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Les lectures d'Antigone ...
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Ardoise magique

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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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31 juillet 2011

Des nouvelles d'hier, Robin Black

desnouvellesd_hier"Je ne lui parle pas des illusions que j'ai entretenues un temps. Celles du début. Lorsque je pensais essayer de vous raisonner. Essayer de vous faire croire en ma vie. En ma simple existence. Je ne lui dis pas cela."

Les personnages de Robin Black sont en pleine transformation, mutation.
Juste au moment où l'on commence à nous dresser leur portrait, quelque chose arrive dans leur vie qui les déstabilise, leur donne à réfléchir sur le sens de leur existence.
C'est un père qui doit laisser sa fille aveugle accéder à l'autonomie, une femme en butte avec un voisin indifférent alors qu'un cancer la ronge, une peintre qui voit au travers de ceux qu'elle portraitise et aimerait l'ignorer, une enfant surprenante de froideur, une soeur qui tue son frère par inadvertance ou une femme qui ne peut plus aimer vraiment depuis que son mari n'est plus...

Très souvent, un coup de coeur de lecture nous est personnel, car il marque avant tout l'instant d'une rencontre. En fait, cela m'arrive tout le temps, et je ne suis pas tellement étonnée ensuite qu'il ne soit pas totalement partagé par vous. L'effet de surprise est alors passé, sans doute, ou alors c'est autre chose... La rencontre avec un livre est parfois une histoire si intime, si fulgurante, inscrite dans le moment, unique, un coup de foudre en somme. Ensuite, la lune de miel se poursuit un peu, ou bien l'effet ne dure pas...
L'écriture de Robin Black promet elle un effet à long terme. Et ne vous y trompez pas, voici un livre de grande classe. J'en ai aimé le style - dont j'ai retrouvé avec beaucoup de gratitude la texture dans ses remerciements de fin d'ouvrage - un style fait de douceur et de volonté. Mais attention, nous sommes dans un univers désanchanté, cruel. Ici, les actes sont manqués et la position la plus courante l'immobilité. Chez Robin Black, on observe sa vie, la déchéance vers laquelle elle tombe, les espoirs qu'elle suscite, et surtout ce sur quoi on ne peut avoir prise. Et à la fin, lorsque le dernier mot de la nouvelle est posé, on ne sait plus vraiment si l'enfer ce sont les autres, ou simplement les ornières dans lesquelles on a aimé un temps s'enliser.
Un recueil de nouvelles dont la grande qualité m'a énormément réconfortée...

heart Coup de coeur ! - Editions Flammarion - 20€ - Janvier 2011

Cathulu a été la tentatrice avisée de ces pages "bluffantes de vérité"- Pour cuné "Plombant,  éprouvant, triste, assez terrible, en fait, mais surtout impeccablement écrit (et traduit)."

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10 mai 2011

Cette main qui a pris la mienne, Maggie O'Farrell

cette_main"Ecoutez. Dans cette histoire, les arbres s'agitent, frémissent, se redressent sous les bourrasques qui soufflent de la mer. A voir leurs branches fébriles, les mouvements impatients de leurs cimes, on a l'impression qu'ils savent que quelque chose va se produire."

Ce sont deux vies de femmes que l'on suit dans ce roman aux multiples voix et souffles d'air. Deux femmes que tout oppose.
Lexie, à la fin des années 50, quitte enfin le Devon pour Londres, elle y deviendra journaliste et la compagne du célèbre critique et marchand d'art, Innes kent.
Dans un Londres plus récent, quarante ans plus tard, Elina vient d'accoucher d'un petit garçon. Cet acte a failli lui coûter la vie. Ted, son mari, la soutient, s'inquiète pour elle, et en même temps semble s'enfoncer lui-même dans des visions angoissantes d'un passé qu'il ne reconnaît pas.

Allez, oubliez très vite la couverture inadaptée de ce roman riche et polyphonique, et le titre mielleux qu'on lui a assigné (pourtant conforme à son titre original anglais ?!)... et entrez dans une intimité de maternité toute fraîche, de féminité combative et de force narrative prenante.
Maggie O'Farrell excelle dans la description des petits détails, c'est son vrai point fort, et nous avançons ici avec elle - et avec délectation - d'objet en objet, de pas en pas, dans un récit puissant qui ne cesse de se heurter aux murs destructeurs des non-dits. J'ai aimé ce qu'elle y mettait de bouleversant, de quelquefois simplement tendre (le souffle de la respiration d'un enfant dans un cou de mère) et par instants de vraiment magique. Mais ce roman n'est pas fait que de détails, il est également fait d'histoires, de destins qui se croisent, de hasards qui n'en sont jamais vraiment. Il évoque avec brio le bouleversement que toute naissance crée dans une famille (redistribution de cartes et de rôles obligent).
Une vraie lecture coup de coeur pour cette auteure qui confirme ainsi tout le bien que j'avais déjà pensé d'elle avec Quand tu es parti !
Me voici contrainte et forcée de noter ses autres titres non lus sur une liste déjà longue comme le bras, damned !

heart Editions Belfond - Avril 2011 - 21.50€

Cathulu a été la tentatrice !!

Sinon, je souhaite un bon anniversaire aujourd'hui à ma petite soeur qui est la maman vaillante de trois garçons plein de vie !!

7 mai 2011

Les autres gens # 01

lesautresgenst1"Des milliers de fenêtres... Derrière chacune, le petit film d'une vie dont je ne suis que le figurant. Chaque lumière abrite un personnage, persuadé d'être "le héros principal", et pour qui je ne suis qu'une fenêtre sur une façade... anonyme et perdu parmi "les autres gens"."

Un jour, Mathilde est abordée par un inconnu qui lui demande au vol des numéros pour jouer au loto ; il lui promet même de la recontacter si il gagne. Et effectivement, il gagne. Mathilde, étudiante, hérite ainsi d'une fortune inattendue.  
Gravitent autour de la jeune-fille une bande d'amis exubérants, des parents un peu coincés, un frère homosexuel aux idées de droite ... et tout un monde qui boit, fume, fait la fête et se rencontre à l'occasion sur une terrasse de café ou sur un banc de fac.

Thomas Cadène, le créateur et scénariste, a eu l'idée de recréer le genre feuilleton, version BD. Ce premier tome regroupe les premières planches diffusées depuis mars 2010 sur le site [ici]. Le principe ? Un récit qui se poursuit et se réinvente tous les jours, porté par une soixantaine d'auteurs.
Passer d'un style de dessin à un autre pourrait lasser, et bien non, étrangement, c'est d'une fascination sans nom. Chacun conserve son univers, un petit topo en début de chaque épisode permet de repérer les personnages, l'histoire reste fluide et m'a vraiment plu.

Les auteurs sont là - Le premier épisode, signé Bastien Vivès, est disponible gratuitement [en cliquant ici] - Le reste est accessible en version abonnement payant.

