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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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12 avril 2014

L'Ecriture et la vie, Laurence Tardieu

lecritureetlavie

 "Ce qui s'est joué d'essentiel sur le plan du parcours d'écriture, une fois La Confusion des peines achevée, pourrait se formuler ainsi : maintenant que j'avais écrit ce texte, texte de libération, texte autobiographique, texte qui m'avait permis de re-naître en trouvant enfin ma voix, voix qui venait cette fois de mon corps entier et non plus seulement d'une partie de moi (il me semblait avoir "écrit à corps déployé"), maintenant que à l'issue de ce texte, j'avais trouvé ma liberté, en tant que femme mais aussi en tant qu'écrivain (puisque j'avais comme jamais jusque-là repoussé mes frontières, tordu la matière des mots pour en tirer un son qui soit le mien, précisément le mien), maintenant, donc, que soudain j'étais libre, où aller, et, d'ailleurs, pourquoi aller quelque part ?"

L'Ecriture et la vie est un journal de bord qui nous raconte une tentative de retour à l'écriture, le seul livre possible alors que la plume est sèche et le chemin perdu. Après avoir mis beaucoup d'elle dans La confusion des peines, et grandit avec ce titre, Laurence Tardieu a eu le sentiment que ses mots désormais sonnaient faux, étaient vains. Peu à peu, dans ce récit, elle s'aperçoit qu'au contraire une porte a été ouverte, déjà entrebâillée d'ailleurs avec Rêve d'amour, et que là est la nouvelle vérité de son écriture, ancrée plus que jamais dans le réel et la vie. En cela, elle sait suivre les traces d'autres grandes femmes écrivains comme Annie Ernaux, ou Camille Laurens. La voix de Jean-Marc Roberts, éditeur disparu de chez Stock, accompagne ce petit texte, en préface, et au fil du temps qui passe... Un coup de coeur évident !

Editions Des Busclats - 12€ - Janvier 2014

Comme je vous l'avais annoncé dans mon précédent billet, j'ai pu assister hier au soir à une rencontre avec Laurence Tardieu au sein de ma bibliothèque. L'écouter parler de son livre et de ses précédents écrits, expliquer ce qui s'était passé depuis le très fort La confusion des peines, a été pour moi la source d'une émotion assez inattendue. J'ai été très touchée, je pense, d'entendre à haute voix ce que j'avais lu, et compris d'elle, entre les lignes. Et puis, le chemin que Laurence Tardieu suit est tellement proche de celui que je voudrais avoir l'envergure de prendre (pfff). Je me suis présentée à elle lors de la dédicace (ce que je ne fais pratiquement jamais) et notre échange rapide m'a bouleversée (qu'elle connaisse apparemment ce blog m'a tellement surprise et troublée). Cette rencontre, dans son ensemble, était un moment que je n'oublierai pas et qui rajoute sa petite pierre aux autres moments vécus avec toutes ses femmes merveilleuses et pourtant si différentes... Emmanuelle Pagano, Brigitte Giraud, Jeanne BenameurCamille Laurens, Leonora Miano, etc...
Je souhaite à Laurence Tardieu un très beau et long nouveau chemin d'écriture, merci à elle !! Son prochain roman (récit ?) est presque terminé, j'ai hâte.

tardieu

(crédit photo Babélio.com)

D'autres lectures de L'Ecriture et la vie chez... Cathulu [clic] - Jack [clic] - Cuné [clic]

Tout Laurence Tardieu sur ce blog [clic ici]

 

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28 avril 2012

Les Leçons du Mal, Thomas H.Cook

lesleconsdumal"Bien entendu, la nature de ce que j'avais fait était tout à fait claire. Je ne pouvais me méprendre sur le sens de la surexcitation que j'avais perçue dans la voix du shérif Drummond lorsque je lui avais parlé d'Eddie Miller, de Sheila Longstreet, de la fourgonette marron, ni sur la promptitude avec laquelle il avait dû se croire obligé d'agir, et contre qui. Par mon appel téléphonique, j'avais fait d'Eddie le principal suspect dans la disparition de Sheila."

Professeur, Jack Branch tente avec emphase d'attirer l'attention des élèves de sa classe. Tous originaire Des Ponts, le quartier ouvrier de la ville, parfois en difficulté, ces jeunes gens ont en général peu d'intérêt pour ce qu'on leur enseigne. Il a choisi comme thème Le Mal et en profite pour brasser ainsi des pans entiers de l'histoire et de la littérature. Sa technique d'enseignement fonctionne visiblement et le professeur s'attache peu à peu à Eddie Miller, un de ses élèves prometteurs, qui se trouve être aussi le fils du "tueur de l'étudiante". Jack lui suggère pour son devoir de fin d'année d'enquêter sur son père, persuadé que cela aidera le jeune homme taiseux et solitaire à franchir une étape.

L'écriture de ce roman noir a su me séduire, et j'ai trouvé ses personnages plutôt attachants et largement brossés par l'auteur. Thomas H.Cook est agréable à lire.
Cependant, il faut bien dire que l'intrigue, à force d'être ponctuée de funestes prémices annonciateurs en devient lourde, le dénouement arrivant ensuite inévitablement en conclusion comme une déception jamais à la hauteur du terrible malheur attendu. Cette technique stylistique m'a assez agacée, ainsi que l'idée que des cours relativement glauques sur Le Mal puissent sortir des élèves en difficulté de leur voie tout traçée.
Une lecture en demi-teinte donc.

Editions Points - 7.50€ - Janvier 2012

Plus de lectures sur Babélio

9 octobre 2013

Nouons-nous ~ Emmanuelle Pagano ... Rentrée littéraire 2013 (coup de coeur !)

"Nous lisons toujours ensemble, et si nous nous manquons de quelques lignes, nous nous attendons."livre-nouons-nous

"Après son départ, comme si je n'étais pas assez triste encore, je me suis entourée de choses qui font pleurer. De musique en premier, parce que les larmes naissent près de l'oreille, du mineur à m'en noyer, et de promenades près de la rivière en soirée. J'allais au bord de l'eau, vers une lumière brisée, là où la végétation est si tassée que la lumière pour y tenir doit se coucher, oblique pour se glisser à travers les branches basses des arbres ficelant cent fois la rive, que la lumière ne peut être que celle de la fin du jour. J'avais besoin de choses comme ça, finissantes, altérées, déchirantes et fatiguées, pour aller tout au bout de mon chagrin."

"Depuis que je l'ai rencontrée, des éléments manoeuvrent en moi. J'entends de temps en temps le déclic des pièces, dans mon corps, je ressens le souple roulement des engrenages, tout le lent et délicat travail de rouages que je ne soupçonnais même pas. Je ne sais pas quelles fractions de moi jouent, ni comment elles s'entraînent les unes les autres. Je suis à l'écoute de ces rénovations dans ma carcasse soudain docile. Ca bouge, mais qu'est-ce qui bouge ? Elle fait changer mon corps, le remue de fond en comble, sans violence. Elle modifie mon intérieur. Elle a juste gardé l'ossature et la peau, elle régence tout dedans. Je ne comprends pas ce qui se passe."

