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Les lectures d'Antigone ...
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Ardoise magique

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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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17 août 2011

Le son des couleurs de Jimmy Liao ... et aussi Ma mère est une sorcière par Rascal et Desmet

lesondescouleurs

Cette année-là,
J'avais déjà commencé à perdre la vue peu à peu. [...]
Avec une infinie prudence, je me suis enfoncée dans les profondeurs d'un long tunnel abrité de la pluie et du vent. Dans cet espace endormi résonnait l'écho de mes pas solitaires...

Une jeune aveugle se glisse dans les entrailles du métro... Armée de son chien, de son parapluie vert et de son petit chapeau blanc, elle part à la rencontre d'un lieu imaginé à défaut d'être vu. Elle fera ainsi un voyage intérieur, parfois apaisé, parfois craintif, où se mêlent toutes les images d'un monde poétique rêvé.

Voici un merveilleux album découvert par hasard en bibliothèque. Je ne me lasse pas depuis de contempler ses doubles pages étonnantes et colorées, fourmillant de multiples détails. Zut, il me faudra le rendre. Petit dernier (6 ans) a également été subjugué par leur beauté. Le texte est sans doute plus orienté vers les plus grands mais Jimmy Liao évoque des univers qui peuvent parler à tous, remplis de références diverses (contes, mythologie, univers enfantins).
Il ne faut donc surtout pas se priver d'aller jeter un oeil sur ce magnifique ouvrage.

Parfois le monde ressemble à un labyrinthe sans issue.
Parfois j'ai l'impression d'être aux confins du monde.
Dans cette ville, je ne cesse de m'égarer...
de monter dans le mauvais train, de descendre du mauvais train.
Souvent j'ignore où je suis. Où ai-je envie d'aller ?
Qui veut bien me lire un poème près de la fenêtre à la tombée du soir ?
Au fond, je n'ai envie d'aller nulle part.
Et pourtant, si quelqu'un m'attendait à la sortie du métro ?

bouton3Editions Bayard images - 14.90€ - Oct 2009enfantslecture
(Traduit du chinois par Stéphane Lévêque)

- Un livre tendre pour Clarabel -

Un album approuvé par de petits lecteurs (Petit dernier-6 ans)

 

Dans la foulée je suis également tombée sous le charme de cet album ci-dessous... où il est question encore une fois d'une petite fille aveugle, même si le propos est traité ici différemment.

mam_reestunesorci_re1Ma mère est une sorcière de Rascal et Neil Desmet

Yap et Bûche de bois vivaient heureux dans une curieuse maison dressée au coeur de la grande forêt d'eucalyptus.
Seul un nuage gris venait régulièrement gâcher ce fragile bonheur.
Ce nuage gris avait un nom : enfant.
Yap voulait être mère !
Yap voulait un petit !
Yap voulait un enfant !
Cette idée ne datait pas d'hier, mais au fil des saisons, elle se faisait de plus en plus pressante et il n'y avait plus un seul jour,
plus une seule nuit sans que ce désir d'être mère ne lui revienne à l'esprit et la chagrine.

Yap fait tinter la cloche de l'orphelinat, toute pleine de courage et de conviction mais les obstacles sont nombreux. Pourtant, rien n'est plus simple que l'amour.

Quel plaisir que de rencontrer dans un ouvrage pour enfants une si belle écriture... et puis les illustrations filiformes m'ont vraiment plu. Un adorable livre que je vous recommande chaudement aussi.

bouton3 Editions Pastel - 12.50€ - Oct 2007 - Emprunté en médiathèque

mam_reestunesorci_re

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12 août 2011

Une carte postale des Jardins du Loriot

Sous l'influence manifeste d'Aifelle, me voici depuis quelques temps en train de baver devant les beaux jardins. Je regarde en boucle Silence, ça pousse ! (je vous jure que c'est vrai) sur la 5, et j'ai investi dans quelques plantes faméliques que j'observe prospérer avec bienveillance (je n'ai pas toujours eu la main verte).

Alors, quand je suis tombé hier sur ce prospectus d'un jardin, prospectus conservé depuis X temps dans mes papiers (un de ceux que mes enfants ont grand plaisir à chiper dès que l'on flâne), hop hop hop... l'idée était toute trouvée d'une sortie. Et dire que j'ignorais qu'un tel lieu se trouvait tout à côté de chez moi, à quelques kilomètres à peine !! Entre poésie, paix et dépaysement, nous avons passé là-bas un merveilleux moment...

jardins_du_loriot1

Les jardins du Loriot (La Mancelière - Venansault 85) est un lieu où se cotoient un bambusetum, des jeux d'eau et des bassins de Nymphéas... Les adultes s'extasient devant la beauté des plantes, et les plus jeunes peuvent s'amuser à suivre un judicieux parcours numéroté (petit dernier a adoré). Un peu partout, on peut trouver des références et des hommages à de grands botanistes, et plus particulièrement à Jean Houzeau de Lehaie (1867-1959) dénommé le "gentleman des bamboux et orchidées", et puis Claude Monet bien sûr.

 jardins_du_loriot_2

Ouverture du 13 mai au 1er novembre inclus
Gratuit pour les moins de 8 ans
8 à 15 ans : 3€ - Adultes : 6€

www.jardinsduloriot.fr

jardins_du_loriot3

(en cliquant sur les photos, les images s'agrandissent, enfin je crois...)

11 août 2011

Ne t'inquiète pas pour moi, Alice Kuipers

ALICE_KUIPERS"Quand je te regarde
Je vois la femme que je veux être
Forte et courageuse
Belle et libre
PS Je t'aime."

On assiste, dans ce petit roman hautement riche en émotion, à un échange de post-it entre une mère, très occupée par son métier de médecin en hôpital, et sa fille de quinze ans.
Au tout départ, il ne s'agit que de lister les courses à faire, de se plaindre du si peu de temps consacré à se parler, et puis les mots écrits prennent un autre ton, la maladie s'interpose, la tendresse, la peine...

