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Les lectures d'Antigone ...
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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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18 juillet 2015

Eux, Claire Castillon

euxclairecastillon

 "Qu'est-ce qui lui a pris, soudain, de me multiplier ? Un enfant, il a dit."

Depuis qu'elle est enceinte, la narratrice entend des voix, insistantes, qui semblent lui parler via les murs de son appartement, ou dans sa tête. Eux, ce sont les héréditaires, la famille, qui veulent lui prendre son enfant, ou au mieux l'inscrire dans leur lignée. Les voix l'insultent, la maltraitent, lui farcissent la tête de doutes, et de mauvaises pensées. Sa mère fait peut-être partie des leurs ? Rien n'est sûr. En tous les cas, elle n'est pas rassurante, et ne semble pas se réjouir, craint avant tout que l'enfant ne soit débile, conseille une amniocentèse. La débilité, une malédiction familiale. Et puis le père... Faut-il se méfier de l'homme qui partage sa vie ? La narratrice est perdue. Pour garder sa liberté, il faut se taire, résister, protéger l'enfant.

Claire Castillon a écrit là un titre assez dérangeant, dérangeant car il parle de maternité mais également de folie. Toute première grossesse met évidemment en lumière son rapport à la mère, à la famille, à l'hérédité. Donner la vie n'est pas un acte solitaire, il est une manière de créer une nouvelle branche sur l'arbre généalogique. Ici, la relation maternelle ayant été avant tout toxique, l'écho est forcément violent. Et la narratrice, dans une période d'extrême fragilité, et de bouleversement hormonal, ne parvient plus à s'en protéger, s'accroche au père, puis quand elle se met à douter de lui, s'accroche à ce qu'elle peut. Eux est un roman d'une extrême violence morale, qui a le mérite de mettre en lumière tout ce que les propos de l'entourage peuvent avoir de nocifs dans une telle période, combien nous n'échappons que peu à notre famille, et au meilleur ennemi que nous sommes pour nous-même. On peut éventuellement penser aussi au Rosemary's baby d'Ira Levin. Une lecture forte.

Editions Points - 5.90€ - Avril 2015

La lecture de Cathulu - De Claire Castillon, j'ai lu le receuil On n'empêche pas un petit coeur d'aimer, Les Cris (coup de coeur !) et Vous parler d'elle

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12 juillet 2015

Week-end

baldesoiseaux

[Puy du fou] Savoir apprécier ce qui fait plaisir aux enfants... trouver de la poésie dans des détails, les oiseaux dans le ciel, les plantes, la présence des Fables de La Fontaine, Cyrano et Chimène... et puis le sourire de Petit Dernier qui rapporte un attirail de Viking et celui de Grande Fille qui aurait bien tout acheté dans le village médiéval... Pendant ce temps, je lis pour la rentrée littéraire, un peu, mais pas que. Bon week-end !

1 juin 2015

Mon alter ego (atelier d'écriture)

porte-marion-pluss

Je regarde cette porte, que tu as poussée hier, la lumière qui frôle le sol, le jeu des ombres sur les murs. Et tu me manques. Ton rire me manque. Le jour s'est levé sur ton absence, plein de perplexité. Ce n'était pas un rêve, je t'ai vraiment demandé de t'en aller. Je me pensais incapable de faire de nouveau cela dans ma vie, m'arracher le coeur. Mais j'ai réussi. Et tu es parti. Et peu importe à présent si mon corps est blessé, strié de grandes cicatrices douloureuses, si je ressens physiquement la lame d'un poignard me transpercer le ventre et y creuser ta tombe. Nous n'étions plus que des fantômes l'un pour l'autre, en danger. Et j'avais besoin que tu t'en ailles pour retrouver celle que je suis. Dans le tumulte qu'est notre vie présente, nous nous serions perdus de toutes façons. Je commençais à me détester de te chercher, de t'attendre. Depuis la veille, étrangement, chacun de mes gestes résonnent dans l'appartement. Le choc de la bouilloire sur la gazinière a provoqué tout à l'heure un long écho lugubre. Toi parti, les sons semblent avoir appris un autre langage. Le temps s'écoule par petites gouttes pointues. J'ose à peine bouger, je redoute la vague de remord qui me fera douter. J'ai pris ma journée pour pleurer ce qu'il faut, m'enrouler dans des pulls, des écharpes, éprouver ma douleur jusqu'au bout, boire et manger du bout des doigts. Oublier les échanges, les autres. Rester avec la part animale qui hurle en moi. Toutes les deux nous avons besoin de parler, de décider du silence des prochaines semaines, de l'abandon. Tu as tes erreurs à faire. Ces erreurs qui font vibrer ton téléphone les week-ends, et te rendaient dernièrement trop soucieux. J'ai confiance. Je sais que ce qui nous rapproche trouvera bientôt son chemin dans mes disparitions. Que ton départ était le seul moyen de ne pas te perdre. Qu'il n'y a pas de souffrance inutile, pas de patience vaine. J'attends ton retour. Mon alter ego.

Une photo (de Marion Pluss), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. Un texte, rédigé in extremis dimanche soir, et largement inspiré par la chanson de Jean-Louis... et peut-être aussi par mes souvenirs de Soie d'Alessandro Barrico, parce qu'elle me rappelle ce roman cette photo.

30 mai 2015

L'inattendu, Claudie Pernusch

linattendu

 "Je ne lui ai pas confié la clé du chalet, bien qu'elle se promène seule très souvent. J'attends. Je ne sais pas quoi. Un évènement, un signe, un déclic. Donner la clé représente pour moi un engagement d'une importance capitale, la concrétisation d'une union, d'un lien. Alors j'espère. Je veux y croire sans vouloir y croire. C'est compliqué !"

Une étrange adolescente au teint diaphane apparaît un soir dans le jardin de Viviane. Cette dernière la recueille pour la nuit, puis pour quelques jours, et se prend à rêver à une maternité tardive, à l'adoption. Il faut dire que la jeune retraitée a toujours désiré une famille, qu'elle n'a pas eu en définitive, faute de trouver un père adéquat, l'amour. Mais là elle tient sa revanche sur sa vie, et comme la jeune Cosima est enceinte, le chalet prend soudain des allures de refuge, le bonheur semble à portée de mains. Cependant, des doutes pernicieux assaillent régulièrement Viviane, devant le comportement troublant de la jeune fille, et la réaction contrastée de son entourage amical. 

J'avais déjà lu de l'auteure Une visite surprise [clic ici], que j'avais plutôt aimé, et qui déroulait son histoire à Soulac sur Mer. L'inattendu est un roman très réussi, qui étend lui son histoire au creux des collines de Montbury (lieu imaginaire ?), et qui sait à la fois nous faire craindre le pire, et analyser avec justesse les pièges de l'attachement excessif. Dans le roman de Claudie Pernusch, il y a suffisamment de rebondissements, de chaleur humaine, et d'inquiétude, pour tenir le lecteur en haleine. J'ai pensé assez souvent en le lisant à l'atmosphère en huis clos de Esprit d'hiver [clic ici] de Laura Kasischke, à ce face à face tendu entre une mère et sa fille... mais ce roman n'est pas que cela. Bien que quelques pages ont réussi à littéralement me faire frissonner. Claudie Pernusch explore elle plutôt les liens d'une parenté improvisée et entoure le duo d'une galerie de personnages attachants qui apporte de la couleur et une texture riche à son histoire. Une aventure à tenter !

