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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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25 septembre 2009

Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé (Rentrée littéraire 2009)

cequejesaisdeveracandida"[...] N'oublie jamais ta colère. Et si la colère s'effaçait en faveur d'un sentiment plus confus et plus paralysant comme la culpabilité alors il fallait la réactiver, et quel meilleur moyen que de se planter devant le miroir de la chambre, soulever son maillot et compter les traces laissées par le si grand amour mal exprimé de Violette Bustamente. Dans ces moments-là Vera Candida se collait au miroir pour sentir la fraîcheur d'hiver sur sa peau puis elle soufflait pour créer de la buée et dessiner sur la surface si lisse des formes rondes, des spirales et des volutes. Elle remontait ses cheveux et touchait la balafre blanche et soyeuse qu'elle avait sous l'oreille puis elle remettait sa chevelure en place.
Ces cicatrices là, mon sucre, sont des étendards, disait grand-mère Rose. Au fond c'est un avantage toutes ces coutures bien visibles. Quand le mal qui t'est fait est seulement à l'intérieur (mais sache, ma princesse, qu'il peut être aussi taraudant et violent que des coups de poing), alors ne pas perdre de vue ta colère et ta juste rage demande un bien plus gros effort."

Ce que je sais de Vera Candida est l'histoire d'une lignée de femmes.
En tout premier, il y a Rose, la grand-mère, ancienne prostituée, devenue experte en poissons volants, puis maîtresse de Jéronimo (inquiétant personnage oscillant entre l'iguane, le jetsetteur et le caïd) . Ensuite, il y a Violette, la fille de Rose, un peu spéciale, pas finie et bonne à rien, juste à courir les garçons et à donner naissance à une enfant, la troisième femme de ce roman, la seule à espérer enfin briser le destin qui semble planer sur leurs destinées à toutes, elle se nomme Vera Candida. En effet, cette dernière a l'impulsion juste de fuir l'île de Vatapuna, à quatorze ans, enceinte, lourde d'un secret inavouable. Elle atteint Lahomeria, livrée à elle-même puis recueillie dans un foyer alors qu'elle accouche de la quatrième fille du récit, Monica.
L'amour, comme bien souvent, sonnera le carillon de l'espoir, en la personne d'un journaliste obstiné et combattif, doux, Itxaga, amoureux fou de Vera Candida...

Encore une fois (ayant j'ai déjà lu Et mon coeur transparent et Toutes choses scintillant), me voici sous le charme de la manière bien personnelle de Véronique Ovaldé de mener un récit ! Nous sommes ici dans une amérique du sud imaginaire où le réalisme frôle sans cesse le légendaire et le féérique, et tout cela est terriblement bien fait, et maîtrisé, et passionnant.
Difficile pour moi de ne pas aimer non plus la délicatesse avec laquelle elle parle des femmes, de leurs corps, de leurs impulsions, de leurs doutes et de leurs choix, parfois maladroits, souvent tragiques. Ces personnages là me semblent toujours si familiers. Ils me donnent des envies de protection et de justice, d'abandon aux sentiments vrais.

J'ai donc aimé cette lecture, vraiment. Et pourtant, je n'arrive pas à comprendre pourquoi il m'est impossible cette troisième fois encore, d'assigner un "petit coeur" à mon billet.
Il s'agit là simplement, sans doute, d'écriture et de distance, de ce fossé qui se creuse entre nous, étrangement, au fil des pages. Rien de grave, juste un sentiment d'éloignement qui me laisse moi, admirative, mais un peu sur le côté, tenue à l'écart, distanciée.
Voilà un effet bien mystérieux... ;o) 

bouton3 Note de lecture : 4.5/5

ISBN 978 2 87929 679 1 - 19€ - AOUT2009

Elles l'ont lu aussi : Amanda - Cuné - Jules - Albertine ...qui d'autre ?

Ce roman est en lice pour le 22ème Prix Goncourt des Lycéens parmi 14 titres.

Défi 1% littéraire 2009 : 6/7

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16 octobre 2009

Mauvaise fille, Justine Lévy (Rentrée littéraire 2009)

mauvaisefille"Elle croit que je suis sa mère. Ca me fait peur, cette confiance qu'elle met en moi. C'est pas normal, je me dis. Elle le croit vraiment, que je suis sa mère. Elle ne sait pas que je suis cinglée, mauvaise, une catastrophe ambulante, un bloc de culpabilité, une punition."

Louise est la fille d'une mère justine_levy_200pas vraiment attentionnée, voire même dangereuse, négligente. Combien de fois Louise s'est-elle retrouvée, dans son enfance, sans rien à manger, sans personne pour la conduire à l'école ? Combien de fois l'enfant qu'elle était alors a-t-elle retrouvé cette femme, censée être responsable d'elle, dans des états lamentables, saoule ou victime d'abus de toutes sortes ?
Et aujourd'hui, Alice, qui était si belle autrefois, la mère de Louise donc, est malade, victime d'une récidive de cancer, sur le point de mourir, et Louise est enceinte, Louise est sur le point de devenir mère, à son tour... Comment cela est-il possible ? Comment le lui dire ? Comment ne pas se sentir une mauvaise fille, d'ainsi oser porter la vie, d'ainsi oser la poursuivre, de proposer sans vergogne une vie pour une autre ?

Il est de notoriété publique que Justine Lévy pratique l'autofiction. Mais ce n'est pas ce que je recherchais dans ce livre, le voyeurisme, autant lire la presse people. Je voulais simplement découvrir une écriture dont j'avais entendu dire du bien, voilà tout. Et puis il y avait ce titre, qui me faisait de l'oeil, auquel j'avais envie de répondre.
Alors ? J'ai aimé, beaucoup, le ton, et la cadence d'écriture de cette toute jeune auteure qui ne se met pas en valeur, ne met pas de voiles sur sa nature profonde, se met à nue. J'ai aimé les questions qu'elle se pose, ses crises d'hystérie et sa manière d'être pudique, pour des broutilles, tout à coup. J'ai aimé son désarroi de porter la vie, et sa solitude, l'évidence d'être mère qu'elle ressent simplement, juste après l'accouchement.
Bien entendu, vous retrouverez dans ce livre la figure du père de Justine, étrange personnage, qui arrive toujours à point nommé, tel un chevalier un peu fantômatique, iréel - un appui trop souvent absent pour cette jeune femme si fragile. Vous retrouverez son compagnon, en futur père attentionné, vaguement inquiet, vaguement réconfortant. Mais là n'est pas le sujet.
Mauvaise fille est avant tout l'hymne d'amour d'une fille à sa mère, une mère imparfaite et déstabilisante, mais une mère tout de même, et un questionnement sur cette faculté que nous avons - en nous - de laisser la vie continuer, perdurer, fleurir, au-delà des disparitions.

"[...] comment je vais faire ? comment je vais lui donner ce que je n'ai pas eu ? est-ce que je sais, même, comment ça aime une mère, comme ça élève, comment ça gronde, comment ça punit, comment ça fait faire des devoirs, comment ça console d'un bobo ? J'ai les livres. Juste les livres."

14863bouton3 Note de lecture : 4/5
ISBN 978 2 234 05864 4 - 16.50€ - SEPT2009

Ce roman est en lice pour le 22ème Prix Goncourt des Lycéens parmi 14 titres. - Déjà lu dans cette liste... Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé. - Le blog du Prix

Grand merci aux organisateurs pour l'envoi !

 

27 septembre 2009

Offrande

offrande1Je t’offre mes rides.
En voudras-tu ?
Celle surtout, verticale et épaisse, qui barre mon front, et qui me donne l’air sérieuse et sévère. Je sais sa raison d’être. Je l’aime.
Elle est une frontière irréelle entre moi et hier, indélébile.

Je t’offre mon crépuscule à venir, des promesses, et mes pulls en cachemire.
Deux bras, autour de ton cou, tous les jours, pour mieux t’embrasser.
Ou te tenir chaud.
Jamais te contraindre.

