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Les lectures d'Antigone ...
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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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3 mai 2016

Nous dînerons en français, Albena Dimitrova

nousdineronsenfrancais

"Nous vacillons, tous radars coupés."

Alba est admise à l'hôpital du gouvernement bulgare pour une paralysie de la jambe. Là-bas, elle rencontre Guéo, cinquante cinq ans, alors qu'elle n'est encore qu'une adolescente. La complicité est tout de suite évidente, l'attirance physique également, mais guère facile à vivre au grand jour. Alors, Alba emménage avec le fils de Guéo, un compagnon plus conforme, de son âge. Guéo est un membre important du Polituburo. Il doit rendre un rapport que tout le monde attend. il a une femme, une maîtresse officielle, des enfants un peu partout. Mais l'attirance entre les deux amants est trop forte, peu importe les risques encourus, les dommages collatéraux... ils ne peuvent faire autrement que de la vivre passionnément.

Ce premier roman est un récit, écrit en français, qui possède une langue réellement suave et poétique, mais qui peut sembler étrange. En effet, j'ai buté à plusieurs reprises en début de lecture sur quelques phrases incongrues avant de comprendre que c'était là sans doute l'effet de la langue avec accent évoquée en quatrième de couverture, et puis je me suis faite à l'enchevêtrement des mots, et de la chronologie, pour apprécier la sensualité du texte. Il n'est pas si aisé de rentrer dans ce roman, il faut accepter sans préjugés la différence d'âge des protagonistes, ne coller qu'à l'amour improbable qui les rapproche et va accélérer leur perte. Il faut accepter de ne pas toujours savoir à quelle date nous sommes, quelle époque, se laisser porter par un récit désordonné. Mais, ce qui est certain est qu'en toile de fond le communisme vit ses derniers instants, et Alba, réfugiée à Paris, compare le capitalisme faussement libérateur au communisme empêtré dans les contradictions de ses élites. Quelles leçons en tirera donc l'histoire ? Pour les destins particuliers, la vie se charge de faire le tri. Un livre que j'ai refermé encore pleine de cette ambiance, amoureuse et particulière, et au final assez charmée par ma lecture. 

Editions Galaade - 18€ - Septembre 2015 - Merci ma bibli !!

Un roman bouleversant à l'aura politique pour Choco - Un premier roman d'une force incroyable pour Leiloona 

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7 mai 2016

Ahlam, Marc Trevidic

marctrevidic

"Farhat, avec sa chemise à fleurs, droit comme un i sur le pont de son bateau. Farhat toujours là, inchangé, dans un monde qui s'écroule."

Paul débarque un beau jour sur l'archipel de Kerkennah en Tunisie. Il est venu y chercher une paix perdue à Paris. Et le lieu qu'il découvre est un paradis. Cette découverte est un véritable soulagement. Le peintre, très célèbre, a d'ailleurs envie de s'établir quelques temps dans ce lieu qui l'inspire. De plus, il s'est pris d'affection pour un pêcheur, Farhat, et sa famille. A la mort de Nora, l'épouse, très belle femme que Paul aimait en secret, le jeune homme s'occupe de l'éducation des enfants du couple, Issam et Ahlam, doués tous les deux, l'un pour la peinture et l'autre pour la musique. Un rêve émerge, alors que les enfants grandissent, l'idée d'un spectacle qui pourrait leur amener la célébrité et l'aisance financière, la liberté que Nora souhaitait pour les siens. Mais rien ne se passe comme prévu. L'islamisme gagne du terrain en Tunisie. Issam se laisse séduire par le discours radicaliste de Nourdine. Ben Ali est chassé du pouvoir. Ahlam, devenue une belle jeune fille, regarde avec colère et désespoir son frère devenir un fanatique. Elle s'engage avec beaucoup de ferveur pour la démocratie dans la révolution du jasmin. L'affrontement entre l'univers d'Assim et d'Alham sera brutal.

Ahlam commence comme un joli conte, presque un peu candide. Et puis tout à coup tout change, et l'on retrouve ce que le juge Marc Trevidic connaît bien et a déjà beaucoup observé, le terrorisme et ses mécanismes souterrains. Autant j'ai été séduite en début de lecture par l'histoire imaginée par l'auteur, affective et artistique, autant cette deuxième partie, qui coïncide avec la radicalisation d'Issam m'a profondément intéressée, ainsi que tout le contexte de la révolution du jasmin, largement évoquée. Ce premier roman a peut-être quelques défauts, il n'est pas parfait, il pêche parfois par quelques longueurs explicatives et quelques candeurs sentimentales, mais c'est un roman fort, généreux, original, qui donne et promet beaucoup. J'ai aimé la place de l'art dans ce récit, et que la violence n'y soit pas édulcorée mais abordée de manière réaliste. Une lecture très utile, pour savoir et comprendre.

Editions JC Lattès - 19€ - Janvier 2016

Lu dans le cadre du challenge des 68 premières fois... qui met en avant des premiers romans sortis en ce début d'année 2016

68premieresfois

Les autres lectures de la fine équipe... Nicole à moitié convaincue - Instructif et nécessaire pour Joelle - Un coup de coeur pour Céline ! - Instructif et poétique pour Dominique - Agréable à lire pour Anita - Une belle histoire pour Gloria (pas de blog) - Violaine a été surprise - Saisissant pour Nathalie - Plutôt réussi pour Bénédicte !

14 mars 2016

Après le silence, Didier Castino

apreslesilence "Il n'y a plus de règles, plus aucun ordre. Plus personne ne travaille, on se masse autour de l'accident, les ouvriers, les bureaux, les patrons, il y a du sang, il y a la mort."

Louis Catella se raconte à son fils, l'usine, le syndicat, la brutalité du quotidien, le combat, les vacances en famille, ce qui le lie à Rose, aux autres, à lui-même, à ses enfants. La vie est rude, mais sincère. Et puis le 16 juillet 1974, il y a l'accident, et l'arrêt violent d'une vie d'ouvrier qui laisse tout le monde sidéré, et met en lumière l'insécurité qui règne dans ces entreprises là à cette époque là. Le décès de Louis fera exemple, son souvenir sera érigé en légende, Rose restera inconsolable. Alors le plus jeune de ses fils, celui qui a décidé de raconter son père, de le faire parler en inventant sans doute beaucoup, continue le dialogue, s'interroge sur l'héritage qu'il a conservé de ce passé, sur son deuil impossible et sur ses trahisons.

Je n'ai pas continué mon cycle de lectures par un livre très joyeux. Cependant, j'ai beaucoup aimé avec celui-ci rentrer dans l'histoire d'une famille, ouvrière et communiste, militante. Ce roman donne réellement le sentiment d'être convié dans une intimité, comme si nous étions assis nous aussi dans la cuisine des personnages. Nous parcourons sous la plume inventive de Didier Castino plusieurs décennies. Il y a des pages très fortes qui font chavirer le coeur, et d'autres qui interrogent sur l'engagement politique, la croyance, l'utilité des combats. J'ai aimé l'écriture de l'auteur, même si il utilise à foison un tu assez troublant qui ne permet pas toujours de situer le narrateur réel de l'histoire, brouillant sans doute intentionnellement le lecteur, mais troublant aussi un peu la lecture. C'est un livre qui se lit lentement, très riche, à la fois émouvant et détaché, humble et orgueilleux. Un bien intéressant premier roman.