Editions Belfond - 18.50€ - 2 avril 2015

Saxaoul a eu du mal à comprendre Viviane - Canel a eu de mal à rentrer dans ce roman puis s'est laissée entrainer par l'intrigue plus sombre...

16 mai 2015

Guérir de ses blessures affectives, John Gray

guerirdesesblessures

 John Gray est l'auteur à succès des Hommes viennent de Mars et (des) femmes viennent de Vénus. Mais ce n'est pas ce qui m'a attiré vers le titre dont je vous parle aujourd'hui. J'ai en fait été très tentée par la perspective d'en savoir un peu plus sur la notion d'écriture émotionnelle abordée dans ce livre, l'écriture étant vue comme un type de soin.

En quatrième de couverture, John Gray nous propose de lutter contre l'auto-dépréciation, de gérer nos tensions quotidiennes, et d'éviter de nous laisser dévorer par la rancoeur. Il nous propose également de nous expliquer l'origine de nos difficultés relationnelles et de nous offrir des moyens simples et efficaces pour y remédier.

En fait, cet ouvrage ludique et simple ne nous guérit pas vraiment de nos blessures affectives de manière magique, vous vous en doutiez, mais donne des pistes intéressantes, qui ouvrent la réflexion. J'ai par exemple été très intriguée par cette notion de "vases communiquants" dans une relation, par cette passivité affectée chez l'un qui peut entraîner des émotions douloureuses chez l'autre (l'autre étant à ce moment là le miroir de son interlocuteur silencieux, sa face visible, son médium émotionnel, forcément exagéré). John Gray est convaincu de la nécessité d'exprimer ses émotions et ses vérités, de la nécessité aussi de s'éloigner des principes éducatifs qui consistent à masquer ce que l'on ressent par politesse. Car loin de nous permettre de mieux vivre en société, en famille, en couple, le détachement affecté crée un disfonctionnement et un déséquilibre dans nos relations, la colère inquiète de l'autre, et peut nous contraindre à la solitude.

Le passage qui traite de l'écriture émotionnelle met lui en avant le bienfait de poser sur le papier ses émotions. Et j'ai pu moi même constater combien écrire permettait parfois d'avancer, et ce sur des points précis. John Gray parle des blessures affectives, il traite donc ici des émotions que l'on ressent envers une autre personne, et que l'on peut avoir à coeur de regarder en face. Il préconise la forme d'une lettre, comme biais d'écriture, que son destinataire n'est pas obligé de recevoir, et conseille de passer par ces cinq niveaux d'émotions : colère reproche rancoeur, souffrance tristesse déception, peur insécurité, culpabilité regrets ("je suis désolé(e)", amour pardon compréhension intentions.

Un ouvrage intéressant, léger, intergénérationnel (il peut se lire dès l'adolescence), qui a le mérite d'ouvrir des perspectives, et de mettre en avant le bienfait thérapeutique de l'écriture avec des conseils simples et concrets.

Les éditions de l'Eveil - 14.95€ - Mai 2015

 

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18 mai 2015

Une belle histoire (atelier d'écriture)

ateliermai

 J'avais envie de te raconter une belle histoire, pour changer. Parce que le soleil écrase tout à l'extérieur, qu'il s'appuie sur les murs, sur le sol, qu'il entre même dans mes pores, et qu'il ravive brutalement les couleurs. Et que quand les couleurs dansent comme ça, comme aujourd'hui, ce n'est pas de tristesse dont on a envie, mais de joie. 
Je ne t'avais jamais raconté l'amitié et l'amour, et combien elle pouvait creuser d'entailles en moi, autrefois, là-bas. Des rigoles d'attachement, souvent gonflées de larmes. Cela tenait sans doute du manque de confiance, cette blessure. Le manque de confiance n'est pas séduisant. Mais aussi de mon mal être. Le quotidien lourd, matériel, peu satisfaisant. Et j'ai évidemment trop tardé à le laisser sur place, à tout quitter, à me réfugier ici. 
Ma belle histoire tient en quelques mots. Sache que depuis que je suis arrivée ici justement, dans ce lieu où la magie règne, et où de petits bonzes dansent et prient, ta présence m'est devenue assez vite familière, et que tu m'as rappelé que j'avais laissé quelqu'un ailleurs. Le souvenir de cette personne se ravive en moi à chaque fois que je te vois. Tu lui ressembles peu, mais notre complicité me renvoie à lui. L'entaille que l'autre avait creusé en moi se pare à ton contact de fleurs. Je ne pensais pas que l'on puisse emporter ainsi en voyage la tendresse que l'on conservait pour quelqu'un, juste l'amour que l'on ressentait pour lui, rien d'autre, vivant en soi. La rancoeur est restée dans l'avion, elle n'a pas atterri. Et c'est l'histoire que je voulais te raconter à présent, ce souvenir qui se transforme, mais aussi cette lettre que je lui ai envoyé, nos échanges depuis, et la reconstruction. C'est le cadeau que j'ai envie de te donner, cette quiétude qui m'est revenue grâce à toi, cette réconciliation avec mon passé.
Je savais que les voyages formaient la jeunesse, je ne savais pas qu'ils formaient aussi le corps et le coeur, et que l'on pouvait créer à travers eux une chaîne de bienveillance, étrange et inattendue. J'aimerais tellement t'apporter à mon tour l'apaisement, que tu sois touché par la grâce du moment suspendu qui s'agite devant nous. D'ailleurs, je viens de prendre le jeune moine en photo, pour que tu en conserves l'image. Et puis je te confie cette jolie histoire, fais en bon usage.


Une photo (de Sabine), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  C'est aussi une sorte de petite référence à ce film, ci-dessous, que j'ai aimé revoir cette semaine... et qui m'a fait du bien.

1 février 2015

En cours de lecture...

beaume "Il arrive que mon fils scande notre paresse avec les pointillés que font les cailloux plats rebondissant sur la surface de la rivière. Il est capable d'en aligner plus d'une dizaine d'une rive à l'autre en prenant des diagonales. De là, nous nous lançons parfois dans une tentative de retrouver les paroles des Ricochets de Brassens, dont je connais tout le répertoire par coeur grâce aux anciens voisins de mes parents, mais à part ça, à part ces tangentes chantées que nous nous autorisons à prendre, ces diagonales cassées sur l'onde par la poigne calme de mon fils, nous ne faisons rien qu'être ensemble, tous les deux et l'eau et ses emportements."

Extrait de Ligne et Fils, le prochain roman d'Emmanuelle Pagano, dont la sortie est prévue le 5 février chez POL... ouah comme c'est beau, et comme je me régale.