Dupuis - Avril 2011 - 14.95€
Et le tome 2 est déjà disponible depuis hier

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25 avril 2011

Les yeux au ciel, Karine Reysset

karine_reysset"Mickael Jackson venait de mourir, et ça ne lui faisait rien. Derrière la fenêtre à petits carreaux entrouverte, le cèdre bleu effleurait le toit, les fils électriques. Il faudrait l'élaguer. Il y avait tant de choses à faire, toujours, des choses ordinaires. Assise sur son lit, Lena tenait un body d'une main, une robe à pois de l'autre. Autour d'elle, des piles plus ou moins droites de vêtements, quatre exactement. Une pour Zoé, une pour Théo, une pour Vincent, et une pour elle, évidemment. Il ne fallait pas qu'elle s'oublie. Cela ne risquait pas avec les pensées qui l'assaillaient, des mauvaises pensées. S'il n'y avait eu que ça. Ces derniers mois, elle avait des bouffées, des pulsions, des crises, elle ne savait comment les nommer. Puis elle avait envie de pleurer - souvent même elle pleurait - et de sauter par la fenêtre. Pourtant, elle n'était pas malheureuse, n'avait aucune raison de l'être."

Une famille se retrouve le temps d'un week-end au bord de la mer, à l'occasion de l'anniversaire du grand-père. C'est une famille recomposée, aux multiples éclats et parcours personnels. Les adultes n'en ont pas encore tout à fait fini avec les maux de l'enfance, et les petits-enfants forment un brouhaha réclamant également une part d'attention.
Sous le regard des autres, chacun sera à même de prendre tout à coup des décisions concernant son avenir. Lena, la mère épuisée, mais aussi Achille, le frère aîné mal aimé, ou Merlin, l'éternel dilettante mettront à jour le drame qui trente ans plus tôt a marqué à jamais leur enfance...

Voici un livre acheté samedi et déjà dévoré. Il colle parfaitement avec l'ambiance du jour, le week-end Pascal étant souvent synonyme de retrouvailles familiales. La couverture me plaisait énormément, le thème était alléchant, et j'ai beaucoup aimé l'écriture simple de Karine Reysset, sa manière très douce et fine de croquer ses personnages. Pour moi, c'est un coup de coeur, car j'ai retrouvé dans ce roman le plaisir que j'ai pu avoir par exemple à regarder le film Le premier jour du reste de ta vie... La maison familiale grouille de vie, on se dispute, on boit, on se serre dans les bras, on se réconcilie, on tombe sur un enfant à chaque coin de couloir, le soleil tape, on a oublié la crème solaire, quelqu'un part sans avoir dit au revoir, on se promet de changer enfin, on cherche sans cesse dans les yeux de ses parents l'assurance d'être aimé pour ce que l'on est. Les caractères sont réalistes sans être caricaturaux, la douceur est là, le réconfort aussi, toute froideur apparaît très vite comme n'étant que de façade.

heart Coup de coeur ! - Editions de l'Olivier - 17€ - Mars 2011

Un titre noté chez Clarabel

17 avril 2011

En cours de lecture...

_crivain"Contrairement à ce que certains s'imaginent, ce n'est pas si facile d'écrire un roman. Vous vous forcez à vous lever tous les matins, vous avalez des toasts et un café, et vous vous mettez à votre bureau, paré à vous lancer. Mais ce ne sont là que des préliminaires. Il vous faut alors reconstituer ce monde imaginaire et - ce qui est le plus difficile que tout le matin - réveiller vos personnages, qui sont parfois encore plus endormis que vous et aussi butés que des chats. Certains jours, ils refusent de vous rappeler ce qu'ils faisaient la veille ou vont même jusqu'à changer de nom pour vous dérouter. Et j'en passe. Oui, c'est une entreprise qui peut être exaspérante."

Extrait de Une épouse hollandaise de Eric McCormack, un livre sorti tout droit de ma PAL, et que je boudais, abusée que j'étais par une couverture arborant fièrement un trois mats trompeur... point d'histoire maritime ici, non non non, c'est bien mieux que cela, je me régale je me régale je me régale !

Profitez bien sinon de ce qui reste de ce dimanche ensoleillé !! Dire que certains sont en vacances...

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6 avril 2011

Les variations Bradshaw, Rachel Cusk

lesvariationsbradshaw"Voilà le sermon, la leçon à retenir : les faits survivent aux émotions, et le savoir est plus puissant que l'amour. Le nombre de choses à apprendre est infini, mais l'amour n'est qu'un espace à capacité limitée."

Tonie a accepté une promotion à l'Université qui l'oblige à faire des heures supplémentaires. Thomas en a donc profité pour prendre une année sabbatique, son but prendre enfin le temps d'étudier le piano. Chez les Bradshaw, les rôles sont désormais inversés mais même si monsieur en profite pour se rapprocher de sa fille de huit ans Alexa, la maison n'est pas très soignée et des tasses sales traînent partout, donnant rapidement à leur demeure l'allure d'un bateau à la dérive...
Tonie voulait explorer sa part de masculinité, sortir de l'atmosphère ouatée de la maternité, Thomas souhaitait sans doute arrêter quelque chose lié à la course du temps et à l'influence de sa propre famille.
Chacun suivra donc dans ce récit sa partition, jouant sur une route chaotique des notes personnelles finalement riches de révélations.

De même que dans Arlington Park (coup de coeur de lecture en 2010 !), Rachel Cusk excelle ici à disséquer les failles du quotidien et du milieu domestique. Ces petites vérités bien que souvent cyniques sont des régals de lecture. J'ai préféré cependant ma lecture précédente (Arlington Park donc), la forme brève des chapitres me semblant plus percutante. Pourtant, tout est ici assez justement saisi. Mon intérêt et mes sourires ont été particulièrement concentré vers le couple secondaire du roman, Howard et Claudie, terribles dans leur manière de fonctionner et pourtant humains à l'excès avec leurs défauts et leur affection débordante parfois mal dirigée.

"Ils en conviennent le chien était trop pour eux. Sur ce point, oui, ils ont dépassé les bornes. Claudia remarque qu'avec tout le travail que cela représente d'élever un chien, ils auraient mieux fait d'avoir un autre enfant."

bouton3 Editions Points - 7€ - 14 Février 2011 (Emprunté en Bibliothèque)

Voici le troisième roman que je lis de l'auteure, Bienvenue à Egypt Farm ayant été une déception.

Cathulu a été la tentatrice 

3 avril 2011

L'autre fille, Annie Ernaux

annie_ernauxQuand tout a été dit sans qu'il soit possible de tourner la page, écrire à l'autre devient la seule issue. Mais passer à l'acte est risqué. Ainsi, après avoir rédigé sa Lettre au père, Kafka avait préféré la ranger dans un tiroir.
Ecrire une lettre, une seule, c'est s'offrir la point final, s'affranchir d'une vieille histoire.
La collection "Les Affranchis" fait donc cette demande à ses auteurs : "Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite."

Annie Ernaux a choisi d'écrire à cette soeur dont on lui a toujours tu l'existence.
Un dimanche de 1950, alors qu'elle joue dehors - elle a dix ans - elle surprend une conversation entre sa mère et une cliente. "Elle raconte qu'ils ont eu une autre fille que moi et qu'elle est morte de la diphtérie à six ans, avant la guerre, à Lillebonne. Elle décrit les peaux dans la gorge, l'étouffement. Elle dit : elle est morte comme une petite sainte. [...] elle dit de moi elle ne sait rien, on n'a pas voulu l'attrister. A la fin, elle dit de toi elle était plus gentille que celle-là. Celle-là, c'est moi." Plus jamais Annie Ernaux n'entendra ses parents parler de cette soeur inconnue, jamais elle n'osera poser de questions, ce secret restera entre eux, comme une ombre... Pourtant, ses parents, à présent décédés, reposent juste à côté de la petite tombe blanche de leur fille première née.