Pfiou... comment vous dire, c'est malin. J'avais les yeux tout rouges sur la plage en lisant ce livre.
(J'avais attendu pourtant le temps qu'il fallait pour le lire, que certaines personnes de mon entourage guérissent, d'être moins inquiète...)
Déjà, la forme est plaisante, elle a le charme de l'originalité... Chaque mot est à sa place. Mais j'ai craqué surtout sur ces traces du quotidien qui parcourent les pages, cette clé par exemple que Claire, l'adolescente, ne cesse de perdre, les victuailles à acheter, l'argent de poche réclamé "s'te plaît s'te plaît s'te plaît", les disputes et les réconciliations. Je me suis absolument mise dans la peau de la mère, preuve que le temps passe même si ma fille n'a pas encore cet âge... C'est un ouvrage que l'on a envie de partager, et de transmettre.

bouton3 Edition Le livre de Poche - 5.50€ - Mars 2011

Quelques lectrices parmi toutes celles qui ont lu ce titre...

Pour Véro l'encreuse "...prend à la gorge tout simplement" - Liliba "a pleuré" elle aussi - "...atrocement émouvant" pour Clarabel - "Un livre touchant" pour Cathulu...

5 août 2011

Pour moi, tu étais un arbre

Ne bougeons plus.hommearbre
Tout est en place.
Chacun a sa chacune ?
Parfait.
L'image sera superbe, sur papier.

Si j'osais, je nous prendrais bien en photo moi aussi.
Tellement nous sommes beaux.

Tous ces éléments de tableau élégament disposés.
C'est tellement tellement.
Beau.

Aucune erreur à déplorer.
L'important étant de convenir.
D'harmoniser.
N'est-ce pas ?

Ah tu te glisses près de moi.
Sais-tu ce que je pensais ?
Avant.

Pour moi, tu étais un arbre.
Magnifique à chaque saison.
Parce que changeant,
Plein de promesses.

J'aurais aimé être un oiseau alors.
Mes plumes adossées à la texture rude de ton tronc.
Je te croyais à nous.

Mais attention, tu as raison.
Il nous faut prendre la pose.
Ne bougeons plus.

 

Si jamais tu la développes.
Surtout.
N'oublie pas de l'encadrer.
Cette photo.

© Les écrits d'Antigone - 2011 

21 juillet 2011

Non-non a très faim

... mais ne sait pas de quoi, de Magali Le Huche.

non_non_a_tr_s_faim

Chez les Antigone, c'est sûr, on aime Non-non (l'ornithorynque) depuis que nous l'avons découvert en bibliothèque...

Ici, Non-non est chez lui, il découvre un frigo rempli de victuailles périmées. "Zut ! C'est tout vieux la-dedans !" Il part donc en quête de petites choses à se mettre sous la dent, ailleurs. Et tout en déambulant, il en croise du monde !
C'est ainsi que ses amis, pleins de bonnes intentions lui proposent un gâteau aux carottes, de manger dans un restaurant pour fourmis, de faire un régime ou de se nourrir de détritus récupérés.

Le petit plus de ces petits albums épais et doux, est l'humour bien-sûr, et ces multiples volets à soulever qui rencontrent toujours un succès formidable à la maison.
Tout est adorable, fin et délicieusement grotesque. Chaque détail est travaillé, et ce travail remarqué par les petits yeux curieux et fouineurs...

Ben oui maman, regarde, dans le frigo il y aussi des petites fenêtres...

calvados17

Editions Tourbillon - 8.90€ - Août 2009

Recommandé simultanément par petit dernier (6 ans) et sa grande soeur (10 ans depuis peu).

Dans son dernier opus, Non-non voudrait faire du sport mais a un peu la flemme (sorti en juin 2011)

Magali Le Huche est également l'auteure du formidable Hector, l'homme extraordinairement fort, chez Didier (ma lecture conquise par ici)
Hector, l'homme extraordinairement fort

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17 juillet 2011

La Passerelle, Lorrie Moore

Il fallait bien vivre, ne serait-ce que par politesse.

lapasserelle

"Comme une petite fille, je croyais que le vieillissement ne me concernerait jamais. La mort, oui - ça, je le savais grâce à la poésie anglaise. Mais se rider, se voûter, boiter, blanchir, faiblir, grossir, maigrir, ralentir ? Je ne permettrais jamais que ça m'arrive, à moi."

Tassie a vingt ans. Etudiante, elle vient d'être engagée par un couple pour devenir la baby-sitter du bébé qu'ils s'apprêtent à adopter. Emma-Mary est afro-américaine et s'avère être déjà grande, elle a presque deux ans. Elle est joyeuse, affectueuse et apporte beaucoup à la jeune-fille, par ailleurs amoureuse du beau Reynaldo, rencontré en cours.
Tassie pense innocemment que la vie peut ainsi continuer de couler ses jours heureux. Mais c'est compter sans les secrets, faiblesses et mensonges, de ceux qui l'entourent, et sans sa propre négligence envers un frère cadet tant aimé...

La passerelle évoque avec beaucoup de justesse ce passage particulier et délicat, parfois chaotique, qui mène de l'enfance et l'âge adulte, ainsi que la prise de responsabilité de ses actes et les envies de s'assumer qui vont de pair. Il parle aussi de racisme, via la présence d'Emma-Mary regardée comme différente car vivant au sein d'une famille blanche. Mais ce roman n'est pas que cela, un roman initiatique ou un plaidoyer. Il est également pourvu de multiples ramifications narratives - nous partons quelques temps dans la famille rurale de Tassie - qui permettent au final de dresser le portrait d'un personnage, une toute jeune femme intelligente et sensible, que l'on aurait aimer connaître.
Un très bon moment de lecture.

bouton3 Editions Points - 7.50€ - Avril 2011

 Un billet très complet chez Amanda - Cathulu et moi avons noté la même citation en exergue - Aifelle est une adepte - ...

16 juillet 2011

Une carte postale de Lozère

Nous connaissions déjà un tout petit peu La Lozère, via le blog d'Anne (notre Insatiable lectrice) qui s'y est installée il y a peu, pour son plus grand bonheur... Nous voulions cependant voir ce département de nos propres yeux. Alors, toute la petite famille a traversé la France pour aller voir là-bas de quoi il retourne. Les photos ci dessous parlent d'elles-même, il me semble, car comme nous le supposions avant tout y est magnifique, grandiose, parfois rude (surtout les virages des Gorges du Tarn), mais si beau.