10 mai 2015

L'épuisement, Christian Bobin

christianbobin

 "Nous avons deux corps greffés l'un sur l'autre, le corps de chair et le corps de langue. Quand de la douleur ou de la joie arrive à l'un, l'autre en ressent les ondes. Quand le mensonge vient dans la langue, la mort pousse dans les chairs. C'est bien parce que certaines paroles nous tuent que d'autres paroles peuvent nous ressuciter."

J'ai peu à dire de ce titre de Christian Bobin, seulement que c'est un intime et précieux coup de coeur, et qu'il est dans la veine de ceux que j'ai terriblement aimés autrefois, et qui ont une place de choix dans ma bibliothèque aujourd'hui, tels que La part manquante, Une petite robe de fête, La folle allure, Ressuciter, etc... Ce livre se veut décousu, mal coiffé, mais surtout un recueil de pensées éparses. L'auteur prend cette liberté d'écrivain là, comme d'autres libertés dans sa vie, celle de ne pas savoir ce que sera son livre, mais seulement la certitude d'avoir un livre à faire pour la lumière qu'il lui donnera, et parce qu'il s'est passé quelque chose.

J'espère, comme Christian Bobin le souligne en pensant à la musique de Glenn Gould, que "ce qui contrarie notre vie ne fait à terme que la fortifier". Je suis de celles, comme l'écrivain qu'il est, qui s'aperçoivent un beau jour, qu'elles sont venues au "monde sans peau et que le plus léger contact entraîne des résonnances du songe et brûle un nerf obscur. Le monde bat du tam tam sur la chair à cru". Alors il reste l'écriture, et les livres, et l'amour autour de soi, en soi, et au bouleversement premier s'ajoute le bouleversement de constater combien il y a du monde. 

Cathulu m'a envoyé ce livre en me disant Le Bobin est un cadeau ! Oui, ce Bobin est un véritable cadeau, il est arrivé au bon moment, merci. [clic]

Editions Folio - 5.80€ - Mars 2015

2 février 2015

Passeport (atelier d'écriture)

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J'ai pris un bateau pour nulle part. J'ai pris le large. Plus rien ne peut m'arrêter désormais. Surtout pas toi. Je pensais que je serais triste, que la peine me glacerait le ventre, assécherait ma gorge, mais je ne sens qu'un grand froid, une paix résolue et ferme, la certitude d'être enfin sur le bon chemin. Quel horreur de poser ainsi ce premier pas vers mon avenir sur un lit marécageux, fait de vase et de larmes ! Je ne m'en savais pas capable. La vie réserve de drôles de transports, portes dérobées, issues soigneusement cachées, il fallait juste prendre la mer, partir. Tu étais si belle le jour où je t'ai rencontré, la lumière jouait dans tes cheveux, je n'ai vu qu'elle, elle et ton sourire dans lequel je pensais docilement me noyer. Avec toi, j'ai vaincu la peur, pu enfouir mes sens dans l'odeur familière du bonheur, eu de merveilleux enfants. Avec toi, j'ai gagné des batailles, perdu certaines. Et la vie a mis au coin de nos yeux de vilaines tranchées. Sache que malgré ma fuite, malgré toi, j'emporte avec moi le meilleur de nous deux, nos souvenirs les moins périssables. Ils sont mon passeport pour l'ailleurs, pour là où je vais. Tu ne devines pas encore combien cela te rendra dorénavant plus proche, tu pleures.
J'ai pris un bateau pour que jamais tu ne me quittes, avant que le regard que tu posais hier sur l'autre ne se transforme en amour. Je te connais si bien. J'ai senti dans la crispation de tes mains, dans le rétrécissement de ton sourire, dans l'éclat plus noir de tes pupilles les prémices d'une irrépressible passion. Plus rien ne m'arrêtera désormais. Surtout pas toi.

Une photo (de Kot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. 

 

28 avril 2015

Kinderzimmer, Valentine Goby

kinderzimmer"Mila ne se souvient plus de la date exacte. Le jour où les Belges sont arrivées avec des bébés joufflus, dodus sous la brassière, de kommandos extérieurs, sûrement. Elles serrent contre elle ces bébés splendides, bien nourris, surfaces de peau bombées, rosées, les blotissent dans leurs cous pendant l'Appell. Ils ont des lèvres rouges, pleines de sang rouge. De peaux marbrées laiteuses. Mila les fixe, elle se demande quel âge ils peuvent avoir. Jour après jour ils maigrissent. Ils rétrecissent. Au bout de trois semaines environ, les femmes posent seules."

- Alors quand vous aviez compris que vous alliez à Ravensbrück ?
Cette question d'une élève déclenche chez Suzanne Langlois beaucoup de trouble, elle qui a pris l'habitude de réciter son expérience en éloignant les émotions. Pour se raconter à elle même Ravensbrück, elle ne peut alors être que Mila, quelqu'un d'autre, cette jeune fille enceinte qui ne savait pas où elle mettait les pieds, bien sûr, et qui maintenait très fort la main de Lisette pour y faire ses premiers pas. Bien entendu, elle n'a su le nom de l'endroit qu'après y avoir passé deux mois et ensuite le nom n'a plus eu d'importance car tout a pris de toute façon une consonance gutturale bizarre. Parce qu'après, le combat est de tenir, d'oublier qu'il y a un enfant dans son ventre, d'éviter tout ce qui amène au tri et à la mort, tenir malgré le corps qui lâche, qui pue, et qui disparaît peu à peu sur des jambes chancelantes. Lorsque l'enfant naît, tout devient encore plus une raison de vivre, et de ne pas se laisser sombrer, la présence rassurante de Teresa, le partage pour le bien des enfants, cette Kinderzimmer où les bébés ne vivent pas plus de trois mois, le petit visage de James, les jours qui passent quand même, et les échos muets d'une libération prochaine et possible.

L'écriture de Valentine Goby est dans ce titre encore frappante, directe et belle, malgré l'horreur de ce qui est raconté, exactement celle dont j'avais conservé le souvenir dans le très marquant Qui touche à mon corps je le tue. Et c'est ce qui m'a frappé en début de lecture, cette capacité de l'auteure à nous détacher des émotions fortes que l'histoire pourrait nous insuffler. Et puis, le récit prend de la consistance, les événements s'enchaînent et donnent une image de plus en plus réaliste de l'effroi. Alors, l'écriture de Valentine Goby insuffle alors autre chose, le maigre espoir de voir vivre jusqu'à la fin Mila et son fils, et ce maigre espoir, même s'il s'amenuise de plus en plus, nous tient et nous tire inexorablement jusqu'au terme du récit. Je me suis empêchée d'aller voir des images du camp sur internet, je voulais garder la petite lumière vacillante qui parcourt ce roman en tête, et ne pas douter de l'humanité entière, comme Mila le fait si justement, alors qu'elle égrène chaque geste, chaque parole tue, chaque acte qui lui sauve la vie depuis son entrée à Ravensbrück, et lui permet de croire à un destin protégé.

Lu en grand format, merci ma bibli !! - Sorti en poche aux éditions Babel - 7.80€ - Mars 2015

Quelques autres lectures... A propos de livres - Jérome - Noukette - Saxaoul - Stephie - Sylire (version audio) - Leiloona - Frédérique Martin - ...