Dans Nouons-nous, l'amour est composé de petits détails. Et comme Emmanuelle Pagano sait si bien le faire (avec cette voix si unique qui m'enchante à chaque fois que je la lis), nous naviguons ici à fleur de peau, et près du moindre grain de poussière. Car la vie, les sentiments, sont dans les gestes du quotidien, ceux que l'on accepte de partager ou non, ceux qui nous manquent quand l'autre s'absente. Son texte est une suite de fragments qui nous racontent chacun une histoire différente, individuelle, qu'elle soit contée via un regard masculin ou féminin.
Comme toujours chez l'auteure, rien n'est caché, tabou, hors des mots. Et pourtant, rien n'est vulgaire non plus. Les corps réels avec leurs désirs et leurs disgrâces éventuelles, leurs langages particuliers, ont leur place.

L'amour se joue de nous, de ses personnages, noue entre deux êtres un lien fort, et puis parfois décide de le dénouer, ou de le consolider. Contre le pouvoir de l'attraction des corps, que pouvons-nous ? Emmanuelle Pagano, regarde, écoute, prend des notes, et laisse faire. Un tendre coup de coeur pour ce livre fortement poétique !!

Editions P.O.L - 16€ - Octobre 2013

Tout Emmanuelle Pagano sur ce blog - Un excellent billet ici !

Challenge 1% rentrée littéraire : 6/6

challengerentree2013

(clic sur le logo pour plus de détails sur le challenge)

Les coups de coeur des blogueuses

10 avril 2009

A ne pas manquer...

on_n_est_pas_l__pour_disparaitre...une sortie "poche" chez Folio, d'un de mes coups de coeur de 2007 !

La présentation du site Gallimard :

Olivia Rosenthal

ON N'EST PAS LÀ POUR DISPARAÎTRE

FOLIO 240 pages - 6,00 €

 

« Le 6 juillet 2004, Monsieur T. a poignardé sa femme de cinq coups de couteau. Quand, lors de son interrogatoire, on a demandé à Monsieur T. pourquoi il avait agi de la sorte, il a été incapable de répondre.
Comment vous appelez-vous ?
Pas moi.
Quel est votre prénom ?
Il ne m'appartient pas. »

On n'est pas là pour disparaître part du portrait d'un homme atteint de la maladie d'Alzheimer pour saisir sur le vif ce qu'est la perte de la mémoire, de la parole et de la raison. Avec ce septième livre optimiste et désespéré, Olivia Rosenthal confirme son talent et son inventivité langagière.

 

ISBN 9782070379859. Parution : 02-04-2009.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore une lecture disparue avec mon ancien blog...!
Mon avis : Dans ce livre-ci, Olivia Rosenthal part à la recherche d'une pensée en perdition, éloignée de tout chemin connu et de toute logique. J'en ai aimé l'écriture, la sonorité, et malgré tout le sujet - qui m'était peu connu auparavant. L'auteure y dévoile, un peu aussi, quelques fragments de vie personnelle... A découvrir !!

 

heart

Un article Sur remue.net, suite à l'obtention du prix Wepler - L'avis de Télérama - Des extraits sur l'excellent blog de "lignes de fuite" - Laure n'a pas accroché plus que cela - Lily pense en dire trop tellement...mais non, c'est bien - Un roman fort et dérangeant pour la bibliothèque du Dolmen - Gambadou l'avait lu aussi mais son billet a disparu avec son ancien blog, zut !

 

27 juin 2017

Les Bottes suédoises, Henning Mankell

lesbottessuedoises

Tu ne pensais pas pouvoir lire encore un inédit d'Henning Mankell, encore deux ans après sa disparition... Quelle joie donc que cette sortie poche ! Les bottes suédoises sont la suite des Chaussures italiennes, avec lequel tu as découvert l'auteur en 2011, et c'est comme une boucle qui se boucle, car tu as entre temps passé de merveilleux moments aussi avec son personnage Wallander... D'ailleurs, tu as trouvé dans ce roman beaucoup de similitudes avec L'homme inquiet, le dernier opus de la série. Cette même appréhension du grand âge et du corps qui ne suit plus, la solitude, l'envie de se rapprocher de sa fille et de sa petite fille... Tout commence lorsque Fredrik, aujourd'hui un vieil homme de soixante dix ans, échappe de peu à l'embrasement de sa maison. Il se retrouve alors hors de chez lui, devant sa maison détruite, avec pour seul bien une caravane et une paire de bottes dépareillées. Il vit depuis longtemps sur cette île, dans cet archipel du nord où tout le monde se connaît et se rend service. Qui a pu vouloir lui faire du mal ? Fredrik est soupçonné d'avoir mis le feu à sa propre maison, une journaliste vient l'interviewer... Mais d'autres maisons prennent feu, tandis que des personnalités du coin décèdent subitement... C'est la fin d'une époque et Fredrik se rend compte à quel point il tient à Louise, sa fille, dont il a appris l'existence dans Les chaussures italiennes. Il fera tout pour reconstruire sa maison et lui léguer un bel héritage... Et toi lectrice tu as aimé ton tête à tête avec les mots, les phrases et la douceur d'écriture d'Henning Mankell. Tu fais de cette lecture un tendre coup de coeur, persuadée qu'elle ne plaira pas à tout le monde, par trop de lenteur, de tranquillité narrative... mais toi tu l'as aimée, beaucoup, et tu as encore le bruit des flots dans la nuit de l'hiver baltique dans les oreilles. Merci monsieur Mankell !

Editions Points - juin 2017 

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4 mai 2017

Hollywool

Hollywool

Allez, tu as envie de parler bricolage et tricot aujourd'hui... Tu dois dire avant tout que la vie te réserve bien des surprises et des clins d'oeil ces derniers temps. Merci à elle ! Toi qui parle tricot sur ces pages depuis quelques années maintenant, et surtout des kits We are knittersque tu as grand plaisir à monter, tu découvres soudain l'ouverture d'une boutique, à deux pas de ton travail, vendant cette laine que tu adores, et d'un lieu - convivial - pour venir papoter, tricoter, échanger, soit le jeudi midi, soit via des ateliers. Tu t'y es rendue ce midi, gentiment accompagnée. Vous êtes restées longuement assises sur un joli canapé vert à boire du thé et à rêver tout haut laine et projets. Tu as craqué sur trois pelotes, ce sera donc ton prochain ouvrage, à nouveau un Juliet Tee, ce petit haut que tu avais assez réussi la dernière fois, en bleu. Et tu reviendras... cette fois-ci sans doute avec tes aiguilles. Merci pour l'accueil !! 