Ce fut une très belle semaine !!

loz_re

5 juillet 2011

Le Cheval soleil, Steinunn Sigurdardottir

Tu n'as vraiment rien d'un cheval soleil, ma petite.

le_cheval_soleil"Je n'ai [...] jamais été telle que je suis, sauf un temps après mon émergence de la gousse moisie de l'enfance. Avant que la vie elle-même ne s'abatte sur moi avec les gardes de nuit au service des mourants et la maison avec mes filles et tout. Ce temps-là, où je fus moi, fut le temps avec toi et ce fut toi qui me fis à mon image. Cette image de moi au bord de la mer est toujours dans mon portefeuille. Afin que je puisse la sortir en vitesse pour voir qui j'étais telle que je suis, qui je pourrais être."

Les parents de Li ne prennent pas soin d'elle, ni de son petit frère. Ils sont trop occupés à soigner et sauver les enfants des autres. Li découvre un beau jour, grâce à un amoureux combien il est bon et doux que quelqu'un soit là, pour elle, totalement. L'amoureux est prévenant mais la jeune fille le congédie bien avant que cela ne devienne trop sérieux entre eux. Il faut dire que rien n'est simple. Qui pourrait comprendre cette vie entre des Époux indifférents et un quotidien à sans cesse tenter de sauver du désastre ?

Le Cheval soleil est un roman surprenant, navigant toujours au bord du précipice. On frôle la folie, la maltraitance, l'absurde, sans pourtant y tomber réellement. L'Islande y paraît un pays bien dur, et peu coloré, un lieu où il est bon de saisir au vol le bonheur fugace qui vient vous éveiller de peur qu'il ne se représente jamais. Cependant, j'ai aimé me laisser bercer par son ambiance mélancolique. L'écriture de l'auteur accroche. Le dénouement laisse perplexe, vous le constaterez sans doute, mais peu importe, car on a suffisamment été troublé et captivé pour ne pas s'en offusquer. Un petit livre au charme particulier qui n'oublie pas de nous laisser réfléchir aux conséquences des blessures d'enfance.

bouton3 Editions 10/18 - 7.40€ - Mars 2011

 Une tentation contractée chez Cathulu - Lu aussi par Liloubi

6 mars 2011

Les chaussures italiennes, Henning Mankell

les_chaussures_italiennes"Il y avait quelqu'un sur la glace.
Une silhouette noire sur fond de blancheur immense. Le soleil était bas sur l'horizon. J'ai plissé les yeux pour mieux voir. C'était une femme. On aurait dit qu'elle marchait appuyée contre un vélo. Puis j'ai compris : c'était un déambulateur. Je grelottais de froid. Quelle que fût cette femme, je ne pouvais pas rester tout nu à côté de mon trou. Je suis rentré à la maison à toute vitesse en me demandant si j'avais eu des visions.
Une fois habillé, j'ai pris mes jumelles et j'ai escaladé le rocher.
Je n'avais pas eu la berlue."

Fredrik Welin, ancien chirurgien orthopédique, s'est réfugié sur une île il y a douze ans de cela suite à un bouleversement dans sa vie professionnelle... Il y vit depuis en reclus en compagnie de son chien et de son chat, perturbé seulement par la visite régulière de Jansson, le facteur. Tous les jours, il se baigne nu dans un trou creusé dans la glace et annote son journal. Pourtant dans sa vie actuelle rien ne se passe, seule la fourmilière qui a envahi une partie de son salon progresse tranquillement... Un beau jour, son ancien amour délaissé débarque brusquement arrimé à un déambulateur, Harriet. Fredrik découvrira alors que le temps de la solitude a tout à coup pris fin...

heart Voici exactement le type de lectures dont j'avais besoin en ce moment... des envies, comme ça, que l'on me raconte des histoires, et de belles histoires par dessus le marché. Pourtant, les personnages de ces chaussures italiennes ne sont pas tous recommandables mais ils ont décidé de vivre selon leur bon vouloir, de se rencontrer, de se quereller, de se pardonner, et aussi de finir leurs jours où bon leur semble, c'est tout. Je ne pouvais qu'assigner à ce livre un coup de coeur car à défaut d'être parfait, il a eu le mérite de me faire vibrer, beaucoup.
En vrac et au milieu de paysages de la Baltique que l'on devine magnifiques, vous trouverez des femmes battantes, des tours en bateaux, un facteur hypocondriaque, une roulotte tapie au fond d'une forêt, un lac, un road movie, un créateur de chaussures uniques et une fête d'été improvisée. Du rêve, de la chaleur et de la psychologie travaillée donnent à l'ensemble tous les ingrédients d'un très bon moment de lecture.

bouton3 Editions Points - 7.50€ - Février 2011 - Emprunté en médiathèque.

Entre autres lectures...

Pour Cuné : "Un roman magnifique et vibrant, tout en retenue et pureté. Des personnages qui explosent de présence, Louise qui croit en un monde où l'on résiste ou Jansson l'hypocondriaque qui peut prédire la météo grâce à ses pouces, de l'entraide, une douceur qui est tout sauf triste, un univers douillet et précieux que l'on quitte à grand regret. Je ne connaissais pas la plume d'Henning Mankell sous cet aspect, je suis complètement sous le charme."
Pour Cathulu : "Une psychologie fouillée mais sans pathos qui réussit tout en délicatesse à nous amener parfois au bord des larmes sans pour autant être déprimante, un roman chaleureux qui nous prend par la main et qu'on ne lâche plus."
Pour Aifelle : "Henning Mankell nous laisse entrevoir une rédemption possible pour Fredrik et c'est une fin qui me convient. Il excelle à nous transporter dans les paysages suédois, l'île, la forêt, la neige, le froid. Jusqu'à présent, je n'avais lu qu'un policier de cet auteur, sans plus d'intérêt. Là, je suis enthousiasmée par ce roman introspectif."

