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Les lectures d'Antigone ...
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Ardoise magique

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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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10 décembre 2016

Parenthèse

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Bonjour à tous !! Ma pause se prolonge. Je dois vous avouer que je n'arrive plus à ouvrir mes livres... et qu'écrire ici m'est devenu compliqué. Je ne sais pas expliquer réellement ce qui m'arrive. Je ne crois pas que ce soit grave, au contraire positif. J'ai sans doute besoin, pendant quelques temps, de vivre autrement ma vie que dans les livres, de me nourrir d'autre chose... de faire un peu de ménage et d'avancer. Je vous donne donc rendez-vous en 2017. Il y aura fin janvier un premier bilan pour l'Objectif Pal, c'est promis. Il y aura je l'espère de nouveau des lectures sur ce blog... et peut-être des textes, un changement dans ma façon de bloguer, à voir et à inventer... Pour ceux qui souhaitent continuer à me suivre, je reste présente sur Facebook et Instagram. Je vous souhaite de merveilleuses fêtes de fin d'année ! Des bises et à bientôt !

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27 octobre 2016

Jeudi

jeudi

Alors que l'automne bat son plein de feuilles mortes et de fruits délicieux (quoique de proportions étranges)... Sinon, pendant ce temps, je lis Comme dans un film de Regis de Sa Moreira et aussi Un foyer de Julie Lamiré. Et oui, en même temps, simultanément. Une fois n'est pas coutume. Tout cela parce qu'hier j'ai pris le train, et j'ai alors commencé le deuxième sur ma liseuse... moins lourde à transporter que le premier roman/pièce de théâtre. Rendez-vous hier au CHU de Nantes, pour démarrer un autre suivi concernant ma myopathie. Etape importante, une démarche que j'ai eu pour autant beaucoup de mal à faire. Toujours cette histoire de maladie invisible sans évolution ni remède, qui amène à douter de son bon droit de se plaindre, ou de consulter, alors qu'une cicatrice sur mon bras gauche atteste pour toujours qu'une biopsie a eu lieu, un diagnostic posé (mais tellement tard, si tard que j'ai intégré malgré moi le qualificatif de feignante... ça aussi pour toujours). Rendez-vous important donc, mais seulement une première étape. La confirmation qu'il n'existe aucun remède possible. Et savoir qu'il faut continuer à se débrouiller comme ça, avec ce corps moins capable. Entendre se dire encore une fois combien mon affection est bénigne, je ne serai jamais en fauteuil roulant (tant mieux non ?). Entendre se dire aussi que j'ai bien fait de mettre en place un dossier de prise en charge du handicap (?). Dans le discours du corps médical, avoir l'impression de tenir sur la pointe d'un seul pied sur une poutre. L'équilibre ne tient qu'à moi, à la force de mes bras tendus. Mais qui est là quand je tombe ? Bon, j'ai compris. Bilan génétique à venir, pour poser entre autres l'hérédité, les choses, avoir des traces à montrer, prouver. Je remercie ceux qui ont pensé à moi hier, d'avoir été là... vous étiez une ribambelle de petits coeurs que je traînais dans mon sillage. ;) Même si je dois avouer que j'ai eu du mal à maintenir à chaque minute le bouleversement. Parfois, il faut seulement se dire... aujourd'hui tout va bien.. et demain est demain. Tant que je tiens. Bon jeudi !

13 novembre 2016

Dimanche

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J'ai eu une envie soudaine de dessiner mon personnage du texte qui sera en ligne pour l'atelier d'écriture de Leiloona demain. En voici le résultat. Fait au BIC, et à main levée. Comme d'habitude. Pour une fois, je suis presque satisfaite. Même si je ne suis pas très douée pour rendre l'épaisseur d'un manteau. J'ai un rapport particulier avec le dessin. Gribouiller a toujours été pour moi un moyen de faire baisser la pression, en classe ou ailleurs, un biais pour me ramener à qui je suis. Gribouiller calme les tempêtes intérieures, comme le tricot, comme tout ce que l'on fabrique de ses mains. Mais je n'ai jamais su dépasser ce stade du portrait de 3/4. Rien de grave. ;) Je vais peut-être cependant essayer de gribouiller plus souvent. Tout est bon à prendre pour se sentir bien, n'est-ce pas ? Bon dimanche !!

31 janvier 2017

Objectif Pal de janvier

Le bilan fait peau neuve et c'est le moment où tu proposes à tes lecteurs du blog de cliquer sur des couvertures. Quels livres ont donc déniché ce mois-ci dans leurs vieilles PALs (Pile A Lire) les blogueuses de l'Objectif Pal ? Allez, on parie qu'elles vont vous donner envie de fouiller dans des étals de bouquineries ou des pochothèques... (Je sais, je sais)

 baumes      unmariagepoidsmoyen      ecoutelapluie

          Gambadou                       Tiphanie                         Aifelle

lemerveilleuxvoyage       lesannees      acestade

     Le livre d'après                     Eimelle                           Eimelle

linsoutenablelegerete       maisondesautres      lattentedelaube
         Aifelle                               Aifelle                          Kathel

 

lecoeurquitourne       bohane      lesjoyeuses

     Lady Double H                  Lady Double H                  Eimelle

trompelamort      noireclaire       ladyhunt
            Enna                            Eimelle                          Tiphanie 

lesmouettes       lenouveaunom      remains
Le livre d'après                      Kathel                    The reading bibliophile

 

sauvageparnature       troisfreres     dansladeche

          Aifelle                           Antigone                      Cryssilda

jevousecris     centseptans       promesse-adler-olsen

    Reading bibliophile                Gambadou                  Le livre d'après

lesvraisheros       lecoeurdupelican   objectif pal
           Jostein                             Enna

