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Les lectures d'Antigone ...
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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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22 février 2016

Le Dernier message d'Eva, Pierrick Gazaignes

lederniermessagedeva "La nuit descend sur la ville, enfermant dans ses nuances bleu pétrole les sommets des immeubles, le faîte des arbres, les toits des maisons. Sous cette apparente immobilité, les lampadaires de l'éclairage public semblent diffuser leur lumière artificielle sur des espèces dont la nuit excite l'activité : les macs, les putes, les dealers, mais aussi les flics..."

Ils sont une petite équipe de gardiens de la paix soudés, Angel, Joana, Bro et H. Et grâce à eux, Angel se remet doucement du décès de sa femme. Mais un soir, lors d'une opération de routine, on l'amène près du corps d'une jeune fille qui gît au fond d'une cave de cité. S'éveille alors en Angel l'envie de mener l'enquête, et de - si il le faut - se mettre en danger pour ce décès classé bien trop rapidement dans la case overdose. Il imagine sa fille Elaine à la place de cette gamine, jetée là comme un déchet. Le corps a manifestement été roué de coups et violenté. De plus, un bas était coincé dans la gorge de la victime. D'autres corps voient le jour ici et là, montrant les mêmes caractéristiques, mais Angel ne se doute pas qu'il recherche bien plus qu'un tueur en série, que c'est toute la ville qui est en réalité corrompue.

Quoi de mieux que de se plonger dans un bon polar bien glauque pour se remettre sur le chemin de la lecture ? Le Dernier message d'Eva a rempli de ce côté là brillamment son office. Voici en effet, un roman policier assez traditionnel, contenant tous les ingrédients que l'on aime, un vieil inspecteur (gardien de la paix), un peu solitaire, bourru et alcoolique, doté pour autant d'une fille aussi jolie et fraiche qu'aimante, des prostitués, quelques scènes de torture, des méchants très méchants, et des flics corrompus et lâches. Et j'ai apprécié cette lecture malgré quelques bémols, des passages plus ou moins clairs, un style parlé parfois très prononcé, une lenteur certaine dans la mise en place de l'action en début de lecture. Pierrick Gazaignes semble pour autant avoir un certain talent pour camper des personnages et créer une atmosphère. Il s'agit ici de son deuxième roman. A suivre.

Editions Philippe Rey - 18€ - Octobre 2015

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30 novembre 2015

Mélo, Frédéric Ciriez

melo

"Oh que Paris était belle et terrifiante quand la ville-lumière se confondait avec la ville -musée !"

Nous sommes à la veille du 1er mai et ils sont trois à arpenter Paris, trois figures particulières, un syndicaliste désabusé à bord de sa Xantia blanche, un chauffeur de camion-poubelle sapeur congolais à ses heures perdues, et une petite marchande ambulante chinoise de briquets érotiques et babioles parisiennes. Nous les suivons à tour de rôle, en passant du désespoir solitaire aux bruits joyeux d'une fête pour finir par visiter la capitale sur des rollers infatigables.

Que Paris est multicolore et belle, différente, quand elle est regardée par les yeux de Frédéric Ciriez ! Ce livre n'est pas d'un accès immédiatement aisé, il manie une langue hachée, au départ très froide et clinique, s'adaptant à la mélancolie du personnage à la Xantia blanche, errant on le comprend dès les premières lignes vers un destin funeste. Avec le deuxième personnage, nous passons de l'ombre à la lumière, et la métamorphose se fait grâce aux vêtements, quand le chauffeur de camion poubelle quitte son vêtement de travail pour son habit de lumière. Je ne connaissais pas du tout ce phénomène de "sape", ces sortes de défis vestimentaires colorés et très codés associés à des joutes verbales. Je suis allée me renseigner sur le net, en tapant sapeur congolais et j'ai tout compris. C'est par ce biais que Mélo a commencé à bien m'accrocher... et j'ai aimé suivre en fin de roman cette petite chinoise qui sillonne Paris pour vendre son attirail. Un livre qui ne plaira pas à tout le monde, je ne sais dire vraiment à quel point il m'a plu à moi tant ma lecture a été laborieuse, pour diverses raisons extérieures, mais il était finalement là au bon moment, surtout en ces temps troublés. J'ai aimé visiter Paris à travers lui.

Editions Verticales - 20€ - janvier 2013

 

23 août 2015

Le Rire du grand blessé, Cécile Coulon

leriredugrandblesse

 "En secret, les marmots rêvaient de prendre la galopante. Partir signifiait couper le seul lien qui les rattachait à la terre ferme : ils ne savaient ni lire, ni écrire. Rien ne pouvait les sortir du fond de leur cave humide où s'entassaient des bocaux de nourriture pour les périodes de vaches maigres. Ils en étaient conscients.
Rien n'y faisait.
Rien, sauf l'uniforme des Agents du Service National."

1075 est, dès son intronisation, meilleur que les autres, plus dur, plus inflexible. Il est un des Agents du Service National, recruté pour son analphabétisme, pour être l'élite du pays, et maîtriser les foules, quand la lecture est devenue la drogue des plus faibles. Le Grand en a effectivement fait son pouvoir. Utilisant la méthode de Lucie Nox, il a jeté les vieux livres, banni la littérature, demandé aux auteurs de produire des ouvrages classés par émotion, mis en place de grandes messes où des Lecteurs sont ovationnés comme des dieux. Une manière de contrôler le peuple. Cependant, 1075 se fait mordre par un molosse. Dans l'hôpital dans lequel il séjourne quelques temps, il entend la voix d'une institutrice... qui annone l'alphabet. Pour 1075, c'est un bouleversement total.

"Tout ça à cause d'un chien stupide, et d'une femme que je ne connais pas."

Cécile Coulon connaît elle parfaitement les codes de la dystopie *. Et j'ai sans doute été gênée au départ de reconnaître quelques ressorts déjà observés dans The Giver, Hunger Games ou Divergente par exemple, comme une impression de facilité et de déjà vu. [Je vous avais caché que j'avais vu (et apprécié) ces films dernièrement.] Cependant, il faut avouer que la contribution de Cécile Coulon au genre est plutôt intéressante, et qu'elle devient très vite captivante, qu'elle a cette particularité de faire de la chose écrite un danger, une menace, l'acte de rébellion ultime dans cette société sous contrôle étant d'apprendre à lire en secret. J'ai aimé, outre le personnage principal, celui de Lucie Nox, sa fausse naïveté, connaître ses premières motivations. L'écriture de Cécile Coulon est froide, presque distante, mais elle donne au texte toute sa dimension de fable, et de mise en garde, contre l'uniformisation, pour la littérature. Un titre que l'on a envie de relire tout de suite une seconde fois dès la dernière page refermée, comme si lors d'une deuxième lecture, l'effet de surprise passé, chaque détail pouvait enfin véritablement exploser.

Editions Points - 5.90€ - 20 août 2015

* La dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'elle empêche ses membres d'atteindre le bonheur. Une dystopie peut également être considérée comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. L'auteur entend ainsi mettre en garde le lecteur en montrant les conséquences néfastes d’une idéologie (ou d’une pratique) présente à notre époque (source wikipedia).

lautrerentree

Si Blablablamia avait été prof elle l'aurait fait étudier à ses élèves Percutant pour MicMelo - En toute subjectivité Valérie aime !