Editions Liana Levi - 18€ - Août 2015 - Merci ma bibli !!

Un billet, beaucoup plus long et complet que le mien, chez Le bruit des livres [clic] 

20 juillet 2015

Voir des baleines, Javier de Isusi

voirdesbaleines

 "Je peux dire en toute franchise que je donnerai n'importe quoi pour ne pas avoir fait ce que j'ai fait."

Je ne parle pas forcément de toutes les BD que je lis... mais cela me semble impossible de ne pas vous présenter celle-ci qui, contrairement à ce que peut laisser penser sa couverture, n'a rien d'un récit maritime, et m'a profondément touchée. Elle raconte la rencontre improbable, dans une prison du sud de la France, entre deux personnages qui n'auraient jamais du se croiser, et surtout sympathiser : Josu, anciennement membre de l'ETA, et Emmanuel, ex-membre du GAL. Un peu plus loin, Anton est tiraillé par les souvenirs de la mort de son père, tué par l'ETA, sa fonction de prêtre, et l'aide que lui réclame sa soeur, enceinte d'un homme marié. Ces trois là vont tisser au fil des années un dialogue riche, apaisant et psychologiquement fort, bouleversant de remise en question. 

J'ai beaucoup aimé cet album, un petit bijou aux pages grises et jaunes, dans lequel on rentre à tâtons mais dont on ne regrette pas du tout la lecture. Vous n'y trouverez pas de baleines, enfin pas vraiment, mais une bien belle histoire... 

Editions Rakham - 22€ - Octobre 2014 - Merci ma bibli !!!

voirdesbaleines1          voirdesbaleines2

26 août 2015

Apprendre à finir, Laurent Mauvignier

apprendreafinir

 "Mais c'était drôle, quand même, la persistance de ça.
Comme si j'avais oublié quelque chose et qu'à le ressentir comme ça, même vaguement, même très légèrement, ça pouvait dire que ça n'avait jamais disparu, que c'était juste caché, un peu enfoui mais pas disparu, non, pas totalement - on ne sait pas ce que ça a de force, tout ce qui fait mal. Et on croit avoir vaincu tout ça parce que juste on n'entend plus le vacarme que ça faisait avant."

C'est comme un seconde chance cet accident, l'opportunité pour elle de rattraper, de donner tout à l'homme qu'elle aime, des fleurs, sa présence, une multitude d'attentions. Il finira bien par s'apercevoir qu'elle s'occupe bien de lui, par ne plus pouvoir se passer d'elle, elle sera patiente. Il a voulu la quitter, elle et ses deux enfants, à cause de cette femme qu'il a rencontré, et puis de l'étouffement. Elle, elle croit à la magie du quotidien, des gestes sans cesse répétés, elle croit à la douceur du cocon qu'elle reforme autour de lui, sur lui, pour qu'il aille mieux. A la maison pour sa convalescence, il se laisse dorloter. Au début, à l'hôpital, il détournait des yeux pleins de colère. Maintenant, il accepte, il progresse pas à pas, sort faire un tour puis revient chez lui, mais pour combien de temps encore ?

Apprendre à finir est la longue plainte amoureuse et douloureuse d'une femme qui lutte comme elle peut pour préserver ce auquel elle tient par dessus tout, sa famille. Elle a décidé de ne pas se laisser faire et de saisir l'opportunité du destin, cet accident, la dépendance de son mari, pour tenter de réparer et de recommencer une relation qui était sur le point de se terminer. Avec une écriture magnifique, toujours sur le qui vive, Laurent Mauvignier décortique l'humiliation, la peine et l'obstination, le courage de cette femme. C'est un récit que l'on ne lit pas avec facilité tant la langue heurte à chaque paragraphe contre quelque chose, une pâleur, un lit défait, une chaise mal rangée. Mais c'est un roman très beau. Quoique éprouvant. Quoique désespéré.

Editions Minuit Poche - 6.50€ - Décembre 2003 - Merci Sophie !! ;)

Bouleversant de justesse et superbe pour Clara LA lectrice de Laurent Mauvignier ! - Le site de l'auteur [clic]

J'ai lu aussi Autour du monde (un coup de coeur !)

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26 novembre 2010

Pluie, Kirsty Gunn

PLUIE"Ni ma mère ni mon père ne sortaient plus pêcher désormais. La pluie venait frapper la tasse en émail avec un infime bruit musical ; la pluie heurtait la tasse, la pluie la remplissait. Goutte après goutte, la pluie. S'il pleuvait suffisamment longtemps la tasse se remplissait à ras bord d'une eau renouvelée. Par delà la rivière la pluie tombait, arrivant de derrière les collines, la pluie. De la pluie dans l'eau, de la pluie sur les feuilles. De la pluie dégouttant des fleurs blanches des arbres à thé, de la pluie dévalant les rigoles boueuses qui sillonnaient la berge, de la pluie sur nos corps. Nous la laissions faire, nous la laissions nous recouvrir, le ciel pouvait pleurer. Mon petit frère renversa la tête en arrière pour offrir son visage aux derniers rayons de lumière et ferma les yeux. Sous l'eau il était transparent."

heart

Pluie, c'est une histoire d'enfants, d'eau, d'été, de lac, et de parents négligents. Quand on a dit cela, on a presque tout dit sur ce roman, on oublie seulement de souligner à quel point le texte - magnifique - est fait de poésie, de matière, de sensations et de vie. Voici le genre d'ouvrage qui a tout d'une révélation inattendue, une de ces pépites que l'on garde quelques temps contre son coeur après lecture, étonnée.
Ensuite, qu'il y soit aussi question d'un petit garçon blond de cinq ans (comme le mien) et d'une grande soeur attentive (comme peut l'être ma grande fille parfois) a sans doute renforcé un certain degré personnel d'attachement, oui sans doute. Mais, en toute objectivité, Pluie, c'est beau, c'est violent (dans tout ce qui est supposé en creux, ce qui n'est qu'effleuré), et c'est écrit avec une plume délicate et forte qui m'a complètement séduite. Voilà tout.

bouton3Note de lecture : coup de coeur ! - Editions Points - 5.50€ - Nov 2005

Ce livre a été lu dans le cadre de l'Atelier Livres en Poche organisé par ma ville... Et ce roman est le choix de Brigitte Giraud, actuellement en résidence. Elle était à l'occasion une lectrice nous présentant un de ses ouvrages fétiches. La première fois qu'elle a découvert ce texte, grâce à une amie (et c'est important, nous a-t-elle dit, la manière dont les livres nous parviennent), elle l'a trouvé essentiellement lumineux, puis de plus en plus terrible à chaque nouvelle lecture. Le groupe de lecteurs rassemblé mercredi soir a été d'ailleurs plutôt enthousiaste, fasciné par la présence constante de l'eau, par la poésie de l'écriture, l'angoisse ressentie (Pluie se dénoue au fil des pages au rythme d'une tragédie) et cette perversion prégnante des adultes de l'histoire.

Il existe un film, Rain, réalisé par Christine Jeffes (2001) qui me semble assez différent du roman (Le lien vers la bande-annonce).
Du même auteur, j'ai lu Le garçon et la mer, qui m'avait bien moins plu.