Hollywool
8 rue des Halles
85000 La Roche sur Yon

Ouvert du mardi au samedi de 10h à 18h

http://hollywool.fr/

  hollywool2      Hollywool3

hollywool1      hollywool4

26 juillet 2016

Entre ici et ailleurs, Vanyda

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 "Ça te dirait qu'on mange ensemble ce soir ? Je t'invite."

Coralie vient de se séparer de son copain de longue date, et à 28 ans, se retrouver seule dans un appartement est assez incongru, et même un peu décourageant. Elle n'a pas très envie de sortir de chez elle, se contente d'aller au bureau, et de bavarder avec sa collègue Océane. Heureusement, son frère est là, qui la titille. Il vient parfois de Paris jouer aux jeux vidéo avec elle. Pour lui prouver qu'elle est capable de s'inscrire à un sport, elle commence des cours de Capoera. Le groupe s'avère très sympathique, et de conversations en rencontres amoureuses ou amicales, Coralie va se rendre compte qu'elle peut en apprendre encore plus sur ses origines à demi laotiennes, et peut être s'inventer une nouvelle vie. En effet, on l'interroge régulièrement sur sa nationalité, son appartenance, ses goûts culinaires et les rites auxquels sa famille se plie. Très proche de Kamel, elle entretient avec lui un dialogue intéressant sur leurs origines et leurs différences, tout en cherchant sans le chercher l'amour. 

Comme toujours, lire un album de Vanyda est un délicieux moment. J'aime son trait, la fluidité de son dessin, sa façon de croquer les gens, les réflexions sur l'existence qui émergent des dialogues. Entre ici et ailleurs est un opus réussi, il semble s'inspirer des propres interrogations de l'auteure (voir le rabat de la quatrième de couverture) sur son vécu de fille d'immigré. Et c'est une véritable bouffée d'air, et réconfortant de constater, que l'ouverture est possible, et finalement si simple. Une BD qui allie quête des origines et recherche de soi.

Editions Dargaud - 14.99 - Janvier 2016 - Merci ma bibli !!

Pour Moka, c'est une réussite, et elle parle aussi de bouffée d'oxygène !

entreicietailleurs1

28 avril 2016

Les albums filmés de l'école des loisirs

Il est difficile de parler de ces DVD dans le contexte actuel. L'Ecole des loisirs est en effet une maison d'édition qui vit actuellement un chamboulement. Je vous renvoie donc à l'excellent et délicat billet de Cuné [pour en savoir plus]. Je tenais cependant à vous parler quand même de cette sortie, car en effet, les albums que contiennent les trois premiers coffrets édités, soit 24 albums, ont bercé l'enfance de mes deux enfants. Et tous les trois nous étions véritablement bien curieux de savoir comment il serait possible de faire une version filmée de ces ouvrages sans tomber dans le dessin-animé.  
Mes enfants ne sont plus très petits (14 et 10 ans), mais ils se souviennent très bien de ces lectures marquantes, et souvent très colorées. J'ai privilégié le premier coffret, celui qui contient Juste un petit bout d'Emile Jadoul (album que j'avais adoré lire à mes petits quand ils étaient petits), dont vous retrouverez un extrait plus bas (parmi d'autres extraits). Nous nous sommes donc installés tous les trois dans le salon pour assister au spectacle, car c'est un peu ça, comme se rendre à la bibliothèque pour assister en réalité à une véritable lecture à haute voix, agrémentée de musique douce. Il y a eu des oh et des ah, beaucoup de souvenirs, et des éclats de rire... Nous avons été conquis. Rien ne remplace les livres cartonnés, bien entendu, mais ce support est un petit plus amusant. En souhaitant que cette merveilleuse maison d'édition ne perde pas son âme. Croisons les doigts.

Des albums filmés à regarder en famille, un cadeau à faire à de jeunes parents (qui ne savent peut-être pas toujours comment mettre le ton ou vivre les histoires) ou à ses jeunes enfants, une chouette idée ! 

albums-filmes

3 coffrets de 8 histoires sont disponibles - 15€ le coffret - Mars 2016

20 avril 2016

Les grandes et les petites choses, Rachel Khan

lesgrandesetlespetiteschoses

 "J'ai en moi la déportation, la colonisation, l'immigration et, à la vitesse où vont les choses, je me demande ce que pourront inventer les prochains tyrans de l'humanité. Mais je serai plus rapide qu'eux."

En Nina plusieurs origines se mélangent. Et à la maison, c'est tout pareil. D'un côté, il y a Yoram, son grand-père maternel juif polonais, et puis de l'autre, son père, noir et africain, professeur d'anglais. Avec eux, vivent sa mère libraire, et puis le petit frère, fan de hip-hop. A l'extérieur, Nina tente de se forger un avenir solide en suivant des cours de droit mais le milieu dans lequel elle évolue la regarde d'un oeil plein de préjugés, et puis il y a ce professeur, Monsieur Chauvel, qui la note sévèrement et semble rester bloqué sur sa couleur de peau. Nina se débat, avec l'image qu'elle a d'elle même, celle qu'on lui renvoie, et les cases dans lesquelles on la rangerait bien. La danse classique n'a pas voulu d'elle lorsqu'elle était enfant, car on lui a expliqué qu'un corps de ballet doit rester homogène. Mais comment se décider réellement à présent pour l'athlétisme, où pourtant elle excelle naturellement, trop naturellement à son goût, pour un sport de noire ? Et puis à dix-huit ans tout juste, la vie est là, l'amour, le coeur palpite, s'emballe et s'émeut, voudrait croire à tous les mélanges possibles. Plus Nina est perdue et plus elle se jette dans la course, comme si tout à coup courir pouvait effacer toutes les différences, et enfin rassembler.

J'ai eu un peu de mal, en début de lecture, à dépasser mes trop grandes impressions de légèreté avec ce roman qui est pourtant d'une grande richesse. Le phrasé de Rachel Khan, jeune et faussement désinvolte, y est pour beaucoup. Et pourtant, peu à peu, au fil des pages, j'ai réussi à discerner sous les mots, sous le foisonnement et la répétition, tout l'espoir et le désespoir mêlés, la souffrance, le rire qui recouvre la souffrance, et ce mouchoir que l'on pose sur des plaies ouvertes pour ne pas déranger. En parcourant la biographie de l'auteure, après avoir refermé ce livre, j'ai pu me rendre compte de tout ce qui avait été vécu et mis à l'intérieur. Alors, en fin de lecture, je n'ai plus tellement cru à la légèreté, mais seulement à quel point Les grandes et les petits choses croyait en l'humain.

Editions Anne Carrière - 17€ - Février 2016

 Ma première lecture dans le cadre du challenge...

68premieresfois

 

16 avril 2016

Samedi... petit récapitulatif des projets en cours

bleu

Tandis que mon tricot bleu avance tout doucement...