31 octobre 2016

Quelqu'un manque ~ atelier d'écriture

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Dans mon coeur désaffecté, quelqu'un manque. Comme je l'imagine il a les cheveux couleur miel. Il hante mes rêves, presque toutes mes nuits. Il existe seulement là, entre la brume du sommeil qui tombe et la brutalité du réveil où sa main tendue m'échappe alors. Qui est-il ? A quel moment de ma vie l'ai-je perdu ? Etait-il cette ombre qui marchait près de moi en longeant la rivière, ce bruit de bicyclette qui sifflait dans mes oreilles les jours où je fuyais, près de moi encore quand j'étais seule à la récréation, ou quand mes orteils rosissaient sur le carrelage de la piscine, avant la peur de sauter ? Je l'ai recherché plus tard dans ce garçon à qui j'ai tenu longuement la main, dans celui dont je suivais les pas, dans cet autre, tous ces autres qui n'ont pas voulu de moi, dans celui qui m'a embrassé sous la pluie, dans ce dernier à qui j'écrivais. Dans mon coeur désaffecté, il manque, ce garçon au mince sourire qui veillait sur moi. Je crois qu'il était mon aîné, je crois qu'au-delà de ma mémoire, un jour il m'a serré dans ses bras, ou aidé à remettre la chaîne de mon vélo. Je crois qu'il a existé. Et que depuis je porte comme une croix l'empreinte de son étreinte au creux de moi, comme le souvenir d'un amour éperdu, perdu à jamais. Dans mon coeur oublié, je lui ressemble, j'ai aussi les cheveux couleur miel. Je suis prête à le suivre au bout du monde, ou au bout de la rue. La piscine municipale n'a pas encore fermé ses portes. Elle est encore ce lieu où l'on pouvait acheter les cheveux dégoulinants d'eau chlorée des glaces pop à la framboise au goût de carton et de vacances. Dans mon coeur désaffecté, il y a de la place, trop de place. Sous le coup de la colère, et du désespoir, j'ai badigeonné ses murs de tags monstrueux qui n'effraient que moi. Il y avait largement de la place pour toi. 

Photo de Julien Ribot - Ma participation pour l'atelier d'écriture de Leiloona... Une photo, quelques mots [clic ici]

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14 novembre 2016

L'autre qu'on adorait ~ atelier d'écriture

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Je visse mes écouteurs dans le creux de mes oreilles. J'ai aperçu ta maison. Et c'est comme fonctionner soudain en circuit fermé, hors d'atteinte, avec l'illusion d'être plus forte. J'enclenche maintenant la première plage de l'album que j'écoute en ce moment. Les bruits de ta rue disparaissent aussitôt. Tu serais surpris de savoir que depuis l'Incident, seule la musique a ce pouvoir là, de me maintenir artificiellement la tête hors de l'eau, dans une bulle tonitruante, d'accélerer mes pas. L'équilibre est fragile. De toi je ne sais plus rien depuis plusieurs semaines. Tu ne peux plus être... cet autre que j'adorais. Dont j'attends encore quelque chose pourtant. Des excuses. D'en guérir. Une libération. Le rythme de la musique couvre les battements de mon coeur qui s'accélèrent. Je respire profondément. Peut-être un peu trop. L'air est vif ce matin et brûle douloureusement mes sinus. Je passe tous les jours devant chez toi. A pied. Je longe les voitures. La tête dans mon snood en laine. Rouge comme ta façade. J'aperçois souvent ta voiture, garée là, brillante, mordant un peu le trottoir, comme une extension matérielle de toi. Mais jamais je ne te croise, toi. L'affection a ceci d'étrange qu'elle s'accroche à qui ne fait pas l'effort de l'attendre. J'avais pris nos échanges pour une conversation. Et aujourd'hui ma boîte mail ne déverse plus que des spams qui font semblant de connaître mon prénom. Je pourrais choisir un autre trajet, faire le grand tour. Impossible. Ce serait tricher. Je tire une force iréelle de cette blessure quotidienne auquelle je m'astreins. Ce parcours. J'espère sans doute aussi une rencontre, qu'au sortir de ton perron tu me tombes dans les bras. Comme au cinéma. Dans la vraie vie, les garçons fuient et les filles longent des voitures, changent de trottoir, essaient d'oublier. Nous n'étions pas faits pour nous entendre. Ou plutôt si, de trop. Et autour de toi, des jalousies se sont élevées, ont dit que tu méritais mieux. Et tu les a écoutées. Pire, tu les as laissées me blesser. J'ai beaucoup lutté, voulu te faire entendre raison, croire à notre amitié. Il m'a fallu du temps pour renoncer. Il a fallu que je chute. Depuis, le monde a pris d'étranges couleurs. On m'approche, on m'offre ailleurs ce que tu ne voulais plus me donner. Je sors, je fais la fête. La vie est devenue un kaléidoscope qui m'empêche de pleurer. Je singe parfaitement la comédie du bonheur. A force, je finirai par y croire. Mais tu serais surpris de savoir que depuis l'Incident, notre dernière dispute, j'écoute en passant devant chez toi un à un tous tes albums préférés. Ils me parlent de toi. Ils sont ce qu'il reste de nous. Pour peu qu'un jour pourquoi pas... ils te réveillent.

Un titre emprunté au dernier roman de Catherine Cusset (non lu encore). Et un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici] 

17 septembre 2016

Pause

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Après une rentrée en fanfare, pleine de coups de coeur, j'enchaîne les lectures qui me tombent des mains... En parler, ne pas en parler, j'hésite. J'ai décidé de ne pas me forcer... et de retrouver sereinement le chemin de la lecture avec une petite pause. Pas de texte pour l'atelier d'écriture de Leiloona lundi, donc, mais je tenais à vous remercier pour vos si chaleureux encouragements et commentaires sur mon dernier texte... mon petit coeur a fait boum (vous ne pouvez pas imaginer). Le micro challenge Hugo Boris suit son cours, vous pouvez déposer vos lectures récentes et anciennes... car il s'agit seulement de mettre une petite lumière sur cet auteur méconnu. Merci à vous. Je reviens dans quelques jours. Bon week-end ! 