Il y a presque dix ans, Points lançait la rentrée littéraire parallèle, celle des poches ! Ils nous permettent de revenir cette année sur la Rentrée Littéraire précédente et sur les livres qui ont marqué l'année 2014 en sortant 7 titres le 20 août. [Toutes les infos ici]

 

27 septembre 2015

Les enfants de choeur de l'Amérique, Héloïse Guay de Bellissen

lesenfantsdechoeurdelamerique

 "Chaque américain a le droit de posséder une arme depuis 1791. Le deuxième amendement c'est notre ADN. Nous avons dû faire face à de grands conflits et il a fallu s'en sortir. Après la guerre de Sécession, les soldats en vie ont gardé leurs armes avec ma bénédiction et elles se sont transmises de génération en génération. Les flingues, c'est notre héritage."

Mark Chapman assassine John Lennon en 1980. John Hinckley tire lui quelques mois plus tard sur Ronald Reagan. Hasard ou coïncidence, ils ont tous les deux eu la même enfance et le même goût pour le héros de l'Attrape coeur de JD Salinger. Hasard ou coïncidence, ils ont un peu le même physique, passent inaperçu et ont une obsession commune pour un personnage public, John Lennon pour l'un, Jodie Foster pour l'autre. Tuer pour impressionner, pour entrer dans l'histoire, parce que l'imaginaire a pris depuis longtemps le pas sur le réel. Tuer sans méchanceté, seulement pour le geste, mués par une lubie, une obsession, une rage. L'Amérique donne des armes à ses enfants et les laisse jouer avec.

Voici un roman étonnant qui m'a beaucoup impressionnée tout au long de ma lecture. Premièrement, le style de l'oeuvre est d'une vitalité si américaine que j'ai été surprise de m'apercevoir que l'auteure était en fait de nationalité française. Mais cela est plutôt un atout, et rend la lecture très vivante. Deuxièment, je suis allée visualiser les pages wikipedia des deux meurtriers mis en avant dans ce livre, et j'ai été surprise d'y retrouver tous les détails qui me paraissaient invraisemblables dans le roman. Car oui, Jodie Foster a bien été harcelée par John Hinckley qui a tenté d'assassiner le président Reagan pour l'impressionner. Et oui, Mark Chapman a bien brandit L'Attrape coeur, juste après avoir tiré sur John Lennon. Etre ensuite plongée comme cela dans les motivations des deux jeunes gens, tellement dérisoires, est assez confondant, et l'on reste presque estomaquée que l'Amérique ne produise pas plus de meurtriers. Petit bémol, il est peut-être un peu dommage que la vitalité du style d'Héloïse Guay de Bellissen se perde aussi parfois dans l'onirisme, surtout lorsqu'elle évoque le personnage de L'Attrape coeur, livre que je n'ai pas lu, parce qu'elle m'a à ce moment là un peu perdue... Une auteure que j'ai pour autant bien envie de continuer à suivre car j'ai été sans conteste par ailleurs conquise par son écriture.

Editions Anne Carrière - 17.50 € - Août 2015

La page du livre sur Babelio 

28 août 2015

Les eaux troubles du Mojito, Philippe Delerm... Rentrée littéraire 2015

leseauxtroublesdumojito

 "[...] ce qu'on veut c'est l'immobilité, le soleil retrouvé, la vie étale. Il y a de l'humilité dans cette façon de prendre son plaisir tout près des autres, et presque avec eux. On est de la même famille, celle des gens qui passent les vacances en famille, générations mêlées. On recule l'heure des repas, un peu d'ombre pour le pique-nique de la mi-journée, et cette délicieuse exaspération de la soirée, bien après l'apéro."

Des moments prélevés à son quotidien, à sa vie, des photographies d'instants... voici ce que Philippe Delerm a jeté sur le papier pour cette rentrée dans ce recueil de textes courts. Comme une envie, sans doute, de réitérer sa Première gorgée de bière, mais avec d'autres plaisirs, pas forcément minuscules, des bonheurs d'adulte. Un adulte qui voyage, qui profite autant de la mer que de la capitale, qui profite de son confort, mais qui a été contraint de mettre ses parents âgés en maison de retraite. Le constat est doux amer, le regard distancié, mais la vie semble par ailleurs privilégiée, joyeuse, pleine d'activités, enveloppante.

Je n'ai pas été très réceptive, je dois bien l'avouer, aux émois que Philippe Delerm expose dans ses petits textes. Il est pour moi difficile de ressentir de l'empathie pour des instants méconnus qui ont tous lieu dans un quotidien tellement différent du mien. Alors que le principe de ces petits moments suspendus dépendent beaucoup de ça, qu'ils réussissent à rejoindre en écho le lecteur, que ce dernier réussisse à ressentir dans l'émotion de l'incident croqué par le talent de l'écrivain le souvenir de sa propre émotion. Mais les petits bonheurs d'un auteur au présent privilégié ne me parlent pas beaucoup et j'ai le sentiment qu'ils manquent aujourd'hui de cette dose d'universel qui a fait le succès de La première gorgée... Cependant, je dois avouer aussi, que malgré ces bémols, j'ai été cueillie en milieu d'ouvrage, par ce passage : une femme âgée rentre en scène, atteinte d'Alzheimer, elle apprend avec bonheur qu'elle est mariée à un homme charmant, qu'elle aura oublié le lendemain. Quand il touche au coeur, Philippe Delerm sait donc nous atteindre.

Editions du Seuil - 14.50€ - Août 2015

logo2015

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 3/6.

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23 juillet 2015

En cas de forte chaleur, Maggie O'Farrell

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  "Ecoute, ça fait onze heures qu'il est parti et je ne sais pas ce que je dois faire..."

Nous sommes à Londres, en 1976. La canicule est là, et les restrictions d'eau aussi. Dans une maison d'un quartier tranquille, un couple de retraités vaque à ses occupations. Gretta est dans la cuisine tandis que Robert sort. Comme à son habitude, il a sans doute besoin de prendre un peu l'air. Etrangement, il ne revient pas, et sa femme s'inquiète, appelle ses enfants, ne trouve pas d'explications à cette absence incongrue qui ne ressemble pas à l'homme qu'elle aime et connaît. Michael Francis et Monica, les deux aînés, ont leur propres problèmes à régler, sans parler de la petite dernière, Aoife, qui vit à New York. Mais tous les trois viennent rejoindre leur mère sans se poser de questions. Le clan Riordan est reformé. Se retrouver ainsi dans l'intimité d'un foyer va rendre plus présente l'enfance passée, faire ressurgir les non-dits, et entraîner la petite tribu jusqu'en Irlande, là où toutes les énigmes peuvent finalement se résoudre...

Quel bonheur de plonger de nouveau dans un Maggie O'Farrell !! Surtout en plein été. C'est comme déguster une glace à la pistache après treize ans d'abstinence et se rendre compte à la première cuillère combien on aime ça et combien ça nous avait manqué. Mais je m'égare un peu... Car lire un Maggie O'Farrell, c'est surtout ici flirter avec l'Irlande, avec des secrets de famille, des détails du quotidien, un épuisement des sentiments, de la tendresse malhabile, rencontrer ce qui est caché derrière les apparences, voir les aspirations brutes. J'ai aimé encore une fois la délicatesse de style de l'auteure, sa douce manière de secouer ses personnages afin qu'ils découvrent enfin la vérité enfouie en eux. Une lecture confortable et prenante, dans laquelle j'ai adoré me lover. A quand le prochain ?

Editions 10/18 - 8.40€ - Juin 2015

Sylire émet un petit bémol mais a aimé cette lecture Un bon moment de lecture pour ClaraUn gros coup de coeur pour Cathulu ! - Un peu d'ennui chez Audouchoc.