- jusqu'à fin mai, il y aura sans doute encore sur ce blog quelques lectures pour le prix Cezam [clic]. J'ai lu 5 romans de la sélection (nombre suffisant pour voter), et 4 BD (dont Un océan d'amour qui n'est pas encore chroniqué). Je lis tout cela grâce à ma bibliothèque !! 

- la semaine prochaine, j'espère pouvoir me rendre à la rencontre avec les auteurs de BD Kris et Sébastien Vassant [clic], toujours à la bibliothèque.

- je serai plus certainement au Printemps du Livre de Montaigu samedi 23 à la rencontre des blogueuses Sandrine et Miss C, mais aussi de Sophie et de quelques auteurs repérés.

- et puis, et puis, je me suis embarquée dans le projet fou de Charlotte qui avait lors de la dernière rentrée littéraire lu les 68 premiers romans et réitère pour la rentrée de janvier l'opération en faisant tourner parmi les 75 participants inscrits au challenge 20 romans sélectionnés. [clic ici pour plus de détails] De la sélection, j'ai déjà lu En attendant Bojangles, et je suis plongée actuellement dans Les Grandes et les petites choses de Rachel Khan.

J'ai l'intuition que mon printemps sera bien occupé... ;)

68premieresfois

3 mai 2015

Diane dans le miroir, Sandrine Roudeix

dianedanslemiroir"Je ne peux rien pour toi.
Je ne vaux rien.
Parce que la roue tourne, tu vois, c'est le jeu. Un jour, tu es une artiste, et un jour tu n'es plus rien. Un jour tu es nourrie par ton travail et c'est lui qui te fait courir danser rire. Et un jour il n'a plus de consistance. Plus de matière. Seul compte ce que tu ressens pour un homme. Seuls comptent le manque, l'attente, la peur qu'il t'oublie ou qu'il t'abandonne, et tous ces fils tordus et paranoïaques que ton angoisse tricote dans ta tête.
Seuls comptent la solitude et la mélancolie qui se dressent entre toi et les autres comme les barreaux d'une prison.
Tu le vois bien dans le miroir qu'on est seules, non ?"

Sandrine Roudeix a inventé dans son texte une nuit, celle où Diane Arbus aurait décidé de faire son autoportrait. Dans sa salle de bains, que la photographe a choisi pour cadre, la chaleur est étouffante, moite. Il faut décider du meilleur angle possible, du décor, pourquoi pas s'immerger dans la baignoire, nue. Mais tandis que l'accomplissement de son projet s'éternise, Diane se repasse le film de sa vie, sa rencontre avec son mari, la naissance de ses filles, ses parents, sa famille. Elle nous révèle comment lui est venu son désir de photographier, et comment elle s'y prenait dans les faits, à quel point en saisissant sur la pellicule les étranges et les bizarres, elle est allée au bout de ce qu'elle voulait faire, insistant pour conserver son format particulier, son grain, son individualité, sa manière de rencontrer ses sujets. Elle se confie à son miroir, à la petite fille qui ricane en elle.

C'est au travers du dernier livre de Laurence Tardieu [clic ici] que j'ai appris le nom de cette photographe dont je connaissais comme tout le monde quelques portraits. Et c'est ce qui m'a amené à avoir envie de lire ce roman là, pour approcher au mieux ce personnage, malgré l'évidente fiction. Tout de suite, l'écriture de Sandrine Roudeix m'a prise à la gorge, et je ne m'y attendais pas. La douceur régnait dans ses Petites mères [clic]. Mais j'ai aimé ça, tout du long, cette oppression de l'écriture, de l'ambiance suffocante du lieu, la sincérité dérangeante d'une solitude qui se scrute dans le miroir sans illusions d'une salle de bains. Rien n'est épargné au lecteur, de la sensualité brute au désespoir sans fards, mais l'intimité que crée Sandrine Roudeix avec son personnage est également douce, enveloppante, tendre et compréhensive, comme un emmaillotement qui prendrait toute une nuit à se tricoter. C'est très très beau, très difficile à lire aussi par moments, mais d'une unité parfaite, à dévorer dans un souffle. Un gros coup de coeur !!

Editions Mercure de France - 16.80€ - mars 2015

La revue de presse sur le site de l'auteure Le très beau billet du petit carré jaune (Sabine) !! 

 

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17 novembre 2013

La Grâce des brigands ~ Véronique Ovaldé

lagracedesbrigands

"Elles se regardèrent, Joanne accoudée à la fenêtre et Maria Cristina en tailleur sur le tabouret, cigarette à leurs becs respectifs, au frais dans leur courette en ciment, avec la cage du mainate de la voisine au milieu des cactus en pot, et elles se mirent à rire et Maria Christina se dit qu'il n'y avait décidément rien de meilleur que la camaraderie et, comme elle ne savait pas encore bien vivre les choses sans penser au moment où elle ne les aurait plus, elle eut peur de perdre Joanne."

Maria Cristina a trouvé depuis quelques années un semblant d'équilibre dans sa vie. Elle a quitté depuis longtemps Lapérouse, la bourgade de son enfance, et sa famille asphyxiante. Elle est écrivain, elle vit seule, et a comme amie Joanne, une serveuse libérée, mère d'un petit garçon, et comme ancien amant et mentor un écrivain à succès, Rafael Claramunt. Depuis le succès de son premier roman, l'écriture est au centre de son existence, et l'image qu'elle renvoie aux médias est celle d'une femme libre et déterminée.
Alors quand Maria Cristina reçoit un appel affolé de sa mère - alors qu'elle n'a pas eu de nouvelles d'elle depuis des années - la priant de venir s'occuper du fils de sa soeur, le bouleversement est grand...

Mis à part Déloger l'animal, je crois avoir tout lu de Véronique Ovaldé. Et ce qui surprend dans ce roman-ci en premier lieu est l'absence de fantaisie, qui était pour moi une des caractéristiques de l'écriture de l'auteure. Nous sommes loin du Sommeil des poissons lu précédemment. La grâce des brigands n'a pas en premier lieu l'allure d'un conte. Le récit, d'ailleurs, démarre de façon désordonnée, presque avec acidité.
Et puis, parce qu'il était évident que la magie apparaitrait enfin, certains passages, d'une extrême vérité et d'une grande beauté, m'ont donné la chair de poule, comme pouvaient seules le faire (me semblait-il) certaines chansons. 
La grâce de ce roman est donc ailleurs, non pas dans la fioriture de l'écriture, mais dans la simplicité toute nouvelle d'une auteure qui sait convoquer des images fortes, si bien parler des ravages des éducations mystiques et de la complexité des êtres, et ce avec un attendrissement et une empathie touchante. Passer quelques heures en compagnie de la petite troupe qui entoure Maria Cristina est par ailleurs d'un réconfort et d'une tendresse rare.
Un coup de coeur de lecture évident !