En lecture commune aujourd'hui avec Laurie Lit [clic ici]

11 décembre 2014

La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon

lapetitecommuniste

 "Ce qu'elle accomplit, ce jour-là, personne ne sera capable de le raconter, ne restent que les limites des mots qu'on connaît pour décrire ce qu'on a jamais imaginé.
Est-ce qu'on peut dire qu'elle prend le temps. Ou qu'elle s'empare de l'air. Ou qu'elle intime au mouvement de se plier à elle."

Dès que Nadia Comaneci apparaît aux JO de Montréal en 1976, et obtient le dix parfait, la fascination est de mise. Lola Lafon s'est penchée sur la vie de cette athlète hors du commun, entraînée en roumanie par un homme aux méthodes drastiques, Bela. Mais il n'est pas aisé de faire la part des choses entre le mythe et la réalité, entre ce que souhaite réécrire la sportive de sa propre histoire et ce qui s'est réellement passé. L'écrivain, et son sujet, sont en effet en constant dialogue, mais parfois l'incompréhension éclate. Nadia Comaneci ne veut pas que l'on présente une Roumanie triste aux rues grises, elle reste ferme sur le fait qu'il y a eu également des moments meilleurs, reste évasive sur ses liens avec le pouvoir en place. La petite fille obéissante et déterminée est devenue aujourd'hui une femme au corps libéré, parfois malhabile, qui ne sait plus quoi faire d'une liberté dont on lui vantait les mérites mais dans laquelle elle se sent finalement prisonnière...

La petite communiste qui ne souriait jamais est le récit chronologique d'un parcours sportif, mais pas seulement. Il s'agit ici aussi de creuser la vérité, de combler les trous d'un récit de vie avec des dialogues fictifs, d'inventer une biographie, à la fois fidèle et étrangère. Et c'est ce qui est hautement intéressant dans le travail de Lola Lafon, ce va et vient intentionnel entre fiction et réalité. La fiction finissant d'ailleurs au final par avoir bien plus de crédibilité que la pseudo vérité qui est présentée. Il est évident que dans tous les pays - et pas seulement dans les états totalitaires-, les athlètes sont des emblèmes utiles, dont on se sert un moment, puis qu'on éjecte sans ménagement quand la performance n'est plus là. Il faut alors que l'image soit impeccable, sans tâche, conforme au message. Nadia Comaneci a été cette emblème, longtemps, d'une roumanie qui voulait se montrer combative et moderne, mordante et fière. Lola Lafon était fascinée par la petite fille, elle semble prendre beaucoup de distance avec la femme avec laquelle elle correspond. En dehors de tout ce qu'il y a de remarquable dans ce roman, c'est sans doute cette distance qui m'a tenue un petit peu à l'écart du sujet tout au long de ma lecture. Je salue tout de même la performance d'écriture, comme elle le mérite, aisni que l'originalité enthousiasmante du projet.

Editions Actes Sud - 21€ - Janvier 2014 - Merci ma bibli !!

La vidéo du premier dix parfait à voir [par ici] - Ecouté en audiolib par Sylire [clic] - Un livre fascinant pour Aifelle [clic] - Un grand et beau coup de coeur pour Cathulu [clic] - Un coup de coeur pour Clara aussi ! [clic] ... et l'intéressante fiche du livre sur le site Actes Sud [clic], ce titre a été beaucoup lu, il a reçu de nombreux prix !

14 décembre 2014

Ton ombre fuyante (atelier d'écriture)

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Je te vois toujours de dos. C'est devenu une habitude, ta fuite. Et puis il y a ce brouillard qui se dépose doucement sur tous mes gestes, depuis la première fois. Chaque matin, je dois m'ébrouer avant de sortir. J'aime entendre le chant qui timidement veut se faire entendre sous les sirènes qui hurlent en moi. Tu étais où quand je me brûlais, tu étais où quand j'avais froid ? Tu pourrais, d'un seul clignement de cil, ouvrir tellement de portes qui resteront, je le sais, hermétiquement closes. A te regarder disparaître, je chahute, je fais du bruit, pour le peu que tu me remarques, pour atteindre ta nuque, raide du départ inévitable. Et je te trouve si beau, inaccessible et beau, inatteignable, élégant. Et je suis tellement quelconque, avec mes bras chargés de cadeaux, ces sentiments embrouillés que je voudrais déposer à tes pieds. Mon nez rouge, mes cheveux en désordre, ma robe froissée, quand disparaîtront-ils à tes yeux ? Quand sauras-tu réellement me voir ? Je suis là. Je vois ton dos. Ton ombre fuyante. Mes pensées en pagaille. Et ma main qui saura un jour retenir ton manteau. Peut-être.

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici].

13 avril 2015

Qui je suis (atelier d'écriture)

atelierjulienribot

 J'envie ceux qui naturellement savent qui ils sont. Qui ne s'éparpillent pas au moindre incident en de multiples particules éclatées de matière. Et qui se tiennent debout, droit. Moi, pour savoir qui je suis, il me faut chercher loin, passer par ma colonne vertébrale, retrouver les gestes de l'enfance où n'entraient pas le doute. Ainsi, je peux me souvenir de la corde à linge humide de rosée, du jardin, de la bassine lourde coincée sur ma hanche, du plaisir d'être au dehors, seule, et du déplaisir de manipuler des tissus mouillées. Les gestes simples, le jeu de la lumière sur mon visage, mes mains actives, les feuilles des arbres, le bruit des oiseaux, tout à cet instant m'indiquaient qui j'étais. Et le phénomène était le même lorsque je m'éloignais de la maison, les mouvements saccadés de mes jambes sur mon vélo, le bruit de l'air dans mes oreilles, la présence bruissante et sage de la nature, le glougloutement continu de la rivière. Cependant tout cela supposait la solitude, et le silence. Dans l'enfance, les mots étaient rares, ils ne blessaient pas, ils étaient écrits, et au mieux racontaient des histoires. Et ils ne franchissaient la barrière de mes lèvres que pour l'essentiel. Ils étaient un trésor à ne pas dépenser trop vite. Plus tard, les mots sont devenus plus libres, moins rangés, ils sautillaient sur les pages de mes cahiers, tentaient de trouver un sens au quotidien, aux émotions. Et ils inventaient des récits qui faisaient briller de curiosité les yeux de mes jeunes voisines. Quand ils sont devenus plus blessants, manipulés par d'autres, il a fallu un peu de courage pour ne pas se surprendre à les détester. Mais la littérature était là, qui continuait fidèlement à les chérir, qui nourrissait le goût et la bienveillance, et savait réparer. J'envie ceux que les mots des autres n'éparpillent pas en milles particules de matière étonnée, et qui ne sombrent pas dans le doute à la moindre occasion. J'envie ceux qui n'ont pas besoin de voyager si loin dans les sensations de l'enfance pour ne pas sortir du chemin, s'égarer, et qui savent capter au quotidien assez de lumière pour ne pas lâcher le guide et se préserver. 