21 août 2015

La Couleur de l'eau, Kerry Hudson... Rentrée littéraire 2015

lacouleurdeleau "S'embrasser. Contact des bouches chaudes et douces, instant où elle ouvrait les yeux et sentait ses cils contre les siens, odeur qui lui donnait envie de lécher sa peau, parfois un quart de seconde quand ses yeux mi-clos étaient si près qu'elle ne voyait que lui, avec l'impression de regarder dans sa tête.
Ses mains, sur sa taille, tenant gentiment son menton, caressant la peau douce et pâle de son cou, un pouce suivant sa clavicule. La chaleur rassurante de son corps quand elle posait la tête sur sa poitrine, quand ses bras forts l'enlaçaient, quand elle sentait la respiration dans ses poumons, et parfois un battement doux et irrégulier de son coeur contre le sien.
Alena avait oublié tout cela. La douleur exquise de se sentir hors de danger, de désirer un autre corps, d'avoir soif d'une odeur, le réconfort de tendre vers tout cela qui lui était donné sans le tranchant de la peur ni la cruauté de l'appropriation."

Alena et Dave n'étaient sans doute pas destinés à se rencontrer. Elle, venue de Russie, pleine de rêves. Lui, élevé et porté par les espoirs d'une mère adorée, puis détruit par ses promesses, un mariage ridicule. Alena a vu ses rêves se briser à ses pieds dès l'aéroport, entraînée de force dans le milieu de la prostitution de Londres, remarquée par un vieil homme, maltraitée, séquestrée, menacée. Dave est vigile dans un magasin. Il prend la jeune fille la main dans le sac lors d'un menu larcin, la laisse partir. Alena voit dans cet homme doux un moyen de s'en sortir, de se mettre à l'abri, de fuir la rue dans laquelle elle vit depuis des mois après son départ providentiel du domicile de son exploiteur. Elle tente donc de s'accrocher à lui. Son plan est tout d'abord d'occuper le plus longtemps possible son canapé, puis la tendresse et l'amour rapprochent peu à peu ces deux êtres perdus.

La couleur de l'eau est un roman assez dense qui mérite que l'on ne se laisse pas désarçonner par ses premières pages. Car en effet, après de multiples allers et retours entre le passé et le présent, qui expliquent l'histoire individuelle des deux amoureux, mais dans lesquels le lecteur se perd un peu, il donne enfin toute sa puissance. Le récit se pose enfin et le charme d'une atmosphère, très londonienne, opère, à la fois douce, libre et terriblement dangereuse. J'ai refermé les pages de ce livre, séduite par sa fin, par les personnages, par tout ce que j'y avais rencontré, de douloureux et de beau. J'avais déjà lu de l'auteure Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer ma maman, et il est évident, au terme de cette seconde lecture, que Kerry Hudson excelle à se mettre dans la peau d'une certaine frange de la population anglaise. Un très bon moment de lecture.

Editions Philippe Rey - 21€ - 20 août 2015

Un conte moderne pour Blablablamia [clic] 

logo2015

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire (clic sur l'image pour plus de détails). Challenge : 2/6.

8 juillet 2015

Amours, Leonor De Recondo

AMOURSLEONORDERECONDO

 "Le ton de sa voix est presque posé, presque calme. Elle réalise soudain que la solitude, dans laquelle elle est née, l'oblige à toujours acquiescer. Si elle avait eu le choix - mais ce mot n'existe ni dans sa condition, ni dans son vocabulaire -, elle aurait dit "Non". Elle l'aurait même hurlé."

Victoire est mariée à Anselme, notaire, depuis cinq ans, et le bonheur supposé dans les premiers temps n'est même plus envisagé. De leur union, aucun enfant n'est né, ni aucun amour. Mais nous sommes en 1908, et Victoire n'a d'autre alternative que de se conformer à son éducation, de tenir son rôle, dans cette maison bourgeoise qu'elle tient avec inconstance et fragilité. Elle ignore qu'Anselme rend des visites régulières à l'étage à la bonne, Céleste, qui tombe enceinte. Elle ignore aussi que cet évènement va bouleverser sa vie, lui donnant à la naissance de l'enfant un nouveau rôle de mère, et d'amante. En effet, le petit Adrien va rapprocher des coeurs, mais aussi des corps...

De Léonor de Récondo, j'avais déjà lu Pietra Viva [clic ici], très différent de cet Amours. Dans ce livre-ci, le sentiment de lecture est autre. Dans les premières pages, on se retrouve en effet presque projeté dans un des épisodes de La Recherche de Proust, dans un charme d'atmosphère, un brin désuet, pas désagréable. Et puis, la place bien déterminée de chacun, les rôles, sont redistribués précipitamment au détour d'un chapitre, et le roman prend un autre tour, plus sensuel, presque à la Emma Bovary, où la passion frôle constamment le drame. J'ai aimé lire ce titre, sans ressentir pour lui pour autant un énorme coup de foudre (le défaut sans doute des livres trop vantés, primés ?), mais depuis la fin de ma lecture les scènes, des personnages, me poursuivent. N'est-ce donc pas là le pouvoir des grands romans ?

Editions Sabine Wespieser - 21€ - Janvier 2015 - Grand Prix RTL Lire 2015 - Merci ma bibli !!

Un avis, discordant de l'enthousiasme général, chez mots à mots Lumineux, intelligent, charmant pour LeiloonaPas d'émotion forte ou criante pour Clara mais de la pudeur sensibleUne ode à la féminité, la liberté, la maternité, aux AmourS, pour le petit carré jaune  Un roman absolument sublime, brillant et lumineux, qu’il faut absolument lire pour l'irrégulière - Certains passages resteront gravés dans la mémoire d'Une comète - Très réussi pour Cuné - Micmelo aime passionnémentUn roman édifiant, à l'écriture tantôt coup de poing, tantôt caresse pour Cathulu !

26 mai 2015

Wake up America t1 et t2, John Lewis & Andrew Aydin & Nate Powell ... BD

wakeupamericat1                    wakeupamericat2

"J'étais le sixième à parler ce jour-là. Le Dr King était dixième. De tous ceux qui sont passés à la tribune, je suis le seul à être encore en vie."

John Lewis a eu un rôle déterminant dans la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. A la tête du SNCC (Student Nonviolent Coordinating Committee) entre 1963 et 1966, il en est devenu un des "Six grands leaders". Il a participé étudiant à des protestations non violentes dans des restaurants de Nashville, a joué un rôle dans les "voyages de la liberté" qui s'opposaient à la ségrégation dans les gares routières du Sud. Il a été arrêté, subi des violences. Enfin, il a été un des principaux orateurs du défilé historique de Washington en août 1963.

C'est son histoire qui est racontée dans ces deux albums (un troisième tome est prévu). Le graphisme de Nate Powell, les pages en noir et blanc, superbes, rendent parfaitement la violence des opposants, la détermination pacifique du groupe, les écueils nombreux, la haine, et la difficulté de se faire entendre. J'ai aimé connaître par ce biais un pan de l'histoire méconnu, et ce personnage dont j'ignorais tout, plus discret, John Lewis. Le récit d'Andrew Aydin permet aussi de mettre en perspective les premières luttes, de montrer que des blancs y participaient, également déterminés. Cette volonté farouche de faire avancer par petits pas dérisoires mais si efficaces l'égalité, le si évident droit à la dignité humaine pour chacun, ne peut que remplir d'admiration et de respect. Des albums essentiels.