"Ce qu'il est intéressant de noter c'est que l'apparente docilité de Maria Cristina était en fait un type de résistance. Mais une résistance tranquille et adpatée au contexte. Une résistance à ce que sa mère pensait faire d'elle, une résistance à son milieu. Une sécession silencieuse en quelque sorte.
Il est certain que Meena était la seule personne à avoir remarqué le désir de Maria Cristina de se fondre dans leur milieu (tenue de camouflage) tout en s'adonnant à ses deux passions coupables : l'une pour les supputations diverses à l'égard de ses contemporains [...] et l'autre pour les livres. Cette dernière passion, ça ne faisait pas un pli, l'entraînerait loin de Lapérouse, puisque les livres servent, comme on le sait, à s'émanciper des familles asphyxiantes."

Tout Véronique Ovaldé sur ce blog [clic ici]

Editions de l'Olivier - 19.50€ - Août 2013

Un titre lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de PriceMinister-Rakuten !! (Grand merci)

D'autres nombreuses lectures dont...  L'irrégulière - Sylire - Clara - Cathulu - Theoma !

5 octobre 2013

Mudwoman ~ Joyce Carol Oates ... Rentrée littéraire 2013 ( coup de coeur )

mudwoman"[...] cet horrible incident devait être un rêve, un autre de ses rêves, car de plus en plus souvent elle s'enlisait dans une boue de rêves d'une inexprimable laideur ; sa vie la plus profonde, la plus intime était devenue un enchaînement de cauchemars humiliants dont elle sortait épuisée et brisée."

Jetée, tel un déchet, par une mère démente au milieu des marais alors qu'elle n'a que trois ans à peine, puis sauvée par un jeune-homme, et adoptée plus tard par un couple de Quakers aimants, Mudgirl, "l'enfant des marais" tente d'être ce qu'on attend d'elle, cette Meredith Neukirchen, irréprochable et brillante qu'elle deviendra effectivement adulte. Mais, alors que sa carrière semble au firmament, alors qu'elle est la première femme présidente d'une université de grand renom, tenant à faire preuve d'un dévouement total à l'égard de ses élèves et de son rôle, « M.R. » Neukirchen vacille. La jeune-femme solitaire est rattrapée par son horrible histoire, épuisée par ses fonctions, tourmentée par l'absence évidente à ses côtés de son amant secret, inquiète de la crise grandissante que traverse les États-Unis et qui la contraint à s'engager sur un terrain politique dangereux, et confrontée aux intrigues et à la malveillance du milieu académique dans lequel elle vit.

Mudwoman est ma première lecture "découverte" de Joyce Carol Oates. Et c'est une réussite, incontestablement. Je peux dire que j'ai été malmenée, tourneboulée et débarquée sur la rive telle une naufragée par ce roman qui ne peut laisser indifférent. Pourtant, je n'ai pas tout aimé dans ce livre, ni les premières pages, ni la construction qui m'a semblé manquer parfois de fluidité, ni les quelques "de" (coquilles d'édition sans doute) qui manquent ici et là. Mais lire Mudwoman s'avère une telle aventure au coeur du psychisme qu'il serait dommage de passer à côté pour quelques broutilles. Comme je le disais dans un billet précédent, je suis restée pendant près de 500 pages suspendue au souffle de Mérédith, goûtant son ascension avec émerveillement et puis assistant à sa chute vertigineuse, désarmée. 
Terrifiant et troublant, ce roman de Joyce Carol Oates est un grand roman, qu'on se le dise !
Et allez, il mérite amplement son petit coup de coeur enthousiaste.

Editons Philippe Rey - 24€ - Octobre 2013 - Challenge 1% rentrée littéraire : 5/6

challengerentree2013

(clic sur le logo pour plus de détails sur le challenge)

Les coups de coeur des blogueuses

9 août 2012

Rose sainte nitouche, Mary Wesley

rosesaintenitouche"Elle m'a obligée à venir à cette partie de tennis, aujourd'hui ; elle pensait que je rencontrerais un beau parti. Cette fois, vous riez.
- Vous m'avez rencontré, moi."

Rose est veuve depuis peu, et ses amis s'interrogent sur la vie apparemment lisse qu'elle a pû avoir. Cette femme d'une soixantaire d'année s'exprime rarement sur ses sentiments. Ce qu'ils ignorent, c'est que bien avant d'épouser Ned, elle avait rencontré Mylo, un précepteur. Alors, elle n'a pû écouter son coeur, obligée par les conventions de se marier plus raisonnablement. 
Naitra ainsi une liaison qui durera une cinquantaine d'année...

Ce roman est charmant. Il commence doucement, un peu à la manière de Sur une plage de Chesil de Ian WcEwan. Puis, Rose prend du caractère, peaufine sa double vie, s'entoure de ses chiens, de son jardin, de sa maison, vit les privations de la seconde guerre et nous devient petit à petit bien sympathique. La promesse faite à Ned de ne pas le quitter, alors que Mylo est un amoureux transi parfait, nour irritera suffisamment pour donner du sel à cette histoire qui se lit agréablement et sans efforts.

Je suis émerveillée du fait que Mary Wesley se soit mise à l'écriture si tardivement, à l'âge de soixante-dix ans ! Encore une auteure à continuer de lire sans tarder.

Editions J'ai lu - 7.20€ - Juin 2010

D'autres avis, plus bavards que moi...

Un roman qui a attaché encore plus Lily à la romancière - Un coup de coeur pour Laure ! - Caustique et adorable pour Clarabel - Je l'avais noté chez Theoma enthousiaste - Insolence chic et dynamisme contagieux pour Cathulu !!

24 avril 2010

Quand tu es parti, Maggie O' Farrell

quand_tu_es_parti"Qu'est-on censé faire de tout l'amour qu'on éprouve pour quelqu'un s'il n'est plus là ? Qu'advient-il de tout cet amour qui reste ? Doit-on le refouler ? L'ignorer ? Ou le donner à quelqu'un d'autre ?
Je n'avais jamais imaginé qu'on puisse penser à quelqu'un tout le temps, qu'on puisse avoir constamment quelqu'un en train de faire des bonds d'acrobate dans vos pensées. Tout le reste était une discrétion mal venue entre moi et ce à quoi je voulais songer."

Alice a été mariée à John. Un amour fou et absolu les liaient, et puis la mort l'a fauché, lui, injustement, dans l'explosion d'un immeuble, à deux pas de son bureau. Depuis, la vie est difficile, la solitude pesante pour la jeune femme. L'envie de continuer à vivre est infime et fragile. Pourtant, il y a sa famille, ses soeurs qu'elle aime et ses parents. Même si avec sa mère les heurts sont fréquents, l'incompréhension totale, elle peut compter sur eux, et sur le souvenir affectueux de sa grand-mère Elspeth.
Bien entendu, tout n'était pas rose dans sa vie avec John, la rupture avec son beau-père, juif intégriste qui ne supportait pas que son fils épouse une goy, avait failli briser son couple à plusieurs reprises.