3 octobre 2016

Mon coeur en hiver ~ atelier d'écriture

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J'ai mis le doigt sur l'endroit où se situe ma douleur. J'ai mis un doigt sur toi. Aujourd'hui je voudrais essayer. Etre certaine que tu me rejettes. Cette fois-ci. Je voudrais que tu m'accordes cela. La rupture. Celle qui brisera enfin ce qui nous lie. Mettre mon coeur en hiver. Toi comme mort. Et le vide tout autour. J'ai bien tenté. A plusieurs reprises. De me défaire de ce fil, ta présence qui s'enroule et serre mon torse, mes tempes, en vain. Tu restes là. Avec ta constance, ton sourire en coin. Présent malgré moi. Présent partout où je suis. Hier, la neige a recouvert ce parc que tu connais, où parfois je te croise. Et je suis restée saisie, envahie par le blanc, la pureté du silence, cette respiration. L'hiver était là, déjà en octobre, et il me chuchotait qu'il était temps. J'ai mis le doigt sur les touches de mon téléphone. Je compose ton numéro sans hésiter. Par coeur. Et je reçois ta voix incertaine comme un cadeau doux dans le creux de mon oreille. Ton salut comme une écharpe de laine qui retomberait légèrement sur ma gorge. Trouver la force. La violence qu'il faut pour briser le sortilège. Te donner des armes. Mentir si il le faut. Tu as l'air si heureux de me parler. Cette distance affectueuse que tu mets en tout. Cette toute petite boîte dans laquelle tu me tiens. Ces parois rugueuses contre lesquelles je me cogne et me blesse. Tes silences. De mon problème tu es la solution. De ma douleur je ne veux plus. Je te livre mon mensonge, le plus gros. Et il est épais et lourd ton souffle au bout du fil, coupant. J'attends le bruit qui annoncera la fin. J'attends que l'amour que je te porte se brise à mes pieds. Enfin. Et tu déglutis, prononce mon prénom, lentement. Ta parole hésite et cherche. Mon prénom encore, dans ta bouche, dans ce fil de téléphone qui nous relie. Mon mensonge qui s'évapore. Ta manière à toi de rebondir sur mon avant dernière phrase, celle qui ne démêlait rien, qui n'avait pas d'importance. Et puis ce A demain. Tu as trié d'un revers de certitude le déraisonnable et le certain, fais un noeud avec le lien qui nous lie, et serré très fort. Je raccroche, garde l'impression terrible que tu tiens à moi et que j'ai seulement ajouté un tour à ce fil qui serre à présent mes poignets, ensemble.

© Kot - Ma participation à l'atelier d'écriture de Leiloona... une photo quelques mots [clic]

31 juillet 2016

Résultats de mon grand jeu-concours-anniversaire !

C'est le grand jour. Vous avez été nombreux à participer. Certaines se sont inscrites deux fois. D'autres ont essayé de me soudoyer sur facebook avec des poussins... les coquines. Mais le tirage au sort s'est effectué dans les règles. Mes enfants ont chacun choisi les yeux fermés les gagnant(e)s. Grande fille pour la boîte brico/détente. Et Petit dernier pour la boîte littéraire.

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Je suis donc très heureuse de vous annoncer que Gambadou [la fana de livres] remporte la boîte brico/détente et Célina [son tout jeune blog ici] la boîte littéraire !! (Je vous contacte en privé pour les modalités d'envoi)
Un grand merci à tou(te)s les autres pour votre enthousiasme. Et encore merci à mes partenaires, Le livre de Poche, Audiolib et les Editions Slaktine et Cie pour leur générosité.

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26 mars 2016

The perfect place to be

[Cocoon j'adore ! Attention, un nouvel album devrait sortir tout bientôt.] Sinon, pendant ce temps, je lis En attendant Bojangles d'Olvier Bourdeaut. Et puis je ressors d'une semaine aux émotions contrastées. La rencontre avec Jeanne Benameur attendue depuis des mois a été annulée au dernier moment mercredi. Je décide alors d'aller à cette soirée jeudi soir, celle qui réunit Brigitte Giraud et Albin de la Simone... et je passe un super moment. L'écriture de Brigitte Giraud, bien entendu... mais également la voix, l'inventivité, la grâce d'Albin de la Simone. Bref, c'était vraiment bien. Je pense vous mettre quelques unes de ses chansons très bientôt. Si le programme passe dans votre ville, allez-y, foncez. En attendant bon week-end !!

pingpong

19 avril 2016

Cinéma

Parmi les bonnes résolutions de ce printemps, il y a... aller plus au cinéma. Pour ce faire, nous avons pris une carte d'abonnement dans le lieu un peu rétro de notre centre ville. La programmation y est souvent plus confidentielle que dans le grand complexe en périphérie, mais pas moins intéressante... Vous trouverez ci-dessous deux bandes-annonces des films vus et appréciés dernièrement.

 

L'avenir. Une réflexion sur le temps qui passe. Une confrontation entre le radicalisme de la jeunesse et le recul de la maturité. Un film un peu lent mais très beau et profond.

Rosalie Blum. Une très bonne adaptation de la BD éponyme de Camille Jourdy. Un film qui donne la pêche.

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15 février 2016

Comme un rempart (atelier d'écriture)

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 J'ai mis ma jupe rouge ce matin, celle que je mets rarement, parce qu'avec elle je me sens vulnérable. Je sais que c'est idiot, mais il faut être une fille pour comprendre ce mélange d'envie de féminité qui parfois nous prend au réveil, et cette certitude de ne pas passer inaperçue. J'ai mis des collants noirs et mes petites chaussures d'hiver. Dehors, il fait froid. Avec mon bonnet, mon manteau droit et mon air renfrogné, je pense être tranquille. Je me déteste de réfléchir à ça. Mais sur le chemin de la faculté, entre ma résidence, et le parking étudiant, les filles se font régulièrement harponner, pour un sourire, quelques sous, une cigarette. T'es jolie mais tu fais la gueule, m'a-t-on dit souvent au passage, dommage, j'aurais bien pris ton numéro, mademoiselle. Hier tu m'as reproché de m'habiller comme un garçon manqué, avec mes jeans et mes pulls longs dont je tire les manches sur mes poignets. Tu m'as reproché de vouloir disparaître. Tu m'as demandé à quoi ça sert, ce camouflage ? J'ai eu l'impression que je commençais à moins te plaire que dans cette boîte il y a trois mois, cette soirée où tu m'avais trouvée si sexy. Dans ce café bruyant où nous avions trouvé refuge, ton regard passait d'un groupe à l'autre, s'attardait sur un dos réhaussé de dentelle ici, sur des jambes fines là, et puis sur d'autres chevelures lumineuses que des mains lourdes de bagues attrapaient prestement et montaient en chignon. Je ne suis pas ce genre de femme, et pourtant je les envie, j'envie l'insouciance qu'elles assument. Ce sont des guerrières. A quoi ça sert ce camouflage ? A quoi ça sert donc cette peur d'être jolie, qu'on me remarque ? Ce matin, j'ai donc mis ma jupe rouge, celle dans laquelle je me sens belle. Je ne l'ai pas fait pour toi, je l'ai fait pour moi. Hier soir, j'ai mis fin à notre relation. Je mérite que l'on vienne me chercher sous mon pull et les cheveux qui tombent sur mon front. Te quitter comme ça, sur un coup de tête, m'a vidé le corps, me fait un peu trembler aujourd'hui et perdre l'équilibre. J'espère ne pas croiser au dehors ces types qui semblent attendre le moindre jupon, s'agglutinent et forment comme un rempart sur mon chemin. Je n'ai pas envie de lutter, faire l'effort de répliquer quelque chose pour m'en débarrasser. Les croiser tous les jours est une épreuve indescriptible. Je voudrais seulement pouvoir marcher dans la rue, ne pas redouter d'être une femme, porter ce que je veux et que l'on me laisse tranquille.