.

Je t’offre tendresse et doutes, emmêlés, noués.
Ces ombres qui voilent trop souvent le ciel de mes instants.
Ils te serviront de parapluie, de paratonnerre, d’arme ou de bouclier. C’est selon.

A toi l’usage. Pas la peur.

.

Je t’offre ce que je n’ai pas, ou plus, ou jamais eu.
Mes vides.

Tout ce que tu pourras combler de tes rêves, de tes envies, de tes projets.

Pas certaine d’être tout à fait terminée. Complète. Entière. Heureuse.

Pas certaine d’être - toujours - tout court.

.

Je t’offre mes joies, et les rires inutiles qui naissent dans ma gorge.
Le soleil dans ma maison, son désordre chaud.

Mes couleurs.
Le rouge de mes joues.

.

Et tous ces creux où nous pourrons nous abriter ensemble,

Longtemps.

.

.

© Les écrits d'Antigone - 2009

Une petite réflexion sur le temps qui passe...;o), inspirée par une lecture de Florinette.
De plus, je commence à être très très fâchée par ces photos retouchées, vues sur les publicités de ELLE ou autres, qui ne ressemblent plus à rien. On nous fait croire que les actrices n'ont plus de rides (pfff on les a pourtant vues ailleurs) et les visages sont tellement lissés et transformés qu'ils finissent par faire presque peur en plus d'être franchement laids, vous ne trouvez pas ?
De grâce, montrez-nous de belles rides !

Un petit ajout, comme ça, une publicité lissée qui m'exaspère...pour l'exemple.


Uma Thurman - Ange ou Démon - Le secret de Givenchy
envoyé par Angelmugler. - Regardez plus de courts métrages.

5 septembre 2009

Envie

ENVIE2De simplicité,
De caresses d'enfants,
De beauté
Et de temps.

De poursuivre la course du soleil,
Sur n'importe quel carré d'herbe,
Parce qu'il est là, parce qu'il m'attend,
Violement éphémère.

Ignorer exigences et priorités,
Prendre un livre et caler ma tête,
Juste avant de plonger
Vers l'ailleurs.

Fuir les soubresauts du monde.
En lisant, faire l'autruche.
Le savoir et l'assumer,
Tous complexes au placard.

Ne désirer finalement que ta présence,
Tes pages contre les miennes,
Ta lecture.

Envie de t'aimer mieux.

© Les écrits d'Antigone - 2009

6 juillet 2009

Pierres de mémoire, Kate O'Riordan

pierres_de_m_moire"Nell passe ses mains sur son visage. C'est ça, songe-t-elle -le commerce quotidien, les transactions quotidiennes entre les humains, les peurs non formulées, les coups involontaires que l'on porte et que l'on reçoit-, c'est ça qui est réellement épuisant. Ca qui est sans fin."

Nell, parisienne depuis de longues années, irlandaise d'origine, a une vie bien réglée. Oenologue de profession, reconnue par ses pairs, affublée d'un caniche envahissant, d'un appartement propret et d'un amant occasionnel, elle "maîtrise". Bien entendu, elle n'est pas rentrée chez elle, en Irlande, depuis plus de trente ans, bien entendu, mais rien ne semble lui manquer, même pas sa fille Ali (qui lui rend visite de temps en temps), ni ses souvenirs. Un coup de fil au milieu de la nuit fera basculer l'équilibre précaire de sa vie, la forçant à ouvrir les portes de son passé. Un voisin s'inquiète pour Ali. Un mystérieux inconnu s'est immiscé dans la famille de la jeune femme et semble la faire chanter. Nell se lancera donc au secours de son enfant malgré ses craintes, franchissant pour cela enfin la frontière irlandaise, les grilles de son enfance et les émotions qu'elle parvenait jusque là à conserver à distance. 

Il est un peu dommage de ne rentrer dans un livre qu'un peu tardivement, en fait presque à la moitié d'une intrigue, car on en garde toujours un goût de dépit en fin de lecture. Et pourtant, Pierres de mémoire est un roman fort, à côté duquel il aurait été bien dommage de passer, aussi. Je m'explique. J'ai, en fait, assez peu adhéré à la période parisienne de Nell, à ses tribulations de quarantenaire aux prises avec un chien gâté, à son égoïsme de femme célibataire tenant l'homme qui l'aime hors de son quotidien. Heureusement, une fois l'Irlande inscrite au programme, les portes du pub familial ouvertes, la famille d'Ali (au bord de la déchéance) découverte, tout est enfin devenu intéressant. Nell, en tant que personnage, prend une dimension sympathique et les sensations sont omniprésentes. Je me suis surprise finalement à glisser quelques marque-pages au fil de ma lecture afin de conserver en mémoire quelques passages, ce qui est plutôt bon signe, pour le coup.
Pierres de mémoire est donc au final un roman à découvrir, indubitablement. Il nous parle avec énergie d'amour filial, des femmes, de la culpabilité, de ces choix de vie qui jalonnent sans cesse notre destin, des drames qui en marquent les détours, de tout ce qui fait notre imperfection, en bref de tout ce qui fait notre richesse humaine...et ce n'est pas rien.

"Elle prend une pierre entre ses doigts et la retourne. Surgit alors l'écriture familière de sa mère, avec ses caractères tracés à la hâte et ses grandes boucles penchant vers la droite. Le trait de feutre presque effacé maintenant, dissous dans la chaux. Elle soulève une autre pierre, puis une troisième. Certaines sont encore lisibles, d'autres n'ont plus qu'un texte flou. Mais toutes portent une date et un lieu. Pour se souvenir, expliquait Agnes. De moment particuliers."

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 07 078999 3 - 22.50€ - AVRIL 2009

Un grand merci à Cathulu !

La lecture d'Amanda, touchée - C'est un coup de coeur pour Aifelle -

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7 avril 2009

Le tiroir à cheveux, Emmanuelle Pagano

le_tiroir___cheveuxVoici comment Emmanuelle Pagano explique le projet de ce roman, en quatrième de couverture...
"Il ne fallait pas parler de ma voisine, même dans son dos. Il ne fallait pas lui parler non plus. Elle n'avait pas demandé la permission d'être enceinte. D'ailleurs, elle faisait plein de choses sans autorisation. [...]
Je regardais le fils de ma voisine, tout de travers dans sa poussette, les orbites pleines de soleil, en me demandant quel interdit l'empêchait de bouger, de voir, d'entendre, de parler, de lever une main pour s'essuyer la bouche. Je regardais sa mère et je l'admirais en cachette. Je l'admirais d'avoir fait ça, un gosse défendu qui bavait et coinçait tout le ciel dans ses yeux. J'avais honte aussi parce que le pauvre. J'ai écrit cette histoire sans aucune autorisation, même pas la sienne, même pas celle de sa mère, juste pour dire en retard il est beau ton fils [...]."

Le tiroir à cheveux c'est cela, l'histoire d'une femme, "cette voisine" imagine-t-on, mère très jeune d'un enfant différent, Pierre, qui a à présent cinq ans.
Il est parfois difficile de comprendre cette femme/enfant/narratrice qui semble subir les évènements plus qu'elle ne les maîtrise, mère à nouveau d'un autre enfant, Titouan, presque par mégarde, sans y penser non plus cette fois-ci encore, trois ans plus tard. Difficile aussi, de ne pas lui trouver du courage, de ne pas porter avec elle le corps lourd de son enfant immobile dans les escaliers qui mènent à leur appartement, de ne pas fondre devant l'amour qu'elle met dans chacun de ses gestes, dans sa manière de leur passer la main dans les cheveux, de les laver, de les nourir. Alors, j'ai fondu, j'ai aimé l'écriture, et j'ai été touchée de reconnaître au détour des pages dans le portrait d'une petite voisine/lectrice celui de l'auteure...à moins que je ne me trompe ?