Sur un coup de tête, quelques temps après le drame, elle décide un beau jour de retrouver ses soeurs, et débarque à l'improviste gare d'Edimbourg. Ce qu'elle voit alors dans le miroir des toilettes, le lecteur ne le saura qu'à la fin de sa lecture, mais cela est tellement fort, opressant, qu'Alice reprend le premier train-retour pour Londres.  Ce coup d'oeil est tellement bouleversant que le fil fragile qui la retenait encore au désir de vivre se brise...et que c'est d'un coma profond, entouré des siens, qu'elle nous raconte son histoire.

heart Ouch, que dire...quelle rencontre avec Maggie O'Farrell ! Je suis sous le charme absolu.
Ce titre est son premier roman. (Elle est peut-être plus connue comme étant l'auteure de L'étrange disparition d'Esmé Lennox, que je n'ai pour ma part pas encore lu.)
Ici, la construction se fait par touches de lumière et le temps n'a plus de chronologie. J'ai aimé que la vie n'y soit pas si simple, qu'elle soit si proche de la vie réelle, si proche de la mienne parfois. On suit Alice de sa naissance à sa vie d'adulte, en passant par son adolescence rebelle en quête d'absolu et de liberté. On suit également la vie d'Ann sa mère, celle de ses soeurs, de son père et de sa grand-mère Elspeth...et on découvre peu à peu des secrets, des clés, des moments remplis de tendresse et d'émotion. On veut savoir ce qu'elle a vu, absolument. On ne pense plus qu'à ça. Mais qu'a-t-elle donc vu dans cette gare d'Edimbourg ?
Voilà, et j'ai versé ma petite larme en tournant la dernière page. Pour de vrai.
Une lecture lumineuse et émouvante.

bouton3 Note de lecture : Coup de coeur ! - 10/18 - mai 2003 - 8.60€Biblioth_que_et_LAL

L'avis de Cuné : "Ca faisait longtemps que je n’avais pas été scotchée à ce point par une intrigue, mais il faut dire que Maggie O’Farrell sait y faire (et c'est un premier roman !)" - L'avis d'Aifelle : "L'histoire va crescendo, nous comprenons petit à petit ce qui a amené Alice sur ce lit d'hôpital, je dois avouer que j'ai lu les dernières phrases en frissonnant .. un excellent moment de lecture." - Avis de coup de coeur pour Angelica !

31 mai 2009

Pense

pensePense au bleu, au vent, à l'air
A tout ce qui n'est pas lui
Pense aux livres, à la poussière
Au vent dans tes cheveux

Au souffle chaud que promène
Le soleil sur ton visage, là

Pense à l'herbe
A tes doigts
A la rugosité des arbres
A ce qui te rapproche de l'enfance

A ce qui t'appartient
A ce qui est à toi, aujourd'hui

Cesse de croire à la transparence
Reprend le goût des sensations
Qui t'aidaient à te construire
Avant

Avant que tu ne penses à lui
Tous les jours
Avant que tu ne te détruises
De l'aimer tant

Pense à la mer
Aux ricochets des vagues
A la lumière
A Dieu même, si il le faut

Mais ne t'enferme plus dans son souvenir
Laisse le rêver de toi, un peu
A son tour
Maintenant

© Les écrits d'Antigone - 2009

6 janvier 2012

La théorie du panda, Pascal Garnier

lathéoriedupanda"Si l'existence n'est qu'un passe-temps, alors rien ne dit qu'il y aura un demain, tout comme on peut douter d'avoir vécu un hier. C'est un jour à tuer quelqu'un sans raison."

Gabriel débarque discrètement dans une petite ville de Bretagne grise et anonyme, qui ressemble à toutes celles de l'intérieur des terres, à n'importe où. La mer est loin, insoupçonnable. Il décide d'y rester un moment et s'installe à l'hôtel où Madeleine officie derrière son comptoir, cherche un lieu où dîner et rencontre José, s'attarde un peu et finit par en croiser du monde... Il faut dire qu'il se montre charmant et serviable cet homme parfait qui cuisine comme un chef, l'ami rêvé...

J'ai découvert Pascal Garnier avec Lune captive dans un oeil mort, que j'avais trouvé à l'époque aussi caustique que raffiné, savoureux, un régal. Puis, je n'avais pas réitéré. L'occasion m'a été donnée de lire ce titre-ci, j'ai alors sauté sur l'occasion. Dans La théorie du panda, l'ambiance est différente de ma précédente lecture, nous sommes loin du paradis pour retraités, cadre de l'autre roman. Ici, tout est gris, la ville et les gens, mais au creux de leurs vies scintille une petite flamme fragile, un potentiel magique de bonheur, que l'on rêve de préserver... Ah mais il est certain que comme dans tout roman noir qui se respecte le destin et la folie humaine en décideront bien autrement...
Une lecture qui s'avère finalement un peu décevante pour moi, en regard du souvenir que je conservais de l'auteur, et m'en voici toute surprise. Dotée pourtant d'une belle écriture, l'intrigue de La Théorie du panda n'a pas su me passionner... tant pis.

Editions Points - 6.50€ - janvier 2012

D'autres avis, beaucoup plus enthousiastes...

Un instant de lecture inouïe pour Clarabel - Les personnages qui hantent ce roman sont tous singuliers, comme le style, inimitable et rare, pour Sharon Il y a dans les livres de Pascal Garnier un je-ne-sais-quoi qui plaît à chaque fois, pour Véro l'encreuse. -

1 décembre 2011

La Noce d'Anna, Natacha Appanah

lanoced'anna"Aujourd'hui, 21 avril, je marie ma fille, je laisserai de côté mes pensées de vieille folle, je serai comme elle aime que je sois : digne, bien coiffée, bien maquillée, souriante, prête à des conversations que je suivrai avec un enthousiasme feint et qui ne me laisseront aucun souvenir, parée pour butiner d'invité en invitée, mère parfaite que je serai aujourd'hui."

C'est la journée d'Anna, elle se marie. Sonia a quarante deux ans et elle voit s'envoler ainsi sa fille, et les années passées auprès d'elle. Affluent un à un les souvenirs de sa naissance, de son enfance et de ce duo qu'elles ont formé tellement longtemps l'une près de l'autre, si différentes mais proches. En ce jour de noce, Mathew, l'homme que Sonia a tellement aimé, le père d'Anna, manque.
C'est la journée d'Anna mais Sonia retrouve aussi au fil de ses pensées la femme qu'elle a été et celle qu'elle souhaite continuer à être, écrivaine, solitaire, rêveuse et peut-être à nouveau amoureuse...