6 août 2011

L'invitation à la vie conjugale, Angela Huth

invitation_lavieconjugale"La vie de famille lui avait révélé les charmes de la solitude. De petits espaces innocents mais privés sont essentiels à la santé mentale des couples mariés, avait-elle très vite découvert, et elle s'arrangeait  pour que ces parties de sa vie soient tout aussi prioritaires que ses devoirs envers Martin et les enfants."

Comme Frances ne sait trop quoi faire de ses journées, et que son mari est occupé à élaborer des programmes informatiques élaborés, quand il ne passe pas ses nuits à observer les blaireaux de son jardin, le couple a décidé de donner à nouveau une soirée dans leurs propriété. Les invitations sont lancées depuis plusieurs mois. L'organisation minutieuse que cela implique distrait par ailleurs cette femme énergique et désoeuvrée du fait qu'elle ne pourra jamais reconquérir, Ralph, son premier amour. Car ce dernier est obsédé par Ursula, mère de famille et épouse heureuse en ménage.
Rachel, elle, se réfugie des heures dans son lit, pour oublier l'extérieur. Thomas, son mari, infidèle et maladroit n'en devine rien, tout pris qu'il est par son nouvel élan envers une peintre au talent intimidant.
Bill et Mary, eux, savourent la paix de la nature, tout en taisant au fond de leur coeur, les craintes que procure l'âge.
Ce petit monde hétéroclite va se retrouver, le temps d'un bal, une occasion toute trouvée pour redistribuer quelques cartes émotionnelles...

Si vous avez aimé le récit des femmes au foyer désespérées de Rachel Cusk, vous aimerez à coup sûr Angela Huth. Il y a encore ici une description fine des pensées et des gestes du quotidien, ainsi que de nos petites défaites intimes. J'ai particulièrement été touchée par Rachel, cette épouse effacée qui trouve un refuge inattendu dans le cocon de son lit et ce à l'insu de tous, et qui se complait dans ces moments volés... Sinon, on aimerait vieillir, comme vieillissent Mary et Rosie, mais enfin vous verrez, si vous ouvrez ce livre... qui reste au final assez optimiste, ouf tant mieux.
Une lecture agréable et lucide.

bouton3 Je voulais absolument partager avec vous la couverture si délicieusement kitch de mon exemplaire mais vous pouvez trouver ce roman en format poche chez...
Folio - 8.40€ - Mars 2000

Pour Annie, c'est "caustique et très british"Mes_images40

Extrait de ma PAL

19 mars 2012

La page blanche, Boulet et Pénélope Bagieu

LAPAGEBLANCHE"J'ai beau chercher, il n'y a rien. Pas de cause, pas de raison."

Un jeune femme est assise sur un banc. Tout commence là. Elle lève la tête et se demande ce qu'elle fait là, comment elle s'appelle, où elle vit. Tout s'est effacé dans sa tête, plus rien, c'est la page blanche... De pas en pas, enquêtant sur elle-même, Eloïse retrouve son appartement, son travail de vendeuse en librairie, ses amis, les traces de sa famille mais pas qui elle était réellement... Echaffaudant des scénarios plus farfelus les uns que les autres, il faudra bien qu'Eloïse se rende à l'évidence que la vérité est bien plus simple et détestable qu'elle ne le souhaiterait...

Mais que cette BD est bien !! J'ai adoré. Avec intelligence, finesse et humour, les deux créateurs de cet album se sont ligués pour nous dresser un portrait pas très très flatteur des solitudes modernes et de la culture clé en main. J'ai tout aimé, de la noirceur de cette histoire à la fin optimiste et solaire, la réflexion sous-jacente également qui en parcourt les pages. Les dessins de Pénélope Bajieu, remplis de fraîcheur, collent parfaitement au contenu des bulles. Une très bonne surprise, excellente même !! Enthousiasmée, je suis.

heart Editions Delcourt - 22.95€ - 18 janvier 2012 - Merci ma bibli !!!

Vos lectures... Drôle et intelligent pour La Soupière qui vous offre aussi quelques planches - La lecture de George - Celle de Moka - L'irrégulière a adoré aussi !

20 novembre 2011

Les enfants de la veuve, Paula Fox

lesenfantsdelaveuve"Laura lança un sourire radieux à sa fille, et elles étaient alors si près l'une de l'autre que, derrière les lèvres pleines de sa mère, Clara distingua non seulement ses grandes dents légèrement jaunes, mais la salive qui tremblotait sur sa langue. Cette vision intime du corps maternel la stupéfia à tel point qu'elle en oublia une seconde de qui Laura riait."

Laura et Desmond ont décidé de réunir leur proches avant leur départ pour l'Afrique. C'est une tradition, avant chaque départ, ils les réunissent. Il y a là le tendre frère de Laura et excentrique homosexuel Carlos, Peter l'ami éditeur et Clara, la fille de Laura. Le temps d'une soirée, chaque personnalité se jauge et évite de se dévoiler, parlant de tout et de rien, riant sans raison, cherchant le sujet de conversation qui vexera le moins Laura, comme toujours promue reine de la soirée. Desmond se saoule lentement, Laura pérore, Carlos a hâte de partir, Peter est amer et Clara est pleine de terreur... Plane sur l'assistance réunie l'ombre culpabilisante d'Alma, la mère et grand-mère, la veuve, logée dans une maison de retraite dans laquelle elle devient peu à peu un fantôme. Demain, c'est promis, ils lui rendront visite, demain.

J'ai beaucoup aimé ce roman qui exploite avec talent l'art de la confrontation familiale. En 24 heures et à peine trois lieux, on en apprend énormément sur ce qui lient ces gens réunis ici artificiellement. Rancoeurs et jalousies ont la part belle et c'est tant mieux, car on s'en amuse, on attend l'explosion, l'accident, le mot de trop, la faille qui déchirera tous les faux-semblants.  
Une lecture qui a la dimension d'un classique et dont la qualité évidente m'a bluffée.
Parions que ce n'est pas ma dernière lecture de Paula Fox.

Editions Folio - 6.20€ - Avril 2011 - Merci ma bibli !!

Un billet tentateur chez Enfin Livre

15 août 2011

Les cris, Claire Castillon

Tout s'éclaire, je me demande si la lumière ne vient pas de mon oeil.

lescris

"Trahison, déception, suite au chant de l'amour, je savais que ça viendrait. C'est là et ça me soulage. Adam décevra, m'étais-je dit ; c'est fait. Pulvérisée, je cherche à me reconstituer. Intégrale, intègre. Moi seulement, je le veux. Repasser toujours derrière le travail de l'homme. Me remettre. Me suffire."

Il y a rupture, entre Adam et "elle", sans panache, sans éclat. Il y a crise. Adam en profite d'ailleurs pour déclarer qu'il ne sait pas si il l'aimait vraiment elle, ou si c'est la mousse autour d'elle qu'il aimait avant.
Elle, elle est cette femme écrivain, de caractère, à la personnalité socialement intéressante dont il pouvait être fier de tenir le bras.
Elle, elle découvre que l'homme est un objet qu'elle avait longtemps espéré, un passage comme un autre, mais que c'est le monstre textuel (celui qui l'amène à l'écriture) qui vit en elle qui a de l'importance à présent, qui la dirige, qui est sans doute son véritable amant, un amant violent et autoritaire.
De cette rupture naîtra un livre, dans la douleur et la jouissance, elle se le promet.