"La lune pleine, je ne la supporte pas. Elle m'indispose. Je me sens maladroite. Je la regarde. Elle ne bouge pas. Je me sens coupable, même si les gens se taisent. Ne rien dire c'est toujours parler de Pierre. Pierre c'est un bout de lune. Je n'ai jamais rien dit à personne. Personne ne m'a jamais rien dit.
Je me doute qu'on en parle, de Pierre, mais dans son dos, dans le mien."

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN : 978 2 84682 084 4 - 15€ - 08/2005

La lecture de Sylvie (passion des livres) - Celle de Lily - Le choc de Laure - Pour Anne c'est un coup de coeur - La fiche du livre sur le blog de l'auteure

Autre titres lus : Les mains gamines - Le guide automatique - Les adolescents troglodytes

Emmanuelle Pagano sur ce blog et sur son site : http://lescorpsempeches.net/corps/

25 février 2009

Monologue

ukalo...les gosses là, ils croyaient que c'était rien...une blague...ils avaient tout fait pour piéger leur mère...même qu'ils auraient pas dû, c'était pas drôle...se cacher, comme ça...plusieurs nuits, dans le refuge, là-haut...faire croire qu'ils étaient perdus...morts peut-être...tout ça pour la faire blêmir de peur la pauvre femme, lui faire tourner ses sangs...tout ça parce qu'ils étaient furieux contre elle...tout ça parce qu'elle ne les lâchait pas...pas le droit de faire ci ou ça...le droit de rien...c'est pas comme ça qu'on élève de grands gaillards de quinze ans...mais elle ne le savait pas, la mère...que ça se retournerait contre elle un jour, cette manie de leur coller aux basques... toujours...de vouloir tout savoir...Et t'étais où ? Et pourquoi tu rentres si tard ? Et avec qui tu parlais, dis, tout à l'heure ? Et as-tu pensé à la nettoyer l'étable ?...et patati et patata...jamais en paix...à croire que le manque d'homme ça avait fini par la rendre hargneuse, la mère...ils ont eu marre, les gosses, de l'avoir sur leur dos tout le temps...ils se sont dit, on va lui faire une blague...sûrement...on va se cacher...ils pouvaient pas savoir...ils ont pas pu la voir courir dans la montagne, ses jupes dans les ronces, les pierres...se pencher au dessus des failles...mais moi je l'ai vu...on aurait dit une folle...vrai, une hystérique qu'elle était...ça a duré dix jours...elle mangeait plus, elle se lavait plus, elle courait dans la montagne, elle cherchait leur corps...sûr que si les gosses ils étaient rentrés deux jours avant, on aurait évité des drames...c'était pas drôle, cette idée, juste pour faire bouillir le sang de leur mère, de se cacher...quand on les a vu sur le chemin, avec leurs têtes de grands gamins pris en faute...y'en a certains qu'on eu envie de leur donner des calottes, aux gosses..des vrais...à leur démonter la tête...mais y'avait un truc de sûr aussi, c'est qu'à ce moment là, personne n'avait envie d'être à leur place...alors les mains, elles sont restées où elles étaient...la baffe, ils allaient l'avoir quand même, bientôt, et celle-ci elle allait leur faire mal...vraiment...bien plus que de ramener du sang dans leur cerveau de gamins sans cervelle...ils auraient pas dû les gosses...c'était pas drôle...

...pas plus drôle que la fois où l'autre gamine, là, elle a éparpillé son corps aux quatre coins du champ, coincé dans la machine de son père...pas drôle du tout...ces gosses, ils pensent à rien...ils pensent que la vie, ça s'arrête pas...pourtant, y'en a plein les journaux de leurs conneries...mais non...il faut qu'ils continuent de jouer avec...bon, la gamine elle savait pas lire...mais ça explique pas tout...on leur dit "il faut pas faire, mais écoute, écoute donc !" et ils font...juste le truc qu'on leur a dit de pas faire...et après, y'a plus qu'à leur répondre "j'te l'avais bien dit"...mais ça sert à quoi, ça...combien ils ont été à se casser une jambe, tiens, sur le gros rocher là-bas derrière, le rocher en forme de cheval...combien...allez, des dizaines ?...et ça les calme...quoi...un mois ?...oh, à peine...et après ils recommencent, et ils sont encore plus nombreux...et ça rigole, fort...je les entends d'ici...ça rigole...et paf...y'en a un autre qui tombe, un qui voulait montrer aux filles, j'suppose, qu'il sait sauter lui aussi, le plus loin possible...les gosses, ils croient pas que les jambes ça casse...c'est comme ça...ils sont tout neufs...enfin, si c'est juste une jambe, ça va...on en fait pas un drame, hein...mais y'en a un, une fois, c'est la tête qu'a cogné...les parents, ils ont voulu mettre un panneau après, près du rocher du cheval...un panneau avec des signes dessus...pour que les gosses, savez, qu'ils sachent lire ou pas, ils comprennent...le panneau, je sais pas...je ne l'ai jamais vu...pas sûr qu'il y soit.

© Les écrits d'Antigone - 2009

Un texte écrit dans le cadre d'un stage d'écriture animé par Emmanuelle Pagano, ou comment imaginer les dialogues du vieil Ukalo, personnage de sa nouvelle, Le guide automatique, publiée à la Librairie Olympique en 2008.

18 janvier 2009

La grosse, Françoise Lefèvre

la_grosse"L'amour qu'on vit n'est jamais celui qu'on attend"

Céline Rabouillot est devenue garde-barrière. Pour elle, dans cette petite maison de campagne qu'on lui alloue, loin de tout, tout est synonyme de liberté. Enfin, elle a trouvé un lieu où elle peut rêver à son amour perdu, oublier son enfant disparu, et se cacher. Car Céline est grosse, très grosse, si grosse que pour les autres, sa simple vue semble être une offense. Pourtant, Céline est belle, mais peu le voient, seulement ce vieil homme qu'elle entoure de ses soins, Anatolis, et puis aussi Sylvestre et Noémie, dont elle s'occupe si bien.

Ce petit livre est un poème. Que vous dire de plus ? Nous entrons avec les mots de Françoise Lefèvre dans un univers de sensations qu'on ne refermera qu'à regrets au terme des pages tournées.
Beaucoup d'images me sont venues à l'esprit pendant ma lecture, très colorées, poétiques ou romanesques. Il y eut même quelques paysages russes, froids, des rues de Paris, l'hiver, l'été, la chaleur, le bruit des oiseaux, le silence... Et puis, j'ai pensé aux personnages de Botero, à leur grâce particulière, et je me suis dit que ce roman c'était ça, ce mélange, et au milieu une femme rousse, belle, grosse, qui sublime le présent et étreint - un peu, beaucoup - le coeur.botero

Les premières lignes...
" et s'il fallait un commencement, on pourrait dire que rien ne prédestinait Céline Rabouillot à devenir garde-barrière. Il paraît que c'est la vie. Un jour on se retrouve dans une de ces maisons minuscules, isolées tout au bord de la voie ferrée, avec la responsabilité de lever et d'abaisser la barrière quand passent les trains. Les gens croient qu'on est là depuis toujours. D'ailleurs, ils ne se posent pas la question en franchissant le passage à niveau que Céline vient de leur ouvrir. Personne ne vous pose de questions. Personne ne vous demande rien. Jamais. Juste ils disent : "Tu as vu la grosse ?" D'une certaine façon, on est là depuis une éternité, puisque depuis une éternité on répète des gestes simples. Inlassablement. Chaque jour. Aux mêmes heures. On est une grosse garde-barrière. Immobile. Figée dans le temps. Lente si lente. Une lenteur de vaisseau. On est là, statue de Pâques face à l'horizon. Statue de sel aux portes de Sodome. Femme pétrifiée dans la lave du Vésuve. Garde-barrière dans un musée de cire. Coulée dans la cire. Cire perdue. Rejetée. Laissée pour compte."

bouton3 Note de lecture : 4.5/5

Cette lecture est un livrevoyageur en provenance de Chez Florinette !! Merci pour le prêt !

