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Ben oui, à mon tour, j'ai craqué !

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6 octobre 2014

Esprit d'hiver, Laura Kasischke

espritdhiver

"Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux !
Mais quoi ?
Et Holly pensa alors : Je dois l'écrire avant que cela ne m'échappe."

Nous sommes le matin de Noël et Holly et Eric ne se sont pas réveillés. Il est en effet bien tard lorsqu'ils ouvrent les yeux. Il y a pourtant un déjeuner de fête à préparer et les parents d'Eric attendent sans doute déjà leur fils à l'aéroport, angoissés. Dehors, il neige, pour l'instant pas assez pour empêcher Eric de prendre la route et Holly de penser que ses invités ne viendront pas. Tatiana, leur fille, qu'ils ont adopté en Sibérie presque treize ans plus tôt, dort encore. Holly s'empresse de rattraper son retard tout en pensant à ces poésies qu'elle aurait aimé écrire et aux phrases qui lui viennent aujourd'hui en tête. Mais elle n'a pas le temps de les noter, il y a tant à faire. Dans la matinée, Tatiana se lève et daigne enfin faire acte de présence, semble-t-il de mauvaise humeur. Holly se demande si elle pourra se faire à cette nouvelle jeune-fille, à l'adolescente que tatiana devient...

Esprit d'hiver est aussi glaçant que sa couverture de poche, soyez-en avertis ! Voici effectivement un livre que j'ai refermé un brin effrayée. Pour autant, j'ai bien aimé cette intranquillité là, un malaise que Laura Kasischke sait amener peu à peu par petites touches subtiles. Tatiana et sa mère restent en tête à tête et il est peu de dire que tout part très vite à vau l'eau, la préparation du déjeuner s'avère inutile à mesure que les invités se désistent, Eric est au chevet de sa mère, des verres sont brisés, et une mystérieuse inconnue téléphone sans cesse. Le dialogue qui s'instaure difficilement, entre chaque incident, entre Holly et sa fille adolescente m'a beaucoup intéressé, ainsi que le dialogue intérieur d'Holly qui cherche à rester lucide sur ses sentiments et ses motivations. A la fin, il est évident que la terreur a envahit le domicile d'Holly et Eric, et que les évidences étaient là, si peu cachées, dès le départ. Un huis clos terrifiant et passionnant.

Editions du Livre de Poche - 7.10€ - 1er octobre 2014

Une découverte en demi-teinte pour Clarabel qui l'a écouté en audiolib - Un bel exercice de style pour Cathulu - Ca fonctionne, on a peur, mais Cuné n'est quand même pas fan - Un huis clos magnifique et prenant pour Kathel - Un roman dérangeant pour Clara - ... 

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14 septembre 2014

La Chute des Princes, Robert Goolrick ~ Rentrée littéraire 2014

lachutedesprinces

 "On faisait partie de cette espèce qu'on stigmatisait pour décrire les maux de la société contemporaine. On gagnait trop d'argent. On en dépensait trop. On ne levait pas le petit doigt pour aider les moins favorisés que nous, c'est-à-dire le reste de la planète. A la rigueur, on avait pitié des masses laborieuses. Je n'invente rien. On buvait trop. On abusait des drogues. On se faisait livrer la came en pleine journée par des gamins de dix-huit ans avec des dreadlocks. On avait à peine éteint nos ordinateurs le soir qu'on fonçait acheter du matos à Alphabet City. Le tout sans une once de remords. Bon sang, qu'est-ce qu'on s'éclatait."

A New-York, dans les années 80, certains jeunes gens, recrutés par de grosses firmes pour brasser beaucoup d'argent, deviennent les rois de monde, des princes selon Robert Goolrick. Tout leur semble facile et accessible. Riches, beaux, sans complexes ni peurs, la vie est pour eux un cadeau à saisir dans l'excès le plus total. Le narrateur du roman se fait le témoin de cette époque fastueuse et folle. La chute sera d'autant plus rude, quand la mort commencera à rôder et à rendre le sexe moins facile, avec l'apparition du sida, et quand la déchéance fera suite immanquablement à l'incandescence. Comment alors réussir à se réinventer un quotidien normal et banal ?

Je ne pensais pas prendre autant de plaisir à lire ce livre car je n'étais effectivement pas tout à fait séduite au préalable par le sujet. L'auteur avait pourtant reçu le Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2013 pour Arrive un vagabond, son précédent roman, et elles ont en général bon goût les lectrices de ELLE, j'aurais du me méfier. Et effectivement, j'ai du me rendre à l'évidence que Robert Goolrick est un écrivain brillant qui sait nous rendre son personnage principal sympathique et attachant, malgré ses défauts. Nous avançons dans cette lecture, partagés entre répulsion et séduction progressive, percutés de plein fouet par certaines phrases qui tombent si justes, persuadés au final comme l'auteur sait si bien nous le démontrer de la vacuité du monde. Une très très bonne lecture de rentrée.

Editions Anne Carrière - 20€ - 28 août 2014

challengerl2014

Je participe au challenge 1% rentrée littéraire de Hérisson... qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire [clic ici pour plus de détails] - n° 6/6 (challenge 1% terminé, en partance donc vers le 2%)

Cathulu a aimé aussi ce livre [clic ici]

4 janvier 2015

Train de nuit pour Lisbonne, Pascal Mercier

traindenuitpourlisbonne

 "J'habite en moi comme dans un train qui roule. Je n'y suis pas monté volontairement, je n'avais pas le choix et j'ignore le lieu de destination. Un jour du lointain passé je me suis réveillé dans mon compartiment et j'ai senti que je roulais. C'était excitant, je guettais la trépidation des roues, j'exposais ma tête au vent de la course et je savourais la vitesse avec laquelle les choses passaient devant moi. Je souhaitais que le train n'interrompît jamais son voyage. En aucun cas, je ne voulais qu'il s'arrêtât quelque part pour toujours.
Ce fut à Coimbra, sur le banc dur de l'amphithéâtre, que j'en ai pris conscience : je ne peux pas descendre du train."

Raimund Gregorius rencontre la femme qui va bientôt chambouler son quotidien sur un pont, sur le chemin du Lycée où il enseigne à Bern, il pleut. Elle donne l'impression qu'elle va sauter, mais jette une lettre, puis écrit très vite un numéro de téléphone sur le front du professeur, pour ne pas l'oublier. Sa voix a un doux accent étranger, portugais. La femme disparaît de la vie de cet homme d'âge mûr que seuls les échecs semblent encore émouvoir, mais cet incident va déclencher chez Gregorius des actions étonnantes. Elle va lui donner envie d'acheter ce livre, probablement auto-édité, d'un auteur portugais inconnu, Amadeu Prado. Puis, lire les premières pages du livre va lui donner l'impulsion de tout quitter et de prendre le premier train pour Lisbonne...

Cette lecture est exigeante, tant par son volume que par sa structure, assez savante, qui demande temps et concentration. J'avais du temps devant moi, je pouvais me tenir à un peu de concentration, j'ai donc profité de la fin de ses vacances pour me plonger complètement dans ce livre que l'on m'avait prêté. Et je n'ai pas regretté mon voyage à Lisbonne auprès de cet homme qui quitte tout pour s'habiller complètement des mots et de la vie d'un autre, autre qu'il va découvrir mort depuis longtemps. Gregorius va effectivement peu à peu reconstituer l'histoire du médecin et écrivain, intellectuel Amadeu Prado, enchaîner les rencontres, prendre la quête du portugais pour sienne et réfléchir ainsi sur le sens de ses actes et de sa vie, changer, apprendre une autre langue. Et j'ai été chamboulée, non pas forcément par toute la galerie de personnages, un peu fantomatiques, que Gregorius va interroger mais par toutes les questions que les extraits du livre de Amadeu Prado soulèvent. Qu'en est-il de Dieu ? De notre libre arbitre ? Du poids de notre éducation ? Du savoir ? Du regard des autres sur notre vie ? De la colère ? De la solitude ? De l'amitié ? Du pouvoir des mots et de l'écriture ? Ce roman plonge dans les mystères de l'âme, nous prend doucement et nous enveloppe, fonctionne un peu comme un recueil de leçons de vie dont la clé de compréhension serait un doute omniprésent. J'ai aimé ces questionnements qui ont ouvert plein de petites portes en moi, des portes que je ne voulais pas ouvrir et qui se sont pourtant entrouvertes en grinçant. Comment retourner à une vie normale après cette lecture ? Je ne sais pas. Un coup de coeur époustouflant !