"Vous n'y pouvez plus rien, dit le monstre textuel, alors laissez-vous faire : j'écris profond en vous ma petite, j'écris comme ça, c'est en vous que j'écris, ne luttez pas."

Attention, chez Claire Castillon, point de bluettes, le ton est aux cris, intérieurs on s'en doute, jetés sur le papier, et à l'écrit (jeu de mots avec le titre ?)... Qui aura le dessus ? Cette faible femme qui vit finalement bien plus mal sa rupture qu'elle ne le clame ou bien le monstre qui vit en elle et qui a décidé de diriger sa main. Il attendait son heure. Nous, on attendra le mot fin pour connaître le vainqueur de cette bataille rangée qui nous donne au passage de bien belles phrases, et tout un tas de pages cornées.
Attention aux coeurs sensibles, vocabulaire évocateur et réglements de compte sont aussi au programme ! 

heart Coup de coeur ! - Edition du Livre de Poche - 6€ - Mai 2011

Explication de texte par l'auteure elle-même en cliquant [ici], émission 1 livre un jour du 22/01/2010...

22 août 2017

Vernon Subutex 1, Virginie Despentes

vernonsubutex

Et voilà, toi aussi tu as succombé à cette couverture beaucoup vue ici et là... et également à cette auteure, cette personne si riche et passionnante qu'est Virginie Despentes. Mais tu ne savais pas encore QUI était réellement Vernon Subutex avant ta lecture. Au début, ce personnage n'est seulement qu'un pauvre type, cinquantenaire, vaguement looser, vaguement rockeur, chômeur, ancien disquaire, ancien homme à femmes, qui peine à payer son loyer... Après avoir vendu toute sa collection de vinyles, les options se font rares pour Vernon. Et depuis qu'Alex, son ex-ami devenu un chanteur à succès est mort, il n'a plus personne pour le tirer d'affaires... C'est donc l'expulsion. Vernon doit trouver des endroits où dormir... Et c'est là que l'histoire démarre vraiment, quand Vernon, tel un spectre, vient hanter un à un les appartements de ses amis, laissant remonter à la surface souvenirs et désirs enfouis. Vernon Subutex endosse malgré lui ce rôle de révélateur, qui ne lui permet pas cependant de rester très longtemps chez chacun. Tout cela est bien précaire, tient sur un fil. Mais son seul bien, des enregistrements/confessions d'Alex qu'il détient sur cassettes, se révèlent intéresser beaucoup plus de personnes qu'il ne pouvait se l'imaginer, et susciter quelques convoitises. On le cherche, tandis que Vernon se perd dans le sexe, la drogue et dans un Paris moderne qui ne fait pas de cadeaux aux distraits... Chaque erreur peut l'amener à la rue. Combien de temps tiendra-t-il dans ce jeu d'équilibriste ? Et toi lectrice, tu es entrée dans ce livre-monde avec beaucoup de plaisir, découvrant à chaque chapitre une nouvelle face de ce kaleidoscope humain créé par Virginie Despentes, des personnages que l'on aime retrouver par hasard au détour d'une rencontre ou d'un accident, tout un panel d'amis que Vernon Subutex ignorait posséder... Les disquaires étaient des êtres populaires, il le découvre petit à petit. Bref, tu as très envie de découvrir le second tome à présent... A suivre.

Le livre de poche - mars 2016

En lecture commune avec Aifelle

30 juillet 2017

La fiancée du facteur, Denis Theriault

lafianceedufacteur

Tu avais été plutôt séduite par ta lecture du Facteur émotif, qui vient tout juste de sortir en format poche... sous une belle couverture jaune (voir ci-dessous), tu as donc été tentée de lire cette suite, qui en réalité n'en est pas vraiment une... Effectivement, dans le premier opus de Denis Theriault, si nous suivions principalement les tribulations de Bilodo, facteur de son état, il s'agit là de retracer exactement la même histoire, mais du point de vue de Tania, son amoureuse transie... Alors, quelle est donc cette histoire ? Bilodo est un facteur rigoureux, qui a pour seul vice de prélever de temps en temps quelques lettres personnelles pour les ouvrir le soir chez lui à la vapeur et les lire dans le secret de son appartement. Les lettres sont remises au courrier dès le lendemain et personne ne peut se rendre compte de cette indélicatesse. Bilodo aime particulièrement lire les missives de Guadeloupe d'une certaine Ségolène. Elle rédige de brefs haïkus pour un poète solitaire, un certain Gaston Grandpré, que Bilodo a aperçu une ou deux fois, un barbu excentrique, toujours vêtu d'un kimono rouge. Mais ce dernier décède subitement lors d'un accident, et Bilodo redoute la fin des lettres de Ségolène. Prendre la place de Grandpré dans cette correspondance apparaît très vite comme LA solution. Cependant, Bilodo doit apprendre à rédiger des haïkus crédibles, et s'attribuer la personnalité et la vie de Grandpré est en passe d'aller un peu trop loin... Tania est donc là, la serveuse du restaurant où les facteurs déjeunent chaque jour, qui surveille, aime en secret le jeune homme et fera tout pour attirer son attention et l'éloigner de Ségolène. Mais manipuler les sentiments de quelqu'un par amour ne donne pas toujours des résultats satisfaisants, Tania va l'apprendre à ses dépends, quand les situations se compliquent et l'assemblage de ses mensonges devient de plus en plus difficile à tenir... Tu n'avais plus tellement de souvenirs de ta lecture du premier opus, deux années sont passées par là, seulement un sentiment poétique qui perdurait depuis. La fiancée du facteur est du même acabit, poétique, douloureusement amoureux et prenant. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu Le facteur émotif pour apprécier cette lecture, et se laisser porter par la poésie des haïkus, l'émoi qu'engendre les amours non réciproques... mais tu regrettes sans doute un peu d'avoir eu le sentiment d'un plat que l'on te ressert, dans une assiette différente. Malgré ce bémol, voici un bien joli moment de lecture, léger, à emporter sur la plage par exemple.

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Editions Anne Carrière - avril 2017

 

 

 

 

 

 