La lecture de Cathulu ...et celle d'Anne

1 décembre 2008

Les déferlantes, Claudie Gallay

les_d_ferlantesQui viendrait se réfugier à La Hague ? Là où les tempêtes arrachent les pensées, emportent les bateaux et les hommes ?
La narratrice de cette histoire est pourtant venue ici, chercher refuge, oublier l'homme qu'elle a tant aimé, et perdu, prendre du recul. Employée par le Centre ornithologique, elle compte les oiseaux, arpente une côte inhospitalière, rude et belle, qui apaise ses souvenirs.
Un jour, un homme vient troubler sa fragile quiétude, un homme qu'une vieille folle, Nan, prend pour un autre, et que Lili, la cafetière semble connaître, Lambert. Entre photos volées, paroles tues, et jouets retrouvés, une intrigue prend forme et se fortifie, jusqu'à briser des silences et raviver des colères...

heart Comment ne pas aimer ce livre ? Alors, oui, bien sûr, on y retrouve des ingrédients déjà lus dans Seule Venise, oui. Et bien, tant pis. Peu importe. C'est l'univers de Claudie Gallay, et on aime ça, c'est dit. Et puis, on les oublie très vite, ces redondances, au profit d'une histoire sauvage et forte, faite de secrets, de rencontres et de vent. Comment ne pas tomber amoureuse de l'engourdissement qui nous prend à la lecture de ce roman ? On marche près de la narratrice, on écoute avec ses oreilles les secrets du passé, on aime, avec elle, ces vieilles personnes qui radotent un peu, ces plus jeunes qui transpirent de rêves... On s'emmitoufle dans de vieux pulls qui sentent la poussière et l'hiver. On se tient chaud dans un café aux vitres embuées. On repeint sa chambre en vert Hopper et on attend, on attend que l'amour vienne à nouveau croiser notre chemin... On aime l'univers des déferlantes, et on en redemanderait bien, une autre bouffée, encore. Voilà, c'est dit...ça aussi.

Un extrait...
"Il s'est jeté dans l'eau comme une bête en colère. Je ne voyais rien de lui mais je l'entendais, sa respiration, son souffle pour lutter contre le froid, et le battement violent de ses bras qui fendaient l'eau. Etait-il nu ? Il s'était retourné, il m'avait dit, Vous ne venez pas ?
Personne ne se baignait jamais là. A part l'été, quelques habitués.
Son corps d'homme s'est mêlé à la nuit. Pris par la mer.
Son corps de vivant.
Il a disparu. J'ai attendu qu'il revienne, les genoux dans les mains. Sous mes doigts, les galets.
J'ai regardé les étoiles.
Il a nagé encore. L'eau était froide ici, bien plus froide qu'ailleurs.
Avait-il rendu visite à Théo ? Il m'avait dit qu'il voulait lui parler, mais l'avait-il fait ? Pourquoi s'attardait-il ainsi ?
Il est remonté vers moi, la chemise roulée à la main. Le pull anthracite à même la peau.
- Vous êtes allé nager loin...
J'ai senti son regard dans la nuit.
Dans la voiture, il a mis le chauffage à fond. Ses cheveux étaient mouillés.
- J'ai eu peur que nous ne reveniez pas.
Il a écarté les doigts. Il les a refermés. Il a fait ce geste plusieurs fois.
- Il fallait que je nage...
Il a allumé les phares et il a regardé la mer. Cette partie de nuit éclairée. Il a laissé rouler sa tête sur le côté.
Et il m'a regardée pour ne plus voir la mer."

bouton3 Note de lecture : 5/5

Un livre lu dans le cadre du grand prix des lectrices de BOOKPAGES 2009
Catégorie Roman

ISBN 978-2-8415-6934-2 - 21.50 € - 03/2008

Clarabel le dit, ce roman est magnifique !
Gawou a été envoûtée.
Une lecture plaisante pour Gambadou
Pour Sylvie, un livre fort, dense et sombre
Pour Cathulu, un livre précieux et nécessaire...et j'aime beaucoup ce qu'elle en dit.
Bellesahi a beaucoup aimé, beaucoup. Liliba et Leiloona aussi.

14 septembre 2008

Ma soeur, mon amour, Chitra Banerjee Divakaruni

ma_soeur__mon_amourJ'avais beaucoup aimé lire La maîtresse des épices, puis les nouvelles de Mariage Arrangé, et Bel Gazou lors de notre rencontre sur Nantes a eu la belle et la généreuse idée de m'offrir celui-ci. En effet, sa lecture m'en avait déjà donné l'envie... Merci bel gazou, car ce livre est un vrai coup de coeur !!

L'histoire...
"Sudha et Anju, deux cousines élevées comme des soeurs dans la maison familiale de Calcutta, sont inséparables. L'une est belle, l'autre pas ; l'une est patiente et douce tandis que l'autre n'est que révolte et scepticisme. Pourtant, devenues "jumelles de coeur" dès la naissance, elles sont unies par une affection d'une force peu commune.
Le Bidhata Purush, maître des destinées, ne s'est pas montré tendre envers elles. La mort de leurs pères les a fait naître, les marquant aux yeux de tous d'une tache indélébile. Sous le regard de leurs trois "mères", leur amitié va être confrontée aux épreuves du mariage forcé et au poids d'un lourd secret. Chacune prête sa voix à ce conte moderne et passionné où se fondent les senteurs, saveurs et mythes de l'Inde, la force de l'aimitié et les chaînes des traditions." (Quatrième de couverture)

heart Il ne m'est pas fréquent d'aimer à ce point les personnages d'un roman en cours qu'ils semblent me suivre dans mes tâches quotidiennes et que je prenne à ce point un plaisir évident à les retrouver une fois le livre ouvert de nouveau devant moi.
Ici, Sudha et Anju se donnent la parole, chacune à leur tour, racontent l'Inde, ses mystères, ses lois, ses parfums et la difficulté d'être de jeunes femmes dans un monde régi par des traditions fortes et contraignantes. Ce roman trouve sa force dans l'évocation des sentiments fraternels qui lient les deux jeunes filles, dans la résolution de leurs amours, mais également dans une intrigue qui concilie avec talent suspense et romantisme. La dernière page m'a laissée frustrée et séduite car il y a une suite ! Je vais donc lire très bientôt La liane du désir.

Un extrait...
"A la fin de ces soirées, les mères passent en revue les fiancés possibles. Nous n'avons pas le droit d'assister à ces discussions. Les mères ne veulent pas nous remplir la tête d'idées romantiques qui pourraient n'aboutir à rien. Une fois les garçons sélectionnés et les pourparlers entamés, on nous donnera des détails.
Ainsi quand l'heure des chansons s'achève, tante N nous dit d'une voix faussement joviale : "Maintenant, allez, mes enfants." Pishi ouvre le coffre rangé dans un coin de la pièce et en sort plusieurs enveloppes jaunes épaisses, rédigées de l'écriture en pattes de mouche de la marieuse, et les mères se rapprochent afin d'étudier une fois de plus les propositions.
"Je crois que nous devrions les voir, nous aussi, ai-je dit un jour. Il se pourrait que ceux que vous sélectionnez ne soient pas ceux qui nous plairaient."
Pishi a paru hésiter, mais tante a rétorqué : "Précisément. Vous choisiriez les moins convenables, et après nous en aurions pour des semaines de disputes.
- Fais-nous confiance, Anju, a dit maman. Nous voulons votre bonheur, encore plus que vous ne le voulez vous-mêmes."
Que pouvais-je ajouter à cela ?"

bouton3 Note de lecture : 5/5 ( et je vous conseille par la même occasion les autres titres de cette auteure indienne de talent !!!)