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 

31 mars 2015

Martin Page (Pit Agarmen), Je suis un dragon

jesuisundragon

 "Xanadu devait s'assurer que Margot garde son équilibre mental. Qu'elle grandisse normalement, avec son histoire tragique et ses pouvoirs extraordinaires. C'était une mission de sécurité internationale. L'enjeu était gigantesque. Si Margot devenait une psychopathe, elle aurait les capacités de mettre la planète à feu et à sang. Le principal danger pour le monde n'était pas le réchauffement climatique ou le terrorisme. C'était une jeune fille de treize ans au caractèe ombrageux et indéchiffrable, et déjà bien blessée par la vie."

Margot a perdu ses parents très jeune, et a ensuite été trimballée de foyer en foyer. Sa vie n'est pas facile, timide, mal habillée, isolée, elle est la risée inévitable de ses camarades d'école. Un jour, alors que trois adolescents la coincent dans un couloir, Margot tente de se défendre et laisse éclater sa colère. Elle apprend ainsi qui elle est, avec effroi et tremblements. Très vite, les autorités veulent mettre ses dons au service des alliés. Elle devient une super héroïne aux yeux du monde, affublée d'un collant, d'un masque et d'une cape, Dragongirl, mais reste dans le secret de sa chambre, et près des deux seuls êtres lui apportant encore du réconfort, la jeune fille craintive et normale qu'elle ambitionne d'être réellement. A quoi ressemblera-t-il donc le bonheur de la jeune Margot ?

Il faut oublier l'écrivain de l'absurde pour entrer réellement dans ce dernier opus de Martin Page. En effet, rien de tout cela ici, et le second degré n'est pas une clé de lecture. En le refermant, on se dit seulement que l'on vient en fait de lire un ovni littéraire, qui n'entre pas vraiment dans la case fantastique, ni dans celle d'un roman pour adolescents. Je suis un dragon est autre chose, il laisse derrière lui un goût plutôt sympathique de tendresse et de combat vain, de recherche d'identité. Alors, il faut sans doute simplement s'avouer aussi qu'il nous a permis de passer un bon moment, de réfléchir un peu au monde tel qu'il fonctionne, ou disfonctionne, au libre-arbitre, et que c'est déjà bien. 

Martin Page sera présent le 10 avril au sein de ma bibliothèque, pour une rencontre, et j'ai hâte de savoir ce qui l'a incité à écrire ce titre. Je pense en profiter pour acheter son Manuel d'écriture et de survie, qui m'intéresse drôlement...

Editions Robert Laffont - 18.50€ - Janvier 2015

Une très jolie fable sur le passage à l'âge adulte pour L'Irrégulière  Une fable aussi pour Sophielit - Une intelligente critique de notre société pour Blablablamia - Un roman qui fait réfléchir, qui touche et fait du bien pour Stephie - Un roman palpitant pour Cathulu qui constelle de marques pages !!

28 mars 2015

Moisson du jour !!

Après midi en famille au Printemps du Livre de Montaigu. Grande fille a fait dédicacer son exemplaire de Coeur Mandarine, toute fière d'avoir un pin's "fille en chocolat". L'excellente surprise du jour était de découvrir aussi la présence de Catherine Leblanc [blog] (j'étais ravie ravie), que toute la famille adore, et plus particulièrement petit dernier avec la collection des "Comment ratatiner". Il a craqué pour Mon gros Dico des monstres à ratatiner !! (Merci mamie aussi !!) Personnellement, j'étais venue voir Anne-Véronique Herter, je suis repartie avec son "Zou !"... contente de ce passage à la réalité et de notre photo !! (Gloups !) Conversation intéressante avec Frédérique Martin, l'impression de pouvoir parler pendant des heures, mais mes enfants s'impatientaient un peu derrière... Je suis repartie avec Le vase où meurt cette verveine !! Et rencontre rapide mais délicieuse avec Clara Dupont-Monod, qui a reçu le prix Ouest 2015 pour Le roi disait que j'étais Diable... Après, j'ai perdu ma famille pendant dix longues minutes, il y avait du monde, il faisait chaud, une foule attendait devant le stand édifié à l'entrée pour Gilles Legardinier, j'ai quitté les lieux... mais heureuse !!!

DSCF1850[1]

 

Sandrine y était également, presque en même temps !! [son salon ici] - Et Canel de son côté a assisté aux conférences [clic] - Quel dommage, nous aurions pu nous rencontrer !! ;) L'année prochaine, j'espère...

30 mars 2015

Toi (atelier d'écriture)

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Etre une femme, cela ressemble à ce que tu vois. Cela suppose des formes, une douceur dans la nuque, une fragilité des attaches, de la finesse dans les traits. Et bien sûr, c'est toi, tu es tout cela. Tu fais illusion. Le miroir te renvoie une image conforme. Le regard des hommes aussi, qui s'arrête sur chaque relief de ta silhouette, jauge, juge et soupèse. Tu aimerais leur dire que tu n'es pas seulement ce qu'ils voient, un être fait de creux et de bosses. Que tu regrettes parfois ce temps où ton torse plat pouvait mentir sur ton genre. Il était alors facile de s'imaginer garçon. Il était alors facile de s'imaginer tous les avenirs. Il t'en a fallu du temps pour trouver du plaisir à l'épanouissement. Longtemps, tu as laissé ton corps rester androgyne, disparaître sous des vêtements trop grands, informes. Ton corps nu ressemblait à celui d'un jeune garçon sous alimenté que la vie n'intéresse pas, et qui soulage sa soif d'apprentissage dans la lecture. Être une femme, ce n'est jamais gagné d'avance. Cela peut ressembler au départ à une suite de subtils renoncements et d'asservissements. Tu voulais que l'on t'aime pour autre chose que pour ta bouche pulpeuse, tes grands yeux et tes bouclettes brunes, la douceur de ta peau entre tes cuisses. Tu voulais que l'on t'aime pour tes gestes lents, ta douceur, ton regard sur les paysages qui peuplent tes pensées, ta fraîcheur. Et puis, est venu l'enfant. Et avec lui la volonté de faire de ce corps inexploité un berceau, un rempart contre la faim et le froid, un abri, un tremplin vers l'ailleurs. Tu as alors compris quelque chose, ou cru le comprendre, trouvé un élan, une raison de croire à ta féminité, de la trouver glorieuse. Et tu ne te trompais pas, pas vraiment, mais tu oubliais l'essentiel, ta multiplicité. Car être une femme, c'est porter en soi tous les désirs, toutes les conquêtes, et tous les genres, et ne jamais cesser de croire aux transformations. Etre une femme, c'est se réinventer sans cesse, avec son corps, ses pensées, sa complexité, et bousculer les codes, et aimer le faire.

Une photo (de Marion), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. Double contrainte cette fois-ci, puisque le texte devait (si nous le souhaitions) parler aussi du sexisme... j'avais oublié, pas certaine d'être dans le thème.