 Editions du livre de poche - mai 2017

24 juillet 2017

La vierge en bleu, Tracy Chevalier ~ Objectif Pal de juillet

laviergeenbleu

Tu as souvent de belles surprises avec tes lectures des Editions du Quai Voltaire... C'est ce qui a donc orienté ton choix de lecture de PAL de ce mois-ci. Et bien t'en a pris, car cette lecture de La Vierge en bleu a été effectivement très agréable. Tu avais déjà beaucoup aimé A l'orée du verger, du même auteur, mais tu as été très surprise que - cette fois-ci - l'intrigue se déroule en France, et en partie de nos jours. En effet, Ella Turner vient de débarquer des Etats-Unis pour s'installer, avec son mari, dans une petite ville de province. Elle ne peut pas exercer son métier de sage-femme ici (il lui faut passer une équivalence) et peine à s'intégrer (la barrière de la langue est trop forte) tandis que Rick s'épanouit dans son nouveau poste. Elle entreprend alors des recherches sur ses ancêtres, encouragée par son professeur de français, afin de se sentir un peu plus chez elle dans ce pays. En effet, avant d'émigrer aux Etats-Unis, sa famille se nommait Tournier, et venait vraisemblablement de ce coin de France, comme le lui apprend un lointain cousin Suisse. La jeune femme est loin d'imaginer à quel point cette quête va bouleverser sa vie… En parallèle, Tracy Chevalier nous conte l'histoire des ancêtres d'Ella, des huguenots à la vie rude, obligés de s'enfuir en pleine guerre de religion, quatre siècles plus tôt, et notamment celle d'Isabelle, à la chevelure flamboyante, prénommée La rousse, et facilement accusée de sorcellerie. Isabelle est fascinée depuis l'enfance par ce bleu associé à la vierge Marie, un bleu interdit parmi les siens, un bleu source de malheur… Et justement, à des siècles de distance, Ella fait de nombreux cauchemars (surtout depuis qu'elle a décidé d'avoir un enfant), où ce bleu est très présent… Et toi lectrice, tu as retrouvé dans ce titre la part de mystère et de féminité que tu avais aimé (par exemple) découvrir dans des lectures telles que Le Coeur cousu de Carole Martinez ou Acquanera de Valentina D'urbano. Et puis, ce titre fourmille de rebondissements assez inattendus et de personnages secondaires attachants, tels que ce bibliothécaire qui se passionne pour la quête d'Ella, et semble tombé sous son charme, ou bien ces cousins suisses qui accueillent la jeune femme quelques temps. Tu as retrouvé également quelques paysages de Lozère, et notamment cette ville de Mende, un peu sombre, et si peu représentative esthétiquement de ce beau département. Une très belle lecture, que tu recommandes chaudement.

Editions du Quai Voltaire - Novembre 2004

objectif pal

18 avril 2017

Nos âmes la nuit, Kent Haruf

nosameslanuit

On se fait parfois de drôles d'idées sur un roman d'après sa couverture... et tu pensais à tort détenir un livre qui enverrait ses personnages sur les routes. Grosse erreur ! Tout était dans le titre. En effet, l'aventure cachée dans Nos âmes la nuit est surtout humaine. Et c'est une bien drôle de proposition que fait Addie, veuve de soixante quinze ans, à Louis (à peu près du même âge), professeur de littérature retraité, que de venir passer de temps en temps la nuit chez elle, dans le même lit, pour discuter, pour ne pas être seule. Ils sont voisins, dans cette petite ville de Holt, où les allées et venues du vieillard vont très vite se remarquer, et choquer la population. Mais que voulez-vous, il faut bien s'occuper, et la vie est bien trop courte pour se préoccuper des commérages. Louis et Addie prennent plaisir à ces moments incongrus, apprennent à mieux se connaître... Mais tout à coup, débarque chez Addie, son petit fils Jamie, dont les parents se sont séparés. Le petit garçon est apeuré et désorganise un peu le duo qui avait trouvé rapidement ses marques. Il s'agit d'apprivoiser l'enfant, avec des câlins d'abord, de l'attention, des bébés souris dans le jardin, et puis par l'arrivée d'un chien... Le trio apprécie la routine qui se met en place, mais tout cela n'est pas vraiment du goût du fils d'Addie, qui pose rapidement des ultimatums... A quel âge s'arrête donc la liberté d'aimer et de vivre ce que l'on veut ? Et toi, lectrice, tu as aimé la douceur des échanges de ces deux êtres sans âge qui chuchotent dans le noir en se tenant parfois la main, les confidences, et ce sentiment fort de liberté qu'ils dégagent, ainsi que l'organisation minutieuse et tranquille de la vie qu'ils partagent. Nous sommes parfois tellement prisonniers des conventions, et du qu'en dira-t-on, de ces peurs qui font tellement de mal et peuvent même parfois briser des vies. Et tu as aimé l'écriture aussi, ces dialogues insérés dans le texte qui sont comme des murmures, ou de la poésie... Tout cela a le mérite de ne pas tomber dans la mèvrerie (ce que tu détestes en général) mais de rester dans le réalisme douloureux du temps qui passe. Un délicieux coup de coeur !!

Editions Robert Laffont - Septembre 2016

Encore un livre gagné chez Jérôme (attention je suis en train d'y prendre goût) !!

Keisha l'a lu aussi

26 février 2017

Ma mémoire est un couteau, Laurie Halse Anderson

mamemoireestuncouteau

Lire Laurie Halse Anderson te fait toujours un bien fou... et agît comme un baume qui aurait le pouvoir de refermer toutes tes plaies encore ouvertes. Et tu ne comprends pas bien pourquoi, comment la magie fonctionne. Ses personnages sont pourtant toujours terriblement cabossés et bien loin de ta réalité... Mais peut-être est-ce ce retour improbable vers l'adolescence qui au détour de quelques phrases te renvoie son miroir ? Et l'humanité qui se dégage de ces récits à la fois éprouvants et combatifs qui t'apaise ? Sans doute. Le personnage de ce nouvel opus, Hayley, a encore une fois sa place dans cette magnifique collection de La belle colère (Et as-tu déjà dit combien tu aimais cette collection qui trône en bonne place sur tes étagères Ikea ?)... L'adolescente a débarqué depuis peu de temps dans cette ville où sa grand-mère possédait une maison. Son père et elle ont déposé leurs bagages là, après avoir sillonné les routes. Andy a décidé que sa fille ferait sa dernière année d'étude avant l'entrée à l'université dans un établissement normal. Malheureusement, Hayley rechigne à s'adapter à son nouvel environnement scolaire et son père, ancien militaire, continue à être hanté par ses démons et ses souvenirs... Et il y a des scènes de violences et de désespoir inouïes qui démontrent combien les dégâts sont importants... Mais il y a aussi Finn, avec son amour et son attention délicate, et Gracie, l'amie fidèle, et une confiance difficile à accorder de nouveau... pour que tout s'arrange, et que l'avenir puisse avoir un sens. Tu as dévoré ce roman, bien au chaud sous ta couette, comme on regarde une série pour adolescents en famille, avec la tête de ses enfants sur ses épaules et un thé fumant qui termine d'infuser sur la table basse, avec apaisement. Laurie Halse Anderson a vraiment une voix particulière, manie l'humour et la sensibilité, sans jamais tomber dans le pathos, mais avec pudeur et ironie. Elle donne envie de ne plus lire que des romans jeune adulte, et de se donner la chance (le courage) de pouvoir, à chaque âge, réinventer sa vie... et toi tu en redemandes.