Voici un très beau petit roman, très émouvant et subtil, délicat, un presque coup de coeur pour moi ! J'ai vu aux travers des yeux de Sonia combien la vie ne peut attendre et combien il y avait d'émotion à marier ses enfants... Et puis, il y a ce chemin qui ne s'arrête pas auprès d'eux non plus, qui continue au-delà... et tout cela, cet ensemble, est rempli d'un vibrant espoir. Un bien agréable moment de lecture !

Editions Folio - 5.70€ - Mai 2009 - Merci ma bibli !!

Un coup de coeur pour Sylire - Clarabel a tout bonnement adoré Une découverte magnifique pour Laure - Anne s'est retrouvée en osmose avec le personnage  

5 octobre 2011

Un extrait...

... de BD pour une fois. Et je fais de réelles bonnes pioches en ce moment.
Point besoin de longs discours en l'occurence, ni de résumé. L'image ci-dessous parle d'elle-même.

Les Larmes de l'assassin de Thierry Murat (Futuropolis 2011) adapté du roman de Anne-Laure Bondoux (Prix Sorcière roman Ado 2004), c'est terrible, émouvant et prenant.

leslarmesdel_assassin

Une envie contractée chez Bellesahi

28 septembre 2011

En poche...

uneann_e_trang_re"Il faut que j'aie des antennes, que je sois double en permanence, à l'affût du moindre signe, du moindre indice.
Mais ce qui complique la donne est que la fille au pair n'est pas une fille dans une simple situation de travail. On attend d'elle un service rendu mais aussi une présence particulière, une façon d'être, la construction d'un lien, on attend d'elle qu'elle donne de son temps, de sa patience, de son énergie, comme le ferait une grande soeur éternellement bien disposée. On attend d'elle qu'elle mette en scène la touche d'exotisme qui fait la différence, celle pour quoi on l'a choisie et qui valorise la famille par sa présence "si particulière", par son style français inimitable, qu'elle même ignore évidemment."

Ce titre a été un coup de coeur de lecture pour moi lors de la rentrée littéraire 2009 !! N'hésitez pas à le découvrir en petit format.

Mon billet ici

heart J'ai lu - 5.60€ - Août 2011

11 juin 2011

Comme une mère, Karine Reysset

COMMEUNEMERE"Elle n'est plus là. Le drap du berceau a gardé l'empreinte de son corps en boule. Notre rencontre aura été de courte durée. Je n'ai même pas eu le temps de lui parler. Je vais me préparer et partir, je n'ai plus que ça à faire maintenant. Sur ma main, il y a encore son odeur de bébé. Une odeur de lait et de cassis, ou de mûre."

Emilie est trop jeune, trop seule, trop peu capable d'élever cet enfant qu'elle va mettre au monde dans quelques minutes. Il naîtra sous X, sera élevé par une famille d'accueil aimante, loin d'elle, et voilà tout. Mais rien ne se passe comme prévu, ni l'attachement subtil qui attache la jeune femme à sa petite fille dès qu'elle l'aperçoit, la sent, l'entend, ni la présence de cette autre femme dans la maternité qui profite d'un moment d'inattention pour enlever le nourisson, tellement pleine de désir d'enfant et de cette douleur absolue d'avoir encore une fois perdu le sien...

Entre Paris et l'espace Thalasso de Saint-Malo, c'est le destin d'une petite Léa née pour susciter l'amour d'une mère que l'on suit. Et c'est avec une émotion à fleur de peau que l'on rentre dans ce récit de Karine Reysset. Je dois avouer que des larmes ont coulé. Dans ce roman, il est surtout question du lien maternel et de la possessivité qui en découle, mais aussi de cette possibilité courageuse d'une vie recommencée loin des orages du passé, et puis de folie.
Voici le troisième roman que je lis de l'auteure, en peu de temps. Après avoir lu A ta place et Les yeux au ciel, je pense cerner à présent l'ambiance de ses textes, son univers littéraire. Il me plait beaucoup. Je vais sans doute attendre, cependant, avant d'en lire un quatrième... Point trop n'en faut pour conserver le plaisir !

bouton3 Editions Points - 6€ - Avril 2009

Merci Clara !! 

La lecture d'Amanda - Celle de Laure - Valérie l'a lu... - Cathulu aussi !! 

17 février 2013

Saison de lumière, Francesca Kay

saison de lumiere

"Les oeuvres d'art ont quelque chose d'infiniment solitaire, a dit Rilke, et la tonalité prépondérante des tableaux londonniens de Jennet Mallow est celle de la solitude. Ils sont dotés de limites étroitement définies : contours, boîtes, cadres. Et pourtant ces peintures ne sont en rien entravées, au contraire, leurs limites sont paradoxalement libératrices. Chaque boîte ou cage distincte abrite une image sublime, suggestive, isolée, qui bat des ailes d'autant plus fort qu'elle est enfermée, car la privation de liberté est la preuve même de l'existence de la liberté."

Nous sommes dans le Londres des années 50 lorsque Jennet Mallow, jeune femme naïve, découvre l'école d'art de Kensington. Elle y rencontre le sulfureux et brillant David Heaton dont elle tombe rapidement enceinte. Ils se marient et décident de partir au soleil de l'Espagne. Là, le couple commence à battre de l'aile. Et le talent torturé de David, dont il noie le soir dans l'alcool les questionnements, sera bientôt en concurrence avec la peinture de sa femme qui rencontre un succès inattendu.

"Un mariage qui bat de l'aile renforce l'isolement partout. Les convenances, le respect de soi et l'orgueil entravent les épouses malheureuses, et Jennet n'aurait jamais eu envie d'être l'objet de la pitié de ses amis."

Le retour à Londres est donc décidé. Dorénavant, c'est à bout de bras que Jennet devra faire vivre sa famille et son art...

J'ai ressenti tout un panel d'émotions littéraires à lire ce roman qui est un profond coup de coeur !! Déjà, la narration est dense, descriptive et fournie, et ouf ce que ça fait du bien de pouvoir ainsi prendre sa place et s'installer confortablement dans un récit. Puis, le thème de la peinture étant vraiment un thème riche de matières, j'ai aimé que l'on me raconte l'élaboration de tableaux dont je pouvais presque deviner la texture.

"Quelle tristesse avait été éprouvée entre l'inspiration provoquée par le rythme tranquille de la mer et l'expression finale que Jennet lui conféra ? [...] Le besoin, l'incertitude et la peur jouent leur rôle ; une méconnaissance de soi. Non l'ignorance délibérée de soi mais une vision obscurcie, vague, jusqu'à ce que le temps, la mort ou la sagesse l'éclaircissent."

Enfin, comment ne pas ressentir une empathie énorme avec le personnage courageux et lucide de Jennet qui lutte pour sa famille contre les revers du quotidien et les frasques de son mari ? Grouille autour de ce couple une galerie de portraits, des enfants, tout un monde minutieusement décrit et intéressant qui nous brosse également en parallèle une époque.
Une lecture qui donne toute sa place à l'acte créatif et à la volonté des femmes.