Editions 10/18 - 10.20€ - Février 2008

2 août 2014

Le chevalier d'Eon d'Agnès Maupré / Les lumières de la France de Joann Sfar (BD)

Ou lorsque je m'amuse à retrouver dans des albums des personnages historiques rencontrés déjà [ici dans le roman de Laetitia Kermel (Le verrou)].

lechevalierdeon

Agnès Maupré, dont j'avais énormément aimé le Milady de Winter [clic ici], s'est attaquée à l'étrange destin de Charles de Beaumont, plus connu sous le nom du «Chevalier d'Eon », espion de Louis XV, aussi à l'aise en robe qu'en habits de chevalier. Il sera envoyé en Russie puis en Angleterre. Les doutes sur son sexe feront jaser la cour, constituant l'un des plus croustillants potins du XVIIIe siècle. 

Un premier tome réussi qui permet de croiser des personnages tels que la Pompadour, Louis XV, la tzarine Elisabeth de Russie, etc... et de contempler une cour faite d'intrigues, de libertinage et de rancoeurs. J'ai aimé lire de nouveau Agnès Maupré dans cet album qui éclate de couleurs contrairement à ses premiers opus qui étaient en noir et blanc, son trait est toujours fluide et son ton fin et cruel comme une lame d'épée.

Editions Ankama - 15.90€ - Janvier 2014 - Merci ma bibli !!

http://agnes.maupre.over-blog.com/

[Un entretien et quelques planches ici]

Les lumières de la France Joann Sfar 1 bis

Forte de mon souvenir du Chat du rabbin [pas de billet], du même auteur, j'ai ouvert cette loufoquerie intelligente que sont Les Lumières de la France de Joan Sfar, en tous les cas ce premier tome. Un Comte, lecteur exalté des nouveaux philosophes des lumières, prend conscience de l'indignité de l'esclavage. Il décide d'écrire sur le sujet, nullement troublé par le paradoxe qu'il tire lui-même ses revenus de ce négoce. Il délaisse sa femme, la comtesse Éponyme, qui n'a pour compagnie véritable que sa chienne Fragonarde (clin d'oeil à Fragonard, peintre du Verrou et du libertinage).

Comme Pour le chevalier d'Eon ci-dessus, les cases de cet album sont éclatantes de couleur, parsemées de corps nus et d'ardeurs (à ne pas mettre entre toutes les mains donc). J'ai apprécié cette lecture, j'ai seulement trouvé que l'écriture des bulles était parfois illisible... je ne sais pas encore si je vais lire les autres tomes.

Editions Dargaud - 13.99€ - Août 2011 - Merci ma bibli !!

19 décembre 2014

Top 3 de 2014

2014 fut une année bizarre. J'ai eu de nombreuses belles pioches en matière de lectures mais peu de véritables coups de coeur romanesques !! L'année a commencé en fanfare avec seulement des coups de coeur BD, ce qui démontre la qualité indéniable du genre... Les romans se sont fait attendre. J'ai donc décidé de vous livrer mes coups de coeur de l'année en deux catégories distinctes... 

Top 3 BD en 2014

mauvaisgenre  unpetitdetour  cetetela

(clic sur les couvertures pour retrouver les billets)

Le très troublant Mauvais genre, les toujours jubilatoires racontars de Jorn Riel, et le subtil Cet été-là.

Top 3 "romans" en 2014

lesfleursdhiver  lecritureetlavie  unjeunehommeprometteur

(clic sur les couvertures pour retrouver les billets)

Le très beau roman Les Fleurs d'hiver, l'émouvant et terriblement sincère L'écriture et la vie, et ce Jeune homme prometteur qui aurait mérité d'être beaucoup plus lu.

etoilesnoel

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30 novembre 2014

Ton visage (atelier d'écriture)

atelierdecriture1

Il sera au départ question de ton visage. Ou bien, de ce que je me souviens de ton visage. Son incandescence dans ma mémoire. La lumière du souvenir qui sublime tes traits, ou les fait disparaître, c'est selon. Bientôt tu seras là, de retour, de nouveau en face de moi. Réel. Je me prépare au choc de nos retrouvailles, à cet accident de nos regards qui plongent l'un dans l'autre, comme si le temps n'était pas passé, comme si hier rétrécissait brutalement vers aujourd'hui. Il faudra alors que l'image de toi dont j'avais conservé le souvenir, ton toi d'avant, s'ajuste. Forcément, tu auras changé. Saurons nous retrouver la familiarité des gestes, de la voix, de nos présences côte à côte ? Saurons nous retrouver la légèreté dans laquelle nous étions parvenus à inscrire notre amitié ? Tu t'es enfui si loin. J'ai cru que tu étais parti à cause de moi, à cause du dilemme, pour fuir le précipice vers lequel nous plongions tous les deux, sans se le dire, sans se l'avouer, juste parce que nous savions ce qui nous reliait, ce qui était invisible pour tous les autres, un son dans nos deux voix qui s'engageait sur la même note, juste ça. Et puis le sourire dans tes yeux, confidentiel, qui n'éclatait vraiment que pour moi. Tu es de retour. Et je ne sais pas si le ciel va se remettre à briller, si je t'attendais vraiment, si la violence de ton départ n'était pas suffisante. J'ai peur que tu m'indiffères. Alors, ton visage prendrait les teintes du décor autour de nous, des autres visages, et tu deviendrais semblable à tous les autres, unique pour personne. Alors, je pleurerais sans doute, sur ton visage disparu, sur l'oubli, sur l'amitié, sur les départs, et sur les retours trop longtemps reportés.

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]

Et comme un petit écho à ce texte là, pour le jeu [clic]

 

17 avril 2014

Le jeu des ombres, Louise Erdrich

lejeudesombres"Les gens semblaient avoir oublié combien il est affreux d'être regardé ; puis elle commença à s'imaginer qu'en livrant ainsi son image, à force d'être regardée, sans relâche, en quelque sorte elle se tuait de dégoût."

Irene écrit depuis de nombreuses années son journal intime dans des carnets. Elle prend toujours soin d'ailleurs de cacher soigneusement celui en cours. C'est l'agenda rouge. Elle soupçonne depuis peu son mari Gil de le lire en secret. Elle en a finalement la preuve flagrante un beau jour lors d'une conversation anodine, alors qu'il reprend littéralement une de ses phrases. Irene décide donc de manipuler son mari via ses mots. Gil est peintre. Sa femme est son modèle et son sujet principal depuis des années. Le couple est visiblement en crise. Leurs trois enfants silencieux, en retrait, observent... 

Je voulais découvrir à mon tour l'écriture de Louise Erdrich, très plébiscitée sur les blogs... j'ai donc sauté sur l'occasion de lire la version poche de Le jeu des ombres qui vient tout juste de sortir.
Et je dois dire que j'ai beaucoup aimé la manière de l'auteure d'asseoir une atmosphère et des personnages. Le duo "Irene et Gil" est très fort, porté par une relation d'une puissance animale peu commune. Les scènes de peinture sont d'une violence fulgurante. Les trois enfants, eux, ressemblent par ailleurs à de petits êtres fantomatiques qui apportent à cette histoire une douceur et un angélisme lumineux. Et qu'il est bon de plonger dans un livre où les sentiments sont si exacerbés, les caractères si imparfaits, vivants ! Irene a toujours un verre à la main, Gil est insupportable, leurs origines indiennes un étendard inutile, les enfants tous trois des parricides en puissance, le tout un drôle de cocktail explosif. Pour autant, je me suis parfois ennuyée dans cette lecture, dans l'attente d'une implosion qui ne venait jamais. J'ai eu le sentiment que l'auteure galvaudait un peu sa matière, pourtant très riche, et gardait son roman en surface, dans une certaine fadeur confortable. 
Ce ne sera donc pas un coup de coeur pour moi mais véritablement une découverte intéressante de l'univers de Louise Erdrich. A suivre...

Edition du Livre de Poche - 6.10€ - Avril 2014

D'autres lectures... Une claque pour Théoma [clic] - Un vrai coup de coeur pour Cathulu [clic] - L'auteure fascine Clara [clic] - Une lecture magistrale pour Aifelle [clic]

NB : quel dommage cette utilisation multiple de la même image pour divers romans !! La couverture de ce poche (celle du grand format) reprend effectivement (ou vice-versa) celle de La Petite chartreuse lu il y a peu [clic ici]... (ça m'agace un peu et amène toujours un peu de confusion je trouve)

 

20 avril 2014

Une métamorphose iranienne, Mana Neyestani

unemetamorphoseiranienne

 "Si j'avais su ce qui m'attendait, j'aurais gravé l'image de la lune dans mon esprit... son image sans quadrillage superposé."