La belle colère - Février 2017

Mélo l'a lu aussi

2 février 2017

Je dansais, Carole Zalberg

jedansais

Tu ne savais pas qui dansait dans ce livre quand tu as répondu oui... à Carole Zalberg. Mais tu avais lu A défaut d'Amérique, alors tu savais donc déjà (par contre) que tu aimerais l'écriture... Tu ne savais pas non plus que l'on pouvait écrire de nouveau sur l'enfermement, et aussi bien, après le bouleversant et prodigieux Room... mais si. Lorsque tu ouvres les premières pages de Je dansais, tu n'as pas lu la quatrième de couverture, exprès (tu aimes les surprises des premiers mots), et les premières phrases te prennent à la gorge, très vite... Tu reconnais la situation, le duel qui se joue, l'horreur, et cette ambivalence terrible qui lie peu à peu la victime à son bourreau... le vide en soi, la lutte tapie dans le creux du cerveau, l'attente qui s'épuise. Marie, treize ans, a été enlevée et séquestrée. Son ravisseur, brûlé au visage par accident, devenu un monstre, croit avoir reconnu en la petite fille son amour, sa précieuse. Il y a effectivement ce jour où, en le croisant dans la rue, elle n'avait pas baissé son regard devant lui. L'erreur. Il l'a choisie ce jour là, pour ce défi. Avant, Marie dansait, faisait le bonheur de ses parents, un bonheur pourtant si fragile... Lire tout cela, pour toi lectrice, au fur et à mesure des pages, c'est presque laisser couler dans tes veines de l'acide, t'obliger à faire taire la révolte qui sourde en toi, avec le temps qui file, les années qui passent et la résignation... Et Carole Zalberg fait danser sa plume sur cette sensation, te trouble à essayer de comprendre les motivations du bourreau, sa pauvre peine. Elle laisse aussi pénétrer dans son livre les voix de toutes ses jeunes filles qui de par le monde sont en butte à la violence des hommes. Et toi tu as juste envie de crier NON... et lorsque tu fermes ce livre tu sais la trace indélébile, presque la blessure, qu'il a laissée en toi... la force de son frisson.

Editions Grasset - 16 € - Février 2017

Ptitlapin l'a lu aussi

23 novembre 2016

La légèreté, Catherine Meurisse ~ La BD du mercredi

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 "Il me manque quelque chose."

Catherine Meurisse est en retard ce matin du 7 janvier, toute préoccupée par sa relation impossible avec cet homme qui lui manque. Lorsqu'elle débarque à Charlie Hebdo, le drame a déjà commencé, l'inimaginable. Après le choc, il s'agit de continuer à vivre. Mais ce n'est pas si simple, il y a surtout le sentiment d'être morte, elle aussi ce jour là, comme ses amis. Pour continuer, elle traque alors le beau, à Cabourg à la recherche de Marcel Proust, à la campagne, à la Villa Medicis, elle cherche le syndrome de Stendhal. Et elle découvre enfin que la beauté est partout, dans le moindre signe, cette beauté qui sauve, et rend la légèreté de nouveau possible.

Cet album est bien entendu plein d'émotion, mais également d'humour et de grande dignité. La douleur de Catherine Meurisse est intérieure, profonde certes, mais pudiquement mise en avant. Et c'est sa recherche de beauté, de légèreté et de lumière que nous poursuivons surtout. J'ai eu un coup de coeur évident pour cette BD, pour le sujet certes, mais également pour sa mise en page, les dessins, la force de certaines pages. Une lecture... pas aussi légère que le laisse supposer sa couverture.

Editions Dargaud - 19.99€ - Avril 2016 - Merci ma bibli !!!

Lu dans le cadre de la BD du mercredi. Tous les autres liens sont aujourd'hui chez Mo' [clic ici]

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15 septembre 2016

Otages intimes, Jeanne Benameur

otagesintimes "Faut-il accepter qu'il n'y ait aucun refuge ?"

Etienne vient d'être libéré, il avait été pris en otage au cours d'un reportage, il est photographe de guerre. Mais le retour dans le village de son enfance, auprès de sa mère, la reconstruction, ne sont pas si simples. Il ressent le besoin de réunir autour de lui ses amis de toujours, Enzo et Jofranka. Et puis il y a la musique, qui fait le lien et le ramène à la vie. Sa mère joue tous les jours, pour lui. Comprendra-t-il enfin pourquoi il n'a de cesse de partir ? Tout comme son père. Une image l'obsède, la dernière, celle qu'il n'a pas pu prendre avant d'être kidnappé, cette femme qui tentait de sauver sa famille, leur voiture pleine, prête à partir. Et puis il y a Emma, qui ne voulait plus l'attendre et l'a quitté juste avant son dernier départ, et sa lettre aujourd'hui qui ne demande plus rien, qui constate seulement la fin.

Perdu, toujours otage malgré sa libération, Etienne tente de se ressourcer afin de pouvoir de nouveau vivre au monde. Ses amis l'aident, et il comprend peu à peu à quel point nous sommes tous otages de quelque chose, en nous, de nos émotions, de notre histoire, de nos manques, de nos empêchements. J'ai beaucoup aimé lire cet opus de Jeanne Benameur, ces mots qui permettent d'être au plus près des émotions intimes de chacun des protagonistes, de ressentir le présent si fort. C'était un moment particulier que la lecture de ce livre, un moment assez intense, de ceux qui remuent des choses en soi. Une très belle lecture !

Editions Actes Sud - 18.80€ - Août 2015 - Merci à mes prêteurs !!

Ce titre a été beaucoup lu sur la blogosphère - Sa page sur Babelio [clic ici]

 

 

1 novembre 2016

Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary, Philippe Doumenc ~ Et c'est parti pour l'Objectif Pal de Novembre... !!

contreenquete

"Emma Bovary, née Boualt, vingt-cinq ans environ, épouse de M Charles Bovary, officier de santé à Yonville-L'Abbaye (département de la Seine-Inférieure), décédée à Yonville-L'Abbaye, le 24 mars 1846 à deux heures de l'après-midi, par empoisonnement à l'arsenic."

Qui ne connaît pas l'histoire d'Emma Bovary, célèbre personnage de Gustave Flaubert, rongée par l'ennui, ses phantasmes et ses désillusions, et qui décède par empoisonnement à l'arsenic ? Or, l'arsenic, en une seule prise, n'est presque jamais mortel. Une enquête est donc ouverte. Les médecins décèlent des traces de contusions sur le corps autopsié. Deux policiers de Rouen sont dépêchés sur les lieux, les suspects se multiplient... Et si il s'agissait effectivement d'un meurtre ?

Philippe Doumenc a imaginé une suite au roman de Gustave Flaubert. Et même si le lecteur peut être, dans les premières pages, dubitatif sur le procédé, il se laisse très vite prendre au jeu. Gustave Flaubert n'aurait été dans cette histoire qu'un rapporteur romantique et mal informé ? Voilà qui est d'une grande audace. Cette contre-enquête, elle, se base sur les faits, et seulement sur les faits, bien entendu. Et je dois dire que cette démarche étonnante m'a beaucoup amusée, et elle est par ailleurs très prenante, malgré un style qui reste très classique. On retrouve dans ce polar littéraire les personnages du mari Charles, du pharmacien Homais, et aussi Rodolphe l'amant hautain, etc... Philippe Doumenc m'a indubitablement donné envie d'ouvrir de nouveau le roman de Gustave Flaubert pour y repérer les détails cités avec minutie par l'auteur. On y retrouve avec plaisir tout ce qui fait le charme du précédent récit, et c'est un moyen tout trouvé de prolonger la rencontre avec une Emma Bovary décidément bien malheureuse et tourmentée. Un petit opus original qui, à l'instar de son image de couverture, dormait dans ma PAL depuis bien trop longtemps.

Editions Actes Sud Babel - 6.60€ - Janvier 2009

objectif pal

Lu dans le cadre du challenge....

Pour participer vous aussi, voir les autres contributions et en connaître les règles, il suffit de cliquer ici [clic]

Jusqu'à ce soir il y a un jeu sur le blog Lettres exprès

24 septembre 2016

Le Sanglier, Myriam Chirousse ~ Rentrée littéraire 2016

lesanglier

 "C'est l'amour, se dit-elle. Tout ce qui nous arrive, c'est l'amour. Cette absurdité, c'est l'amour."