Editions Rue de Sèvres - t1 13€ - t2 14€ - janvier 2014/mai2015 

 

 

Rep. John Lewis' Speech at the 1963 March on Washington from BillMoyers.com on Vimeo.

28 janvier 2015

Biographie d'un inconnu, Fabrice Humbert

biographieduninconnu

 "Je n'avais rien. Pas d'adresse, pas de gens que Paul avait pu connaître, pas d'entreprises où il avait travaillé. Mais Dantès me défrayait, j'avais donc le nerf de la guerre : l'argent. Le reste tenait de l'opiniâtreté et de la chance."

Difficile de regarder en face son statut actuel de nègre alors que l'on a tant voulu être écrivain. C'est pourtant ce que Thomas d'Entragues vit, il écrit des livres pour des sportifs célèbres et laisse dormir dans un tiroir ses ambitions littéraires. Cependant, un beau jour, un riche homme d'affaires obscur, Victor Dantès, lui passe une commande surprenante. Il s'agit d'écrire la biographie de son fils, un jeune homme que son père n'a jamais connu, ou même reconnu, et qui s'est enfui depuis quelques années aux Etats-Unis dans l'espoir de devenir scénariste. Thomas se lance donc à la poursuite de Paul, part suivre ses traces de l'autre côté de l'océan, se coule dans la peau du garçon, ou plutôt se glisse tout à côté d'une vie dont il apprend rapidement les moindres détails... et notamment les amours interdites avec une jeune Laura encore mineure.

Dans ce roman, ce sont sans aucun doute les références littéraires et le style de Fabrice Humbert qui m'ont le plus marqué et plu. Et oui, car j'ai été séduite, il faut bien l'avouer, par l'épopée de cet homme, biographe d'un autre, qui se trouve en ne se cherchant pas. L'auteur a su finement jouer de la mise en abyme, alors que nous suivons un écrivain, écrivant sur un autre écrivain, qui lui même filme ses contemporains. Quant aux références littéraires, on pense naturellement assez vite au Edmond Dantès du Comte de Monte Cristo, et aussi au cours de la lecture au Humbert Humbert de Nabokov amoureux d'une Laura/Lolita bien trop jeune. Je suis certaine que j'ai laissé s'échapper quelques autres indices, mais les découvrir disséminés ici et là m'a vraiment fait sourire. On pourrait reprocher à ce titre son classicisme apparent, sa lenteur, mais comme il y a quelques années pour ma lecture de Karoo de Steve Tesich [clic], je dirais oh mon dieu comme un peu de littérature fait aussi du bien de temps en temps... Ce roman est un subtil coup de coeur dans lequel j'ai été heureuse de plonger le nez ! Je ne connaissais pas Fabrice Humbert, mais maintenant que les présentations sont faites me reste seulement à continuer de le lire.

Editions du livre de poche - 5.90€ - 14 janvier 2015

La lecture de Clarabel

3 septembre 2014

Un jeune homme prometteur, Gautier Battistella - Rentrée littéraire 2014

unjeunehommeprometteur"Elle m'a expliqué que pour faire naître un livre, on n'avait pas besoin d'être deux, que ce n'était pas comme dans la vie, où il faut que l'homme marie la femme pour avoir des gosses."

Notre narrateur a débarqué un beau jour chez Mémé dans son petit village des Pyrénées, orphelin adopté, avec son frère Jeff, par cette vieille femme au regard tendre et apaisant. La vie est tranquille, seulement troublée par la chasse aux limaces. Bien sûr, les deux garçons sont tentés par les bêtises et c'est le petit dernier, le plus sage, le plus prometteur, qui est sommé de se repentir pour la fratrie. Il est confié à la voisine, celle que les enfants prennent pour une sorcière, et qui lui apprend le goût de la lecture et de l'écriture. Plus tard, le jeune garçon tombera amoureux de Marie, la fille du docteur, mais la déception réveillera en lui la jalousie, la colère et le besoin de s'emparer de Paris. Conscient des démons qui l'habitent, loin de tous, le jeune homme trouvera-t-il dans la capitale l'apaisement, une notoriété littéraire souhaitée, ou une plus grande rage ?

Ouah. Ce roman est étonnant. Et autant vous le dire d'emblée, je l'ai adoré. Il n'a rien de paisible ou de champêtre, comme pourrait le suggérer mon résumé. Attention ! Il est bien plus que cela, dérangeant, cruel,  faussement simple, et pour moi d'une grande habileté littéraire. J'en ai aimé les fulgurances de phrases, aiguisées comme des couperets. J'ai aimé que l'auteur sache piocher dans la modernité juste ce qu'il faut de références, notamment dans le milieu littéraire parisien, sans perdre le fil de son récit. J'ai aimé être désorientée, rencontrer des personnages troublants, que la narration prenne parfois le temps de faire des pauses, pour nous plaquer quelques pages plus loin violemment contre le mur. Il y a beaucoup d'audace et de force dans ce roman, et une grande maîtrise sous des apparences modestes. On sent que l'auteur s'amuse avec son lecteur. Même si j'ai deviné assez vite quelques ressorts, j'ai aimé aussi que l'on cherche à me promener et que l'on m'achève efficacement sur les dernières pages. Un coup de coeur surprenant, qui a le goût merveilleux de l'inattendu ! Merci Monsieur Batistella, c'était bien.

Editions Grasset - 20€ - 27 août 2014

 

challengerl2014

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire de Hérisson... qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire [clic ici pour plus de détails] - n° 4/6

14 octobre 2014

La Fabrique du monde, Sophie Van der Linden

lafabriquedumonde

"Comment vais-je supporter cela, leurs conversations excitées, leurs petits bonheurs, tout ce qu'elles ont vu, bu et mangé pendant trois jours, tout ce qui va nourrir leurs conversations et leurs pensées pendant des semaines, parce que c'est tout ce qu'elles auront réellement vécu en un an ? Comment vais-je supporter cela sans parler de moi, de ce qui m'arrive ?"

Mei travaille, vit et dort dans l'usine dans laquelle elle a été embauchée en arrivant de son village. Elle est une ouvrière chinoise, banale et anonyme, et coud toute la journée, à toute vitesse, des vêtements qui iront remplir des boutiques européennes. Son quotidien est fait d'une existence sans cesse partagée, où l'intime n'existe pas, et où il est compliqué de rester seule dans son dortoir, au moins quelques minutes, où les repas sont pris parfois debout et ont à chaque fois la même saveur de nouilles pâles. Dans cette promiscuité, seuls ses rêves lui appartiennent, et ils sont profonds, troublent son esprit, la rendent moins vigilante dans son travail. La sanction est immédiate, Mei n'aura pas son salaire du mois, et ainsi aucun argent pour se rendre dans sa famille pour les fêtes. Comment vont donc se passer ces quelques jours dans une usine presque entièrement désertée ?

Voici un petit livre qui se lit en une bouchée, mais quelle bouchée !! J'ai été happée presque tout de suite par l'écriture poétique du premier chapitre puis tenue par celle des autres, tout aussi belle, plus proche de la prose. Sophie Van der Linden sait dans ce texte frapper fort, avec une économie de moyens et une simplicité remarquable pour un premier roman. Comme quoi, il ne faut pas toujours en faire des tonnes pour toucher, juste avoir du talent. J'aimais déjà d'emblée le propos, que l'on me parle du ressenti d'une ouvrière de chine, dont je ne peux qu'imaginer les dures journées. Le texte a dépassé mes attentes, s'est enveloppé de sensualité, a pris des allures d'épopée tragique et s'est tranformé en un évident coup de coeur !!