Pour une fois je me contente de recopier le mot de l'éditeur qui saura bien mieux que moi vous raconter la terrible histoire de Mana Neyestani....
"Le cauchemar de Mana Neyestani commence en 2006, le jour où il dessine une conversation entre un enfant et un cafard dans le supplément pour enfants d'un hebdomadaire iranien. Le problème est que le cafard dessiné par Mana utilise un mot azéri. Les azéris, un peuple d'origine turc vivant au nord de l'Iran, sont depuis longtemps opprimés par le régime central. Pour certains, le dessin de Mana est la goutte d'eau qui fait déborder le vase et un excellent prétexte pour déclencher une émeute. Le régime de Téhéran a besoin d'un bouc émissaire, ce sera Mana. Lui et l'éditeur du magazine sont emmenés dans la Prison 209, une section non-officielle de la prison d'Evin, sous l'administration de la VEVAK, le Ministère des Renseignements et de la Sécurité Nationale. Alors que le deux hommes subissent des semaines d'isolement et d'interrogatoires, les azéris organisent de nombreuses manifestations anti-gouvernementales. Les autorités font tirer sur les manifestants, faisant de nombreuses victimes. Au bout de deux mois de détention, Mana obtient un droit de sortie temporaire. Il décide alors de s'enfuir avec sa femme. Après un long périple qui les fera passer par les Émirats Arabes Unis, La Turquie et la Chine, ils parviendront à atteindre la Malaisie pour s'y installer avant de rejoindre Paris en 2010."

Cette BD - aux dessins marquants - m'a laissée sans voix. La violence à laquelle nous assistons, le calvaire qu'endure Mana Neyestani, engendré par un geste aussi anodin qu'un croquis pour un magazine pour enfants est véritablement stupéfiant. Nous restons transis d'incrédulité devant les implications d'un si petit fait. J'ai lu pourtant il y a peu un document retraçant des exactions semblables en Chine [clic ici]... mais la surprise est toujours intacte, et la colère. J'ai aimé ici le regard de l'auteur, si doux et si patient, par contraste avec ses geôliers, et d'une dignité folle, mais aussi sa relation avec sa compagne et leur courage commun.
Encore une fois, une BD instructive, et militante. 

Editions Ca et La - 20€ -2012

Noté chez Theoma qui a beaucoup aimé [clic] - Jérome l'a lu aussi [clic]

5 octobre 2014

Hyperbole, Allie Brosh

hyperbole

"Je suis révoltée que la réalité ait l'audace de provoquer des évènements alors que je ne veux CLAIREMENT  pas qu'ils se produisent."

Allie Brosh est partie d'un dessin qu'elle avait fait à 5 ans pour créer ce personnage têtard étrange (que vous pouvez voir sur la couverture) censée la représenter elle-même (alors qu'elle est bien jolie en réalité), et lui donner une parole, la sienne. Mais Hyperbole a une autre particularité, qui rend ce roman graphique étrange et explique sa mise en page, celle d'être la version livre d'un blog [clic ici]. Une fois ces particularités admises, et comprises, il n'est pas difficile d'entrer dans l'univers de cette jeune-femme qui sait raconter, avec humour, ses névroses d'enfance, son amour inconditionnel pour les chiens, sa faculté de proscranisation et ses passages à vide. On oublie alors la simplicité du dessin pour en apprécier l'efficacité, on oublie les couleurs pétantes pour convenir de la gravité de certaines phrases et rechercher éventuellement en soi des échos.

J'ai beaucoup ri des expériences élaborées par l'auteure dans le but d'élever son chien crétin, ainsi que son deuxième chien, un brin fou et psychopathe. J'ai été touchée par ses tentatives pour se comprendre elle-même et expliquer ses moments de dépression. Ce qui ramène alors à la vie semble aussi dérisoire qu'un grain de maïs oublié et qu'un éclat de rire surprenant. J'ai été particulièrement touchée par l'épisode de la balade en forêt. L'honnêteté est de mise dans ces pages, la dérision et l'exagération bienvenue. Une découverte hautement sympathique !

Editions les arènes - 20.80€ - 24 septembre 2014

Afin d'avoir une idée assez claire du livre, le blog... http://hyperboleandahalf.blogspot.fr/

D'autres lectures enthousiastes... Cathulu [clic] - Jérôme [clic]

 alliebrosh1  

8 septembre 2014

L'Anthogrammate, Nicole Giroud

Couv_Antho_Blog

"Jamais je n'ai été aussi vivante que maintenant."

Marguerite vient de prendre sa retraite. Pendant quarante ans, elle a été cette institutrice, qualifiée de sévère,  dans cette petite école de banlieue, qui en a vu passer des destins gâchés et de rares réussites. Dans sa classe, la rigueur était de mise, le français impeccable, et les histoires du samedi matin la seule plage de liberté. Pour son départ, ses collègues ont mis le paquet, anciens élèves invités, fête grandiose, discours larmoyants, lâcher de ballons et gros cadeau cher et encombrant. Pourtant, Marguerite reste cynique et réservée, angoissée aussi par cette nouvelle vie qui l'attend, faite immanquablement d'une solitude sans fin. Marguerite n'a pas d'amis, et encore moins de famille à contacter. Un accident cardiaque l'emmène soudain à l'hôpital. Dans sa chambre, une vieille femme, qui reçoit beaucoup de visites, l'invite à se confier. Ce sera pour Marguerite les premiers pas vers une vie transformée, peu en importe les moyens, - même si elle doit pour cela faire du stop au bord de la route - loin des souvenirs d'une mère belle, rebelle et cruelle, et forte de sa connaissance du langage des fleurs.

Nicole Giroud a su trouver les mots pour éveiller mon intérêt pour son livre au cours de l'été. Un petit clic sur son blog (http://n.giroud.free.fr) vous laissera aisément supposer que son sourire a fait le reste. Allez, j'allais essayer ce roman au titre limite imprononçable, c'était acté, dès que mes lectures de rentrée seraient bien avancées. Il faut tout d'abord que vous sachiez qu'être anthogrammate signifie connaître et surtout comprendre le langage des fleurs, tous les codes subtils et compliqués de la carte du tendre et de l'amour courtois. Ensuite, il faut que vous sachiez que Nicole Giroud sait raconter des histoires, autant que son personnage, et que celle-ci n'est pas banale, parfois incongrue, et surtout infiniment tendre. J'ai aimé cotoyer Marguerite, la suivre avec son gros sac à la recherche d'inconnus avec lesquels discuter et s'offrir quelques moments d'humanité. J'ai aimé la place que les fleurs prennent dans ce roman et en apprendre beaucoup sur le sujet. Un bien agréable moment de lecture et une aventure à réellement tenter.

Vous pouvez vous procurer ce titre en cliquant [ici] - 16.49€ en broché et 4.99€ en version Kindle

21 août 2014

Jusqu'ici et pas au-delà, Joachim Meyerhoff - Rentrée littéraire 2014

jusquicietpasaudela"Il y a des jours tellement remplis de grands évènements que les mailles du filet de la mémoire se resserrent de plus en plus et finissent par ne ramener que des choses insignifiantes, d'ordinaire vouées à l'oubli."

Joachim Meyerhoff, écrivain et acteur, a passé sa jeunesse entre les murs d'un hôpital psychiatrique. Son père, grand lecteur taciturne au charisme imposant, en était le directeur, et toute la famille de l'auteur était donc installée dans une partie du bâtiment qui jouxtait un immense parc. Fréquenter des êtres différents, entendre leurs cris au milieu de la nuit, était le quotidien et une normalité pour le jeune garçon qu'il était. C'est ainsi la chronique d'une enfance pas comme les autres qui nous est contée ici.

Ce roman est ma première lecture de rentrée littéraire. Mon choix s'est porté sur ce titre car j'ai été attirée d'emblée par sa très belle couverture et son sujet. Et j'y ai retrouvé avec plaisir ce ton qui me plaît souvent dans les romans allemands, un certain regard ironique, distancié, sur la vie. Ce ton a su me conduire jusque vers les dernières pages, même si je dois avouer que les aventures du jeune Joachim, assez ordinaires, cataloguées, m'ont bien souvent profondément ennuyées. La lumière de ce roman, le fait qu'il amène à penser que les malades ne sont pas toujours ceux que l'on croit, n'ont pas suffit à atténuer ma déception grandissante. Il m'a manqué je pense un réel moteur narratif, visiblement absent. Dommage.
L'histoire de cette enfance "parmi les fous" a selon la quatrième de couverture été la sensation littéraire 2013 en Allemagne.