Un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona mais cette semaine, l’atelier prend une autre dimension et sort du cercle du net. Comme l’an dernier, Framboise a proposé de collaborer avec elle à un projet.  

Comme l’année précédente, nous organisons sur l’Université de Toulon, une manifestation autour de la question du sexisme et du harcèlement de rue. Vos textes feront l’objet d’une exposition durant toute la semaine. Et, pour illustrer notre débat (qui clôturera une semaine d’évènements culturels) vos textes seront lus sur scène par des étudiants de l’atelier théâtre.

Deux contraintes pour cet atelier : écrire à partir d’une photo et d’une thématique : le harcèlement de rue.

Les autres textes sont à lire ici [clic]

30 janvier 2016

Fleurs d'hiver

janv2016

[Dans un coin de ma maison, le rose explose] Tandis que je lis le recueil de nouvelles acides J'envisage de te vendre (j'y pense de plus en plus) de Frédérique Martin... et que mon corps épuisé par l'hiver remonte doucement la pente. J'étais en arrêt cette semaine. Bref, parce que dans ma vie c'est comme ça, il y a tout ce que je voudrais faire, ce que mon corps ne peut pas, mon énervement, mes impatiences, les larmes qui coulent parfois et l'obligation d'accepter, de s'organiser. Ma maladie s'appelle fatigue (ou myopathie). Elle sait se faire invisible. Il m'arrive de l'oublier quand je vais bien, il m'arrive de croire alors que je peux vivre une vie normale, mais non, non ce n'est pas possible. Elle est depuis toujours à mes côtés, comme une amie toxique qui saurait me tenir la main et quand exactement à chaque fois m'entraîner avec elle vers le bas. Et il y a le regard des autres, l'incompréhension quand je panique devant une action à accomplir. Mais comment expliquer le mouvement de trop, la sortie de trop ? A vous tous qui marchez trop vite, plus loin, plus fort que moi. Et tout ce que je voudrais faire, tout ce que je n'ai jamais pu, toutes ces fois où j'ai du vous dire non, les écarts que je paye fortement. Voilà. C'était juste un petit mot sur ça, sur les maladies invisibles, sur le découragement que je ressens parfois, sur le jugement, sur la difficulté d'expliquer. Parce que bizarrement, je n'ai pas l'air de..., tant mieux sans doute, oui tant mieux, mais ce n'est pas toujours facile de se sentir en marge du mouvement général, de se sentir bizarre, molle. Bref, grosse fatigue... Mais dans le fond, rien de grave, seulement un petit ras le bol et quelques difficultés à accepter cette fatalité. Et bientôt, de nouveau des lectures sur ce blog. ;) Promis. C'était juste un petit aparté, que je dédie à tous les bizarres comme moi qui passeraient par là.

1 janvier 2016

Cette année je veux...

366jours

... avec l'aide de Flow et de son calendrier journalier, prendre chaque jour comme il vient, continuer à faire de ce blog un lieu de douceur, et dire plus souvent que je les aime à ceux que j'aime (première suggestion validée... merci Flow). En 2016, il y aura toujours des photos, du tricot, de la musique et de belles lectures ici. Je ne regrette pas 2015, qui n'a pas été tendre avec beaucoup d'entre nous. Je vous souhaite à toutes et tous une meilleure année 2016, qu'elle vous soit légère, sereine et heureuse !!! Je vous embrasse.

20 décembre 2015

Mon Top 3 de 2015

glenngould     dianedanslemiroir     Par_bonheur_le_lait


Je n'ai pas eu tellement d'hésitation pour choisir les trois titres ci-dessus comme mes préférences de 2015. Je voulais aussi mettre en avant les trois genres qui règnent sur ce blog (BD, roman et livre jeunesse), et puis l'émotion, ce qui me bouleverse ou m'enchante, et avec ces trois titres là j'ai été servie. Je me souviens tout à fait du moment où je les ai lus, de ce que je faisais, la lumière au dehors, et les palpitations au fond de moi. N'est-ce donc pas tout ce que l'on attend de la lecture ? L'album sur Glenn Gould, extrêment réussi graphiquement, a su réveiller en moi mes premières écoutes du génial pianiste. Et j'ai été bluffée, je me souviens, que l'on puisse ainsi en images retranscrire si bien cette musique, ce rythme particulier, ce son, et ce d'une manière si sensible et élégante. Puis, que dire de Diane dans le miroir, de cette plongée dans les pensées d'une femme si entière, si particulière et fascinante. J'ai été suspendue aux phrases de Sandrine Roudeix, tenue en haleine comme rarement, subjuguée et troublée à la fois, dérangée. Grand roman. Par bonheur le lait, lui, m'a cueillie différemment, dans la joie, la bonne humeur et l'extravagance. C'est un petit roman que l'on referme en se disant, bien sûr, bien sûr, c'est comme cela que la vie doit être, comme cela qu'il faut l'appréhender, chaque jour mettre cette folie là, cette bienveillance dans le quotidien, qui nous en empêche ? 

Tous mes autres coups de coeur de l'année sont ici [clic]

(Vous retrouverez mes billets en cliquant sur les couvertures)

etoilesnoel

7 décembre 2015

Eux, c'est nous

euxcestnous "Ils parlent d'EXODE
Ils parlent de MASSES
Ils parlent de HORDES
Ils parlent de DEFERLEMENT
Ils parlent de MULTITUDE
Ils parlent d'INVASION
Ils répètent inlassablement ces mots :
EXODE
 MASSES
   HORDES
     DEFERLEMENT
        MULTITUDE
               INVASION [...]
Et ce sont eux, tous ces réfugiés du vingtième siècle, jugés chaque fois trop nombreux, qui font, avec nous, la France d'aujourd'hui.
Comme les réfugiés d'aujourd'hui feront, avec nous, la France de demain."