20 mars 2008

Les Amants de Marie, Leslie Kaplan

Voici un livre lu dans le cadre de l' Atelier livres en poche auquel je participe régulièrement (Maison Gueffier, La Roche sur Yon).

lesamantsdemarieMarie cherche l'amour et le fuit en même temps. Elle parcourt la ville, lieu de tous les possibles, elle fait des rencontres, David, Sammy, Max, elle part, toujours, jusqu'à ce que... (extrait de la quatrième de couverture)

heart Et voilà, je suis tombée sous le charme de ce livre à l'écriture particulière ! Comment vous expliquer ? Il s'agit ici d'une sorte de roman choral. Des personnages se baladent dans Paris. Nous les suivons chacun, un à un, et alternativement. Ils ont la particularité d'avoir tous, un jour ou l'autre, rencontré Marie, l'héroine de cette histoire, jeune fille libre et libérée qui cherche l'amour mais ne peut s'empêcher de le fuir lorsqu'il devient trop présent. En filigrane, un mystère se joue, un exhibitioniste parcourt la ville et fait perdre la tête à ses habitants. La rumeur et les journaux s'emparent du sujet. Mais qui est-il ? Marie, elle, tournoie dans ce petit monde qui ne pense qu'à elle... Une écriture inventive, une intrigue qui prend le lecteur presque malgré lui, un roman à plusieurs voix qui m'a vraiment beaucoup plu.

Extrait : "Marie dit oui

Il est venu me chercher, il a dit Non, et moi... eh bien moi, j'ai dit Oui, Marie marchait, c'était l'après-midi, elle traversait le jardin, elle allait retrouver Max, elle marchait vite, de temps en temps elle s'arrêtait, regardait autour d'elle, elle repartait.
Je n'ai pas dit Oui tout de suite, il était là, d'abord je lui ai tourné le dos, il a encore dit non, plusieurs fois, beaucoup de fois, et puis il est venu se planter devant moi, et il s'est mis à me faire des grimaces, il m'a tiré la langue, j'étais au fond de mon trou, il a fait des grimaces incroyables, et qu'est-ce qui s'est passé, j'ai commencé à rire, il a fait ces grimaces, et là je ne sais pas, j'ai continué à rire, il a ri aussi, il faisait des grimaces et il riait, et puis on ne pouvait plus s'arrêter, on riait, on riait, j'avais l'impression que j'allais éclater, je me tenais les côtes, lui aussi, et j'ai eu envie de faire mieux, de faire des grimaces pires, de lui faire peur avec mes grimaces, qu'il ait peur, mais peur, qu'il me dise d'arrêter, qu'il me dise qu'il fallait que j'arrête, mais il n'a pas dit ça, il n'a pas dit ça du tout [...]."

bouton3  Note de lecture : 5/5

Résumé des propos des lecteurs réunis hier au soir : Ce roman, composé de fragments (chapitres courts) demande un effort au lecteur, une réflexion (apparemment voulu par l'auteur, très inspirée par la psychanalyse, le cinéma...). Il nous est demandé de combler, par notre imagination, les manquements du récit... Les avis étaient partagés. Tous les lecteurs ont ressenti le besoin de prendre le temps de rentrer dans ce livre, et ont souligné leur attachement aux personnages...

La présentation du poche était coordonnée par une bibliothécaire de Rezé (44) qui a déjà rencontré l'auteur, et connaît bien les romans et essais de Leslie Kaplan. Elle nous a raconté sa rencontre avec ses livres, nous a clairement donné les clés de son oeuvre, ce qui était très intéressant. Nous étions par ailleurs plutôt nombreux, la conversation était donc relativement animée... Une soirée agréable en somme !!

Leslie Kaplan sera présente à une lecture-rencontre le mardi 13 mai à 19h à la Bibliothèque de Rezé.

Un texte à lire, de Leslie Kaplan, sur Inventaire-Intention : Les mots, qu'est-ce que c'est ?

La fiche de Leslie Kaplan sur le site de POL.

4 mars 2008

Et mon coeur transparent, Véronique Ovaldé

etmoncoeurtransparentL'histoire (quatrième de couverture) : Sait-on jamais avec qui l'on vit ? Lancelot ne cesse de se heurter à cette question depuis que sa femme, Irina, a été victime d'un accident qui l'a précipitée au fond de la rivière Omoko. Déjà ébranlé par sa mort, il va vivre un "Très Grand Choc Supplémentaire" en découvrant que des mystères entourent cette disparition. Un à un se dévoilent les secrets que sa femme a pri soin de lui cacher. Dès lors, il ne lui reste qu'à mener l'enquête et élucider cette énigme : que faisait Irina, ce jour-là, à Catano, au volant d'une voiture qui ne leur appartenait pas et dont le coffre contenait des objets pour le moins suspects...

Mon avis : Ce roman a un charme fou... Déjà, le personnage principal, notre pauvre héros, veuf en perdition shooté aux anxiolitiques, se prénomme Lancelot, ce qui est définitivement romantique et joliment décalé. Et bien, ce prénom ressemble au roman tout entier, romantique, décalé et fantaisiste. Submergé par sa peine, Lancelot trouve tout de même la force de se poser des questions sur les incohérences qui entourent le décès de celle qu'il aime par dessus tout. Il va donc partir à la recherche du passé de sa femme. Etonnamment, résoudre l'énigme d'Irina va s'avérer plus facile qu'il n'y paraît. Pourtant, cette enquête, menée un peu malgré lui, est conduite dans l'atmosphère nébuleuse des médicaments ingurgités, de revenants venus frapper à sa porte et de la disparition étonnante des objets qui l'entoure... Pour tout vous dire, je suis heureuse d'avoir lu ce livre car l'univers de Véronique Ovaldé est une véritable belle découverte !!

Extrait : "Il y a dans la rivière Omoko une voiture que ne connaît pas Lancelot.
Il fait nuit, une nuit noire et glacée qui transperce les sinus quand on la respire, mais la police a installé sur les rives des projecteurs ultrapuissants qui éclairent la rivière. Ca grouille de monde dans l'obscurité. Lancelot se dit, C'est bizarre tous ces gens pour une voiture tombée à l'eau. Il est sorti de la sienne, et il avance maintenant très lentement avec l'impression que son corps devient alternativement mou et raide, ce qui l'empêche d'avoir une démarche normale. On veut l'arrêter mais il dit, Je suis le mari de la victime, il ajoute, Je crois, pour lui-même, et il ne sait plus s'il croit être son mari ou s'il croit qu'elle est la victime. Des gyrophares clignotent autour de lui et tout se fait dans un silence étrange. Il aurait imaginé que dans ce type de situation un grand brouhaha régnerait, une intense agitation sonore, à moins que tout à coup, en marchant vers la rive, il ne soit devenu sourd."

bouton3  Note de lecture : 4/5 (parce qu'il m'a peut-être manqué quelques battements de coeur !!)

Merci à Bel Gazou qui m'a transmis ce livre, appartenant à La môme poison.
Il devrait arriver bientôt chez Bellesahi...

La lecture de Clarabel.

11 décembre 2007

Bleu

Bleus tes yeux,

Bleu le ciel au dessus de ta tête,

Bleue la mer, au loin, brassée, en son mouvement, fort, régulier.bleu

Tu as choisi cette place, à l'ombre, pour te poser. Tu as raison, ils ne viendront pas te chercher, là, au fond du jardin, au pied de ce mur, près des rosiers. Tu t'es assis sur cette pierre plate, douce, couverte d'une mousse verte, fine et grumeleuse. L'arrière de ton short clair sera sûrement tâché tout à l'heure. Tu te feras gronder.

Tu as six ans, tout juste. Ils ont fêté cet évènement, hier, à grand renfort de musique, de grenadine et de bruits. Tu aurais préféré un baiser.

Bleue la mer,

Bleus les pelles, les râteaux et les seaux.

Tu ne veux pas les suivre, vers la plage, ton corps maigre et pâle, parmi leurs peaux bronzées. Tu les entends remuer placards et valises, à la recherche d'un maillot, d'une crème, d'un jouet, colère et plaisirs étrangement emmêlés.