Editions Anne Carrière - 22€ - 21 août 2014

challengerl2014Je participe au challenge 1% rentrée littéraire de Hérisson... (et je commence par une déception) qui consiste à lire au moins 6 livres de la rentrée littéraire [clic ici pour plus de détails] - n° 1/6

 

3 août 2014

Ils désertent, Thierry Beinstingel

ilsdesertent "Elle dit : Ils désertent. Et toi, tu comprends "île déserte". C'est seulement quand tu t'attardes sur la silhouette de la femme qui a allumé sa cigarette de l'autre côté de la rue, appuyée d'un air las sur la carosserie d'un vieux break, indifférente aux enfants pourtant en plein soleil dans l'habitacle, scrutant l'immeuble "à vendre" ou "à louer", c'est seulement à ce moment précis que tu comprends le véritable sens. Ils désertent."

Elle est une toute jeune-femme, auparavant employée dans un grand magasin de sport. Elle arrive dans cette entreprise qui vend du papier-peint depuis quarante ans. Enfin, elle a l'espérance de pouvoir utiliser au mieux son diplôme de commerce. Elle a été nommée à la tête de l'équipe de ventes, et son salaire a presque triplé. C'est avec plaisir qu'elle est allée narguer son banquier, et a acheté un appartement dans un immeuble tout neuf.  Cependant, la première tache qui lui est attribuée n'est pas agréable, virer l'ancêtre, cet ancien VRP qui refuse de vendre des canapés, des "ambiances", et le quartier dans lequel elle habite désormais s'avère un brin sinistre...

J'avais été très impressionnée par ma lecture de Retour aux mots sauvages [clic ici]. J'ai retrouvé dans cet opus là de Thierry Beinstingel, la même écriture englobante et acérée, qui décrit tellement bien la rudesse du quotidien de certains travailleurs de l'ombre, sa pâle laideur commerciale, son éventuel non-sens. En effet, ici, la narratrice se voit dans l'obligation de licencier un VRP qui fait du chiffre, simplement parce qu'il ne correspond plus à l'image de l'entreprise. Quand notre société a-t-elle donc commencé à se marcher sur la tête ? Heureusement, Rimbaud est là, dans la valise du vieux commercial, avec sa poésie lumineuse, éclairant le spectacle désolant de mécanismes grippés. Et Hannad Arendt attend son heure, dans une chambre d'ami, chez la fraiche employée du groupe. Encore le pouvoir des mots.
Une lecture dévorée, bien moins percutante que Retour aux mots sauvages cependant.

Ce titre sort au Livre de Poche le 20 août 2014, date de sortie de Faux nègre, livre de rentrée de l'auteur. 

Editions Fayard - 19€ - Août 2012 - Merci ma bibli !!

D'autres lectures enthousiastes... Aifelle - Cathulu - Gwenaelle - Kathel - Véronique - Dasola

 

24 juillet 2014

Objectif Pal de juillet... Un été à la mer, Giuseppe CULICCHIA

unetealamer

 "J'accepterais l'invitation à dîner d'une murène, pour ne pas passer une autre soirée seule avec toi", dit-elle.

Nous sommes en 2006. Luca, la quarantaine hypocondriaque, vient d'épouser Benedetta, jeune milanaise exubérante. Là, ils arrivent en Sicile, déterminés à passer leur lune de miel dans ce lieu qui évoque tellement de souvenirs pour Luca. Cependant, Benedetta n'a qu'une idée en tête, tomber enceinte, et Luca s'éparpille, tombant par hasard sur son amour de jeunesse, et craquant pour un autre sourire frondeur à appareil dentaire. En fond médiatique, la Coupe du Monde se déroule, occupant les premières pages de tous les journaux, et prête à fêter la victoire de l'Italie...

C'est grâce à Véro [clic ici] que ce livre est arrivé dans ma PAL. Il a attendu longtemps avant que je ne l'ouvre. Mon choix s'est arrêté sur lui en ce mois de juillet, je trouvais cette lecture appropriée, avec cette couverture estivale, et ce titre qui l'est tout autant.
C'est un roman facile et tonique, énervé dirais-je, qui a le mérite d'être distrayant et dépaysant. J'ai aimé son style, auquel je ne m'attendais pas, cette manière que l'auteur a eu d'utiliser la répétition, en reprenant sans vergogne plusieurs fois des séquences entières, décalant juste de quelques mots la matière de l'originale. Un petit côté théâtral qui ne m'a pas déplu. Par contre, je n'ai ressenti aucun attachement pour les personnages qui paraissent vides et superficiels, sans doute une volonté du romancier. Mais les dialogues souvent très grossiers et creux ont gêné ma lecture. Un opus dont je ne garderai pas un grand souvenir mais qui peut avoir facilement sa place dans un sac de plage. Et un de moins dans ma PAL, qui commence à visiblement s'éclaircir.

Editions du livre de poche - 6.60€ - juin 2011

 

objectif pal

Objectif Pal 2014 : 7/12 (#objectifpal2014)

Vous pouvez encore déposer votre lien mensuel sur le billet du mois de juillet qui se trouve [par là] !!

13 juillet 2014

Pour aimer le Gers

Il suffit de se rendre compte de la beauté indéniable des paysages.

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Aimer monter et descendre des escaliers, des rues.

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Savoir suivre le guide qui se présente, même le plus inattendu... 

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...  et admirer avec lui le paysage.

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Puis savourer le calme

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Les vacances, c'était bien. Je suis de retour par ici, merci à vous d'avoir continué vos visites pendant mon absence, je prendrai les liens pour l'objectif pal de juillet petit à petit, quelques lectures à évoquer avec vous également bientôt... et une PAL urgente qui explose (ce qui n'est pas pour me déplaire). Bon dimanche (pluvieux) !

23 juin 2014

En cours de lecture...

"II y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher, n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j'avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d'abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. II m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l'appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m'apporte un peu moins que la seconde. II est temps que je m'arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n'est pas en lui, mais en moi. [...]

ducotedechezswann

Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C'est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l'esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. II est en face de quelque chose qui n'est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière. Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n'apportait aucune preuve logique, mais l'évidence, de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s'évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s'enfuit. Et, pour que rien ne brise l'élan dont il va tâcher de la ressaisir, j'écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j'abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s'élever, quelque chose qu'on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c'est, mais cela monte lentement ; j'éprouve la résistance et j'entends la rumeur des distances traversées. Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l'image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu'à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l'insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne peux distinguer la forme, lui demander, comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m'apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s'agit. Arrivera-t-il jusqu'à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l'instant ancien que l'attraction d'un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ; qui sait s'il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante, m'a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d'aujourd'hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine. Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir."

Extrait de... À la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann, Marcel Proust, 1913. 

Je me régale... de manière assez inattendue en fait, à redécouvrir la prose de Marcel Proust. J'avais oublié que l'on pouvait si bien écrire, et avec tant d'élégance, laisser filer le temps, la pensée, et n'en dégager ainsi rien d'inutile, bien au contraire, seulement la pleine et complète texture de la vie. Je ne m'ennuie pas, j'exulte, je fais des oh et des ah, et j'apprécie.

Aifelle et Keisha font de cette lecture une Lecture Commune pour le 29 août prochain !!

 

21 juin 2014

Les Filles de l'ouragan, Joyce Maynard

lesfillesdelouragan"Je pense que ça comptait pour Val plus qu'elle ne voulait l'admettre, de savoir ce que cette famille faisait, et ce qu'elle pensait de nous. Connie Plank nous rappelait ce genre de chat affamé et déterminé qui se plante devant votre porte avec une telle persistance - pas toujours, mais souvent - que vous acceptez finalement de le nourrir."

Elles sont soeurs d'anniversaire, comme aime à le dire Connie Plank. Dana et Ruth, nées le même jour, dans le même hôpital, et pourtant loin d'être des jumelles, si différentes. Tout oppose la famille Plank à la famille Dickerson, les premiers sont des fermiers qui élèvent de manière rigoureuse leurs cinq filles et les seconds des artistes fantasques vivants de l'air du temps. Cela rend d'autant plus incompréhensible l'obstination de Connie à conserver le contact, à consacrer une journée par an à aller trouver les Dickerson dans le lieu où ils ont choisi de vivre pour le moment, à envoyer des cartes de voeux avec constance. Mais l'obstination va payer, des liens subtils finissent par se nouer. Ruth Plank va tomber amoureuse de Ray Dickerson, Dana sa soeur, intéressée par l'horticulture, apprendre beaucoup d'Edwin Plank. Alors pourquoi, laisser les inclinaisons se faire, et les sentiments s'exprimer, semble-t-il si compliqué ?