Que dire ? J'ai ressenti beaucoup d'émotions à lire ce texte, pour de multiples raisons, dont bon nombre de personnelles. Je sais, depuis La Place et Les Années ce qui me lie à l'auteure Annie Ernaux. A tant de décennies de distance, j'ai eu étrangement la même éducation, mon lot de secrets de famille à porter (pas tous encore élucidés, mais le seront-ils jamais ?) et je pense avoir trouvé le même refuge qu'elle (avec moins de talent bien sûr) dans l'écriture et la lecture... Mais passons sur ces échos en moi, car ce texte est avant tout un exemple dense et flagrant de son talent. Je l'ai lu d'une traite hier au soir.
Et cette collection de chez Nil me semble une belle idée. A suivre...

bouton3 Nil éditions - 7€ - Mars 2011

Deux autres lectures qui m'ont fait craquer... celle de Clara, ébranlée [clic]et celle de Cathulu [clic]

Le billet de Mirontaine

3 octobre 2010

Retour aux mots sauvages, Thierry Beinstingel

retour_aux_mots_sauvages"Nous sommes transparents comme l'eau claire, clame la direction, et ce "nous" collectif se perd dans la léthargie de l'été. Pourtant, en juillet, à Marseille, dans la torpeur estivale, avec la mer scintillante des calanques, le ciel d'airain comme un couvercle brûlant, tout cela n'avait pas suffi à taire le drame qui s'était déroulé et les mots implacables de celui qui avait affirmé : Je me suicide à cause de mon travail. A cause de. Origine, fondement, raison, motif.
Retour brutal aux mots sauvages."

Comment passer aussi aisément qu'on le voudrait d'un poste qui demandait avant technicité, amour du travail bien fait, dextérité des mains, camaraderie, à cette fonction nouvelle d'opérateur qui ne réclame lui qu'élasticité de la bouche, perte d'individualité, de prénom, abrutissement.
Le nouveau, qui n'était avant qu'un homme taiseux aux mains abîmées, devient une voix, renommée Eric, pour faire bien, au bout du fil. Pour l'obtenir, appuyer sur la touche 9.
Alors pour échapper à l'enfermement des plateaux ouverts où chaque tête surmontée d'un casque répète en boucle le même discours appris par coeur, étalé sur l'écran - suivre le déroulement -, Eric transgresse, prend des notes, collationne, rappelle des clients et se rend même chez l'un d'eux.
Au dehors, il s'agit de vivre, alors pour ce faire il court, sensation sèche et addictive des poumons qui se blessent. Et puis ne pas oublier de saluer la boulangère, ne pas oublier tout court, être celui qui voit. Pas dupe.

heart J'ai été laminée par ce livre qui se présente comme un roman, mais si criant de vérité, ciselant finement un quotidien qu'ils sont nombreux à connaître, que je devine si aisément... Pourquoi se plaindre, comment oser, lorsque l'on a la chance d'avoir un travail ? Alors peu importe que la route pour se rendre à ce nouveau poste se soit allongée, le savoir-faire savamment appris remisé à la cave, et que le discours des responsables soit devenu si lénifiant. Il faut vendre, mentir, tromper, ne plus se reconnaître dans ce que l'on fait, tant pis. A présent pas le choix. On en vient à se dire au fil des pages qu'Eric a de la chance, finalement, d'être où il est, que c'est moins pire qu'ailleurs, pas si mal, l'équipe est chaleureuse, les chefs pas si terribles. On en oublierait presque les drames relatés qui jalonnent le récit, le retour à la réalité, aux mots sauvages.
D'une écriture efficace et sobre, Thierry Beinstingel dresse ici le portrait troublant d'un homme ayant troqué sa bouche contre ses mains, ses rêves contre un cauchemar dont il ne peut rien dire. D'où l'envie parfois de se laver, effacer enfin toute cette glue des jours.
J'ai été bouleversée, voilà, par la timide révolte de ce personnage de papier et par la simplicité terrible des mots de son créateur... Une lecture qui me semble nécessaire.

bouton3 Note de lecture : Coup de coeur ! - 19€ - Fayard - Août 2010

La lecture de Cathulu !!! - Un titre en lice pour le prix Goncourt des lycéens 2010...

12 juin 2010

Carnets intimes, Sylvia Plath

carnets_intimes"David avait compris. Ce serait exactement comme dans Alice au pays des merveilles, seulement Susan serait Alice et lui... eh bien, lui, il serait toujours David."

Dans ces Carnets intimes, ce sont en fait neuf nouvelles que nous présentent les éditions de la Table Ronde, des nouvelles qui complètent et mettent en perspective l'oeuvre en prose connue de la poétesse américaine Sylvia Plath.
J'avais tenté il y a quelques années la lecture de La Cloche de détresse, son unique roman, et je n'avais pas accroché. C'est avec l'autobiographie romanesque de Claude Pujade-Renaud, Les femmes du braconnier, que j'ai renoué en beauté avec elle.
Je dois vous avouer que je connais peu ses poèmes, et le peu que j'en ai lu ne m'a pas forcément touché. Ici, c'est à nouveau son univers quotidien que l'on retrouve, les épisodes de sa vie qui l'ont marquée, sa rencontre notamment avec le poète Ted Hugues, leur lune de miel littéraire en espagne, sa maison du Devon et leurs relations avec le voisinage...mais aussi des oeuvres de fiction, parfois déroutantes et dérangeantes de désespoir où l'on semble découvrir des traces de ce qui en 1963 lui donnera l'impulsion fatale.

J'ai beaucoup aimé plonger dans cette écriture d'une intimité troublante et généreuse. J'ai retrouvé avec ce livre du plaisir de lecture, celui-là même qui m'avait échappé quelques semaines plus tôt. Ces nouvelles sont d'un intérêt variable. Je retiendrai Le Rocher vert dont est extraite la citation plus haut qui conte un après-midi de plage nostalgique que vivent en osmose le frère et la soeur, tout en creusant un trou dans le sable, à la recherche de leur prime enfance... mais ce sont de nombreuses pépites que l'on peut piocher dans ce recueil, à lire et à relire.

Une lecture attachante et essentielle.

bouton3  Note de lecture : 4.5/5 - 16.77€ - 1991

Une lecture fascinante pour Cathulu (merci !!) - Lilly est ravie - Une très belle découverte pour Clara - Edea est également enthousiaste - L'avis de Dominique ?

30 octobre 2010

En Octobre, dans vos Pals...

pal3il y avait toujours beaucoup de livres en attente.
Mais vous avez lu ...