Bleue la pile de livres, posée à tes pieds.

Tu ne sais pas lire, pas encore, tu apprendras à la rentrée.

Tu aimes à contempler les gravures travaillées de ces vieux livres oubliés.

Bleus tes rêves,

Bleues les fleurs d'hortensia de ta Bretagne aimée,

Bleue la solitude, fragile et précieuse, de ta quiétude, bientôt envolée.

9 décembre 2007

Le journal de Virginia Woolf (Arnaud Cathrine et Geneviève Brisac)

Le jeudi 6 décembre, à la Maison Gueffier (La Roche sur Yon), vous le savez, j'ai eu la chance d'assister à deux lectures : premièrement celle de fragments du "Journal de Virginia Woolf" par Geneviève Brisac et Arnaud Cathrine, et ensuite celle d'extraits de "V. W." par Geneviève Brisac (livre écrit en collaboration avec Agnes Desarthe).

                  Journal d'un écrivain         V.W. ou Le mélange des genres

Il ressort de ce moment, passé en compagnie de la mémoire de Virginia Woolf, le portrait d'une femme de génie, souvent en proie au doute, humaine, dense et légère, qui passe de futiles mondanités aux interrogations littéraires les plus sérieuses. Je ne peux vous résumer ici la totalité des propos échangés. J'ai aimé l'évocation de ses doutes, son amour pour l'objet livre, sa peur de voir son journal ou ses lettres happer son flux fictionnel. J'ai aimé sa manière de décrire le style, comme une vague, comme un rythme qui prend le pas sur les mots. J'ai aimé son ironie et son recul, sa féminité, sa sincérité, sa force de travail.

Geneviève Brisac et Arnaud Cathrine ont été des médiateurs parfaits, intelligents et sobres. Un peu avant de me rendre à cette lecture, je me suis rendue compte que j'avais acheté ce journal, un été, il y a quelques temps, qu'il trônait dans ma bibliothèque, et que je ne l'avais jamais lu...

    Arnaud Cathrine                     

J'ai lu La Disparition de Richard Taylor et Les Vies de Luka      Geneviève Brisac (dont je n'ai encore rien lu, mais cela ne saurait tarder !)

Biographie : "Romancière et essayiste, Virginia Woolf est née à Londres le 25 Janvier 1882. Fille d'un des titans malheureux du victorianisme - Sir Leslie Stephen -, elle côtoie dès l'enfance la fleur de l'intelligentsia mondiale et devient l'égérie redoutée du groupe de Bloomsbury. En 1912, Virginia épouse Léonard Woolf et, en 1917, il fondent une maison d'édition, la Hogarth Press, et font découvrir Katherine Mansfield, TS Eliot, Freud, des romanciers français et russes... [...] Victime de dépression chronique, elle met fin à ses jours le 28 mars 1941. Elle laisse [outre ses oeuvres] un nombre considérable d'essais inédits, une correspondance, un Journal, qui paraît après sa mort à l'initiative de son mari."

Léonard Woolf : "J'ai lu attentivement les vingt six volumes du Journal de Virginia Woolf et j'en ai extrait, pour ce volume, tout ce qui relève de son travail d'écrivain. J'y ai incorporé en outre trois autres genres d'extraits : d'abord les passages dans lesquels elle se sert très nettement de son Journal comme d'un instrument lui permettant d'exercer ou de mettre à l'épreuve l'art d'écrire : ensuite des passages qui, sans avoir trait directement ou indirectement à son travail, m'ont paru s'imposer dans ce choix parce qu'ils donnent au lecteur une idée de l'impression immédiate qu'exerçaient sur son esprit telles scènes ou telles personnes ; enfin un certain nombre de passages dans lesquels elle commente les livres qu'elle est en train d'écrire."

Un extrait : "Rodmell, lendemain de Noël

Je trouve qu'une quinzaine de solitude  est incroyablement reposante, et que c'est un luxe presque impossible à s'offrir. Nous avons impitoyablement repoussé toutes visites. "Cette fois-ci, nous serons seuls !" avions nous décidé, et réellement, je commence à y croire. Et puis Annie est très compréhensive. Mon pain cuit bien. Tout serait plutôt enivrant, simple, coulant, efficace, n'étaient mes tâtonnements autour des Vagues. Après beaucoup d'efforts, j'écris deux pages totalement ineptes. J'écris des variantes pour chaque phrase ; je fais des compromis, je lance des balles perdues, je tâtonne, et mon manuscrit finit par ressembler à un rêve de fou. Puis je me dis qu'une seconde lecture me donnera de l'inspiration et je rends au texte un peu de son sens commun. Mais cela ne me satisfait pas. Je trouve qu'il y manque quelque chose. je ne fais aucune concession. Je me concentre sur le noyau. Cela m'est égal si tout est raturé. Et je crois qu'il y a quelque chose là. Je suis tentée maintenant par de plus grandes audaces : par Londres ; les conversations. Une voie frayée plus impitoyablement. S'il n'en sort rien, j'aurai du moins envisagé toutes les possibilités. Mais j'aurais voulu y prendre plus de plaisir. Cela ne me trotte pas dans la tête comme La promenade au phare ou Orlando."

Extraits de l'édition du "Journal d'un écrivain", chez 10/18.

24 novembre 2007

Jeux d'enfants

Tchac ! Tchac !

En garde !

Tchac ! Tchac !

Tremblez, sacripants ! Vous ne pourrez m’échapper !

Tchac ! Tchac !

Je suis corsaire, mais femme, aux seins bandés. Je suis chef de bande. Ma petite troupe me suit, médusée. Mon épée imaginaire, brandie dans les airs, est vraiment impressionnante.

Tchac ! Tchac !

Les deux garçons, plus jeunes que moi, promus, bien malgré eux, ennemis à combattre, se cachent en riant.

Tchac ! Tchac !

Leur rire s’éteint soudain. « Dis, on veut plus jouer. »

Filles et garçons, nous nous regroupons près de la salle des fêtes, désertée. Nous cherchons un coin d’ombre. Je suis la plus âgée. Ils sont sept et lèvent leurs yeux vers moi ; ils attendent. Ils savent que je vais trouver un jeu, une histoire, de quoi les occuper, jusqu’au dîner.

J’aime leurs joues roses, leur moue fatiguée. J’aime qu’ils m’appellent à l’aide pour un caillou dans la chaussure, pour un genou abîmé.

L’été prochain, ils auront grandi. Ils auront oublié ce moment, la boîte à trésors enterrée sous nos pieds. Je ne saurai plus rien de leurs jeux d’enfants. Je serai trop vieille.

« Allons cueillir des mûres ! »

Leur explosion de joie résonne dans la torpeur de l’été.

Demain, c’est la rentrée.

jeux_d_enfants

21 novembre 2007

Couleurs

Explosions de douceurs. 

couleursDe la couleur.

Du rouge. Du bleu, dur, éblouissant.

Du vert, de l'ocre.

Et du magenta.

Tu barbouilles. Tu ris. Tu t'interroges. Les cheveux, verts, oranges ou violets ? Tu ne seras pas fâchée, dis maman, si je me fais plus grande que toi ?

Le pinceau tourne dans le godet. Je te regarde dessiner, tête penchée, soudain sérieuse, concentrée.

Des tissus. Des matières. De la couleur, encore, pour plonger dans les coussins, pour le plaisir du toucher, pour s'inventer des histoires.

Couleur profonde de tes cheveux fins, de tes yeux bruns, de tes joues rosies.

Couleurs des bibelots sur les étagères, ordonnés.

Couleurs des tapis, de la table basse, de tes jouets, oubliés.

Couleur de notre intérieur, douillet.

Loin de tout univers glacé,

En noir et gris.