J'ai beaucoup aimé ce roman. J'y ai retrouvé ce qui m'avait déjà plu chez Joyce Maynard, sa manière de planter un décor et de rendre ses personnages vivants et vrais. Chez elle, malgré une simplicité apparente, l'âme humaine est explorée avec minutie et dextérité, et voilà qui est intéressant et fascinant. Le lecteur suit avec passion la vie parallèle de ces deux filles, Ruth et Dana, qui n'ont rien en commun et que pourtant les entêtements des adultes vont rapprocher dans les faits. C'est une lecture qui prend son temps, explore plusieurs décennies, n'hésite pas à aller fouiner quelques pages dans les préparatifs d'une culture, d'un projet ou d'un dessin, et dans les émois amoureux des personnages aussi. On frémit, on s'intéresse, et on referme ce livre avec quelques émotions. Il aurait été un coup de coeur évident si l'intrigue m'avait un peu plus étonnée, mais je chipote sans doute un peu.

Editions 10/18 - 8.10€ - Mai 2013

Sylire en fait un coup de coeur - Un très beau billet enthousiaste de KathelTheoma en souligne l'élégance - De beaux portraits de femmes pour Val - Ce roman était une découverte pour Anne ! - ...

 

14 juin 2014

Nina, Frédéric Lenoir et Simonetta Greggio

nina "Je me souviens parfaitement, moi aussi, de la première fois que je t'ai vu."

La quarantaine venue, la vie semble bien vaine à Adrien. Il y a quelques mois il a perdu sa jument Lolita et depuis la mélancolie ne le lâche plus. C'est un peu comme si un dernier ressort avait été brisé. Il a décidé ce soir d'attenter à ses jours et prépare sérieusement la boisson qui l'emportera loin d'ici et de ses souffrances. Avant de l'avaler, il commence une lettre, destinée à Nina, son amour d'enfance. Ecrire cette lettre repousse d'un jour, puis de quelques autres, son acte insensé. Il se replonge dans les moments bienheureux des premiers émois et dans ceux moins glorieux où il n'a pas osé avouer ses sentiments. Nina n'a jamais répondu à un ancien courrier dans lequel le jeune Adrien avait enfin réussi à ouvrir son coeur. La missive du quadragénaire se transforme en roman et Adrien, recroquevillé aux tréfonds de sa solitude, est loin d'imaginer à quel point elle changera de nombreux destins...

C'est cette jolie couverture et le nom de Simonetta Greggio qui m'avait attiré vers ce petit roman. J'avais lu et aimé Les Mains nues de l'auteure [clic ici]. Avec Nina, l'émotion est présente dès les premières pages et prend intentionnellement le lecteur à la gorge. Captif, il ne peut alors que craindre pour Adrien, être soulagé qu'une jeune Emily prenne les choses en main, et espérer un signe de Nina. L'écriture à deux voix m'a semblé fluide et réussie. J'ai peut-être regretté une certaine raideur et candeur étonnante dans le style qui m'a empêchée d'être totalement émue par cette histoire qui croit à l'amour avec un grand A. Je n'ai pas vraiment adhéré non plus au succès de librairie du roman inattendu d'Adrien. J'ai cependant été séduite par les très belles images d'Italie, couleurs polaroïds, que les auteurs nous concoctent au fil de leur récit (j'ai pensé bizarrement au début du Grand Bleu) et par le caractère rafraichissant de certains personnages. Une lecture dont j'attendais pour autant un peu plus.

Editions du livre de poche - 6.90€ - 10 juin 2014

La lecture de Mirontaine 

31 mai 2014

Objectif Pal de mai ~ vos lectures

objectifpal

Nous sommes quelques blogueurs et blogueuses à prendre de bonnes résolutions pour cette nouvelle année... comme celle de réduire notre PAL (Pile A Lire) en 2014. Ce billet est un récapitulatif de vos lectures pour le mois de mai.

Enna est cette fois-ci notre grande gagnante du mois avec ses 5 livres lus !! Encore du classique et du farfelu pour ce mois de mai, du passionnant, des trouvailles et quelques coups de coeur. Je vous laisse fouiller ci-dessous. Malgré ma fatigue, je suis contente d'avoir pu suivre et d'avoir pris tous vos liens, même avec quelques jours de retard. 

J'ai personnellement lu pour mai Paroles de femmes, un document de chez Librio, plutôt heureuse d'avoir enfin ouvert ce livre... [ma lecture ici]

Allez, vous trouverez donc ci-dessous les lectures de mai ! Bientôt, il y aura un nouveau billet en ligne pour déposer vos liens de juin... Et toujours, encore plein de trésors à sortir de nos PALs !!

^ Enna a lu Travail soigné de Pierre Lemaître : "un excellent polar qui rend hommage aux polars au travers des crimes!" [lien vers le billet complet]
                 Une saison à Longbourn de Jo Baker :"raconte la vie des domestiques de la famille Bennett de Orgueil et Préjugés (lecture très agréable et originale)" [lien vers le billet complet]
                 N'oublier jamais de Michel Bussi : "un polar que j'ai dévoré en 2 jours, c'est dire si j'ai bien accroché!" [lien vers le billet complet]
                 Arrive un vagabond de Robert Goolrick : "j'ai trouvé les personnages très bien écrits!" [lien vers le billet complet]
                 La grand-mère de Jade de Frédérique Deghelt : "J'ai trouvé le relation des deux femmes très belle et tout ce qui parle des livres et de l'écriture est passionnant!" [lien vers le billet complet]

^ Tiphanie a lu Quelque chose à te dire d'Hanif Kureishi : "un roman londonien foisonnant, trop peut-être!" [lien vers le billet complet]
 
                     Du domaine des murmures de Carole Martinez : "J'ai beaucoup aimé ce récit très poétique qui se situe au Moyen-Age." [lien vers le billet complet]
 
                     Les feuilles mortes de Thomas H Cook : "un thriller qui tient en haleine mais sans grande surprise." [lien vers le billet complet]
 
                     Miel et vin de Myriam Chirousse : "petit coup de coeur pour ce récit ancré dans la Révolution française." [lien vers le billet complet]

^ Nanou a lu Les mains nues de Simonetta Greggio : "Un beau portrait de femme et un style agréable, même si les relations entre certains personnages du livre m'ont semblé un peu caricaturales." [lien vers le billet complet]
 
                  La chambre des officiers de Marc Dugain : "Un témoignage poignant qui se lit aisément grâce à la retenue de l'auteur." [lien vers le billet complet]
 
                  Je m'en vais de Jean Echenoz : "Je me suis régalée avec ce livre, beaucoup d'humour et un style rafraichissant." [lien vers le billet complet] 

^ Anne a lu Rivière Mékiskan de Lucie Lachapelle : "un roman québécois très touchant où une jeune femme retrouve ses racines amérindiennes à l'occasion de la mort de son père : elle découvre toute la richesse de cette culture mais aussi comment son peuple a été bafoué par les Blancs." [lien vers le billet complet]

^ Praline a lu La Nausée de J.-P. Sartre : "C'est un roman philosophique sur l'existentialisme... Mais c'est pas le meilleur roman du monde, loin de là : répétitif, introspectif, difficile à apprécier pour ses qualités littéraires uniquement." [lien vers le billet complet]
 
                   Une femme sans importance de Oscar Wilde : "Un petit bijou d'ironie, qui aligne les aphorismes !" [lien vers le billet complet]
 
                   L'Enchanteresse de Florence de Rushdie : "Un voyage dans l'Inde d'Akbar, au fort gout de Mille et une nuits !" [lien vers le billet complet]

^ Marjorie a lu Il coule aussi dans tes veines de Chevy Stevens : "Autant vous dire que je vous recommande ce thriller." [lien vers le billet complet]
 
                     La femme parfaite est une connasse ! de Anne-Sophie Girard & Marie-Aldine Girard :"J’avais un a priori sur ce roman, à cause de son titre. Je ne trouve pas approprié de faire passer des idées « féministes » ou servant la cause des femmes avec un mot d’insulte ou grossier. Le contenu du livre a le mérite toutefois de décomplexer les femmes et d’aborder les choses avec légèreté, humour, et lâcher-prise." [lien vers le billet complet]
 
                     Antiguide de la mode de Charlotte Moreau : "J’ai bien rigolé avec ce petit guide. C’est léger, plein de vérités sur le monde de la mode. Décriée par beaucoup comme futile et inutile, elle est pourtant au centre de beaucoup de préoccupations et elle fait l’objet de toute une industrie." [lien vers le billet complet]