Editions J'ai lu - 7.10€ - Janvier 2013

Une auteure à suivre de près pour Théoma - Un premier roman époustouflant de maîtrise pour Cathulu ! - Un magnifique portrait de femme pour Clara !

6 août 2012

Refaire le monde, Julia Glass

Refairelemonde"D'accord, j'étais une idiote, le type même de l'idiote romantique et complètement aveugle, c'est ça ? J'ai bien appris la leçon comme toutes les jeunes mariées, et ne me dites pas que je n'aurais jamais dû épouser cet homme, docteur Glazier. Mais maintenant, c'est comme si la seule perspective que j'avais était celle d'un monde sombre et désespéré, un monde sans compliment, sans soutien - sans soutien émotionnel -, un monde de mais ceci, mais non, pas ça. La perspective de voir tous mes espoirs balayés dans la boue. La perspective d'une fosse dans la terre. Voilà ce que j'éprouve, là, en ce moment."

Greenie est pâtissière à Greenwich Village. Elle vit de sa passion tandis que son mari, Alan, perd peu à peu ses clients, il est psychologue. Ils logent avec leur jeune fils Georges dans un tout petit appartement dont l'étroitesse est de plus en plus le théâtre de disputes et de frustrations vaines.
Un appel du gouverneur du Nouveau-Mexique va peut-être tout changer. Greenie est sollicitée pour un poste de cuisinière, un honneur auquel elle décide de répondre positivement provoquant ainsi la colère de son mari et leur éloignement géographique pour au moins une année.
Autour de ce couple déchiré gravitent des amis, des proches, des inconnus que les évènements vont accidentellement rapprocher ou éloigner.

J'ai hésité à mettre un coup de coeur à ce titre, car son écriture est loin d'être d'une qualité renversante. Cependant, j'avais envie de tirer mon chapeau à cette histoire prenante et longue qui fouille les détails des sentiments et des émotions avec un scalpel sans concessions assez bluffant. Ce roman choral plutôt épais - encore un pavé - m'a littéralement captivée. Il dresse le portrait d'une génération de quadragénaires en quête de sens et d'amour qui s'épuisent à se perdre. Tout à coup, New-York semble n'être devenu pour le lecteur qu'un village, et Julia Glass permet à ses personnages de se tromper de chemin et de recommencer mieux.
Une lecture bienveillante... et un exemplaire, garni de grains de sable, qui a voyagé et connu plusieurs sacs.
Une bonne pioche de bouquinerie. Presque un coup de coeur !!
Je relirai très certainement Julia Glass.

Editions J'ai Lu - 9.50€ - Février 2011

Réconfortant pour Cathulu  !! 

1 juillet 2012

Le sixième crime... en poche !

lesixièmecrimeSébastien Fritsch poursuit son aventure éditoriale et littéraire en nous proposant pour l'été une version poche de son roman policier Le sixième crime.

Lex, un talentueux écrivain francophone, vit en reclus depuis plus de quarante ans dans un hameau perdu de la Drôme provencale. Aucun journaliste n'a jusqu'à ce jour réussi à percer le mystère de son identité et de ses motivations. Mais quel sera son attitude face à un commandant de la police judiciaire ? Car, à présent, il s'agit de crimes, et de crimes atroces, à priori inspirés par d'obscurs polars écrits par un auteur inconnu, disparu aujourd'hui, Etrangement, tous les chemins de l'enquête mènent à Lex, et Jérôme Babalnic compte sur l'auteur pour l'aider à résoudre le mystère des cinq derniers meurtres, et si possible éviter l'exécution du sixième.

Voici ce que j'en avais pensé à l'époque...
"Voici une intrigue "littéraire" à multiples tiroirs, énigmes et jeux de mots, qui m'a promenée comme une débutante, à la manière peut-être de certains Agatha Christie. La force du récit tient dans le huis clos tendu entre les personnages, dans cette impression confuse de labyrinthe générée par les mutiples portes, chambres et pièces décrites, et dans cette chute inattendue qui m'a fait sourire. Et quelle apparente facilité d'écriture ! A découvrir donc !" [mon billet]

Editions fin mars début avril - 5€ - Sortie le 5 juillet 2012

Disponible en librairie - En l'achetant en utilisant [ce lien] on peut même bénéficier d'une dédicace !

Le blog de l'auteur - Ses autres romans ... Derrière toute chose exquise et Invitation pour la petite fille qui parle au vent

16 juin 2012

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Jeanette Winterson

pourquoietreheureux"Et les livres n'avaient pas fini de me sauver. Si la poésie était une bouée de sauvetage, alors les livres étaient des radeaux. Dans mes moments les plus fragiles, je tenais en équilibre sur un livre, et ces livres m'ont portée sur des marées d'émotions qui refluaient en me laissant trempée et anéantie."

Ce titre de Jeanette Winterson est une autobiographie. L'histoire "vraie" de l'auteure, celle-là même qu'elle avait déjà parée de fiction dans Les oranges ne sont pas les seuls fruits (Ed Olivier 2012) [roman que je n'ai pas encore lu].
Elevée par une mère adoptive rigide et mystique, Jeannette trouve malgré tout le chemin étroit qui la mènera plus tard vers l'écriture. Dans la bibliothèque qu'elle fréquente en cachette, dans sa petite ville ouvrière d'Accrington au nord de l'angleterre, elle a décidé très jeune de lire l'intégralité des auteurs de A à Z. Remarquant déjà l'absence manifeste de femmes - quoique l'alphabet tienne par chance dans sa lettre A Jane Austen - elle devient très tôt sensible à leur condition. La lutte est depuis lors un mode d'expression, féministe, le fruit d'un instinct de survie fort qui n'empêchera pourtant ni la souffrance, ni les doutes, ni la dépression, et ne remplacera jamais le manque.
Née sous X, Jeannette Winterson cherchera plus tard,  à l'âge adulte, à construire le puzzle de ses premiers instants en partant en quête de ses origines, de son dossier d'adoption et de sa mère biologique.

Voici un titre qui m'a touchée pour de multiples raisons, l'histoire assez terrible qu'elle raconte en premier lieu, et puis ces magnifiques passages sur la place de l'écriture et de la lecture dans une vie qui ne demande par ailleurs qu'à sombrer. Ah, ces enfances meurtries me révoltent toujours autant ! L'écriture est ici bourrée d'émotion à fleur de mots, et elle est pourtant si pudique et si littéraire. Elle avance par touches sensibles comme dans un tableau impressionniste. De plus, le tout est baigné d'amour, malgré les blessures. Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? est véritablement un très beau texte.
Une lecture qui lutte pour le bonheur.

Editions de l'olivier - 21€ - Mai 2012

Le billet de Cathulu la tentatrice ! - L'avis de Clara tout aussi positif

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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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