2 mars 2011

Les demeurées, Jeanne Benameur

lesdemeur_es"Elle court.
A la maison, les choses de l'école qui restent encore dans la tête s'en vont vite, chassées par le torchon de la Varienne, comme la buée sur les vitres, la vapeur qui s'échappe du faitout.
Elle est entrée. Elle a poussé la porte. Elle se coule entre les gestes de la mère, ne l'effarouche pas, se glisse, subreptice, dans la maison. Parfois La Varienne l'attend, debout, glacée. Luce va alors jusqu'à elle sans la regarder. Les grandes mains plates descendent sur le petit corps qui ne s'échappe pas. Qui vive ! Luce, à nouveau, reprend sa place à table.
Elle ne sort plus rien de son cartable. Elle le laisse près de la porte. L'école n'existe pas.
Entre la mère et la fille, le pacte. Total."

Une mère que l'on traite d'abrutie, à certains moments tout juste bonne à servir là-bas Madame, dans l'autre maison, et puis une petite fille prénommée Luce en âge d'aller à l'école. Une institutrice, Mademoiselle Solange, douce et têtue, qui veut amener l'enfant à la connaissance. Voilà toute l'histoire des demeurées. Mais rien ne se passe comme prévu. On n'éclate pas comme cela un duo mère-fille dur comme du fer, indestructible...

Je ne vais pas en dire de trop pour celles et ceux qui ne se sont pas encore penchés sur ce petit livre empli de poésie. Pour être honnête, le titre me rebutait, malgré vos avis multiples et enthousiastes. Je ne suis pas spécialement friande des récits mettant en scène des personnes différentes dont l'entourage se plaît à se moquer...  Ici, même si les remarques existent, l'essentiel est ailleurs, dans l'apprentissage des mots, du savoir, dans la place de chacun. J'ai aimé, beaucoup, la façon dont Luce vient à l'écriture. La description de ce moment magique, entre travaux d'aiguille et clarté soudaine, est très fort.

Je n'ai qu'un mot à dire (enfin deux), merci Clara !!

bouton3 Folio - 3€ - Juin 2002

Chez BOB, vous trouverez des liens multiples vers d'autres lectures de ce livre très lu sur la blogosphère.

De l'auteure, j'ai chroniqué également ... Laver les ombres  et Présent ? 
(je croise les doigts maintenant, et tous les orteils ensemble, pour qu'elle vienne réellement bientôt dans ma région comme prévu sur le programme de ma médiathèque - mention "à confirmer" incluse...)

18 août 2011

Skoda, Olivier Sillig.. Rentrée littéraire 2011

skoda"La chaleur vient toujours d'en bas, les pieds chauffent sur les cailloux de la route. Le ciel est de plus en plus bleu, un bleu plus froid, plus limpide. Stjepan reconnaît une étoile. Skoda dort. Le paysage défile, ça ne se voit presque pas parce qu'il se répète continuellement, recommence sans cesse. C'est comme si Stjepan était un hamster faisant tourner un décor de théâtre vertical : la première colline qui sort derrière lui devenant alors la plus éloignée devant lui. Stjepan se demande combien de temps l'enfant va tenir avant d'avoir faim."

On ne sait ni où ni quand l'intrigue de cet étrange petit roman se déroule, mais peu importe. La guerre est là et elle tue lors d'un raid aérien les compagnons de Stjepan sur la route, et cette femme, dans l'autre voiture, qui allaitait encore son bébé... Le nourisson respire encore alors Stjepan décide de le prendre avec lui. Un lien se crée entre eux deux, fort, qui donne bien du courage au jeune-homme, et le lance dans une course éperdue sur les chemins contre la violence, pour la vie...

La force de ce court roman tient dans son aspect fable et sa portée universelle. Le style en est simple, épuré, les images marquantes. En deux trois mots, tout est dit, et l'émotion est cachée derrière chaque page que l'on tourne. J'ai peut-être moins aimé certaines scènes, violentes, cependant essentielles par la dangerosité qu'elles évoquent, en contraste. J'ai beaucoup aimé, par contre, tout ce qui avait trait aux relations entre le nourisson vulnérable et cet homme qui se découvre ainsi des ressources insoupçonnées.
Une lecture coup-de-poing, mais aussi coup de coeur, qui souligne avec sagesse toute la fragilité humaine.

heart Coup de coeur ! - Editions Buchet Chastel - 11€ - Sortie le 14 Août 2011 (ou le 25 ?)challenge_1_

Lu en juin pour le Prix Fnac 2011 - (Heureuse d'avoir été sélectionnée d'ailleurs... Aucun des titres que j'ai lu n'a cependant été retenu dans la sélection finale, au complet ici, voilà qui est toujours un peu frustrant. Je vous présenterai les quelques romans reçus dans les prochains jours. La remise du prix du Roman Fnac 2011 aura lieu mercredi 31 août. Je viens de recevoir une invitation, mais je ne pourrai m'y rendre... dommage dommage. J'aurais beaucoup aimé entendre lire les personnalités invitées !!)

Première lecture du Challenge 1% rentrée littéraire
Mené cette année par Hérisson : 1/7

2 juin 2011

Une année avec mon père, Geneviève Brisac

Ce qui n'est pas écrit disparaît. (Ce qui est écrit disparaît aussi, le plus souvent. Mais d'une manière toute différente.)

une_ann_e_avec_mon_p_re"Ne plus conduire, ne plus s'autoriser à prendre un volant, un tel renoncement ne se peut penser aisément ni sans pleurer. Mon père est un hors-la-loi déguisé en homme de loi, un franc-tireur habillé en Salomon laïque, un aristocrate revêtu des insignes de la République. J'ai longtemps été dupe de ses proclamations.
Aujourd'hui, je sais qu'il n'attache vraiment de prix qu'à sa liberté."

Un accident de voiture, terrible. Du couple âgé qui avait pris la route ce jour-là ne survit que le père. Il est blessé, il faut s'en occuper, veiller, et en même temps respecter la distance qu'il impose, sa liberté d'homme fier et intelligent.
Une fille, respectueuse et inquiète, raconte ici son père, dans ces multiples moments partagés où la relation est sans cesse à recodifier, à réinventer, quand le corps vieillissant impose à tout être un lâcher-prise intransigeant, être à la fin de sa vie à la charge morale et physique de ses propres enfants...