^ Belle de nuit a lu Sidhe : la diseuse d'ombres (T1) de Sandy Williams : "Ce livre trainait dans ma liseuse depuis plusieurs mois et j'avoue que si l'ensemble n'est pas mal et donne envie de lire la suite, j'ai été perdue au départ vu que l'on entre directement dans l'action. En bref, je dirai que c'est un très bon roman pour passer le temps." [lien vers le billet complet]
 
                           L'heure du loup de Robert McCammon : "Un roman historique fantastique qui aurait pu me plaisir si la narration avait été chronologique. Un peu lent et parfois long, j'ai eu l'impression de faire du sur place et en même temps je suis contente de l'avoir sorti de ma PAL." [lien vers le billet complet]

^ Val a lu L'excuse de Julie Wolkenstein : "Peut-être que ce roman séduira davantage les fans d'Henry James ou de ce roman en particulier. J'ai tout de même trouvé l'ensemble original et je continue à avoir envie de lire l'auteure." [lien vers le billet complet]
 
              The Survivors club de Lisa Gadner (non traduit) : "Je pense que j'ai lu assez de livres de l'auteur pour m'arrêter là." [lien vers le billet complet]
 
              Home Boy de H.M Naqvi : "Globalement, c'est une déception et vous n'avez donc pas à regretter qu'il n'ait pas été traduit en français." [lien vers le billet complet]

^ Mrs Pepys a lu Somnambule dans Istanbul de Eric Faye : "Un petit bijou de récit de voyage." [lien vers le billet complet]
 
                        Tokyo, petits portraits de l'aube de Michaël Ferrier : "Cette lecture est brève, mais arrache efficacement le lecteur occidental à son environnement pour l’immerger dans un Tokyo méconnu." [lien vers le billet complet]
 
                        Dragon bleu, tigre blanc de Qiu Xiaolong : "un auteur sympathique, rencontré (avec émotion : cela faisait si longtemps que j’en rêvais…) lors du dernier Salon du Livre." [lien vers le billet complet]

^ Eimelle a lu La bulle de Tiepolo de Philippe Delerm : "Un livre qui donne envie de repartir arpenter la cité des doges sur les traces des héros, et suivre l'effet que cette cité opérè sur  le personnage d'Antoine , qui avait au départ de nombreux a priori négatifs sur Venise et va être bientôt conquis.  " [lien vers le billet complet]
 
                    La Liste de mes envies de Grégoire Delacourt : "Après de longs mois à dormir dans ma PAL, l''approche de la sortie du film inspiré de ce roman m'a donné envie de l'en sortir." [lien vers le billet complet]

^ L'or rouge a lu Quand j'étais Jane Eyre de Sheila Kohler : "Ce qui m’a touché le plus dans ce livre ? Les liens très forts qui unissent les soeurs Brontë, tous les mots sur la création littéraire, sur cette petite couture qu’elles font entre les mots et les personnages, et ce décor des landes tourmenté par les vents et les pluies… " [lien vers le billet complet]

^ Sharon a lu Rose et la princesse disparue d'Holly Webb : " Un second tome assez réussi, mais ce n’est pas le meilleur de la série à mes yeux." [lien vers le billet complet]
 
                   Le royaume disparu de Brigitte Aubert : "Le royaume disparu est une enquête en demi-teinte, comme une étape intermédiaire dans le voyage de Louis et ses compagnons." [lien vers le billet complet]

30 mai 2014

Maine, J. Courtney Sullivan

mainejcourtneysullivan

 "La culpabilité - ce qui subsiste du catholicisme quand vous avez abandonné tout le reste - était toujours présente. Quand Kathleen avait promis à son père de s'occuper d'Alice, elle n'avait pas pensé un seconde que ce serait si dur, voire impossible. Elle savait qu'une femme dans sa situation n'était pas censée s'installer à l'autre bout du pays. Vous deviez au contraire rester proche de vos enfants et de vos parents vieillissants, vous deviez sacrifier vos années d'âge mûr pour leur confort. Peu importe ce qu'ils avaient pu vous faire subir. Peu importe."

La famille Kelleher ressemble à toutes les familles, avec ses secrets, ses non-dits, et ses rassemblements joyeux. Et puis, il y a cette propriété dans le Maine, tout près de la mer, que le grand-père a gagné un soir de pari, où tout le monde avait semble-t-il autrefois tant plaisir à se retrouver. Comment expliquer alors l'agressivité qui parfois échappe à Alice, la grand-mère, envers les siens ? Comment comprendre ce que lui reproche sa fille aînée  Kathleen ? Que viennent donc faire au mois de juin Maggie, la petite fille écrivain, et Ann Marie, la belle-fille passionnée de maisons de poupées, dans ce lieu ? Obligation, échappatoire, drame, recherche d'une issue dans leur vie, les femmes de Maine ont toutes une raison de séjourner ensemble quelques jours au cottage...

Ce roman est un délicieux Coup de coeur ! J'ai aimé le regard de J. Courtney Sullivan sur ses personnages féminins, aux caractères si différents, qui se débattent dans leur quotidien avec leurs certitudes, leurs culpabilités bien enfouies, le regret d'un rêve à jamais perdu. Pas à pas, dans cette histoire, elles vont chacune apprendre à se connaître elles-mêmes, à grandir, à peser le pour et le contre de leurs réussites et de leurs échecs, et à aller de l'avant. Véritable saga familiale, Maine développe tout en douceur tout un tas de thèmes, entre autres l'évolution des mentalités vers un meilleur libre arbitre féminin. L'écriture est toujours juste, quelques phrases font mouche. J'ai aimé l'humour aussi, et la fantaisie parfois cruelle, qui se dégageait de certaines scènes. Et l'on ferme les dernières pages de ce roman avec un soupir de regret et d'étrange réconfort. A lire sans tarder.

Editions du Livre de Poche - 8.30€ - 30 avril 2014

D'autres lectures aussi enthousiastes... Une comète conquise - Cuné a adoré - Captivant pour Clara - Bourré de qualités pour Aifelle - Impossible à lâcher pour Cathulu - Lu en poche avec délectation pour Un autre endroit... - Un coup de coeur pour Gambadou !

5 mars 2014

Exit le fantôme, Philip Roth

exitlefantome"Oui, et alors ? C'est fou de ma part d'être ici. Fou, d'être à New-York. C'était fou, la raison pour laquelle je suis venu à New York. C'est fou d'être assis là à vous parler. D'être assis là et d'être incapable de vous quitter. Aujourd'hui je ne peux pas vous quitter, hier je ne pouvais pas vous quitter, alors je vous interviewe pour le job de quitter votre mari et de venir vivre une existence posthume avec un homme âgé de soixante et onze ans. Continuons. Poursuivons l'interview. Parlez-moi des hommes."

Zuckerman revient à New York, après près de onze années d'un exil volontaire à la campagne. A l'époque, des lettres de menace contre l'écrivain juif qu'il était l'avait incité à fuir la ville. Aujourd'hui, c'est une intervention bénigne qui l'oblige à remettre les pieds dans des lieux qu'il peine à reconnaître, et où il doit de plus faire face à sa déchéance physique d'homme âgé. Des rencontres vont bouleverser son séjour. Il retrouve l'ancienne muse de son mentor, E.I. Lonoff, malade et usée - loin de la belle jeune-femme dont il avait conservé un souvenir attendri - aux prises avec un jeune auteur indélicat tentant d'écrire la biographie de son ancien amant. Par ailleurs, un jeune couple propose à Zuckerman d'échanger leur appartement contre sa maison pour quelques temps. Après le 11 septembre, et suite à la réélection inattendue de George W. Bush, l'effarement est de rigueur. La jeune-femme, Jamie, pense gagner en sérénité loin de New York. Zuckerman tombe violemment sous son charme et se prend à rêver...

Autant le dire tout de suite, je ne pensais pas prendre un quelconque plaisir à suivre les tribulations d'un homme âgé tel que Zuckerman. L'antipathie ressentie envers le personnage de Philip Roth, gêné par ses problèmes d'incontinence, a été immédiat. Et puis, j'ai aimé de longs passages, intelligents et cultivés, j'ai continué ma lecture, et j'ai été séduite par la rupture de style dont l'écrivain se sert parfois, et qui donne un rythme original au récit. J'ai aimé ensuite qu'il parle de cette "mauvaise" habitude qu'ont les lecteurs d'aujourd'hui d'analyser une oeuvre par le prisme de la biographie. J'ai aimé au final détester Zuckerman.
Lire un auteur de talent est toujours un moment intéressant. Ce fut une lecture intéressante.