Editions du Livre de Poche - 5.60€ - 27 août 2014 - Merci ma bibli !!

Un roman sensible et terrible pour George [clic] - Concis et touchant pour Sharon [clic] - Géraldine a été profondément touchée [clic] - Un roman qui se lit le souffle court pour Stéphie [clic] !

 

20 juillet 2014

#LireProust 1 ~ Du côté de chez Swann

"De tous les modes de production de l'amour, de tous les agents de dissémination du mal sacré, il est bien l'un des plus efficaces, ce grand souffle d'agitation qui parfois passe sur nous. Alors l'être avec qui nous nous plaisons à ce moment-là, le sort en est jeté, c'est lui que nous aimerons. Il n'est même pas besoin qu'il nous plût jusque-là plus ou même autant que d'autres. Ce qu'il fallait, c'est que notre goût pour lui devint exclusif. Et cette condition-là est réalisée quand - à ce moment où il nous fait défaut - à la recherche des plaisirs que son agrément nous donnait, s'est brusquement substitué en nous un besoin anxieux qui a pour objet cet être même, un besoin absurde que les lois de ce monde rendent impossible à satisfaire et difficile à guérir - le besoin insensé et douloureux de le posséder."

proust-001

Partant à la recherche de ses souvenirs, le narrateur évoque dans ce premier tome Combray, son enfance, sa famille et les amis de ses parents, contant notamment les mésaventures amoureuses de Charles Swann, amant malheureux d'Odette.

Lire (ou re-lire) Proust, c'est entrer avant tout dans une langue riche, dans des phrases complexes et un fil de pensée savamment tissé qui nous laisse au terme des paragraphes ébahi. La grande parenthèse bien connue (et que l'on trouve d'ailleurs facilement éditée à part), très narrative, celle qui traite plus particulièrement des amours de Swann avec Odette n'est pas la partie la plus compliquée à lire, ni celle qui m'a le plus intéressée, elle traite avec brio cependant des affres de la passion amoureuse. Non, ce que j'ai préféré, ce sont surtout les débuts de ce récit, lorsque nous assistons aux éclats de réminiscence du narrateur, là j'ai véritablement été admirative et séduite par les trouvailles littéraires de l'auteur, subjuguée. Ma fascination mis à part, j'ai quand même été tenue par l'histoire que l'on me racontait, par les liens qui semblent unir ou désunir les protagonistes dans ce premier volet, étonnée que Swann finisse par épouser cette affreuse Odette, malgré ses éclairs de lucidité, et que notre narrateur tombe sous le charme de leur fille dans un jardin parisien, reproduisant le schéma qui a tant fait souffrir Charles. Les mondanités tiennent une grande place dans l'univers des personnages de Marcel Proust, des mondes se côtoient et s'évitent, les réputations se satisfont de ce qui est connu et peuvent s'effondrer suite à une réplique maladroite, voilà qui est cruel et assez captivant.

Séduite par cette lecture, j'ai décidé de continuer ma quête. J'ai téléchargé la suite de La Recherche sur ma liseuse... un peu étonnée que le second tome s'intitule également Du côté de chez Swann (n'en n'aurais-je lu que la moitié ?). A suivre...

Lu sur ma liseuse - téléchargé gratuitement [ici]

 

17 mai 2014

Cet été-là ~Julian Tamaki et Mariko Tamaki

cetetela

"Awago Beach, c'est cet endroit.
Où l'on va chaque été, mes parents et moi.
Depuis... peut-être... toujours."

Rose et ses parents débarquent comme chaque été dans leur maison de vacances, près de la plage. La jeune-fille retrouve avec plaisir les lieux de ses précédents séjours, et aussi sa meilleure amie, Windy. Toutes les deux sont à la frontière de l'adolescence et commencent à regarder avec curiosité le manège des grands. Elles empruntent des DVD effrayants au petit boui-boui du coin, jouent à se faire peur, se mêlent des histoires d'un couple de jeunes-gens qui se disputent, s'interrogent sur l'évolution de leur corps, leurs premiers émois, et le reste d'enfance qui leur colle encore beaucoup à la peau. Pendant ce temps, la mère de Rose, Alice, s'enferme, refuse d'aller nager, cache dans sa mauvaise humeur un bien pénible secret...

Cet été-là est la traduction française d'une BD sortie sous le titre original de This One Summer, un très beau roman graphique signé par deux canadiennes. Les dessins sont justes magnifiques, la narration toute en sobriété, finesse et justesse. Craig Thompson, l'auteur du prodigieux Blankets, approuve cette lecture en quatrième de couverture et je ne peux qu'applaudir des deux mains : "Cet été-là avance en chancelant sur la ligne de faille de la préadolescence, quand la naïveté confortable de l'enfance s'estompe, laissant place aux sombres complexités de la vie adulte. J'ai adoré ce livre."

Une BD comme je les aime où l'intérieur des bulles est à la hauteur du graphisme, et où l'éclatement des vignettes peut étonner agréablement au détour d'une page. Un très beau travail et un coup de coeur !!! 

Grande-fille (13 ans) l'a lu aussi. ;)

Editions Rue de Sèvres - 20€ - 14 mai 2014

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22 septembre 2013

Une preuve d'amour ~ Valentine Goby... un coup de coeur !

unepreuvedamour"Exactement Abdou. Les cheveux, une preuve d'amour. Les dents, une preuve d'amour. Le corps, une preuve d'amour."

Dans une classe de collège, on étudie Les Misérables, et on disserte à haute voix sur le cas de Fantine. A-t-elle abandonné sa fille Cosette ? Les élèves sont unanimes et pensent que rien ne peut absoudre cet acte, avoir laissé un enfant innocent entre les mains des cruels Tenardier. Le prof de français est déconcerté et s'attendait plutôt à ce qu'émerge l'idée du sacrifice, ou de la preuve d'amour... celle qu'Abdou finit par presque crier en se levant brusquement, avant de s'enfuir de la salle de classe, puis de l'école. 
Sonia qui vit seule avec son père depuis le décès de sa mère, est intriguée et attirée par ce grand garçon taciturne qui ne reviendra dans le sein du collège qu'après plusieurs jours d'absence. Car derrière l'évocation d'un classique du XIXème siècle se profile la dure réalité de ceux pour qui le nom de Calais évoque la plus haute liberté possible...

Ah là là... Mon petit coeur tout mou n'a su résister, dès les premières pages, à ce petit roman jeunesse là. Les larmes me sont venues aux yeux immédiatement. Et j'ai aimé ce récit porté par l'écriture toujours forte de Valentine Goby. J'ai aimé également cette incursion dans une salle de classe et vérifier encore une fois l'impact de la lecture sur nos actes, même si ici les actes ne sont que de papier.
Un coup de coeur !

Editions Thierry Magnier - 5.95€ - 15 mai 2013 - Merci ma bibli !!

Noté après le billet enthousiaste de Lucie ! [clic

11 juillet 2013

Ecoute la pluie, Michèle Lesbre

ecoutelapluie"J'essayais d'imaginer dans quel décor il s'était levé le matin, quel vieux désespoir l'avait soudain rattrapé, quelles images insoutenables, lointaines ou non, quelles transformations du monde rendaient désormais la vie impossible. Peut-être seulement la solitude."