Voici un récit où étrangement la pudeur naît de l'impudeur des faits relatés... L'entrée dans l'intimité est là, matérielle et corporelle, mais elle est marque de respect, de recherche de sens et de fidélité à la mémoire d'un homme que l'on a aimé et admiré. Geneviève Brisac mêle à son récit de nombreuses références littéraires comme si elle recherchait dans ses textes préférés, fondateurs, un appui sûr contre la déchéance des corps et l'évanouissement des vies.  
Un agréable et touchant moment de lecture que je rapproche, dans l'idée et en version masculine, au magnifique Grandir de Sophie Fontanel...

bouton3 Editions Points - 6€ - Avril 2011

Ma rencontre avec Geneviève Brisac date d'une lecture publique autour de Virginia Woolf - J'ai lu depuis La marche du cavalier et Les filles sont au café (52 ou la seconde vie)... parions que je ne vais pas m'en tenir là !

Ce titre a réconcilié Cathulu avec l'auteure, et moi je lis dans les commentaires qu'il me fallait attendre le bon moment, c'est fait... - La lecture très tentante également de Véro l'encreuse - Un très beau billet sur Enfin livre !

23 mai 2011

Objectif Pal de Mai ... A ta place de Karine Reysset

Le soir, sur la plage les pieds dans l'eau, je demandais aux mouettes aux vagues à la lune s'ils ne t'avaient pas vue.

__ta_place

"Si je ne l'avais pas connue, je serais entrée dans les ordres, engagée au service de Dieu, j'aurais porté le voile, posé mes genoux cagneux sur le sol froid et humide d'une pièce sans lumière. J'ai abandonné Dieu, seuls les idiots ne changent pas d'avis. J'ai préféré la vie-vitesse, la chaleur de sa peau, de l'alcool et des flammes, le tourbillon des danses sur la lande, les virées en mobylette, et puis et puis."

Chloé est revenue dans la vie de Cécile de manière fracassante. Un appel d'un centre psychiatrique et c'est tout un passé qui ressurgit dans le quotidien terne et sans joie de la jeune-femme.
Elle n'était autrefois qu'une adolescente pataude et cette amitié d'alors, inespérée, l'a révélée à elle-même, tout semblait possible. A présent, Chloé est prostrée, méconnaissable, incapable de parler de ce qui l'a amenée là, elle a besoin d'aide. Cécile donnera tout pour ramener son amie à la surface, lui insuffler la vie, en mémoire de ce qui les uni, puis séparé douloureusement dans le passé.

Je découvre Karine Reysset. Ce livre était pourtant dans ma PAL depuis bien plus longtemps que Les yeux au ciel, roman plus récent que j'ai beaucoup aimé (coup de coeur de ce printemps même !). Ici, l'intrigue est moins lumineuse, plus douloureuse, plus âpre, mais le contenu est toujours efficace, la palette encore une fois fournie en émotions et réflexions diverses. Karine Reysset excelle dans l'art de camper ses personnages. Ils ressemblent à la vie, je les trouve profondément humains, palpables. Décidément, j'aime cette écriture là. Je deviens adepte, c'est évident.
Me voici conquise par Madame Olivier Adam, je ne m'y attendais pas.

bouton3 Editions Points - 5.50€ - juin 2007objectif_pal_le_retour

Clarabel en parle ici  mais je l'avais noté chez son "2ème chez elle" lors de la sortie poche de ce livre... en 2007, gloups !!  J'ai bien peur qu'il soit aussi dans ma PAL depuis tout ce temps, quelle erreur !

Objectif Pal : 10/12

Pour déposer son billet de mai, c'est par ici.

14 juillet 2010

Les filles sont au café, Geneviève Brisac

lesfillessontaucaf_"Il paraît que tu écris un livre avec trois cent soixante-cinq histoires ? m'a demandé Tova avec curiosité.
Je me suis sentie confuse. Et effarée par ce chiffre énorme.
J'écris une histoire par semaine, ai-je dit timidement. Ca fera plutôt cinquante-deux. Pour montrer. Pour donner à voir. Ce qui grouille par en dessous, l'univers obscur de la pensée, les fantasmes et les histoires comme des algues, ou des poissons révélés par un rayon oblique. Ce que je ne sais pas vivre moi-même, ce que je ne sais pas que je vis."

Les filles sont au café sont la version poche du titre grand-format de Geneviève Brisac, 52 ou la seconde vie paru en 2007, mieux vaut le savoir... Je déteste, pour ma part, cette nouvelle manie éditoriale de changer les titres, de quoi piéger les lecteurs et troubler l'esprit.
Ce principe cependant admis, on comprend le choix du nouveau titre, car lire ce roman composé de 52 petites historiettes, parfois sans suite, revient en quelque sorte à suivre une conversation entre filles dans un café. Les confessions intimes et multiples sont reprises sous la forme d'un "je" commun qui raconte et décrit le présent, le passé, les expériences quotidiennes et des anecdotes pêchées au détour d'un lieu public.

J'ai été touchée, souvent troublée, parfois perdue dans des limbes d'incompréhension et finalement séduite par ce recueil d'un genre différent. Il est prenant de retrouver d'une nouvelle à l'autre des personnages que l'on parvient à reconnaître et à aimer (le neveu Nils par exemple), qui vivent notre vie, pas toujours rose et dans la norme. Geneviève Brisac n'hésite pas à donner son avis sur le monde qui l'entoure, à brosser des histoires dans le sens contraire du poil, des histoires qui dérangent un peu. Et puis, elle aime les auteurs que l'on aime, que l'on lit, elle nous semble ainsi tellement proche. Alors, bien entendu, ce livre n'est pas facile, il réclame au lecteur d'accepter d'être déstabilisé et de donner son accord au principe de l'exercice de style. Pas toujours évident quand la tête n'y est pas.
Voici un livre que j'ai pris et reposé à plusieurs reprises, cette fois-ci a été la bonne, tant mieux.

Une lecture où ça philosophe, ça sirote au café et ça se dispute...

"Si ton cerf-volant est cassé, garde la ficelle."

bouton3 Note de lecture : 4/5 - Editions Points - 7€ - Mars 2010

Pour l'or des chambres, c'est un coup de coeur de son année 2007 - Pour Florinette (qui me manque) c'est un roman dense aux multiples saveurs - Pour Clarabel, c'est sans cesse vif et impertinent - Cathulu est restée perplexe ...