Folio - 7.40€ - Mai 2011 - Merci à mon prêteur !

12 mai 2014

Autrefois le rivage, Paul Yoon

autrefoislerivage "Si un jour tu t'en vas, je me souviendrai de ton visage.
-Taeho.
- Et je le chercherai.
- Tais-toi, Taeho.
- Parmi des milliers de visages. Il y aura le tien, et le mien. Nous nous mettrons à la recherche l'un de l'autre. Et nous serons forts. Héroïques."

Le cadre des nouvelles du recueil Autrefois le rivage se situe sur une petite île, nommée Solla, au large de la Corée du Sud. Aujourd'hui fréquentée par la modernité, et les touristes, elle était auparavant le domaine des pêcheurs. Elle a connu aussi la guerre, recueilli de nombreux petits orphelins, été le théâtre de drames silencieux. Il y a cette femme âgée par exemple, veuve d'un soldat américain, et ce jeune serveur qu'une tragédie rapproche. Ce naufrage vers lequel se dirige calmement un couple à la recherche du corps de leur fils. Le retour tant attendu, et tellement décevant, de l'ami d'enfance. Cette amitié incompréhensible et indéfectible entre un enfant mutilé et une plongeuse solitaire. Le brouillard qui envahit la tête de Miya, bénévole à l'hôpital, et qui la laisse croire aux fantômes. Cet américain qui met en danger tout un village par sa seule présence. Et enfin cette ferme, qu'une petite fille ne veut pas voir vendue, et qu'une mère hante encore de sa présence nébuleuse.

Paul Yoon, jeune écrivain américain d'origine coréenne, a inventé de toutes pièces cette île de Solla, inspirée d'autres îles bien réelles. Et cela lui a permis de laisser libre court à son imagination, et de nous offrir de bien belles histoires, poétiques. Ce titre a été sélectionné par le New York Times comme l'un des meilleurs livres de l'année. Et j'en ai effectivement beaucoup aimé l'écriture, très fine mais également très maîtrisée. J'ai eu le sentiment d'accéder quelque peu à l'âme coréenne, îlienne, et eu l'impression de rencontrer de vrais personnages, habités par le courage et l'acceptation résignée de leur sort. J'ai été touchée par la générosité de Paul Yoon, par sa manière de déployer ses nouvelles sans en restreindre le propos. Il est évident que je serai attentive à la sortie en France de son premier roman Snow Hunters qui vient de paraître aux Etats-Unis. Un auteur à découvrir et à suivre, indubitablement.

Editions Albin Michel - 20€ - 2 avril 2014

 

24 avril 2014

Changer de vie, Géraldine Barbe

changerdevie"To be, being, c'est comme ça que j'appelle mon manuscrit pour le moment. [...] To be, c'est l'enfance. C'est engranger. C'est ne pas choisir encore, attendre et désirer. Ce n'est pas nul, ce n'est pas vain, c'est le rêve libre avant le mouvement, choisir sa vie, entrer dans le being."

On a demandé à Géraldine Barbe d'écrire sur des changements de vie, et pour ce faire on lui propose de passer des annonces. Mais Géraldine s'y refuse. Elle trouvera autour d'elle, via un faisceau de connaissances, les personnes qu'elle cherche, ses candidats. Ils ont tous le sentiment de n'avoir rien fait d'extraordinaire et pourtant, tous, à un moment donné de leur vie ont bifurqué, pris un autre chemin, pour aller vers eux-même et une certaine transformation...
Goldie Goldbloom, écrivain australienne, qui après un mariage de convenance qui durera vingt ans divorce, rencontre une femme mais reste dans le monde orthodoxe. Lise, qui change radicalement de profession et devient professeur de yoga. Irina, qui se pensant en danger, quitte la Géorgie en catastrophe en 1995 où elle était médecin pour être après bien des combats aujourd'hui infirmière à Paris. Phillis, qui décide un beau jour d'exister comme la femme qu'elle est réellement. Et tous ces autres hommes et femmes qui ont simplement pris la route qui mène vers l'équilibre entre soi et sa vie, que ce soit en allant vers les planches, en changeant de pays ou en quittant un quotidien trop calme.

Sortant du cadre du catalogue et de la juxtaposition de portraits (ce qui m'aurait rapidement ennuyé), Géraldine Barbe sait disséminer ici et là dans son récit des anecdotes personnelles, confronter les parcours, apporter des réflexions pertinentes, souriantes. J'ai aimé l'écriture de Changer de vie, bien plus que son thème - pourtant intéressant sur de nombreux points. J'ai eu le sentiment en effet de rencontrer une véritable auteure via ce titre, et aussi un être humain vivant, sincère, qui se penche vers les autres avec empathie et patience. Une bien jolie surprise.

Editions Plein jour - 16€ - Avril 2014

Histoires de renaissances qui font chaud au coeur pour Cathulu [clic] ! 

31 janvier 2014

Objectif Pal - Vos lectures de janvier

objectif pal

Nous sommes quelques blogueurs et blogueuses à prendre de bonnes résolutions pour cette nouvelle année... comme celle de réduire notre PAL (Pile A Lire) en 2014. Ce billet est un récapitulatif du challenge pour le mois de janvier.

Tiphanie, avec ses 8 livres lus, est la grande lectrice incontestée de PAL du mois !!
Il y a eu quelques coups de coeur - Le livre des brèves amours éternelles d'Andreï Makine (lu par Anne) - Le Secret des abeilles de Sue Monk Kidd (lu par Tiphanie) - Le Tango de la vieille garde de Perez-Reverte (lu par Praline) - ... mais aussi quelques déceptions.
Dans l'ensemble, l'enthousiasme est de rigueur et les bonnes résolutions de janvier tiennent la route, je suis bluffée !!

De mon côté, j'ai lu L'amour comme par hasard d'Eva Rice qui a été un bon moment de lecture [clic]

Vous trouverez ci-dessous les lectures de janvier ! Bientôt, il y aura un nouveau billet en ligne pour déposer vos liens de février... Et toujours, encore plein de trésors à sortir de nos PALs. Merci pour vos participations !

Anne a lu Lisson Grove d'Anne Perry : "Il me fallait cette lecture doudou pour les vacances, et malgré mon manque d'objectivité total face à la série, Anne Perry réussit quand même à me surprendre, donc c'était parfait !" [lien vers le billet complet]
                       Le livre des brèves amours éternelles d'Andreï Makine : "un coup de coeur pour une écriture, une sensibilité, une grâce incomparable dans les lourdeurs soviétiques" [lien vers le billet complet]

Tiphanie a lu America La main rouge de Romain Sardou : "J'ai beaucoup apprécié mais la fin m'a un peu déçue, j'espère qu'il y aura une suite parce que ce serait dommage de rester sur cette fin." [lien vers le billet complet]
                     Le Secret des abeilles de Sue Monk Kidd : "Un coup de coeur !" [lien vers le billet complet]
                     Maisie Dobbs de Jacqueline Winspear : "j'ai beaucoup aimé, l'héroïne est intelligente et attachante" [lien vers le billet complet]
                     Julie & Julia de Julie Powell : "Un livre plein d'humour sur l'art de cuisiner français." [lien vers le billet complet]
                     Le destin miraculeux d'Edgar Mint de Brady Udall : "C'est un livre émouvant et drôle. J'ai beaucoup aimé." [lien vers le billet complet] 
                     Ciel! Mon mari est muté en Alsace de Laurence Winter : "un petit guide sympathique pour mieux décrypter les Alsaciens!" [lien vers le billet complet]
                     Oh, Boy! de Marie-Aude Murail : "un livre jeunesse très touchant!"[lien vers le billet complet]
                     Le Mont-Brûlé de Daphné du Maurier : "une auteur classique de la littérature britannique souvent oubliée, mais que j'adore!" [lien vers le billet complet]

Sharon a lu L'armée furieuse de Fred Vargas : "J'ai eu du mal avec certaines incohérences, et autres invraisemblances, qui m'avaient moins marqué dans les précédents opus. Peut-être parce que l'action se passe en Normandie, et que je ne m'y reconnais pas." [lien vers le billet complet]
                    L'assassin des cathédrales d'Yves Josso : "Ce livre comporte trop de longueur et trop d'intrigues inachevées pour parvenir à me séduire." [lien vers le billet complet]

Géraldine a lu Les derniers jours de Stefan Zweig de Laurent Seksik : Une lecture très enrichissante malgré un intérêt émoussé au fil des pages - [lien vers le billet complet]