Ce petit objet littéraire n'a d'autre prétention que d'ouvrir nos yeux, notre conscience, d'éclairer le point de vue de l'accueil et de la bienveillance. Le monde change sans cesse, il est fait de mouvement, notre Histoire l'atteste. Vouloir le figer, se protéger, n'a jamais rien donné de bon. Daniel Pennac, chiffres et poésie à l'appui, nous convainc de vaincre ce vieil et terriblement humain instinct de protection qui ferme notre porte et notre coeur.

Gallimard jeunesse - 3€ - Les revenus issus de la vente de cet ouvrage sont intégralement versé à La Cimade - association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d'asile.

Noté chez Cathulu [clic]

11 janvier 2016

Parenthèse (atelier d'écriture)

atelierjanv2016Je voulais revenir à toi, inventer une fin heureuse à notre histoire, alors je t'ai cherché. Et je suis venu te dénicher dans cette ville de bord de mer que je connais si mal, celle où tu es né. Je t'ai trouvé facilement, dix ans que je ne t'avais pas vu. Je suis comme ça moi je n'arrête jamais rien, jamais d'aimer, jamais d'y croire, je suis tenace. Je n'avais pas prévu ta famille, le bonheur évident de ce que tu avais construit depuis moi. Je voulais surtout que quelqu'un me regarde, être importante, belle. On n'imagine pas ce que c'est que de devenir transparente pour les autres. La solitude qui creuse en soi des rigoles de détresse. Être une amie, une collègue, une connaissance, mais n'être pas vue. Je me suis souvenue de ton regard sur moi, combien il me rendait légère, me donnait l'impression d'être un lutin magique, une fée. Hier, je voulais redevenir cette femme que tu avais aimé, me souvenir de ça. Et c'était étrange de te voir là, un peu vieilli, un peu plus épais, mais toujours le même, surpris de me voir débarquer sans prévenir, mais souriant, absolument souriant. Je t'attendais à la sortie de ton travail. Tu n'avais pas d'obligations, ça tombait bien, nous sommes allés prendre un café. Tu me donnais d'emblée, comme ça, ta bonne humeur, ton temps, et l'atmosphère confortable de ce lieu où tu m'as emmenée. Je me suis tout de suite sentie mieux, comme si tu avais su ce que j'attendais réellement, ta complète attention. A la fin de notre échange tu m'as serré longuement dans tes bras, et il y avait la douce chaleur de tes bras, ton odeur. Je ne savais pas avant de venir ici que j'aurais donné ma vie pour un tel câlin, que c'est ce dont je rêvais. Parfois, la vie est simple. Parfois, un geste suffit. Et tu as dis les mots que je voulais entendre, que tu m'aimais encore, que j'étais toujours séduisante, que si la vie avait été différente tu m'aurais certainement suivi dans cette chambre d'hôtel dont je te vantais la vue magnifique sur le port. Mais tu étais fidèle, tu aimais ta femme, et les deux petites filles que vous avez eu ensemble. Mon tour était passé, il aurait suffi d'un rien pour que cette vie soit aussi ma vie. Il aurait fallu qu'il y a dix ans je sois prête. Avant de me quitter, tu m'as remis une mèche de cheveux sur l'oreille et tu m'as dit qu'il y aurait un autre homme pour moi, que tu en étais certain. Et c'est ce que j'ai emporté avec moi dans le train du retour, après avoir regardé une dernière fois par la vitre de ma chambre l'océan gris et bourru comme un père que tu contemplais aussi chaque jour, ta certitude.

Une sublime photo d'Ada, de l'imagination, et au final un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]

13 décembre 2015

L'île d'Elle, Régis Delène Bartholdi

liledelle Parfois, j'accepte des livres, pour des raisons diverses et variées. Là, il s'agissait d'un auteur né dans ma ville (arrière petit neveu d'un sculpteur connu) et d'un titre évoquant une commune de mon département, une commune avec un nom d'île alors qu'elle n'en est pas une. Comment résister ? L'histoire avait également tout pour m'intriguer, ce désir étrange d'un couple de passer leur lune de miel sur une île déserte. Cependant, le style m'a très vite gêné, trop d'adjectifs, de phrases ampoulées, d'emphase. Pourtant, les personnages étaient bien campés, la situation première assez étonnante pour avoir envie de continuer, mais le style de l'auteur me heurte de trop. Alors je laisse là cette lecture. Ma PAL est énorme et j'ai du mal à me forcer. Peut-être que ce livre trouvera ses lecteurs, sans doute, je lui espère... Ce n'était pas pour moi un bon choix. Je suis toujours tellement désolée de ne pas aimer un livre. J'ai toujours un doute sur l'utilité de parler de mes abandons. Un grand merci cependant aux éditions du Mérite pour l'envoi ! 

Editions du Mérite - 21€ - 7 décembre 2015

9 novembre 2015

Livre #6 (atelier d'écriture)

atelierdecriturenov15

 Je m'effondre. Je griffe mon carnet d'une grande écriture qui ne me ressemble pas. Je n'ai pas pu reporter plus longtemps mon tête à tête avec toi. Tout à l'heure, tu m'as repris le bras, tes doigts puissants serraient mon pull et ma peau. Tu m'as bloquée contre la porte, tu as approché ton visage tout contre le mien, je ne te reconnais plus. Qu'est-ce que tu fabriques Lisa ? Si Marie s'aperçoit que nous ne nous entendons plus je ne donne pas chère de notre peau à tous les deux dans ce travail. Alors je t'ai tout expliqué et j'ai hurlé je crois, mon incompréhension, et puis ta distance, ton silence, ta présence ici, ma situation, notre amitié par terre. Tu es devenu très blanc tout à coup, tu t'es éloigné. Je ne peux rien te dire Lisa. Et tu es parti. Je suis rentrée bouleversée à la maison. Tom était là. Je l'ai serré très fort contre moi, trop fort, je sentais ses petits os contre mes bras, la douceur de ses cheveux contre ma joue. Mon enfant. Il m'a dit un incompréhensible Je sais maman qui m'a bouleversée davantage. Mon enfant lumineux. Il y a des jours où il est tellement difficile d'être mère, d'être forte pour deux, où l'enfant que j'étais moi aussi, avant, cherche des bras pour pleurer, se trompe et se sent misérable. Pardonne moi mon chéri je suis épuisée. Et j'ai embrassé Tom sur le front, et j'ai repris très vite mon rôle, mes larmes séchaient durement sur ma joue tandis que je lui posais des questions sur sa journée, ses cours, l'école. Mon fils. 