Le site de l'auteure : http://genevievebrisac.com/

19 décembre 2010

Page noire de Giroud, Lapière et Ralph Meyer

La semaine dernière, j'ai ramené de la bibliothèque une pile de BD alléchantes, notamment quelques nouveautés sélectionnées par ailleurs pour le prochain festival d'Angoulème qui aura lieu du 27 au 30 janvier 2011. J'ai parfois quelques obsessions, comme ça. Et bien, et même si sur le moment il m'a semblé que Noël avait pris quelques avances, je n'ai eu que des déceptions (Omni-visibilis, bof ; Château de sable, trop troublant ; Arzak ne m'a pas convaincue non plus).

festival_banner

[Par contre, j'ai aimé plus tôt Le bleu est une couleur chaudeGirls don't cry, ou bien Cinq mille kilomètres par seconde...une sélection dans laquelle continuer de fouiller donc.]

pagenoireEtrangement, dernière de ma pile, empruntée également ce jour-là, cette Page Noire, non sélectionnée, dont je n'attendais pas grand chose m'a littéralement passionnée.

Nous sommes à New York et nous suivons les tribulations d'une jeune critique littéraire, Kerry Stevens qui cherche à percer le mystère d'un écrivain connu, Carson McNeal. Il est réputé pour son talent d'écriture mais intrigue aussi par sa volonté de rester dans l'ombre. Personne ne sait qui il est véritablement. Kerry se donne les moyens de trouver l'auteur qui mène par ailleurs une vie tranquille. Mais en sympathisant avec lui c'est un autre secret qui lui est dévoilé, lié au prochain roman de l'écrivain. Un roman dont Afia est l'héroïne, enfant elle fut la seule rescapée d'un camp de réfugiés palestiniens qui furent anéantis par les phalangistes libanais en septembre 1982. La mémoire de la jeune-fille est là tout près, derrière une opaque page noire...pagenoire03

Voilà, que vous dire de plus ? Je parie que comme moi vous ne lâcherez pas cette BD avant le mot fin, et que vous serez séduits aussi par le graphisme sans originalité mais sûr de ses planches.

Biblioth_que_et_LALEditions Futuropolis - 18€ - Aout 2010

Papillon n'a pas trouvé cette BD assez ambitieuse - Un très beau billet conquis sur le Blog à Malices

11 février 2011

Suzy Lee

Elle dessine de petites filles espiègles... D'un coup de crayon, tout est dit. Il n'y a rien à lire, juste à regarder. C'est beau. Il existe, entre autres albums, Miroir (Le Rouergue 2009) et La vague (Les éditions du Kaléïdoscope 2009). J'aime.

suzy_lee   suzy_lee_miroir

Pioché avec plaisir en médiathèque.

Bellesahi en avait déjà parlé par ici et par là.

Plein d'autres titres à découvrir en cliquant sur ce petit lien... http://www.suzyleebooks.com/books/

Bon week-end !!

6 mai 2010

Tout seul, Chabouté

toutseul"UN NAVIRE DE PIERRE IMMOBILE...
...UN BATEAU DE GRANIT QUI NE TANGUE PAS...
...IL NE NOUS EMMENE NULLE PART...
...IL N'ACCOSTE JAMAIS...
...A BORD D'UN PHARE, ON NE REJOINT JAMAIS AUCUN PORT..."

Un bateau de pêche accoste chaque semaine un phare automatique, censé être vide de toute vie humaine. Le propriétaire du bateau dépose deux caisses de ravitaillement puis s'éloigne... Son nouvel employé s'étonne et questionne. Qui peut vivre là ? L'inconnu à qui le pêcheur livre des vivres et des médicaments ne se sent-il pas seul ? D'ailleurs, tout seul est le surnom que l'on a donné à l'enfant mystérieux, déformé dit-on, devenu vieux, qui y séjourne depuis toujours, depuis en fait que ses parents, gardiens de phare, sont décédés... Qu'est-ce qui pourrait rompre sa solitude, lui faire plaisir ?

tout_seul_pl_bVoici un album magnifique, dont les dessins précis et fins, en noir et blanc, ont la faculté étonnante de faire du bruit... A lire les vignettes silencieuses, peu bavardes, on pourrait en douter mais tout à coup, en cours de lecture, surgit le son de la mer, celui des vagues qui tapent contre les rochers, et puis les mouettes et le vent se mettent de la partie.
Comment survivre lorsque l'on a pour seule compagnie un dictionnaire et un poisson rouge inexpressif ? On survit grâce à la magie des mots et à son imagination.
Un concentré d'émotion, de sensibilité et une bonne dose d'onirisme à faire fondre n'importe qui...- pfff le coeur en déborde - dans ce livre qui porte haut l'art de la BD, et un album qui s'avère lumineux, alors qu'on pourrait le penser d'emblée sombre comme sa couverture. Une belle découverte, enfin, suite à quelques autres déconvenues... A suivre.

Biblioth_que_et_LALEdtions Vents d'Ouest - 25€ - Septembre 2008

Une autre critique enthousiaste sur Biblioblog

1 décembre 2010

Le bleu est une couleur chaude, Julie Maroh

lebleuestunecouleur_chaude"Quand j'ai compris que j'étais attirée par les filles. J'ai enfoui ce secret au plus profond de moi-même. [...] On ne choisit pas de qui on va tomber amoureux et notre conception du bonheur s'impose à nous-même selon notre vécu."