Alors que la narratrice s'apprête à prendre la prochaine rame de métro, puis le train vers Nantes afin de rejoindre son amant, un vieil homme lui adresse un sourire, puis se jette sur la voie, happé par la machine. Cruel moment qui désorganisera toutes les pensées de la jeune femme choquée, et la conduira dans une errance douloureuse où la dernière des choses possibles semble être de rejoindre l'homme qui l'attend.

J'ai eu envie de lire ce roman suite au passage de Michèle Lesbre à La Grande Librairie. Dans cette émission, elle expliquait avoir vécu ce moment là, réellement. Et qu'il avait fallu depuis beaucoup de mots, et beaucoup d'histoires, pour arriver à ce livre-ci.
D'où ma légère déception à lire ce titre, déception dont je vous parlais plus tôt et qui a essentiellement sa source dans l'exploitation de l'incident qui m'a semblé être trop délayé, noyé dans les réflexions de la narratrice sur l'importance, ou non, pour elle de rejoindre son amant. Je m'attendais sans doute à autre chose...

Editions Sabine Wespieser - 14€ - Février 2013 - Merci ma bibli !!

Lucie n'a pas aimé non plus et avait été inspirée par la même émission ;) - Clara n'a pas compris la finalité de ce roman Bouleversant pour Jack !!

24 août 2013

Avoir un corps ~ Brigitte Giraud ... Rentrée littéraire 2013

AVOIRUNCORPS"Je m'habitue à l'idée d'être là, d'avoir une place, même si ma place a changé. J'accepte d'avoir à nouveau une présence, une épaisseur, un corps qui n'est pas fait que de lignes brisées, qui évite les pierres sur le chemin, qui transpire en haut du col. [...] Je sens comme cohabitent le petit animal en short de l'enfance qui escalade le toboggan, la gymnaste marchant sur la poutre, l'adolescente qui danse sur Imagine, l'amoureuse qui monte derrière la moto, la libraire en équilibre sur un escabeau, la mère qui maintient Yoto contre sa hanche. Je marche sur le sentier et cette sensation devient concrète, je suis faite de toutes ces pièces, comme si mon corps était une maison où vivent ensemble le vif de l'existence, fait de désirs, de force et de pulsations, mais aussi l'absence. Tous ces corps de fille évoluent sous le même toit et tissent une mémoire serrée. Je suis ici mais aussi là."

Par le prisme de l'évolution d'un corps, Brigitte Giraud nous emmène dans Avoir un corps à la découverte d'une petite fille qui devient grande, puis mère. Et c'est toute l'aventure de la vie qui nous est contée ici, quotidienne, faite d'expériences, de blessures, de douceurs, de pudeur et d'impudeurs. La conscience de soi passe sans transition de l'illusion de la maîtrise du corps, frôlant l'annorexie, à cette infinie confiance/ inconscience qui mène chaque femme à la maternité.

Cette petite fille que Brigitte Giraud regarde grandir, et dont elle s'approprie les rêves et les désirs par le "je" est un peu nous, un peu elle sans doute, et est très ancrée dans une époque. Et c'est là que l'auteure excelle, quand elle raconte l'enfance, la naissance du frère, les jeux, les premiers émois, l'envie d'enfanter contre lequel on lutte d'abord puis se soumet. J'ai aimé que règne dans son roman une réflexion sous-jacente sur le libre arbitre, et qu'elle souligne combien la féminité est une valeur sociale avec ses codes. Etre un corps d'enfant, se transformer, puis être une femme, être une mère, et tout cela sans jamais perdre la conscience de soi, de sa peau, sans se perdre, s'oublier, oublier de se regarder, de se voir... tout cela est parfois si difficile, fragile, sur le fil.
En tournant les pages de ce livre, j'ai pensé constamment à cette autre auteure qui écrit tellement bien aussi sur ce sujet, Emmanuelle Pagano. Malgré la comparaison, Avoir un corps est une lecture coup de coeur en cette rentrée littéraire, il serait étonnant qu'il en soit autrement.

Editions Stock - 18.50€ - 21 Août 2013

challengerentree2013La lecture de Clara

 

Challenge 1% rentrée littéraire : 1/6

(clic sur le logo pour plus de détails)

Les coups de coeur des blogueuses

  

25 mars 2012

Romance nerveuse, Camille Laurens

romancenerveuse"[...] je n'écris pas des livres pour savoir ce qu'il y a dedans, je les écris parce que je suis dedans, je m'y mets toute entière comme on vous met en terre, dans chaque livre je porte l'amour au tombeau, je le fais avec des mots vivants, mais je le fais, je n'y vais pas de langue morte mais j'y vais, j'écris, je cherche une langue vivante pour des choses mortes, j'écris, je consigne des objets perdus - je raconte ce qui m'a mise dedans, persiste et signe."

Je vous avais raconté précédemment [dans ce post] une rencontre avec cette auteure, Camille Laurens, que j'admire depuis ma lecture de Dans ces bras-là, rencontre qui m'avait beaucoup plu. Dernièrement, c'est son roman, tout juste sorti en poche, qui a croisé mon chemin.
Et bien, Romance nerveuse est loin d'être seulement le récit de cette rupture avec son éditeur de toujours, POL, dont tout le monde a été témoin, et qui n'est qu'un pretexte, un démarrage d'intrigue.
(Et c'est pourtant ainsi que les médias nous l'ont présenté à sa sortie, ce livre, quel dommage, suivant ainsi le fil de la polémique entretenue plus tôt, mais bon...)
Il s'agit ici de raconter ce qui en découle, cette descente aux enfers constatée, cette pente soudain glissante et inexorable vers le n'importe quoi, et la relation amoureuse qui naît de ce moment-là, saugrenue, sauvage, avec un homme, différent, borderline, étranger, amoureux et infidèle, rassurant et impitoyable, Luc le paparazzi.
Il est difficile en tant que lecteur d'adhérer à cette romance, dont on attend la fin, le point de rupture, la cassure. Il est difficile d'en comprendre la déchéance. Et pourtant, cette attente est attachante, comme ce qui lie de manière incompréhensible les personnages, addictive. Les phrases/citations sont présentes à chaque chapitre. J'avais d'ailleurs constamment envie de plier les coins de pages de mon exemplaire emprunté, je me suis heureusement empêchée.
Pourtant, je n'ai pas toujours aimé assister avant à la tension entre Marie Darrieussecq et Camille Laurens, ni approuvé vraiment les arguments de cette dernière, sa colère personnelle. Cependant, et contre toutes attentes, lire ce roman a été pour moi une sacrée claque littéraire.
Camille Laurens ne craint pas les salissures de l'écriture, de la vie, et à la lire là je me dis qu'elle est également une bien grande auteure ! Attention, âmes sensibles s'abstenir.

Editions Folio - 5.70€ - Octobre 2011 - Merci ma bibli !! heart

Le billet magnifique de Cuné scotchée et convaincue

4 avril 2012

Un jour, David Nicholls

UNJOURLIVRE

"Les quelques lignes qui s'affichaient à l'écran constituaient la première ébauche de son tout nouveau projet : une série de romans policiers à visée commerciale, mais discrètement féministes. A onze ans déjà, Emma avait dévoré tous les Agatha Christie ; par la suite, elle avait avalé quantité de Raymond Chandler et de James M. Cain. Pourquoi ne s'essaierait-elle pas au polar elle aussi ? Forte de ses lectures, elle avait abordé l'exercice avec confiance. Mais après une matinée d'efforts infructueux, elle devait admettre que lire et écrire sont deux activités distinctes : l'écriture ne se limite pas à régurgiter ce qu'on a absorbé."