Latite - Néfertiti la parfaite de Nick Drake - bien aimé, mais quelques longueurs dans le récit !
           Impératrice de Shan Sa - un coup de coeur, un livre poétique et fascinant !
           Les fables de sang de Arnaud Delalande - une grosse déception, je n'ai pas accroché à l'écriture et à l'intrigue...
Valérie - Matous et Pingouins de Yang Song - Très superficiel !
Curtain, Hercule Poirot quitte la scène d'Agatha Christie - Une vraie réussite !
Aifelle - Rosemonde Gérard de Laurence Catinot-Crost - Une déception, une biographie qui ne va pas assez loin.
Liza lou - Debout les morts de Fred Vargas - Un grand coup de coeur !
             La princesse Ligovskoi de Michel Lermontov - Un récit intéressant !
             L'obsédé de John Fowles - Une légère déception et un petit reliquat de septembre...
George - Le libertin de Eric-Emmanuel Schmitt - Très bien et drôle !
            Mathilda de Roald Dahl - Un coup de coeur !!!
            Le secret de la Ferme-Grise de Elizabeth Braddon - Encore un coup de coeur !
Emmyne - La Rose de Versailles de Riyoko Ikeda - Une re-découverte toujours passionnante et émouvante aux parfums d'enfance...
Clara - Les demeurées de Jeanne Benameur - Un livre magnifique!
Vilvirt - La légende du cavalier sans tête ou "Sleepy Hollow" de Washington Irving - Un bon petit plaisir de lecture !
           Elizabeth et son jardin allemand d'Elizabeth Von Arnim - Un très grand plaisir de lecture et la découverte d'une romancière que je ne connaissais pas !
Sofynet - Scott Pilgrim - Une très bonne surprise !!
Bookybook - Bouquiner d'Annie François - Amusant !
                 Les fourmis de Bernard Werber - Prenant !
Véro - La bâtarde d'Istanbul d'Elif Shakaf - Un vrai bon moment de lecture caché dans ma PAL!
Kayleigh - La ronde des innocents de Valentin Musso - Belle découverte !
              Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti - Agréable lecture !
Setsuka - Hell de Lolita Pill - Pas convaincue !
L'or des chambres - 80 étés de Jeanne Herry - Un petit récit frais, sensible, écrit avec beaucoup de naturel !
Tiphanie - Roman avec cocaïne de M. Aguéev - Une lecture en demi teinte, si j'ai apprécié le début, la fin m'a saoulée !
Sharon - Un amour vintage d'Isabel Wolff - Un roman de chick-litt surprenant et émouvant.
             La femme de l'allemand de Marie Sizun - Un gros coup de coeur.
Theoma - L'homme du lac de Arnaldur Indridason - Pas accroché !!
Ptitlapin - Antonera de Margaret Mazzantini - enthousiasmée !
Cacahuète - L'accro du shopping a une soeur de Sophie Kinsella- toujours aussi exaspérant à lire, mais toujours un régal !
                 Nous les Dieux de Bernard Werber - Grosse déception, ennui fut le maitre mot de toute ma lecture !
Typhania - Son bilan en photo - Objectif réussi !

Quant à moi, j'ai lu Les mains nues de Simonetta Greggio, dont il ne me reste pas grand chose, malgré une belle écriture et une jolie ambiance...

Je retiendrai de ce mois-ci...

Votre enthousiasme toujours intact, vos lectures si différentes, la présence de BD dans vos Pals (mais comment faites vous pour vous retenir ? Je les dévore en général tout de suite !!), la mort de Hercule Poirot, le Read-A-Thon de George qui vous a permis de plonger tête la première dans vos livres en attente, les multiples coups de coeur découverts encore une fois, votre participation active en commentaire (merci merci) !
L'organisation de ce petit challenge marche du tonnerre grâce à vous !! ...

Rendez-vous en Novembre, pour découvrir encore une fois les trésors cachés de vos PALs !

objectif_pal_le_retour

Sinon, il y a toujours aussi ce que j'arrive à piocher ici [clic].
Le billet flottant de Novembre apparaîtra à droite dès que possible...
La marche à suivre par ici.

Et puis, et puis, mon petit doigt m'a dit qu'on parlait musique chez Leiloona depuis hier... Je ne participe pas mais j'encourage !! ;o)

22 septembre 2010

Objectif Pal de Septembre ... Au secours Mrs Dalloway, Mary Dollinger

Au_secours_Mrs_DallowayEn ce moment, le Mrs Dalloway de Virginia Woolf est à l'honneur sur vos blogs (voir ici le billet tentateur de Vilvirt)... Alors, en attendant de lire ce roman à mon tour un jour prochain, j'ai décidé d'aller chercher cet opus ci-contre de Mary Dollinger, au titre évocateur, perdu au fin fond de ma PAL pour mettre Mrs Dalloway définitivement en avant en ce mois de septembre...

"Je songeais à Mrs Dalloway que personne ne se serait risqué à prendre pour une femme de petite vertu. Je la voyais marcher avec ce port altier dont seuls les gens bien nés ont le secret, passant tranquillement à travers la vie. Elle se désintéressait des uns, charmait les autres, contournant les événements, fleurant à peine les émotions, fuyant l'amour charnel et, qui, tous les soirs, virginale et seule, se retirait dans l'austérité de sa chambre-cellule. Je l'avais beaucoup fréquentée depuis quelques mois, sans en tirer les leçons, ni pour autant calquer ma vie sur la sienne."

Clare est aujourd'hui une femme d'âge mûr dynamique et curieuse. D'origine anglaise, elle a épousé dans sa jeunesse un français intelligent et beau, mais un brin ennuyeux, Georges, avec qui elle vit dorénavant en France. Avec lui, elle a eu deux enfants et un chien, et a hérité en prime d'une gouvernante lugubre qui lui voue depuis toujours une certaine aversion, Mathilde. Habituée à vivre ce quotidien sans surprises, résolue aux absences de son mari, elle jubile pourtant lorsque en un après-midi tout est remis en question. Obligée de vendre sa voiture rutilante pour faire face à un déficit bancaire imprévu, étonnée de ne pouvoir joindre son mari au téléphone à son hôtel habituel, elle se mêt en tête d'écrire un roman aux ressorts romanesques pour gagner "beaucoup d'argent", et décide de faire de Mrs Dalloway, l'héroïne de Virginia Woolf, sa compagne d'écriture... Il ne restera plus qu'à un admirateur belge de la séduire pour que la vie de Clare prenne alors un tournant extravagant.

Autant le dire d'emblée, il y a beaucoup d'humour et de légèreté dans ce roman. Et en cela, il m'a beaucoup plu. Je me suis bien amusée avec cette lecture qui ne se prend pas cinq minutes au sérieux. De temps en temps, voilà qui fait vraiment du bien. Les réparties sont efficaces, le rythme rapide et sûr, aucun ennui au programme. Alors, bien entendu, Clare n'est pas très crédible en apprenti écrivain et sa passion dévorante et soudaine pour Jeffery le belge séducteur est un peu étonnante, mais je n'avais pas envie de bouder mon plaisir et j'ai aimé rire tout en cotoyant de nouveau par ce biais l'univers riche de Virginia Woolf...

bouton3 Note de lecture : 4/5 - Jacques André éditeur - 15.50€ - Septembre 2006objectif_pal_le_retour

De l'auteure, j'ai lu Journal désespéré d'un écrivain râté et Le bébé était cuit à point

Lily avait beaucoup aimé aussi (Cathulu moins, voir dans les commentaires... ;o)

Où il est également question de Mrs Dalloway...

Le blog de Mary Dollinger : http://www.mary-dollinger.com/

Objectif Pal : 2/12

Vous pouvez toujours laisser vos liens de lectures de Pal [ici] pour septembre, et il y a encore à découvrir tout ce que j'arrive à piocher [ici].