Clémentine est troublée, depuis qu'elle a croisé cette étudiante aux cheveux bleus dans la rue, depuis qu'elle a reçu son sourire en plein visage, ses rêves sont devenux gênants. "Je suis une fille et une fille ça sort avec des garçons." Mais le désir est là, plus fort que tout, lui fait quitter Thomas, sursauter à chaque tâche de bleu et permet de renouveler la rencontre. L'étudiante s'appelle Emma, mais les obstacles pour s'aimer sont grands, douloureux, blessants...le_bleu_couleur_chaude_planche

Voici une bande-dessinée au thème sensible qui traite avec maestria du désir amoureux, de l'adolescence et de l'homosexualité. La qualité graphique - ce jeu des couleurs (jamais le bleu ne m'avait semblé si chaud, effectivement, auparavant) - apporte beaucoup à une histoire qui n'est rien moins qu'universelle. Car voilà ce qui m'a frappé ici en effet, au-delà de l'homosexualité, c'est de la force du sentiment amoureux dont il est question et des choix de vie que parfois ils nous imposent. Petit bémol personnel, j'aurais aimé que la fin soit plus positive, voilà qui aurait été plus réconfortant, porteur d'un message plus clair, et pourtant je ne suis pas pour les happy-end, en général !

Editions Glénat - 14.99€ - Mars 2010

http://www.juliemaroh.com/

Cet album figure dans la sélection du Festival d'Angoulème 2011

23 novembre 2010

Pause, blabla et compagnie

enfantpauseHier, j'ai eu 38 ans. Bizarrement, l'âge qui avance me rapproche de l'enfance, de ce qui m'a toujours été essentiel, il a ce pouvoir que je ne soupçonnais pas de lisser les aspérités, de ranger les priorités comme des livres dans des rayons de bibliothèque.
Demain soir et jeudi soir, je vais écouter lire Brigitte Giraud, et l'entendre parler de Pluie (Kirsty Gunn)... je savoure ma chance à l'avance.
Je mets donc ce blog en sommeil, pour deux/trois jours, mais ne vous méprenez pas, pendant ce temps je ne dors pas, je profite !!

15 novembre 2010

Portrait collant

portrait_collantAujourd’hui, je me couvre la tête sous la pluie, de peur d’être en sucre. Les cheveux au vent en toutes saisons, très peu pour moi. Friser le nez sous les gouttes, cacher mes boucles en pagaille sous une capuche, cela me suffit. J’ai laissé derrière moi l’enfance, le printemps qui amène l’herbe sucrée, le temps où je me prenais pour Panpan, le lapin de Bambi. Pourtant, il n’est pas si loin le craquant des œufs de Pâques sous ma langue d’enfant, le goût des glaces pop en carton au bord de la piscine municipale, le rouge brun des mûres arrachées aux buissons piquants, les heures à lire au soleil un caramel collé au palais. Je déconne, je mens, je sais que j’ai oublié d’être vieille. Je ris avec eux, je suis comme eux. Même quand le cœur pleure, surtout quand il pleure. Dans un nougat craquant, dans un réglisse en spirale, dans leurs baisers collants, cachée derrière la maison en biscuit d’Hansel et Gretel, je fuis la pluie, l’hiver, mes détresses.

© Les écrits d'Antigone - 2010

Voici le texte que je propose en participation au concours de Myrtille sur son site Petits Secrets Sucrés . Pour voter pour moi il suffit de cliquer sur ce lien [clic] et de noter mon texte. N'hésitez pas à participer à votre tour ! .

12 septembre 2009

La Mariée mise à nu, Nikki Gemmell

lamari_emise_nu"Ainsi qu'il a été dit :
L'amour et une toux
ne sauraient être cachés.
Même une petite toux.
Même un petit amour.

Anne Sexton"
(citation extraite du livre, en exergue de la troisième partie)

heart Une femme, inspirée par les écrits d'une auteure elisabéthaine, commence un journal, qui relate les premiers jours de son mariage, la trahison supposée de son conjoint, puis sa rencontre avec un homme, acteur et futur amant.
Il apparait très vite que, loin de l'image d'épouse parfaite et de jeune femme sage qu'elle donne à l'extérieur, son esprit fourmille de fantasmes et de désirs inavouables...mais jusqu'où suivre l'impulsion de ses sens ?

Je connais depuis longtemps Nikki Gemmel, ayant beaucoup aimé auparavant ses Noces sauvages et Love song (injustement épuisés chez 10/18). Je savais que cet opus là était bien différent, qu'il ne traitait ni du bush ni de l'Australie, et que l'auteure l'avait tout d'abord sorti sous anonymat (par crainte des réactions de son entourage). Je redoutais en fait d'être terriblement déçue.
Mais rien de tout cela. J'ai retrouvé avec grand plaisir le "ton" Nikki Gemmel, sa manière bien à elle de parler des hommes et de l'amour. J'ai retrouvé le plaisir de la lire.
De la même manière qu'Eliette Abécassis avait brisé les tabous de la naissance dans son heureux évènement, Nikki Gemmel brise ici les tabous du mariage et de la sexualité au féminin. Et cela est très libérateur, et bienvenu.
Merci Anne, pour ce prêt !

bouton3 Note de lecture : 5/5

Livre de Poche - 6.95€ - MAI 2008

La lecture de Lily - Celle de Stéphanie La lecture de Solenn - Dans les jardins d'Hélène - Beaucoup d'enthousiasme en général ... mais Clarabel a moins aimé - Me voici moi très très enthousiaste ;o)) en comparaison.

29 septembre 2010

Un autre amour, Kate O'Riordan

un_autre_amour"Pour être parfaitement honnête, je ne sais pas quoi penser. Je ne me reconnais pas. Je ne sais pas si c'est mon moi réel, celui que j'aurais dissimulé toute ma vie. Ou juste une mauvaise excuse pour faire une pause dans la réalité."

Connie et Matt forment un couple sans histoires. Avec leurs trois garçons, ils vivent à Londres. Lui est dentiste et elle crée, avec son amie Mary, des cartes originales qui connaissent un succès certain.
Cependant, lors d'un week-end à Rome, les époux font la rencontre inopinée d'une ancienne amie d'enfance, Greta, visiblement à la dérive. Matt décide de rester en sa compagnie pour lui venir soi-disant en aide. Connie rentre seule, effondrée, dans l'obligation d'affronter le regard inquisiteur de ses garçons, dans l'obligation de faire façe, déterminée finalement à ne pas renoncer si facilement à l'amour de sa vie...