3 juillet 2011

Une Carte Postale de Clermont-Ferrand

Je suis de retour par ici pour quelques jours, avec dans ma besace quelques vues de Clermont-Ferrand...
J'y ai rencontré Vercingétorix - juché sur un piedestal - des traces de Blaise Pascal, une cathédrale sombre et magnifique, des ruelles luxuriantes, le rugby. Et puis aussi, un peu de chaleur suffocante.
Je garde le reste pour moi, essentiellement sympathique. Voilà, j'ai passé là-bas de très bons moments, parfois vaguement studieux. Je n'ai presque rien lu mais peu importe finalement, et je repars bientôt...
Allez, mes prochains billets seront tout de même remplis de livres, pas d'inquiétude !! ;) Et vous, comment allez-vous ? (Mon google reader affiche 536 éléments non lus, mazette)

clermont

29 juin 2012

Guy Goffette

"Réveil en musique : il pleut. Rester couché surtout : écrire n'est plus de mise quand la pluie sur le toit chante sans effort, et son vers est impair et passe en sautillant. [...] Ce qu'il dit importe peu : c'est l'âme des choses qu'on croyait en allée pour toujours et qui revient, remplit les creux. On s'en rend compte dès que la pluie a tourné au coin de la rue, pas besoin d'ouvrir les yeux. Le silence n'est plus l'absence de bruits, mais la voix soudain en nous, accordée, complice, de la vie et de l'être. Le temps ne passe plus. Et la terre est enfin bleue comme une orange. Les poètes ont toujours raison."

orange bleu chaise

"Au fond, les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis. Solitaires. Silencieux. Souvent, ils commencent dans une chambre où l'on est enfermé parce qu'il pleut ou parce qu'on est malade, obligé de garder le lit. On a huit ou neuf ans, le goût des images qui partent toutes seules dans tous les sens et qu'on lit de même, en sautant par dessus les fuseaux horaires, uniquement préoccupé du cours qu'elles ouvrent en nous et attentif au fleuve qui va venir, qui doit venir, gonflé qu'il est de toute l'eau du regard, de la pluie qui tombe peut-être dans ce monde tout près où l'on n'est plus ; gonflé, oui, et irisé par la fièvre douce (encore et peut-être) qui nous saoule un peu et nous fait dériver entre les motifs du papier peint décoloré."

"Demain, le jardin du monde va refleurir, qui rend ses couleurs aux plus vieilles images, toute sa lumière à celui qui, regardant, voit plus loin que ses yeux et met la mer en bouteille en marchant dans un livre."

... quelques extrait de Les derniers planteurs de fumée (Folio2€). Merci Cathulu !!
Et un auteur qui a pris tout de suite à mon oreille ce ton familier qui fait les belles découvertes. A suivre.

2 novembre 2011

Chez le vétérinaire

COUVERTURE_VETO_282x370... de Anne-Sophie Baumann et Amandine Laprun.

Nina vient d'adopter une petite chatte, Noisette. Demain, c'est sa première visite chez le vétérinaire. Il y a du monde dans la salle d'attente de Monsieur Nicolo. Nina rassure Noisette mais Rémi se demande bien de quoi souffrent tous ces animaux. Finalement, tout se passe bien dans la salle d'examen pour Noisette qui écope d'un vaccin et d'un carnet de santé tout neuf.  C'est en fait Boxy le chien qui ira faire quelques jours plus tard un séjour en salle d'opération, le pauvre il s'est fait très mal à sa patte...

numérique9

Voici un album qui en apprend beaucoup sur le métier de vétérinaire aux jeunes enfants passionnées par le sujet. De plus - grand plus - des vignettes électrostatiques permettent d'en faire également un objet jeu. Ma grande fille (10 ans) a adoré le concept, elle qui passe son temps à élever des hamsters virtuels sur le net. Tout est tout à fait adapté à ce public-là qui aime tant s'amuser avec de petits objets à collectionner. Ici, les élements se collent et se décollent sans abîmer le livre et ouvrent l'imagination.
Pour ma part, j'ai encore apprécié la qualité joufflue de l'album, la même que l'on retrouve chez les Non-non. Un joli livre et une bonne idée cadeau !! Conseillé dès 4 ans, mais vous pouvez tout à fait l'offrir à des enfants plus âgés.

Editions Tourbillon - 12.95€ - 30 octobre 2011

Collection MondoMino
"L’enfant anime le livre grâce aux vignettes électrostatiques qu’il place et déplace à l’infini. Il répond à des devinettes et s’invente des histoires. Ainsi, il nourrit les animaux du zoo, remplit l’étal de l’épicier, fait son numéro de cirque...
Place et déplace les vignettes et ausculte Noisette avec le stéthoscope, donne sa mallette au vétérinaire, pose le guépard sur la table d'opération du zoo..."
 
24 octobre 2011

C'est Halloween à la maison !!

Des oranges, un couteau, de l'huile de coude, de vieilles bougies d'anniversaire à recycler, et le tour est joué !!

halloween1

On en profite à l'occasion pour boire un grand verre de vrai jus de fruit frais, et hop, ambiance.

Une astuce trouvée ici [lien].

... et pendant ce temps, ma PAL s'ennuie un peu. Promis, je reviens ensuite avec des lectures "sérieuses".

14 septembre 2011

Pas d'inquiétude, Brigitte Giraud... Rentrée littéraire 2011

pas_d_inqui_tude"Ce fut [...] un début en douceur, sans la violence des mots, une auscultation tout en retenue, et en rentrant tournait dans ma tête la dernière phrase prononcée par le médecin. Plus je remâchais ce pas d'inquiétude, plus ma gorge se serrait. Pas d'inquiétude n'était pas compatible avec sans tarder, le médecin se contredisait, et en même temps je me rassurais, non, rien de plus normal, il voulait juste qu'un spécialiste prenne le relais, son sérieux était réconfortant, il valait mieux envisager les choses à temps."

Pas d'inquiétude raconte l'histoire d'une famille ordinaire, qui vient tout juste de prendre possession d'une maison neuve, dans un lotissement tel qu'il en pousse partout aujourd'hui, après avoir vécu pendant des années dans l'exiguité d'un appartement trop petit pour quatre. Le couple a décidé de garder les finitions pour plus tard, pour eux, par soucis d'économie.
Le rêve est donc là, enfin à portée de main, mais c'est la maladie qui s'invite. Medhi, le plus jeune est atteint d'un cancer. Alors, les travaux attendront, il faut s'organiser, prendre des congés. La mère venant tout juste de commencer un nouveau travail où elle doit faire ses preuves, c'est au père qu'incombe de laisser le sien de côté pour faire face à l'urgence. Le présent prend tout à coup toute la place.

Ce roman est d'un charme discret et profond. Brigitte Giraud excelle encore une fois, après son magnifique Une année étrangère, à se mettre à la place d'autrui. Ici, le narrateur est un homme. D'habitude, en de telles circonstances, c'est la douleur d'une mère qui nous est offerte, placée immédiatement au creux du ventre. Un homme, lui, ne sait pas toujours quoi faire de son inquiétude, il n'a pas les codes, il réagit différemment. Alors il tait sa peur, son infini désarroi et offre ce qu'il peut, sa présence, ses initiatives, et parfois ses maladresses. L'auteure a vraiment trouvé ici dans son écriture le ton juste pour nous en parler. 
J'ai reconnu également dans ces pages l'attitude qui a été la nôtre lors du séjour de Petit Dernier en service de néonatologie par exemple, cette volonté de minimiser l'inquiétude auprès de l'entourage, cette propension à s'isoler autour du noyau étroit et dur que l'on forme soudain. A ce moment là, comme ce qui se passe dans ce roman-ci et que je tairai pour conserver le mystère de la découverte, tout geste de générosité, de compassion sincère, devient terriblement réconfortant et lourd de sens.