5 septembre 2010

Que font les rennes après noël ?, Olivia Rosenthal ... Rentrée littéraire

que_font_les_rennes_apr_s_no_l"On vous a dit que le bonheur avait un coût, vous acceptez cette idée, mais malgré vos faibles compétences en arithmétique et en économie, vous avez parfois l'impression que le coût est supérieur au bénéfice. Vous n'arrivez pas à distinguer avec certitude ce que vous devez et ce qui vous est dû, vous avancez à l'aveugle, vous êtes liée par un contrat dont vous ne connaissez pas les termes exacts et qui s'applique à vous de l'extérieur. Vous peinez à vous dégager, à vous connaître, à vous appartenir. Vous êtes bien élevée."

Tout commence par le désir exprimé bien haut d'un enfant, posséder un compagnon à poil doux et au corps chaud pour envelopper ses jours de présence et de douceur. Mais les parents de cette petite fille - qu'Olivia Rosenthal vouvoie avec distance comme une autre elle-même - sont des parents ordinaires, hostiles au désordre. Ils refusent, s'arc-boutent, tiennent bon.
On ne se méfie sans doute jamais assez des désirs inassouvis. Cela pousse à la trahison, cela donne des envies de fuites et d'absences, de suivre un beau jour les rennes après noël. Cela traîne et s'entortille jusqu'à l'âge adulte. Cela peut provoquer l'émancipation...
heart Voici un ovni littéraire tel que je les aime. Comme une litanie entêtante, Olivia Rosenthal raconte ici l'histoire d'une femme qui se cherche, se cache depuis l'enfance, puis enfin se trouve après quelques erreurs et émois... Egalement, et comme si elle rédigeait un compte rendu animalier, elle retranscrit des entretiens particuliers tenus avec des éleveurs, soigneurs de zoo, laborantins... Nous croisons King kong et La Féline. Nous nous penchons avec elle sur cette idée étrange qu'ont eu les nantais d'abriter il y a peu une meute de loups au sein de leur ville, au creux des douves du château des ducs. Cet ensemble hétéroclite forme un tout qui donne un sens à notre condition d'humain et tient avec pudeur l'émotion à distance...
Une lecture de rentrée toute en subtilité et en tempérament qui détonne et étonne. C'est spécial, c'est étrange, j'aime.

bouton3 Note de lecture : Coup de coeur ! - 16.90€ - Editions Verticales - Sortie le 23 Août 2010

Challenge 1% rentrée littéraire 2010 : 7/7challengerentr_elitt_raire

Challenge terminé !!

J'ai ainsi mieux compris le thème de l'atelier d'écriture filé ici avec l'auteure - J'avais beaucoup aimé On n'est pas là pour disparaître

29 juillet 2010

Un temps fou, Laurence Tardieu

untempsfou"Depuis que je vous ai revu, depuis qu'à nouveau vous vous tenez là, à la lisière de ma vie, sans que ni vous ni moi ne sachions ce qui va advenir de nous, si proches et si loin encore l'un de l'autre, après vous avoir tant attendu, tant de jours, tant de nuits, découvrant ce que c'était d'attendre quelqu'un, l'attendre dans sa tête, l'attendre dans son corps, devenir cette attente, ne pouvant me résoudre à ce que vous ayez été qu'un éclat dans ma vie, quelques minutes de saisissement qui m'auraient fait entrevoir un royaume que j'ignorais, puis plus rien, depuis que votre présence si proche me fait éprouver pour la première fois combien le désir d'un homme peut faire vaciller une vie, l'anéantir, la pulvériser, bouleverser un corps, l'assoiffer, et qu'à cela il semble qu'il n'y ait pas de limites, aucune limite [...], depuis que vous êtes là, à nouveau, des souvenirs ressurgissent."

Maud a rencontré un homme un soir de fête. Assis tous les deux dans un coin, ils se sont dévorés des yeux, reconnus, désirés. Six ans plus tard, un coup de fil et la voix de l'homme à nouveau au téléphone fait renaître l'attraction chez la jeune-femme, écrivain et maman d'une petite Marie de six ans. Ils se revoient, pour un projet cinématographique, et s'aiment cette fois-ci pour de bon, physiquement, pleinement. Mais leur vie est occupée, ailleurs, dans le réel ...et la vie, justement, invente parfois ce que nous n'avions pas su imaginer.

J'avais eu pour un précédent livre de l'auteure, Rêve d'amour, un énorme coup de coeur de lecture, un sentiment naturel devant un roman ainsi mené tout en émotion heurtée, en talent si évident. Il était question de rechercher une mère à travers la voix de l'homme qu'elle avait aimé, en secret. L'écriture de celui-ci m'a laissée un peu plus dubitative, peut-être trop de fluidité dans les phrases, presque un sentiment de facilité. Cependant, la palette de sentiments que Laurence Tardieu développe dans son récit m'a beaucoup touchée, malgré les défauts de son texte. J'en garderai certainement des traces.
Après une première partie exaltée, une seconde moitié, moins haletante, plus raisonnée, donne heureusement une profondeur et un relief bienvenu à l'histoire qui permet de refermer ce livre avec une grande sérénité.

Une lecture passionnée, qui sait parler - malgré mes réserves - avec justesse du désir féminin et de l'attachement.

bouton3 Note de lecture : 3.5/5 - Ldp - 6.50€ - mars 2010

Sébastien souligne la platitude du style et je rejoins son avis - Laure, quant à elle, nous parle de la délicatesse de Laurence Tardieu et voilà que je suis d'accord aussi - Pour Clarabel, c'est beau et parfois un peu long- Véro décrit très bien l'ambiguité de cette lecture - Leiloona est du même avis...

Je vous laisse quelques temps...à bientôt !

10 mai 2010

10. Ecrire

lorette_nob_court"Je ne sais pas très bien à quoi cela tient un écrivain. Pourquoi ni comment quelque chose en soi résiste au-delà de tout, au-delà des soucis d'argent, de la solitude, du sentiment d'incompréhension et d'inutilité qui parfois submerge, de la vanité de toute cette énergie consacrée à témoigner d'une certaine vision du monde, d'une exigence, ou plutôt d'une soif qui exige en soi. Je ne sais pas. Je sais seulement que je ne peux faire autrement, parce que autrement pour moi, c'est mourir. Or, j'ai choisi la vie."

Extrait de L'Usure des jours de Lorette Nobécourt...
... un livre qui malheureusement est devenu assez rapidement pour moi un abandon de lecture. comme une chanson qui aurait été prise un ton trop haut et dont je n'aurais plus entendu soudain que les aigus. Une belle écriture, cependant, à laquelle je n'ai seulement pas été assez sensible.

25 février 2010

Les femmes du braconnier, Claude Pujade-Renaud

lesfemmesdubraconnier"Un braconnier ? Dans mon poème, encore pataud et mal léché (il me fallait le travailler, aiguiser ses griffes), je désignais ce fauve qui me traquait par les termes de noir maraudeur. Chasseur animal ? Chasseur humain ? Je les mettais dans le même sac, ils m'angoissaient et m'attiraient. Mais je ne voulais pas être un trophée supplémentaire dans le tableau de chasse de ce Ted Hughes. Si nous devions nous rejoindre, je souhaitais que ce fût par la poésie."