A l'instar de Pierres de mémoire, dont je conserve un excellent souvenir, Kate O'Riordan tarde dans ce roman à nous plonger dans l'essentiel émotif de ses personnages...mais ce n'est que pour préparer mieux le terrain d'un tourbillon qui laisse encore une fois le lecteur pantelant en fin d'ouvrage.
En effet, loin de nous bercer d'illusion, de ne nous donner à voir qu'une Connie bafouée et innocente, l'auteure sait par petites touches dresser un portrait original de l'adultère. J'ai aimé que dans ce roman, personne ne soit parfait, chacun ravale en soi des pensées pas très belles, que l'amour y soit si tenace et aux multiples facettes.
Matt y est le personnage sacrifié. Les enfants en sont les héros malgré eux. La solitude étend sa toile et pousse Mary, l'amie reléguée en périphérie, au bord du précipice. Connie ne sort pas grandie de son combat pour l'amour et la famille. Seule Greta semble retrouver au final son chemin vers elle-même...
Une lecture troublante et passionnée, et un judicieux portrait de société.

bouton3 Note de lecture : 4/5 - Editons Joelle Losfeld - 22€ - Sept 2010

La lecture de Cathulu - Celle de Kathel - Et bien d'autres avis chez Bob !

12 février 2010

Il y a...

vanessa_paradis_il_y_a« Parfois on regarde les choses
Telles qu'elles sont
En se demandant pourquoi

Parfois, on les regarde
Telles qu'elles pourraient être
En se disant pourquoi pas

[...]

Il y a là la littérature
Le manque d'élan
L'inertie le mouvement

Parfois on regarde les choses....

Il y a là les mystères
Le silence sous la mer
Qui luttent contre le temps

Il y a là les bordures
Les distances, ton allure
Quand tu marches juste devant. »

Découvrez la playlist vanessa avec Vanessa Paradis

11 juillet 2010

Bulles et Nacelle, Renaud Dillies

bulles_et_nacelle"Oui, c'est vrai, j'ai peur d'écrire, de céder au vertige de mes sensations. Comme si j'avais peur de souiller un beau tapis blanc immaculé de mes souliers tout crottés de maladresse...
Je gis dans le silence, cherchant à me distraire.
Que puis-je raconter qui soit vraiment utile à moi-même ou à quelqu'un d'autre ?
Ou alors utile comme une bulle de savon, une guirlande..."

La solitude, c'est chouette !bulles_et_nacelle1 Si si. A la télé, on regarde ce que l'on veut, on mange à l'heure qui nous convient, idem pour la douche, et je ne parle pas du livre que l'on peut commencer au beau milieu de la nuit sans gêner les voisins...remarquez s'il n'y a pas de voisins.
Une petite souris, écrivain de métier, clame haut et fort son amour de la solitude mais alors qu'un oisillon choisit d'apparaître à chaque fois qu'elle ressent ce vide des autres, un trouble la gagne... et si elle avait tort. Et si cet amour de la solitude ne cachait en fait qu'une impuissance d'écrire réellement ce qu'elle souhaite, si elle n'enviait pas tout simplement le décorateur de la ville si affable et cet enfant qui souffle des bulles là-bas, tout ce qui rend les choses un moment plus jolies. Elle aimerait écrire la vie de cette manière-là, ses phrases seraient des guirlandes et ses mots des bulles...

Voici un album qui touche sans prévenir sous des dehors innocents. Il m'a mise Ko, c'est dire. Une réflexion sur l'écriture qui ne clame pas son jeu et une infinie poésie des vignettes, j'adore !

Editions Dargaud - 15.50€ - juin 2009            

Merci ma bibli !

31 mars 2010

L'Echappée, Valentine Goby

l__chapp_e"21 mars, jour du printemps. Soleil éblouissant. Ricochant partout, allongeant de vraies ombres, nettes et noires sur le sol clair. Madeleine marche vers le théâtre, il y a de l'or dans ses cheveux. Elle sent la température de l'air, elle y fait attention. D'habitude ça ne fait rien qu'il fasse chaud ou froid ou tiède, ça n'a pas d'importance, la couleur des feuilles. Aujourd'hui, elles sont vert translucide, presque jaunes, le soleil passe à travers et revèle un réseau de veinules minuscules, dentelle fragile, Madeleine en éprouve un plaisir immédiat. Ce matin, elle est d'accord pour avoir des yeux, une peau, un corps. Joseph Schimmer est de retour."

Madeleine a seize ans. Elle travaille sur Rennes, dans un hôtel, au coeur de l'occupation. Joseph Schimmer est allemand, musicien. Il lui demande un jour, à elle qui ne connaît pas la musique, de devenir sa "tourneuse de pages". Elle accepte, inconsciente, fascinée, séduite, car tout vaut mieux que les sillons de Moermel, la névrose de sa mère, le comportement maniaque de son frère aîné et le silence de son père. De cette union brève, naîtra une enfant blonde aux yeux clairs, Anna, qui entraînera sa mère sous les tondeuses des FFI, et la fera fuir et errer aux quatre coins de France, en recherche de travail et d'oubli...

Je suis fascinée, encore et toujours dans ce texte, par la force d'écriture de Valentine Goby. Elle a une langue riche de mots, de virgules, qui virevolte et pédale (début du roman magnifique). Le thème qui court le long de L'Echappée n'est pas nouveau, il rappelle celui de La femme de l'Allemand de Marie Sizun, mais ici l'originalité tient dans cette manière précise qu'à l'auteure de décrire les sentiments flous et remplis d'intuitions de Madeleine. Et puis, j'ai beaucoup aimé cette fin à tiroirs qu'elle nous propose, comme si, dans la vie, plusieurs destins étaient possibles, atteignables, le jeu du hasard ou des choix. Malgré un thème dur, un beau moment de lecture.

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Note de lecture : 4.5/5 - Folio - août 2008 - 6.10€

Biblioth_que_et_LALLu aussi par Florinette qui le décrit comme magnifique et bouleversant - Un roman fort pour Clarabel - Un livre d'une grande beauté pour Lily - Une réussite pour Alice - Un coup de coeur enthousiaste pour La Pyrénéenne !! - Anne a été prise en cours de route mais est restée jusqu'à la fin sous la magie de ce récit ...

Ma lecture de Qui touche à mon corps je le tue (Mon coup de coeur à moi !!)

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Les lectures d'Antigone ...
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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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