passante, qui longeait la clôture, à sa gauche.

Il n’en a parlé à personne, s’est débarrassé de son achat à bas prix, puis s’est mis, fébrilement, à vérifier ses dossiers. Il était tout à coup, beaucoup moins sûr de lui.

Samuel le trouvant pâle, l’invita le week-end suivant à venir dîner chez lui. Il y rencontra Marie. Sa beauté avait un charme certain, un avant-goût merveilleux de paradis.

23 février 2008

Césars 2008

Pour continuer aujourd'hui dans le domaine du cinéma, est-il nécessaire de rappeler qu'hier au soir a eu lieu la 33ème cérémonie des césars ? Quelques films évoqués sur ce blog ont été récompensés. Félicitations à eux !

pers_polis

César du meilleur premier film et de la meilleure adaptation

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu, ce film d'animation, tiré de la BD du même nom,  est à découvrir sans tarder. Marjane Satrapi est montée deux fois sur scène pour chercher son prix. Il est amusant de voir un personnage de papier prendre ainsi vie devant nos yeux...

ensemble_c_est_tout_215710César du meilleur espoir masculin

pour Laurent Stocker, qui joue le rôle du colocataire bègue, Philibert, dans le film adapté du roman de Anna Gavalda, "Ensemble c'est tout". Sociétaire de la comédie française, il a souligné avoir joué avec plaisir ce personnage sauvé par le Théâtre. Un prix mérité, car cet acteur illumine littéralement cette adaptation.

la_vie_des_autres

César du meilleur film étranger

Tout en finesse, justesse et retenue, ce film est un chef d'oeuvre, à voir absolument. Lorsque écrire devient un combat...

JEANNE_MOREAU

César d'honneur

à Jeanne Moreau, pour ses 60 ans de carrière, qui a préféré transmettre son César à l'équipe du film "La Naissance des pieuvres" non récompensée.

Pour lire, ou relire, les articles publiés, vous pouvez cliquer sur les affiches. Si vous voulez connaître le palmarès en entier, cliquez par exemple ici.

De cette soirée, je retiens les points suivants : me reste à voir "La Graine et le Mulet" et éventuellement "le scaphandre et le papillon"... Les autres films récompensés ne me tentent pas. Et là je fais exprès de ne pas parler de "la môme", ou de "un secret", vous avez remarqué ?

19 décembre 2007

Un nouveau monde..., Muriel Kerba

La ville fume, tousse et crache.
Il faut faire quelque chose ! Partir à l'aventure pour dénicher le bon remède, sauver quelques graines de la folie des hommes et qui sait, grâce à elles, faire refleurir la terre entière ?

Un album, optimiste, qui parle de notre monde, de sa pollution, d'une soif de modernité qui saccage tout, des graines d'espoir qu'il suffit de semer pour que la vie reprenne ses droits, partout, même aux milieu de nos villes. En plus, un très beau livre, coloré !! Théo (2 ans) a été subjugué par les images, surtout par un tractopelle aux dents monstrueuses qui mange les arbres. Emma (6 ans) a compris le sens de l'histoire et cela l'a laissé, un instant, bien rêveuse...

Bon mercredi à tous !

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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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