Sylvia Plath rencontre Ted Hughes en 1956 à Cambridge. Tous les deux souhaitent se consacrer à la poésie et sont irrésistiblement attirés l'un par l'autre. Entre passion, création, puis vie de famille, ils mènent ensemble un chemin poétique hors du commun, habité par les figures mythiques du père, de la mère et de l'Allemagne pour l'une, et par un bestiaire fait de force et de puissance pour l'autre... Ils naviguent géograqhiquement entre Londres et leur maison du Devon, Court Green. Seulement, l'attirance de Ted Hughes pour une autre poétesse, Assia Wevill, mettra fin au couple Hughes, et Sylvia sera rattrapée par les ombres de son passé jusqu'à se donner la mort.

Moi qui ne suis guère attiréeheart par tout ce qui ressemble de près ou de loin à des histoires animalières, je suis rentrée à pas feutrés dans ce livre, happée par le nom de l'auteure et cette promesse d'y rencontrer Sylvia Plath. Bien m'en a pris, car progressivement, dès les premières pages passées, j'ai été prise d'une passion irrésistible pour cette histoire, vraie, d'amour, de poésie, d'enfantements et de mort.
Claude Pujade-Renaud nous conte son récit, l'histoire de ce trio amoureux déchiré, à l'aide de voix différentes, fragments de dialogues, lettres, contributions d'intimes, de voisins, et voilà qui donne à son livre une épaisseur, une couleur et un intérêt multiplié, tout en conservant une unité d'ensemble très agréable.
Je dois vous l'avouer, lire ce livre m'a bouleversée. Sans doute est-ce ce rapport à l'écriture, préservé malgré la présence des enfants ? Ou cette fragilité que Sylvia Plath conserve malgré le bonheur ? Ces pertes qu'elle ne parvient jamais vraiment à combler.
Claude Pujade-Renaud signe ici un roman magistral que je suis bien heureuse d'avoir lu.

tedhugues_and_sylviaplath  Assia_1

Ted Hughes/Sylvia Plath/Assia Wevill

bouton3 Note de lecture : 5/5
ISBN 978 2 7427 8849 1 - 21€ - JANVIER 2010

Grand grand merci à Cathulu qui range ce roman sur son étagère des essentiels !!! - Fashion n'est pas du tout convaincue - Papillon est déçue - Un roman "magnifique" pour Lily - Nous voici bien partagées...;o)

Du même auteur, sur ce blog, vous trouverez ici ma lecture de Belle-mère.

22 février 2010

Mon père, Eliette Abécassis

monp_re"Un matin, je me suis éloignée de mon père. C'était la veille du jour de mes vingt ans, le premier anniversaire que je passai sans lui. Le lendemain, mon père me téléphona tôt dans la journée pour me dire combien il était heureux du jour de ma naissance.
- Tu es le premier, dis-je.
Et le soir, tard, à nouveau, mon père appelait.
- Je suis le premier et le dernier.
Mon père était l'alpha et l'omega. Il commençait et finissait ma journée ; pourquoi sa mort n'aurait-elle pas été la fin de ma vie ?"

Hélèna a perdu son père il y a deux ans de cela. Le deuil est difficile à faire, leur relation ayant été plus qu'importante pour elle, primordiale...

La lectrice que je suis s'est alors dite qu'elle allait encore une fois assister à une apologie du père, béate et à sens unique. Mais rien de tout cela... Eliette Abécassis cache finement son jeu dans les premières pages, car avec l'arrivée d'un demi-frère inconnu dans sa vie, Hélèna va peu à peu prendre conscience de la relation toxique et malsaine qui la liait à ce père qu'elle ne connaissait pas ou si mal. En effet, au terme du roman, on apprend qu'elle a été l'enfant non désirée, celle qui a empêché le père de vivre son amour réel, celle a qui il a donné le prénom de la femme qu'il aimait véritablement, la mère de son fils, pour mieux raviver chaque jour sa souffrance à lui sans doute, et l'empêcher de réellement se donner le droit de vivre sa vie, à elle.

Un livre fort, un peu dérangeant, déroutant dans sa construction, comme parcouru d'ellipses inexplicables... Ce n'est pas, et loin de là, ma meilleure lecture de cette auteure mais j'ai aimé la ligne encore une fois hors des sentiers battus de son roman. Une mise en lumière particulière du thème de la relation père/fille.

bouton3 Note de lecture : 3.5/5objectif_pal

Du même auteur ... sur ce blog, vous trouverez ma lecture de La Répudiée... mais j'ai également lu Un heureux évènement et Clandestin que j'avais beaucoup aimé.

En bref, je n'en ai sans doute pas fini avec Eliette...;o)

Objectif Pal : 8/50

13 mars 2009

Stage d'écriture (suite4)

le_vilain_petit_canard_2Aujourd'hui, avant dernier volet du fil déroulé depuis dimanche, relatant mon stage d'écriture en compagnie d'Olivia Rosenthal, sur le thème des animaux et des hommes...

Après avoir lu cette fois-ci un passage de l'Histoire Naturelle de Buffon, il s'agissait pour nous d'établir notre Autoportrait zoologique, en s'inspirant de l'humour et des méthodes d'écriture de ce naturaliste du XVIIIème siècle. Si j'avais été un animal...

Le résultat est à prendre bien entendu au second degré, et c'est toujours en vingt minutes :

"La petite tête ébouriffée de l'animal attire d'abord le regard. On s'étonne de ses plumes grises, de son bec inélégant, de son cou trop long et de son regard noir. Et puis, voici qu'il se met à se dandiner et que la gaucherie de son allure surprend. Comme si les pattes palmées qu'il remuait l'une après l'autre n'étaient pas les siennes, et qu'un peu joueur, il avait enfilé les bottes de son frère aîné.
Nul n'est capable d'imaginer alors, ainsi accoutré d'une telle démarche de guingois, la filiation qui le lie à cet autre animal, d'une élégance souveraine, d'un blanc immaculé, qu'il deviendra sans doute un jour, plus tard, une fois que ses plumes grises se seront envolées, et que glissant enfin sur une eau paisible et claire, il aura révélé une grâce, inimaginable sur la terre ferme."

© Les écrits d'Antigone - 2009
Un texte écrit dans le cadre d'un stage d'écriture animé par Olivia Rosenthal.

Suite et fin lundi prochain !

8 mars 2009

Je vous en parle enfin

de ce fameux stage d'écriture ?!!

olivia_rosenthal

Cette fois-ci, le week-end dernier, nous étions donc en compagnie d'Olivia Rosenthal.
D'elle, je connaissais déjà "On n'est pas là pour disparaître" et une pièce auquelle j'avais assisté, interprêtée par Denis Lavant, "Des cochons et des hommes" (j'en parlais ici).

Nous sommes restés sur le thème des animaux tout au long du week-end, dans une quête d'écriture loin de nos idées toutes faites et loin de nos habitudes d'écriture aussi. Le but de tout cela, écrire autrement, par le biais de petits exercices et de textes courts produits en vingt minutes.