Tout commence en 1988, alors qu'Emma et Dexter viennent d'empocher leurs diplômes de fin d'étude et de fêter ça dignement avec alcool et amis à la clé. Se croisant déjà depuis quelques temps, ils se sont enfin abordés à cette occasion, puis ont passé la nuit ensemble, mais rien n'a vraiment eu lieu... Entre discussions à bâtons rompus et baisers, un lien s'est pourtant formé (amoureux ?). Dexter veut "découvrir le monde", il partira le lendemain. C'est l'univers brillant et violent de la télévision qui le récupèrera au terme de son périple. Emma est une jeune militante qui rêve de devenir écrivain, est douée pour l'enseignement et est bourrée de principes et de complexes. S'ensuivront des années à s'écrire, à s'aimer en toute amitié, et à se manquer de peu... (pour toujours ?)

Je pensais que ce best seller était une romance légère et facile, mais en fait pas du tout. J'ai même eu quelques difficultés à rentrer dans l'histoire, les premières pages du livre ont été laborieuses à lire. Et puis, je me suis prise d'affection pour les personnages de cette épopée amicale qui ne nous épargne rien de ses désillusions et de son désanchantement. C'est ce qui m'a beaucoup plu dans ce livre, l'intention réaliste, ainsi que ce brossage du temps via deux vies et personnalités assez différentes (Le récit se termine en 2007). Je ne me suis rendue compte qu'à la fin que l'auteur avait en fait décidé de nous raconter le 15 juillet de chaque année (d'où le titre).
On y boit et fume aussi en quantité, pas de fausse ambiance bien pensante donc, lisse, voilà qui fait drôlement du bien de nos jours.
J'ai hésité à mettre ce titre en coup de coeur, il l'aurait mérité, mais je conserve quelques bémols sur certaines longueurs. Je vais donc me contenter de chaudement vous le recommander.
Une bonne grosse lecture addictive, pour les adeptes du genre.

Editions 10/18 - Février 2012 - 9.60€

Saxaoul est mitigée - Je l'avais noté sur le blog d'Elfe, enthousiaste - Une histoire qui aurait gagné à être plus courte pour Aifelle

Un film a été tiré du roman, je ne l'ai pas encore vu... 


UN JOUR : BANDE-ANNONCE VF HD 'One Day'

18 avril 2012

La Vie d'une autre, Frédérique Deghelt

lavieduneautre"Rien... Cette accumulation de sourires, de vacances, d'anniversaires, d'expressions ne m'évoque rien. J'ai beau attendre à chaque page un choc, une ombre, un fil à tirer pour que vienne le reste, c'est l'album de photos d'une étrangère que je feuillette avidement."

Marie se réveille auprès de Pablo rencontré la veille lors d'une soirée, et c'est le choc. Elle se rend compte très vite qu'ils sont mariés, ont des enfants et qu'elle a étrangement fait pendant la nuit un saut dans le vide de 12 ans. Hier, nous étions encore le jeudi 12 mai 1988, aujourd'hui nous sommes le 13 mai 2000. Elle ne dit rien de son amnésie, évite les erreurs avec dextérité et part en quête d'elle-même... La réalité s'avèrera plus douloureuse que prévu, mais cet amour tout neuf - vieux pourtant de 12 ans - qu'elle découvre soudain est ce pour quoi elle a réellement envie de se battre.

Je découvre l'auteure avec ce titre et c'est une rencontre plutôt intéressante que j'ai fait là. J'ai cru au tout départ entrer dans un univers fantastique/réaliste (allons bon) particulier, mais non pas du tout, il s'agissait bien d'amnésie. Le style du roman est assez simple mais l'histoire est suffisament addictive pour le faire oublier. Le personnage principal est attachant et les situations qu'elle rencontre vraisemblables. Je dois avouer que les tribulations de Marie et Pablo m'ont tenue assez tard dans la nuit... Ce livre pose avec justesse la question de la durée dans le couple, et du regard éveillé sur l'autre que l'on perd parfois en cours de route. Marie s'attache à ce mari tout neuf qui semble lui tomber du ciel, à cette famille qu'elle apprend à aimer en urgence, et donne ainsi à son couple un élan nouveau.

Une lecture agréable qui m'a remis en selle après quelques déceptions, même si la fin m'a laissée un peu sur ma faim.

Editions babel - 8.70€ - Janvier 2012 - Merci ma bibli !!

Je rejoins l'avis de Mango sur son billet - Anne (l'insatiable lectrice) avait été déçue par le dénouement et agaçée par des détails (je suis d'accord aussi) - Pas un coup de coeur mais presque pour Saxaoul ! - Anne (des mots et des notes) a beaucoup aimé !

Ce roman a été adapté au cinéma par Sylvie Testud - sorti en salles en 2011
Je n'ai pas vu le film qui semble assez différent du livre.


LA VIE D'UNE AUTRE - BANDE ANNONCE OFFICIELLE

14 juin 2012

City Hall t1 de Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre

city hall"La main et l'esprit... en deux écrivains sont réunis mon seul et unique ennemi !"

Attention, grand bain de jouvence avec ce manga ébouriffant, et littéraire, dont le sujet m'a plu dès le départ !
Je ne sais pas vous mais moi j'aime beaucoup l'esprit de la série Sherlock Holmes qui passait il y a quelques temps sur France4, et cette étrangeté qu'est celle d'un personnage du passé apparaissant dans un présent très réaliste. Ici, nous sommes dans un Londres futuriste, où le papier a disparu depuis deux cents ans suite à une guerre destructrice. Depuis, les autorités ont oeuvré pour faire disparaître ces faits des mémoires. Imaginez un monde dans lequel tout ce que vous écrivez/imaginez prend vie. A une époque révolue, quiconque savait écrire pouvait se créer des créatures serviles capables d'assurer n'importe quelle tâche simple. Ces créatures s'appelaient des Papercut, mais le système s'est emballé...
Aujourd'hui, tout cela a disparu, enfin c'est ce que l'on croit... Le ministre des Finances ayant trouvé la mort dans des conditions mystérieuses et violentes, le chef de la police et le maire de Londres sont sur le pied de guerre. Seuls Jules Verne et Arthur Conan Doyle semblent capables d'affronter sur son terrain un ennemi utilisant une arme aussi terrible que le papier !

Surfant sur le succès des personnages de l'Angleterre victorienne, Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre ont le bon goût de nous transporter dans une époque différente. J'ai été un peu désarçonnée de rencontrer des auteurs connus et fringants de jeunesse bataillant contre des monstres terrifiants, faisant fi de tout anachronisme, mais mon étonnement est simplement dû à ma méconnaissance manifeste du genre. Car chaque personnage a au cours du récit sa fiche d'état civil et cela est semble-t-il une manière de procéder tout à fait normale. Vous allez alors apercevoir au fil des pages Malcom X ou bien Amélia Earhart, aviatrice et première femme à traverser l'océan atlantique en avion, et avouons-le voilà qui assez amusant et distrayant.
Le rythme de l'ensemble est relativement décapant, presque too much pour mon goût personnel, mais les dessins sont magnifiques et les références historiques disséminées ici et là m'ont amenées à divers moments un grand sourire aux lèvres.
Comme tout ce que fait l'éditeur, l'objet est très beau, un petit bijou de graphisme. A offrir sans complexes à son ado !
Un grand merci à Ankama pour cette expérience décoiffante !! 