22 mars 2015

Le Sculpteur, Scott Mc Cloud

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"Je vois bien la façon dont tu me regardes David. C'est comme si tu taillais l'air qui m'entoure pour trouver tout ce que je ne suis pas. Je ne veux pas être ciselée... réduite... Je veux continuer à ajouter à ce que je suis. Et si tu veux me comprendre, tu dois ajouter toi aussi. 
- D'accord compris, comme Giacometti.
- Exactement."

David Smith a connu le succès, puis plus. Ayant à l'époque de sa gloire été utilisé par des gens peu scrupuleux, il est maintenant amer. Mais l'art reste sa priorité. Il est seul, désargenté, sans famille, alors peu importe qu'il tente ou non ce pacte avec le diable qu'Harry lui propose, il n'a plus rien à perdre. Il ne lui reste plus que 200 jours à vivre mais dans ses mains tous les pouvoirs, et surtout celui de créer ce qui lui chante. Cependant, c'était compter sans Meg, sans l'amour, et sans le désir soudain vibrant de vivre...

J'ai été tout d'abord ravie et étonnée par l'épaisseur de cette magnifique BD envoyée par les Editions Rue de Sèvres. C'était effectivement, à la feuilleter rapidement dès reception, l'espoir de pouvoir plonger longtemps et complètement dans une histoire fouillée et visiblement maîtrisée. Et je n'ai pas été déçue. Ce roman graphique, mêlant fantastique, course contre le temps, beaux plans de New York, est en effet passionnante et très bien réalisée. Elle peut intéresser autant les adultes que les adolescents. On peut trouver éventuellement les dessins un peu simples, et les sculptures de David Smith un peu laides, n'empêche, j'ai été prise par l'histoire, séduite par la galerie de personnages, l'inventivité de l'ensemble, le rythme. Lire Le Sculpteur a été un délicieux moment.

Editions Rue de Sèvres - 25€ - 18 mars 2015

Le billet de Moka [ici] qui souligne bien la place du choix et du vertige dans cette BD de belle envergure

 

16 mars 2015

Triste figure (atelier d'écriture)

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 C'est donc ce que tu fais ? Briser le coeur des femmes ? Et moi, à faire l'innocente, à croire que j'avais trouvé un trésor, que j'étais privilégiée, je n'ai rien vu venir. Bien sûr, il y a eu des signes, mais il aurait fallu trier les informations, être lucide, et je n'étais que joie. Tu comptais, tu importais, tu me touchais, et petit à petit tu prenais toute la place. Je t'ai laissé envahir ma vie. J'ai même poussé quelques meubles. Mais tu brises le coeur des femmes, et ça je ne le savais pas. Tu le fais sans malice, comme un petit garçon, un oiseau qui picorerait ça et là sa nourriture, sa dose d'affection, une abeille qui butine, le parfum d'un ange qui passe. Comment t'en vouloir ? Tu n'as sans doute pas conscience des éclats de coeur jonchés sur ton parcours. Tu en serais même le premier étonné si tu savais, surpris par tant de méprise. Pour toi, la vie est simple, les échanges, les rires, une source dont tu t'abreuves sans compter. Tu ne sais même pas que la fontaine a un coeur qui bat. Nous nous écrivions. Ou plutôt je t'écrivais et attendais tes réponses. Et bien, je vais moins t'écrire, et même plus du tout. Dis-t-on cela à quelqu'un ? Que les mots vont se tarir ? Sans doute pas. Ce serait ridicule. Et j'en ai assez du ridicule je crois. J'ai seulement décidé d'aller mieux, de ne plus éparpiller mes sentiments aux quatre vents. Ils ont trouvé ce midi le soleil pour ancrage, et cette place sur le quai, près des bateaux de pêche. Bleu pour bleu, j'essaye de noyer ton regard dans la mer. Et peu à peu, quelque chose arrive. Le bruit de l'eau contre les coques, le tintement du vent dans les haubans, me ramènent à moi-même, à ma place, là exactement où je me tenais, droite et singulière, avant de m'égarer. 

Une photo (de Diane), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  Et comme j'aime bien faire un petit écho à un de mes anciens textes, ce texte là... [clic]. Inspirée par cette vidéo aussi, bien sûr [le titre] [clic ici]. Et puis parce qu'elles m'ont faire rire toutes les deux, qu'il faut absolument aller regarder cette petite vidéo là, sur le même thème, en plus [clic ici]. Ben oui, il y a à boire et à manger sur mon blog aujourd'hui, c'est comme ça, c'est un peu fête puisque c'est lundi.

18 février 2015

La Gaieté, Justine Lévy

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 "Ce qui est important c'est de tenter et réussir le coup une deuxième fois. Quel coup ? Toujours le même, mon obsession, ma hantise, le barrage contre le Pacifique de la tristesse héritée, la machine à pomper, siphonner, évacuer les chromosomes de chagrin venus du passé. Je déteste les familles, je déteste les gens qui sont fiers de leur famille, et veulent à tout prix que ça se sache, je déteste les arbres généalogiques, les lignées, les souches, les dynasties et, si je les déteste, si je m'arc-boute contre cette sorte de fierté qui parfois m'aguiche aussi, c'est parce que je sais que c'est par là que tout le mal arrive, le goût de la vinasse, le parfum de la mauvaise tristesse, les règles numéro 2 avec leur fatigue terrible dont je ne veux pas pour mes enfants. Stop.  On arrête tout. On fait un garrot. Un gros pansement. On bloque la propagation du virus. Il y a ceux qui se sentent menacés par les étrangers, les Roms et tout ça, pour moi, ce qui menace Angèle et Paul c'est l'inverse : l'extraction, l'ascendance, l'hérédité, l'atavisme, tous ces trucs dégueulasses dont je veux les libérer et dont j'ai juré une fois pour toutes qu'ils ne passeront pas par moi."

J'ai lu les précédents romans de Justine Levy à rebours [clic ici]. J'ai découvert ainsi son histoire particulière, principalement ses relations compliquées avec sa mère, belle, camée et négligente. Son père traverse ses écrits également, bien sûr, et puis il y a ses ex, son amoureux, le père de ses enfants, etc... Il est une chose certaine, que Justine Levy soit un personnage public ne m'intéresse pas, qu'elle pratique l'auto-fiction non plus. Je ne lis pas ses livres de cette manière. Je prends simplement plaisir depuis plusieurs titres à grandir avec son personnage miroir, Louise. J'aime la sincérité crue, sans artifices, de l'écriture de cette jeune-femme qui tente avec courage d'atteindre la normalité malgré un désordre intérieur apparent, et toujours à l'affut.
Dans La Gaieté, Justine Levy se complaît dans une maternité à la fois terrifiante, envahissante et réconfortante. Elle a décidé en effet dès la naissance de son aînée d'être gaie, de ne pas laisser la tristesse s'incruster dans cette nouvelle vie, dans cette nouvelle famille qu'elle a construite avec son compagnon Pablo. Ce n'est bien entendu pas si simple, un combat quotidien, elle fait de leur appartement un rempart coloré et joyeux, mais parfois le passé rend des visites impromptues et Louise entend dans sa voix des intonations familières et maternelles. Comment s'en sortir ? En s'appuyant très fort sur les bons moments vécus, sur l'amour qui l'entoure, et sur son compagnon, sur le père qu'il est naturellement, parce que c'est solide, un garçon.
Un intime et sensible moment de lecture.