Mon bilan ? beatrix
J'ai eu le sentiment de nager quelques heures dans un univers où les animaux ont pris le pouvoir...un monde inventé par Beatrix Potter à la sauce Kafka, Buffon ou Derrida. Je suis un peu difficile à comprendre sous ce biais là, j'en ai conscience, mais lorsque nous étions dedans, le mélange semblait tout à fait cohérent.
Nous avons beaucoup ri. La bonne humeur était de la partie. Olivia Rosenthal est très conviviale et agréable.
Mis à part cela, je me suis rendue compte de oh combien j'étais peu productive en vingt minutes, de oh combien c'était rapide et de oh combien parler d'animaux n'était pas si évident.
Après un débat houleux avec moi-même, j'ai décidé de vous livrer quelques extraits de mes productions cette semaine, malgré leur qualité littéraire très médiocre...car le fil conducteur que nous avons suivi peut vous intéresser et il n'est pas défendu de s'amuser un petit peu, non ?

(photo O.R. www.linternaute.com)

21 février 2009

Mode d'emploi

mode_d_emploiElle tenait le manuel dans ses mains tremblantes, accroupie devant le téléviseur, le lecteur DVD à ses pieds.
Elle tentait depuis dix minutes de comprendre, de brancher, d'installer. Elle le leur avait promis - pour demain matin tout serait prêt - elle leur promettait tant de choses en ce moment, qu'ils auraient tout comme les autres, que ce serait facile, que plus rien -jamais - ne leur manquerait, que forte d'une volonté sans bornes elle ferait en sorte que la vie glisse sur eux sans les blesser, sans les atteindre, indolore.
Elle voulait cela pour eux, et pour elle aussi à présent, une vie indolore, comme ce soir, comme leurs sommeils jumeaux à l'étage, et cette douce lueur de fin de journée qui dessine des ombres tendres sur le tapis. Si seulement, tous les moments à venir pouvaient ressembler à celui-ci. Si elle parvenait à faire fonctionner l'appareil, elle aurait demain leurs sourires, le claquement de leurs mains, leur joie pour récompense. Elle se sentirait alors enfin à la hauteur, capable d'assumer le reste, capable dans leurs yeux.
Ce mode d'emploi, des lettres blanches sur fond noir, semblait psalmodier en préambule une rengaine menaçante, "Important. Attention, très important. Lisez ces instructions avant toute utilisation et conservez-les pour votre référence ultérieure".
Garder. Ne pas jeter. Conserver. L'appareil, le manuel et tout ce qui lui rappelait eux.
"La vie continue", c'est ce que l'on dit, non ? Dans ce genre de circonstances.
On fait entrer des objets chez soi, des objets qu'il n'a pas connu, qu'il ne connaîtra jamais, et le temps, la vie - oui - continue, sans faillir. Il y aura un jour où elle tombera par hasard sur ce manuel, oublié au fond d'un tiroir. L'appareil aura disparu peut-être, elle sera vieille, ses enfants de grands adolescents renfrognés. Il y aura un jour où elle aura l'habitude de cela, le remplacer lui, le disparu, le mort, dans ces tâches là, des tâches qui jusqu'à présent lui étaient dévolues à lui, pas à elle.
Et si rien ne fonctionnait ce soir, si rien ne se passait sur l'écran, si un disque en équilibre sur ses doigts elle tentait à présent de percer le mystère, où la fêlure, d'une surface lisse pourtant neuve, ce n'était pas parce qu'elle avait mal lu la notice, ni qu'une fiche était mal enfoncée ou que le canal vidéo était introuvable. Non, si rien ne fonctionnait ce soir, elle le savait, c'était simplement parce qu'il n'était pas là, que d'ordinaire les mises en route d'appareils électroniques provoquaient chez eux des disputes aussi étonnantes que rituelles, et qu'il n'y avait rien de pire que la douceur ce soir, rien de pire que le silence.

© Les écrits d'Antigone - 2009

Un texte écrit dans le cadre d'un stage d'écriture animé par Emmanuelle Pagano, ou comment utiliser un mode d'emploi dans un texte de fiction. Voilà pourquoi, aussi, elle m'a laissé un commentaire ici, qui a pour titre St Valentin mon oeil...;o))

11 novembre 2008

Sur l'inspiration

inspiration"La poésie est une union avec tous ou quelques-uns, et c'est aussi hélas ! une solitude sans frontière. Dès qu'on a souffert on est là dans sa patrie. L'important demeure, aussi court que soit son clavier, de chanter sa propre chanson, de rester fidèle au rythme intérieur...
La solitude de la poésie me cerne toujours plus et peuple la solitude qu'elle crée."

Aliette AUDRA (1897-1962)

16 novembre 2008

Présent ?, Jeanne Benameur

pr_sentEn attendant de terminer mes devoirs (mes lectures pour ELLE, je veux dire), je me suis octroyée une petite pause lecture-personnelle, et cela fait du bien, je dois bien l'avouer.
Par la même occasion, me voici également partie en découverte d'auteur, chez Jeanne Benameur, que je n'avais pas encore lue.

L'histoire ? Nous sommes à la veille des conseils de classe, dans un bahut de banlieue, à la veille aussi des émeutes de 2006. Vont se jouer bientôt les destins d'adolescents en quête d'identité. Il est question d'orientation, et ce particulièrement pour les élèves de troisième. Avec la fin du collège, c'est une page importante qui se tourne, une sorte de seuil, un peu prématuré, vers des vies d'adultes dont on ne saura sans doute rien, plus tard. Parmi les professeurs, il y a ceux qui baissent les bras, les revanchards et les autres, ceux qui espèrent encore.

Ce roman est un cadeau de Cathulu, qui avait été bien déçue par ce titre. Pour moi, c'est une autre histoire !! Comme elle, j'ai été gênée par quelques petites bricoles, le côté parfois lyrique du discours, et l'aspect moralisateur de certaines phrases, disséminées ici et là sur ce qu'il serait bon de faire ou pas, de penser ou pas. En matière d'éducation, rien n'est facile.
Mais je ne vais pas m'attarder sur ces points là car il y en a d'autres, de tellement plus positifs : les très beaux personnages, professeurs ou élèves, les réflexions si prenantes sur l'écriture et sur la lecture. Il y a cette professeure de SVT, nouvellement promue, qui ne vit que pour le corps de son amant, resté en province, et qui n'en peut plus de ne pas voir le ciel et la mer. Cette élève, nulle en classe, discrète, invisible, mais qui dessine si bien. Ce troublion qui refuse la langue française, de peur d'oublier sa langue maternelle et qui découvre le pouvoir du Minautore, le pouvoir de l'écriture, et puis Kafka aussi. Ce personnage, nommé factotum, mémoire de l'école, détenteur des clés, qui répare tout et qui sait tout.
J'ai aimé l'écriture de Jeanne Benameur, ce roman m'a émue, m'a réconfortée...il m'a fait du bien. J'ai repensé à mes années collège, et j'en ai vu les bons côtés. Il m'a donné envie, aussi, de continuer à la lire, elle.

Un extrait...
"Le professeur de lettres, dans la salle de cours vide, lit. Lire, pour un professeur de lettres ça paraît normal. Ca ne l'est pas. Chez lui, à son bureau, il n'y arrive plus. Pas plus que dans son lit ou sur le canapé du salon. C'est un comble. Il n'y arrive plus.
Il n'y a qu'ici, dans la salle vide, qu'il peut ouvrir un vrai livre et oublier tout le reste. La lecture n'a trouvé une place que dans les trous de l'emploi du temps, au collège.
Après la sonnerie, les couloirs se chargent de leur cargaison d'élèves bruyante, excitée. Lui, il sort le livre de son cartable.
Tout s'arrête."