Aifelle a lu L'œil du léopard de Henning Mankell : "Un excellent moment de lecture - toujours aussi profonds les romans de Mankell - mais très sombre" [lien vers le billet complet]

Caro a lu  Les joyaux du paradis de Donna Léon : "bien mais sans extraordinaire et sans Brunetti"
                  L'affaire des jumeaux de Bourges de Christopher Sélac : "une excellente surprise pour un éditeur régional" [lien vers le billet complet] 
                  Un vernis de culture de Françoise Boisvert : "décapant, cruel et dérangeant. Un bon cru pour des nouvelles qui sortent des chemins battus."
                  Brefs, ils ont besoin d'un orthophoniste ! de Gaëlle Pingault : "une heureuse découverte pour des textes brefs et émouvants. Un style qui donne envie de dire encore encore d'autres livres" [lien vers le billet complet]

George a lu  Du côté de Castle Rock d'Alice Munro : "Une lecture en demi-teinte, je me suis un peu ennuyée sur la fin" [lien vers le billet complet] 
                      Kamo et moi de Daniel Pennac : "un roman jeunesse léger et à la fois profond et tout cela, l’air de rien !" [lien vers le billet complet]
                      Amour, vampire et loup-garou de Marie-Aude Murail : "Génial, on frémit et on rit !" [lien vers le billet complet]
                      Apparition et autres contes de l'étrange de Guy de Maupassant : "belles retrouvailles avec Guy !" [lien vers le billet complet]

Eimelle a lu  Rien ne va plus de Douglas Kennedy : "une lecture distrayante, et , même si ce n'est pas mon préféré de cet auteur, un livre que je ne regrette pas d'avoir sorti de la PAL!" [lien vers le billet complet] 

Val a lu  Si c'est un homme de Primo Levy : "J'ai trouvé Si c'est un homme trop froid même si bien sûr, certains aspects m'ont intéressée. " [lien vers le billet complet] 
                Des noeuds d'acier de Sandrine Colette : "ce fut une déception." [lien vers le billet complet]   

Elodie a lu  La dame en blanc de Wilkie Collins : "Beaucoup aimé malgré beaucoup de longueur." [lien vers le billet complet] 

Praline a lu  Le Tango de la vieille garde de Perez-Reverte : "Je commence l'année avec un joli coup de coeur pour un Arsène Lupin sexy en diable, dans une Europe qui se délite et lance ses derniers éclats" [lien vers le billet complet] 
                     La confrérie des chasseurs de livres de R. Jérusalmy : "Malgré son titre et sa couverture, ce livre ne tient pas ses promesses : l'auteur digresse et se perd dans des péripéties picaresques." [lien vers le billet complet]

Enna a lu  Ainsi résonne l'écho des montagnes de Khaled Hosseini : "j'ai bien aimé ce roman même si ce n'est pas le coup de coeur que j'ai eu pour les deux précédents romans de l'auteur." [lien vers le billet complet] 
                  Sharp objects ("Sur ma peau") de Gillian Flynn : "Un polar très centré sur la psychologie du personnage principal, très accrocheur, je l'ai dévoré!!" [lien vers le billet complet]

Marilyne a lu Djamilia de Tchinghiz Aïtmatov : "un chant d'amour et un tableau d'Asie Centrale sensible et chatoyant. Un très beau voyage."  [lien vers le billet complet] 
                      Une faim de loup de Anne-Marie Garat : "il s'agit d'une lecture du conte Le Petit Chaperon Rouge, belle étude sur la pérennité du conte, son contexte et ses interprétations ainsi que sur toute la dimension littéraire que lui a donné Charles Perrault." [lien vers le billet complet]

Nanou a lu Promets-moi d'Harlan Coben : "je n'ai aimé ni le style ni la façon dont est traitée cette histoire. Trop de rebondissements, des personnages caricaturaux, je crois que je ne retenterai pas Coben à l'avenir !" [lien vers le billet complet]

ClaudiaLucia a lu Danse avec l'ange ~ Le ciel est sur la terre de Ake Edwardson : "Le quatrième livre est nettement supérieur au premier. [...] Dans mon esprit le commissaire Winter n'est pas l'égal d'un Wallander et Ake Edwardson d'un Mankell." [lien vers le billet complet]

Belle de nuit a lu Cercle de cendres de Cate Tiernan : "Un tome où l'on commence à bien différencier les deux jumelles et une fin qui pousse encore le lecteur à vouloir la suite. Une série que j'apprécie de plus en plus." [lien vers le billet complet]

Winnie the pooh a lu Odyssée Américaine de Jim Harrison : "Un très bon moment de lecture." [lien vers le billet complet]

Marjorie a lu La Princesse des glaces de Camilla Läckberg : "pas seulement un roman policier, c’est aussi une comédie de mœurs, l’analyse de la vie dans une petite ville où les apparences et le qu’en dira-t-on mènent la danse. Cela sert efficacement l’intrigue." [lien vers le billet complet]
                      Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti :"C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures" [lien vers le billet complet]

Sylire a lu Les reliques de Jeanne Benameur :"Une déception" [lien vers le billet complet]

2 janvier 2014

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer ma maman, Kerry Hudson

 

tonyhogan

"Le bed and breakfast était mieux que Sleathes, mais moins bien que Burton House. Maman dit que ce n'était pas tout à fait un bed and breakfast, même s'il s'appelait "Pride of Shields B&B", mais un foyer de transition, et quand je demandai transition entre quoi et quoi, elle me répondit : "Tais-toi, petite futée"."

Iris a conçu Janie avec un américain rencontré à Londres. Il constituera pour la petite fille un mythe jamais atteint, un espoir de vie meilleure. Car, sa mère restera ensuite sans nouvelles de cet homme. Elle fait de mauvaise rencontres, fume et boit, et ne cesse de fuir, de bed and breakfast en appartements HLM, entraînant à sa suite ses deux enfants... Bien entendu, elle se débrouille, a toujours des plans pour se loger ou manger, compte ses sous de l'aide sociale, et élève plus ou moins bien ses filles, mais ce que vit et voit Janie laisse des traces, indélébiles.

J'ai lu ce roman avec beaucoup d'empathie et pourtant je dois avouer que son écriture ne m'a pas vraiment plu, trop moderne, parlée, et émaillée d'injures. Pour autant, on ne peut que frémir à suivre ainsi le parcours de la petite Janie, spectatrice et victime malgré elle d'un milieu social et du choix des adultes qui l'entourent. 
C'est un premier roman coloré qui réussit malgré tout assez bien à transformer le chaos d'une enfance traumatisée en parcours initiatique vif et prenant.

Editions Philippe Rey - 19 € - 2 janvier 2014 

 


 

6 avril 2014

Le chien qui louche, Etienne Davodeau

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 "Le musée du Louvre, c'est le grand machin avec une espèce de pyramide au milieu ?"

Fabien travaille au Louvre, il est gardien de musée, et aime son métier. Il fréquente depuis peu Mathilde. Lors d'une première rencontre avec sa belle-famille est évoqué le talent particulier d'un ancêtre, l'aïeul Gustave. Les frères de Mathilde sont un peu exubérants et décident que la place du tableau déniché dans le grenier est forcément au musée du Louvre. "Le chien qui louche" finira-t-il, contre toutes attentes, sur les murs du célèbre lieu d'exposition ? 

Je ne m'attendais à rien de spécial en ouvrant cette BD, pourtant très lue sur la blogosphère, mais je dois dire que j'ai passé avec elle un moment assez divertissant. J'ai aimé les réparties que se lancent les personnages, notamment le couple que forme Mathilde et Fabien, l'ambiance générale, l'humour et l'espièglerie du tout. Le tableau autour duquel tourne l'intrigue est véritablement affreux et la famille de Mathilde assez grotesque pour en devenir touchante.
Une lecture qui donne envie d'aller se glisser dans un musée dès cet après-midi... Ça tombe bien, certains musées sont en entrée libre le premier dimanche du mois !

lechienquilouche1

Editions Futuropolis - 20€ - Octobre 2013 - Merci ma bibli !!

D'autres lectures... Gambadou - Keisha - Laure - Kathel - Stephie - Jérôme - Mo' - Noukette - Christie - Val - Saxaoul - etc...

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Les lectures d'Antigone ...
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  • "Tu vois, moi, j'ai des passions, les livres, ça me sauve... J'ai traversé mes temps morts avec des gens qui ont oeuvré pour ça, ceux qui ont écrit... J'ai le livre en main et c'est du carburant pour ma vie à moi..." Jeanne Benameur
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