Christian et Carole doivent aller déjeuner chez Mamivette, la grand-mère de Carole. Nous sommes samedi, le jour où ils quittent le Plateau, ce coin reculé où ils logent, dans une vieille bicoque, pour faire leurs courses dans le grand centre commercial de la ville la plus proche, quand même à deux heures de route. Le réveil a été difficile, la nuit mauvaise, et dès le début tout part de travers. Carole a envie de faire pipi un quart d'heure après leur départ, Christian a peur d'un rien, s'énerve. En revenant sur le parking du centre commercial, Carole constate qu'elle avait mal fermé sa portière de voiture. Cet incident va déclencher chez Christian des réactions incontrôlables. A quel moment Carole a-t-elle donc perdu le fil de cette journée ?

De Myriam Chirousse, j'avais lu avec passion Miel et vin, en son temps un gros coup de coeur de lecture. Il me tardait donc de lire son nouvel opus de rentrée. Et je ne suis pas déçue car encore une fois c'est un gros coup de coeur ! Pourtant, ce titre est très différent de la fresque qu'elle nous avait précédemment donnée à lire. Ici, l'action se déroule sur une journée, nous sommes la plupart du temps dans le huis clos d'une voiture, où se joue un dialogue entre deux personnages. L'espace temps, les lieux, l'atmosphère, tout est très resserré, et je dirais même oppressant. Et c'est là que Myriam Chirousse est talentueuse. Elle nous tient du début à la fin sur la même note aiguë de tension, qui tranche avec la banalité terne d'un samedi ordinaire à courir les magasins. Ne passez pas à côté, ce livre est génial !

Editions Buchet Chastel - 14€ - 25 août 2016

Coup de coeur aussi chez A Bride abattue - A consommer sans modération pour Clara ! - La lecture de Sandrion qui rencontre bientôt l'auteure.

27 août 2016

A la fin le silence, Laurence Tardieu ~ Rentrée littéraire 2016

alafinlesilence

"il m'a fallu tant de temps pour apprendre à vivre avec mon corps combien va-t-il m'en falloir pour apprendre à vivre avec un corps poreux"

Alors que la narratrice s'apprête à se séparer de sa maison d'enfance et à écrire sur elle des pages qui lui permettront d'en commencer le deuil, l'attentat du 7 janvier 2015 est perpétré contre Charlie Hebdo. Comme tout le monde, elle ressent une immense sidération, de la peur, du chagrin, mais surtout l'impression que le monde a pris possession de son corps devenu poreux. Que faire d'autre qu'écrire sur ça, sur la succession des attentats, cette impression que cela ne cessera dorénavant jamais, que le quotidien a soudain changé de visage ? Et puis elle est enceinte, de son troisième enfant, et l'intérieur et l'extérieur se répondent pour chercher un sens au chaos.

Je suis Laurence Tardieu depuis longtemps. Ses mots ont toujours été une source d'interrogation, d'inspiration et d'émotion particulière. J'ai eu la chance de la rencontrer, de l'écouter, et de lui parler. Elle est une personne sensible, lumineuse, impressionnante de douceur naturelle, que l'on a envie de cotoyer plus longuement. J'aime suivre son parcours, être le témoin de son histoire, j'ai aimé la découvrir là dans un moment de tension inhabituel. J'ai été prise par son récit pour ça, pour son regard personnel sur ces évènements dont nous avons tous le souvenir aigu, et pour son désir d'en décortiquer les faits, et l'impact. Il n'est pas toujours facile de trouver le ton juste lorsque l'on a été touché, mais seulement en tant que spectateur impuissant. Le sentiment d'imposture, d'indécence, affleure à chaque mot, et pourtant la douleur est là, réelle, elle est entrée avec la sidération et ne lâchera pas prise si facilement. Mais j'ai surtout été emportée plus loin, comme à chaque fois, par la magie de certaines pages, très belles, qui parlent d'elle et de cette sensibilité particulière que je partage avec elle, celle là même qui nous donne le sentiment d'avancer dans la vie la peau à nue. Combien sommes-nous donc à vivre ainsi ? Ce livre est le récit à la fois intime et universel d'une quête de sérénité, mais également un précieux hymne à la vie.

Editions du Seuil - 16€ - 18 août 2016

laviedevantsoi

La très belle lecture de Leiloona

Un livre acheté chez La Vie devant soi, la très belle librairie indépendante et Nantaise de Charlotte Desmousseaux 76 rue Maréchal Joffre à Nantes. http://www.librairie-laviedevantsoi.fr/ Allez lui rendre une petite visite si vous passez par là.

18 août 2016

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue ~ Rentrée littéraire 2016

voici venir les rêveurs

"Quels étaient ses choix ? Que faire pour rester ? Rien, sauf implorer la clémence du juge, lui avait dit Boubacar."

Jende et Neni sont prêts à pas mal de sacrifices pour pouvoir rester en Amérique. Venus du Cameroun avec un visa pour trois mois, leur rêve est d'obtenir la Green Card et d'offrir à leur fils Liomi un avenir. Jende trouve finalement un travail de chauffeur chez les Edwards, tandis que Neni entreprend des études avec brio et ténacité, son objectif étant de devenir pharmacienne. Les Edwards, les employeurs de Jende, s'avèrent généreux et agréables. Une complicité particulière, mêlée de pudeur et de respect, nait peu à peu entre ces personnes que tout oppose. Jende et Neni gardent leurs distances mais s'attachent au fil du temps aux fils du couple Edwards et entrevoient peu à peu l'avenir sous un jour heureux. Le rêve américain ne serait donc pas un mythe ? New York offre à Jende et Neni ses plus beaux atours. Et puis la crise des subprimes arrive, et Monsieur Edwards, employé chez Lehman Brothers, est touché de plein fouet. Tout s'écroule. C'est la sidération. Mais les prémices étaient déjà là, dans les conversations entendues, dans la fragilité de Madame Edwards, dans les envies de fuite de leur fils Vince et la tendresse désespérée de Mighty. Comment rêver encore d'Amérique alors que le service de l'immigration profite de ce moment tendu pour toquer à la porte de Jende et Neni ?

Ce premier roman, traduit de l'anglais (Cameroun), est une des bonnes suprises de cette rentrée littéraire. L'éditeur l'inscrit dans la lignée d'Americanah de Chimamanda Ngozie Addichie (que je n'ai pas encore lu mais qui a connu un grand succès). C'est un roman qui se lit avec facilité et enthousiasme, le lecteur se sentant galvanisé par la détermination de ce couple qui oeuvre pour son avenir et est persuadé de trouver à New York un destin meilleur que celui qui l'attendait au pays. J'ai aimé qu'Imbolo Mbue sache à la fois accorder une certaine réalité au rêve américain, elle qui a suivi le même chemin que ses personnages et a pu faire ses études aux Etats-Unis, et en montrer avec lucidité les travers et limites. On s'attache aux personnages, à leur tendresse, à leurs défauts, à leurs erreurs. J'ai particulièrement eu de l'empathie pour Neni et sa volonté farouche de ne pas baisser les bras quoiqu'il arrive. Une lecture pleine de richesse !