Une lecture de rentrée qui mérite vraiment que l'on s'y intéresse.

heart Coup de coeur ! - Editions Stock - 19€ - Août 2011

Les autres lectures de la rentrée sont toujours chez Hérisson

 Sinon, bonne nouvelle, Brigitte Giraud sera au Grand R à deux pas de chez moi... tout bientôt [lien]

Ce titre est dans la première sélection du Prix Médicis

18 mai 2011

Christophe Alline

Que se passe-t-il donc en ce moment chez la famille Antigone ?
En effet, ce blog vous avait habitué à plus de régularité dans les billets.
Et bien, et bien, si vous saviez... En fait et en bref, je m'occupe à fond de mon autre vie, celle matérielle, des tonnes de papier à remplir (entre autres un dossier Centre de loisirs énorme digne d'un projet sur dix ans, il sera à refaire dans son intégralité l'année prochaine, pfiou !!)... et je me promène, je lis peu, je lorgne sur ce soleil qui revient, je profite de ma famille.

Cet après-midi, nous étions tout de même au milieu des livres, à une rencontre d'illustrateur proposée par notre médiathèque. Christophe Alline se définit lui-même comme un fabricolleur d'images, il est édité chez Didier Jeunesse. J'avais en 1998 acheté Dans Paris pour un neveu, c'était son premier album édité. Aujourd'hui, nous avons craqué pour Elvis (2008) et La ToToMobile qui vient tout juste de sortir... Ce dernier titre reprend la célèbre comptine que nous chantions déjà enfant, vous voyez ? Le petit plus de tout ceci ? Des sculptures superbes et des originaux d'albums (des tableaux en relief que l'illustrateur prend ensuite en photo. Magnifiques !!) exposés depuis le 19 avril dans tout le réseau des médiathèques de ma ville... Christophe Alline manie l'art du recyclage avec brio et inventivité.

christophealline

 Un petit tour dans son univers en passant par là ... http://www.chris-delalune.com
(Sa page chez Didier Jeunesse)

 Le billet d'Emmyne sur Elvis

22 février 2014

Et si on dansait ? Erik Orsenna ... Objectif Pal de Février

 

etsiondansait

 "Qu'est-ce que des points suspensifs ?
"Signes qui indiquent une interruption de l'histoire."
(Et donc qu'elle pourra, peut-être, un jour reprendre.)
Il suffit à un point d'en ajouter deux autres pour que le final devienne suspensif et que l'espoir renaisse."

Jeanne raconte dans ce petit roman fantaisiste son amour des mots et de la grammaire. Devenu orpheline, elle doit subvenir à ses besoins et à ceux de son frère Tom, musicien. Elle est nègre, c'est à dire qu'elle écrit pour les autres, monnaye ses services et puis disparaît. Elle a commencé son métier en rédigeant les rédactions d'élèves en mal de bonnes notes, puis sont venues les lettres d'amoureux, puis assez vite des autobiographies et des discours politiques. Ecrire est pour elle affaire de rythme  - donc de ponctuation -, mais aussi de choix de mots, et de musique. Elle est persuadée que quelques points de suspension peuvent tout changer à une histoire, qu'une virgule raconte très bien l'enchaînement des conquêtes amoureuses de son frère et que si le président pouvait l'écouter un peu on arriverait à sauver tous ces mots perdus agglutinés sur la plage.

Ce titre est une suite de La Grammaire est une chanson douce (que je n'ai pas lu). Et je dois dire que je partage cela avec Erik Orsenna, l'amour de la ponctuation (même si je l'utilise bien souvent comme elle me chante et abuse des virgules et des parenthèses). Cependant, et malgré toutes les bonnes idées qui parcourent ce titre, je suis restée très dubitative sur son ton. L'absurde y côtoie l'amour, qui lui même côtoie de près la grammaire, qui finalement côtoie l'écologie. Le tout m'a semblé partir dans tous les sens et ne s'arrêter nulle part, distiller ici et là quelques vérités essentielles, et puis en oublier de nous raconter simplement une belle histoire.
Bref, me voici un peu déçue.

Editions du livre de poche - 5.60€ - Août 2010

 

Astrid l'a lu également :"Après 'La grammaire est une chanson douce', après 'Les Chevaliers du subjonctif, après 'La Révolte des accents', Erik Orsenna poursuit les aventures grammaticales de son héroïne Jeanne et de son frère Tom. Ou comment vont-ils découvrir cette fois l'art de ponctuer leur vie..." [clic ici]

objectif pal

 

Objectif Pal 2014 : 2/12 (#objectifpal2014)

Février s'avère d'ores et déjà moins prolixe en matière de lectures de Pal (comme je vous comprends). Vous pouvez encore déposer votre lien mensuel sur le billet du mois de février qui se trouve [par là] !!

 

18 mars 2014

La nuit tombée, Antoine Choplin

lanuittombee

"Comment dire. Au début, quand tu te promènes dans Pipriat, la seule chose que tu vois, c'est la ville morte. La ville fantôme. Les immeubles vides, les herbes qui poussent dans les fissures du béton. Toutes ces rues abandonnées. Au début, c'est ça qui te prend les tripes. Mais avec le temps, ce qui finit par te sauter en premier à la figure, ce serait plutôt cette sorte de jus qui suinte de partout, comme quelque chose qui palpiterait encore. Quelque chose de bien vivant et c'est ça qui te colle la trouille. Ca, c'est une vraie poisse, un truc qui t'attrape partout. Et d'abord là-dedans.
De son pouce, il tapote plusieurs fois son crâne.
Je sais de quoi je parle."

Gouri débarque avec sa moto dans un village voisin de la zone sinistrée, près de Pipriat. Il retrouve là pour une soirée autour d'un repas arrosé ses camarades de catastrophe, ceux qui sont restés au plus près du lieu maudit. Il est revenu pour sa fille, qui est malade, récupérer l'ancienne porte de sa chambre. L'accès à l'immeuble qui était leur domicile est interdit, il faudra passer les barrages à la nuit tombée, se cacher, être un étranger, un voleur, dans ce lieu sinistré, encore plein des souvenirs d'une vie figée à jamais...

J'ai beaucoup aimé le style et l'atmosphère de ce petit livre d'Antoine Choplin dont l'action ne se déroule que le temps de quelques heures. J'y ai retrouvé quelques échos de ma lecture d'un Printemps à Tchernobyl [clic ici]. On y retrouve la même fascination mêlée de crainte pour "la zone", l'important se situant dans les blancs du texte, dans ce qui est gardé sous silence. L'économie de mots, d'effets, fait sens et apporte à ce roman beaucoup de force. Une belle découverte.

Editions Points - 5.70€ - Janvier 2014

Pour Aifelle, un des meilleurs romans de la rentrée 2012 ! [clic ici] D'autres avis... Cristie - Hélène - Kathel - Leiloona - Maryline - Noukette - Philisine Cave - Valérie 

8 décembre 2013

Encore une petite bricole de Noël... et une idée pour janvier

pholato-ringococo-printable-coloriage-noel

Un Pdf à télécharger en cliquant sur l'image ci-dessus... et une jolie page sur le thème de Noël à imprimer pour occuper les petites filles sages, testée avec succès à la maison (http://www.ringococo.com). Trouvé sur le site Kidissimo [clic ici].

Sinon, une idée me trotte dans la tête depuis quelques jours, celle de reprendre à la rentrée de janvier, mon Objectif Pal (quand je vois la mienne surtout qui prend la poussière). Et comme ce sont dans les vieux pots que l'on fait les meilleures moutardes, je garderai le même logo, le même fonctionnement (un récapitulatif en fin de mois) et je l'espère la même persévérance... Le but étant de réduire sa PAL (Pile A Lire) bien sûr, mais peut-être aussi de trouver un autre cadre pour parler de tous ces livres intéressants qui ne sont pas forcément des nouveautés. Et puis, je ressens le besoin de me lançer quelques défis pour 2014, pas vous ?

objectifpal 

Billet d'origine, 1ère année [clic ici] - La marche à suivre, 2ème année [clic ici] à réadapter bien entendu pour 2014. Tenté(e)s ? 

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Les lectures d'Antigone ...
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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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