Lorsque j'étais très jeune je voulais tout faire, tout essayer. Le monde s'offrait à moi comme un panel merveilleux d'activités à tester. Mes camarades s'étaient inscrites à un cour de danse classique, j'ai fait pareil. Tous les mercredis après-midi, nos petites silhouettes graciles vêtues de rose clair se tenaient côte à côte, essayant de bien faire, d'écouter la voix un peu sévère qui donnait des ordres, le corps qui tentait de suivre, un peu gourd, de reproduire, la grâce qui manquait, la lumière trop vive qui inondait la salle, le miroir absent, la barre très longue sur un seul pan du mur, la vue sur le lotissement. Tout était vétuste et sentait le à peu près. Je n'étais pas à ma place. J'ai pris ce soir après le dîner cette photo dans mes mains, celle où j'arborais ce grand col blanc, le tutu, mes cheveux tirés en chignon. Déguisée en petit rat de pacotille pour un spectacle de fin d'année, le trac au fond de l'estomac, les bras raides. Je voulais être une petite fille comme les autres. Je sais aujourd'hui que je voulais aussi être aimée, que mon père me trouve belle, qu'il me remarque. Voeu pieu. La danse ne l'intéressait pas. Les petites filles sans charme non plus. Après cette soirée, les courbatures, la déception mêlée aux grattements provoqués par la tulle enroulée autour de mon cou, j'ai changé de tactique. Je me suis intéressée à Stevenson, à L'île au trésor, aux aventures que les jeunes garçons poursuivaient dans les livres tandis que les jeunes filles restaient à la maison. J'ai voulu que ma mère coupe mes anglaises, j'allais me démarquer de mes petites soeurs, atteindre autrement le coeur sec du père, devenir un garçon. L'Histoire raconte que le coeur est resté sec et que la petite fille est devenue une femme bancale. L'Histoire raconte également que depuis je recherche quelqu'un dans l'affection que je porte aux hommes, la douleur et la déception en sont d'autant plus blessantes. J'avais confiance en toi.

T'écrire, écrire, poser des mots sur ce que sont mes journées apaise un peu la tension du quotidien. Mais je crois que je t'ai perdu. Et que tout à l'heure tu m'as fait peur.

Une photo (de Romaric Cazaux), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte, qui commence à faire une histoire, qui commence à ressembler à un livre... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 


(Les épisodes précédents ici :  Livre #1 - Livre#2 - Livre#3 - Livre #4 - Livre #5)

25 juillet 2015

Grand Duc

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Il est assez amusant de redécouvrir sa ville dans des yeux neufs. Les animaux de La Place Napoléon (La Roche sur Yon) enchantent toujours autant ceux qui les découvrent pour la première fois... Sinon pendant ce temps, je ne lis rien. Je n'ai rien ouvert depuis ma dernière lecture. Mes réservations de bibliothèque s'empilent. J'ai décidé de lire quelques titres de ma LAL (Liste A Lire), et tout est arrivé en même temps (mouarf). Je me demande avec quoi enchaîner. En attendant, histoire de prendre de bonnes résolutions, je me suis inscrite chez Sophie Hérisson pour le challenge 1% rentrée littéraire [clic ici pour plus d'informations], parce que j'aime ce challenge de rentrée, et parce que je trouverai bien 6 livres à me mettre sous la dent. Dehors, le temps hésite entre Novembre et Août. Le potager ne sait plus où donner de la tomate (verte ou rouge ?). Il faudra sans doute arroser ce soir. Bon week-end !

14 septembre 2015

Notre conversation... atelier d'écriture [Livre #1]

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J'ai interrompu il y a quelques jours notre conversation. Je me suis mise à douter de toi. Et puis, tu m'as demandé où j'en étais de mon livre. Il n'était pas commencé. Je n'avais pas encore réussi à dépasser le frein de la première page, forcément blanche. Mais je ne t'ai rien dit, j'ai décidé que si je continuais à te parler dorénavant ce serait ailleurs, sur un cahier, celui par exemple que je tiens à l'instant sur mes genoux, déjà bien griffonné. Une manière de faire de toi mon interlocuteur silencieux, mon secret, celui à qui je parle. 
Est-ce que tu crois que cela peut faire un livre ?
Ce n'est pas évident de commencer. Je n'ai pas de but, pas vraiment de personnages, pas d'idées. Juste l'envie d'écrire. Et il est évident que cela ne suffira pas. Pourtant, j'ai de la matière à raconter. La matière à raconter ce n'est pas vraiment ce qui manque. Des choses à dire.
Pour bien faire, il faudrait commencer par l'enfance. Tout le monde commence par là. Le début. Mais du haut de mes quarante ans, elle me semble soudain seulement pleine de lumière l'enfance. Et elle ressemble drôlement aux quelques photographies décolorées que j'ai conservées. La mémoire s'arrange avec elle même, reconnecte les événements avec les souvenirs tangibles, fait le tri, s'adapte à notre point de vue. En fait, de l'enfance, je ne retiens à présent que des broutilles. Cette brosse à cheveux que je passais mon temps à perdre, à chercher, et à retrouver. La moquette drue et marron de la chambre que je partageais avec ma sœur. Le bruit du linge mouillé qui claquait sur le fil. La rivière. La mer comme un rêve lointain. Et puis les promenades à vélo. L'importance des livres, leur odeur, et le temps passé le corps dans l'herbe à observer les nuages. De l'enfance, j'ai le sentiment de n'avoir vécu que l'été, comme si les autres saisons n'existaient pas. Ni cours, ni cour de récréation, ni camarades. Seulement l'été, le ciel et moi.
Crois-tu que cela puisse faire un livre ? Ce bonheur de se retrouver le temps de quelques semaines en tête à tête avec soi-même, les genoux écorchés, mes cheveux châtains dans les yeux, ma solitude ?
Ce n'est pas facile de vivre avec cette certitude que nous pourrions tellement nous entendre, et ta froideur, ta distance, la chaleur sporadique que tu m'octroies, puis tes craintes. J'ai donc interrompu depuis quelques jours notre conversation.
Et puis il y a ce livre que je voudrais écrire.