Editions Ankama - 14 juin 2012 - 7.95€

Le blog de la série : http://cityhall-ankama.blogspot.fr/

Suite de la mission en librairie à l'automne 2012 !!

 cityhall

18 mars 2012

Ils ne sont pour rien dans mes larmes, Olivia Rosenthal

ilsnesontpourriendansmeslarmesPour ils ne sont pour rien dans mes larmes, Olivia Rosenthal a posé cette question pas si simple à quatorze personnes : "quel film a changé votre vie ?". Ce questionnement est l'occasion d'un retour vers le passé, bien souvent l'adolescence, entre bonheur total, révélation, mais aussi regrets.

L'aspect réellement émotionnel du livre est pour autant contenu dans le prologue dans lequel l'auteure nous parle d'elle-même et nous conte à la fois son sentiment de vertige permanent, le Vertigo de Hitchcock et le suicide de sa soeur... Les larmes du titre ne couleront pourtant qu'en conclusion, à l'occasion d'une évocation des Parapluies de Cherbourg.

"Je peux maintenant revoir le film
je n'ai plus peur
je n'ai plus honte
je sais que je pleure
pour autre chose
que j'en profite
pour m'abandonner
comme si l'abandon
était la condition nécessaire
suffisante
paradoxale
d'une future consolation."

J'ai beaucoup de considération pour Olivia Rosenthal dont j'avais énormément aimé Nous ne sommes pas là pour disparaitre et Que font les rennes après noël ? (Prix du livre Inter 2011) et puis j'ai eu la chance de vivre un week-end d'écriture en compagnie de cette auteure intelligente il y a quelques temps, je dois cependant avouer que je suis passée bien à côté de ce titre-ci... Quel dommage ! La qualité de l'écriture n'y est pour rien, ni ma méconnaissance du cinéma, je crois que c'est la forme qui m'a le plus désarçonnée. Le système des portraits/témoignages n'a encore une fois pas fonctionné avec moi, comme plus tôt avec Sophie Fontanel pour L'envie. D'ailleurs, c'est amusant, c'est après avoir lu une critique enthousiaste de cette dernière dans ELLE que je me suis précipitée en librairie pour acheter ce livre...
J'ai envie de dire face à cette similitude que c'est la voix des auteures que l'on aime à retrouver, la voix de l'écrivain, éventuellement, derrière celles des gens qu'elles rencontrent et non ce caché derrière qui nous est présenté. J'ai hâte d'entendre de nouveau leurs belles écritures, à bientôt !

Editions Verticales - 11,50€ - Mars 2012

Une critique assez similaire sur le Bazart

5 mars 2012

L'étrange disparition d'Esme Lennox, Maggie O'Farrell

l'étrangedisparition"Le début se situe peut-être plus tôt, avant le bal, avant que les deux jeunes filles aient revêtu leurs nouveaux atours, avant qu'on ait allumé les bougies et parsemé du sable sur le parquet, bien avant l'année dont elles fêtent la fin. Qui sait ? Quoi qu'il en soit, les choses se terminent devant une fenêtre grillagée dont les carrées font deux ongles de pouce de côté, très exactement."

Nous sommes à Edimbourg, de nos jours, et Iris navigue entre le magasin de vêtements anciens qu'elle gère, un amant marié et un presque frère, Alex, dont elle se sent un peu trop proche. Un jour, le téléphone sonne, et elle apprend coup sur coup l'existence d'une grand tante inconnue et le fardeau qui lui est assigné de s'occuper désormais de son sort. L'asile où la vieille femme était recluse depuis soixante ans va en effet fermer ses portes...

Dans ce roman de Maggie O'Farrell, il est beaucoup question de mémoire et de démence, la grand-mère d'Iris, Kitty, est d'ailleurs atteinte de la maladie d'Alzheimer. Mais j'y ai trouvé également une critique très fine et acerbe des bons usages qui brimaient la société de l'époque pendant laquelle Esme était enfant, et de leurs déviences. Le personnage moderne et libre d'Iris est horrifiée de constater ce que pouvaient être les critères d'internement un siècle plus tôt (adultère, frivolité, fugues...) et à quel point les femmes en étaient victimes.
Voici un livre essentiellement féminin donc, poétique et cruel, dont j'ai véritablement apprécié l'acidité, même si il ne restera pas mon préféré de l'auteure. J'avais eu un plus grand coup de coeur pour Cette main qui a pris la mienne (2011) ou Quand tu es partie.
Je l'ai pour autant lu avec une grande avidité, pressée de savoir pourquoi Esme avait été internée et quel secret dissimulait depuis tout ce temps sa soeur Kitty, enfermée depuis quelques années elle dans une maladie implacable.

Editions 10/18 - 8.10€ - Novembre 2009 - Merci ma bibli !!

Parmi vos nombreuses lectures, quelques avis... Anne, l'insatiable lectrice -  Aifelle - Cathulu - Elfique -KarineClara.

12 juillet 2013

Albane Gellé

femmeballons

"les ficelles emmêllées avec des noeuds
dans la tête ça ne la gêne pas l'écriture
c'est pas qu'elle démêle elle démêle rien
elle dit rien elle se laisse faire je me
débrouille avec elle il y a pourtant de l'air
autour mais chaque fois que je me mets
à écrire c'est comme si j'en avais manqué
pendant des siècles je respire j'écris
comme si je me remettais à marcher
après un accident une maladie ça peut
arrriver plusieurs fois par jour un accident
une maladie c'est pas rien mais c'est pas
exceptionnel je n'écris rien d'exceptionnel
les choses viennent et des mots se collent
dessus dedans je m'en occupe je les
accompagne un bout le désordre ne devient
pas de l'ordre je ne range pas vraiment dans
la langue j'essaie de trouver juste assez de
lumière pour y voir clair quand ça arrive
personne n'est là pour m'entendre de toute
façon je ne dis rien"

extrait de L'air libre,Dé Bleu, p.28 [pioché ici]

http://albanegelle.canalblog.com/

15 juin 2012

En cours de lecture...

manque"La sensation de manque ne vous laisse pas un instant de répit, jamais - elle ne peut pas, ne devrait pas nous lâcher, cette sensation, puisqu'il manque effectivement quelque chose.
Cela n'est pas négatif en soi. Cette part manquante, ce passé manquant, peuvent constituer une ouverture plutôt qu'un vide. Ils peuvent devenir une entrée autant qu'une sortie. Ils sont une preuve fossilisée, la marque d'une autre vie, et même si cette vie vous sera à jamais inacessible, vous pouvez suivre sa trace du bout des doigts, à l'endroit qu'elle aurait pu occuper, et du bout des doigts, apprendre une nouvelle forme de braille.
Les marques sont là, des zébrures saillantes. Lisez-les. Lisez ces blessures. Récrivez-les. Récrivez ces blessures.
C'est pour cette raison que je suis écrivain - je ne dis pas que j'ai "décidé" de l'être ou que je le suis "devenue". Ce n'était pas un acte volontaire ni même un choix conscient. Pour éviter la trame serrée du récit de Mrs Winterson, je devais être capable de faire mon propre récit. Mi-réalité mi-fiction, voilà les ingrédients qui composent une vie. Et comme dans l'espionnage, il s'agit d'une légende, d'une couverture. J'ai rédigé mon issue de secours."

Extrait de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeannette Winterson - Mai 2012

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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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