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - ISBN 978 2 07 035528 0

Merci Cathulu !!!

15 septembre 2008

Le trou

letrou"Tu te couches dans le trou
il a ta forme
ta taille
l'odeur de ton oreiller
ton lit froid

Tu montes
et tu descends
tu es sa respiration
son rythme cardiaque
son poumon
si tu l'étouffes
tu t'étouffes

Au fond du trou
Tu peux pourir
ou germer

Il t'appartient
c'est peut-être tout
ce qui t'appartient
aménage le
ton petit trou
tu es chez toi"         

(Un auteur et un blog à découvrir : Thomas Vinau  http://etc-iste.blogspot.com)

ISBN 978 2849 2406770 - 12 € - JANVIER 2008   www.editionsducygne.com

Un nouveau titre en parution : Les chiens errants n'ont pas besoin de capuche

28 septembre 2008

Olivia Rosenthal...

...est l'invitée auteure associée de la nouvelle saison du Grand R 2008/2009 (Maison Gueffier - La Roche sur Yon). J'avais beaucoup aimé son "roman" On n'est pas là pour disparaître et la lecture qu'elle en avait faite en public, je suis donc ravie.

ROSENTHAL

Olivia Rosenthal s'intéresse également au Théâtre. J'ai donc pu assister jeudi soir dernier à la représentation d'une de ses pièces, sous forme de lecture scénarisée, interprêtée magnifiquement par Denis Lavant : Des cochons et des Hommes.

Un brin loufoque et surréaliste, cette pièce est difficile à résumer. En très gros, je dirais que nous contemplons des adultes occupés à jouer aux cochons et que, dans le fond, ils en profitent pour nous parler de la maternité, de la paternité, du couple, de l'humanité et de son avenir ! En plus précis, je dirais que l'écriture truculente d'Olivia Rosenthal est une belle surprise, revigorante, qui m'a donné envie de relire son texte version papier.

         

D'autres auteurs sont invités cette saison, dont je parlerai certainement ici, entre autres Richard Morgiève, Didier Daeninckx et Emmanuelle Pagano, ... Quelle chance ! (Toute la programmation ici)

Enfin, Olivia Rosenthal, interviewée par AuteursTV, juste ci-dessous :


Olivia Rosenthal
par auteursTV

6 octobre 2008

Seule Venise, Claudie Gallay

seule_venise"A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C'est l'hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l'arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l'attente du désir et de l'autre." (extrait de la quatrième de couverture)

Ce roman, écrit par l'auteur des Déferlantes (qui est toujours dans ma PAL), est "presque" un coup de coeur de lecture pour moi !! Il m'a manqué quelques petites choses ici et là, des émotions plus fortes, des concrétisations peut-être...mais ne vous laissez pas influencer car je parie que vous serez séduits !! J'ai aimé l'ambiance d'une Venise en hiver, et cette pension brinquebalante, en huis clos, qui serre en son sein des personnages hauts en couleur et denses (j'y ai retrouvé quelques éléments de "Ensemble, c'est tout" d'Anna Gavalda...). J'ai aimé ce libraire vers lequel notre héroïne se sent attirée, séduite par son sourire, ses silences et sa voix... Oui, j'ai aimé ce livre... Il m'a laissé une sensation de douceur bien agréable !

Un extrait...
"Toujours, des hommes et des femmes se sont rencontrés à Venise. Toujours, des hommes et des femmes se sont aimés. Ont bravé le vent.
Je vous regarde.
Je ne vous connais pas. Je vous rencontre.
- Vous rougissez.
Je détourne la tête.
Vous souriez.
C'est à cause de ça.
Votre sourire. Et votre voix. J'ai aimé votre voix comme on aime un corps.
On regarde ailleurs. L'eau découvre les marches, le bois pourissant des pieux.
Avec les lumières, on voit à l'intérieur des palais. Les lustres éclairés.
- Les vénitiens sont là. Ils seront là jusqu'à la fin.
Vous aussi vous êtes là, je dis, mais pas suffisamment fort. Vous n'entendez pas."

bouton3  Note de lecture : 4.5/5

ISBN : 2 7427 5573 X - 8.20 € - janvier 2006

Un grand merci "à qui me l'a conseillé" !!
Une lecture enthousiaste chez Gambadou.

3 septembre 2008

Le château de verre, Jeannette Walls

le_ch_teau_de_verreJeannette Walls aperçoit par hasard sa mère alors qu'elle se rend à une soirée mondaine à bord d'un taxi. Devenue clocharde, celle-ci est en train de fouiller les poubelles d'une rue de New-York, proche de l'endroit où se tient la réception vers laquelle se rend sa fille.
Paniquée et morte de honte, Jeannette Walls se cache.
Lourde du secret de ses origines, cette journaliste New-Yorkaise à présent reconnue, chroniqueuse de célébrités, choquée par sa réaction de rejet, décide de ne plus mentir. Elle se met à écrire son autobiographie. Elle raconte l'histoire de ses frère et soeurs, de ses parents, marginaux, fantaisistes, amoureux des arts et des lettres, des sciences et de la liberté. Elle parle de ce père qui rêve de se construire une maison de verre dans le désert et qui se noit dans l'alcool. Fuyant la misère, des phantasmes paranoïaques et de multiples créanciers, la famille Walls a parcouru l'Amérique, connaissant dès le plus jeune âge le froid, le danger et la faim, mais aussi la soif de s'en sortir.

heart J'ai abordé ce livre avec un esprit dubitatif. En quoi l'enfance d'une chroniqueuse New-Yorkaise allait-elle m'intéresser ? Il est écrit en prologue que Jeannette Walls, l'auteure, craignait que ce récit détruise sa carrière, oui, et bien, que m'importait ? Et puis, voilà, je me suis fait prendre comme une débutante, par les sentiments.
La lectrice que je suis a oscillé constamment au fil des pages entre le désir de prendre ce texte pour un roman et le rappel constant de la réalité des faits. Je suis ressortie de cette lecture bouleversée, admirative devant la capacité de ces enfants malmenés à réagir, et avec le sentiment d'en avoir peut-être appris un peu plus sur l'esprit humain et ses travers.

Un extrait...
"J'étais en feu. C'est mon premier souvenir. J'avais trois ans et nous vivions sur un terrain de caravaning, dans une ville du sud de l'Arizona dont je n'ai jamais su le nom. J'étais juchée sur une chaise devant le fourneau et portais une robe rose que ma grand-mère m'avait achetée. Le rose était ma couleur préférée. La jupe de la robe bouffait comme un tutu et j'adorais virevolter devant la glace en me disant que je ressemblais à une ballerine. Seulement, là, debout dans ma robe rose, je surveillais la cuisson des saucisses ; je les regardais gonfler et danser dans l'eau bouillante sous les rayons du soleil de fin de matinée qui filtraient par la fenêtre du minuscule coin cuisine de la caravane."

bouton3 Note de lecture : 5/5

Un livre lu dans le cadre du grand prix des lectrices de BOOKPAGES 2009
Catégorie Document

ISBN 978-2-221-09938-4 - 20€ - 01/2008

Gambadou a été gênée par l'aspect "voyeur" du récit

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Les lectures d'Antigone ...
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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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