Une photo (de Leiloona cette fois-ci, nostalgique de son passage en Vendée), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 

4 mai 2015

De la terreur (atelier d'écriture)

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 Je profite du calme qui règne autour de toi, de la douce lumière apaisante de ton atelier, du sentiment de sécurité qui m'étreint et me prend dans ses bras dès que je suis là, assise à te regarder travailler le bois, pour te parler. Je sens qu'il est plus que temps de partager cela avec toi, la terreur. Tu m'écoutes. A peine as-tu suspendu ton geste sur mes premiers mots. Et puis les copeaux se sont de nouveau jetés dans l'air, avec leur odeur poussiéreuse et sucrée rassurante. J'ai pris ton mutisme pour une invitation à poursuivre mon histoire. J'ai vu à ton sourire, au geste doux de ta main pour nettoyer les scories de ta pièce, que j'avais bien fait. Alors, j'ai ravalé les sanglots qui remontaient dans ma gorge. Parce qu'il fallait d'abord que je te dise que la terreur était revenue. Comme la première fois. Même belle allure, même silhouette, même doigt pointé sur moi. Parce que la terreur a un corps, un visage, et des mots. Mais que sa grande force est de rester floue, vague, insinuante et fuyante. Comme la première fois. Je passe très vite sur la cause, ces petites enveloppes rectangulaires, blanches, que je trouvais autrefois en rentrant chez moi, le soir dans ma boîte aux lettres, et qui me promettaient l'enfer. La répétition de leur apparition, d'une régularité de plus en plus effrayante, la reconnaissance immédiate de l'écriture, ces lettres qui dansaient devant mes yeux à l'ouverture, le choc, la spirale, le gouffre qui s'ouvrait devant moi. Combien de fois me suis-je tenue ainsi, le souffle coupé, chancelante, dans le hall d'entrée de notre immeuble, la main crispée sur la rambarde de l'escalier ? A attendre que le sol m'engloutisse. Il y a des milliers de façon de disparaître, de fuir la douleur. Moi je disparaissais sur pieds. Mon corps prenait peu à peu de moins en moins de place. Peut-être qu'à force la terreur allait m'oublier ? Je me souviens de notre première rencontre, du regard sur mes hanches pointues, mes épaules et mes genoux. Nous avons tous les deux fait semblant de croire que tu n'aimais effectivement pas manger seul, pour instaurer nos rendez-vous, ce rituel qui consiste à descendre chez toi à l'heure du dîner, pour partager tes repas. Depuis des mois, tu me nourris, tu m'engraisses, tu prends soin de moi en silence, tu prends la place d'un père, ou celle d'un grand-père. L'amitié avec toi est si simple. Comment te remercier ? Je ne t'apporte que ma pauvre présence. Mais revenons à la terreur. Parce qu'elle est revenue. Et j'ai de nouveau revu le gouffre, la spirale, ressenti l'angoisse que le sol cette fois-ci réussisse à m'engloutir. Je me croyais guérie, à l'abri depuis la disparition subite des enveloppes. Mais la terreur a appris. Elle ne craint plus de me regarder aujourd'hui droit dans les yeux, elle envoie même des e-mails. Elle est apparue l'autre jour près de moi dans la librairie dans laquelle je travaille, a pris son temps pour choisir un titre, a semblé renoncer, m'a jeté quelques phrases avant de disparaître. Une collègue m'a soutenue alors que je vacillais. Tout le monde s'est inquiété pour moi. Puis, je l'ai vue hier devant une devanture, son regard me suivait dans son reflet alors que je longeais les vitrines. J'ai retrouvé sa folie, son désir de destruction, et j'ai reconnu la peur. Depuis mes dernières paroles, j'entends ton souffle s'accélerer. Tu attrapes finalement un couteau sur l'établi et le plante violemment dans le bois strié et profond. Et tu lèves ton visage doux vers moi. A présent nous sommes deux pour l'affronter, me dis-tu. Et j'imagine même que nous pourrions être plusieurs, puisque les gens t'aiment. Je n'y avais pas pensé. Et les sanglots retenus affluent alors que je te serre maladroitement contre moi. Je n'y avais pas pensé que l'amour pouvait vaincre la terreur, que je n'étais pas seule, et que déjà sa puissance s'éteignait un peu dans la pression de ta tempe contre la mienne. Parce que dans la quiétude profonde de ton atelier ce soir, dans la rivière de mes larmes qui ne tarissent plus, j'endosse la cuirasse invisible d'une guerrière désarmée, je prends la mesure de cette force que tu m'accordes, de celle qui existe déjà au creux de moi, et sens claquer autour de mon poignet droit le bracelet invisible qui me lie désormais à notre amitié. Merci.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 

19 avril 2015

Manuel d'écriture et de survie, Martin Page

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 "J'ai bien peur de dresser un tableau sombre de notre situation, Daria. Alors je le redis : malgré tout, nous nous en sortons. Nous sommes combatifs et inventifs. Les obstacles ne nous arrêteront pas. Peut-être qu'un jour suffisamment de monde en aura assez de cette société de douleur. En attendant, nous allons construire notre monde à part. L'art, c'est d'abord une ruse pour ceux qui ne trouvent pas de place, égarés, trop sensibles, fragiles. On est artiste non pas grâce à un don mais à cause d'une incapacité. De ce défaut, de cette faille, nous faisons quelque chose."

Suivant le modèle de Lettres à un jeune poète de Rilke, Martin Page élabore une correspondance entre lui et une jeune écrivain, Daria, dont ne seront visibles que ses lettres à lui. Daria est déjà l'auteure d'une nouvelle, reconnue pour sa qualité, ensuite elle se lance dans l'écriture d'un roman, puis dans l'aventure de la publication. Mais les doutes sont là, et l'auteur qu'elle sollicite la rassure, lui explique son propre chemin, les clés qu'il utilise pour vivre de sa plume, gérer le quotidien, trouver sa place dans le monde, mais aussi se préserver. 