Editions Stock - 18€ - Janvier 2015

19 novembre 2014

Les Nuits rouges du Théâtre d'épouvante, Alexandre Kha

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 "Comme si la vie n'était pas assez horrible. Le monde suffit à nous glacer d'effroi."

Complètement inscrit dans l'univers étrange, poétique et décalé, d'Alexandre Kha, Les Nuits rouges du théâtre d'épouvante nous raconte l'histoire d'une troupe de comédiens d'un théâtre confidentiel où la terreur est au programme et les spectateurs satisfaits des spectateurs convenablement terrorisés. Rempli de multiples références du genre (Le Portrait de Dorian Gray par exemple), de figures emblématiques de l'épouvante (épouvantail, loup-garou, zombies, jeunes femmes pâles), cet album déroule ses pages comme une sorte de roman-feuilleton à la Edgar Alan Poe. 

J'apprécie beaucoup l'originalité du travail d'Alexandre Kha, dont je suivais autrefois le blog, et dont j'ai beaucoup aimé découvrir les premiers petits albums [Clic ici]. J'ai sans doute été moins séduite par le sujet de celui-ci, par son format BD plus traditionnel, mais l'auteur sait toujours autant nous laisser de guingois, désarçonnés, nous balader entre confort et inconfort, et insuffler à ses personnages une poésie profonde. Pour les adeptes.

Editions Tanibis - 20€ - 14 Novembre 2014

Lu dans le cadre de La Voie des Indés sur Libfly. Quelques planches sur le site de l'éditeur [par ici]. Pour d'autres lectures sur ce titre, cliquez sur le logo ci-dessous.

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26 janvier 2015

Graffiti (atelier d'écriture)

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J'ai gravé nos deux noms sur un arbre. J'ai appuyé très fort pour bien marquer le bois avec mon canif. Précise, je n'ai pas oublié l'accent sur la deuxième voyelle de mon prénom. Malgré ses défauts, ma signature me semble parfaite. Pourtant, le marquage est grossier, le trait enfantin, mais peu m'importe. L'acte achevé, j'ai enlevé délicatement les épluchures résiduelles, elles ont volé dans le matin. Avant, j'aurais pesté contre le geste, eu envie de gifler son auteur. Et maintenant c'est moi qui offense. Tout arrive. Mais jamais je n'avais été aussi amoureuse avant. C'est comme un message que j'envoie à l'univers, au tout divin, à qui voudra. Pour que tu m'aimes. Debout dans le froid, j'ai envoyé un baiser à l'image de nos deux noms réunis. Et puis, j'ai serré cet arbre dans mes bras, cet arbre qui portait soudain le poids de notre destin, je lui ai dit tout bas tout l'espoir que je mettais en lui, l'offrande derrière le sacrilège. Qu'il me pardonne et qu'il m'aide. 
Je fais ce trajet tous les jours pour aller travailler, je longe cette rangée de troncs qui portent sur eux les marques d'amoureux supposés. Je sais que la plupart des coeurs sont dessinés par des gamins blagueurs qui cherchent à provoquer le copain ou l'amie rougissante. Le mien, plus gros, semble de la même veine, il disparaît au milieu d'un flot de rires. J'aime assez l'idée, puisque nous aimons rire ensemble, et qu'avec toi je retrouve mon enfance. Je chaparde dans l'éclat de tes yeux tout ce qui me manque, la légèreté du garçon avec qui partageais mes jeux autrefois. Mon dieu comme tu lui ressembles. Plus bas, la rivière coule, et j'aimerais qu'elle m'emporte ailleurs, mais seulement si mon voeu s'efface ou que l'arbre est coupé. A être ainsi tailladé, il ne vivra plus très longtemps. Est-ce un mauvais présage que de confier ses pensées secrètes à un arbre déjà mort ? Ce chemin, ce passage entre mon appartement et le lieu où je te rencontre parfois, semble pourtant figé dans un temps, immuable, toujours silencieux et serein, comme s'il attendait que ma vie change ou que soudain une sirène retentisse. Hier, en gravant nos deux noms sur cet arbre, j'ai peut-être modifié quelque chose, transformé en toute conscience le paysage, bougé. En refermant mon canif dans un claquement sec, en souriant à notre mariage de bois, j'ai eu envie d'y croire.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. Heureuse de retrouver l'écriture après une semaine d'abstinence.

18 janvier 2015

En cheveux, Emmanuelle Pagano

encheveux"Du châle, elle savait apprécier la valeur, la délicatesse, la souplesse du tricotage, la finesse des mailles, elle connaissait la rareté de la soie marine. Il était trop précieux pour le rabaisser en faire-valoir, en objet de séduction. Il allait avec ses cheveux, aussi blond qu'elle était brune, mais avec les mêmes reflets, et il allait aussi merveilleusement avec sa peau. Il était doux sur sa peau travaillée par le grand air. Les boucles qui s'échappent du galon chatouillaient cette peau au ventre, aux épaules, à la nuque, dans le dos. Elle se mettait nue devant le miroir pour l'admirer sur elle, elle tournait le dos au soleil pour qu'il lève dans le châle des blondeurs chaudes et consolantes, consolantes d'elle ne savait plus quoi. C'était le seul vêtement de valeur, le seul accessoire féminin qu'il lui plaisait de porter, mais toujours en cachette, et dont elle aimait, à même sa peau rêche, le contact reposant, envoloppant, remontant, depuis les fonds marins, du soleil dans ses mailles."

encheveux1

La narratrice a confié le châle de sa tante à un musée. Ce châle est précieux car travaillé en soie de mer, un fil soyeux élaboré par un coquillage bivalve, la grande nacre de Méditérranée. La rareté de l'objet lui a naturellement donné sa place dans les collections du musée des Confluences de Lyon. Alors qu'elle vient l'observer, obligée de le toucher avec des gants à présent qu'il ne lui appartient plus, elle laisse ses souvenirs remonter à la surface, ceux liés à son étonnante et libre tante Nella principalement, à Bice l'autre soeur discrète, mais également à son père, haute figure fasciste que les femmes de la famille craignaient beaucoup. La sensualité du vêtement se mêle à une histoire de fratrie trouble et tendue, exacerbée par d'anciennes affinités, une vision de la femme italienne conservatrice et des caractères forts. 

Retrouver l'écriture d'Emmanuelle Pagano est toujours pour moi un moment assez précieux. J'ai aimé être de nouveau plongée ici dans une narration qui, partant de l'objet et de la matière, sait aller vers l'imaginaire. Telle est d'ailleurs la volonté de cette collection qui convie des écrivains à traiter comme objet narratif un des éléments du véritable cabinet de curiosités que constitue le fond du musée des Confluences de Lyon. De plus, ayant eu le plaisir de l'entendre jeudi dernier lire quelques extraits de son prochain titre Ligne et Fils en lecture publique dans ma ville, j'ai pu faire le rapprochement entre ce récit et l'intérêt plus large de l'écrivain pour le tissage du fil. Elle nous a parlé de sa manière d'écrire, de ses recherches préliminaires, mais également de son plaisir de partir d'éléments concrets, presque terre à terre, le mot prose et prosaïque étant proches et complètement imbriqués dans son travail. C'est certainement ce qui me plaît beaucoup et me parle infiniment encore dans ce récit. J'ai hâte à présent de découvrir son prochain titre qui paraîtra début février chez POL.