Editions Belfond - 22€ - 18 août 2016

Un grand merci à Belfond et à Babelio pour l'envoi de ce titre !

tous les livres sur Babelio.com
1 juillet 2016

Mon blog a dix ans cet été et vous offre des cadeaux !

concours

Vous vous souvenez des swaps qui ont fait les grandes heures des blogs littéraires il y a quelques années ? Je vous propose un peu dans le même esprit de gagner deux lots de cadeaux sur mon blog cet été, pour fêter donc les dix ans de mon blog, qui s'est tour à tour appelé @antigone (sur blog4ever), Un jour je serai grande ou Les écrits d'Antigone (sur Canalblog). Et dire qu'au début je pensais ne rien avoir à dire...
Pour participer et gagner une des deux boîtes (élaborées par mes soins), il suffit de s'inscrire en commentaire juste en dessous, pour l'une des deux box, ou les deux, selon vos envies (merci d'inscrire le nom de la boîte pour que votre participation soit prise en compte). Vous avez jusqu'au 30 juillet 2016 minuit. Deux mains innocentes effectueront ensuite le tirage au sort pour un résultat prévu début août ! 

Trois éditeurs ont répondu favorablement à mes sollicitations. Je les remercie chaleureusement pour leur réponse enthousiaste et leur générosité !! Ils me permettent de vous gâter. Sans vous, vos lectures et vos commentaires, votre présence souvent quotidienne, ce lieu n'existerai pas. 

niterrenimer2

La boîte littéraire contient notamment Ni terre ni mer, le merveilleux roman d'Anne Von Canal, un gros coup de coeur de lecture édité chez Slaktine et Cie (éditeur partenaire) - un roman de chez Le livre de poche (éditeur partenaire) - une petite fille rouge, et plein d'autres surprises... dont je vous dévoilerai la nature petit à petit au fil du mois de juillet sur ce blog, mais également sur les réseaux sociaux. 

 

 

vivezlebonheurLa boîte bricolage/détente contient notamment Un coffret CD Audiolib Vivez le bonheur ! par Sylvie Roucoulès (éditeur partenaire) - un chat - et des surprises... dont vous découvrirez également la nature petit à petit au fil du mois de juillet...

26 juin 2016

A l'orée du verger, Tracy Chevalier

aloreeduverger

 "Je vais vous raconter ce que j'ai fait, poursuivait Sadie, s'adressant au groupe de femmes. Il nous restait simplement quelques pommes de table, et je les ai toutes mises dans une tarte !"

Au début du XIX ème siècle, aux Etats-Unis, les Goodenough se sont arrêtés sur cette terre boueuse de l'Ohio parce qu'il leur semblait impossible d'aller plus loin. Ils y ont construit leur maison, leur potager, ont été obligés de se battre contre les arbres, la fièvre des marais, ont perdu des enfants, planté des pommiers. Pour que leur installation soit entérinée dans les faits, leur verger doit compter au moins cinquante pieds. James met beaucoup d'énergie, et de doigté, dans la culture de ses pommiers. Sadie, elle, a sombré dans l'alcoolisme, ne se résignant pas à leur vie, à la perte de ses enfants, à ce qu'elle est devenue. Les aînés, Robert et Martha, portent un regard froid et résigné sur leurs parents. La famille a de temps en temps, la visite de John Chapman, qui leur vend des plants et circule en canoë. Le drame qui survient un jour était prévisible. Il séparera les frères et soeurs. Robert prendra la route de l'Ouest, et exercera beaucoup de métiers avant de lui aussi être pris par la passion des arbres...

Ce roman a été dès ses premières pages une pause dépaysante parmi mes lectures précédentes. Cela vient de son ton, un peu désuet sans doute, de son écriture relativement classique, et puis aussi de son atmosphère particulière, à la fois rude et apaisante, qui raconte la vie difficile et le courage des pionniers. Au début du récit de Tracy Chevalier, il est beaucoup question de pommes et de pommiers, et de tout ce qu'il faut faire pour les greffer, les entretenir et les faire fructifier. La guerre entre les époux Goodenough est à la fois violente et fascinante. Puis, dans la seconde partie du texte, qui semble au départ constituer de manière assez désarçonnante un nouveau récit, il est surtout question de botanique, et de tout ce qui a existé réellement comme commerce de graines et de plants partant des Etats-Unis vers l'Angleterre. Nous suivons alors plus particulièrement un Robert taiseux et circonspect. Tout cela m'a rappelé des lectures adolescentes et romanesques très appréciées, et m'a passionné, malgré le déséquilibre évident du texte et un parti pris narratif un peu déroutant (lettres insérées et ellipse de dix-huit ans en plein milieu du roman). Une lecture, de mon point de vue, captivante.

Editions Quai Voltaire - 22.50€ - Mai 2016

Un roman profond, implacable, délicat, et quand même parfois aussi, un peu déstabilisant pour le blog blablablamia - Clara est passée à côté - Gwenaelle a aussi l'impression d'être restée en dehors - Keisha a beaucoup appris mais a trouvé ça parfois un peu longuet et a été gênée par la première partie et le conflit entre les époux Goodenough - Le billet très complet de Papillon qui n'a pas été tellement emballée...

POMMES

(pommier de mon jardin)

8 juin 2016

Gaspard ne répond plus, Anne-Marie Révol

gaspard

 "Jadis, les miens se retrouvaient le soir pour une veillée autour du chef, de l'ancêtre ou du sorcier."

Gaspard participait au jeu de téléréalité Un jour j'irai à Shangaï avec toi et voici qu'il tombe malencontreusement du camion qui les transportait, lui et sa comparse Cindy. Personne ne se rend compte de rien, le camion continue sa route, tout le monde dort à l'arrière du véhicule. Grièvement blessé, Gaspard est récupéré au bord de la route par des individus, puis amené dans un village à l'écart de toute civilisation. En France, la nouvelle se répand vite de la disparition du jeune homme, la chaîne Sparkle TV est en émoi. Il faut retrouver Gaspard, surtout que sa mère, Eulalie, les menace d'un énorme scandale. Dans son village retiré, Gaspard se familiarise lui avec une étrange femme, My Hien, venue en son temps de France avec son fiancé Hubert, aujourd'hui disparu. La lecture du journal de ce dernier sera pour Gaspard source de réconfort et le nid d'une somme d'étonnantes révélations.

J'ai passé un moment très agréable en compagnie de ce livre léger par le ton mais dense par son contenu. Gaspard ne répond plus est un véritable roman choral qui nous fait voyager, entre la France et le Vietnam, mais également dans le temps. Car en effet, chaque personnage (d'une galerie haute en couleurs) est amené à raconter son histoire, à comprendre, à réfléchir sur les liens qui le lie aux autres et à sa destinée. En toile de fond, les maîtres de la téléréalité s'époumonent en vain, essayant de contrôler et de rentabiliser l'humain. J'ai pensé assez souvent lors de ma lecture à un calme et serein Rendez-vous en terre inconnue qui serait en concurrence avec un Pekin Express exalté. Voici une lecture amusante et distrayante, un bon gros pavé de plage, un roman feel good, que je conseille d'emporter avec soi dans sa valise cet été.

Editions JC Lattès - 21.50€ - 11 mai 2016

Anne-Marie Revol signe ici son premier roman. Elle avait reçu le prix Elle pour son témoignage paru en 2010 Nos étoiles ont filé [Ma lecture ici]

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Les lectures d'Antigone ...
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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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