En dédicace de ce titre, Martin Page a recommandé à l'Antigone que je suis de faire bon usage des tempêtes... Et c'est ce que j'ai retenu de ce Manuel qui conseille, rassure et remet sans cesse les angoisses et les sursauts d'orgueil dans le juste chemin de la réalité. Pour que Daria continue à faire fructifier son talent, le narrateur lui explique avec force exemples, qu'il faut surtout croire à son écriture, faire fi de l'extérieur, ne s'en servir éventuellement qu'à un bon usage, toujours tourné vers une amélioration d'une situation matérielle lui permettant de conserver sa liberté, et de travailler travailler travailler. J'ai passé un bon moment dans ce livre, qui m'a permis de réentendre des passages déjà évoqués au cours de la rencontre à laquelle j'ai assisté [clic]. Des principes sont posés, des convictions fortes sont énoncées, des règles qui fonctionnent et permettent de garder le cap sont proposées. Au lecteur d'y puiser ce qui lui convient, ou non. Personnellement, j'ai eu également le sentiment d'y rencontrer réellement une personne. Et plus qu'un manuel d'écriture, ce titre est surtout un hymne à la création florissante, et à l'art en général.

Editions du Seuil - 14€ - Mai 2014

Cathulu a été la tentatrice

20 avril 2015

L'effet papillon (atelier d'écriture)

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Qu'il m'écrive. Après, je pourrai respirer.
Mon coeur s'est mis au rythme de l'instantané, il oublie le monde autour, s'accroche au petit icône qui signifiera l'annonce d'un message. Ensuite, il décortiquera chaque mot, les répétitions, la place des virgules, pour comprendre. Le sursaut de bien-être à l'apparition du nom attendu s'estompe vite. L'effet d'équilibre qu'il génère est si bref. Le réconfort, éphémère. Aucun texto ne pourrait remplacer le plaisir ultime de serrer quelqu'un dans ses bras, le besoin du peau à peau, de l'odeur d'un parfum, de lire dans des yeux l'attente. Mais non, mon interlocuteur garde précautionneusement ses distances, me tient en surface de sa vie, à une place qui n'existe pas.
Ça y est, le message est là. Son nom s'affiche. Et je ressens de nouveau des papillons dans mon ventre, ils bruissent légèrement. Comme si le monde tournait de nouveau rond, reprenait sa marche lente. Je respire. Mais pour combien de temps encore ? Cette correspondance est comme une drogue. Elle me piège. Et pourtant, elle ne signifie rien. Elle pare simplement mon environnement de jolies couleurs pâles. Elle pourrait ressembler aux lettres que s'envoyaient autrefois Balzac et Madame Hanska, et dont j'ai dévoré étudiante la relation épistolaire longue de dix-huit années. Une relation que la réalité a rapidement balayée. Peut-être que se voir détruirai quelque chose, même si nous nous connaissons déjà ? Il faut certainement se contenter de ce lien ténu qui existe entre nous, et qui ne vit que dans le virtuel, au travers de mots qui prennent de nos nouvelles, se font la bise et se disent à bientôt. Mais garder sa place est aussi simple que douloureux, insatisfaisant, et je me lasse.
Qu'il cesse donc de m'écrire, et que nos mots deviennent des sons, et que nos joues se frôlent. Après, nous partagerons l'air que nous respirons. Après, la réalité se chargera du quotidien, d'en raviver ou d'en ternir les teintes s'il le faut. Après, nous verrons bien. Je voudrais sortir de notre chrysalide, je m'impatiente d'exister. Je glisse mon smartphone dans ma poche. Jusqu'au prochain message.

Une photo (de Kot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte.
.. tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  Pas très satisfaite de mon texte cette fois-ci. Merci pour vos lectures !

5 avril 2015

Le Vase où meurt cette verveine, Frédérique Martin

levaseoumeurtcetteverveine

 "Nous sommes loin l'un de l'autre, c'est vrai, mais voilà ce que je te propose. Ce soir-là, quand j'irai me coucher, à onze heures, je penserai à toi, à notre nuit d'anniversaire telle que nous l'aurions voulue. Je te donne un rendez-vous d'amour, à onze heures précises, où nous irons l'un vers l'autre par la pensée pour nous endormir dans la tendresse de nos retrouvailles.

Bon anniversaire, ma femme chérie. A tout à l'heure.

Ton Joseph."

Zika et Joseph sont contraints de se séparer un moment. Zika a besoin de soins et doit être hébergée quelques temps chez sa fille, à Paris. Mais cette dernière ne peut pas recevoir son père dans son appartement étroit, alors Joseph ira s'installer chez son fils, Gauthier, au sein de sa famille. Tout est organisé, la maison dans laquelle ils ont passé tant d'heureuses années vendue. La séparation est douloureuse. Zika et Joseph ont toujours été l'un avec l'autre, un couple fusionnel. Ils s'écrivent leur manque et leur envie de se retrouver très vite, l'inconfort évident de leur nouvelle vie qu'ils espèrent provisoire. Cependant, ce qui ne devait durer que quelques semaines s'éternise et les situations se cristallisent de part et d'autres. Gauthier quitte sa femme et le domicile conjugal brutalement, laissant Joseph avec une brue anéantie ; Isabelle se révèle de jour en jour amère et vindicatrice envers sa mère, pleine de reproches. 

Ce livre est un doux et à la fois terrifiant coup de coeur de lecture ! En effet, on se laisse bercer dans les premières pages du roman de Frédérique Martin par la douce, voluptueuse et tendre correspondance des deux amants séparés. On se dit même qu'au soir de sa vie, on aimerait vivre la même chose avec son conjoint, encore, cette proximité merveilleuse. Et puis, l'évidence prend peu à peu corps que dans les deux foyers dans lesquels le couple a pris séparément résidence, quelque chose cloche. L'amour qui les unissait aurait-il fermé les yeux aux deux parents qu'ils étaient ? Visiblement, leurs enfants sont en souffrance. Et là, le récit épistolaire bascule, nous fait entrer dans la crainte... J'ai aimé lire ce roman, j'en ai fait durer sciemment ma lecture. Je remercie Frédérique Martin pour les émotions éprouvées, pour l'inattendu qui ressort de son écriture pourtant sage d'apparence, sans fioritures, quelle réussite !

Editions Pocket - 6.50€ - Septembre 2014 !!

Vous trouverez toutes les lectures de blog sur ce titre [ici] sur le site de Frédérique Martin 

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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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