Editions Invenit - Récits d'objets - 10€ - 14 novembre 2014

Les lectures de... Blablamia - Clara - Mirontaine - Pour en savoir plus sur cette collection [clic ici]

16 janvier 2015

Conception, Chase Novak

conception

 "Le lendemain matin, les jumeaux sont libérés de leur chambre par leur mère, qui semble pleine d'entrain pour attaquer la journée. Elle porte un blue-jean neuf, ce qui pourrait signifier qu'elle est vraiment allée dans un magasin. Malgré son sourire, Adam remarque une nouvelle trace de coup sur le côté de son visage. Alice et lui savent que leur père la frappe parfois. Mais il savent aussi que parfois, c'est elle qui le frappe. Et parfois, ils font semblant de se battre par jeu et il se passe des choses...
Secret de famille."

Alex et Leslie Twisden ont tout pour être heureux, l'amour, un bon travail, une maison bien située dans Manhattan, et beaucoup d'argent. Mais avoir un enfant manque à leur vie, Alex voudrait un héritier. Après de nombreux échecs, le couple décide de s'envoler vers la Slovénie pour la solution de la dernière chance. Ils rencontrent là-bas un étrange docteur Kiss qui leur administre un traitement brutal. Quelques jours plus tard Leslie est enfin enceinte. Mais sa grossesse est entachée de nombreux soucis esthétiques, sa pilosité augmente en effet de manière hallucinante. Heureusement, des jumeaux naissent finalement, Alice et Adam, aussi intelligents que beaux, et obéissants.

Ce qui m'a fortement attirée vers ce titre est l'allusion faite en quatrième de couverture par The New York Times à Rosemary's baby, un roman glaçant qui m'avait impressionnée plus jeune. Conception n'a pas vraiment la même qualité littéraire, loin s'en faut, mais fonctionne très bien dans son genre. J'ai bien accroché aux premières pages puis ai été très vite surprise par le tour un peu rocambolesque des évènements. Finalement prise par l'intrigue, j'ai ensuite été tenue jusqu'à la fin, le souffle coupé. Il est intéressant en fait de découvrir dans les premiers instants les sentiments contradictoires de Leslie face à la maternité et la volonté féroce d'Alex de poursuivre sa lignée. Constater ensuite que le passage en Slovénie (haut lieu de l'irrationnel ?) était une erreur est facile. Pour autant, le lecteur s'habitue à l'étrangeté d'Alex et de Leslie devenus parents, à leurs moeurs soudain animales, sauvages, et même dangereusement cannibales. Adam et Alice sont des enfants touchants et sensibles, projetés à leur corps défendant dans un monde qui les dépasse, certains de leurs vérités, condamnés à fuir leur parents, accrochés aux mains du seul homme qui accepte de les protéger, leur professeur. Ce roman est une lecture divertissante qui tient parfaitement en haleine et intrigue, mais également dérange car Conception a le talent de frôler au plus près le réel sans jamais tomber dans le grotesque.

Editions Préludes - 14.90€ - 6 janvier 2015

Un très bon billet (plus complet) sur le blog de Blablabla mia 

 

 

14 janvier 2015

Parents à vendre ~ Mortelle Adèle, Mr Tan et Diane Le Feyer

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Ah ben mince, j'avais complètement oublié de vous parler d'Adèle... Avec ce post, je me rattrape. A ma décharge, il faut dire que dès qu'un exemplaire de Mortelle Adèle arrive à la maison, il disparaît presque aussitôt dans les tréfonds de la chambre de ma fille, qui soudain devient muette. Normal, elle lit, ou plutôt elle dévore. Elle adore l'humour de cette petite chipie, son ton insolent, le fait qu'elle se retrouve sans doute dans les préoccupations de la petite fille (parents, école) et ses bêtises. Je suppose qu'Adèle dit tout haut ce que ma fille aimerait parfois dire ou n'oserait jamais penser. Elle aime également le format page par page des scènes, et le fait que l'histoire suive une trame fidèle et chronologique depuis le début (ici nous en sommes au huitième épisode). La suite est attendue.

Et c'est vrai qu'Adèle est bien coquine avec ses réparties. Elle est dans ce tome affublée d'un petit fantôme bleu qu'elle seule semble voir (ami imaginaire). Souvent gardée par sa grand-mère, cette dernière en prend pour son grade, le père d'Adèle ayant eu la mauvaise idée de la traiter de sorcière. Adèle cherche à présent des potions magiques. Il y a également l'oncle cool et son ami, le chat Ajax (qui souffre le martyr), Geoffroy l'amoureux transi qui prend claques sur claques (il me fait peine celui-ci), les pestes Jade et Miranda, et Jennyfer qui s'est auto-proclamée meilleure amie d'Adèle (un peu fofolle quand même). Mais le père-Noël n'est pas épargné non plus quand il râte son coup... "Dis donc, père Noël, c'est pas parce que tu bosses gratuitement que tu peux faire n'importe quoi, hein !" Et bien franchement, lire Adèle fait du bien, et en plus c'est hautement recommandable.

Editions Tourbillon - 8.95€ - Décembre 2014

12 janvier 2015

Après le silence (atelier d'écriture)

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L'écriture me sauvera. Je le sais. Lorsque je suis perdue, elle seule a le pouvoir de me tenir droite. Lorsque je tombe, elle seule peut me redresser. Le crayon trace ses ambages sur la page et petit à petit l'émotion sort de moi, transpire, s'offre aux regards, sauve. C'est un phénomène magique qui me bouleverse à chaque fois. Il faut dire, faire confiance au pouvoir des mots, à ce qui est posé sur le papier, aux yeux de tous, lu. Alors, tout le temps que durera ma tristesse, j'écrirai. La peine a pris ses quartiers dans mes veines. Elle tente de m'affaiblir, surtout depuis que je suis prostrée, accroupie derrière toutes ces grilles qui me séparent du reste des vivants. J'ai accroché mon coeur sur la première, fermement. Il restera là. Un cahier sur mes genoux, depuis trois jours, je ne ne cesse d'écrire. Certaines feuilles sont déchirées, froissées, les lignes ne sont pas toutes droites, souvent elles déferlent. Un mot peut tenir toute la place sur une page, puis plusieurs phrases se serrer ensuite sur une autre. C'est ainsi. Je tiens mon crayon, je ne le lâche plus, j'écris... et avec lui je rejoins peu à peu le monde abasourdi.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. Le difficile et presque indécent mais utile retour des mots. C'est ce que cette photo et l'actualité m'ont inspiré. Merci pour vos lectures. 

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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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